Accueil
Nos Bande Dessinées
Nos Mangas
Nos albums
Nos artbooks
Nos dédicaces
Nos dessins à nous :)
Nos sites préférés
Laissez-nous un message !
Nous contacter
Aidons nos librairies indépendantes

Publications BD
Publications Manga
  Administration
Titre : Auteur : Edition :

Séries par ordre alphabétique :
1 -  3 -  A -  B -  C -  D -  E -  F -  G -  H -  I -  J -  K -  L -  M -  N -  O -  P -  Q -  R -  S -  T -  U -  V -  W -  Y -  Z - 

En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Taïga Rouge Arnaud Malherbe (s), Vincent Perriot (d); Ruby (c) DUPUIS

Tome 1 : "Première partie"

Chronique du 04/04/09

Transbaïkalie, hiver 1920. Ferdynand Ossendowski fuit ses terres, traqué par les Bolcheviks. Il était médecin avant... maintenant il n'est plus rien. Au travers de son exil pour échapper à une mort certaine, il tente de se reconstruire, de vaincre ses peurs, d'affronter ses craintes.
Sa rencontre avec Djam Gordou, un Soyote, le sauvera et l'emmènera dans d'incroyables aventures qui changeront sa vie, irrémédiablement.

Je dois avouer qu'un titre pareil aurait pu me rebuter, de même que l'écriture de certains mots, Russes ou Mongols, dont je ne connaissais pas la signification. Et puis sans compter mes faibles connaissances en histoire-géo de ce coin du monde. Mais au final, c'est plutôt sympa, parce qu'en plus de me permettre d'approfondir ma culture, le récit est rudement bien foutu !
Tout d'abord c'est un voyage extraordinaire, dans des contrées à la fois sauvages et belles. Et puis comme je ne connaissais rien à la culture Mongole ou presque, je me suis complètement identifié à notre héros, qui lui aussi était perdu. C'est un autre monde qui s'offre à ses yeux profanes. Un monde cruel et beau à la fois, plein de coutumes et chargé d'histoire.

J'ai adoré le récit, ça je l'ai dit, mais j'ai aussi aimé la narration et ce choc des civilisations. Ferdynand est un Russe, il connait la médecine, la chimie aussi. Tandis que Djam associe des éléments naturels aux démons, lui s'extasie du phénomène lorsqu'ils traversent les marais. La différence des pensées est omniprésente et chacun apprend de l'autre. Tout cela rend le texte humoristique, comme avec le passage sur le cheval, nommé Marron parce qu'il est marron, où Ferdynand apprend à ne pas tomber pendant que Djam s'amuse.

Et puis il y a le dessin, expressif, marqué par les traits, les hachures. C'est un régal pour les yeux. Un excellent travail de Vincent Perriot et de Ruby pour la couleur, qui met parfaitement en valeur les personnages et leur expression.

Ah, j'oubliais : j'ai pu me procurer une version anniversaire de la BD. Du coup, le papier est plus épais, la texture est agréable. Le livre est recouvert d'une jaquette, et il y a quelques croquis en noir et blanc à la fin de l'ouvrage. C'est toujours plus plaisant à lire quand on a un support de ce type, donc bravo aussi aux éditions "Aire libre" pour cela :)




Commenter cette BD

Tome 1 : \\"Première partie\\"

Année d'édition
2008

Temps des Mitaines (Le) Loïc Clément (s), Anne Montel (d) Didier Jeunesse

Chronique du 28/03/14

Pour le (plus si) petit Arthur, la période est compliquée.
Vous me direz que les ados vivent toujours des périodes plus ou moins compliquées, vous auriez sans doute raison. Arthur à tout de même des circonstances atténuantes : une situation familiale pas mal chamboulée le force, lui et sa mère, à déménager vers de lointains horizons. Exit le carcan douillet du « Gant de laine » et bonjour « Les Mitaines » !
C'est sûr qu'avec les bouts des doigts découverts on se sent un peu plus exposé, comme à nu, face aux défis à relever. Arthur devra faire preuve de courage, s'intégrer à sa nouvelle école et se faire de nouveaux camarades de classe...
Pour complexifier un peu plus la donne, l'étrange disparition d'un élève suscite interrogations et recommandations, d'autant plus qu'un loup noir comme la nuit et aux yeux rouges comme le sang rôde dans les parages : tout un programme !


Voilà maintenant 3 ans que nous attendions le nouvel album de Loïc Clément et Anne Montel, forts du succès de leur premier livre, Shä & Salomé, que nous avions adoré.
Si nous sommes déçus de n'avoir pas eu le loisir d'apprécier une suite à ce Jour de pluie, nous ne désespérons pas de voir la série un jour poursuivie chez un autre éditeur (Jean-Claude Gawsewitch ayant arrêté la bande dessinée). En attendant, nous pouvons toujours nous sustenter avec leur nouvelle BD jeunesse (et anthropomorphique) : Le Temps des Mitaines !

C'est ainsi que l'Aventure avec un grand « A » s'immisce dans la vie d'Arthur et de ses compagnons curieux et téméraires sur les traces des élèves disparus. Le « quintette » va pour cela mener sa propre enquête en parallèle de celle des adultes, pas forcément plus futés.

« Un crime requiert avant tout chose un mobile !
_ Les trucs qu'on suspend au-dessus des berceaux ? J'adore ça !
 »


Une équipe de choc

Je vous ai déjà parlé d'Arthur (l'ourson), le nouveau de l'école. Centre névralgique de l'histoire, il redoute la solitude et cherche à rapidement se faire de nouveaux amis. L'enquête lui donne cette alternative et c'est lui qui crée l'esprit d'équipe dans le petit groupe.

Gonzague c'est l'escargot intello au look génial. Les lunettes juste au-dessus du « museau » alors que ses yeux se trouvent bien plus haut, au bout de ses tentacules, renforcent son côté « premier de la classe ». Son langage soutenu tranche avec celui des autres personnages.

Willo la luciole est un peu le pendant de Gonzague, dont il s'amuse à vulgariser ses pensées. Cela crée un décalage fort dans les dialogues et une source d'humour continue. Willo brille beaucoup la nuit et d'autant plus lorsqu'il a peur... vive la discrétion !

Pélagie est sans conteste mon personnage préféré. La petite souris n'est pas très maligne mais elle est vaillante et surtout, sa répartie est incroyable ! Si elle n'est pas très utile question jugeote, Pélagie fait en revanche beaucoup rire.
« Et s'il faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l'ombre, j'suis votre homme !
_ T'es une fille, Pélagie !
_ C'est pas grave, je ferai la chaise !
 »

Kitsu, pour finir, est la mauvaise élève par excellence. La renarde connaît une situation familiale complexe et préfère l'école buissonnière aux cours. Elle cache tout de même un bon fond sous ses airs de fille solitaire et bagarreuse. Et puis c'est la TBC* de Pélagie et ça, ça n'a pas de prix !

Les 5 compagnons forment une équipe hétéroclite et joyeuse et ont tous un pouvoir particulier (qui s'éveille à l'adolescence). Kitsu fait fleurir le bois, Pélagie dessine des étoiles (ça peut paraître bête comme pouvoir mais il peut avoir son utilité), Willo s'illumine (dans son cas j'hésite entre pouvoir et aptitude génétique), Gonzague recolle tout avec sa bave UHU... quant à Arthur... son pouvoir ne s'est pas encore révélé...


L'anthropomorphisme et les vertiges de l'amour

L'anthropomorphisme est un moyen d'accroche courant pour faire en sorte qu'un récit mature convienne bien aux enfants. Il est ainsi possible de matérialiser les différences de caractères et de simplifier la compréhension. Mais cette technique occasionne aussi quelquefois des problématiques...
J'ai bien noté la présence des amourettes adolescentes : Pélagie en pinçant pour Arthur qui lui-même en pince pour Kitsu, cette dernière n'étant pas réfractaire semble-t-il. Une souris qui aime un ourson qui est de son côté attiré par une renarde, pourquoi pas après tout ? Mais c'est sans compter la filiation imposée par la présence des parents : les familles ne se mélangent pas et vivent ensemble.
Si on comprend aisément la raison qui pousse à utiliser l'anthropomorphisme dans une bande dessinée, on est en droit de se poser des questions « bêtes » et de soulever une contradiction aussi parfois. Fichue considération d'adulte à l'imaginaire défaillant...


