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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Paco les mains rouges Fabien Vehlmann (s), Éric Sagot (d) DARGAUD

Tome 1 : " La Grande Terre "

Chronique du 21/04/14

Voici venu, le temps, des pleurs et des clans, des gens pas gentils oui c'est le bagne à vie...

Avec juin et le début de l'été, k.bd a décidé de consacrer sa thématique mensuelle à la dure loi des prisons et au quotidien des prisonniers (avouez qu'il y a de meilleures destinations pour les vacances).
À l'honneur de ce mois : Paco les mains rouges de Fabien Vehlmann et Éric Sagot, album fort plébiscité ces derniers temps et faisant partie de la sélection officielle lors du dernier festival angoumoisin.


La mort dans l'âme...

Quand Patrick Louis Comasson apprend qu'il échappe à la guillotine, il pense que sa gueule d'ange à joué en sa faveur auprès des jurés. Il se rend bien vite compte qu'une condamnation à perpète en Guyane est loin de l'idée qu'on se fait de vacances au soleil... Les statistiques sont ce qu'elles sont : l'espérance de vie d'un fagot (transporté ayant commis un crime grave) ne dépasse pas cinq ans !

« Au cachot, j'ai écrit une lettre à ma fiancée et à ma famille. J'ai dit que la Guyane était très belle.
Qu'est-ce que j'aurais pu leur dire d'autre ?
 »

Les courriers à ses proches ne durent qu'un temps, la (péni)tentiaire fait tout pour décourager les échanges et puis à quoi bon ? Paco, c'est le surnom qu'il se donne, sombre rapidement dans le quotidien des bagnards : noir et sans espoir. Le tatouage qu'il revêt lors de sa traversée illustre bien le présage : une faucheuse qui l'avait épargné du couperet mais qui pointait à jamais sa lame aiguisée comme une épée de Damoclès dans son dos...

La mort frappe tous les jours à Saint-Laurent-du-Maroni et revêt bien des aspects, du paludisme aux vengeances... Il faut savoir saisir les opportunités qui se présentent, se faire muter au bon endroit, exploiter le moindre filon pour se faire un peu d'argent sur le dos des autres et espérer un meilleur avenir. On s'aperçoit vite que personne n'est blanc dans l'affaire, pas plus le bagnard que le gardien.
Mais survivre dans la prison à ciel ouvert de Guyane est un enfer au quotidien où les brimades sont des meurtrissures plus profondes que les passages à tabac.
« Parce qu'au bagne, un blaze c'est presque plus dur à enlever qu'un tatouage. »


« Bonne nuit, Pâquerette ! »

Paco ne s'attendait probablement pas, alors qu'il montait à bord de la Martinière sans grande chance de revoir sa chère et tendre, que sa vie basculerait à ce point.
La bagne tel qu'il est décrit est un univers carcéral atypique où la prétendue « liberté » semble pire que la pénombre des prisons. C'est aussi un lieu de privation où l'absence des femmes pèse lourdement dans les corps et les esprits. Se tissent alors d'autres liens, bestiaux ou refoulés... Les détenus cherchent l'affection comme ils le peuvent et tentent de se reconstruire. L'homosexualité prend alors deux visage : une tare (mais aussi une protection) pour les dominés (les « mômes ») ; ou au contraire un symbole de puissance pour les caïds.

La mutation de Paco est violente et tendre à la fois, partagée entre la brutalité des contrecoups de sa vie de bagnard, sa combativité et sa rage, et les sentiments naissants qu'il écarte avant d'essayer de les comprendre.


Les auteurs

Le thème de l'homosexualité est omniprésent, croisant celui de la mort comme c'est souvent le cas dans l'œuvre de Fabien Vehlmann.
L'auteur installe son scénario dans une fiction qui n'oublie pas de laisser une place à l'Histoire. Le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni a bel et bien existé et les difficultés de la vie tels qu'elles sont décrites sont sûrement proches de la réalité. Le parallèle avec Papillon – de son vrai nom Henri Charrière, qui a raconté son aventure dans un livre qui a lui-même été adapté au cinéma – est rapidement fait, lui qui est parti pour Cayenne sensiblement à la même époque (1933) et dans le même bateau... Paco suivra-il le même destin et parviendra-t-il à s'évader ?

Pour seconder le récit, Éric Sagot s'est approprié une ambiance graphique proche de ce qu'aurait pu faire Brüno, avec des visages carrés et un trait simple qui permet d'une certaine façon de vulgariser le propos et d'amoindrir son impact.
Le choix d'une colorisation sépia vient ancrer cette histoire à la fois dans le passé et dans un quotidien de mort et de persécutions... Pourtant, à en juger le cahier graphique d'une vingtaine de pages annexé en fin d'album, Éric Sagot a fait des essais plus colorés avant de se lancer dans cette voie : bichromie à base de bleu, large palette de crayons de couleurs, gamme plus réduite ou alternance de tendances, crayons gras avec des traits marqués par le bleu des coups...).


Une fin frustrante

Je n'avais pas fait attention qu'il s'agissait d'une première partie. L'album, plus épais qu'un 46 pages classique et ne présentant pas de tomaison sur sa belle couverture toilée (j'aurais dû lire le sous-titre sur la première page), laissait présager un tome unique. L'enrichissement par un cahier graphique conséquent constitue un second élément trompeur.
J'ai trouvé cette césure brutale. Elle n'est pas forcément inopportune (elle est plutôt bien placée) mais elle survient sans prévenir, nous coupant dans l'élan du récit à un moment qui laissait présager un rebondissement d'importance.

L'histoire n'est pas déplaisante à lire mais elle souffre pour moi d'un manque de rudesse. Certains crayonnés présentés en fin d'album avaient parfois plus de force et m'amènent à contester d'une certaine façon la pertinence du choix graphique. C'est peut-être aussi l'une des raisons qui provoque chez moi un manque d'empathie pour Paco, une faiblesse renforcée par la relative facilité avec laquelle le personnage s'en sort dans un milieu dangereux.
Affaire à suivre dans le second tome...

Chronique du 21/04/14

Couverture tissée de teintes noires, dessin très simple et presque enfantin, couleurs sépia, Vehlmann au scénario... De prime abord, voilà un livre qui a tout pour plaire. Pourtant très rapidement, j'ai trouvé que le récit n'était pas à la hauteur de ce qu'on pouvait en espérer.
Le narrateur, Paco, raconte à on-ne-sait-qui son passé de bagnard en Guyane. Tout le texte se trouve dans les récitatifs et finalement peu de bulles laissent la parole aux personnages. Précisément ce qui me déplait dans un certain nombre des vieilles séries classiques. Cet usage excessif débouche sur trois dérives assez fréquentes et qu'on retrouve ici :
- la faiblesse des interactions entre image et texte, et là, pour moi, le medium « bande dessinée » n'a plus aucun intérêt,
- le manque d'espace qui contraint un style trop succins pour donner véritablement une âme aux mots,
- un déroulement trop rapide de l'histoire qui ne permet pas de s'imprégner réellement de l'ambiance.

