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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
V pour Vendetta Alan Moore (s), David Lloyd (d) PANINI

V pour Vendetta

Chronique du 19/09/10

Intégrale d'une série de 6 volumes parue entre 1989 et 1990 aux éditions Zenda (Glénat). Première édition par Delcourt en 1999.

Evey se regarde dans son miroir. Elle se prépare. Ce soir, elle franchi le pas qui doit la mener à la prostitution. C'est le seul moyen qu'elle a pour gagner suffisamment d'argent pour vivre. Le travail à l'usine ne paie pas assez...
Dehors, elle va chercher son premier client. Manque de bol, il s'agit d'un membre du doigt. Et avec ses collègues, ils s'apprêtent à la coffrer pour délit de classe H. Les ordres sont formels, ils font d'elle ce qu'ils veulent, et après ils la tuent. Mais c'est sans compter l'apparition d'un psychopathe se prenant pour un super-héros. Si son costume de carnaval fait qu'ils le prennent au départ pour un taré sorti de l'asile, ils désenchantent vite lorsqu'une explosion et un nuage de lacrymo plus loin, ne restent plus du doigts que deux membres sur cinq... et plus de traces ni de l'inconnu, ni de la fille.

Alan Moore est un grand scénariste. Tout les amateurs de comics le savent et le clament corps et âme. Seulement voilà, moi qui ne suis pas un grand fan de ce genre, je n'avais pas du coup envie de lire ses histoires, aussi bien soient-elles. D'autant plus que le graphisme des comics me laisse généralement froid... David Lloyd ne m'aura pas fait changer d'avis, mais la lecture étant envisagée dans le cadre de k.bd, je me suis dit que c'était le moment de découvrir un nouveau genre et de m'ouvrir un peu en dehors de mes sentiers battus et rebattus.

J'avais déjà vu le film au cinéma. Je l'avais d'ailleurs trouvé bon. Et pourtant, j'ai cru entendre qu'Alan Moore n'était jamais content des adaptations de ses œuvres. Il me tardait donc un peu de découvrir le contenu du livre et de voir si ma première impression visuelle était si mauvaise, comparativement à l'original.

Pendant la lecture, je me suis plusieurs fois retrouvé confronté à des scènes en me disant " Ah oui, c'est vrai ! Je me rappelle maintenant ! ".
Si au final je trouve de toute façon Natalie Portman beaucoup plus jolie que le personnage d'Evey dans le bouquin, je dois l'avouer, malgré une adaptation plutôt fidèle de l'album, le film ne parvient pas à donner autant de profondeur à cette histoire. C'est très bien, mais c'est quand même différent... moins sombre, moins repoussant, moins politisé.
La fin a d'ailleurs été changée dans le film, ce qui donne du coup un ressenti très différent.

Mais revenons sur le livre plus précisément, récompensé par l'Alph-Art du meilleur album étranger à Angoulême en 1990.
Le monde que nous dépeignent les auteurs est un monde où tout est noir. Nous sommes dans un régime totalitariste et autarcique. L'Angleterre est renfermée sur elle-même. Il n'existe d'ailleurs plus rien autour. Réellement ? Ou est-ce seulement la volonté des dirigeants de fermer les frontières aux yeux de tous pour mieux contrôler la population ?
Le gouvernement domine par la peur.

Alan Moore se sert de V pour Vendetta pour dénoncer un système. Celui que certains pays ont adopté dans l'histoire. Et celui qu'il craint, peut-être, être un système adopté dans un futur plus ou moins proche. L'auteur dresse un portrait de ce gouvernement, évoque ouvertement la haine raciale, l'exclusion, le formatage idéologique (la propagande, par la Voix du Destin entre autre), les expériences génétiques. Il règle aussi le problème des retraites avec une éradication des personnes âgées. C'est dur, c'est cruel... c'est noir !

V pour Vendetta a été réalisé sur plusieurs années, mais on ressent malgré tout un énorme travail dans la construction sur la globalité. Tout est impeccablement ficelé, dès de départ, et jusqu'à la dernière page.

Dans le livre premier, on découvre ce monde obscur dominé par la peur. La narration est brutale, elle prend à la gorge. Il est question de vengeance, on est au cœur de l'action et le rythme est élevé.

Le second livre aborde un côté plus psychologique des choses. On entre dans le détail, on approfondis. On apprends un peu plus l'histoire de V, ce qu'il est et pourquoi il agit. Il y a un véritable chassé-croisé narratif qui est admirablement mis en œuvre. Le texte du tout début traitant de la veuve alors que les images mettent en scène V en parallèle. On s'aperçoit plus tard de toute la finesse de la narration, puisque ce texte s'appliquait tout autant à V à ce moment là.
C'est également dans cette partie que se trouve le passage de la prison. C'est un passage très dur, et tellement poignant. Il arrache des sentiments énormes à la lecture. On est scié, on pleure pour elle à ce moment là.

Le livre 3, c'est la conclusion, c'est l'apothéose. On ressent tout le long de l'album cette montée en puissance, sans en comprendre le sens. Ce n'est qu'à la fin que nous avons la clef, en même temps qu'Evey.
Chaos, puis anarchie. Détruire pour reconstruire... un monde meilleur ?
En tout cas, c'est le grand nettoyage, il n'en reste rien ! Pas même l'instigateur ? Je ne dirais pas ça :
" Mais il n'y a ni chair, ni sang qu'on ne puisse tuer, sous ce masque. Juste une idée. Les idées sont à l'épreuve des balles. "

Evey, V... et si c'était là la même personne, la même entité ? Peut-être pas au départ, mais elle le devient au fil du temps et de l'album. On reste dans cette optique qu'une idée ne meurt jamais.
Les croisements sont tellement parlants. Ces image du tout début de l'album, ces premières pages, vous vous en souvenez ? Tout est minutieusement pensé. Le scénario est parfaitement huilé.
Quel monde pour demain ? A nous de le construire !