Qu'importe la raison, pourvu qu'on ait l'ivresse.

Fort de ses personnages hauts en couleur, Le Temps des Mitaines propose une quête à la portée de nos plus jeunes lecteurs, une enquête adolescente, intrépide et intelligente qui a un petit quelque chose de Harry Potter (à ses débuts) dans une version animalière.

Nous autres adultes nous approprions tout autant cette lecture qui s'adresse finalement à tout le monde. Bien sûr, Le Temps des Mitaines est moins subtil et moins empli des petites tendresses du quotidien qui faisaient notre bonheur dans Shä & Salomé, il ne fait pas appel aux mêmes sensibilités. Notre âme de grand enfant y trouvera quand même son compte, tant par l'humour qui traverse les âges sans prendre de ride que par les aquarelles d'Anne Montel, décidément toujours aussi douces et plaisantes.

Et puis il faut être grand finalement pour capter l'essence de l'album, les références des auteurs et les divers clins d'œil disséminés aux quatre vents des Mitaines : Shä et Gencive (Shä & Salomé) sont bien de retour dans cette cour d'école, de même que le compère Bertrand Gatignol (le père de Jeanne/Pistouvi) y fait son apparition. Évidemment, l'œuvre de Miyazaki n'est jamais très loin non plus... et moi tout ça me donne envie d'aller manger des okonomiyaki chez Un soir à Shibuya !



* Très Bonne Copine. Acronyme qui pourrait rejoindre FBI (Fausse Bonne Idée) dans une liste des sigles bien sentis.


Un autre avis : David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog des auteurs.




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (5)




Année d'édition
2014

Temudjin Antoine Ozanam (s), Antoine Carrion (d) Daniel Maghen

Tome 1

Chronique du 21/08/14

Qui ne connaît pas l'impitoyable Gengis Khan, né Temüdjin (« le plus fin acier »), unifiant au XIIème siècle le peuple mongol par voie de politique et surtout de conquêtes ? Sanguinaire pour les uns, légende pour les autres, il est et restera le fondateur du plus grand Empire de tous les temps.
Sa vie, comme celle de la plupart des plus grands, est nimbée de mystères. On lui prête d'avoir comme ancêtre un loup bleu (Börte Cino), une biche fauve (Qo'ai Maral) et même une femme fécondée par un rayon de soleil (Alan Qo'a)...

« La où vous avez passé votre temps à diviser pour régner, lui unira pour vous renverser. »

L'histoire de Temudjin prend source quelques décennies plus tard lorsqu'un enfant naît au sein d'une tribu mongole. Le nouveau-né pousse son premier cri alors que sa mère rend son dernier souffle, persuadée (elle l'a vu en songe) qu'elle donne naissance au sauveur de tout un peuple contre la tyrannie des puissants.
Temudjin – c'est le nom qui lui est donné – inscrit ses pas dans ceux de l'ancien Temüdjin. Enfanté d'une femme portant le même nom que la génitrice de son aïeul et d'un loup bleu, né le poing serré autour d'un caillot de sang (signe de grand chef), il porte en lui une part de la légende du grand Khan.
Nul ne peut affirmer que son destin sera similaire sinon ses grandes prédispositions au shamanisme et les prédictions de son père adoptif Ozbeg, mais il en prend le chemin lorsqu'il combat un ours à mains nues... le début d'une grande aventure, l'éclosion d'un homme hors du commun : Temudjin mêle le monde des esprits à l'Histoire et prend un parfum de légende.


Une équipe qui marche

Les éditions Daniel Maghen sont connues pour publier peu de titres mais pour les faire bien. Comme toujours ils savent choisir leurs équipes d'auteurs pour n'en garder que le meilleur : du beau tout d'abord (Daniel Maghen est une galerie d'art en premier lieu) mais surtout du beau avec du fond, deux conditions propices à la conception de bonnes bande dessinées mais qui ne sont pas toujours réunies.
Temudjin forme une belle osmose du fond et de la forme.

Antoine Ozanam n'est pas un inconnu dans le petit monde du 9ème art, dans lequel il gravite depuis plus de 10 ans maintenant (Le roi banal, Klaw, Succombe qui doit...). Ses récits bien construits et sa grande productivité font de lui l'un des scénaristes en vogue de ces dernières années avec Wilfrid Lupano ou encore Zidrou.
Antoine Carrion n'en est pas non plus à ses premières griffes mais il demeure plus discret. Il s'est précédemment fait remarquer sur No pasaran (avec Christian Lehmann) et officiait avant ça, pour ceux qui avaient l'œil, sous le pseudonyme de Tentacle Eye...
Ces deux-là n'en sont pas de fait à leur première collaboration ensemble (Le chant des sabres, L'amourir, L'ombre blanche).


Graine de promesses

Le « style Carrion » dégage une aura de mysticisme parfaite pour cette histoire-là. L'une des grandes forces de l'album réside surtout, à mon sens, dans le choix des cadrages et dans ces paysages sauvages et reposants à la fois. La colorisation, oscillant entre le bleu-gris du monde onirique et les teintes plus terre à terre de la vie réelle, est un autre de ces points forts.
Je reste intimement convaincu qu'Antoine Carrion a encore une belle marge de progression dans son trait, encore un peu gras et par moments un peu brouillon. Certaines scènes sont en revanche très travaillées et retiennent toute notre attention, notamment dans la matérialisation des esprits qui prend tout son sens dans son utilisation du blanc.
C'est déjà beau et c'est surtout très prometteur pour la suite.


« Ce soir, c'est donc un homme complet. Mais aussi un homme triste. Il a peur. Il ne veut en aucun cas continuer à marcher dans les traces de l'autre Gengis Khan. Pour rire, il dit qu'il a de plus grand pieds et que les traces sont mal ajustées. Mais la raison est évidemment ailleurs. »

La suite justement, elle n'était pas forcément prévue à l'issue de cette histoire. Le tome s'achève avec l'avènement de l'homme, dépucelé de son enfance et prêt à assumer le rôle de sa vie. Les auteurs ont choisi de narrer son devenir sous la forme de quelques pages manuscrites accompagnées de dessins préparatoires. Une façon surprenante mais très poétique de dire au revoir au personnage.

Il est aujourd'hui question d'un second volet des aventures du nouveau Temudjin, l'éditeur ayant souhaité une suite et Antoine Ozanam ayant concédé avoir encore des choses à développer dans cet univers-là.
Pas mal de travail à venir mais pour les lecteurs tardifs comme moi, la perspective d'apercevoir l'album début 2015 nous permettra d'attendre sagement.

Chronique du 21/08/14

La galerie Maghen est initialement une galerie d'exposition de bande dessinée où se vendent et s'exposent les dessins originaux des plus grands auteurs du Neuvième Art. Dès lors, on se doute bien que lorsque Daniel Maghen se lance dans l'édition, la démarche n'est pas anodine. Et en effet, on voit débarquer sur le marché de la BD des œuvres littéralement graphiques. Inutile de dire que Temudjin ne fait pas exception.

La première chose qui accroche l'attention du bédéphile, c'est une approche à la fois très originale et très sensible des couleurs. Quoique l'ensemble soient intégralement créé à l'informatique, du dessin à la couleur, ça n'a rien d'impersonnel. Au contraire Carrion utilise cet outil avec une telle maîtrise et explore ses possibilités avec une tel aboutissement que Photoshop trouve autant (voire plus) sa légitimité que le ton direct. Il joue avec les effets et les contrastes, ose les teintes et les couleurs, si bien que le résultat est époustouflant, mêlant des univers graphiques et colorés différents pour relier le monde « réel », l'Entre-Monde, l'imaginaire... On en prend plein les mirettes !

