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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Sainte Trinité (La) Franck Bourgeron (s)(d), Claire Champion (c) FUTUROPOLIS

La Sainte Trinité (fantaisie religieuse)

Chronique du 18/10/08

Dans le désert, Don Cordoba Igual de la Villarubias, Seigneur des Astramadour et Grand d'Espagne, chrétien adepte de Saint-Augustin, accompagné de son valet Zangra, juif honnête, errent à la recherche d'une goutte d'eau. Ils font la rencontre d'un marchand de boissons et de glaces musulman, qui cherche à faire fortune.

Une situation burlesque met en scène trois personnages centraux, ainsi qu'un quatrième qui apparaît plus tard dans le livre, tous d'origines et de religions différentes.
Le premier, chrétien Andalou, traite son serviteur Juif Zangra comme un moins que rien et ne reculerait devant rien pour avoir une goutte d'eau.
Le second, Zangra, est Juif. Il n'a pas un rond puisque son maître ne l'a pas payé depuis des lustres, vu qu'il est fauché lui aussi.
Le troisième, Cahouet le marchand, a dans sa glacière de quoi rafraichir les deux premiers, mais ce dernier est un commerçant, et ne fait pas crédit. Ce qu'il cherche, ce n'est pas l'eau, mais la fortune.
Quant au dernier, un moine bouddhiste, il a de l'argent, mais ce n'est pas le sien, il parle peu et n'a pas besoin ni de manger ni de boire.
...Je parlais de situation loufoque :)

Le concept est excellent, mais le contenu l'est un peu moins. Si on peut facilement se gausser du contexte saugrenu et de quelques répliques piquantes, on n'en reste pas moins sur sa faim lorsque la lecture est achevée. L'histoire se termine brutalement sans poser de réelle conclusion.

D'un point de vue visuel, le dessin est dépouillé et les couleurs chaudes dans le ton orangé sont bien en adéquation avec le climat désertique et l'ambiance de la narration. Le rendu est d'autant plus appuyé par la qualité du papier, et c'est toujours agréable d'avoir un livre édité par Futuropolis dans les mains.




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La Sainte Trinité (fantaisie religieuse)

Année d'édition
2008

Saison brune Philippe Squarzoni (s)(d) Delcourt

Chronique du 14/12/12

Certains pensent que la fin du monde aura lieu le 21 décembre. Soyons sérieux, le temps de cette chronique au moins : ils ont tord !
Pourtant, ce label « fin du monde » est un merveilleux filon pour notre société de consommation. Certaines sociétés se sont même spécialisées dans la vente d'abris anti-atomiques pour se protéger, au cas où... plusieurs années de nourriture incluse dans l'offre bien sûr ! Le 22 décembre, les heureux survivants se donnent déjà rendez-vous pour un apéro géant. Puis suivront les fêtes de noël et du nouvel an, histoire de dédramatiser car finalement, la fin du monde attendra...
Ce qu'il se passe pourtant en coulisse, loin des prédictions farfelues et fort rentables, devrait nous faire peur, vraiment peur ! Mais nous ne voyons rien, nous sommes aveugles, mal informés. Nous nous croyons au sommet de l'humanité, bien à l'abri de notre petit monde capitaliste... le danger est pourtant latent, il nous guette. Comment comprendre et réagir avant qu'il ne soit trop tard si l'on ne voit rien ? C'est toute l'étendue du constat dressé par Philippe Squarzoni dans Saison brune.


Vous l'aurez peut-être compris, Saison brune va nous parler de notre planète Terre, de ses ressources en danger et de nos bien mauvaises habitudes de vie. Pour cela, Philippe Squarzoni ne se place pas en donneur de leçon mais au contraire dans la situation d'un français lambda, avec ses interrogations et ses mauvais comportements.
Il l'avoue dès le départ, lui non plus n'y connaît pas grand chose en écologie. Alors qu'il terminait un livre sur le bilan de Jacques Chirac à la tête de l'état, il s'est rendu compte de ses lacunes et a commencé à se documenter. Au final, il a potassé le sujet bien au-delà de ce qu'il prévoyait et a dû y consacrer tout un livre. Celui-là même dont nous parlons aujourd'hui.
Le réchauffement climatique ça consiste en quoi ? Que sont les gaz à effet de serre ? Autant de questions (et il y en a d'autres) que l'auteur se pose et nous explique : les bases fondamentales de l'écologie ne vous échapperont plus !

Philippe Squarzoni ne nous éclaire pas seulement sur le sujet, il nous livre un rapport concis sur les multiples études du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat). Il condense, résume et apporte son analyse de la situation, qu'il compare à la vie de tous les jours. Grâce à la pertinence de ses propos, j'oserais dire que l'écologie est enfin à notre portée : les rapports sont résumés et exempts de tout rattachement politicien.
Si nous en savons maintenant plus, nous sommes aussi particulièrement inquiets lorsqu'on referme l'ouvrage : la situation est bien plus grave qu'il n'y paraît !


« _ Par exemple, si je pousse cette assiette de 2 cm vers toi... plusieurs fois... À chaque fois, elle avancera seulement de 2 cm. Mais à un moment, elle va franchir un seuil... et les conséquences seront... disproportionnées !
_ Mais tu es assez malin pour t'arrêter à temps...
_ Oui, je fais bien gaffe.
_ Je te fais confiance.
_ Maintenant imagine qu'il fasse nuit... ou que j'aie les yeux fermés. Et que dans le noir... je pousse l'assiette vers toi... sans savoir quand... ça peut craquer.
»

Le constat est alarmant, nos émissions de gaz à effet de serre connaissent un véritable boom depuis la révolution industrielle et ne cessent d'augmenter chaque année. Mais comment réfréner nos habitudes pour le bien de la planète ? Même l'auteur, réaliste, reconnaît qu'il ne pourrait pas renoncer à son quotidien. Nos errements vont occasionner un désastre climatique certain dont on ne connait pas réellement l'ampleur, difficilement quantifiable et assurément dangereux. Il y a aussi cet effet de seuil qui, si on le passe, provoquerait un réchauffement exponentiel, un point de non retour. Certains spécialistes affirment qu'il est déjà trop tard, sachant qu'il faut 20 ou 30 ans pour que nos agissements d'aujourd'hui impactent l'écosystème, le temps que tous les gaz que nous rejetons montent dans l'atmosphère. En fait personne ne sait vraiment où se situe ce point de bascule, mais tout le monde s'accorde à dire qu'il existe, et qu'il est quasiment inéluctable...


« Nous vivions dans un monde de fiction. Une fable. Déconnectée de la réalité. La prospérité matérielle dont nous bénéficions depuis deux siècles repose sur une énergie abondante et bon marché... l'accumulation de biens de consommation... et la destruction de la nature.
Que nous le voulions ou non... notre mode de vie et les émissions de co2 sont liés de façon organique. Que cela nous plaise ou non, il y a des gaz à effet de serre partout... dans notre nourriture, nos maisons, nos voitures, nos loisirs.
Ce qui est en cause avec la crise climatique, c'est chacune de nos activités, chacune de nos envies... tout produit acheté en magasin... notre façon de manger, de nous déplacer, de nous chauffer.
Éradiquer le co2 de nos sociétés et de nos mentalités ne sera pas facile.
Où coupe en premier ?
»

La vision de l'auteur, qui s'appuie sur des analyse chiffrées, est très pessimiste et malheureusement bien réelle. J'aime beaucoup le ton qu'il emploie dans son récit, remettant en question son propre comportement comme nous ne faisons aussi une fois cette lecture encaissée.
C'est difficile de faire une croix sur son confort personnel. La lecture de cet album ne changera pas grand chose. On va faire attention au moindre petit trajet qui pollue, on essaiera de moins gaspiller... mais on devra quand même composer avec notre vieille voiture parce qu'on n'a pas les moyens de s'en payer une qui rejette moins de particules dans l'air et que les moyens de locomotions collectifs ne sont pas suffisamment développés pour la remplacer, ni conformes à nos besoins.
Cela fait quelques années que je suis de près la conception des voitures à air comprimé dans l'espoir de m'en payer une un jour. Leur concepteur, Guy Nègre, a un mal fou à les faire homologuer en France. Comble d'entre tous, c'est TATA, un groupe indien, qui commercialise ces véhicules... alors qu'ils sont fabriqués en France et à bas coût (un premier prix à 1800 € pour le OneFlowAir avec la prime à la casse et le bonus écologique). Le lobbying est immensément puissant et barre la route à ces voitures qui ne rejettent pas un gramme de co2 dans l'air en mono-énergie.

Sur certains points nous pourrions modifier nos comportements... mais l'état ne nous le permet pas ! J'évoquais ici les voitures mais le problème est bien plus large. Voyages en avion, transports routiers, la consommation d'essence puise les énergies fossiles bien au-delà des réserves accumulées depuis des milliers d'années. Tôt ou tard il n'y aura plus de pétrole. De même pour l'uranium des centrales nucléaires. L'énergie est un véritable problème : nous consommons trop (chauffage, transport, industrie...) et la planète ne se renouvelle plus assez vite pour nous.
Bien sûr, nous saurons nous adapter. Nous développerons probablement d'autres technologies, impactant la Terre dans d'autres aspects. Mais le réchauffement ne fera que s'accroître et c'est là que le bas blesse.
Je pense tout comme Philippe Squarzoni que ce sont les états qui doivent amorcer le mouvement, qui doivent prendre des orientations fermes pour réduire nos émissions... en dépit du capitalisme ! Il y a malheureusement fort à parier qu'il aura toujours le dernier mot : le changement, ce sera pour plus tard !
Comme dit le proverbe chinois : c'est quand on est au pied du mur qu'on voit le mieux le mur. Le mur on l'aperçoit, c'est un fait. Il suffit de regarder les statistiques et d'écouter les climatologues, quasiment tous unanimes. Mais il paraît tellement loin par rapport à notre confort quotidien... Quand le niveau de l'eau aura submergé nos centrales et provoqué plusieurs Tchernobyl, que le Bengladesh aura disparu sous les eaux... il sera trop tard pour sauver les apparences et à ce moment-là, seulement à ce moment là, des décisions, réactionnaires, seront prises... trop tard !


En dehors du caractère informatif d'utilité publique que véhicule Saison brune (tout de même l'un des incontournables de l'année), j'ai tout de même trouvé le récit très dense, trop dense !
L'album est copieux et parfois redondant. L'auteur aurait peut-être gagné à réduire ses textes, à éliminer les passages de redites. J'ai trouvé la lecture ardue, ce qui m'a obligé à la morceler pour rester dedans et, soyons francs, rester éveillé.
L'auteur alterne entre les interview de spécialistes et son quotidien. Deux univers graphiquement opposés. On a d'un côté ces « portraits qui parlent » avec lesquels j'ai eu beaucoup de mal, accentuant pour moi une lourdeur narrative ambiante, ces passages-là nous donnant toujours beaucoup d'informations et de chiffres. De l'autre côté on a ces passages plus contemplatifs, des pauses marquant les réflexions de Philippe Squarzoni au jour le jour et qui nous permettent de souffler un peu.

Depuis le départ l'auteur évoque les débuts et fins des grands films ou livres qui ont marqué son expérience. Il évoque ses difficultés à commencer l'album, ne sachant pas trop par quel point l'aborder tellement le sujet est vaste. En ce sens je trouve effectivement le début bien plus laborieux que la fin.
En dépit de ce qui nous attend, j'ai beaucoup aimé la conclusion.




Une petite chanson d'Alexis HK pour méditer ce pavé.

D'autres avis : Mo', Yvan, David Fournol, Yaneck




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Année d'édition
2012

Saison des flèches (La) Samuel Stento (s), Guillaume Trouillard (d) La Cerise

La saison des flèches

Chronique du 27/12/09

Irvin Mc Mulligan était un visionnaire. En 1879, alors qu'il n'a que 19 ans et que les indiens sont certes chassés mais encore monnaie courante, il décide de parier sur l'avenir et de les stocker, de les mettre en conserve !
Et voilà que plus d'un siècle après, il est encore possible de commander chez soi son indien domestique, grâce à Mulligan's Tradition.
C'est ce que décide de faire un couple charentais, qui reçoit donc pour l'occasion sa famille indienne en boîte : le père, la mère et le fiston.
Évidemment, la communication n'est pas de tout repos au début. Et puis la situation évolue... c'est fou ce que ça change la vie d'avoir ses indiens à la maison !

Il faut l'avouer, en me procurant un album de Guillaume Trouillard, je ne m'attendais pas à une histoire terne et sans relief. Et pourtant, cet album abat toutes les cloisons d'un appartement et remet en question toutes les frontières établies.
Imaginez un instant que l'on puisse mettre un homme en conserve. Puis qu'on puisse ensuite le libérer et en faire son "indien à domicile". Qu'il sorte de son emballage avec tous son matériel de survie : le tipi, l'arc et les flèches, les plumes, tout ça. Et pour finir (plus difficile), que l'environnement change peu à peu, que le monde autour de soi se modifie irrémédiablement, que ta façon de penser soit alternée et que ton mode de vie en soit affecté. Que le monde qui t'entoure se transforme radicalement !
Oui, Samuel Stento et Guillaume Trouillard sont partis d'une idée complètement loufoque et ont persévéré dans leur délire jusqu'à son paroxysme !

La saison des flèches, c'est un album drôle, complètement décalé, et qui pourtant soulève des problèmes de société profonds et graves comme l'exclusion et l'immigration, tout en les tournant à la dérision.
Eh oui, ça fait quand même réfléchir un peu !




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La saison des flèches

Année d'édition
2009

Samurai Jean-François Di Giorgio (s), Frédéric Genêt (d), Delphine Rieu (c) SOLEIL

Tome 1: "Le coeur du prophète"

Chronique du 05/10/07

Takeo, un maître dans son art du sabre, décide de quitter le monastère qui l'accueille depuis déjà dix longues années. Il se doit maintenant de découvrir la vérité, et de retrouver son frère. Shiro, un serviteur du temple un peu rondouillard, décide de l'accompagner dans son périple.
Alors qu'ils sont arrivés au village Guma, et tout proches de leur destination, l'île sans nom, ils sauvent une petite fille et sa famille alors qu'ils se faisaient agresser. Peu après, la petite Natsumi ne tardera pas à résoudre un casse-tête mystique et infaisable : le cœur du prophète !

Si Samurai est une nouvelle bande-dessinée traitant sur le japon de plus, l'influence du manga se faisant sentir en France, elle n'en demeure pas moins l'une des plus réussies, avec le célèbre "Okko", sans pour autant lui ressembler d'aucune façon.
Di Giorgio arrive ici avec une histoire dont on ne sait pas grand chose au final, mais qui garde tout son allant, avec une course-poursuite effreinée qui maintient l'action de bout en bout sans vaciller.
Genêt a un coup de crayon vraiment fantastique, et met en vie les personnages de fort belle manière, avec des scènes de combat à en faire pâlir les plus grands films d'actions, comme l'illustre si bien ce découpage au sabre de l'une des cases de l'album.
J'aime tout particulièrement le design des trois "filles de l'ombre" ... peut-être justement parce que c'est des méchantes ?