En conclusion, je dirais que l'aisance narrative et le talent d'Alan Moore ne sont plus à prouver, je suis totalement conquis. En revanche, je suis plus mesuré par le dessin de David Lloyd, qui n'a pas réussi à me convaincre. Et pourtant, qu'est-ce qu'il dépeint bien tous ces faciès de personnages : horreur, douleur, tristesse, colère. Tout sauf la joie... si ce n'est sur ce masque que porte V en permanence. Non, le monde de V pour Vendetta ne prête décidément pas à sourire...

Jusqu'où peut-aller la cruauté de l'homme ?

Chronique du 19/09/10

Première approche : le graphisme. La couverture est attrayante, avec son gros plan sur V au lavis, mais il n'y a pas besoin d'aller bien loin -il suffit d'ouvrir l'album- pour comprendre la difficulté. Le choix graphique de David Lloyd est d'exploiter au mieux les ombres associées à des couleurs pâles et délavées pour rendre à l'univers son aspect le plus sombre. Le rendu fonctionne effectivement très bien. On sait qu'on ne va pas lire Oui-Oui, c'est certain ! Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Lloyd maîtrise parfaitement son trait (j'ai quelques fois scotché sur un simple drapé, ou un trait vraiment fort). Mais voilà, faut accrocher au style, et ce n'est pas mon cas. Mais, et c'est là que les auteurs sont très forts, le scénario est tellement prenant, qu'on en oublie les difficultés du dessin.

Advienne que pourra donc : on poursuit. Dès les premières pages on sent qu'ils ont des choses à nous dire. Et effectivement, on se laisse happer par cet univers, cette histoire, cet énergumène, cette pauvre fille paumée. On veut savoir, on veut comprendre et finalement on espère.

L'histoire se présente en trois parties assez évidentes :
- la compréhension du personnage de V à travers ses meurtres et l'enquête policière du gouvernement qui lui court après,
- la compréhension de ce qu'il a vécu à travers l'expérience traumatisante d'Evey
- et enfin, un développement de ses aspirations par la libération du peuple et la destruction du régime en place.

Car n'oublions pas qu'on est avant tout dans la politique. V pour Vendetta est une critique des médias, objets de pouvoir du fascisme politique. C'est une sorte de 1984 de la bande dessinée à la fois post-apocalyptique. Le pouvoir de la propagande sur le cerveau humain, capable de masquer au peuple les pires atrocités que peut commettre un gouvernement. C'est aussi une démonstration de ce que la peur peut faire faire à l'homme.

Alan Moore lui même avoue quelques incohérences, la seule qui m'est apparue est la référence à la Reine Zara dans les premières pages et dont on n'entendra plus jamais parler. C'est-à-dire que quand on lit cette référence, on a un peu tendance à imaginer qu'il s'agit de la reine d'Angleterre, et comme on est à Londres... Et ben la reine Zara s'évapore aussitôt...

En revanche, on apprécie la multitude de détails. Ou plutôt la multitude de V. Le V est partout dans l'histoire du personnage comme dans l'image qu'il donne, et jusque dans les titres des chapitres. Le personnage de V incarne littéralement cette lettre. J'apprécie également le côté tempéré des protagonistes. Les « vilains » de l'histoire ont leurs faiblesses et leurs bons côtés. Les héros ont aussi leurs défauts. V n'est clairement pas un super-héros tout blanc qui se bat contre des méchants super-puissants tout noirs. V est lui-même un personnage tout à fait contestable voire parfois plus impitoyable que ses adversaires, simplement il croit en une cause, et c'est ce qui fait qu'on a envie de croire en lui.

On appréciera encore ce qu'il y a autour de la BD elle-même : les témoignages des auteurs, les illustrations annexes, un bref one-shot... On apprend notamment qu'avant d'être une bande dessinée scénarisée par Alan Moore et illustrée par David Lloyd, c'est une histoire et un univers qu'ils ont créé à deux et dont ils sont autant l'un que l'autre le père légitime.

Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album étranger - Angoulême 1990


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V pour Vendetta

Année d'édition
2009 (1°ed.Delcourt 1999)

Vanille ou chocolat ? Jason Shiga (s)(d) Cambourakis

Chronique du 15/12/12

« _ Ça y est, je me suis décidé.
_ Alors ? »


Avant de répondre à cette première question, prédominante pour la suite de l'histoire, il faut d'abord que vous sachiez où vous mettez les pieds :
Vanille ou chocolat ? n'est pas une bande dessinée comme les autres !
Jason Shiga, le très talentueux auteur de Bookhunter, a une nouvelle fois bravé les codes usuels du comic-book pour nous présenter un récit comme vous n'en avez jamais vu ! Révolutionnaire ? Ça oui, pour sûr ! L'auteur nous l'explique en préambule, il va nous falloir faire preuve de sagesse pour ne pas nous tromper dans nos choix, car les chemins sont aussi nombreux que la vie nous réserve des surprises ! Une simple question portant sur le parfum d'une glace et vous serez propulsé dans une incroyable aventure.

Les limites, c'est vous qui les fixez !
Les règles ? Vous aurez à de nombreuses reprises des choix à faire. Selon vos envies, il faudra alors suivre le fil conducteur qui relie les cases entre elles et qui vous renverra inexorablement vers d'autres cases, sur d'autres pages.
Inutile de vous dire que vous ne devez pas espérer lire votre bande dessinée comme d'habitude, case après case, de gauche à droite et de bas en haut. Il vous faudra tourner les pages dans tous les sens pour trouver la suite de votre cheminement, la suite de l'histoire que VOUS aurez choisie ! Car ici, vous êtes le héros.

Le principe, finalement, est directement inspiré des Livres dont vous êtes le héros dont vous avez peut-être eu la chance de connaître (si ce n'est pas le cas, il va falloir remédier à ça).
Ce n'était pas évident d'adapter le système à un support bande dessinée, mais Jason Shiga l'a fait !
Une petite visite sur le site de Cambourakis, l'éditeur de ce bel objet, vous permettra de vous rendre compte de ce qui vous attend.