Dommage. Vraiment dommage, car le contenu en lui-même possède de nombreux atouts.

La thématique d'abord : le bagne fait partie de notre histoire, certes pas la plus glorieuse mais justement celle qui mérite qu'on s'y attarde. Relater de l'histoire de l'humanité ne consiste pas seulement à se glorifier de nos victoires ou des périodes fastueuses. L'histoire sert à se rappeler de nos erreurs pour ne pas les reproduire. Aujourd'hui que savons-nous réellement du bagne en tant que citoyens ? Finalement pas grand chose.
Paco les mains rouges nous donne un très bon prétexte pour nous intéresser un peu au sujet, non pas en remettant en cause la culpabilité du héros (les bagnards les plus célèbres restent ceux qui ont clamé leur innocence) mais réellement en suivant le quotidien du bagnard lambda : les conditions de vie, les maladies, les viols, la violence, les évasions, les gardiens, les magouilles, les anciens bagnard coincés en Guyane...

Le souvenir du film est lointain pour moi, mais difficile de ne pas penser à Papillon : les longues files de déportés traversant les ports français pour embarquer vers la Guyane, les tatouages, les pyjamas rayés... Mais en tous cas dans ce premier tome, loin de s'évader ou de justifier son innocence, Paco est résigné à sa peine (mais escompte bien faire mentir les statistiques qui donnent une espérance de vie de 5 ans pour un bagnard) et se débrouille pour rendre son existence plus tolérable.

Il y a aussi de l'amitié – ou peut-être de l'amour – qui apparaît en fond malgré toutes les rancœurs accumulées et la solitude du personnage. Il y a des beaux moments, de l'humanité et de l'instinct de survie. Mais toujours à cause de cette voix off, tout ça manque de profondeur et d'intensité.


D'autres avis : Choco, Mo', Yvan, Belzaran, Jérôme

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de Fabien Vehlmann.


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Tome 1 : " La Grande Terre "

Année d'édition
2013

Pandala Tot (s-T1), Bertrand Hottin (s-T2)(d) ANKAMA

Tome 1

Chronique du 28/04/08

Un jeune panda aperçoit de la fumée au loin. Elle provient de son village ! Il y court aussi vite que possible, mais il est trop tard... son père git au sol, tenant fermement dans sa main un fragment de médaillon cassé. Il décide alors de partir à l'aventure, et de retrouver les responsables de ce massacre....

Au départ, je me disais que Pandala n'était qu'un monde de Dofus, une adaptation de plus d'un jeu vidéo, et peut-être pas franchement une réussite, du coup.
J'avoue que je me suis trompé. Il ne suffisait que d'ouvrir le livre pour s'apercevoir de sa qualité.

Pandala est une bande-dessinée qui se contemple, et non une qui se lit. Les personnages et les mouvements sont suffisamment explicites pour se passer des mots, et c'est ce qui fait la magie de cet album.
Pas étonnant lorsqu'on apprend que Bertrand Hottin n'a réalisé jusqu'alors que des illustrations pour le monde de Dofus. Cependant, son style graphique est très intéressant et sa palette de couleur très riche. Un travail de peinture retouché à l'ordinateur pour les effets de lumière qui donne une saveur toute particulière au dessin.

On en oublierait presque le scénario, tellement la fascination pour le dessin est grande, mais il est pourtant bien présent : une narration par l'image ! Un régal pour les yeux, on réapprend à regarder, à décrypter, à lire les expressions des protagonistes, leurs émotions, et leurs actions.
Petit Panda part sur les traces des agresseurs de son père, puis chemin faisant, construit lui-même le sien :)

Une BD dans la lignée des œuvres qui ont su se passer des mots (Gon, L'Homme qui marche,...).




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Tome 1

Année d'édition
2007

Tome 2

Chronique du 28/04/08

Après avoir retrouvé ceux qui motivaient sa quête, Pandhravan croise à nouveau la route de Leopardo. Mais cette fois, c’est l’heure des explications, et d’une nouvelle amitié. L’occasion pour eux de construire un nouveau futur, et de partir vers de nouveaux horizons….

Pandala n’était pas prédestiné à avoir une suite, il aurait très bien pu s’en passer d’ailleurs. Tot n’avait plus le temps, mais Bertrand Hottin a décidé de reprendre le flambeau tout seul et de passer du rôle de dessinateur à celui d’auteur, dans son ensemble.
Et la fin du volume laisse même présager le tome 3.

Ici, notre héro Panda retrouve une vieille connaissance : Leopardo. Et de ce duo nait une nouvelle amitié, qui les mènera vers de nouvelles aventures, et à la rencontre de nouveaux personnages. On découvre un peu plus le passé de Leopardo et du vieux maître Pandawasta. Puis viennent Ecaron, le chat, et Moon, le singe.

Le dessin se passe toujours aussi bien des mots, mais j’ai l’impression que l’histoire s’éparpille un peu. Que les émotions sont moins fortes.
Par contre, j’ai adoré le clin d’œil aux tortues ninjas ^^.




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Tome 2

Année d'édition
2008

Paradis Perdu Ange (s), Alberto Varanda (d-T1), Philippe Xavier (d-T2 à T4), Alexe (c-T2 à T4) SOLEIL

Tome 1: "Enfer"

Chronique du 21/06/08

Gabriel est un veilleur, il est chargé de garder la station, l'un des accès connectant le monde des humains, le paradis et l'enfer. Il y fait la rencontre d'un enfant nommé Julien. Il n'aurait jamais dû voir la porte, il décide de le ramener chez lui, mais les chiens infernaux les poursuivent !

Tant de questions dans un tome qui délivre si peu de réponses. Qui est ce mystérieux garçon, dont seul Gabriel ne parvient pas à percer le secret alors que tous semblent le craindre et le rechercher ? Qui est Anya, cette démone que le veilleur aurait connu avant la chute, et dont il remue les Enfers pour la délivrer ? Et quel est ce monde dans lequel évoluent les personnages, qu'est-ce que cette fameuse chute dont Gabriel fait allusion ? Derrière la trame que vivent nos trois héros (Gabriel, Anya et Julien) semble se dérouler tout un jeu de manipulations, d'intrigues, de suspicions... de trahisons ? Voilà qui pose de solides bases pour la suite du récit !

Que dire du dessin de ce tome 2B dont Soleil à le secret ? Lorsqu'il s'agit d'auteurs quelconques, le résultat est souvent décevant. Mais le trait de Varanda est un véritable régal. Dommage que ce maître là de la bande-dessinée soit aussi peu porté à poursuivre les œuvres qu'il entame...




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Tome 1: \\"Enfer\\"

Année d'édition
2001

Tome 2: "Purgatoire"

Chronique du 21/06/08

Julien, accompagné de Gabriel et Anya, remonte peu à peu le grand escalier qui relie les mondes. Celui qui part des tréfonds de l'enfer. Celui qui traverse le royaume intermédiaire. Celui qui passe par la terre. Celui qui mène au paradis céleste...