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Tome 1: \\"Le coeur du prophète\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: Les Sept Sources d'Akanobu"

Chronique du 07/10/07

La course-poursuite continue; Takeo, Shiro, Natsumi, Kinu et Jun-san sont traqués par les trois soeurs de l'ombre : Furyco, Reiko et O-Kane. Jun-san est grièvement blessé depuis l'attaque du monastère, et indique à Takeo le chemin qui mène à Dôgen, seule personne qui pourrait le renseigner sur Akuma et son but mystique.

J'ai été un peu déçu par le second tome de Samurai. La traque est toujours oppressante, mais l'on découvre trop de choses, le scénario n'avance pas, et pire : l'action nous ramène sur le lieu de départ. Évidemment, on se doute que la destination originelle de Takeo va se recouper avec celle du secret d'Akuma, mais c'est une boucle ... et je la trouve de trop, dommage !




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Tome 2: Les Sept Sources d\\'Akanobu\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "Le Treizième Prophète"

Chronique du 12/10/07

Takeo et ses compagnons se rapprochent de l'île sans nom et du repaire d'Akuma. Furiko, est toujours à leur trousses, et les membres de l'armée du seigneur rebelle se font de plus en plus nombreux sur leur passage....

Le troisième tome de Samuraï continue dans la lignée des premiers, avec cette traque oppressante que vivent nos héros. La première page nous met directement en place, avec un combat contre l'un des hommes d'Akuma, ce qui sera une récurrente dans l'album.
On en apprend un peu sur le passé de Takeo, mais toujours pas bribes et sans pour autant répondre aux énigmes posées dans le premier tome. Je suis un peu déçu que le scénario n'avance pas, mais aussi heureux de lire une histoire rythmée. Les auteurs en tout cas, prennent le temps de nous faire vivre cette aventure en détail, avec de nombreuses scènes de combat, fluides et travaillées.
Il ne reste plus qu'à attendre le 4ème, qui devrait conclure un premier cycle (et à ce rythme là, il y en aura d'autres !).

Ah aussi, il faut noter le changement d'orthographe de mon personnage préféré : Furyko deviens Furiko :P




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Tome 3: \\"Le Treizième Prophète\\"

Année d'édition
2007

Tome 4: "Le Rituel de Morinaga"

Chronique du 10/01/09

L'armée d'Akuma est aux portes du château de l'Empereur. Et il n'est pas venu pour lui prêter allégeance, mais bel et bien pour lui marcher dessus et prendre le pouvoir avec l'aide des sœurs. Pendant ce temps, le rituel de réveil du Treizième Prophète est sur le point d'avoir lieu...

Les auteurs commencent fort avec le dernier album de ce cycle. Nous savions que Takeo était au combat avec Furiko à la fin du tome précédent, mais nous découvrons à présent qu'il est prisonnier avec ses compagnons.
Akuma n'a jamais été aussi près de parvenir à ses fins : prendre le pouvoir et réveiller le Prophète.

Je ne vais pas vous gâcher la surprise, car cet album est plein de surprises et d'extraordinaires rebondissements. Alors je vous laisse le lire et l'apprécier.
En tout cas pour ma part, il a réveillé mon enthousiasme, lequel s'était un peu perdu depuis le tome 2.
Jean-François Di Giorgio parvient à maintenir le suspense jusqu'à la fin, et il garde même quelques mystères pour de futurs cycles. Mais comme il me l'avait dit de vive voix lors du festival d'Angoulême 2008 : le dernier album mettrait à l'histoire d'Akuma. Un autre cycle nous dévoilera les secrets du héros. De quoi nous faire saliver pour la suite !

Au milieu de l'album nous avons une incroyable triple page montrant les armées d'Akuma et de l'Empereur en pleine action. Et les dernières pages sont consacrées à quelques croquis nous dévoilant avec quelques mots illustrés la technique de travail de Frédéric Genêt.




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Tome 4: \\"Le Rituel de Morinaga\\"

Année d'édition
2008

Sang des Porphyre (Le) Balac (s), Joël Parnotte (d) DARGAUD

Tome 1: "Soizik"

Chronique du 05/10/07

Soizik est une jeune fille vivant avec les autres habitants dans un petit village de la côte Bretonne. Un village vivant des naufrages réguliers de navires sur les rochers, dépouillant les morts sous les directives du recteur. Ce dernier, homme de foi s'il en est, ne laisse rien passer, et est intransigeant sur ses règles, dirigeant la petite communauté d'une main de fer.
Un jour, une nouvelle épave se jette sur la côte accidentée, et Soizik trouve un médaillon, qu'elle arrive à cacher. Une découverte qui lui permettra de visiter la grotte du Kornik (diable), où elle fera la rencontre de Gwémon et de sa famille : les Porphyre.

Un scénario travaillé, une ambiance qui baigne dans le mystère et le secret. Le Sang des Porphyre est une bande-dessinée à part, avec une histoire de malédiction bien menée ... de malédiction, ou de complot ? Visiblement, on comprends bien vite que certaines personnes dérangent, et que les tensions sont nombreuses dans cette petite communauté.
Le tout amené par un dessin très vivant et expressif, ainsi que des décors travaillés.
A noter que le vocabulaire reprend pas mal d'expressions Bretonnes.

Il nous tarde d'en lire la suite, et de découvrir ce qui se cache derrière des apparences qui semblent ici bien trompeuses !




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Tome 1: \\"Soizik\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Konan"

Chronique du 19/03/08

Konan, Gwémon et Soizik cherchent à percer le secret de l'oeil de verre de Hyacinthe et du trésor des Porphyre. Pendant ce temps, Hermine de Rothéneuf met tout en œuvre pour retrouver le pendentif que Soizik à dérobé sur le cadavre du bateau échoué...

L'intrigue reprend sur le même rythme, chacun cherchant à défendre sa peau, ses idées, du villageois oppressé par le Recteur ou par la nouvelle arrivante (Hermine), aux fils de la famille maudite souhaitant mettre la main sur le secret de leur père.
Les histoires torturées des personnages commencent à percer, se mêlant au gré du scénario. On devine un début d'histoire d'amour peut être, au milieu des querelles incessantes que se livrent tous les protagonistes sans exception.
Et surtout, du passé de Konan semble ressurgir bien des démons... nous en saurons certainement plus dans le prochain tome !




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Tome 2: \\"Konan\\"

Année d'édition
2007

Sang du Dragon (Le) Jean-Luc Istin (s)(d - T1 et 2), Guy Michel (d - T1 à 4), Stéphane Créty (d-T5), Sandrine Coudurié (c) SOLEIL

Tome 1 : " Au delà des brumes "

Chronique du 05/09/11

Deux siècles plus tôt, il était un pirate écumant les mers à bord de son vaisseau, le Cornik. Il s'agissait de Mell-Talec, un Capitaine atypique, puisqu'il n'était pas humain : c'était un Korrigan, ce petit être des légendes celtes, qui avait su s'éloigner de son pays natal pour braver les eaux. Il avait avec lui un atout majeur et imparable, un carte dont la magie rendait son navire invisible aux yeux de ses cibles. Son trésor serait inestimable... c'est ce trésor que le Capitaine Hannibal Meriadec convoite aujourd'hui !

Il faut croire que je fais dans la piraterie. Après Pavillon noir, me voilà à chroniquer un autre album sur le sujet, et toujours chez Soleil.
Cette fois je reprends une vieille lecture puisque Le sang des Dragons a été édité en 2005. Comme le temps passe vite !
Aux manettes, Jean-Luc Istin (Les druides, Le cinquième évangile...), l'un des fers de lance de la maison toulonnaise, accompagné pour le dessin de Guy Michel.
Ces deux là se connaissent bien puisqu'ils travaillent ensemble depuis quelques temps déjà (Aquilon, Les contes du Korrigan).

Le premier opus du Sang du Dragon nous amène à la recherche de la carte magique du regretté Mell-Talec, au cœur d'un folklore celtique bien ancré dans la maison d'édition et qu'il faut mettre à toutes les sauces, et pourquoi pas dans la piraterie.
Pourquoi pas oui...
Le récit nous balade dans l'autre monde, celui des elfes de la forêt de Scissy, entre autres. Mais ce n'est là qu'une étape, car on se rend vite compte qu'il faudra trouver d'autres artefacts encore pour que le Capitaine Hannibal Meriadec parvienne à ses fins !
Bref, on ne sait pas encore trop où on va, mais on y va !

Côté graphisme, on peut apprécier le dessin bien vivant de Guy Michel (qui ne maîtrise pas encore très bien les formes généreuses des femmes, puisque c'est Jean-Luc Istin qui s'est octroyé ce rôle). Les bouilles des personnages sont plutôt charismatiques. On a le gros tatoué Thorn, le rusé Maclaw et bien entendu le Capitaine (évidemment barbu, mais ça a plus de classe) Hannibal Meriadec. On regrette cependant que les femmes ne soient pas à la hauteur au niveau de l'expression... mais il faut dire qu'il y en a peu.

Puisque j'ai lu Pavillon noir il y a peu, je me permets quelques points de comparaison :
- Le scénario d'Istin est d'apparence plus dense, mais on sait pas trop où il nous mène... très regrettable ! Et puis j'ai quand même apprécié le final du tome 1 de Pavillon noir.
- Le dessin de Michel est appréciable, un bon point !
- Décidément, cette couleur informatique est d'un classique...

Allez, on se ressaisit et on file lire des épopées plus prenantes pour se remettre à flot ! Dorison, Lauffray, Blain et Mattiussi ont encore une belle marge !




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Tome 1 : \\" Au delà des brumes \\"

Année d'édition
2005

Sans Dieu Olivier Hug (s), Denis Medri (d), Davide Turotti (c-T1) Humanoïdes Associés

Tome 1: "La prophétie de la phalange"

Chronique du 08/01/07

Ce premier volume met en scène une guerre qui persiste depuis des décennies et qui est sur le point de se terminer.
La cité de Kanel, du nom d'une Déesse oubliée, est sur le point de tomber, l'unique espoir de la cité repose sur une phalange, artefact dans lequel serait enfermée le Fils de Kanel et de Fenris .... le dernier Dieu.
Ce tome est celui de la création du groupe qui va partir à la recherche de la formule permettant d'ouvrir la phalange, dans la grande bibliothèque, maintenant en territoire ennemi. Il y a tout d'abord Mary, l'instigatrice du projet et "fille" du prévôt, lui même partant pour la protéger, une "fouilleuse d'esprit" s'appelant Malia, le prince voleur nommé Dredson, et un prêtre vieux de 400 ans du nom de Bartolomïus. Se joindra plus tard au groupe celui qu'on appelle "le tourmenteur" Torgas.

Ce n'est pas un chef-d'œuvre de la bande dessinée, l'histoire est classique et le contenu un peu terne, mais le graphisme est sympa, bien qu'un peu grossier. Espérons que le tome 2 nous livre un peu plus de suspense et de mystère, maintenant que le groupe est formé.

Chronique du 08/01/07

Un scénario sympa mais sans saveur, fade, qui se marierait très bien avec Soleil. Et pourtant... édité chez les Humanos, on s'attend à quelque chose ! Car chez les Humanos, il y a TOUJOURS quelque chose, un plus scénaristique en total décalage avec ce qui se fait ailleurs... Alors bon, j'attends.


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Tome 1: \\"La prophétie de la phalange\\"

Année d'édition
2004

Tome 2: "L’antre de la connaissance"

Chronique du 08/01/07

C'est la fin de la cité de Kanel, et l'armée des Lythons envahi tout le royaume, mais le groupe, quant à lui, avance et approche de la grande bibliothèque.
L'aide d'un Dieu oublié saurait-elle être d'un quelconque secours dans cette guerre s'annonçant perdue ?

Le second volet de cette saga est sans conteste meilleur que le premier. Les dessins sont beaucoup plus détaillés, le rendu final est mieux colorisé (il n'y a plus de coloriste d'ailleurs). Et le scénario révèle des secrets et des découvertes intéressantes. Voilà qui promet pour le tome 3 !
A noter la présence d'une créature gigantesque, un Glamoc, être à la fois légendaire et pacifiste, qui vient aider Bartolomïus. J'ai beaucoup aimé ce personnage colossal.

Chronique du 08/01/07

Ben voilà. C'est la suite.


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Tome 2: \\"Lâantre de la connaissance\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "Le pic du vautour"

Chronique du 08/01/07

Le calife et son armée sont les derniers à quitter la ville de Kanel, et rejoignent la forêt, dernier asile de leur civilisation. Ils s'apprêtent à livrer ici la dernière bataille, même si la balance est démesurée. Pendant ce temps, notre petit groupe décide de libérer le Dieu contenu dans la phalange....

Si le second tome est une réussite, le troisième est exceptionnel. Le graphisme à encore évolué pour arriver à une superbe finition, et le choix des couleurs est vraiment agréable. D'un point de vue scénaristique, là aussi, très nette amélioration. On en apprend un peu plus sur le passé du prévôt, en nous laissant tout de même assez de mystère pour attendre la suite avec impatience. Cette fois, on peut dire que la série est lancée.

Chronique du 08/01/07

Ah, ça y est, il se passe des choses ! On apprend des trucs et y'a des choses bizarres ! grüüüüüt...


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Tome 3: \\"Le pic du vautour\\"

Année d'édition
2006

Saveur coco Renaud Dillies (s)(d) DARGAUD

Chronique du 12/10/13

Renaud Dillies, consacré à Angoulême pour son premier album Betty Blues (Alph-Art du meilleur premier album 2004), est entré par la grande porte dans le petit monde de la bande dessinée. Il enchaîne les livres, tous aussi beaux les uns que les autres, y appliquant la même patte personnelle qui a fait sa consécration. C'est ainsi que naissent des albums comme Bulles & Nacelle ou Mélodie au crépuscule, en solo, ou quelques collaborations avec Régis Hautière, avec Mr Plumb et plus récemment Abélard.


Valeur-refuge

Ce qui fait la grande force des œuvres de Renaud Dillies, et on ne peut pas lui enlever ça, c'est qu'elles donnent toutes envie de les lire.
Le dessin revêt toujours des habits de tendresse. Sous des traits traditionnellement animaliers, les personnages sont emprunts d'une grande humanité, ils sont mignons et attachants (on pourrait aussi parler de naïveté), tout simplement.
Saveur Coco n'échappe pas à la règle : un graphisme engageant qui donne envie de poser le livre sur ses genoux et de partir à l'aventure.
Nos compagnons se nomment Jiři et Pôlka : l'une est cigogne longiligne, fumeuse de pipe aux nuageuses volutes et cithariste à ses heures, parfait Mexicain poncho et sombrero ; l'autre est fennec aux longues oreilles et à la noix de coco, surmonté d'un vieux pépin en toute saison, parasol plus que parapluie.

« Il était une fois, dans un pays fort proche du soleil...
Une bien modeste construction sans toit. Et dessus, Jiři et Pôlka contemplant, de leurs quatre yeux grands ouverts, l'immense et aride désert de sable à l'horizon vaporeux...
Et toujours point de nuages à l'horizon !
Ni Jiři ni Pôlka ne se rappelant depuis quand belle pluie n'était plus venue...
»

Le désert à perte de vue, avec tout ce qu'il a de vide et de jaune, est au contraire un théâtre à ciel ouvert, investi et coloré.