Au cours de l'aventure, le petit Jimmy se verra confronté à trois machines diaboliques :
« Il y a le Killitron 2000, mon gadget apocalyptique, encore à tester.
Et voici le QALMAR, qui permet le transfert mémoriel d'un cerveau à un autre.
Et enfin, ma machine temporelle. »

Lire dans les pensées, remonter le temps... le détruire... voilà qui va vous amener à de folles péripéties. Et évidemment, avec les voyages dans le temps, Jimmy se retrouvera tôt ou tard confronté à tout un tas de phénomènes récurrents de la science-fiction.

« Qui es-tu ?
Je suis toi dans dix minutes. »


Personnellement, j'ai adoré me plonger dans cette aventure. J'ai refais l'histoire dans tous les sens pour trouver tous les codes secrets et les passages qui permettent d'aller dans toutes les directions, d'arpenter toutes les fins possibles. Car, et c'est l'un des attraits de cette BD, il existe plusieurs fins différentes et vous aurez toutes les clefs de l'histoire en main seulement si vous avez tout fouillé de fond en comble !

Pour tous les rôlistes dans l'âme, cette bande dessinée est absolument faite pour vous !
Pour les autres, le cheminement ne sera peut-être pas très ergonomique je le crains. Mais c'est un album qui, je trouve, a du charme avec son système révolutionnaire et son impression à onglets sur papier plastifié. Assurément un must-have pour toutes les bibliothèques personnelles au moins pour l'objet. Et si en plus vous aimez les glaces... ^^

Chronique du 15/12/12

Attention, aujourd'hui je vais casser un mythe.

Vanille ou chocolat ?, la BD dont vous êtes le héros. Vanille ou chocolat ?, la BD aux 3856 histoires. Vanille ou chocolat ?, saurez-vous choper la fin heureuse ?

Tout ça c'est bien appétissant, mais concrètement, je suis super déçue. Si le principe est délirant et le soin apporté à la réalisation de la BD d'une grande qualité, sa « lecture » elle-même ne m'a pas satisfaite.

Bon il faut dire que les livres dont vous êtes le héros on rarement dépassé 2 pages avec moi. Ça ne m'amusait pas. Vanille ou chocolat ? ne m'a pas plus amusée. J'ai trouvé la « fin heureuse » au bout de 3 tentatives, ce qui m'a semblé facile. Et en même temps d'y passer plus de temps ne m'aurait pas plus séduite, j'ai failli ne pas faire la troisième tentative. J'ai surtout eu le sentiment rageant de tourner en rond et de n'avoir rien à découvrir. Au final, même les révélations de la BD ne m'ont pas semblé être des révélations tant le format ne s'y prêtait pas. Finalement j'ai terminé cette lecture en restant sur ma faim. Que devais-je apprécié là-dedans ? Grande question... Jérôme a passé des heures entières à s'éclater. Moi ça m'a très très vite saoulée.

Donc je casse un mythe : Vanille ou chocolat ? n'est pas LA BD incroyable de l'année. Elle n'est pas universelle. Ce n'est pas une BD-jeu qui plaira à tout le monde. La preuve, je me suis royalement ennuyée.


D'autres avis : David Fournol, PaKa, Nico.


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Année d'édition
2012

Versailles Éric Adam (s), Didier Convard (s), Éric Liberge (d)(c), Jean-Jacques Chagnaud (c) Glénat & Château de Versailles

Tome 1 : " Le Crépuscule du Roy "

Chronique du 05/01/13

« Versailles.
Plus qu'un château, un monde.
Résidence royale, lieu de fêtes, demeure de prestige, symbole de pouvoir monarchique absolu.
Mais ses habitants ont perdu tout contact avec la réalité du monde qui les entoure.
Au sein de ce cadre unique et flamboyant s'exprime le plus grand raffinement dans le décor, la conversation, l'élégance, la musique, la gastronomie.
»

Voilà une introduction qui sied à merveille à notre majestueux château, siège patrimonial du grand Roi Soleil et de sa cour.
Si l'entrée en matière comporte tous les attraits d'une lecture historique, il suffira de tourner la première page pour se rendre compte que tout ne tourne pas tout à fait rond dans ce microcosme nostalgique des années Louis XIV : rapidement les premiers anachronismes pointent le bout de leur bec pour géolocaliser Madame de Rosny, évaporée de sa partie de Colin-Maillard. S'ensuivra ensuite une découpe de cochon de lait au gramme près, d'une précision ésotérique. Ces « Roberts », valets admirables et multi-fonction, semblent dotés de pouvoirs divins... quoi de plus normal pour des serviteurs du roi, lui-même tirant ses ordres du Tout Puissant !

Le Crépuscule du Roy nous conte un peu l'histoire dans l'Histoire, celle du jeune Marquis de Barberon, épris du plus beau des sentiments pour Madame de Rosny. Le hic c'est qu'elle est mariée, et que leur amour doit être tenu secret... tâche rendue particulièrement ardue par la présente des Roberts, omniprésents et omniscients.
L'idée de s'échapper de leur prison dorée leur vient rapidement... mais les grilles du palais semblent protégées contre toute excursion.
La tentation est forte, très forte... que peut bien cacher une telle machination ?

Le scénario, issu de l'imagination d'Éric Adam et Didier Convard, m'a vraiment coupé le souffle. Digne d'intérêt, il connaît une réelle progression tout au long de l'album, sans nous laisser le temps d'encaisser les événements.
Les auteurs, qui ont déjà travaillé ensemble pour Le triangle secret ou encore Le pendule de Foucault, nous livrent un travail bien huilé. Tout est dit en seulement 48 pages, la construction est brillante et l'histoire est conduite avec beaucoup d'intelligence, agrémentée de multiples rebondissements et de tout un tas de surprises.
Un récit qui nous mène là où on ne s'attend pas et qui en appelle d'autres (il est prévue une trilogie) mais qui se suffit à lui-même.
Que demander de plus ? Un beau dessin ! J'y viens...