Le second tome nous enseigne, il réponds aux questions que nous nous posions à la lecture du premier, et nous conforte un peu plus dans l'histoire et la vision des anges et des démons, qui pourrait sembler différente, mais qui est loin de faire l'unanimité.

Le dessin de Xavier n'a rien à envier au style graphique instauré par Varanda. Bien au contraire, il s'en est inspiré et s'est approprié l'univers remarquablement bien. Et puis, pour avoir une dédicace du dessinateur sur cet album, il est vraiment très doué et garde cette finesse dans les traits qu'avait son prédécesseur. La partie montrant l'arrivée dans le monde intermédiaire, le monde des marches, est tout simplement époustouflante en décors et détails.

Le tome 1 mettait en place l'intrigue, le second annonce la guerre... qu'en sera-t-il du troisième ? Personnellement, j'espère qu'il apportera son lot de surprises, car c'est bien là le seul défaut de celui-ci : des réponses, mais peu de questions, et moi j'adore ça (ne serait-ce que pour l'intérêt) !




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Tome 2: \\"Purgatoire\\"

Année d'édition
2004

Tome 3: "Paradis"

Chronique du 23/06/08

Gabriel a perdu ses ailes, arrachées par les Anges dont il faisait parti. Il n'est plus qu'un déchu, errant sur une Terre en plein apocalypse, alors qu'une guerre sans merci fait rage entre le Paradis et l'Enfer. L'ancien veilleur se pose des questions, trouvera-t-il son rôle dans ce monde en déclin ?

Pendant que le ciel et les abysses se déchirent, le chaos s'étend sur le monde des hommes.

Nous y voilà, le tome trois arrive... et il déçoit !
Je dis ça sincèrement, je suis énormément déçu. Si le premier tome était surprenant et prometteur, et le deux un ton en dessous sans être mauvais, le trois n'apporte rien. Tout au mieux, il met les idées des protagonistes au clair durant quarante-six pages bien tristes.
Un album dévoué à la psyché de Gabriel et d'Anya pour résumer, mais qui ne fait que peu avancer l'histoire.
Certes, le fond est toujours intéressant : le monde des hommes est basé sur des croyances, qu'adviendrait-il de lui si elles venaient à s'effondrer ? Qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal... quel est le juste équilibre ? Y en a t-il vraiment un ? Mais toutes ces questions, elles étaient déjà présentes dans les précédents volumes, mettre la lumière dessus n'a fait que ralentir le scénario.

La fin, de plus, est assez mal orchestrée je trouve. Les auteurs préparent la suite en apportant un nouveau rebondissement, cependant je le trouve maladroit... peut-être est-ce dû au visage triptyque du tout-puissant, qu'on croirait ressorti du miroir de l'enfant "messie" (Peut être est-ce voulu que tous les Anges se ressemblent, et que Julien ait maintenant des sosies (ou plus exactement que Dieu façonne les gens à son image), mais je trouve que ça fait "too much")

Bref (selon moi), un album bâclé !
A suivre...




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Tome 3: \\"Paradis\\"

Année d'édition
2005

Tome 4: "Terres"

Chronique du 23/06/08

La guerre opposant le Paradis et l'Enfer fait rage, et les dégâts s'en font ressentir sur Terre, où des hordes de démons envahissent la civilisation désemparée. C'est l'apocalypse !

Dans ce dernier tome, la situation empire, nous sommes au point culminant, c'est l'Armaguedon ! La résistance sur terre s'organise tant bien que mal, avec pour slogan de vivre ne serait-ce que quelques instants de plus avant la fin de tout.
Pendant ce temps, Gabriel a lancé la révolte au Paradis, et protège la "première tour". Mais il est si facile d'accepter le pouvoir lorsqu'on se le voit proposé, qu'il est facile de détruire en croyant servir la cause que l'on défend ! Anya est chargée de l'arrêter, alors que Julien trouve enfin son chemin et la réponse à son questionnement intérieur.

D'un point de vue scénaristique, la réflexion est intéressante, car elle nous met en garde. Abuser pour mieux servir ses intérêts peut s'avérer dangereux. On est aveuglés par son but, en étant persuadé qu'on agit pour la bonne cause. C'est ce qu'il arrive à Gabriel.
D'un autre côté, je ne peux m'empêcher d'être déçu par l'histoire de manière générale, qui à l'exception d'un excellent tome 1, m'a laissé sur ma faim. L'idée est bonne, et même très bonne, peut être l'aurais-je mieux appréciée si elle avait été plus aboutie, plus torturée. Après, évidemment, chacun ses goûts :)




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Tome 4: \\"Terres\\"

Année d'édition
2006

Passe-passe Delphine Cuveele (s), Dawid (d) La Gouttière

Chronique du 12/04/14

C'est par une chouette journée ensoleillée, peut-être un dimanche, peut-être pendant les vacances, qu'une jeune fille et sa grand-mère partagent de petits instantanés de bonheurs. Tout commence sur ce banc jouxtant la vieille maison de pierre alors qu'ils contemplent la nature qui s'éveille. Il fait bon, les oiseaux batifolent et les papillons dansent. C'est justement l'un d'eux qui va bouleverser le petit monde. Un papillon tout décoloré qui se pose sur la tête de mémé et qui paraît s'en enticher...


L'effet papillon

Cette journée qui débute au matin et qui s'achève au crépuscule est une belle parabole de la vieillesse. Elle met en image une enfant qui voit changer sa grand-mère au fil des pages. Tout va très vite finalement mais le sujet est traité avec légèreté et délicatesse. Le temps d'un battement d'ailes la mamie s'en va... et pendant ce temps le papillon prend de belles couleurs. Les cheveux, symbole par excellence de l'âge canonique (pour ceux qui ont la chance d'être velus de la tête évidemment), grisonnent en premier. Puis vient le tour de la vue, de la mémoire et ainsi de suite...
Ces moments-clefs qui se concluent par un nouveau « trouble » sont pour la grand-mère autant de retours en enfance aux côté de sa petite fille : souvenirs d'un pas de danse, expériences culinaires, course de vélo, cueillette de champignons... Elles s'amusent, on ne retient que les sourires... et le papillon resplendit.


Muet mais pas mutique

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les bande dessinées muettes ne rendent pas la lecture plus rapide : elles posent chaque instant avec douceur et aident à la contemplation.
Se lancer dans un exercice aussi périlleux pour une première est plutôt hasardeux... force est de constater que le message offert par Delphine Cuveele passe sans heurt.
Certains (les fous) pensent à tord que le travail du scénariste est plus aisé lorsqu'il n'y a pas de dialogues. C'est au contraire une mécanique complexe car différente qu'il faut maîtriser. L'absence de mot doit être compensée par une grande fluidité de lecture et par une compréhension sans faille de chaque case. C'est agréable de constater que la jeune auteure (qui a néanmoins épaulé son cher et tendre sur Le réseau bombyce – tiens, encore un papillon ?) s'en sort très bien.