Un découpage surprenant.
Renaud Dillies, abonné au gaufrier (pas systématique mais récurent dans ses livres), s'émancipe un peu et se risque au-delà du confort de ses habitudes. Le résultat est sans partage : un découpage surprenant qui, allié à sa douceur graphique, nous émerveille d'autant plus.
Les cases jouent avec les formes et les motifs, les contours s'embellissent, se superposent ou s'entrelacent parfois, prennent même de la rondeur. Un délice où le fond devient forme.
Ce faisant, il insuffle à sa narration une part de rêve et de poésie.
Symboles omniprésents (à l'exception de quelques rares planches), la lune chasse le soleil, monte et redescend, exposant ses croissants au milieu des étoiles jusqu'au lever du jour, et son soleil de plomb. Les jours se suivent et se ressemblent sans se ressembler, ils donnent le tempo.


Résurgences

Ainsi va la vie de ces deux personnages en quête d'eau ou d'un marteau (pour casser la noix de coco).
L'histoire, poétique à souhait, reproduit les thèmes de prédilection de l'auteur : la musique, l'amitié (et une certaine forme de naïveté), l'anthropomorphisme et l'utopie d'un monde meilleur.
Je n'irai pas jusqu'à dire que tous les livres de Renaud Dillies se ressemblent mais il semble éprouver des difficultés à s'éloigner de ses habitudes.

« Ainsi, illico presto, Jiři et Pôlka coururent... jusqu'au bout de la nuit.
Mais le jour se fit...
… Le poisson, lui, s'en fut.
Un nuage de désespoir enveloppa nos amis... malheureusement, point climatique.
»

Dans Abélard, Régis Hautière avait montré ô combien les dictons (en quasi-overdose) pouvaient former une poésie d'expressions. J'ai cette désagréable impression que Renaud Dillies a bien retenu la leçon. Les proses s'amoncellent, forment une farandole de mots et sonnent presque comme une musique. Mais ils sont parfois difficile à suivre, aussi.

Une autre chose qui m'a gêné : les deux personnages ont des caractères opposés (complémentaires ?)... L'intérêt d'utiliser le caron tchèque sur le R de Jiři m'échappe. Si ce n'est pour la forme opposée au circonflexe de Pôlka. Poésie des formes ?


Le fond de l'air est chaud !
Dès le départ, cette quête (trouver de l'eau) a un côté surréaliste.
Ces animaux-héros vivent en plein désert mais ne semble pas se soucier vraiment de l'eau, ils ont soif mais ne donnent pas l'impression que ce soit vital : ils semblent vivre un jour sans fin.
En fait, tout paraît improbable dans l'album. Les personnages sont farfelus, des poissons volants aux invités des trois montagnes.

Moi qui ai lu bien attentivement l'avis de Mo' (voir le lien plus bas), c'est vrai qu'il y a un petit air de ressemblance (volontaire ou pas) avec l'univers loufoque de Fred (Philémon, L'histoire du corbac aux baskets...) dans ces fortuites rencontres.
Si l'ambition est là, le ressenti reste différent. Peut-être est-ce dû à cette impression que les personnages de Renaud Dillies sont moins vivants que ceux de Fred.


Conclusion
Je reste sur un sentiment très mitigé au sujet de cette œuvre.
Je me suis un peu perdu et je n'ai pas vraiment réussi à rentrer dans les dialogues, ni à trouver un réel intérêt à l'histoire.
Pour autant, je me suis régalé graphiquement. C'est un livre qu'on peut feuilleter plusieurs fois, agréable à l'œil et possédant une grande richesse dans son embellissement.


Souvenirs, souvenirs... les palmiers, la noix de coco, moi ça m'a rappelé ça, pas vous ?

D'autres avis tout aussi contrastés : Yvan, Moka

D'autres encore, plus enjoués : Mo', PaKa, Jérôme, Marion, Noukette

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Sept (T1) Fabien Vehlmann (s), Sean Phillips (d), Hubert (c) DELCOURT

Tome 1: "Sept psychopathes"

Chronique du 09/12/07

1941, à Londres, pendant que la guerre fait rage, le colonel Thompson reçoit un courrier plutôt inhabituel : un interné dans un asile psychiatrique prétendrait savoir comment gagner la guerre.
C'est ainsi que va se monter, dans le plus grand secret, et en moins d'une semaine, une opération folle visant à assassiner Hitler, avec un groupe composé de sept psychopathes, chacun ayant leur aliénation propre.

Le premier tome de la série "Sept", avec le concept bien défini d'une histoire de 62 pages présentant 7 personnages principaux.
Contrairement aux "Sept voleurs", que j'ai lu en premier, je trouve que cette bande-dessinée est plus aboutie. Certes, la présentation de chaque individu prend toujours autant de temps dans un ouvrage qui doit ensuite développer une intrigue et une conclusion, mais on a cette fois l'impression de rentrer dans une aventure irréaliste, bien que trop courte.

Je n'aime pas trop les "concepts" au final... je trouve dommage que les auteurs ne puissent pas prendre le temps de développer, de travailler sereinement sur une histoire solide.
Je trouve que le fait de présenter 7 personnages principaux est bien trop pour une seule bande-dessinée de 62 pages, d'autant qu'avec un tel sujet et les tares de chaque protagoniste, je suis certain qu'il y avait matière à développer, et à entretenir une ambiance très particulière, jouer sur l'intensité, la tension, et la folie.

Cependant, "Sept psychopathes" n'est pas non plus une "mauvaise" BD, elle se laisse lire, et présente néanmoins de bonnes choses... on en aurait seulement aimé plus !




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Tome 1: \\"Sept psychopathes\\"

Année d'édition
2007

Sept (T2) David Chauvel (s), Jérôme Lereculey (d) DELCOURT

Tome 2: "Sept Voleurs"

Chronique du 22/09/07

Et si le trésor des nains n'était pas une légende ?
Le nain Hrym semble en tout cas recruter une équipe solide et variée en leur faisant miroiter une somme mirobolante, de quoi passer le reste de leur vie dans l'abondance et la luxure, sur les ordres de Bahr, un autre nain, instigateur du projet. La mission est simple : profiter des querelles de succession suite à la mort du Roi nain et du couronnement du suivant pour pénétrer dans leur forteresse habituellement impénétrable. Mais quel nain ne serait assez fou pour orchestrer pareil dessein ?
Ivarr, un archer hors pair, et son ami Ebrinh, voleur professionnel avec qui il fait de nombreux coups, feront rapidement parti du groupe, malgré les réticences de ce dernier. Igür est un colosse qui travaille durement en portant des matériaux lourds pour un maigre salaire, difficile de refuser une telle opportunité. Quant-aux deux orcs Waborh et son ami Cobnirh, efficace mais peu coopératif, ils ne sont pas très appréciés de la majorité du peuple, mais leurs services semblent être nécessaires à la survie du groupe....
A Sept, les voilà prêts franchir n'importe quel danger pour arriver à leurs fins.

Tiens, j'ai acheté le tome 2 alors que j'ai même pas pris le 1. Je fait à l'envers cette fois.
Mais ne vous fiez pas aux apparences, même si cette série novatrice comptera bien sept volumes, il n'en demeure pas moins que ce sont tous des "one-shot". Libre au lecteur de choisir le style et l'époque qui lui plaira le plus.

Pour ce tome 2, l'un des thèmes les plus classiques qui soit : une aventure où une équipe très colorée part à la recherche d'un trésor. Le scénario a tout de même l'avantage d'être bien mené, d'être cohérent et court, en plus d'être agréable et avec de petites touches humoristiques.
Si le dessin n'a lui non plus rien d'exceptionnel, certaines cases sont vraiment sublimes, avec des plans recherchés et travaillés.
Note spéciale à la couverture de la série, que je trouve très sobre, belle et réussie.




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Tome 2: \\"Sept Voleurs\\"

Année d'édition
2007

Sept (T3) Pascal Bertho (s), Tim McBurnie (d) DELCOURT

Tome 3: "Sept pirates"

Chronique du 13/12/07

Avec la collaboration de Jérôme Lereculey pour le storyboard.

Qui n'a jamais entendu parler du trésor de Flint ?
Célèbre pirate dont tout le monde a entendu parler, mais que peu ont eu l'occasion de rencontrer, il aurait caché ses trésors sur une île qui porte son nom.
Si le premier trésor à été ramené bien des années plus tôt, le second reste encore aujourd'hui un mystère... et certains paieraient cher pour réussir là où tous les autres ont échoués !

Une histoire de pirates, avec son expédition, son équipage un peu louche, ses trahisons, mutineries, cartes et trésors... et tout ça en un seul tome.
Il serait normal de comparer avec les exercices précédents de la série orchestrée par David Chauvel tant les autres tomes avaient déçu par la rapidité de l'histoire ou la longueur des présentations.
J'ai trouvé ici une lecture agréable, et une histoire qui prend le temps de poser les choses en même temps qu'elle présente les personnages. La clef de cette réussite est certainement le fait que les protagonistes eux-mêmes fassent parti de l'histoire ... qui finalement se répète avec une nouvelle expédition.

Moi, j'aime bien, pour un récit d'un seul tome, je le trouve très correct, et ce même si le dessin est simple et les décors un peu pauvres.

Chronique du 13/12/07

L'idée de reprendre L'île au trésor et d'en rassembler les protagonistes pour ce Sept Pirates aurait pu être bonne, mais franchement... bof
Des flash-backs mal construits : on passe son temps à revenir en arrière pour essayer de comprendre, mais on ne comprend pas mieux qui est où et pourquoi, et je n'ai, à l'heure actuelle, pas encore tout compris.
Des idées qui laissent à désirer : le petit Bjorn qui intègre l'équipe parce que "Sa présence est indispensable, comme la vôtre, Jim, l'a été il y a quinze ans"
Mais un bon point : les auteurs ont su garder cet esprit roman d'aventure typique de ces romans de piraterie de la fin du XIX° siècle, mais pour le développer convenablement, un seul tome ne suffit pas.


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Tome 3: \\"Sept pirates\\"

Année d'édition
2007

Servitude Fabrice David (s), Éric Bourgier (d) SOLEIL

Tome 1: "Le chant d'Anorœr"

Chronique du 30/05/09

Kiriel, le maître d'armes du Roi Garantiel d'Anorœr, va épouser sa fille alors qu'il n'est qu'un roturier. Le Roi est sage et souhaite du sang neuf dans sa lignée, mais cette union n'est pas non plus scellée sans but : Kiriel devra surveiller les agissements suspects sur le territoire des cousins, les Vériels. En effet de nombreux convois d'armes disparaissent, et cela devient inquiétant, sachant que Nilïn est la principale forge du royaume.

Le pays va mal, non seulement les ennemis ancestraux refont surface, mais il est aussi rongé de l'intérieur. Et cette fois les géants ne sont plus là pour protéger les hommes... le méritent-ils seulement ?

Servitude sort clairement des sentiers habituels de chez Soleil. Une histoire d'héroic fantasy rondement bien menée, basée sur une légende et qui ne nous distille les informations qu'avec parcimonie. On entrevoit avec enthousiasme les prémices d'un scénario mouvementé par les luttes de pouvoir. Dévouement et trahison, sagesse et corruption, loyauté et tromperie... les rôles sont merveilleusement distribués, les personnages sont tous très différents. Il y a des retournements de situation, des victoires, des échecs. Tout ça dans un seul tome et qui se termine par une de ces fameuses pirouettes qui fait qu'on attend la suite avec impatience.

Attention toute particulière aux traits soignés d'Éric Bourgier, un dessin riche en détails, souligné par une colorisation sépia qui accentue l'ambiance peut-être décadente du royaume, les moments de tristesse, l'arrivée de l'hiver...
J'ai cru comprendre que la couleur était faite à la main. C'est peut-être aussi ça qui rend un peu plus encore le charme de la série. D'autant que les effets de lumière sont vraiment somptueux. Là encore, une gageure qui prends du temps, et qui n'est pas habituelle des éditions Soleil ou bande-dessinée équivaut trop souvent à rendement.

Chronique du 18/01/11

S'il ne devait y avoir qu'une seule chose à retenir de Servitude, ce serait le dessin. Un trait et une mise en couleur à couper le souffle. Les aquarelles sépia donnent un volume étonnant à un trait fin, fouillé, expressif et vivant.
Bon heureusement, il n'y a pas qu'une seule chose à retenir ! Malgré une thématique et (au moins à ce qui paraît sur ce premier tome) un univers tout à fait conventionnels, le scénario s'écarte des sentiers battus. Plus qu'un simple Med-Fan, on plonge dans les ténèbres de la politique, des coups fourrés, de l'inceste. En guise de baston, de véritables carnages. Ce n'est pas vraiment le genre de BD qui finissent sur un happy end, et c'est tant mieux !
Une histoire sombre donc, que l'illustration et les couleurs subliment (et oui, encore !). Le trait détaillé donne aux personnages tout leur caractère. Le décor grandiose exprime toute la puissance de la dynastie d'Anorœr (enfin... euh... pas de spoil !). Les teintes sépia approfondissent l'ambiance sombre et glauque de ces univers pervertis.
On applaudira une fois de plus ces efforts consentis par la maison Soleil pour proposer parmi leur catalogue un tantinet ordinaire une œuvre qui sort du lot.


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Tome 1: \\"Le chant d\\'AnorÅr\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Drekkars"

Chronique du 01/06/09

Farkas, il y a 20 ans.
Un Faiseur est sur le point de créer un chef-d'œuvre. Il compte mettre au monde un dragon, et aspire ainsi à devenir le grand maître de sa caste. Mais pour cela, il lui faut réussir dans l'éclosion du premier œuf viable trouvé depuis des siècles... mais aussi que l'Empereur lui-même accepte son cadeau.

Le livre II de Servitude nous amène dans la cité des Drekkars, l'autre face du monde, le côté obscur si on en croit le premier tome.
Et on découvre du coup une civilisation bien différente de l'esprit chevaleresque développé par "l'En dehors", puisqu'il s'établit ici une pseudo représentation du japon féodal. Nous avons l'Empereur, qui domine et dirige la passe, et l'Hégémon qui est en quelque sorte le Shôgun, le chef de guerre. Les Drekkars utilisent des sabres et son vêtus un peu comme des samouraïs, ils ont également leur code d'honneur et règlent les différents dans un duel honorable.

Mais les auteurs ont tout de même développé, avec l'inspiration japonaise, tout un système de caste parfaitement bien décrit par quelques notes en fin de volume, notes fort utiles pour la compréhension par ailleurs.

Effectivement, le système ici est corrompu, on s'en aperçoit vite. Mais l'est-il plus que "l'En-dehors" ? On sait maintenant qui tire les ficelles, et comment, mais on ne connais toutefois pas l'étendue des enjeux.
A la fin de l'album, un troisième clan se dégage, serait-il le plus vertueux ? Celui qui unifiera les peuples, l'élu de la légende que les esclaves attendent ? En tout cas, il a de la gueule, cet héros là !
(au passage, j'aimais bien celui du premier tome aussi : Kiriel).