Éric Liberge est vraiment l'un des mes auteurs préférés. Je suis toujours époustouflé par son dessin, sa netteté, sa minutie, son soucis du détail.
Il parvient ici à retranscrire avec un certain brio (et même un brio certain) le faste du château de Versailles, ses salles majestueuses, ses riches décors, son architecture et ses jardins. Une attention particulière est donnée aux mobiliers, aux bâtiments, aux vêtements. Une application et une implication de tous les instants et qui se remarque.
Il dépeint en prime des scènes nocturnes avec beaucoup de clarté (bien aidé à la couleur par Jean-Jacques Chagnaud) et intègre parfaitement les éléments fantastiques comme il sait bien le faire.
Un travail que je rapprocherais de fait à son album Aux heures impaires, qui donnait au Musée du Louvre des aspects surnaturels.

Versailles est un album plaisant en tous points, et nous pose en prime des questions dans l'ordre du temps : écologie, apocalypse...
Car il est bon de savoir que Versailles, en plus d'être une fenêtre sur notre Histoire, est avant tout un bon récit d'anticipation.




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Tome 1 : " Le Crépuscule du Roy "

Année d'édition
2012

Vieux fourneaux (Les) Wilfrid Lupano (s), Paul Cauuet (d) DARGAUD

Tome 1 : " Ceux qui restent "

Chronique du 07/07/14

C'est coutume de le dire, il n'y a guère que les mariages et les enterrements qui rassemblent la famille et les amis. La disparition de Lucette n'échappe pas à cette règle et nous offre des retrouvailles, Mimile et Pierrot étant venus réconforter leur copain Antoine.
Ces trois retraités au fourneau toujours brûlant croquent la vie à pleines dents et ravivent pour l'occasion leurs souvenirs d'antan : une jeunesse insouciante à la campagne et, pour deux d'entre eux, un syndicalisme forcené. Bien sûr la regrettée Lucette est sur toutes les lèvres et c'est une lettre posthume à son mari, consignée chez le notaire, qui va faire basculer ce petit monde – Sophie, enceinte, n'échappera pas à l'escapade – dans une aventure inattendue : une virée en Italie, un voyage dans le temps, une quête un peu folle et nimbée de secrets.


Comédie familiale

Ces vieux fourneaux pourraient s'apparenter à ces films bien français dont nous avons le secret, avec leurs personnages hauts en couleur et dans le cas présent un trio de vieillards débridé. Une influence que l'on retrouve dans ce récit avec cette façon de mettre en scène des protagonistes terriblement humains qui gardent cet esprit revanchard et acerbe. C'est ainsi que la critique de l'industrialisation et de l'enrichissement à outrance, défendue par les trois compères, trouve son écho dans le ras-le-bol de Sophie, exaspérée par les reliquats de l'ancienne génération :

« Vous m'avez fait, ma petite dame, que votre génération est à l'origine de tous les fléaux du monde moderne ! La mondialisation, l'ultralibéralisme, la pollution, la surexploitation, l'agriculture extensive, les paradis fiscaux, la communication ! Tout !
Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde !
En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent la faim !
Historiquement, vous... Vous êtes la pire génération de l'histoire de l'humanité ! Et un malheur n'arrivant jamais seul, vous vivez hyper vieux !
 »

Quoi qu'on en dise : « c'est pas faux » ma p'tite dame. Un coup-de-gueule qui fait sourire et qui sert en mise en abîme une lutte familiale intergénérationnelle. La fibre syndicaliste c'est dans les veines et la grand-mère Lucette avait aussi son tempérament.


Lupano, auteur en vogue

On a découvert Wilfrid Lupano avec Alim le tanneur en 2004, une deuxième BD qui l'a directement propulsé sur le devant de la scène, bien servie il est vrai par le dessin tout en rondeur de Virginie Augustin. Il enchaîne depuis les gros succès avec une explosion de titres ces dernières années : L'assassin qu'elle mérite, L'homme qui n'aimait pas les armes à feu, Le singe de Hartlepool, Azimut, Ma révérence...
Une montée en puissance en terme quantitatif mais aussi qualitatif puisque ses sorties sont désormais attendues avec enthousiasme par un public de plus en plus réceptif à son travail.
S'il n'est pas rare que Wilfrid Lupano s'entoure d'un nouveau dessinateur à chaque aventure, c'est la seconde fois qu'il collabore avec Paul Cauuet, déjà son partenaire sur L'honneur des Tzarom. Changement de décor avec Les vieux fourneaux puisqu'on passe de la science-fiction à la saga familiale. Le changement est également brutal côté graphique puisque Paul Cauuet a grandement modifié son dessin, abandonnant le style lissé aux couleurs typées jeunesse pour une trait réaliste et parfois même caricatural, en tout cas très expressif, avec une colorisation douce dotée d'une palette variée.

Les scènes sont d'une grande lisibilité et les multiples flashbacks s'intègrent bien au récit, facilement identifiables par l'usage d'un filtre gris et de bordures de cases parcheminées dans le style des photographies d'autrefois.


Un goût de reviens-y

C'est assez difficile de parler de ce livre qui comporte de nombreux tiroirs.
Des tiroirs qui permettent de dérouler une intrigue agréable mais qui annoncent aussi des ficelles qui pour certaines me semblent un peu prévisibles. J'espère que l'auteur saura me surprendre.
J'aurais en tout cas bien aimé prolonger ce moment de lecture en compagnie de ces quatre flibustiers. La dernière page arrive comme un couperet et brise un peu notre élan. Il va falloir attendre un peu pour la suite... un one-shot eut été appréciable, ma foi !

Consolons-nous avec le mot de la fin. Dis, Pierrot...
« Tu comptes faire chier le monde encore longtemps ?
_ Le plus longtemps possible, oui. Qu'est-ce que tu veux faire d'autre ? À nos âges, il n'y a plus guère que le système qu'on peut encore besogner. Du coup, ma libido s'est reportée sur la subversion. C'est ça ou moisir du bulbe.
 »

À la bonne heure !