Inutile de s'attendre à trouver ici le récit de la vie de Gengis Khan, ce Temudjin est bien différent. Nommé ainsi en référence à son auguste modèle car comme lui, il est appelé à rassembler le peuple mongol, son chemin est bien différent. Fils du Loup Bleu comme Gengis Khan, il est initié au chamanisme plutôt qu'à la maîtrise des armes. Le Temudjin que nous suivons dans cette BD porte en lui la voix de la légende et il la porte bien. L'univers est fantastique, presque mythologique. Tout le long, il n'a aucun choix, il est lié à sa destinée malgré lui. Mais ce choix, il le fait quoi qu'il en soit. Ce faisant, il amène une philosophie au scénario, témoignant qu'on a toujours le choix de sa vie, que la prédestination peut toujours être transgressée.

Pour autant, à l'instar du célèbre Khan, ce Temudjin nous fait voyager dans les steppes de Mongolie. Nous y vivons au rythme des images d'Epinal : les tribus, les yourtes, les yacks et les paysages arides. La ressemblance entre ce Temudjin et son prédécesseur est finalement assez proche. Leurs destinées sont tellement similaires qu'on pourrait associer cet album à la jeunesse de Gengis Khan...


D'autres avis : Livr0ns-n0us, Yvan, Fab Silver, David Fournol

L'interview des auteurs par Zaelle

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog d'Antoine Ozanam.


Commenter cette BD

Tome 1

Année d'édition
2013

Tintin Hergé (s)(d) CASTERMAN

Tome 2 : "Tintin au Congo"

Chronique du 24/09/12

Après une étape chez les Soviets, Les Aventures de Tintin au Congo emmènent le célèbre reporter en Afrique, dans les colonies Belges.
Comme à l'accoutumée, quelqu'un aura tôt fait de vouloir lui mettre des bâtons dans les roues. Et c'est au dénommé Al Capone que nous le devons cette fois, le bandit américain voulant s'installer dans le coin pour exploiter la production de diamants. Heureusement, Tintin a plus d'un tour dans sa besace et un chien hors normes pour le tirer des plus mauvais pas... et il faut le dire aussi, une bonne dose de chance !

Tintin au Congo est le deuxième album de la série.
Pré-publié en noir et blanc du 5 juin 1930 au 18 juin 1931, il fait les grandes heures du Petit Vingtième, supplément du journal Belge Le Vingtième Siècle.
Il faut savoir que les 9 premiers albums de Tintin sont nés en noir et blanc. La colorisation n'a été apportée qu'après guerre, à l'exception du premier album, Tintin au pays des Soviets, le seul resté en noir et blanc uniquement.
Des dessin ligne claire par excellence, avec ces traits uniformes et ces aplats de couleurs bien caractéristiques du style Hergé.

Lecteur de Tintin dès mon plus jeune âge, j'ai toujours côtoyé les versions couleur moches que tout le monde connait. Heureusement, Casterman a eu l'excellente idée de ressortir ces fac-similés couleur d'après guerre que je me suis empressé de me procurer pour ma collection personnelle.
La version couleur de Tintin au Congo date de 1946. Hergé a profité de cette réédition pour retravailler ses dessins et revisiter ses textes. Si vous avez un jour dans les mains les fac-similés noirs et blancs, trouvables de la même façon, vous pourrez jouer au jeu des différences.

Bref, si Tintin fait partie de mes premières lectures, je gardais volontiers une plus grande sympathie pour les ouvrages d'aventures comme Le secret de la licorne ou Le trésor de Rackham le Rouge.
Une attitude normale, finalement... Car il me manquait pas mal de recul pour pouvoir apprécier ces œuvres de jeunesse à leur juste valeur, et ce pour plusieurs raisons :

(Pygmée) « _ Bonjour, Tintin ! … Toi y'en a bienvenu chez nous ! »
(Tintin) « _ Vous... vous me connaissez ? … »
(Pygmée) « _ Bien sûr ! … Tout li monde ti connait, ici... Toi y'en a venir avec nous... Ça y en avoir une bonne surprise pour toi... »
(Tintin) « _ Une surprise ? … »
(Pygmée) « _ Regarde... »
(Milou) « _ Approche, ô féal sujet... »

Tout d'abord, Tintin au Congo n'est pas à mettre entre toutes les mains !
Certains disent qu'Hergé est raciste et tient des propos tout à fait aberrants, et d'autant plus dans cet album.
Il faut dire qu'il ne ménage pas les âmes sensibles et compose avec les clichés. Les animaux, qu'ils soient sauvages ou domestiques, s'expriment dans un excellent français, ce qui n'est pas le cas des africains eux-mêmes ! Clichés ? Oui, mais aussi maladresse.
Des maladresses, Hergé en fera d'autres dans cet album. Par exemple, Tintin profitera de ses nombreux safaris pour s'adonner à la chasse d'animaux protégés : Il tuera ici un éléphant (sans oublier de ramener ses défenses en ivoire bien entendu), anéantira un rhinocéros à la dynamite, endossera une peau de singe fraîchement dépecée, décimera un troupeau d'antilopes...

Remettons les choses à leur juste place : le contexte de l'époque était différent. La société a évolué mais l'album reste ce qu'il est, bien ancré dans une Europe colonialiste d'avant guerre.
À une époque où la télévision n'existait pas (nous en étions au tout début et les postes n'étaient pour la plupart disponibles que dans les services publics) il n'y avait guère que le cinéma pour relater les voyages dans les colonies. La bande dessinée était un excellent vecteur d'images et permettait de dresser un inventaire non exhaustif des espèces peuplant le Congo, pour tenir informé le français moyen resté bien sagement chez lui.
Qui plus est, Hergé pouvait en plus de ça s'éloigner du documentaire pur et dur en racontant une histoire comme il les appréciait : avec une succession de drôleries.

Et c'est là que je reviens sur une autre raison qui fait que cet album n'a pas créé en moi de souvenir particulier. Car sa construction ne rend pas l'histoire attrayante.
Il faut dire que les albums d'Hergé, jusqu'aux Cigares du Pharaon, n'ont pas vraiment de trame scénaristique et ne sont qu'un assemblage de péripéties qui se succèdent sans laisser au reporter et à son fidèle fox-terrier Milou le temps de reprendre leur souffle.
C'est la parution dans le journal qui voulait ça. Le fait de devoir capter le lectorat, il fallait de l'action à chaque nouveau périodique. Hergé ne réfléchissait pas encore sous la forme d'un album tenu de bout en bout à l'époque.

Ce n'est qu'aujourd'hui que je peux vraiment apprécier ce qu'est réellement Tintin au Congo. Et je pourrais même ajouter que de par sa forme et sa construction, de par sa dimension historique si on replace l'album dans son contexte d'origine, Tintin au Congo revêt alors une importance particulière. Et peut-être même devrais-je considérer que cet album est le plus intéressant, finalement, parmi tous les autres de la série.


À lire : Un article très intéressant écrit par Mitchul





À titre de comparaison, et pour ceux qui seraient intéressés par les vieilleries, je laisse en suivant mon ancienne chronique du 9 janvier 2007 (j'ai du mal à jeter les choses) :

La seconde aventure de Tintin nous amène en Afrique. Il n'y a pas réellement d'histoire à proprement parler, si ce n'est une bande de gangsters voulant contrôler la production de diamants du pays, mais c'est plutôt une succession de gags plus ou moins drôles. On y retrouve entre autre comment braconner légalement en tuant un éléphant et en récupérant l'ivoire, dépecer un singe pour se faire un déguisement, et divers massacres tels que tuer 15 antilopes pour se faire à manger (une seule aurait suffit), ou exploser un rhinocéros à la dynamite. De plus vous pourrez apprécier que les Congolais s'expriment dans une langue approximative, à l'inverse des animaux, qui parlent, eux, un excellent français.
Bref, cette mentalité ne correspond pas du tout à l'époque actuelle, mais rappelez-vous tout de même que nous sommes au moment de l'écriture de cet ouvrage, en 1930-1931, en pleine période de colonisation, le Congo étant une vaste colonie Belge.
On remarque aisément le découpage des scènes dû à la parution de l’époque dans le journal "Le petit vingtième", auquel il livrait chaque semaine deux nouvelles planches.