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Tome 2: \\"Drekkars\\"

Année d'édition
2008

Tome 3 : " L'adieu aux Rois "

Chronique du 26/11/11

L'heure est grave sur le Royaume des Fils de la Terre.
Depuis la grande réunification orchestrée par le sage Roi Garantiel, les provinces sont de nouveau unies. Mais depuis ce jour aussi couve la vengeance des Vériel, qui se sont vus éloignés de la couronne.
Aux alentours de Nilin, Tarquain et Lérine, les enfants du Roi, tombent dans une embuscade (voir tome 1). Un événement sanglant qui mettra Garantiel hors de lui : il marchera sur les renégats et triomphera en ses terres pour les reconquérir !

Alors qu'il parvient aux portes de la cité alliée jugée imprenable d'Al Astan, celle-ci reste close, Cérir, son gardien, faisant la sourde oreille.
L'armée des Fils de la Terre, forte de plus de 18000 hommes expérimentées dans l'Art de la guerre, devra donc défendre la plus grande ville fortifiée du Triangle d'or de l'extérieur.
En face, cette fieffée canaille d'Othar de Vériel était parvenue à composer une armée de soudards de près de 30000 hommes, ne portant son soutient qu'en l'échange d'une promesse de récompense si Al Astan tombait.
L'une des plus grandes batailles de tous les temps était sur le point de débuter...

Voilà déjà 3 ans que nous attendons avec une grande impatience la suite des aventures de Servitude. Le troisième opus d'une série qui dès le départ s'annonce en 5 tomes.
Pour ce tome 3, Éric Bourgier, le dessinateur, est associé à Fabrice David au scénario. J'ai pourtant toutes les peines du monde à croire que ce n'est pas le cas depuis le début, tant les événements semble ancrés depuis toujours.

Le premier tome caressait le climat de tension qui régnait dans le Royaume d'Afénor, les clivages se faisaient plus pressants, la guerre plus menaçante.
Le tome 2 nous a un peu éloigné de tout ça, nous présentant le peuple mystérieux des Drekkars, ennemi héréditaire des hommes, tout en nous montrant l'existence d'un enjeu supérieur, d'un marionnettiste tirant les ficelles d'un monde en déclin.
Ce troisième opus nous ramène aux réalités de la guerre, de cette tension qui finit par éclater pour finalement ne laisser que des miettes d'un royaume plus que jamais morcelé.

L'adieu aux Rois se fait le récit d'une grande bataille entre hommes qui luttent pour le pouvoir. Mais où mènera la conquête, sinon à la ruine ?
C'est en substance ce que nous raconte en préambule cet album par le biais d'une lettre d'un certain Ulfas que la nouvelle amie de Kiriel, Fl'ar, essaie de transmettre à Garantiel. Malheureusement, elle ne parviendra pas à le lui délivrer... dans tous les cas, aurait-il pu changer le cours des événements ? Peu de chances en effet. La bêtise humaine...

Si j'ai quelques réticences à émettre sur cet album, c'est surtout du fait de son contenu guerrier. La politique est mise de côté ici - même si quelques complots demeurent en arrière plan, sournois et discrets (on apprend notamment qui fournit le poison si indispensable à l'Empereur Drekkar) - au profit de la bataille pure et dure qui se déroule devant Al Astan. Nous sommes plus dans une histoire médiévale que dans de l'Héroic Fantasy du coup... mais là encore, rassurez-vous amis lecteurs, il y a bien quelques événements qui marqueront encore l'empreinte du genre, notamment sur son dénouement.
Et puis on peut sans férir clamer l'excellence de Fabrice David aux commandes d'un scénario où le stratège est roi.
L'ambiance graphique, tant teintée de douceur dans le tome 1, s'efface au profit d'une noirceur initiatrice de la bataille nocturne qui se prépare en coulisse.

Un album qui reste donc moins charmant, mais qui dans sa construction reste indispensable tant on pressant que cet acte est un événement charnière d'un enjeu qui nous dépasse encore... même si l'on commence à discerner par-delà les brumes qui pourrait tirer les ficelles (bougrement doué le salaud par ailleurs)... et à quelles fins !
On se prend à penser que le peuple du désert, ces fameux Riddraks, mais aussi l'Hégémon en fuite, pourront faire pencher la balance d'un monde qui sombre de plus en plus dans le chaos.




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Tome 3 : \\" L\\'adieu aux Rois \\"

Année d'édition
2011

Sharaz-De Sergio Toppi (s)(d) Mosquito

Version intégrale

Chronique du 11/10/14

Un nouvel album de Sergio Toppi, Chapungo, paraît ce mois d'octobre en librairie et évoque trois nouvelles aventures outre-atlantique. Un album traduit en langue française à titre posthume (l'auteur nous a quitté en 2012) mais des histoires vieilles de plusieurs dizaines d'années tout de même (1976, 1978 et 1985).
Mosquito, éditeur fidèle de Sergio Toppi, poursuit ainsi son travail de fond, élargissant une nouvelle fois le catalogue propre à l'œuvre monumentale de l'auteur italien.

Ce n'est pas Chapungo que je vais aborder néanmoins, mais Sharaz-De, l'un des titres clefs du maestro, si ce n'est le plus emblématique...


Les contes de Mille et Une Nuits revisités

La vie de Sharaz-De fait écho à celle de Shéhérazade, qui nous narre chaque nuit une nouvelle histoire et dont le récit se croise avec mille autres.
Prisonnière volontaire du Roi Shahriyar, son existence est à chaque lever de soleil remise en cause. C'est son talent de conteuse qui lui permet de gagner le sursis jusqu'à la prochaine nuit, jusqu'à une nouvelle histoire, où elle devra une nouvelle fois séduire le Roi et ainsi gagner sa grâce.
« Et c'est ce qu'il advint. »

On peut évidemment se poser la question sur les intentions de la jeune femme : pourquoi vouloir se jouer de la mort auprès d'un tyran alors qu'elle mène une vie paisible avec son père, loin du pouvoir, de ses enjeux et de ses colères ?
Les destins, souvent funestes, tissés par les histoires de Sharaz-De ne sont cependant que prétextes pour illustrer la folie du Roi et sont d'une certaine manière une pénitence à sa vie nocturne.
Il ne fait pas bon être trop bon ou trop heureux, car l'avidité ou la jalousie attire bien vite les êtres mal-pensants et les mauvais esprits. La mort se dessine au fil de chaque récit et nous rappelle sans cesse au choix de Sharaz-De, se plaçant elle-même sous l'épée de Damoclès comme pour mieux montrer à Shahriyar son erreur.


Toppi : raconteur d'histoires

Sharaz-De est une raconteuse d'histoires. Chacune d'entre-elles est une mise en abyme de sa propre vie et met parfois en scène des personnages qui vont eux-même narrer un récit. Pour reprendre un terme utilisé par Badelel (dans Château l'Attente), nous sommes dans une imbrication de récits métadiégétiques et Sergio Toppi, par la voix de la jeune femme, en est le chef d'orchestre.

« Tu as fait une bonne affaire avec moi, maître. Par ma bouche, tu entendras des histoires merveilleuses, comme jamais tu n'aurais pu imaginer. Dans ton existence banale, elles seront le piment vigoureux accompagnant un mets insipide. Écoute-moi donc. »

Ses planches font la part belle aux illustrations pleines et multi-scènes qui s'offrent en délice pour nos yeux. L'auteur transalpin est passé maître dans ces compositions complexes dans lesquelles chaque case prend corps l'une avec l'autre pour former une séquence narrative et visuelle qui prend tout son sens.
Plus incroyable encore est son approche graphique qui, forte d'une surabondance de traits, parvient à se libérer du carcan de papier sur lequel elle s'étale pour former des textures qui rendent le dessin vivant. Une surabondance qui ne nuit jamais à la lisibilité et qui apporte au contraire un rendu saisissant et unique où l'usage du blanc devient primordial.

La plupart des récits formant Sharaz-De sont en noir et blanc. Quelques histoires sont cependant en couleur (J'ai attendu mille ans et Le trésor de Yasid). Si la première est plus une colorisation venant par-dessus le dessin de Toppi, renforçant ses textures et ce dessin proche de la nature, la seconde paraît plus abstraite et plus sauvage dans son traitement.

Je pensais au départ être dérouté par le style très brut de l'auteur et je ne me suis mis que tardivement à la lecture de l'un de ses ouvrages. Je peux dire aujourd'hui que je suis inconditionnellement fan de son travail et de l'ambiance qu'il dépeint, avec un trait très stylisé et reconnaissable entre tous. J'aime aussi ces mises en couleur dans tout ce qu'elles apportent d'onirique et dans leur aspect jeté. J'y retrouve une certaine spontanéité et un certain écho à l'âpreté des histoires.


Sharaz-De se compose en deux temps.
Les dix premières histoires sont le fruit de la commande d'une revue milanaise (Alter Alter) en 1979. Un livre fut ensuite édité en Italie mais il n'y eut pas de suite à cette parution.
Les éditions Mosquito, quand elles ont publié la traduction française en 2000, ont trouvé ça dommage et ont suggéré à l'auteur de poursuivre son travail, ce qu'il a donc fait dans une deuxième commande, sortie directement dans la langue de Voltaire en 2005.
Un bond dans le temps long de 25 ans, comme pour mieux marquer par cette œuvre l'empreinte d'une carrière exceptionnelle, de son renouveau très remarqué dans l'histoire de la bande dessinée italienne et jusqu'à sa presque fin de vie...

« La lune se couche et déjà, aux portes de ton royaume, les pillards montent sur leurs chevaux, heureux de ce jour qui leur apportera un riche butin et pour moi la mort ! Ainsi bien des histoires du temps passé ne parviendront pas à tes oreilles...
Mais le roi voulut que Sharaz-De vive encore et avec elle ses histoires. C'est ce qu'il advint.
 »



D'autres avis : K.BD, Mo', Nico, Yvan, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le site consacré à Sergio Toppi par son éditeur français Mosquito.




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Année d'édition
2013 (1°ed. 2000)

Shä & Salomé Loïc Clément (s), Anne Montel (d) Jean-Claude Gawsewitch

Jours de pluie

Chronique du 17/09/11

Shä c'est le chat. Salomé c'est sa copine rousse. Enfin... il vaut mieux éviter ce mot en sa compagnie, elle lui préfère le terme de blonde vénitienne. On ne plaisante pas avec les couleurs de cheveux, oh non !
Ils vivent ensemble malgré leurs différences... l'un écrit des histoires, s'amuse à découper les faits divers dans les journaux et adore répondre aux questionnaires dans les magazines féminins. L'autre est ce que l'on appelle une geek.
Un quotidien fait de drôleries et de tendresses, mais aussi de petits bonheurs, de poneys et de chocolat blanc.

Shä & Salomé, c'est un album qui fonctionne sous la forme de strips tous plus sympathiques et rafraichissants les uns que les autres.
C'est aussi une première pour les deux auteurs. Loïc Clément, bibliothécaire de profession, n'est pas un inconnu pour nous, et surtout pour Badelel puisque son métier l'amène a travailler avec lui. Anne Montel l'accompagne au dessin sur ce projet dont les premières planches furent primées lors du concours des jeunes talents lors du festival d'Angoulême 2009 (Tiens, c'était pas l'année où Pénélope Bagieu avait son stand dans la bulle des jeunes talents ? Ce qui pourrait peut-être expliquer la rencontre avec la maison d'édition).

_ L'empereur Pâlichon vous bannit, reculez de 3 cases.
_ Cool !
_ Je crois que t'as pas bien compris, Salomé. Tu viens d'avoir une pénalité là.
_ Oui je sais, mais "Empereur Pâlichon" c'est vraiment trognon...
_ ...
_ Je te vois sceptique, mais les mots qui finissent en "chon" c'est toujours mimi !
_ Si tu le dis...
_ Mais si allez, pose-moi des questions, tu verras. Je ne vais te faire que des réponses adorables.
_ OK d'acc. Comment me trouves-tu aujourd'hui ?
_ Maigrichon.
_ Tu veux qu'on mange quoi ce soir ?
_ Un cornichon.
_ Tu m'offriras quoi à mon anniversaire ?
_ Évidemment un reblochon !
_ Un message à délivrer à l'ensemble de l'humanité ?
_ Méfiez-vous des cochons sans nichons : ce sont des bichons patachons !
_ OK c'est vrai que c'est mignon mais c'est surtout n'importe quoi ce que tu dis.
_ Votre adversaire avance de 5 cases...
_ Yahooouuu, j'ai gagné ! Ben alors, on fait sa ronchonchon ?


Voilà un peu de matière pour vous illustrer le contenu qui devrait vous ravir (et vous faire sourire) sur un peu plus de 100 pages. Car les jeux de mots sont nombreux et le quotidien de ces deux protagonistes bien amusant. Bien entendu, il est également fait de rencontres et là encore, d'autres personnages viendront alimenter le récit d'un peu plus de fraicheur encore.

Et pour le plaisir de vos yeux, les dessins d'Anne Montel, qui sentent bon l'aquarelle, sont un véritable régal : doux, chaleureux et bien vivants, il ne laissent pas de place pour la monotonie, eh oui, même les jours de pluie :)

Et pour prolonger le plaisir, rendez-vous sur leur blog !

Chronique du 17/09/11

Une fois n'est pas coutume, on va faire du copinage. Aujourd'hui, on est le 17 septembre 2011. Hier, un caprice du destin nous a amené à aller faire un tour à moitié imprévu chez notre libraire BD, et voilà que nous tombons sur une couverture qui ne m'est pas inconnue. En effet, Loïc Clément, mon ancien référent à la Bibliothèque Départementale de la Gironde, un type super calé en BD et tout, avait déjà fait circuler parmi ses connaissances la preview de son futur album BD. J'étais déjà tombée, par le passé sur une intervention des deux auteurs sur le blog de Guillaume Long, aussi le graphisme d'Anne Montel ne m'était-il pas tout à fait inconnu. Bref, pas difficile à repérer au milieu des nouveautés du libraire.

Poussée par la curiosité autant que par l'attrait de la preview, non seulement je l'ai posée sur notre liste d'achats du jour, mais c'est en plus la première que je lis dans ladite liste. Et mon enthousiasme me pousse à chroniquer très vite cet album qui mérite d'être plébiscité.

Je suis ravie de vous annoncer que je ne suis pas déçue. Bon, je ne connaissais pas vraiment Loïc en temps que scénariste alors pour moi, c'est vraiment une découverte. Au final, c'est une BD pleine de douceur, de délicatesse, de poésie... et d'un humour très subtil bourré de références et de clins d'œil. Le dessin d'Anne Montel met ce petit univers intime parfaitement en valeur avec ses couleurs douces (aquarelles ou encres ?) et ses traits simples et fluides. Quant aux personnages, ils sont attachants, y compris la petite mamie qu'on a juste envie de baffer à la première rencontre.
J'ai tout particulièrement apprécié les titres des strips (ah oui, ce sont des strips), choisis avec beaucoup d'intelligence. Je précise que je ne fais pas tous ces compliments parce que je connais l'un des auteurs, hein. Comme dit plus haut, je découvre son travail de scénariste, mais en l'occurrence, c'est une très belle œuvre que je recommande vivement !