Chronique du 07/07/14

« J'arrive pas à croire que je me retrouve à essayer d'empêcher mon papi de commettre un crime passionnel rétroactif à 77 ans. »

Pierre l'anarchiste, Mimile le glob-trotter et Antoine le syndicaliste sont trois septuagénaires. Au détour d'un enterrement - celui de la femme d'Antoine - ils se retrouvent en quête de leur passé. Sophie, la petite-fille d'Antoine, enceinte jusqu'aux oreilles, est embrigadée dans une escapade dont elle se passerait bien.

Entre Rides et Come Prima (enfin on a cru à un moment mais on a loupé le road-trip), Lupano et Cauuet nous embarquent ici dans la folle épopée des papis tandis qu'ils signent là leur deuxième collaboration. En voilà une qui a du punch en tous cas !

Loin du vieux décrépit et croulant (mais quand même on en croise un), nos trois héros n'ont jamais vraiment perdu leurs 20 ans. Ils sont toujours aussi idéalistes, déterminés et inconséquents. Ils n'ont pas eu assez d'une vie entière pour changer le monde, alors ils profitent de la retraite pour continuer.

Ces personnages hauts en couleur ne nous laissent aucun répit : le résultat est désopilant. Rien ne se passe comme prévu, les rebondissements sont savoureux, les répliques sont absolument inoubliables, les vieux en prennent pour leur grade et le personnage de Sophie pimente ce trio écervelé.

Ce premier tome est sans nul doute plein de bonnes promesses, quoiqu'il se termine un peu en queue de poisson. Je regrette déjà, avant même d'avoir vu arriver la suite, qu'un gros one-shot n'aie pas plutôt été préféré. A moins que les auteurs n'ambitionnent une vraie série plutôt qu'un simple diptyque ?


D'autres avis (l'embarras du choix !) : Legof, Yvan, David F., Fab Silver, Jérôme, Moka, Noukette, Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de Wilfrid Lupano.

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2014


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Tome 1 : " Ceux qui restent "

Année d'édition
2014

Voleurs de Carthage (Les) Appolo (s), Hervé Tanquerelle (d), Isabelle Merlet (c) DARGAUD

Tome 1 : " Le Serment du Tophet "

Chronique du 18/05/13

De nos jours on a Ocean's eleven, avec George Clooney (Danny Ocean) et Brad Pitt.
Mais avant, looooongtemps avant (genre en -147 avant Jean Charles), c'était comment ? Pour faire le parallèle avec le film de Steven Soderbergh on pourrait parler de Tara's three. Le principe reste le même : le casse du siècle !

« Écoutez-moi, stupides mercenaires !
J'ai été envoyée à Carthage pour organiser le plus grand cambriolage de l'Histoire du monde, et si vous n'êtes pas complètement stupides, vous allez m'aider et je vous rendrai plus riches que les six rois d'Égypte !!
»

Évidemment, les personnages charismatiques de la production hollywoodienne n'étaient pas les mêmes à l'époque des Romains, Phéniciens, Gaulois et Numides... d'ailleurs, aucun de ces peuples n'a subsisté aujourd'hui, c'est dire (sauf si l'on considère que les Romains sont les habitants de Rome) !
Ainsi George Clooney est devenu Tara. Voleuse faisant partie de la Famille d'Utique, elle doit se faire passer pour une Vestale (une prêtresse quoi) et infiltrer le temple de « Tanit » afin d'en piller le précieux trésor.
Une femme fatale, belle et manipulatrice, qui était escortée par ses pairs lorsque son convoi s'est fait attaquer. Heureusement pour elle, elle doit sa vie à ses deux nouveaux compagnons de fortune (c'est le mot) : Horodamus et Berkan, deux anciens mercenaires carthaginois, deux déserteurs...

« Si tu cries, je te tue.
_ Si tu me tues, misérable Numide, tu resteras pauvre toute ta vie.
»


Horodamus, c'est le Gaulois de la bande (« Qui d'autre qu'un paysan gaulois pourrait porter des braies ? »). Stupide et lubrique, on peut pas dire que son peuple soit mis en avant pour son érudition. Qu'importe, tant qu'il s'amuse et profite. Avec lui on a l'impression que tout est un jeu.

Pour compléter le trio, il y a Berkan le Numide. Il est donc originaire d'Afrique du nord, on est ici chez lui. Pourtant, c'est bien difficile de se sentir chez soi quand tout le monde se bat pour la région, dont Rome et ses légions. Berkan est un homme de contradictions, plus posé que ses deux comparses, mais aussi un peu sauvage. Bref il réfléchit quand c'est nécessaire, mais jamais trop longtemps : il est un homme d'action !

« Bon, que fait-on ?
_ Ils sont six, nous sommes deux.
_ Trois !
_ Tu sais te battre, toi ?
_ Je peux jeter des pierres.
»

Trois personnages complètement barrés pour un casse impossible.
Remettons les choses dans le contexte : Carthage, ville Punique fondée par les Phéniciens, est une véritable forteresse dont on dit qu'elle est imprenable, bien qu'elle soit assiégée depuis 3 ans par le général romain Scipion.
Et puis, ce serait tellement plus simple si les trois compères avaient un vrai plan (ah cette fois c'est sûr, Tara c'est pas George Clooney) !


« Moi, c'est simple, je l'assomme, je l'enlève, et je l'emmène en Gaule. Elle tombera forcément amoureuse de moi.
_ C'est comme ça que vous faites en Gaule ? Vous assommez les filles qui vous plaisent ?
_ Vous autres, les Africains, vous faites trop de manières. Je l'assomme et je la viole !
_ Ah là d'accord, c'est sûr qu'elle tombera éperdument amoureuse de toi, si tu y mets les formes.
»

Appollo (Biotope, Commando Colonial, La grippe coloniale) nous raconte une histoire qui prend place dans son pays natal : la Tunisie.
Des dialogues truculents, bourrés d'humour ; une équipe de choc ; des retournements de situation impossibles : il est là le point fort de cette série, qui se conclura dans un tome 2 qui s'annonce déjà palpitant.
On se demande comment ces brigands de seconde zone peuvent s'en sortir... quoique, vont-ils vraiment s'en sortir ? On est en droit d'en douter. Mais heureusement, eux, ne doutent de rien !