Les BD muettes, Dawid (Cathelin) les connaît très bien : Coloriage, Le mange-couleurs ou plus récemment La belle et la bête sont autant de livres sans texte sur lesquels il a travaillé en tant que dessinateur ou auteur complet.
Je reproche à ses couleurs un léger manque de douceur, la faute à un travail d'aquarelle supplanté par un traitement informatique qui vient contraster avec la chaleur du pinceau. Ses dessins offrent en revanche une belle rondeur à des bouilles pleines de tendresse, indispensable atout pour convaincre les enfants.


Passe-passe ne souffre pas de séduire petits et grands. Il peut servir d'ouverture pour aborder la fin de vie avec les enfants, sujet ô combien délicat ici traité sans misérabilisme.
Avec cette lecture muette notre fille en est toute déboussolée dans ses habitudes (« Lis maman ! »). Nous sommes obligés (elle est encore toute petite) de lui raconter les cases et d'instaurer un dialogue (la lecture solo viendra en son temps... on a encore quelques années devant nous).
Pour ma part j'ai été touché par le fond du message surtout, par ces moments que j'aurais souhaité partager avec mes proches ou que j'aurais voulu prolonger, par ce papillon qui prend son envol... tout un symbole !

Pour ceux qui aiment les bandes dessinées muettes, je ne peux que conseiller la série Anuki ou, pour les plus jeunes, Petit poilu.
Avec Passe-passe, les éditions de la gouttière enrichissent leur collection de titres orientés jeunesse avec un fond suffisamment riche pour être intergénérationnels.

À lire aussi la dédicace des auteurs.


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le Glob de Dawid.




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Année d'édition
2014

Paul Michel Rabagliati (s)(d), Catherine Drolet (c) La pastèque

Tome 1 : " Paul à la campagne "

Chronique du 17/12/14

Vous l'avez déjà ressenti, nous l'avons tous ressenti, cet air de vacances, ce retour à la terre dans les méandres de nos souvenirs d'antan.
Paul, sa femme et la rande Rose qui n'est plus un bébé cheminent sur la longue route qui les mènent à la maison familiale. Le temps qui passe et les paysages qui défilent sont propice à la rêverie et déjà la mémoire joue son rôle de faiseur d'histoires, surgies d'une époque où Paul était encore minot... La spacieuse Oldsmobile 98, les plongeons Jack Knife dans le lac-à-Jean, les bibelots de tante Janette, la carabine à plomb, Alain... Alain !


Au commencement...

Michel Rabagliati l'écrit dans la préface de cette superbe édition 15ème anniversaire de Paul à la campagne : faire de la bande dessinée (et en vivre) était un doux rêve qu'il avait abandonné en entrant dans l'âge adulte. Il s'était consacré à son travail d'illustration, reléguant la BD au second plan (voire plus). C'est sa rencontre avec Luc Giard (connu pour ses détournements de Tintin) qui lui a permis de renouer avec cette vieille passion et de croiser la route d'autres auteurs. De fils en aiguilles, découvrant l'essor des « romans graphiques », Michel Rabagliati se mit à tuer le temps entre deux commandes graphiques : Paul était né, inspiré d'une vieille photo de lui à 3 ans, jouant avec son ami Denis... Pauvre Denis !

« Nous habitions un pâté de maisons absolument génial pour les enfants : cinq grands blocs d'appartements avec une immense cour commune. Un terrain de jeu formidable !
Comme les logements avaient vue sur la cour, les parents gardaient un œil sur nos jeux.
C'est dans cette cour et dans cette atmosphère de fête qu'Alain et moi avons passé notre petite enfance.
 »

Ce projet, qui était au départ voué à rester personnel, s'est retrouvé publié chez un tout nouvel éditeur québécois. Nous sommes en 1999 et les éditions de la Pastèque font leurs premiers pas dans le monde de la bande dessinée, marchant sur les traces des éditeurs français tels que L'association, Rackham, Atrabile ou Six pieds sous terre... Les travaux de Michel Rabagliati les enthousiasment d'emblée mais le père de Paul à la campagne souhaite peaufiner son récit et surtout augmenter une pagination qu'il trouve trop faible (28 planches). Il crée alors Paul apprenti typographe, récit qui nous emmène à la découverte du travail de son père et de son impressionnante « machine à écrire ». La Lynotype nous semble aujourd'hui sortie d'un autre temps, presque de la science-fiction, elle a pourtant fait les beaux jours de la presse mondiale sur toute la première moitié du 20ème siècle...

« WOW ! C'est quoi ça ???
_ Ça mon fils, c'est une des plus belles machines jamais conçues par l'homme : la Linotype ! La machine à composer ! Une merveille d'ingénierie !
 »

Paul à la Campagne, fort de ces deux souvenirs intimistes, est un album un peu à part. Il est surtout le premier d'une belle série qui se poursuit toujours à l'heure actuelle et qui à su séduire des milliers de lecteurs.


Sympathique nostalgie

Le premier des deux récits est un condensé de souvenirs. Il lui manque de fait un peu de liant mais il éveille néanmoins chez nous un parfum de nostalgie sympathique. Car ces instantanés de la jeunesse de Paul/Rabagliati sont à peu près similaires à ce que pourraient être les nôtres. Ce petit côté rétro deviendra vite une marque de fabrique puisque l'auteur se plaît à nous engoncer dans le passé, dans ses aspects les plus insolites ou oubliés. Il crée aussi une relation intimiste qui nous séduit et nous rapproche.
Le second récit, bien que plus court, est une histoire à part entière et une belle aventure dans tout ce qu'elle a de mémorable (pour Paul) et d'incroyable (pour nous).

J'ai été touché par la simplicité du texte, par le dépaysement que nous procure le langage québécois aussi. Il paraît que les albums se bonifient par la suite. Ça ne m'étonne pas et j'aimerai bien les découvrir. On ressent vraiment, et c'est d'autant plus le cas dans Paul apprenti typographe, que l'auteur a pris du plaisir à donner vie à son scénario. Probablement autant que nous à le découvrir !


15 ans après

Lorsque je suis tombé sur cette belle édition 15ème anniversaire de Paul à la campagne, je me suis dit que je n'avais plus aucune excuse pour ne pas découvrir la série.
Le livre, dans un format géant à couverture cartonnée, est d'une finition remarquable et met l'eau à la bouche. À l'intérieur, c'est terriblement plaisant de lire ces grandes planches colorées (par Catherine Drolet, les albums de Paul ne sont pas colorisés normalement) qui mettent bien en valeur la ligne claire de Michel Rabagliati.


Pour ceux qui l'auraient loupé, il existe une nouvelle émission sur la bande dessinée diffusée au Québec depuis quelques mois. La première présentait justement le travail de Michel Rabagliati et était très intéressante.
On peut encore visionner quelques extraits sur le site de BD QC. Et je vous conseille fortement de les visionner !

Chronique du 17/12/14

Derrière sa police toute ronde et son titre typé « Martine à la ferme », la série des Paul de Rabagliati cache des fictions autobiographiques bien plus adultes qu'il n'y paraît et extrêmement émouvantes.