Quelques bonus en supplément : une ou deux recettes de cuisine qui n'est pas sans rappeler l'intervention des auteurs sur le blog de Guillaume Long (cf. plus haut) et... le témoignage d'un livre... celle-là on ne me l'avait jamais faite !


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Jours de pluie

Année d'édition
2011

Signe de la lune (Le) Enrique Bonet (s), José-Luis Munuera (d) DARGAUD

Le signe de la lune

Chronique du 16/01/10

Assise sur un tabouret à contempler le ciel en attendant que la lune se lève, une vieille femme raconte l'histoire de sa mère...
Artémis est une jeune fille, belle et volontaire. Malgré son jeune âge, c'est elle qui s'occupe de son petit frère, auquel elle tient plus que tout. La deuxième chose qui l'émerveille le plus est la lune. Elle est son alliée et ne cesse d'en regarder sa beauté, au point d'ignorer les nombreux garçons qui la convoitent : le gentil Brindille qui a le don de parler aux animaux, et ce voyou de Rufo !

Le signe de la lune fait lui aussi partie de la sélection d'Angoulême 2010. Et c'est mérité car l'album est très bon, même si selon moi, il ne vaut pas Blast ou Jolies Ténèbres.
Une histoire plutôt triste et dure, un conte qui commence très mal. Pourtant, quelle poésie !
Le récit tourne autour de cette lune jusque dans le nom des personnages (Artémis), une lune rieuse, et qui aime faire des facéties.

Le format de la bande-dessinée est plutôt gros (134 pages), mais permet à la narration d'être bien posée, avec une histoire en deux parties.
La première marque l'enfance des protagonistes, et la seconde se déroule plusieurs années plus tard. On voit que le monde à bien changé, sous l'influence de certains. Mais les voyous restent des voyous, et les gentils le sont toujours.

J'aime beaucoup les personnages, qui ont tous une histoire bien fouillée et qui fonctionne bien. Rufo, bien qu'il soit une brute, ne fait que répéter l'éducation de son père ; Artémis ne cesse de se terrer dans le passé ; Brindille aussi... Celui que je préfère est peut-être Merveilles, un colporteur venu d'on de sais où, un homme qui semble ne jamais vieillir et qui apporte des objets fantastiques. On dira qu'il est l'homme providentiel, l'homme de la situation !

Pour finir, le récit de Bonet est illustré par le dessin de Munuera. Un style sombre qui s'accompagne parfaitement à l'ambiance "lunaire" de ce livre. Seule accroche à cette monochromie : la cape d'Artémis, teintée de rouge comme pour mieux lui rappeler sa douleur.




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Le signe de la lune

Année d'édition
2009

Simon's cat Simon Tofield (s)(d) Fleuve Noir

Tome 1 : " Une calamité de chat "

Chronique du 28/11/11

Pour tous ceux qui ont déjà eu un chat, et bien évidemment pour ceux qui en ont encore un, voire plusieurs, à vivre avec eux au quotidien, Simon's Cat vous rappellera bien des souvenirs.
Il est bien connu qu'un chat, s'il ne dort pas, est toujours en train de manger. Et s'il ne mange pas, il passe son temps à entrer ou sortir de la maison, pour le plus grand désarroi des charnières de fenêtres si comme moi vous n'avez pas de chatière.
Il est bien connu aussi qu'un chat a ses coups de folie parfois. Le genre de crises qui nous fait forcément rire par moments, mais aussi, il faut bien l'avouer, craquer d'autres fois.

Simon's Cat c'est un peu tout ça. Et parce que ce n'était pas très drôle de représenter un chat qui dort tout le temps, il n'y a ici de dessiné que le pire du pire de ses simagrées.
Le chat de ce pauvre Simon, en plus d'être un goinfre fini, met un point d'honneur à faire toutes les conneries possibles et inimaginables, lui en faisant voir de toutes les couleurs.
Mais il n'est pas la seule victime de ce chat ravageur, puisque le chien d'une amie, un hérisson de passage, toute une colonie d'oiseaux mais aussi le nain de jardin se voient infligés de véritables supplices.

Des gags qui se succèdent sous la forme de strips et qui se permettent de s'évader des cases, inexistantes, et qui se passent même des mots. Le strip peut se cantonner à une simple illustration pleine page, ou au contraire afficher plusieurs dessins sur une même page, plus rarement sur deux ou trois pages.
Le tout entièrement en noir et blanc, un dessin clair et sans fioritures, qui va droit à l'essentiel.
Sur les dernières planches, à la faveur d'une cavalcade nocturne, le chat de Simon offre aux lecteurs quelques illustrations teintées de gris, simplement éclairées par une lampe, une bougies ou encore par une lune ronde et douce.

Une bande dessinée muette qui se passe allègrement de commentaires.
Franchement drôle, elle nous rappelle à tous les situations les plus cocasses que nous aurions vécus avec nos chats.
Simon Tofield, l'auteur, s'est pour cela inspiré de ses trois monstres... s'ils sont aussi démoniaques que l'est celui de l'album, je plains ce pauvre homme ^^
Mais lui, il en redemande, vu qu'un troisième tome est d'ors et déjà paru en Angleterre.
Vous pourrez d'ailleurs en apprécier quelques extraits, en vidéo s'il vous plaît, sur le site de Simon Tofield.

Néanmoins, si j'ai beaucoup rigolé, je reste persuadé que les petites animations de Simon's Cat (puisque c'est aussi un animé) sont plus abouties et surtout plus directes et incisives que la bande dessinée.
L'éditeur aurait peut-être pu intégrer un petit bouton, à la manière d'un livre pour enfants, afin que nous puissions nous éclater à lancer de petits « Méow » de temps en temps ?


Chronique du 28/11/11

J'ai découvert Simon's cat sur des petites vidéos super chouettes. Un dessin simple mais expressif, des scènes qui sentent le vécu (ça alors on dirait Morphée !), une bande-son mortelle. Autant dire que la parution en BD est très séduisante, surtout vu mon engouement actuel pour les strips !
Bon dire que j'ai été déçue serait exagéré, mais je suis nettement moins enthousiaste à la lecture de l'album.

Certaines scènes fleurent toujours bon le vécu : le chat qui prend toute la place dans le lit (demandez à Lunch), le chat qui fait des croche-pattes (et après il s'étonne qu'on lui marche dessus !), le chat qui croise son reflet dans le miroir... Toutes ces petites anecdotes qui rendent ces bestioles aussi insupportables qu'attachantes. Mais finalement, je m'attendais plus à ce genre de scènes qui restent cependant minoritaires dans la BD. Ici on a un chat plutôt genre Garfield (en plus subtil toutefois) et ses stratagèmes imaginaires pour chasser les oiseaux et les souris et ses aventures avec ses amis le hérisson et le nain de jardin. C'est drôle, c'est frais, c'est mignon, c'est bon. Mais ce n'est pas tout à fait ce à quoi je m'attendais après le visionnage des vidéos. C'est mon seul bémol. Comme dit Lunch, il manque le bouton qui fait "Miaou".


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Tome 1 : \\" Une calamité de chat \\"

Année d'édition
2009

Singe de Hartlepool (Le) Wilfrid Lupano (s), Jérémie Moreau (d) DELCOURT

Chronique du 18/01/13

Le singe de Hartlepool est une lecture que nous partageons avec Mo' (Bar à BD) et Jérôme (D'une berge à l'autre). Je vous invite donc à lire leur avis sur l'album également.

1814, un vaisseau français vogue tout près des côtes anglaises. À son bord, le Capitaine Louis-Armand Narraud contemple, hilare, le spectacle offert par son singe domestique. Il faut dire que ce pitre de Nelson est doué pour la comédie, paradant en tenue napoléonienne sous les yeux stoïques du second. Une relative bonne ambiance troublée par un chant anglais... sur un navire français rendez-vous compte ?! Le jeune mousse n'y voyait pas là une mauvaise intention, élevé qu'il était par une nourrice de Cornouailles, mais foi de capitaine, s'il veut chanter : qu'il le fasse avec les poissons !
Le vent se lève alors comme pour dénoncer la sanction trop lourde. La tempête monte rapidement et prend tout le monde au dépourvu. Courroucée, elle brise le grand mât. L'avarie est trop importante, le bateau fait naufrage...
À quelques encablures de là, sur la côte du comté de Durham, le petit village d'Hartlepool est un témoin heureux de la scène...

« HuHuHu...
_ Si on rentrait s'en jeter un, Walter ?
_ Pour rater le clou du spectacle ? Attends un peu, Doug.
_ Mais raconte-moi, au moins, comment ils s'en sortent ?
_ Très mal ! 'Savent pas naviguer dans le gros temps, ces prétentieux de Français ! Regarde-moi ce travail ! Un petit crachin de rien du tout, et ils finissent tous au fond ! Ça leur apprendra à s'approcher si près de nos côtes.
»


Wilfrid Lupano n'est pas inconnu sur BenDis, nous l'avions déjà croisé çà et là et une chose est sûre : il sait raconter des histoires !
Pour celle ci, il n'a pas eu besoin de se creuser les méninges à inventer une fiction : l'Histoire, la vraie (avec un grand « H »), est suffisamment foisonnante pour qui sait en faire ressortir les moments les plus pathétiques... et malheureusement originaux.
Avec un titre pareil, vous vous doutez bien que le héros (mais avec un petit « h » cette fois) est un singe. Un chimpanzé pour être tout à fait exact. Pourtant, quand ces cul-terreux de villageois (je n'emploierai pas le qualificatif d'anglais, la bêtise étant une notion universelle... bien que je doive admettre qu'il ont fait fort) retrouvent ce petit être sur la plage, a priori seul rescapé du naufrage, ils sont intimement persuadés qu'il s'agit d'un Français !

« Sommes-nous certains qu'il s'agit d'un français ?
_ Vous voulez rire ?! Qui accepterait de porter un uniforme français à part un Français ?!
»

Le récit dans sa quasi-intégralité tourne autour de ce singe qu'on croit être un Français. À vrai dire, il n'est pas vraiment le seul rescapé. Il y a aussi ce petit garçon dont la nourrice était Anglaise... mais lui, bien que réellement « l'intrus du village », personne ne le voit comme tel. Bien entendu, il fait profil bas. Un p'tit gamin rendu aussi sympathique que futé. Faut dire qu'à côté de lui c'est pas des lumières...

« On a pensé que ce serait tout de même plus convenable s'il se présentait rasé à son procès, Monsieur le Maire. »

Les habitants d'Hartlepool tels qu'ils sont dépeints sont idiots, ne voyant pas plus loin que le bout de leur troquet. Wilfrid Lupano n'y va pas de main morte et le leur rend bien. Mais il fait de même avec les Français sur le navire au début de l'album par mesure d'équité.

« C'est pour ça que je suis devenu militaire. Dans l'armée, au moins, les choses restent simples. D'un côté il y a nous, LA FRANCE, et de l'autre, il y a l'ennemi. J'aime cette vision franche des choses. »

Le capitaine Louis-Armand Narraud est un ancien négrier, rescapé de Trafalgar s'il vous plaît, qui ne jure (ou presque) que par son singe. Il a dû arrêter la traite des esclaves qui ne rapportait plus assez... à temps si je puis dire, puisqu'elle est condamnée la même année par le congrès de Vienne.
Une xénophobie prédominante qui nous accueille donc à chaque page...
Heureusement quelques protagonistes viennent sauver notre lecture de paroles tellement justes qu'elle n'auraient pas eu d'impact dans une conversation entre gens civilisés. Il fallait bien les placer face à la bêtise humaine (que Mo' qualifie d'« édifiante ») pour que ce genre de phrases prenne tout son sens :
« Et si on vous mettait l'uniforme chinois, monsieur, cela ferait-il de vous un âne chinois ? »

Je crois qu'avec ça, on résume bien l'idée de cet album...
Gageons que les mœurs ont bien changé deux siècles plus tard ?
En lisant la postface, on se rend compte que le monde dans lequel on vit cultive encore la médiocrité, avec ce club de supporters de foot local qui se fait appeler les monkey hangers (pendeurs de singe) en mémoire à cette sombre histoire. Ou encore ce maire, réélu trois fois depuis, qui se déguise en singe pour les élections, avec comme slogan « des bananes gratuites pour tous les écoliers ». Heureusement que le ridicule ne tue pas !


Pour illustrer cette « farce », un jeune dessinateur, Jérémie Moreau, fait ses premiers pas dans le 9ème Art. Ce qui au passage lui a valu un BDGest'Art du Meilleur premier album (sic, j'aurais plutôt vu Herakles, dont l'auteur était à la fois scénariste et dessinateur). Avant ça il avait tout de même remportés le Prix de la BD scolaire 2005 et le Concours Jeunes Talents 2012 à Angoulême. Et on sait bien que ces prix-là sont un formidable tremplin pour les auteurs*.
Et pour une première je trouve qu'il a su insuffler du dynamisme à son trait, ce que certains auteurs plus connus ont toujours du mal à faire. Un dessin accompagné d'une couleur un peu fade mais qui colle bien au fog et au crachin anglais.
Ajoutons à cela une couverture que je trouve plutôt réussie et qui nous conforte dans l'idée que ce pauvre Nelson dégage bien plus d'humanité que la majorité des protagonistes (d'ailleurs, le maire dans l'histoire a vraiment une tête de singe, il l'aura pas volée).

Un bon début donc !


* Vincent Perriot a gagné le Concours Jeunes Talents en 2005, Anne Montel a fini 2ème lauréate en 2009.
Vincent Caut meilleur scénario Prix de la BD Scolaire 2008.

Chronique du 18/01/13

Comment pointer du doigt la bêtise humaine en BD ? En parlant d'un singe ? En effet, ça fonctionne pas mal du tout.
A la lecture de cette BD, j'ignorais deux choses : qu'il s'agissait d'une légende britannique, et la façon dont se terminait ladite légende.
Le premier point a eu un effet négatif sur ma lecture puisque j'ai trouvé l'idée de base complètement absurde. Le second point a eu un effet bénéfique comme ça peut l'être pour toute lecture (ou film d'ailleurs aussi). Du coup, je vous invite à ne pas vous renseigner sur ladite légende avant la lecture, elle ne pourra qu'y gagner en saveur. En revanche, j'ai trouvé le final fort bien amené avec une véritable tension narrative.
Le récit associe ainsi cynisme et émotion. Alors qu'on s'immisce dans les pensées nostalgiques de ce pauvre singe qui n'a rien demandé à personne, on se retrouve face à un village entier pétri de bêtise, symbole d'une ignorance universelle où chacun croit savoir. La figure simiesque du maire porte toutefois à confusion, il est vrai, et doit sans doute expliquer l'origine du quiproquo :D

On suit en même temps quatre personnages qui apporteront un clin d'œil fort plaisant à la conclusion.
Drôle et piquant du début à la fin, et pourtant parsemé de moments de grandes émotions, impitoyable et absurde jusqu'au bout, Le singe de Hartlepool s'accompagne d'une découverte visuelle bien agréable, de traits abrupts à la plume, de couleurs à l'aquarelle, de visages bien expressifs et de mouvements pleins de dynamisme.