Pour accompagner le scénario, Hervé Tanquerelle (plus connu pour ses autres racontars) sévit avec un dessin semi-réaliste (il y a quelques gros nez par-ci par là, notamment proéminent chez Horodamus et Antigone) reprenant un trait simple et charbonneux.
Les couleurs d'Isabelle Merlet, à tendance ocre, nous imprègnent bien de l'atmosphère africaine pour les situations de jour ou intérieures, et laissent leur place à une ambiance plus lunaire sur les scènes nocturnes.
On apprécie les mimiques expressives de nos héros claudicants : ces grands yeux éberlués lorsqu'ils ne comprennent pas, ces bouilles déterminées quand vient l'heure d'en découdre, ces mines déconfites lorsqu'ils se font piéger, ces masques d'angoisse lorsqu'ils voient la mort de près...


Une bonne entrée en matière pour une bande dessinée avant tout divertissante et pas prise de tête, dont le plus gros atout réside dans le casting de haute voltige.


D'autres avis : PaKa, David Fournol, BOBD

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 1 : " Le Serment du Tophet "

Année d'édition
2013

Voyage des Pères (Le) David Ratte (s)(d), Sylvie Sabater (c) PAQUET

Tome 1: "Jonas"

Chronique du 22/10/07

Vous connaissez Jésus ? Vous sauriez pas dans quelle direction il est parti ? Mes fils sont avec lui ! Depuis qu'il a ramené le bateau plein de poisson je ne sais par quel miracle alors qu'on rentrait bredouille, je sais pas ce qu'il leur a raconté mais je les ai plus revus. Me faire ça à mon âge....

Et voilà l'histoire du vieux Jonas, qui part à la recherche de ses deux fils, sur les traces de Jésus.
Une histoire aux attraits bibliques ponctuée d'une bonne dose humoristique (heureusement, j'avais très peur...). Finalement, la bande-dessinée se laisse lire mais n'apporte rien d'exceptionnel.
L'auteur David Ratte aborde ici un sujet bien délicat, tout le monde connaît le récit de Jésus mais il fallait oser le mettre en scène, et finalement, c'est pas trop mal réussi. A bien y réfléchir, il n'y avait que cette maison d'édition, dont ont est habitué au bon et au moins bon, qui pouvait se permettre une telle aventure.

Des dessins ronds et simples, et une mise en couleur de Sylvie Sabater, qui a déjà travaillé chez PAQUET avec Nacho Arranz et la BD Pendragon.

Chronique du 22/10/07

L'idée est originale mais parfois un peu lourde. J'adore les aventures loufoques des pères des disciples de Jésus, j'aime beaucoup moins les éléments de "catéchisme"

Par contre il y a une chose que je ne remettrai pas en question, parce que je la trouve absolument sublime, c'est la colorisation de Sylvie Sabater.


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Tome 1: \\"Jonas\\"

Année d'édition
2007

Voyage en Satanie Fabien Vehlmann (s), Kerascoët (d) DARGAUD

Tome 1/2

Chronique du 18/09/11

Voilà déjà deux mois que Constantin a disparu dans le gouffre de Merlac.
Les recherches menées par l'abbé Montsouris n'avaient rien donné, le niveau de l'eau était bien trop élevé...
Si tous les espoirs s'étaient éteints depuis longtemps, Charlie, la sœur de Constantin, n'a jamais voulu renoncer. Elle a su convaincre Monsieur Lavergne et quelques autres de tenter une nouvelle expédition suite à l'été très sec qui venait de s'écouler.
Mais à l'extérieur la météo se dégrade : il est grand temps de se faire une raison et de remonter à la surface !

Je l'avais repérée cette sortie ! Un nouvel album du duo Vehlmann/Kerascoët, qui m'avait tant enchanté sur Jolies Ténèbres, je pouvais pas louper ça ! J'ai sauté sur l'occasion dès mon premier passage en librairie et je poursuis la découverte de cet auteur prolixe qu'est Fabien Vehlmann et que je trouve fascinant.

Là encore, malgré l'apparence d'un scénario axé sur le voyage dans les entrailles de la terre, il nous livre une histoire où la mort est une thématique bien présente. Certes elle n'est pas aussi dominante que dans la plupart de ses albums. Mais quand on parle autant de la mort, on se demande souvent ce qu'il y a après. Et si l'Enfer était sous terre ?

Oui, car il est bien question d'Enfer messieurs dames !
La mère de la petite fille est internée dans un hôpital psychiatrique, prétextant qu'elle s'est faite violer par un démon. Charlie est d'ailleurs rousse, alors qu'aucun de ses parents ne présentent cette particularité, ce qui lui cause toutes les railleries du village.
Constantin, son frère, accorde du crédit à la théorie infernale. Il a même écrit un livre sur le sujet, affirmant que les Sataniens vivaient au plus profond de la terre et que le gouffre de Merlac était l'une des entrées de leur monde. Charlie, elle, pense que sa mère s'est plutôt faite violer par un fermier rustre, et roux qui plus est, un soir de fête...
Si Constantin a disparu dans le gouffre, c'était parce qu'il voulait vérifier sa théorie... malheureusement...

Nous assistons donc à une descente aux Enfers qui va conduire notre petit groupe, pris par les eaux, à se frayer un chemin dans les entrailles de la terre, de plus en plus profond.
Un voyage qui n'est pas sans rappeler le très célèbre roman de Jules Verne : Voyage au centre de la terre. Un roman que j'avais dévoré étant petit tant il m'avait plu. N'est-ce pas excitant cette route vers l'inconnu après tout ?
Facile me direz-vous, puisque je ne prends aucun risque, assis dans mon canapé, à feuilleter cet épisode :)

Côté graphisme, le duo Kerascoët est égal à lui-même. Un dessin tout en rondeur et très expressif, des couleurs dantesques de circonstances. On a vraiment l'impression de s'enfoncer de plus en plus, grâce à la colorisation, dans les profondeurs de la terre, qui deviennent le théâtre de lieux aussi beaux qu'irréalistes.