A noter que la collection en question est celle des fac-similés couleurs selon la version originale redessinée de 1946.

Chronique du 09/01/07

Ça alors... un Tintiiiiin... Incroyable.
Enfin, le plus incroyable, c'est que mon mec devienne fan de la BD la plus standard qui soit. Quoique. Standard ? Tintin au Congo ? Autant pour moi, c'est la bande dessinée raciste et colonialiste la plus vendue au monde. Ça me débecte !

Ma note » 0/20


Cet article a suscité quelques réactions, Yaneck a voulu des explications (ma première interview, la classe !)

Badelel, justement, pourquoi est-elle allée jusqu'au zéro pour Tintin au Congo?
Alors en fait j'assume pas complètement ! Les éléments qui ont justifiés ce 0 à l'époque ne le justifient pas forcément aujourd'hui. Disons qu'actuellement, sans arriver à la moyenne, je ne serais sans doute pas aussi sévère.
A ce moment là, j'étais vraiment en quête de choses nouvelles, alors Lunch qui me ressort les Tintin et les Astérix, tu comprends.... Et comme monsieur me demandait à l'époque assidûment d'envoyer mes remarques, ben je les envoyais vraiment selon l'humeur du moment. Et puis là, ça m'a énervé de voir l'enthousiasme de Lunch sur ce Tintin là précisément. Tu connais les débats à propos du soit-disant racisme de Tintin au Congo. Je trouve ce débat nul et non avenu. Par contre, cette BD n'est plus d'actualité depuis plus d'un demi-siècle, son contexte est franchement archaïque, et on le donne à lire à tous nos enfants sans même en regarder le contenu (c'est comme le Club des 5 par exemple : je défie les parents d'aujourd'hui de le relire avant d'en refourguer à tout va à leurs gamins). C'est-à-dire que si cette BD était généralement lue dans son contexte avec un regard d'adulte, elle mériterait sans doute plus d'attention. Sauf que : qui n'a pas lu Tintin au Congo dans ses 8 premières années ? Et sur ce total, combien d'enfants l'ont lu accompagné d'un adulte pour en expliquer le contenu ? Bref, concernant Tintin au Congo, ce n'est pas la BD en elle-même que j'ai noté, même si je ne la trouve pas transcendante. Ce que j'ai noté, c'est la façon dont on popularise une BD colonialiste sans aucun recul. Mais tu vois, tout en sachant que Tintin chez les Soviet est au moins aussi engagé, je prendrais plaisir à le découvrir (non je n'ai pas encore eu l'occasion de l'avoir entre les mains), parce que cet album n'est pas jeté entre toutes les mains sans distinction et que j'aurai fait la démarche de le lire en connaissance de cause.
Vala, du coup tu as droit à pavé. J'espère que j'ai été claire quand même :)


Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (4)


Tome 2 : "Tintin au Congo"

Année d'édition
2004

Tome 3 : "Tintin en Amérique"

Chronique du 09/01/07

Après le Congo, Tintin s'envole pour Chicago. Il sera accueilli dans cette ville par tous les gangster, qui veulent sa peau, et empêcher le fameux reporter de mettre à bas leur organisation. Les bandits n'ont qu'à bien se tenir !

Ce nouvel épisode de Tintin est agréable à la lecture et contient plusieurs passages qui m'ont fait sourire. Par exemple, quand notre héros découvre un puits de pétrole, et que tout de suite quelques hommes d'affaire arrivent sur place pour lui racheter le gisement une fortune. Quand Tintin leur dit qu'il ne lui appartient pas, mais qu'il est sur la terre des peaux rouges, les investisseurs grognent et proposent aux indiens de déguerpir pour une poignée de dollars. Le lendemain, une ville est érigée en lieu et place de l'ancienne campagne.

Seconde image forte lorsque Tintin visite une usine de fabrication d'aliments. La vache rentre dans une machine, et en ressort directement en produits prêts à la vente tels que saucisses et saindoux. Le fabricant lui même déclarant qu'il valait mieux pas savoir ce qu'il y avait dedans....

A noter que la collection en question est celle des fac-similés couleurs selon la version originale redessinée de 1945. La première édition quant à elle est de 1931-1932, toujours dans le journal "Le petit Vingtième".




Commenter cette BD

Tome 3 : \\"Tintin en Amérique\\"

Année d'édition
2004

Tome 4 : "Les cigares du Pharaon"

Chronique du 18/02/07

Notre fameux reporter Tintin s'embarque cette fois dans une longue croisière afin de rejoindre Shangai, après avoir contourné la totalité de l'Asie. Mais c'était sans compter sa rencontre avec Philémon Siclone, égyptologue sur les traces du tombeau du Pharaon Kih-Oskh. Quand ce dernier lui propose de vivre cette aventure avec lui, Tintin n'hésite pas une seconde et se retrouve ainsi au Caire. L'aventure commence....

Les cigares du Pharaon est pour moi la première bande dessinée de Tintin qui donne vraiment l'impression d'être une histoire. Le découpage des scènes qui était flagrant dans les scénarios précédents est ici limpide est tout se tient. On vit l'aventure comme lorsqu'on regarde un film de James Bond ;) Les événements s'enchaînent et donnent un vrai rythme à l'histoire.
Dans ce tome, nous faisons la rencontre officielle des Dupondts, qui cherchent à mettre la main sur Tintin avec la réussite qu'on leur connait, ainsi que du célèbre Rastapopoulos, qui deviendra lui aussi l'un des personnages majeurs par la suite.

A noter quelques gags sympathiques, comme le senhor Oliveira da Figueira, marchand portugais qui arrive à vendre à Tintin tout un tas de gadgets aussi inutiles que ridicules, alors que ce dernier précise:
"Heureusement que je ne me suis pas laissé prendre par son boniment."
Ou encore Tintin faisant du trampoline sur l'énorme ventre d'un bonhomme allongé dans l'herbe pour passer de l'autre côté d'un mur infranchissable.

A noter que la collection en question est celle des fac-similés couleurs selon la version originale redessinée de 1955.




Commenter cette BD

Tome 4 : \\"Les cigares du Pharaon\\"

Année d'édition
2003

Tome 5 : "Le lotus bleu"

Chronique du 06/03/11

Dans l'épisode des Cigares du Pharaon, Tintin avait fait mettre sous les verrous toute une organisation de trafiquants. Mais le corps de leur chef, bien qu'ayant chuté dans un précipice, ne fut jamais retrouvé.
Croyant tout de même l'incident clos, quelle ne fut pas la surprise du reporter de se retrouver une nouvelle fois confronté au poison qui rend fou.
Une aventure qui l'emmène cette fois du côté de Shanghai, à la rencontre d'un certain Mitsuhirato...

Le lotus bleu, c'est quand même un album phare pour les amateurs de Tintin. Vous ne vous en souvenez pas ? Mais si :
" Lao-Tzeu l'a dit : " Il faut trouver la voie ! " Moi, je l'ai trouvée. Il faut donc que vous la trouviez aussi... Je vais d'abord vous couper la tête. Ensuite, vous connaîtrez la vérité ! "
Cela devrait vous rafraichir la mémoire. Car ce fameux chinois rendu fou par le poison apparaît à plusieurs reprises dans l'album.