Toutefois, après une telle éloge je me permets de modérer l'enthousiasme qui entoure cette BD. Est-ce précisément parce qu'ignorant l'origine de l'histoire, je n'ai pu me détacher du grotesque de cette situation ? Est-ce parce que cette situation est si aberrante qu'elle semble avoir été bricolée uniquement pour montrer du doigt les travers humains ? Le singe de Hartlepool est une lecture agréable pour un moment de détente sympa pas prise de tête, mais ses qualités sont entachées d'une vilaine ombre qui fait qu'elle bloque au seuil de la BD formidable. Elle est juste très chouette.


Pour approfondir, d'autres avis encore : Mo', Jérôme, Nico, Zaelle, Yvan, David Fournol

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2013


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Année d'édition
2012

Sommeil du monstre (Le) Enki Bilal (s)(d) HUMANO (1&2) / CASTERMAN

Tome 1: "Le sommeil du monstre"

Chronique du 15/03/07

Nike Hatzfeld est né à Sarajevo pendant la guerre. Sa mémoire hors du commun lui permet de se souvenir de son enfance, du temps où il n'avait encore que quelques jours et où le toit de l'hôpital percé d'un trou béant suite à un obus lui offrait une vue sur le ciel et ses étoiles. A ses côtés: Amir et Leyla, deux orphelins tout comme lui. Nike est maintenant adulte, et part à la recherche de son passé, celui des premiers jours, et du futur, celui ou le destin qui lie ces enfants depuis la naissance se nouera de nouveau... dans un présent décadent fait de clones, de conflits et de machineries diaboliques.

Vous ai-je déjà dit que Bilal était mon idole en matière de dessin ? Avec Luis Royo, dans un tout autre style, je suis un grand fan de ses oeuvres, qui ne cessent de s'affiner au cours du temps pour obtenir ce trait fin et éthéré qu'on lui connaît.
Ici le graphisme n'est pour moi pas encore à son paroxysme, si je m'en fie au tome suivant qui est pour moi un aboutissement. Cependant, je n'ai jamais cessé d'apprécier cette succession d'images qui ont toujours été magiques au fil des ans.
Pour en revenir à l'histoire, bien qu'elle ne soit pour moi pas du niveau de la Trilogie Nikopol ou des Phalanges de l'Ordre Noir, elle en garde l'effroyable particularité du style Bilal, qui surprend une fois de plus par son originalité, mêlant toujours avec autant de rythme politique, décadence d'un système véreux, et quête individuelle. Ici Enki Bilal explore les tréfonds de la mémoire de son héros au travers d'une narration semblable à la pensée. On lit ce qu'il vit, au moment où il le vit. On est Nike, et on s'aperçoit du monde qui nous fais face, un monde improbable, futuriste, corrompu, mais qui a toujours besoin de repères.




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Tome 1: \\"Le sommeil du monstre\\"

Année d'édition
1998

Tome 2: "32 Décembre"

Chronique du 24/06/07

Amir a réussi à se sortir des griffres de l'Obscurantis Order, mais qu'en est-il de Sacha, celle qu'il aime plus que tout au monde et que le docteur qui les suit préserve de toute visite ? Peut être est-il temps pour lui de la revoir.
Nike a retrouvé sa Pamela Fisher, mais comment savoir si c'est la Pamela véritable, celle qu'il a tant recherché, ou l'un de ces nombreux clones synthétiques. Il ne tardera pas à le savoir.
Leyla est toujours au Néfoud, et s'apprête à recevoir sur le site de l'Aigle, 10 des personnes les plus éminentes au monde, pour leur divulguer une découverte qui devrait révolutionner l'Histoire....

L'histoire suit son cours, et le machiavélisme d'Optus Warhole n'a pas de limite. Les clones se multiplient, et l'omnipotence de Warhole est de plus en plus persistante. Il manipule les gens comme des pions sur un échiquier, Nike en fera lui aussi les frais.

J'ai l'impression qu'Enki Bilal aime le personnage tortueux de Holeraw. Quelqu'un qui est relativement différent de son créateur. Quand Warhole nourrit l'ombre et la décadence, et affirme son Art de manière brutale et morbide, son anagramme joue avec les couleurs et impose une vision artistique et déguisée du massacre.
Un second tome qui pose finalement plus d'interrogations que ne divulgue de réponses. Nous attendons la suite avec impatience, et nous savons qu'avec Enki Bilal, la patience est une vertu.




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Tome 2: \\"32 Décembre\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Rendez-vous à Paris"

Chronique du 24/06/07

Amir et Sacha se sont mariés, peut être par peur d'être de nouveau séparés.
Leyla, depuis la disparition mystérieuse des 10 spectateurs du site de l'Aigle, tout comme les proches des disparus, a des visions. Elle voit Nike encore en vie, lui souriant, mais comment le retrouver ?
Nike quant-à-lui, se lance à la recherche de Leyla et semble se réveiller avec un nouveau compagnon, une greffe de Warhole lui parlant dans sa tête. Mais, est-ce l'original, ou est-il devenu lui-même un clone croyant être le véritable Nike Hatzfeld ?

Le titre annoncé de "Rendez-vous à Paris" aurait pu être "la révolte des clones", tant la rivalité entre Warhole et Holeraw est omniprésente. Mais qui du maître ou de l'élève prendra le dessus, dans cette lutte à la manipulation.
Le rendez-vous évoqué, lui, reste toujours en suspens... quatre ?
On perd un peu le fil dans ce troisième tome, aucune avancée de réponse, et même si on sent le dénouement proche, on a l'impression que ce tome n'est pas fini, il y manque quelque chose ... mais c'est peut être normal, compte tenu que cela devait être une trilogie, mais qu'un découpage a dû être apporté tant le dernier volume était volumineux. Nous nous lassons un peu d'attendre...




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Tome 3: \\"Rendez-vous à Paris\\"

Année d'édition
2006

Tome 4: "Quatre ?"

Chronique du 09/07/07

Holeraw (s')expose Warhole dans un défi médiatique, revendiquant sa suprématie sur celui qui fut son "créateur". Mais ce dernier n'a pas dit son dernier mot et prépare son retour fracassant. Et il compte bien une fois de plus arriver à ses fins, devant un Nike (dés)orienté par le bijou olfactif qu'il lui a donné, à la recherche d'Amir et Leyla.

Nous touchons enfin le dénouement de la série, qui est pour le moins surprenant. Contre toute attente, c'est celui que l'on attendait le moins qui nous surprend le plus, avec une touche finale déconcertante.
On ne sait plus trop qui est le gentil et qui est le méchant ... mais dans ce monde futuriste où la mort peut être une oeuvre d'Art, y-a-t-il vraiment des bons et des mauvais ? Ou une simple confrontation de personnes ayant chacun leurs intérêts propres !
J'ai au départ été étonné, stupéfait (déçu ?) de la conclusion, mais à bien y réfléchir, il y a une question que je ne me cesse de me poser, et qui me fait aimer ce genre de touche:
" Enki Bilal a-t-il pensé au dénouement dès le début, ou l'a-t-il seulement inventé sur la fin ? "
Je n'en dit pas plus, au cas ou mes mots auraient donné envie aux lecteurs d'ouvrir le livre.




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Tome 4: \\"Quatre ?\\"

Année d'édition
2007

Sous-sols du Révolu (Les) Marc-Antoine Mathieu (s)(d) FUTUROPOLIS

Les Sous-sols du Révolu

Chronique du 19/05/11

Sieur Eudes Le Volumeur fait ses premiers pas dans l'enceinte du musée que l'on nomme, entre autre, le musée du Révolu. Il est parfois appelé autrement, le voulu démesuré, l’œuvre du muselé, le musée du voleur... Autant de dénominations qui cachent sa véritable identité, perdue au fil du temps.
Le Volumeur est en charge d'expertiser l'insondable, c'est à dire le contenu du musée dans son intégralité. Une tâche à laquelle il va consacrer sa vie entière, bien loin de se douter au premier abord de l'immensité souterraine qui s'étend sous ses pieds.

Le véritable nom de ce musée, vous l'aurez bien rapidement deviné, puisqu'il s'agit du musée du Louvre évidemment.
Dans ce livre, Marc-Antoine Mathieu a décidé de procéder à un étrange inventaire de la célèbre bâtisse parisienne. Un inventaire souterrain et secret, de l'occulte si j'ose dire, puisqu'il fait état de tout ce que le visiteur ne voit pas.
Ainsi son présentées des montagnes d'archives, les ateliers de restauration, les divers moules ayant servi à la conception des sculptures, la formation des gardiens, l'atelier d'encadrement, ou encore les souterrains engloutis ou oubliés...
Vaste programme donc pour le Volumeur chargé d'expertiser ce lieu inconnu. Le visiteur ne voit que la surface visible du musée, c'est à dire les œuvres exposées. L'auteur a donc pris le contrepied de présenter tout le reste, laissant libre cours à son imagination.

Il s'agit donc plutôt d'un introspection du musée du Louvre, d'un voyage dans son cœur, dans ses entrailles. Un voyage imaginaire qui nous révèle bien des secrets enfouis et bien gardés.
Beaucoup de clins d’œils sont faits, à des œuvres en particulier, qu'elles soient exposées ou fantasmées. J'ai par exemple adoré le tableau présentant le travail de Nicolas de Crécy sur Période Glaciaire, que j'ai rapidement reconnu.

Côté artistique, qui d'autre qu'un Marc-Antoine Mathieu, passé maître dans le traitement du clair-obscur, aurait pu mieux aborder la question des profondeurs du musée du Louvre ?
Difficile de remettre en cause son talent certain, sublimé d'autant plus par les quelques représentations d’œuvres qu'il nous montre tout au long de notre visite. Un travail de mise en abyme permanent, que ce soit dans sa descente dans les profondeurs obscures ou sur certaines œuvres, et en particulier celle du musée du Voleur, qui a même le droit à sa triple page au milieu du livre.

Pourtant, si je ne peux qu'admirer l'indéniable talent de l'auteur et l'idée de base de ce livre, j'ai éprouvé de grandes difficultés à rentrer dans l'album.
J'ai commencé à le trouver intéressant à partir du moment où il a été question des peintures, finalement. La première moitié a été plus laborieuse pour moi.
Les deux passages que j'ai préférés étant la découverte du grand tableau du musée du Voleur et le sourire de la Joconde.
Du même auteur, j'ai préféré Dieu en personne, qui est pourtant très loin de ses habituels récits (dans Dieu en personne, ce ne sont pas les décors qui sont mis en abîme mais le personnage central : Dieu).




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Les Sous-sols du Révolu

Année d'édition
2006

Souvenirs de l'Empire de l'Atome Thierry Smolderen (s), Alexandre Clérisse (d) DARGAUD

Chronique du 10/03/13

L'Empire de l'Atome, facétie jubilatoire de Gibbon Zelbub, est à des années lumières de l'Empire des Étoiles, réunifié par Zarth Arn, autrefois à la solde du Dépeupleur. Le lien entre ces deux mondes si éloignés est le fruit d'une incroyable connexion télépathique dont le principal intéressé se nomme Paul, écrivain de science-fiction...
Vous ne comprenez pas grand chose à ce synopsis ? C'est normal ! Il n'est pas simple de résumer un tel ouvrage... essayons donc en premier lieu de vous le présenter dans sa forme la plus visuelle.

Le premier contact que le lecteur entretient avec ce livre est presque charnel. Il y a tout d'abord un regard vers une couverture qui nous attire. Vive et colorée, très stylisée, dans une ambiance presque spatiale et intemporelle. On est forcés de se rapprocher pour en capter toute son essence, la toucher pour sentir sa texture de grains fins, ses incrustations de vernis sélectif doré. On tourne la page et là, cette colorisation très rétro s'engouffre dans nos rétines alertes, remontant à notre cerveau un irrémédiable effet coup de foudre.
Dessins et couleurs font corps jusque dans la typo, la maquette de l'album est sublime, et seulement pour 20 € ?
On aurait presque envie de se dire que c'est trop beau pour être vrai, et que le scénario va forcément gâcher tout ce plaisir de l'œil... L'album de Thierry Smolderen (Ghost money) et Alexandre Clérisse (Trompe la mort) n'est pas seulement graphique, c'est également un récit solidement mené, à la croisée des genres entre la science-fiction et le style atome, symbolisé par Jijé et représentant un courant des années 40-50.
Les souvenirs de l'Empire de l'Atome ne cesseront de mettre en exergue de vibrants hommages : à la littérature, au cinéma, à divers articles de journaux, à l'atome, à Franquin... Un joyeux mélange qui ravira le lecteur, qu'il ait les références ou pas.


« Ce jour-là, quelque chose avait transpercé le cosmos, et mélangé les cartes de sa propre destinée... irrémédiablement...
... Si bien qu'il était devenu impossible de savoir dans quel ordre son histoire, pour faire sens, devait être racontée.
»

L'histoire que nous narre Thierry Smolderen n'est pas simple et n'est pas non plus racontée simplement. L'auteur nous balade dans la vie de Paul de manière anarchique et ordonnée à la fois. Rien n'est raconté de manière chronologique mais chaque séquence amène la suivante de façon très fluide. On pourrait rapprocher l'exercice à Pulp Fiction, si l'on devait le comparer avec le cinéma.
Pour complexifier la donne, il y a deux temporalités distinctes : les années 50-60 de la vie de Paul, et la connexion télépathique qu'il entretient avec Zarth Arn (dont la vie est illustrée en noir et blanc) dans un futur relativement lointain de 121 000 ans .

Et c'est là un point clef dans l'histoire, le personnage de Paul est absolument fascinant. Depuis l'âge de 14 ans, il est atteint d'une sorte d'obsession et dessine des cartes, des centaines de cartes :

« Ces cartes décrivent un monde imaginaire. Paul s'y réfugie pour se distraire. Cela n'a jamais empiété sur son travail...
_ Un monde ?!!
_ Le mot est faible ! L'Empire couvre des centaines de systèmes planétaires, et domine la galaxie, sous une forme ou une autre, depuis près de cent mille ans.
»


Un trouble mental pour certains (le psychiatre qui le suit en tirera un article existant réellement appelé Le divan à réaction), une aubaine pour d'autres, qui voient en Paul un formidable outil publicitaire.
C'est ainsi qu'apparaît le personnage de Gibbons Zelbub dont le nom est à lui seul un hommage au Zorglub de Franquin. Un bonhomme retord et ambitieux prêt à tout pour assouvir ses fantasmes monomaniaques et construire son propre Empire, force de psychotropes et d'hypnoses.


Vous l'aurez compris, Les souvenirs de l'Empire de l'Atome est un récit complet, riche et hautement hallucinogène, doux mélange entre science-fiction et réalité.
C'est pour moi un véritable coup de cœur (j'en ferais volontiers l'un des favoris pour le Grand Prix de la Critique), non seulement graphique mais aussi par son histoire et ses nombreuses références devant lesquelles, il est vrai, je me suis senti bien petit...