Une série courte, prévue en deux tomes, qui devrait donc nous apporter toutes les réponses au prochain volume. Diantre que c'est bon :)




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Tome 1/2

Année d'édition
2011

Voyage extraordinaire (Le) Denis-Pierre Filippi (s), Silvio Camboni (d), Gaspard Yvan (c) VENTS D'OUEST

Tome 1

Chronique du 13/10/12

Je me souviens encore de ces lectures extraordinaires qui ont fait vibrer mon enfance. Le Nautilus et son Capitaine Nemo ; l'irréaliste Voyage au centre de la Terre ; le fabuleux Tour du monde du flegmatique Phileas Fogg ; ces épopées fantastiques en ballon ou Autour de la Lune...
Jules Verne était un précurseur, ses créations littéraires ont poussé la science à dépasser la fiction.
Le Voyage extraordinaire de Denis-Pierre Filippi (Les Corsaires d'Alcibiade) ne s'en cache pas : il est directement inspiré de cet univers là. Sa couverture rouge fleure bon avec les romans de l'époque, le titre même évoque l'œuvre fleuve de ce grand visionnaire du 19ème siècle. À l'intérieur, le récit steampunk reprend allègrement cet attirail tout en technologie et en métal qui donne à ce genre toute sa noblesse.

Dans cette Grande-Bretagne de 1927, on fait la connaissance de Noémie et d'Émilien. Ces deux cousins adolescents ont toujours vécu ensemble. Leurs parents étant toujours en vadrouille de part le vaste monde, ils ont été élevés loin du cocon familial. Pour eux, la famille est une notion un peu abstraite et ils se sont constitués leur cabane à eux : un grand arbre qu'ils ont « domestiqué » et qui est le berceau de toute leur ingéniosité.
Car Émilien, fils d'ingénieur, a toujours grandi dans le fantasme des prototypes en tout genre, un rêve de machines et d'inventions qui l'a poussé, en l'absence de son père, à suivre ses pas de génie. Un virus qu'il a évidemment communiqué à sa cousine Noémie, avec qui il partage le quotidien.

« _ À l'occasion, tu pourrais peut-être m'aider, d'ailleurs ? Je te rappelle que c'est ton ascenseur que je répare !
_ Oui, mais c'est ton moteur que j'y ai installé. Et il fonctionnait très bien avant que tu ne veuilles l'améliorer...
_ Bon, tu m'aides ou tu ergotes ?!
_ Je vais t'aider, mais tu ferais mieux de remettre ton uniforme.
_ Depuis quand ma tenue te gène ?!
_ Depuis que je n'ai plus un seul débardeur à me mettre ! »


Un jour, les parents de Noémie, absents depuis près de 7 ans, reviennent les chercher... Quant au père d'Émilien, nul ne sait où il est.
Le début d'une nouvelle vie toute en aventures et en péripéties.

Ces aventures, elles vont mener les jeunes adolescents à la recherche du père d'Émilien, mais aussi à la poursuite de son rêve : un sous-marin avec un moteur à résonance électromagnétique.
Un prototype qui devait être présenté pour le fameux concours Jules Verne avant qu'il n'arrive un pépin aux inventeurs... et la capture de ces derniers.


« _ Étrange, tout de même, que vous ayez été la seule à répondre à notre annonce.
_ En fait, la sonnette est en panne, les autres attendent dehors. Je me suis permis d'emprunter la porte de service, que je connaissais. »


Le propos de Denis-Pierre Filippi est très bien amené. Oh bien sûr on se doute un peu qu'il y a anguille sous roche : les parents qui rentrent après autant d'absence et qui prétendent vouloir passer du temps avec les enfants alors qu'ils n'y ont jamais prêté attention ; cette préceptrice qui débarque comme un cheveux dans la soupe pour s'occuper d'eux et qui a étrangement fait partie de l'équipe de conception du moteur électromagnétique ; jusqu'à ces caisses de matériel livrées comme par hasard et qui vont permettre de terminer la conception... des éléments qui me font penser que la préceptrice est peut-être une espionne... ou peut-être est-ce une piste pour en brouiller une autre ^^


Et puis il y a aussi de l'humour dans cet album.
Deux gamins qui arrivent en âge d'avoir des relations amoureuses, voilà qui amène quelques scènes cocasses et son lot de répliques rigolotes :

« _ Vous comptez réellement me faire porter ça ?!
_ À votre guise, mademoiselle. Vous pouvez imiter vos parents. Ils dorment nus depuis leur passage chez les Ndébélés. »


« _ Oui ! En tout cas il te va très bien, ce kimono !
_ Bien sûr, même avec tes débardeurs, je suis sexy ! »


« _ Oui, alors profites-en pour rester tourné pendant que je me change.
_ Tu es pudique quand ça t'arrange, toi ?
_ Que veux-tu, l'inconstance des femmes !
_ Qu'est-ce que ce sera quand tu seras une femme, alors ! »



Un scénario brillamment mis en évidence par un dessin riche en décors de Silvio Camboni (qui a déjà travaillé avec Denis-Pierre Filippi sur Gargouilles et Néfésis), très à l'aise lorsqu'il s'agit de dessiner des machines ou des décors steampunk. Il n'y a qu'a voir la force de ces cases dans le souterrain menant au laboratoire secret ou encore le jardin sous la coupole pour en juger.
Mon petit regret graphique se joue sur les personnages : leur stature est parfois un peu raide ; et surtout ces visages gros yeux / gros nez qui atrophient le côté réaliste qu'aurait pu avoir cette bande dessinée, mais qui d'un autre côté assoient son caractère jeunesse. Car c'est bel et bien une BD jeunesse que nous avons ici !
La mise en couleur de Gaspard Yvan, bien qu'informatique, est très douce et maîtrisée. Les reflets du soleil qui percent les feuillages dans la cabane sont justes et agréables. Une colorisation qui aide à nous plonger dans l'ambiance et d'autant plus lorsqu'elle part dans ces tons ocres/turquoises du laboratoire sous-marin.


