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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Orchestre des doigts (L') Osamu Yamamoto KANKÔ

Série terminée - 4 tomes parus

Chronique du 14/09/11

Alors que Kiyoshi Takahashi vient de terminer ses études, il n'a qu'une seule ambition : partir en France pour étudier la musique. Mais son frère, qui a tout sacrifié depuis la mort de leur père pour lui payer l'école, s'y oppose.
Kiyoshi ne réalisa jamais son rêve, mais il trouva une véritable vocation en échange. Il s'agissait de devenir enseignant dans une école pour sourds-muets. Le début d'une longue histoire d'amour et d'un dévouement sincère pour les enfants porteurs de ce lourd handicap.

Osamu Yamamoto n'en est pas à son premier coup d'essai lorsqu'il entreprend la réalisation de L'orchestre des doigts. Déjà avant, il s'était intéressé aux problèmes des sourds et muets dans son manga Koshien Lointain (Haruka Naru Kôshien). Une série en 10 tomes qui n'a pas été traduite en France et qui traite de la discrimination portée sur des élèves d'une école pour sourds d'Okinawa qui ont été exclus par la fédération nationale des clubs de Baseball au Japon. Pour le dessiner le plus fidèlement possible, il a même appris la langue des signes.
Il a voulu approfondir le sujet avec L'orchestre des doigts, en adaptant les écrits de Yoriko Kawabuchi (Les os des doigts (Shikotsu) et La langue des signes est notre cœur (Shuwa Wa Kokoro), une romancière qui n'est autre que la fille adoptive du héros de la série : Kiyoshi Takahashi.

Le manga d'Osamu Yamamoto, dans un style très réaliste, nous plonge dans la vie de cet homme depuis sa prise de fonction en tant qu'enseignant à l'école d'Ôsaka en 1914, jusqu'à sa mort en 1958. Un homme de conviction qui va se battre toute sa vie pour défendre les principes de la méthode gestualiste qui consiste en l'apprentissage pour les jeunes sourds de la langue des signes. Ses plus grands opposants seront les pères de la méthode oraliste qui pensent que le devenir du sourd passe par l'apprentissage de la langue japonaise.

« Les partisans de l'oralisme veulent un monde sans langue des signes. Un monde hypothétique où un sourd n'a pas besoin de signer. Mais nous, ce que nous voulons, c'est un monde où les sourds-muets puissent pratiquer la langue des signes... et où ils sont compris de tous sans exception. »

Difficile de dire à la fin de la lecture quelle est la méthode adéquate pour l'intégration des sourds dans la société. L'auteur prend le parti du langage des signes (et donc gestualiste) mais reste modéré dans ses propos tout en nous dépeignant ces deux hommes si importants pour chacune des méthodes.
D'un côté, nous avons bien entendu Kiyoshi Takahashi, qui prône la gestualisation mais qui essaie de voir ce que font les autres pays, en Europe et aux États-Unis, par rapport à l'éducation des jeunes sourds. Il comprend aussi la situation de ses opposants, leur engouement, tout en prenant ses distances par rapport aux résultats qu'ils font mine de ne pas voir. Il ajuste intelligemment l'orientation de son école, dont il devient rapidement le directeur, vers une méthode mixte et nouvelle.
Ses opposants, et en particulier M. Nishikawa, prônent l'oralisation à outrance. Forts des nombreux colloques où ce père fait parler sa fille sourde devant un auditoire conquis, ils parviennent à imposer leur méthode aux autorités japonaises, aux dépends de la gestualisation qui disparaît peu à peu de toutes les écoles... sauf à Ôsaka, dernier rempart de la langue des signes.

Un combat entre deux méthodes qui intervient tardivement au Japon, mais qui n'est pas sans rappeler en Europe celui de l'Abbé de l'Épée, défenseur de la méthode gestualiste, contre Samuel Heinicke, du côté de l'oralisation.
Un combat universel, car au-delà du devenir des sourds de par le monde, c'est une lutte acharnée contre la discrimination. Les oralistes partent du principe que les sourds doivent parler (et donc éviter de signer) pour s'intégrer à la société. N'est-ce pas aussi fermer les yeux sur le handicap dont ils sont victimes tout en ne leur donnant pas l'opportunité d'entendre leur propre voix et de communiquer entre eux ? Seul 30% des sourds sont capables de suivre l'oralisation selon les statistiques, les autres étant finalement délaissés. Avec l'interdiction de l'usage de la langue des signes à l'école, beaucoup ont été privés de moyen d'expression, tout simplement.
Une discrimination d'autant plus vive que l'auteur nous place, de par la dimension historique du récit, en plein cœur d'années difficiles pour le Japon, entre la révolution du riz et la guerre. N'oublions pas le caractère xénophobe et autarcique des japonais à cette époque, où les sourds étaient perçus comme des débiles mentaux.

Un manga utile et émouvant, qui m'a donné envie de voir un jour naître au sein de toutes les écoles du monde une langue des signes, enseignée tout comme pourrait l'être n'importe quelle langue vivante. On peut toujours en rêver.
Si vous voulez approfondir sur le sujet, je vous suggère, dans un tout autre style, la lecture de Aux heures impaires d'Éric Liberge.


Détail album par album en cliquant sur « voir les tomes de ce mangas ».

Chronique du 17/10/11

Au Japon, au début du XX° siècle, plusieurs hommes se sont battus pour les sourds-muets, chacun à leur façon. Ce quadriptyque retrace le parcours de l'un d'entre eux, Kiyoshi Takahashi, qui a défendu corps et âme la langue des signes à une époque où tout le monde s'accordait à dire que l'oralisation était la seule méthode viable pour une insertion dans la société.

Difficile de ne pas considérer le parti pris de cette bande dessinée, dans la mesure où elle suit le combat d'un homme, mais le point de vue adverse y a largement sa place et n'est absolument pas dénigré, ce que j'ai apprécié. Étant tirée de faits réels, cette BD a privilégié l'exposition des deux points de vue, tous deux parfaitement défendables, et privilégié l'un d'entre eux, plutôt que d'opposer les gentils et les méchants.

C'est aussi un manga très instructif, tant sur la situation politique du Japon au début du XX° siècle que sur l'univers de la surdité. Il est plein d'émotions, montrant le vécu éprouvant d'enfants si jeunes, à une époque où les gens sont trop pauvres pour leur offrir une éducation et leur permettre de communiquer. Osamu Yamamoto parle au cœur aussi bien qu'à la raison. Larmes garanties, sortez les mouchoirs ! Une œuvre très belle et incontournable.

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Nombre de tomes: 4