D'autres avis : Nico, PaKa, OliV', David Fournol




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Année d'édition
2013

Souvenirs de Mamette (Les) Nob (s)(d) GLÉNAT

Tome 1 : "La vie aux champs"

Chronique du 04/03/10

Marinette est amenée par sa mère à la ferme de Pépé et Mémé. Elle devra y rester quelques temps et découvrir les joies de la campagne.
Les premières expériences ne sont pas forcément joyeuses, mais de jour en jour, Marinette prend le goût de cette vie aux champs, elle découvre et elle apprend !

Cet album résume l'enfance de Mamette, notre grand-mère préférée, toujours mise en scène par son "papa" Nob. Étant donné son tempérament dans Mamette, on se doutait bien qu'on ne s'ennuierait pas en lisant "les souvenirs de Mamette".

Ce premier tome aborde son arrivée chez les vieux, et ses rapports avec eux. Au début, c'est difficile, il y a l'appréhension du lieu, l'absence des parents, la confrontation avec les inconnus et le travail à la ferme. Mais Marinette oublie bien vite tous ces soucis et ne voit rapidement plus le temps passer.
Elle se fait d'ailleurs une grande amie : Biquette, sa chèvre préférée, qui ne la quitte pas d'une semelle :)

Il y a aussi ce personnage de "Tatan Suzon" qui rajoute un peu de profondeur sentimentale à la narration. Elle est toujours très dure avec Marinette, la fille de sa sœur. Mais c'est pour mieux cacher sa haine pour celle-ci de lui avoir pris l'amour de sa vie...

J'avoue que j'ai beaucoup plus accroché aux Souvenirs de Mamette, qu'aux récits de la grand-mère qu'elle est devenue. Le format du livre, plus petit, plus intimiste. La narration plus contemplative. La rondeur du personnage de Marinette et la bonne humeur qui se dégage de tous les protagonistes. Les dessins bien plus colorés et vivants...

Y'a pas à dire, vivement le tome 2 !

Chronique du 04/03/10

J'attendais depuis longtemps l'arrivée de la jeunesse de Mamette, cette petite mamie attendrissante pour laquelle j'ai craqué dès la première page du premier album. Nob nous avait déjà laissé entre-apercevoir quelques extraits de ses jeunes années, principalement ses aventures avec celui qui deviendrait plus tard son mari.

Les souvenirs de Mamette offre à la petite fille un caractère bien trempé, une histoire et un passé qu'on ne lui soupçonnait pas. Comment s'est-elle liée à cette chevrette qui l'accompagnait toujours, quelle était sa vie à la campagne, comment est-elle tout simplement arrivée là (car non, Mamette n'est pas née à la campagne), et tout simplement : comment l'appelait-on quand elle ne s'appelait pas encore Mamette (son nom de mamie), comment était son entourage ?

Bref, autant de réponses champêtres pour ce personnage toujours aussi frais et pourtant différent.

J'apprécie en bonus le format de la BD, peu encombrant mais suffisamment lisible.

Roaarrr Challenge
- Prix Ligue de l'enseignement pour le jeune public - BD Boom 2010


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Tome 1 : \\"La vie aux champs\\"

Année d'édition
2009

Tome 2 : " Le chemin des écoliers "

Chronique du 08/12/11

Le séjour de Marinette à la campagne avait tout du parfum des vacances et de l'été. Mais alors que le temps passait, sa mère ne revenait pas la chercher.
Son père le disait bien souvent : sa mère ne tenait jamais ses promesses. Tatan Suzon tenait d'ailleurs à peu près le même discours... Jeanne fit savoir à sa fille par une lettre qu'elle ne pourrait pas la reprendre tout de suite, que la situation était compliquée, notamment avec son papa. La rentrée des classe se ferait donc loin de la ville... loin de sa famille.

Se plonger dans la lecture des Souvenirs de Mamette, c'est un peu comme se perdre dans un grenier. On ne cherche rien de particulier mais tout un tas de souvenirs refont alors surface, ravivant à nos mémoires des choses qu'on avait oubliées.
Ce séjour à la campagne raconte une partie de l'enfance de Mamette mais il se fait également l'écho de nos vacances à nous, lorsque nous étions jeunes et cons, qu'on rechignait à la moindre tâche qu'on nous donnait et qu'on ne comprenait pas forcément les adultes... bah quoi, vous avez bien du vivre ça aussi non ?

« " L'oisiveté est mère de tous les vices. "
En d'autres termes, seul le travail peut vous apporter une vie honorable.
LE TRAVAIL ! Voilà la seule chose que vous devrez avoir en tête toute votre scolarité pour avoir une chance de devenir une personne respectable !
Sortez vos cahiers. En silence.
Écrivez sur la première page...
... " Je serai un élève docile, studieux et travailleur. "
Je... serai...
... un élève... docile...
... studieux et...
J'ai l'impression que notre petite nouvelle n'est pas très adroite avec sa plume.
Pour vous faire la main, Mademoiselle, vous m'écrirez cette morale 100 fois pour demain.
Passons à l'arithmétique. »


Ces souvenirs là ont le parfum des années 30. Nob y met en scène la vie dans les champs, mais il n'oublie pas d'évoquer l'école. Et qui dit école des années 30 dit aussi rapport à l'école d'aujourd'hui. Il y a un gouffre entre les méthodes d'éducation :
Que sont devenus les cours de savoir-vivre ? C'est à peine si nous avons eu droit à de l'éducation civique.
Où est passée l'autorité des professeurs ? J'ai connu les lignes, mais elles étaient surtout données par les parents, et puis rien d'assommant et surtout pas par paquets de 100 comme ça !
Et encore, moi l'école c'était il y a 20 ans, et je suis bien certain qu'aujourd'hui c'est encore bien différent. Quand je pense que les instituteurs n'ont plus le droit de rien faire contre l'arrogance de certains enfants ça me désole un peu. Mais je m'égare, là n'est pas le sujet.

« _ Marinette, tu penseras à nourrir les poules ?
_ Mais j'ai des devoirs ! »
« _ M'arrangerait ben qu't'ailles donner un coup d'balai dans l'étable !
_ Oui, mais vite ! J'ai des devoirs ! »
« _ Dépêche-toi de venir mettre la table !
Oui, mais mes devoirs ? »
« J'ai besoin d'eau pour la vaisselle !
_ Oui, mais... »
« Au fait, tu as pensé à faire tes devoirs ? »


Le second volet de cette saga nous aide à comprendre comment la jeune fille de 9 ans va petit à petit devenir une jeune adolescente, et plus tard la grand-mère qu'on connait. On discerne ses premières amourettes de jeunesse au gré de ses vagabondages (Mademoiselle fait l'école buissonnière, et comme le dit l'institutrice : les chiens ne font pas des chats ! ^^). On voit bien qu'elle apprend de la vie à la ferme. On lui inculque des valeurs qui feront d'elle une femme.

C'est un album un peu moins coloré que le premier tome, l'automne approchant. Il n'en demeure pas moins une très bonne suite, et on attend le prochain avec enthousiasme.
Notons que nous ne sommes pas les seuls, puisque Les souvenirs de Mamette T2 fait partie de la sélection jeunesse pour le festival d'Angoulême 2012. Et je pense que ce serait une juste récompense pour cette série que d'en ressortir primée.




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Tome 2 : \\" Le chemin des écoliers \\"

Année d'édition
2011

Spaghetti brothers Carlos Trillo (s), Guillermo Saccomano (s-T4), Domingo Mandrafina (d) VENTS D'OUEST

Intégrale

Chronique du 24/02/14

Le linge sale se lave en famille

Ah... les Centobucchi... quelle famille !

Émigrés italiens ayant traversé les mers pour accomplir « le grand rêve américain », les enfants Centobucchi ont à peu près tous grandi dans une sorte de haine fraternelle, peut-être née quelque part au milieu de l'océan lorsque la mère, Carmela, meurt en couche de son cinquième rejeton...

Amerigo, l'aîné, porte en lui le nom symbolisant cette ambition de réussite. Pour lui le rêve s'est transformé en réalité. Il est devenu un redoutable et redouté gangster, terrorisant son petit monde et assassinant à tour de bras. Les dollars s'amoncellent autour de lui. Sa mère serait probablement fière... du moins le pense-t-il.

Caterina est elle aussi née en Italie. La réussite n'a pas de secret pour celle qui est devenue, sous le pseudonyme de Gipsy Boone « la fille d'une princesse gitane », une grande star du cinéma muet... sur qui pèse de sulfureuses rumeurs...

Pour les jumeaux Francesco et Carmela, du nom de sa mère, le destin semble avoir été plus clément.
Le premier, reconverti en Père Franck, a embrassé la foi et s'occupe d'une paroisse, lieu de confessions par excellence.
Tout laisse à penser que la seconde est une femme sans histoire, baignant dans le bonheur avec son mari et ses deux enfants. Elle mène en vérité une double vie dissolue, mère au foyer le jour et tueuse à gage la nuit.

Vient enfin le cadet, Antonio, celui-là même qu'Amerigo déteste au plus haut point car il le considère comme l'assassin de leur mère. Et comme le hasard fait bien les choses, Tony s'est construit dans l'exacte opposition de son aîné. Il est devenu policier, inflexible et... probablement un peu naïf aussi.

« Ça me fait plaisir de savoir que tu es un criminel, Amerigo, et que moi je suis un flic. Comme ça, un jour... un jour, je pourrai t'abattre sans remords. »


Polar spaghetti

Le titre choisi par les auteurs est perçu comme un hommage au cinéma italien.
À l'époque où Sergio Leone et consorts redonnaient ses lettres de noblesse au western, les américains ont affublé le genre du sarcastique suffixe « spaghetti ».
Une sauce à l'italienne prônant un monde individualiste et quelque peu anarchique où les comptes sont réglés à coup de revolver. Violence, pauvreté, butins et sexe sont autant de moteurs dont la morale s'absout.

On retrouve tous ces qualificatifs dans Spaghetti brothers, une saga familiale à l'italienne où la loi du plus fort règne en maître. Une histoire urbaine montrant la misère du quotidien dans une période délicate, les années 1920, touchées de plein fouet par la grande crise de 29 et la mutation du cinéma. Les femmes sont désignées comme des putains, les hommes comme des caïds et les flics impuissants. La violence et la prostitution sont ciblés comme seuls échappatoires à la pauvreté...

Heureusement, un récit « spaghetti » ne serait pas ce qu'il est sans humour. Et ce titre phare de Carlos Trillo et Domingo Mandrafina est débordant d'humour : souvent cynique, alternant parfois avec le comique de répétition, le rythme suit son cours et force le sourire malgré la dureté du quotidien tel qu'il est décrit.


La patrie en toile de fond

Si le récit se déroule quelque part dans la grande Amérique, la mise en abyme des dérives argentines n'est jamais très loin. Les auteurs auront probablement choisi un milieu mafieux et un contexte de crise comme terrain de jeu pour mieux tenir la comparaison avec leur patrie d'origine, acculée par la guerre civile, les coups d'état, les mouvements contestataires et la pauvreté.
Le cousin Nicola fait d'ailleurs le pont entre la réalité et la fiction, parti en Argentine pour participer aux grandes manifestations populaires en tant que syndiqué anarchiste (ce qui correspond bien aux mouvements des années 20).

N'oublions pas que les auteurs argentins ont subi de plein fouet ces régimes dictatoriaux. Nombre d'entre eux ont été touchés par la censure. Certains, on pense en premier lieu à Hector Oesterheld, furent enlevés (desaparecido) et tués en guise de répression (et la famille avec...).
Une absence de liberté d'expression qui laisse forcément des marques, qui se retrouvent dans la majorité des œuvres argentines.


Un pavé dans l'amaretto

Carlos Trillo (aussi l'auteur de Cybersix) et Domingo Mandrafina n'en sont pas à leur premier coup d'essai.
Le duo a maintes fois collaboré auparavant et a poursuivi son entente sur des albums tels que Vieilles Canailles ou La grande arnaque, ce dernier titre ayant été récompensé au festival d'Angoulême par le prix du meilleur scénario en 1999.

L'intégrale de Spaghetti Brothers est un véritable pavé de 772 pages, regroupant les 4 tomes de la première édition (Guillermo Saccomano a également co-scénarisé le T4), parus en France entre 1995 et 1996 et aujourd'hui épuisés.
Bien qu'il soit imposant, les scènes se succèdent sans lourdeur et le livre reste relativement facile à lire.

Le dessin de Domingo Mandrafina n'est pas étranger à cette accessibilité : un noir et blanc clair et puissant, de grands portraits aux gueules marquées, réalistes et expressives.
Pour ceux qui ont du mal avec le noir et blanc, une réédition colorisée par Ruby existe, redécoupée en 16 volumes et qui demeure encore trouvable aujourd'hui.

Si cette saga se conclue au confessionnal (le Père Franck est toujours au courant de tout ce qui se trame dans le coin, véritable rôle majeur de l'histoire), elle se termine par quelques récits sans grand lien avec le reste de la fratrie. Une petite déception quand on sait que le principal attrait de la série réside dans le cynisme des relations qu'ils entretiennent entre eux. Étrangement, cette faiblesse correspond au tome scénarisé par Guillermo Saccomano, qui n'a jamais plu fait apparaître les personnages d'Amerigo et de Caterina, et une seule fois celui de Carmela (dans une romance hors chronologie puisqu'elle fait revivre le personnage de Samuel Gerscovich).
Pour autant, l'avenir de la famille est-il déterminé par la vision que Francesco obtient du bon Dieu ? Gageons plutôt que les événements se soient bousculés dans le bon sens, mus par l'heureuse transformation d'Amerigo et l'hypothétique rebond de carrière de Caterina (les dernières histoires écrites par Carlos Trillo).

Pour conclure, Spaghetti brothers est un excellent primo piatto qui s'avale comme une liqueur. On en reprendrait s'il en restait !

Chronique du 24/02/14

Après l'énoooorme déception que fut Je suis un vampire, navet de 4 tomes tous plus mauvais les uns que les autres, je toisais cet énorme pavé de Spaghetti Brothers du même scénariste Carlos Trillo avec un doute non dissimulé. L'enthousiasme des collègues de K.BD et le délice que le pitch nous livrait m'avait donné bien envie et Lunch était revenu de la librairie avec une intégrale de quelques 772 pages (plus l'intégrale des 50 ans de Mafalda : 575 pages de plus... Ce jour-là, Lunch a frôlé le lumbago).
Grand bien m'a pris de faire confiance à K.BD : il est, à mon avis, impossible que Je suis un vampire et Spaghetti Brothers aient pu être conçus par le même cerveau !
Le concept du second tient bien ses promesses : les cinq frères et sœurs Centobucchi issus de l'immigration italienne dans les États-Unis des années 1920 nous offre un éclectisme délicieux.
Au programme donc :
- un mafioso qui a oublié de se défaire de son complexe d'Œdipe
- un curé qui aggrave la situation chaque fois qu'il essaie de limiter les dégâts
- un flic incapable
- une starlette du cinéma muet qui a couché avec tout le monde
- une bonne épouse mère de deux enfants
Et qu'on n'aille pas me dire que la respectable mère de famille vaut mieux que le reste de sa famille.