Notre reporter fétiche devra démêler une affaire de trafic d'opium, mais surtout éviter tous les pièges tendus par ses ennemis, qui sont aussi nombreux que puissants. Heureusement, sa bonne étoile est légendaire et sa ruse toujours efficace.
Évidemment, ce diable de Rastapopoulos s'en tirera une nouvelle fois indemne :)

Au rang des apparitions, Dupond et Dupont (et inversement) sont de nouveau dans le coup bien entendu, avec leurs habituelles gaffes. C'est aussi la première rencontre avec Tchang, un petit chinois orphelin qui ne portait pas une grande estime pour les occidentaux avant que Tintin ne lui sauve la vie. Il faut dire que Hergé, au travers des paroles du reporter, raconte l'image qu'ont ces derniers des orientaux :

" ... tous les Chinois sont des hommes fourbes et cruels, qui portent une natte et qui passent leur temps à inventer des supplices et à manger des œufs pourris et des nids d'hirondelle... Ces mêmes Européens croient, dur comme fer, que toutes les Chinoises, sans exception, ont des pieds minuscules et que, maintenant encore, toutes les petites filles chinoises subissent mille tortures... destinées à empêcher leurs pieds de se développer normalement. Enfin, ils sont convaincus que toutes les rivières de Chine sont pleines de petits bébés chinois que l'on jette à l'eau dès leur naissance... "

Une édition fac-similé couleur qui reprends la version originale de 1946, et qui est toujours un bonheur au niveau des couleurs (mon dieu, qu'elle est horrible cette édition que nous avons tous eu entre les mains étant enfants !).

Il n'empêche que malgré tout, il y a quand même des erreurs... que je ne saurais attribuer à l'original ou à la copie cependant.
Rendez-vous page 46 et regardez par vous même... vous ne voyez rien ?
Mais si : 5ème case, le costume de Tintin est vert au lieu d'être bleu !
Ben oui, c'est un peu gros quand même...
Comme le dirait M. Mitsuhirato : " Mille millions de samouraïs ! "
Le Capitaine Haddock n'a qu'a bien se tenir ;)




Commenter cette BD

Tome 5 : \\"Le lotus bleu\\"

Année d'édition
2002

Tome 12 : "Le trésor de Rackham le Rouge"

Chronique du 09/01/07

Après avoir découvert les indices menant au mystérieux trésor Rackham le Rouge, Tintin et le capitaine Haddock partent à la recherche de l'épave du vaisseau La Licorne. Ils sont bien sûr accompagnés de Dupond et Dupont, mais également du professeur Tryphon Tournesol, qui apparaît ici pour la première fois dans les aventures de notre reporter. Il aurait entendu parler de leur expédition et leur proposerait sa dernière invention : un sous-marin.

A noter que la collection en question est celle des fac-similés couleurs selon la version originale de 1944.




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (2)


Tome 12 : \\"Le trésor de Rackham le Rouge\\"

Année d'édition
2003

Tir Nan Og Fabrice Colin (s), Elvire De Cock (d) Humanoïdes Associés

Tome 1: "L'exode"

Chronique du 11/02/07

Le XIXème siècle est celui de l'exode pour nombre de pays vers celui des États-Unis. Et c'est le cas de l'Irlande. Stephen a été abandonné alors qu'il était encore bébé. Recueilli par une famille qui a alors eu pitié, il se retrouve rapidement, au décès de sa mère adoptive, livré à lui même dans la rue. Il est alors âgé de 11 ans. Depuis, il fait parti d'un gang d'Irlandais, et en compagnie de Spike, Jenny et Gareth, ils vivent de diverses arnaques et petits traffics.
Mais un jour, Stephen découvre une étrange carte, et décide de se rendre au point qu'elle semble indiquer....

Une histoire qui n'est pas sans rappeler certaines références ! Qui n'a pas pensé à "Gang of New York" en lisant les premières pages de cette bande-dessinée, et quel joueur de jeu de rôle n'y voit pas des allusions, notamment à "Changeling" avec tous les termes qui jalonnent cet ouvrage (Sidhe, Fée, Pooka, Sluagh ou encore Glamour).
Un mélange de genres, avec des elfes ici appelée Tuatha de Danann pour le côté fantastique, et leurs opposés qui s'apparentent à des elfes noirs.
Le scénario promet encore pas mal de découverte et reste assez ouvert, bien qu'il ne soit pour le moment pas transcendant.
Quand au dessin, il m'a laissé assez satisfait, tant les décors sont superbes et les couleurs accrocheuses. Un petit bémol sur les personnages qui selon moi, ne sont pas toujours correctement représentés en mouvement.




Commenter cette BD

Tome 1: \\"L\\'exode\\"

Année d'édition
2006

TMLP (Ta mère la pute) Gilles Rochier (s)(d), Jean-Philippe Garçon (c) 6 pieds sous terre

Chronique du 21/04/12

« C'est l'histoire d'un mec qui tombe d'un immeuble de 50 étages. Au fur et à mesure de sa chute il se répète sans cesse pour se rassurer : " Jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... " Mais l'important c'est pas la chute... c'est l'atterrissage. »

Cette réplique culte tirée du film La haine, on pourrait l'employer pour parler de nombreuses cités qui, sous le couvert de multiples faits divers, font parler d'elles à un moment ou à un autre.
Cette réplique, elle n'évoque pas seulement l'histoire d'un homme qui tombe à pic (sans mauvais jeu de mot). Elle parle aussi de ces événements qui s'enchaînent, quasi-inéluctablement, et qui se terminent mal... Aurait-on pu les éviter ?
TMLP (Ta mère la pute) fait partie de ces histoires là.

Gilles Rochier est né dans les cités de Montmorency dans le 95. Ces quatre cités voisines, lorsqu'elles furent érigées, étaient censées représenter le fleuron de l'architecture de demain. Imaginez-bien : des cités qui deviendraient des fers de lance de l'architecture contemporaine. On aura tout vu... les politiques y croyaient peut-être à l'époque. Mais en voulant parquer la misère dans ces tours, comme ça se faisait partout en France, il allait de pair que cela favoriserait l'exclusion, que cela allait à l'encontre de l'intégration.
Gilles Rochier est le premier enfant né dans ces nouvelles cités. Comme beaucoup ensuite, il a grandi dans ces quartiers miséreux. Les enfants y jouaient comme des enfants, désireux de partager leurs bêtises et les tournois de foot. Mais le temps passait et les bêtises étaient de plus en plus grosses, de plus en plus connes... jusqu'au jour où...

TMLP raconte l'histoire de ces cités. L'album nous interpelle en nous faisant vivre tout ça de l'intérieur, à travers les yeux de l'auteur, acteur et spectateur. Il ne s'agit que d'un fait divers finalement, mais il nous crève le cœur comme un tournevis crève un ballon. Il nous fait mal, nous met mal à l'aise.
Ce qu'il se passe dans les cités est très grave. Ça a toujours existé... malheureusement. Aujourd'hui certaines villes optent pour la démolition de ces tours qui devaient représenter l'avenir. Des événements qui bouleversent ceux qui y ont toujours vécu comme la destruction d'une usine pour l'ouvrier qui y a travaillé toute sa vie. Mais c'est probablement un mal pour un bien, car c'est la fin de l'isolement des gens pauvre, qui sont relogés au cœur de la ville dans des logements conventionnés.

J'ai eu beaucoup de difficultés à entrer dans le récit de l'auteur. Son dessin, hésitant, nerveux, me laissait penser au début à quelque chose d'enfantin, de grossier. Je me disais qu'il ne savait pas dessiner. Mais je me suis ravisé quelques pages plus loin, quand j'ai vu cette page où était reproduits des footballeurs et qui me prouvait que Gilles Rochier n'était pas non plus un débutant. Le graphisme, voulu mais difficile à adhérer, j'ai fini par l'oublier. L'histoire avançait, percutante, et éludait tout le reste. Ces tours, dressées comme des barres, représentaient la cité à merveille. Des traits droits, des formes carrées. Le reste importait peu : le récit se déroulait sous nos yeux sans que nous n'y pouvions rien. Nous étions nous aussi enfermés dans ce rôle ingrat de spectateur, muet, impuissant.

TMLP n'est peut-être pas un bel album avec de belles images. Mais c'est un album qui interpelle comme certains films comme La haine ou Ma cité va craquer l'ont fait avant lui.
L'album a par ailleurs reçu les louanges d'Angoulême, Prix Révélation 2012 !
Au final, je me dit que c'est mérité.