Comme je fais toujours les choses à l'endroit, j'ai pour ma part commencé la série par le tome 2, Paul a un job d'été. Cette découverte du premier tome a donc tendance à prendre la forme d'un exercice comparatif dont je vais tenter de m'affranchir ici, promis.


Michel Rabagliati n'a pas vraiment fait exprès de tomber dans la BD, pourtant il est considéré comme l'un des fer de lance de la bande dessinée québécoise. Initialement graphiste, il a rédigé Paul à la campagne comme on joue de la flûte à bec (c'est lui qui le dit en intro de cette sublime édition 15° anniversaire dont je vous reparlerai plus loin). Il connait aujourd'hui un succès d'estime après avoir poursuivi les aventures de Paul, son alter ego de papier.


Parallèle entre les souvenirs de jeunesse et le recul de l'adulte, Paul a un arrière goût nostalgique tout en mettant en exergue les erreurs et les bêtises passées, de celles dont on se souvient en rougissant de sa propre idiotie ou de celles dont on se souvient en se disant « mince, j'aurais pu y laisser la peau ce jour-là ». Il ne s'agit donc pas de situations aventureuses et excitantes, mais d'un vécu qui touche plus à l'émotion et à la sensibilité. On parle de chose que tout adulte souvient avoir vécu à l'adolescence : la désobéissance, les premières amours, tout ça tout ça.

Ces histoires gagnent encore en authenticité quand une photo vient les clore.


On plonge dans un décor typiquement américain : les vastes forêts, les plans d'eau sur lesquels on va pêcher, un rapport à la nature si particulier... Avec en plus un parler authentiquement québécois, on s'enfonce littéralement dans ces ambiances si caractéristiques d'Outre-Atlantique.


Ce premier opus regroupe deux histoires courtes là où les autres titres font une histoire complète. Ce format est dû au fait que Michel Rabagliati n'avait aucune prétention à l'édition lorsqu'il a écrit Paul à la campagne. Lorsque La Pastèque a manifesté son intérêt, l'auteur s'est empressé d'y ajouter l'anecdote complémentaire correspondant à Paul apprenti typographe. De fait, Paul à la campagne gagne en spontanéité là où les suivants gagnent en maturité


Comme je disais plus haut, nous avons chez nous une édition spéciale juste superbe. Deux fois plus grande qu'un Paul classique, en couleur, papier épais, explications de la naissance par l'auteur : soyons honnête, La Pastèque ne s'est pas fichu de nous ! Mais finalement, je trouve presque dommage l'ajout de couleurs alors que le noir et blanc normalement utilisé par Rabagliati semblent ancrer les souvenirs dans le passé.



D'autres avis : Champi, David, Mitchul, Mo', Yaneck

Le site de Michel Rabagliati.
La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 1 : " Paul à la campagne "

Année d'édition
2013 (1°ed.1999)

Pavillon noir Éric Corbeyran (s), Brice Bingono (d), Nicolas Bastide (c) SOLEIL

Tome 1 : "D'écume et de sang"

Chronique du 05/09/11

Le Capitaine Dan Dark a rendu visite à Mahalia, la belle esclave affranchie, pour la convaincre de l'aider et d'embarquer avec son équipage. Elle seule serait capable de soutirer les informations nécessaire à son décryptage auprès de son aïeul. Pendant ce temps à la taverne, Killing Howie et Bonnie se font de nouveaux amis... l'heure du départ est proche !

Éric Corbeyran signe ici un nouvel album et pour ce faire, il rejoint Soleil. Voilà donc une première pour cet auteur prolifique (La conjuration d'Opale, Metronom'...). On est curieux de voir comment il s'en sort et s'il apporte un peu de sang neuf à l'éditeur, avec qui il compte collaborer sur quelques nouvelles séries (L'apogée des Dragons, Doppelgänger ou encore Dracula (l'ordre des dragons)).
Au dessin, il s'entoure de Brice Bingono, déjà passé chez Casterman (Paradise) et chez Paquet (Le passeur). Nicolas Bastide complètera l'équipe et sera en charge de la couleur.

Je dois l'avouer, les premières pages ne me paraissent pas très engageantes. Le dessin manque de finesse, les couleurs informatiques sont plutôt banales et le scénario... mince, j'en attendais clairement plus d'Éric Corbeyran. Car pour renouveler le genre, il fallait que les pirates aient quelque chose à proposer d'un peu innovant !

Certes, Dan Dark a une belle gueule avec sa long barbe crochue. Mais les autres personnages manquent de relief. Seul petite touche qui prends peu à peu son importance (et apporte un peu d'intérêt) : la carte au trésor, annotée de caractères issus d'une langue inconnue.
Oui mais voilà, tout l'intérêt de l'album réside pour moi dans les 5 dernières pages, quand la piraterie rencontre le fantastique. 41 pages qui manquent cruellement de saveur pour en arriver là : une fin en cliffhanger digne d'un scénario d'Urasawa, qui nous met l'eau à la bouche.
En bref, une grande frustration que cette lecture. J'ai l'impression d'avoir perdu mon temps, et d'un autre côté, j'ai envie de découvrir la suite maintenant que la machine est, je l'espère, lancée.

En attendant de voir si le tome 2 est à la hauteur de l'attente qu'il nous impose, je vous conseille plutôt la lecture d'une bonne BD de pirates, il y en a quelques unes qui méritent qu'on s'attarde dessus bien plus que Pavillon noir. Pour n'en citer que quelques unes : Long John Silver, Isaac le pirate ou L'île au poulailler.




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Tome 1 : \\"D\\'écume et de sang\\"

Année d'édition
2011

Pendragon Régis Hautière (s), Nacho Arranz (d), Sylvie Sabater (c) PAQUET

Tome 1: "Bâtard"

Chronique du 03/02/07

Belonzio, fortin isolé au bout du monde, dans lequel une poignée de soldats guettent une éventuelle menace, ceux qui viennent d'au-delà les mers.
C'est sur cette île loin de tout, qu'un jour un pêcheur déposa un enfant, encore bébé, fils d'une putain et d'un des soldats. Personne ne voulu de lui, rejetant le méfait, reniant et ignorant celui qui n'avait pas de nom: Le bâtard de Belonzio.
Un jour le fort fut attaqué par des envahisseurs, mais avec le temps, les soldats furent appelés pour d'autres missions, et l'île fut rapidement prise par l'ennemi. Seul Belonzio (c'est le nom qu'il s'est lui-même donné) arrive à en réchapper, et vogue vers l'île voisine pour prévenir... mais qui croira ce gamin sans famille ?

J'ai trouvé cette bande dessinée un peu par hasard, lors du festival de Saint-Malo 2005. Les dessins, bien qu'encore un peu hésitants, m'ont assez accroché pour que je me la procure, et les couleurs concordent bien avec le style. Le scénario quand à lui, bien qu'il présente des caractéristiques type d'une histoire fantasy, est plaisant et le tout est agréable à lire. On attends le tome 2 pour juger de l'évolution maintenant :)

Chronique du 03/02/07

Un attrait particulier pour cette BD au début qui s'est un peu relâché à la lecture.