Clairement, les deux cents premières pages sont un pur régal de situations toutes plus abracadabrantes les unes que les autres entremêlées de quiproquos et de cachotteries dévastatrices. L'organisation de l'ensemble en « chapitres » très brefs rappelle d'une certaine manière les comic strip sans en être, clôturant chaque saynète par une réflexion ou une situation décalée.
La curiosité de ce Spaghetti Brothers, c'est le changement de ton assez brutal, sans doute témoin d'un changement de tome et d'une évolution des auteurs au fil du temps, mais l'édition en version intégrale (sans aucune scission permettant de situer les changements de volumes) révèle un véritable bouleversement, en particulier à l'arrivée du Krach de 1929. La série dépeint finalement à travers cette étrange famille différents aspects d'une Amérique d'Entre-deux-guerres, où personne n'est vraiment à sauver et personne n'est vraiment à pendre. Les personnages avec tous leurs défauts mais aussi toutes leurs qualités sont véritablement attachants, et leurs mésaventures qui n'ont plus grand chose de gai sur la fin serrent le cœur. Car ils évoluent tout du long et le ton est de moins en moins humoristique quoique les situations restent la plupart du temps rocambolesques. Finalement l'ensemble se termine de façon assez pessimiste, voire même monotone avec une longue série de chapitres consacrés au curé et dans laquelle on ne voit plus le reste de la fratrie.

Le dessin en noir et blanc de Mandrafina si typique de la BD argentine, son travail d'ombres et de lumières apporte ici une ambiance très en adéquation avec l'univers new-yorkais des années 1920. Parallèlement, les souvenirs du passé adoptent un trait différent, hachuré, plus proche de la gravure.

Notons par ailleurs une petite incohérence, précurseur du sulfureux avenir scénaristique de Trillo (non, je ne me remettrai pas de Je suis un vampire). Le nom de la mère est cité sur la première planche. Elle s'appelle alors Carmela, prénom que portera d'ailleurs la seconde fille. Page 292, elle est devenue Grazia...

D'autres avis : Champi, Legof, Mitchul, Yvan

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Intégrale

Année d'édition
2008

Spirou et Fantasio (une aventure de) Franck Le Gall (s)(d), Dominique Thomas (c) DUPUIS

Tome 2 : "Les Marais du temps"

Chronique du 25/07/10

Tout commence lorsque le cafetier du Marais, Nénesse, entend un grand bruit provenant de sa cave alors qu'il conversait avec l'un de ses clients. Ni une ni deux, il se remémore alors les paroles de son père, qu'il tenait lui-même de son père, et ainsi sur quatre générations : le mur qui barrait l'accès au troisième sous-sol s'effondrerait un jour et délivrerait alors un secret...

C'est ainsi que l'aventure commence, car le secret n'est autre qu'un message directement adressé au Comte de Champignac. Un message provenant du passé, et portant la signature de Zorglub !

L'album en question est le second tome de la série. Mais y'a pas vraiment besoin, hormis quelques références sur le Zorglub en question, d'avoir lu le précédent tome. Et encore, les références font plutôt appel à l'univers de Spirou en général qu'au premier opus de cette série.
D'ailleurs, c'est vraiment un truc que je pige pas, la différence entre "Une aventure de Spirou et Fantasio", et "Spirou et Fantasio" tout court (série qui compte déjà 50 albums).
Quel intérêt de faire une série au même nom ou presque avec les mêmes choses de dans ? Enfin, passons !

Cet album m'a été offert, sans quoi je ne l'aurais probablement jamais acheté. J'ai jamais été un grand fan de Spirou, ni vraiment attiré par ses aventures. Mais l'objet en lui-même est en revanche remarquable, contenu dans un très beau coffret et accompagné de 4 tirés à part présentant des croquis du quartier du Marais tel qu'il était autrefois.

À part ça...
Franchement, je me suis ennuyé en lisant cet album. Du coup, j'ai bondi sur la première incohérence. Il faut dire qu'elle est pas longue à arriver : une seule personne peut passer au-travers de la faille spacio-temporelle à la fois, mais Spip (cet écureuil a vraiment un nom laid) passe en même temps que Spirou. Soit il ne compte pas comme une unité à part entière, soit on peut passer à plusieurs en même temps... ors plus tard, c'est Spip qui passe tout seul la faille, laissant les autres dans l'embarras de l'autre côté... incohérence ?
Deuxième erreur, les choses matérielles ne traversent pas forcément les âges, où plutôt elles n'arrivent pas forcément dans la même dimension. Expliquez-moi alors par quelle magie le livre de Zorglub arrive bien à destination ?

En bref, j'ai trouvé que la facilité de scénario était privilégiée par rapport à la cohérence, et ça m'a vraiment dérangé.
Je suis pas emballé outre mesure par le dessin non plus (à l'exception des tirés à part qui sont superbes).




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Tome 2 : \\"Les Marais du temps\\"

Année d'édition
2007

Spynest Jean-Luc Sala (s), Christophe Alliel (d), Simon Champelovier (c) SOLEIL

Tome 1 : " Birdwatchers "

Chronique du 17/06/11

Juin 1940 - Paris.
La Capitale française est sous l'occupation allemande. Alors qu'il s'apprêtent à faire la présentation de nouveaux prototypes d'armes lors d'une réunion secrète, le bastion Nazi est infiltré par deux espions sous la couverture d'ambassadeurs japonais : Terryiona et Warren. Ils ne tardent pas de faire la rencontre de Ian Fleming, agent secret au service de sa Majesté, qu'ils sortent d'un bien mauvais pas...

On le sait bien, Jean-Luc Sala adore James Bond. En grand fan, il s'amusait déjà à détourner les noms des différents opus pour ses titres de la série Cross Fire, dont il est également le scénariste.
On le sait aussi... il adore tous ces joujoux issus de la guerre que sont les tanks, hélicoptères, avions, amphibies, etc... des engins que ses illustrateurs ont la fâcheuse tendance de détester dessiner, au contraire.
Spynest est donc pour lui l'occasion d'aborder sans détours l'œuvre de Ian Fleming.

Ian Fleming, ce célèbre romancier, a bel et bien servi dans la Royal Navy. Il se serait alors inspiré de ce qu'il avait vu pour créer son personnage, à qui il donna le nom d'un ornithologue de renom : James Bond.
Et si Fleming était réellement Bond ? Jean-Luc Sala se base sur ce postulat pour fonder son scénario, prêtant à l'écrivain le rôle du beau gosse charmeur, héros de ses romans.

Le scénario, une œuvre originale d'un James Bond Fleming dont il n'est même pas le héros principal - la vedette ayant été volée par la virevoltante Terryiona - est fort en rebondissements. Les protagonistes n'ont que très peu de temps pour souffler, l'action se renouvelant sans cesse à chaque nouvelle page. Quelques piques sont également présentes pour nous rappeler que nous sommes bien en train de lire un album de Jean-Luc Sala (au cas où ce n'était pas suffisamment évident encore) et amènent un peu d'humour dans une histoire qui, étant donné le contexte, ne devrait pas l'être du tout.

Côté dessin, Christophe Alliel n'en est pas à sa première sortie, mais n'a pas encore une très grande bibliographie. Après les Terres de Caël, le Kookaburra Universe T12 et quelques collectifs toujours chez Soleil, il signe ici une nouvelle collaboration.
Je ne trouve pas son dessin particulièrement raffiné. Si quelques cases à l'architecture soignée m'ont plutôt satisfaites, j'ai globalement trouvé que ses personnages manquaient de profondeur et avaient des traits de visage pas suffisamment fouillés, surtout sur les scènes d'action (la scène de la réception est réussie, sinon). Bon, il y a aussi un personnage que j'aime bien et qui ne peut souffrir de ce défaut (on ne voit pas son visage) : Von Überman ! Ouais, j'ai toujours adoré les méchants qui ont la classe.

Pour conclure, Spynest est un album divertissant, prenant (et qui se termine en Cliffhanger, comme toujours avec Sala) et pas prise de tête. C'est pas de la grande bande dessinée, mais c'est pas pire qu'un bon James Bond (Q et MoneyPenny en moins).




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Tome 1 : \\" Birdwatchers \\"

Année d'édition
2011

Swallow me whole Nate Powell (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 07/12/11

Dans la famille, tout ne va pas pour le mieux en ce moment. Mamou, la grand-mère, est gravement malade. À peine sortie de l'hôpital, elle va rejoindre la maison familiale, avec ses enfants et petits enfants. Pour Ruth et Perry, encore jeunes adolescents, c'est tout un chamboulement...
Ce qui arrive à la grand mère, c'est en quelque sorte le choc d'une première confrontation avec la vieillesse et la mort qui approche. Mamou n'a plus toute sa tête, on raconte qu'elle a des visions...
Ruth aussi a des visions, depuis longtemps déjà elle collectionne les insectes, bien rangés dans des bocaux sur son étagère. Bien souvent, ils lui parlent... parfois même, ils envahissent son intimité, ils lui font peur. Mais elle ne veut pas en parler, personne ne la croirait.
Quant à Perry, c'est le sorcier qui lui parle ! Ce petit être miniature surgit souvent à la tête de son crayon lorsqu'on ne l'attend pas, bien souvent dans les moments les plus inopportuns, et donne au garçon des missions : il lui faut alors dessiner des monstres sur un cahier pour satisfaire ses désirs. Mamou aussi dessinait sur des tableaux plus jeune...

Vous l'aurez probablement cerné avec ce petit synopsis, Swallow me whole (Avale-moi tout entier) est un graphic novel complètement psychotique !
Son auteur, Nate Powell, a remporté avec cet album de multiples prix aux États-Unis, dont deux Ignatz Awards (Outstanding Debut en 2008, Outstanding Artist en 2009) et surtout l'Eisner Award du meilleur nouvel album en 2009.

Il faut bien l'avouer, malgré ces glorieux honneurs, je m'y suis pris à deux fois pour rentrer dans le récit. Une première fois, j'avais abandonné au bout de quelques pages. La seconde fois fut la bonne !
Une lecture peu évidente mais qui développe néanmoins beaucoup de matière... car Swallow me whole traite de plusieurs sujets en un seul.

Tout d'abord, il parle évidemment de l'adolescence. Les enfants murissent tout au long de l'album. Ils poursuivent leurs études, s'accaparent des maux qui les dépassent et apprennent à vivre avec, ils éprouvent leurs premières amours. Les parents, eux, semblent complètement désemparés face aux problèmes de communication avec leur progéniture.

« _ J'ai l'impression de ne pas connaître Ruth. Et... je dois avouer que je suis un peu jalouse. Pas de ce Pogie. Mais jalouse de sa prof, Pam Shipley.
_ Hm ?
_ Pourquoi c'est toujours elle qui lance des projets motivants et sympas et moi celle qui met des barrières et qui punit ?
_ Qui eût cru qu'être parents, c'était se confronter à plus d'aliénation et d'incompréhension qu'à l'adolescence ? Et on en a encore pour dix ans à subir leur indifférence.
_ Oh, ne dit pas ça, Ewell.
_ Non, c'est vrai. Je me souviens bien.
_ Mon Dieu, mais d'où sort-elle tous ces ignobles insectes ? »



Et puis il y a cette trame de fond aux allures fantastiques qui aborde le thème des troubles de la dissociation de la personnalité, de la schizophrénie.
Les deux enfants, s'ils subissent des problèmes plus ou moins similaires, les vivent complètement différemment.
Quand Ruth décide d'écouter les voix on a l'impression qu'elle sombre de plus en plus dans sa folie. Tout le contraire de Perry qui donne l'impression de se rebeller et de mieux s'en sortir. Deux comportements qui traduisent deux caractères différents et qui, confrontés à leur évolution d'adolescents, montrent des fluctuations variables dans leur santé mentale.
Il est également très intéressant de voir le rôle de la grand mère dans l'histoire, elle qui a subit, du moins on l'imagine aisément, ce genre de troubles dans sa vie. Certains qu'elle est parvenue à dompter, d'autres non.

« _ Au fait... Comment va le sorcier ?
_ Ça va. Mais surtout n'en parle à personne.
_ Bien sûr que non.
_ Je sais. En fait, lundi quand tu m'as filé un nouveau bocal à bestioles.
_ Mouais...
_ Eh ben, il s'est mis à m'ordonner la prochaine mission pendant la séance de TP. J'ai dû l'enfermer dans le tiroir et monter le ton. Je suis sûr que certains l'ont remarqué.
_ Mais c'est par parce qu'eux, ils le voient pas...
_ Exactement Ruth. Je lui en veux et je lui en veux encore plus de ne pas exister, mais il arrive quand même à me faire dessiner tout un tas de trucs pour lui. Comment veux-tu que je fasse ?
_ Je te l'ai déjà dit, ne te plie pas à ses ordres et il finira par laisser tomber.
_ Mais même quand je lui dis qu'il n'existe pas, ça ne marche plus. Parce que je sais qu'au fond, il existe. Parfois, j'ai même peur que ce soit peut-être Dieu.
_ Je vois ce que tu veux dire. Parfois j'ai l'impression que si je découvrais l'ordre correct pour mon étagère, j'ouvrirais une porte magique. Et je sais bien que toutes ces créatures sont mortes, mais je les entends ramper, je vois les bocaux trembler. Elles appellent leurs semblables. Et une fois que j'ai un spécimen, je peux entendre tous les autres membres de l'espèce autour de nous, comme si mes créatures jouaient le rôle de diplomates. Enfin, ça va. C'est quand Mamou ou maman me stressent qu'il se passe tout ça autour de moi.
_ Ça vient de notre maison ? Ou bien ça vient de notre famille, Ruth ? On est fous ou quoi ?
_ C'est simplement que personne d'autre ne regarde ou n'écoute, je te promets. Ces choses arrivent et nous les percevons, nous les accueillons.
_ Toi, ça ne te dérange pas parce que tu veux aller dans le sens de ces voix. Allez, on rentre. »



Le graphisme de Nate Powell est parfaitement en adéquation avec le propos.
Les traits sont chargés et les décors fouillés se confondent avec le noir intense du malaise. Pas de place pour la couleur dans ce récit sombre et psychologique, qui revêt ici un noir et blanc de circonstance.
Même les textes participent à l'ambiance, ondulants parfois comme une pensée sournoise et onirique, ou encore lorsque ces bouts de phrases apparaissent à chaque recoin de certaines cases pour traduire le fond sonore de la foule.

Pour conclure, je ne sais quoi penser des propos développé par Nate Powell. C'est un album qui a une profondeur très intense et qui nous place dans un monde où la folie se confond avec la réalité. La fin ouverte, je ne suis pas certain d'en avoir saisi le sens ni la portée... un sentiment mitigé qui s'élève donc à la suite de cette lecture, mais l'impression quand même d'avoir lu de la très bonne bande dessinée, du genre de celle qui nous fait nous poser tout un tas de questions... et qui reste bien ancrée dans les mémoires.



Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur nouvel album 2009


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Année d'édition
2009 (2008 aux USA)