Ce voyage extraordinaire amorce quelques pistes sympathiques. Comment retrouver le père d'Émilien ? Par qui est-il tenu prisonnier et surtout : comment le libérer ? Quel secret cache réellement les parents de Noémie ? Que sont ces robots qui surgissent des fonds marins pour assaillir les avions volant trop près des cotes normandes, quel que soit leur camp ?
Des questions que le tome suivant devrait en partie élucider...



D'autres avis : Choco, David Fournol




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Tome 1

Année d'édition
2012

Tome 2

Chronique du 28/05/13

Jules Verne est un grand romancier tout le monde le sait, et aussi un précurseur du genre steampunk en France. Le Concours Jules Verne est donc logiquement devenu la référence en matière d'innovation rétro-futuriste. Y participer est en soi un honneur, surtout lorsqu'on s'appelle Émilien et qu'on a un inventeur de génie mystérieusement disparu comme père, auquel cas on met un point d'honneur à répondre présent, ne serait-ce que pour le remplacer dignement.
Pour ce faire, lui et sa petite troupe (sa cousine Noémie, Amélia et Térence les deux anciens membres de l'équipe de son père, et Winfrey l'homme à tout faire) sont parvenus à remettre à flot la machine à propulsion électromagnétique de son géniteur. Pour être franc, je ne doutais pas une seule seconde de leur réussite. Mais ils ne sont pas au bout de leur peine... car de nombreuses personnes convoitent leur engin, par jalousie, par curiosité, par intérêt et peut-être même par simple méchanceté.


« Finalement, c'est peut-être une bonne chose de quitter l'Angleterre quelques temps...
_ Oui, en espérant qu'on ne trouve pas pire ailleurs...
»

L'aventure continue donc et nous quittons l'Angleterre uchronique du début du 20ème siècle pour la France, visiblement touchée par le même esprit steampunk. Ce qui est un délice en soi parce que nous sommes Français et que nous avons beaucoup plus de facilités à nous extasier sur la représentation rétro-futuriste de Paris que sur celle de Londres (ceci dit ça me plairait beaucoup d'y aller un jour... mais c'est un autre sujet).
Un jardin sous coupole sur la bute Montmartre, des stations de tramway très typées « Eiffel » (le métro n'est pas très glamour, avouons-le), des aéronefs fantastiques... autant de coups de baguette magique mettant en valeur les superbes monuments de la capitale que sont Notre-Dame ou, bien évidemment, la Tour Eiffel (qui s'intègre parfaitement au décors, allez savoir pourquoi).
Pour autant, il ne faudra pas trop s'enticher de ce Paris-là, car le prochain tome nous amènera sûrement encore ailleurs, de l'autre côté de l'Atlantique, à New-York... On pourrait regretter que Paris ne soit qu'une étape de plus servant de terrain de jeu pour mettre en valeur les prouesse graphiques du duo Silvio Camboni / Gaspard Yvan , mais c'est tellement chouette qu'on s'abstiendra, d'autant plus que les raisons d'accrocher au scénario sont nombreuses...


« Sous-marin !
_ Quoi, sous-marin ?! Je ne vois pas de sous-marin, Winfrey !
_ Sous-marin.
_ Je ne vois rien !
_ Moi non plus !
_ Si, il a raison, j'ai un écho !
_ Il ne nous a peut-être pas repérés. Quelle trajectoire ?
_ La même que la nôtre !
_ Je change de cap, on va être fixés... Alors ?...
_ Il a viré lui aussi !
_ Il faut le distancer, s'il tire, on est fichus !
»

Le rythme du récit tout d'abord se poursuit à vive allure de sorte qu'il est impossible de trouver le temps long. Les scènes d'actions se succèdent : pas de répit ni pour les protagonistes ni pour le lecteur. Si nous marquons des pauses, c'est surtout pour admirer le travail sur chaque planche.
Ensuite, Denis-Pierre Filippi maintient son lectorat en haleine avec des rebondissements bien dosés. On est sur le qui-vive, sans cesse à chercher qui trahit et qui tient les ficelles... On a pourtant l'impression que les quelques révélations qui tombent laissent d'innombrables pistes à creuser.
Il faut dire que les personnages d'Émilien et Noémie ont été tenus suffisamment longtemps hors du monde pour disposer de multiples secrets. Ils ont tout à apprendre sur les enjeux. Nous nous retrouvons dans leur situation, riche en découvertes. Certaines nous paraissent plus faciles à cerner que d'autres (n'est-ce pas Tatie Isabella ?) et apportent aussi quelques liens affectifs à l'histoire (ce qui est bon pour l'attachement aux personnages, vu que les parents de Noémie étaient au contraire plutôt antipathiques).
Et puis il y a aussi le contexte, cette 1ère guerre mondiale qui semble perdurer inlassablement, en partie allongée grâce (ou à cause) du 3ème axe, des robots venus d'on ne sait où et qui s'en prennent aux deux armées équitablement. Une intrigue de plus que cette intelligence artificielle indomptable, même si on la soupçonne d'être liée aux personnages d'une façon ou d'une autre.
Pour finir, quelques clins d'œil que les initiés comprendront. À ce titre, j'avais zappé de parler du débat sur la futilité – il est même question d'indigence - de l'explication des midicloriens dans le tome 1...


Bref, encore un bon moment de (re)lecture passé, et une belle claque graphique s'il en est. Je vous avais déjà dit que j'adorais le steampunk ?

Un grand merci à MaXoE, sans qui j'aurais certainement dû m'acheter l'album (comme tout le monde devrait le faire cela va sans dire).
J'ai gagné un concours, j'en reviens pas :)



Un autre avis : David Fournol
L'interview des auteurs sur MaXoE.

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2

Année d'édition
2013