Sympa sur le principe, il lui manque le petit plus que je ne saurais détecter mais qui pourrait en faire une très bonne BD


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Tome 1: \\"Bâtard\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "Traître"

Chronique du 03/02/07

Voilà nos deux héros Belonzio et Mina parvenus jusqu'au continent, dans la mythique cité de Castel-Uther, du nom du roi le légende qui a réussi à dominer la menace ennemie.
Mais le plus dur reste à faire, comment apporter la nouvelle jusqu'au roi, qui ne pense qu'à son jubilé et à la réception de ses hôtes Amerrabbiens ?

Je trouve que ce second volet de cette série qui selon l'éditeur devrait tenir en 4 tomes, n'a pas la saveur du premier d'un point de vue scénaristique.
La plupart des personnages sont détestables (le roi en premier) et la disparition de Phidias fait cruellement défaut. Mais il reviendra ^^.
L'intrigue au palais se met en place, mais malgré la présence d'un traître, elle me laisse perplexe et revêt un caractère quelque peu enfantin. D'autant que l'auteur n'a rien trouvé de mieux que d'aller chercher de nouveaux personnages enfants très atypiques.
Malgré cela, comme pour le premier volume, ça se laisse lire... et on attends le tome 3 !

Chronique du 03/02/07

Je n'ai pas encore trouvé le petit plus, mais ici, le scénario semble se ficeler avec une intrigue, un complot... des trucs, quoi ^^


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Tome 2: \\"Traître\\"

Année d'édition
2006

Période glaciaire Nicolas de Crécy (s)(d) FUTUROPOLIS

Chronique du 03/12/11

Alors que le XXIème siècle est révolu depuis longtemps, une expédition archéologique est mise en place pour retrouver trace d'une ancienne civilisation dans le grand nord. Les cartes sont bien formelles, il doit bien y avoir quelque chose sous les pieds de ces hommes, sous cette épaisse couche de neige et de glace. Pourtant, les vestiges témoignant d'un passé lointain se font rares, comme cet écusson attaché au blouson de l'un des membres du groupe : un "O" et un "M" entrelacés, suivis de l'inscription "droit au but". Impossible de prétendre savoir quoi que ce soit sur la signification de ce sigle, qui n'est finalement qu'une source d'espoir pour ces gens à la recherche d'un passé depuis trop longtemps enseveli.
Bientôt, le petit groupe à la soif intarissable de savoir découvrira un temple nommé Rungis dont les murs sont recouverts d'inscriptions en parfait état de préservation. Puis, poursuivant leur périple, ils finissent par tomber sur un nouvel édifice, richement ornementé en façade et rempli de tableaux à l'intérieur. Sans se douter un instant de la nature même du bâtiment, ils s'imaginent au gré des œuvres l'histoire de ces hommes qu'ils n'ont jamais connu.

Période glaciaire est un album triplement excellent.
- Tout d'abord parce qu'il symbolise un peu le renouveau de l'éditeur Futuropolis, alors en plein essor après une période plus que délicate. Il s'agit du tout premier album s'inscrivant dans cette toute nouvelle collection du Louvre, qui a pour but de dépeindre l'univers du plus grand musée parisien avec pour seule limite celle de l'imaginaire. Il sera suivi de nombreux autres, chaque fois mis en image par de grands noms de la bande dessinée : Bernard Yslaire (Le ciel au-dessus du Louvre), Éric Liberge (Aux heures impaire), Marc-Antoine Mathieu (Les Sous-sols du Révolu)...
- Ensuite parce que Nicolas de Crécy fait parti de ces auteurs complets qu'on apprécie dans l'univers de la bande dessinée. Des écrits justes et plaisants qui ne manquent ni d'humour ni de profondeur. Un graphisme percutant et fouillé pour un trait reconnaissable entre tous.
- Triplement excellent parce que Période glaciaire est une magnifique parabole du monde d'aujourd'hui. La visite du musée du Louvre pourrait être a elle seule un prétexte suffisant pour faire un album de bande dessinée. Mais Nicolas de Crécy y a ajouté de nombreux éléments, du fantastique à l'anticipation, qui donnent toute sa profondeur à l'Histoire.

Tout comme Éric Liberge le fera plus tard avec Aux heures impaires, Nicolas de Crécy a pris le parti de donner un âme aux œuvres présentées dans le musée du Louvre. Des objets animés et doués de parole qui possèdent, de part leur propre histoire mais aussi de par leur esprit de communauté, une culture bien plus évoluée que le peuple d'aujourd'hui, qui a tout perdu suite à une catastrophe écologique. Les hommes dépassés par leurs œuvres ? Elles, peuvent se vanter d'avoir survécu à l'épreuve du temps. Pourtant, elles gardent toute leur modestie et paraissent bien souvent plus humaines que la plupart de ces hommes foulant le sol du musée depuis si longtemps. Grâce à elles, l'homme réapprendra l'Histoire, son Histoire, celle qu'il a oubliée... et par son biais l'histoire du musée lui-même, de la fondation du bâtiment alors que les loups rôdaient dans Paris jusqu'à sa disparition.

À la fois fable historique, fantastique et écologique, Période glaciaire se fait l'écho de notre culture et nous met en garde par rapport à notre avenir. Une manière originale et pédagogique de visiter un musée.

Chronique du 27/05/14

Une expédition scientifique parcourt les étendues glacées. Ce groupe est constitué d'hommes, d'une femme et de trois chiens peu communs est en quête de quelque signe. Un signe de leur passé, d'une civilisation perdue : celle de leurs ancêtres. Cette expédition archéologique a ceci de particulier que ces hommes et femme sont nos descendants et que la civilisation perdue sous la neige, c'est la nôtre.

Le plus mémorable dans cet album, c'est son incommensurable sens de l'humour. Comment ne pas se marrer devant ce fanion de football, devenu une icône insaisissable et philosophique (« Ce « O » imbriqué dans ce « M », ça me fascine... « Droit au but », c'est un beau mystère. ») ? Ou la découverte émouvante d'un temple de l'ancien temps recouvert de fresques incroyablement préservées... le marché de Rungis et ses tags !
Nicolas de Crécy a transposé la situation de nos archéologues modernes face à leurs découvertes : le Louvre devient une sorte de grotte préhistorique où les découvreurs se basent sur les images qu'ils découvrent pour reconstituer une civilisation. Sauf que le Louvre est un musée, et qu'il regroupe plusieurs millénaires d'art et d'imaginaire et que nos scientifiques prennent ce qu'ils voient pour argent comptant. Que penser alors de ces tableaux représentant des animaux se livrant à des activités humaines, des monstres imaginaires et des créatures mythologiques, des scènes d'orgies, des anges et des angelots, des représentations de l'Enfer ?... Que penser d'une société apportant une telle importance à l'image, et si peu à l'écrit ? Et bien voilà nos visiteurs du futur à élaborer un micmac abracadabrant de théories toutes plus foireuses les unes que les autres.
Si le regard du lecteur est amusé par l'absurdité de la situation, l'idée n'en reste pas moins excellente, certes divertissante mais aussi pertinente : comment pourrait-on se représenter notre monde si on le découvrait par le Louvre, lieu qui regroupe un panorama de près de 6000 ans d'histoire. L'art étant ce qu'il est, il est finalement peu probable que cette représentation soit bien proche de la réalité. Et alors à nous de nous interroger : à quel point nous trompons nous quant aux suppositions que nous faisons concernant les découvertes archéologiques ?