Chronique du 21/04/12

Le mouvement initié par la nouvelle bande dessinée ne cesse de prendre de la place dans la production BD contemporaine : elle devient un support d'information et d'engagement. Dans les bibliothèques, on appelle ça du fonds documentaire, et de plus en plus souvent, je rechigne à cataloguer certaines BD en temps que "fictions". TMLP fait partie de ces BD qui posent question. Évidemment, comme bien souvent dans ces cas-là, on ne va pas se marrer, c'est certain. Et là, l'ambiance est bien plombée : on suit la jeunesse de l'auteur dans les quartiers sensibles de la banlieue parisienne. De la galère au drame, Gilles Rochier nous fait partager son histoire et celle des millions de jeunes qui ont grandit dans des situations similaires.

Ça parle d'un "ici et avant" mais ça résonne comme un "ici et maintenant" avec une puissance telle qu'on sait que 1. ça ne s'est pas arrangé, 2. si on doit en croire les médias (et je mets toujours un bémol aux propos des médias, ne leur en déplaise), ça a même empiré. Et cela, l'auteur le présente avec son trait indécis, presque enfantin derrière une bichromie en tons sépias qui ne parvient pas à donner un esprit désuet à une histoire tellement actuelle. La couverture m'avait pourtant d'abord inspiré la photo de groupe des enfants de 20th century boys. Mais Rochier a-t-il d'ailleurs seulement voulu faire ressortir l'esprit passé de cette histoire ? Rien n'est moins sûr.

Bref, derrière un titre à la délicatesse plutôt douteuse (mais sans gratuité : il prend tout son sens à la lecture), c'est un quotidien qui ébranle. Rochier a toutefois su garder l'innocence de la jeunesse tout au long de son récit. Cette situation est-elle pour autant normale ? A-t-on simplement cette capacité d'adaptation qui fait qu'on peut vivre sereinement des enfances démunies et mutilées ?
Vous n'aurez pas les réponses en lisant ce livre, vous vous poserez même sans doute des tonnes d'autres questions, mais ce sont des interrogations nécessaires.

Roaarrr Challenge
- Prix Révélation - Angoulême 2012


Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (4)




Année d'édition
2011

Toto l'Ornithorynque Éric Omond (s), Yoann (d) DELCOURT

Tome 1 : " Toto l'Ornithorynque et l'arbre magique "

Chronique du 19/06/11

Toto est un Ornithorynque. C'est animal au nom complexe, avec un long bec de canard et une queue de castor, passerait ses jours entier à nager et à manger quantité de larves. Alors qu'il se lève un matin pour son bain quotidien, quelle n'est pas sa surprise de trouver le lit de la rivière asséché. Il part alors à l'aventure avec son ami Wawa le Koala pour trouver la cause de cet étrange phénomène...

L'arbre magique est le premier tome d'une série de 7. Celle-ci n'était pas finie - et chaque album pouvant se lire individuellement - ce nombre pourrait croitre dans l'avenir.
Sur un scénario d'Éric Omond (que j'ai adoré lire dans Le Dérisoire), l'histoire, courte et simple, se met rapidement en place. De rebondissement en rebondissement, nos animaux héros avancent résolument vers le dénouement et rencontrent d'autres amis en chemin, venant grossir les rangs de l'intrépide duo.

Le récit déroule à une vitesse monstrueuse. En tant qu'adulte, j'ai trouvé le rythme bien rapide et j'ai fermé l'album en me disant " déjà ? ". Oui, mais il faut dire que la bande dessinée ne fait que 30 pages.
Néanmoins, ceci est un album jeunesse, remettons les choses à leur place. Et il faut avouer qu'il est incroyablement juste et qu'il a tout pour leur plaire, aux bambins : il n'y a pas de répit, on en prend plein les mirettes, et puis les personnages aux noms et profils rigolos se succèdent avec leur bouilles sympathiques et leur vocabulaire sans détour.
Une vivacité qu'on retrouve aussi dans les bulles, avec un texte qui va droit au but, sans fioriture.

Côté dessin, ce que fait Yoann (Fennec, Spirou) est tout simplement magnifique. Et je ne peux que me réjouir d'avoir eu la chance de voir quelques uns de ses originaux (de cet album, mais pas seulement) lors d'une exposition à Cenon (33).
Le travail en couleurs directes est superbe et le rendu - très coloré - rend parfaitement l'exotisme de la forêt australienne.

En bref, une lecture idéale à raconter au chevet d'un enfant, et une bande dessinée à admirer page après page sous un beau soleil d'été.

Chronique du 19/06/11

Voici les toutes premières aventures de Toto l’Ornithorynque et de ses amis : Wawa le koala, Chichi l'échidné, Riri la chauve-souris et Fafa la phalanger.

La recette est simple : des animaux australiens, tout à fait atypiques sous nos latitudes, avec des races et des aspects bizarres, et des noms simplifiés au maximum (une syllabe du nom de leur race doublée). Chez les enfants, ça fonctionne à merveille : du dépaysement, de la curiosité et des noms faciles à retenir. Et les aventures sont sobres mais pleines de rêve.

En tant qu’adulte, je me régale principalement sur les images : décors fouillés, personnages ronds, cases très colorées. D’ailleurs, pour avoir eu l’occasion d’apprécier quelques oeuvres originales de Yoann sur les différents Toto l’ornithorynque lors d’une exoposition, je garantie qu’on ne peut pas rester insensible à son traitement des couleurs. Il n’hésite pas à marier des teintes qu’on n’aurait jamais soupçonné pouvoir associer. Bref, le graphisme chez Toto, c’est avant tout un coup de pinceau habile, audacieux et judicieux.

Côté scénario, je crois que le public jeunesse est clairement la cible principale en revanche. Pas de double niveau de lecture comme on peut en trouver parfois dans la BD jeunesse, et le phylactère garde une place privilégiée (hé oui, j’ai une dent contre les phylactères, mais tout va bien, ce n'est pas une dent de "La Bête"). Elle propose pourtant une lecture agréable, détendue et innocente pour tous ses lecteurs, grands ou petits.

Roaarrr Challenge
- Prix Ligue de l'enseignement pour le jeune public - BD Boom 1997


Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (5)


Tome 1 : \\" Toto l\\'Ornithorynque et l\\'arbre magique \\"

Année d'édition
1999

Tranquille courage Olivier Merle (s), Alexandre Tefenkgi (d) BAMBOO

Tome 1 : " Première partie "

Chronique du 10/01/13

« À perte de vue, le ciel était rempli de centaines d'avions, de milliers de parachutistes qui sautaient au nord de la ville, dans les marais, jusqu'à l'horizon, jusqu'à Sainte-Mère-Église.
Les Allemands dégommaient les Paras comme à la chasse.
Au petit matin, ce fût pire que jamais, des détonations terrifiantes vers la côte, la pointe du Hoc, Saint Laurent-sur-Mer...
Et vers 7 heures, les Boches se sont mis à courir dans tous les sens !! Ils montaient vers les plages avec les moyens du bord, à pied, à cheval, à vélo...
C'était le débarquement !!
»

L'image du débarquement en Normandie, on l'a tous plus ou moins en tête, issue des livres d'Histoire ou des films qu'on a vus à l'écran.
Les auteurs nous en parlent en préambule et on ne peut leur donner tord... on a l'impression que la guerre s'arrête à ce moment-là, un 6 juin 1944, dès lors que les soldats alliés posent le pied sur la terre ferme.
Et pourtant... il leur aura fallu près de 2 mois pour parvenir enfin à repousser l'ennemi au-delà d'Avranches... une progression de 60 petits kilomètres pour 60000 morts, rien que durant le mois de juillet... 1 mort par mètre...
Je ne suis pas certain qu'Olivier Merle ait eu pour ambition de « réparer » nos mémoires défaillantes, mais il a eu besoin de tenir ce raisonnement en écho avec sa propre histoire, celle des grands-parents de sa femme, et en particulier d'Auguste Louis Briant.