Pas de message écolo en tous cas. Le réchauffement climatique a fait des siennes de façon assez violente, Paris est recouvert d'une calotte glaciaire, mais pour autant, l'auteur ne s'engage pas vraiment. Plutôt il s'appuierait sur notre « Apocalypse » la plus probable.

Bref, la grande qualité de ce récit est que la collaboration avec Le Louvre est plus un prétexte pour partir dans un univers farfelu digne d'un grand de Crécy et moins pour tenter maladroitement de donner vie à une commande comme cela aurait pu être le cas. Au lieu de ça, il crée un univers fantastique, semant la mort autour du Louvre pour mieux donner vie à ses œuvres. Pourtant, au détour d'une case, l'auteur nous fait visiter le château, le musée, son histoire et ses anecdotes. Peut-être le passage sur la Seconde Guerre mondiale est-il moins fluide et plus didactique, mais le changement de graphisme pour l'adoption d'une aquarelle pure adoucie ce sentiment.
En tous cas, cette magistrale Période glaciaire a bien mérité ses Prix des Libraires de Bande Dessinée et Prix Virgin en 2005 entre autres.

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2006


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Année d'édition
2005

Petit grumeau illustré (Le) Nathalie Jomard (s)(d) Michel Lafon

Chroniques d'une apprentie maman

Chronique du 04/10/11

Lorsqu'on est en phase de devenir parents, où lorsqu'on le devient tout juste, il n'est pas rare de recevoir comme cadeaux la panoplie complète des manuels du parfait papa ou de la parfaite maman.
Évidemment, j'ai eu droit à mon Guide du jeune père. Voilà maintenant pour madame Le petit grumeau illustré.
Si le Guide du jeune père est plutôt textuel et agrémenté ça et là de quelques illustrations, on peut en revanche qualifier Le petit grumeau illustré de bande dessinée (au grand dam de l'auteure), même s'il n'y a pas de cases à proprement parler, étant que l'album présente chaque scène par des strips. Certains prennent toute la page, d'autres s'étalent sur plusieurs, mais ce sont bien des strips.
Leur provenance ? Le blog de Nathalie Jomard et son Petit précis de grumeautique.

Qu'est-ce qu'un grumeau pour commencer ? Pour ceux qui ne seraient pas familiers du blog en question, il s'agit du rejeton qui vient de naître et qui ne cesse de brailler, manger et dormir. Les bêtises viendront plus tard nous concernant, mais elles viendront tôt ou tard.

Nathalie Jomard traite dans ce recueil des situations cocasses de tous les jours, pendant la grossesse (pré-grumeautique) et pendant les premières années de vie avec l'enfant, du grumeau-débarquement à la grumeau-socio, en passant par le grumeau-chaos et la grumeau-parentalité.
Chaque chapitre contient son lot de gags qui ne laisseront personne indifférent : tout parent devrait s'y retrouver et rigoler de telle ou telle situation, même les plus réticents.

Le seul bémol que j'ai trouvé à l'album, c'est que les gags se succèdent sans ordre chronologique. J'ai trouvé ça contrariant parfois. Mais pour le reste, Le petit grumeau illustré est un excellent recueil plein d'humour et de vécu... et même pour les papas !




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Chroniques d\\'une apprentie maman

Année d'édition
2009

Petit monde (Le) Jean-David Morvan (s), Toru Terada (d) DARGAUD

" Vamos, vamos !"

Chronique du 02/01/08

Kumiko est une petite fille de bonne famille, mais elle a envie de découvrir les choses que lui cachent ses parents, et les adultes en général. Un lieu tabou, fait de violence, de crimes, et de pauvreté, plus communément appelé "le petit monde".
Elle achète donc en cachète une cartouche pour son "dreamweaver" qui lui permettra de visiter en rêve ce monde cruel que nul ne veux qu'elle découvre !

Le petit monde est un conte complètement revisité de "Peter Pan".
L'anti-héro se prénomme ici Piedra, un enfant pauvre du "petit monde" qui se déplace avec sa fée Tinn-tamm, espiègle à souhait. Le "capitaine crochet" s'appelle Gancho, et est payé par les gens de la ville haute pour se débarrasser des "déchets" du "petit monde" à l'aide de son bras cybernétique.

Si le fond de l'histoire est toujours présent, l'univers, lui, à bien changé ! Le scénario évolue dans un monde futuriste où les robots multifonction assurent même le rôle des nounou. Caméras et systèmes de surveillance "high-tech" jonchent les habitations. Et les anti-dépresseurs sont monnaie courante pour oublier le moindre tracas !

Dans cet univers, l'insécurité et la peur de l'autre ont fait leur chemin....

Côté dessin, le trait de Toru Terada est très interessant et novateur. Ni vraiment japonais, ni vraiment français. On aime ou on aime pas (moi j'aime bien), mais je trouve que ces petites bouilles rondes très sympathique, peut être pour faire encore plus contraste avec la décadence et la violence du monde dans lequel les personnages évoluent.
On pourrait en revanche être un peu déçu du manque de détail des décors, souvent simples malgré la technologie ambiante.

Chronique du 02/01/08

Curieux, c'est l'adjectif que je donnerais à cette premier tome du Petit Monde. Outre le dessin de Terada, qui contient à la fois la rondeur du style japonais et la brutalité d'un style à part, il y a le scénario. Car Le Petit Monde est brutal. Sur fond de Peter Pan, on aborde, un peu comme Loisel le fit dans sa série, la misère du monde, avec ici une approche Science Fiction. Drogue, misère et opulence, curiosité déplacée donnent à cette BD une ambiance curieuse et malsaine.


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\\" Vamos, vamos !\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "Real favela"

Chronique du 17/03/09

Piedra emmène Kumiko et ses frères en dehors de chez eux pour rejoindre le petit monde, malgré la désapprobation de Tinn-Tamm. Mais la police est vite alertée par la désactivation de Nan-1 et rejoint le domaine, seulement devancée par l'ami de l'ambassadeur : Sukuru...

Le deuxième opus du petit monde reprends à l'instant même où le premier volet s'était arrêté. Du coup, on est directement plongé dans l'action et ... sur ce tome 2, Jean-Davis Morvan a décidé d'être plus violent encore.
Certes l'album aux apparences toutes mignonnes pourrait attirer les plus jeunes, mais le leurre n'en est plus un passé les premières pages. S'ensuit alors une course poursuite effrénée durant toute la BD jusque dans le petit monde, bercée par les explosions, les accidents, les coups de marteau dans la tête et les envies de meurtres.
Quant à la fée clochette, ne vous y méprenez pas, elle est aussi peste et cruelle que celle de Régis Loisel.