« T'entends, René, il fait orage. »

Pour autant, Tranquille courage n'est pas un livre difficile. Il ne raconte pas la guerre dans la brutalité qu'on lui connaît. Seule une scène de fusillade aurait pu être rendue éprouvante, mais les choix de cadrage font qu'elle n'est pas traumatisante.
En prenant le parti de raconter l'histoire d'un fermier à l'écart de la ville, les auteurs nous ont un peu épargnés des atrocités de la guerre. Les bombes, c'est dans les villes qu'elles tombent... ici, il fait orage !


« Dis, Auguste... il est revenu ? AUGUSTE ! J'ai le droit de savoir !!
_ Et savoir quoi ? Y'a rin à savoir... Le jour où quelqu'un saura, ce sera le début de la fin ! On sera perdu ! On sait rin, on voir rin et ça va continuer !
»

Auguste, notre personnage principal, c'est le genre « bon père de famille ». Un fermier aux belles bacchantes, du genre de celles qu'on imagine bien sur un bonhomme du Sud-Est des romans de Pagnol. Le jour il travaille à la ferme, il s'occupe de ses bêtes. Et la nuit il est souvent réquisitionné par les Allemands pour surveiller les lignes téléphoniques. Il en profites d'ailleurs pour se saouler au calva avec ses potes ses soirs-là.
Un gars pépère, pas méchant pour un sou, qu'on imagine bien du genre jovial en temps de paix, et ma foi pas non plus un résistant né !
Il aura fallu qu'un aviateur américain se crashe non loin pour qu'il trouve le courage de le cacher. On comprend mieux ainsi le titre de cette bande dessinée.

Pour l'illustrer, le dessin d'Alexandre Tefenkgi (qui travaille de nouveau avec Olivier Merle sur Les âmes nomades, toujours chez Bamboo Grand Angle), dont c'est ici le premier album, n'a rien d'extraordinaire ni de révolutionnaire. Réaliste sans être trop détaillé (et sans être minimaliste non plus, loin de là), il permet de nuancer une époque difficile et les affres de la guerre. Un ton qui contribue sûrement à cette sérénité qui se dégage de l'histoire et qui est renforcé par une mise en couleur plutôt douce.

Tranquille courage est une belle aventure humaine, sobre et efficace, qui a défaut de nous emporter totalement nous aura fait passer « un bon moment » de lecture, à la fois historique puisque le récit est basé sur une histoire vraie, et de détente.
Les auteurs développent une petite ambiance de « fait bon vivre » alors que le temps ne s'y prête pas... comme pour mieux nous faire tomber de notre nuage dans un tome 2 (conclusion du diptyque) qu'on imagine plus dramatique... mais ça nous le découvrirons plus tard !


J'en profite pour remercier Emmyne qui m'a offert cette BD et pour m'excuser auprès d'elle d'avoir attendu si longtemps avant de la lire.
Je n'oublie pas non plus de remercier Mo' pour l'organisation de ce loto, et son chapeau si performant qu'il n'oublie pas de tirer mon nom :)


Un autre avis : Nico




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (2)


Tome 1 : " Première partie "

Année d'édition
2009

Trois Ombres Cyril Pedrosa (s)(d) DELCOURT

Chronique du 10/10/07

Joachim et ses deux parents vivaient tranquillement dans une petite maison loin de toutes les préoccupations de la ville, prenant le temps de vivre au gré des saisons. Mais un jour, trois ombres apparurent au loin sur la colline. Trois ombres, au départ insignifiantes, voyageurs éphémères ou égarés... mais qui étaient toujours là, accompagnant du regard chaque fait et geste, sans relâche, inlassablement. La peur grandissait, l'atmosphère était plus pesante chaque jour : il fallait agir !

Un excellent ouvrage dans une collection animée par Lewis Trondheim que je ne connaissait pas. Cyril Pedrosa livre ici son deuxième album en solo, et s'en sort vraiment bien.
Décidément, je me met à lire des bande-dessinées de plus en plus originales, et je me surprends à aimer ce dessin et ce trait, à la fois fin et plein de rondeurs, que je ne savais pas apprécier avant.
La couverture est vraiment à la hauteur du scénario, et laisse planer cette atmosphère si particulière, captivante, mystérieuse.
Une histoire belle avec des personnages attachants, une morale exemplaire, et une approche plus que poétique de la mort.

Chronique du 10/10/07

Décidément, on est dans le psychologique en ce moment !

Ici, on aborde le thème de la mort de l'enfant. Sur le ton innocent de l'enfance (le narrateur est pourtant le père), la fuite puis l'acceptation, le dépassement mais sans l'oubli. Ce conte charmant n'a ni la tristesse ni la lourdeur qu'il pourrait avoir en abordant ce thème. C'est juste un conte, qu'on lit avec plaisir tout en dégustant le graphisme sans prétention mais juste.

Un délice :)

Roaarrr Challenge
- Prix Nouvelle République - BD Boom 2007


Commenter cette BD



Année d'édition
2007

Trop grand vide d'Alphonse Tabouret (Le) Sibylline (s), Jérôme D'Aviau (d) ANKAMA

Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret

Chronique du 13/09/11

« Il était un matin de cette fois-là.
Au milieu d'une forêt tendre, dans une clairière de rien, un tout petit machin se réveille mais ne se souvient pas.
Ni de ce qu'il fait là, ni de ce qu'il a dormi, ni de ce dont il a envie. »


Alphonse Tabouret, puisque c'est ainsi que le grand Monsieur l'a appelé, est né de la dernière pluie. Le Monsieur lui a appris plein de choses indispensables : chasser les papillons, dessiner sur un caillou, jongler avec des pierres... Mais quand celui-ci lui demande si Alphonse a quelque chose à partager, le petit bonhomme perd tous ses moyens et dit qu'il ne connaît rien.
Le grand Monsieur s'en va déçu, c'est ainsi que commence Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret. Ce denier pars alors à la recherche de quoi combler sa solitude.

Alphonse Tabouret est un album magnifique et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord parce que le scénario de Sibylline, construit sous la forme d'une aventure simple au gré de rencontres du petit bonhomme, rassemble les jeunes et les moins jeunes. Il n'y a pas forcément de message à en retenir, mais on ressent une certaine satisfaction en déroulant les pages les unes après les autres, en voyant ce garçon plein de vie s'émerveiller de chaque chose aussi futile soit elle. Les enfants découvriront sans aucun doute l'album avec le même engouement, d'autant que les textes sont mignons à croquer, tout comme le sont les images.

Les images, j'y viens, parce que là aussi, elles rassemblent les petits et les grands. Jérôme D'Aviau, aussi l'auteur d'Inès, à déjà collaboré avec Sibylline et Capucine sur Nous n'irons plus ensemble au canal Saint-Martin ou encore Premières fois. Ce n'est donc pas un coup d'essai pour ce trio d'auteurs, et il y en aura probablement d'autres encore. C'est en revanche à chaque fois dans un style différent, et ici le graphisme se veut aussi simple que l'histoire tout en s'étalant lui aussi sur plusieurs niveaux de lecture.
Chaque dessin est un régal pour les yeux et mobilise notre attention de longues secondes. Car les personnages vivent réellement dans chacune des cases. Si l'on peut parler de cases, car la construction de l'album évoque plutôt le roman graphique, avec les textes en didascalies et les petites têtes expressives des personnages devant pour mettre en avant celui qui parle.

Pour finir, il est important de parler également de Capucine, à qui l'on doit le lettrage de l'album (qui sent bon la calligraphie scolaire) mais aussi, et ce n'est pas rien, le nom d'Alphonse Tabouret. Et si c'était elle, le grand Monsieur ?

Un album magnifique pour petits et grands, où l'émerveillement nous prend à chaque instant, à chaque recoin de dessin, sur chacun des textes.




Commenter cette BD

Le trop grand vide d\\'Alphonse Tabouret

Année d'édition
2010

Tu mourras moins bête Marion Montaigne (s)(d) ANKAMA

Tome 1 : " La science, c'est pas du cinéma ! "

Chronique du 11/01/12

Ankama, c'est une maison d'édition plutôt jeune si on la considère par rapport aux dinosaures qui peuplent la sphère du 9ème art.
Au début, ils n'étaient qu'une extension du jeu en ligne Dofus, leur permettant d'éditer de beaux livres avec de belles images, des artbooks illustrant l'univers du jeu.
Petit à petit, les premier récits s'inspirant de ce même univers ont vu le jour, sous forme de bande dessinée (Wakfu, Pandala) ou de manga (Dofus et ses dérivés).
Il y avait là un virage à négocier pour prendre plus d'ampleur. En passant par l'édition de blogueurs célèbres (Maliki), en révolutionnant les genres (Mutafukaz, Tank Girl, Freaks' Squeele), en s'essayant sur des formats rigolos (Macchabée strips), ou en permettant la mise en image de véritables merveilles (Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret), Ankama est parvenu en seulement quelques années à se faire une place dans le milieu. Ils s'essaient même maintenant à la jeunesse (Atlas & Axis, Ramayana) et n'hésitent pas à aller chercher aussi du côté du pays du soleil levant (Hitman, Soil).
Du coup, il arrive parfois qu'on regarde un bouquin et qu'on se demande " C'est chez qui ? ", pour finalement constater que " Ankama ? Tiens donc ! "
Certes, cela ne les empêche pas de faire des erreurs aussi (mais avec la sur-production actuelle, rien de bien anormal). Bref, une maison d'édition en plein boom !

Le livre dont je vais vous parler n'a pas grand chose à voir avec Maliki, pas plus avec Mutafukaz (et encore moins avec Dofus)... quoique...
Figurez-vous que Marion Montaigne a suivi un peu le même parcours que Souillon/Maliki, à savoir tenir un blog dont les strips seront ensuite édités chez Ankama (non non, Marion Montaigne n'a pas travaillé chez Dofus, elle).
Une ressemblance avec Mutafukaz ? La mise en image de nombreuses armes à feu peut-être ? Mais ça s'arrête là.

Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même) condense de nombreuses notes de blog certes, mais il propose surtout à ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de le suivre (comme moi qui ne suis presque aucun blog d'auteurs par exemple) de découvrir tout le travail de documentation et d'information de Marion Montaigne sur diverses choses (importantes ?) de la vie.
Chaque chapitre/billet nous invite à démonter les préjugés qu'on pourrait avoir sur tel ou tel sujet. Le tome 1 oppose par ailleurs la science et le cinéma. Le sabre laser des Jedis, les inventions de Minority Report, les blessures par balle... : trucage avéré ou scientifiquement plausible ?
Je ne vous cache pas que c'est généralement le premier cas qui l'emporte. L'auteure parvient à nous démontrer, force de documentation et enrobée d'une bonne dose d'humour, qu'il ne faut pas croire tout ce qu'on nous dit, démontant point après point tous les clichés du genre.
Je vous invite par ailleurs à visiter le blog de Tu mourras moins bête si...
- ma chronique vous a donné envie de voir ce que ça donnait.
- vous avez déjà lu l'album et que vous n'avez pas envie d'attendre pour lire la suite.
- vous voulez apprécier tout le travail documenté et visionner les sources sur lesquelles s'appuie Marion Montaigne pour élaborer ses études. Ce qui je ne vous le cache pas, m'est paru tout à fait intéressant.

Bref, Tu mourras moins bête n'est pas vraiment une BD comme les autres. Avec un dessin simple, sans fioritures, et simplement rehaussé d'une petite touche colorée type aquarelle, l'auteure nous porte dans ses démonstrations scientifiques. Un album qui vous permettra de passer un bon moment, mais aussi d'apprendre plein de choses utiles et futiles, mais toujours rigolotes... avec la Professeure Moustache bien entendu !

À noter que l'album fait partie de la sélection officielle d'Angoulême 2012.




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (2)


Tome 1 : \\" La science, c\\'est pas du cinéma ! \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " Quoi de neuf, Docteur Moustache ? "

Chronique du 24/01/13

Je vous avais parlé il y a quelques temps de cet album pseudo-scientifique décalé qui osait comparer, et avec beaucoup d'humour, la science et le cinéma. Marion Montaigne récidive avec le tome 2 de Tu mourras moins bête (mais tu mourras quand même), sauf que cette fois il est plutôt question de biologie (et de sexe).
L'humain se dévoile donc aux investigations de l'auteure, toujours très documentée, et exhibe ce petit microcosme que sont les microbes, bactéries, virus et tout le gratin !


« Dans ton cas, Paulo (et dans le mien), on est tombés sur un système immunitaire un peu nerveux.
_ LA FERME !
_ Voire allergique.
_ On t'expulse demain ! Par voie nasale si le juge est sympa ! Sinon, c'est voie rectale ! Ha Ha !
»

Ce qui est intéressant dans le travail de Marion Montaigne, c'est sa façon crue et drôle de parler de choses vitales et instructives qui par essence, pourraient être chiantes à lire. Enfin personnellement, j'ai jamais été enthousiasmé par les cours de sciences naturelles à l'école... mais là au moins on rigole, et on apprend quand même.
Néanmoins, puisque je reconnais que la biologie n'est pas ma tasse de thé, je dois également avouer que je ne me suis pas autant amusé durant cette lecture que pour le premier tome de cette série (qui parlait cinéma, oui je sais, je suis pas un gars sérieux).
Moins ludique, dans une ambiance crade tout du long (rapport aux bactéries, tout ça...), l'auteure fait quand même quelques pauses sexuelles bienvenues (pour l'audimat) qui permettent de s'aérer un peu le cerveau.

Certains épisodes m'ont fait penser à Il était une fois la vie. Vous vous souvenez de ce super dessin animé des années 80, où la milice des globules blancs pourchassaient les envahisseurs microbes ?
On est à peu près dans la même veine ici. Sauf que Marion Montaigne ne prends pas de pincettes pour expliquer les choses, c'est gore mais en même temps, c'est pas du tout le même public ^^

Le dessin de Marion Montaigne est toujours simplifié à l'extrême, bien adapté pour une publication de blog (vif, représentatif, permet une mise en scène rapide et efficace) mais pas forcément pour être relié en bande dessinée je trouve. Je m'en lasse vite en fait. Et j'aimerais bien voir l'auteure sur un autre style, histoire de...

Franchement moins emballé par la lecture de ce tome 2, je me demande quand même si cette sortie vaut une nomination dans la sélection d'Angoulême cette année encore (le tome 1 ayant été nommé dans la sélection 2012) alors qu'il y a tant d'absents qui l'auraient amplement mérité...


Une lecture plaisante et instructive mais pas extraordinaire.
La bonne surprise de ce bouquin étant de constater qu'on avait un cyberpote désormais célèbre :

« Prof Moustache...
_ Patrick ! Appelle-moi PaKa !
_ Parka ?
_ Nan. PaKa.
»

C'est lui qui nous en a parlé, nous n'avions pas fait le lien à la maison, mais nous comptons bien une star dans notre équipe k.bd : PaKa !
D'après les remerciements de l'album, il a donné plein de photos d'épiderme au Prof Moustache. Et il s'amuse à faire des recettes de gras pour voir l'effet des crèmes dessus. Personnellement je mangerai pas à sa table... quand bien même il serait recommandé par le précieux guide ! ^^
Et vous ?

« Le nappage de hexylresorcinols a bien éclairci le crumble de mélanocytes. Mais il a complètement cramé l'épiderme. C'est pas bon, ça ! C'est foutu pour l'étoile Michelin.
_ Tu mérites même pas le flocon.
»


D'autres avis : PaKa, Zaelle

Roaarrr Challenge
- Prix du public Cultura - Angoulême 2013




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (2)


Tome 2 : " Quoi de neuf, Docteur Moustache ? "

Année d'édition
2012