J'irais même jusqu'à dire que Toru Terada s'est amélioré dans son dessin. Si je trouvais le premier tome un peu fade en décors, le second nous embarque dans la misère des bas fonds superbement rendus avec des taudis à n'en plus finir.
Ah, dernier point : Gancho il a trop la classe ! Et je vous laisse rêver devant son apparition magistrale en page 33 ^^.

Chronique du 17/03/09

Toujours dans l'ambiance oppressante du premier volume, l'histoire reste sombre avec l'autre côté du rideau et la découverte du véritable "Petit Monde". Ce deuxième tome longtemps attendu livre une suite tout en noirceur d'un premier tome pas moins noir. Quand Jean-David Morvan et Toru Terada s'attaquent au monde de l'enfance, ils sortent la tronçonneuse !
La vignette collée sur le bouquin à l'achat indique "c'est violent mais c'est beau", la violence n'est pas physique, elle est morale. On a toujours cette impression de sombrer dans un tourbillon infernal.


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Tome 2: \\"Real favela\\"

Année d'édition
2008

Petit Pierrot Alberto Varanda (s)(d) SOLEIL

Tome 1 : "Décrocher la lune"

Chronique du 13/02/10

Pierrot est un petit garçon qui a souvent la tête dans la lune. D'ailleurs, il en rêve, il est obnubilé par cet astre parfois creux, et parfois rond.
Il est accompagné de son fidèle ami l'escargot avec qui il dialogue tout le temps, c'est son meilleur ami, son confident, et son ange gardien !

Alberto Varanda quitte les sentiers battus et s'aventure dans de nouvelles expériences : celle d'auteur à part entière d'une part puisque c'est son premier projet en solo, mais aussi celle de se lancer dans les livres pour enfants d'autre part. Et là aussi, c'était un gros challenge.
Et on peut dire que le pari est réussi ! Car on ressent bien au travers de l'album qu'Alberto Varanda prends du plaisir à le dessiner et à faire vivre son petit personnage.

Le dessin, sur un ton sépia, est particulièrement soigné, travaillé, et très agréable. Et puis ces petites bouilles sympathiques avec leurs gros yeux font plaisir à voir.
Quant aux textes, ce sont de belles images illustrées par de belles images. Une mise en abîme poétique, et qui laisse rêveuse...

Un album jeunesse, et donc un public différent (enfin sauf les fans bien entendu), mais aussi étrange que cela puisse paraître, chez le même éditeur, à savoir Soleil. Là aussi, c'est une première expérience pour Mourad Boudjellal... mais de ce côté là, je reste plus septique vis à vis de son marketing...
Déjà, il a réalisé un tirage plutôt faible, à en juger la rapidité à laquelle l'album a été en rupture de stock, puisqu'il sortait la veille du festival d'Angoulême et qu'il n'y en avait déjà plus au bout de deux jours. Le patron de la maison d'édition n'a pas voulu prendre trop de risques. L'avantage, c'est que vu que son bilan va au-delà de ses espérances, on va pouvoir s'attendre à un deuxième album, pour le plus grand bonheur de l'auteur et de ses lecteurs.
Second bémol, le prix... ah, mais un album jeunesse M. Boudjellal, ça ne coûte pas 17,50 € ! Regardez les prix du marché... enfin, si ça marche, tant mieux hein !

Bref, un excellent album pour enfants. Espérons qu'il ne plaise pas qu'aux adultes ! ;)

Chronique du 14/02/10

Nous attendions avec impatience l'arrivée de Petit Pierrot, et ce pour deux raisons. D'abord ce petit personnage a su redonner de l'entrain à un Alberto Varanda plus trop trop motivé, et d'autre part parce que le personnage aussi bien que le trait sont pleins de fraîcheur.

Très différent des précédents travaux de son auteur, il est aussi très différent de ce que son éditeur à l'habitude de sortir. On applaudirait presque Soleil pour son audace si on ne savait pas que Mourad Boudjellal ne se départissait pas de sa prudence habituelle : l'auteur n'est pas n'importe qui, et puis bon, faut pas trop tirer d'exemplaires hein. Bon allez, assez de médisances pour M. Boudjellal, c'est aussi son boulot.

Ce qui fait un peu plus mal au [postérieur], c'est son prix. 17.50€ pour un album qui se veut résolument destiné à un jeune public... je ne suis pas certaine que les parents sortent facilement le chéquier pour le coup. Il a été très rapidement en rupture de stock, mais je soupçonne pas mal les passionnés de Varanda de s'être jetés dessus.

Pour en revenir au contenu lui-même : nous découvrons Alberto Varanda en scénariste, avec une jeunesse insoupçonnée, un trait rond et à la fois complet, des teintes sépias mélangées de pastel, bref une fraicheur toute nouvelle.


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Tome 1 : \\"Décrocher la lune\\"

Année d'édition
2010

Petite histoire des colonies françaises Grégory Jarry (s), Otto T. (d), Guillaume Heurtault (c) FLBLB

Tome 1 : " L'Amérique française "

Chronique du 09/02/14

La petite histoire des colonies françaises n'est certainement pas si petite que ça. On a tendance à penser à l'Afrique lorsqu'on évoque le mot même de « colonie », mais ce serait oublier l'extraordinaire capacité d'expansion dont nous autres, européens, avons fait preuve durant les siècles précédents (bon, d'accord, l'Histoire est faite de conquêtes).
Évidemment, nous n'étions pas les seuls à vouloir nous partager le monde comme d'immenses parts d'un gros gâteau : espagnols et surtout anglais nous ont mené la vie dure le temps de ce petit jeu.

« Si la France occupe aujourd'hui un rang de première catégorie parmi les nations du monde, c'est qu'elle a su, par le passé, prendre part à la plus belle des entreprises humaines : la Colonisation. »

De nos jours le mot « colonisation » n'est pas très glorifiant. Pourtant il faut bien avouer que cette guerre territoriale a énormément apporté a tous les pays qui y ont participé, au détriment des peuples autochtones...

Cette série de Grégory Jarry et Otto T. est là pour réhabiliter nos mémoires défaillantes.


FLBLB

Il est difficile de parler de Grégory Jarry et Otto T. (Thomas Dupuis de son vrai nom) sans parler des éditions FLBLB.
L'aventure a commencé en 1996 à Poitiers avec la création d'un fanzine portant déjà ce nom imprononçable (sauf si comme moi vous parlez de « Fleubleub »). Magazine qui s'est transformé en revue puis finalement en maison d'édition, c'était en 2001.
Fondateurs de FLBLB, les auteurs ont collaboré à de multiples reprises – on peu même parler de quasi-exclusivité – et ont entre autre signé cette série de 5 tomes sur La petite histoire des colonies françaises, exposée à Angoulême en 2011 (voir notre note du 3 février dans nos archives).

Depuis, la petite maison d'édition suit son bonhomme de chemin et multiplie les supports et les genres, élargissant son panel de livres aux flip-books, aux revues, aux mangas ou encore aux romans photo.


L'Amérique française

Ce premier tomes des colonies nous emmène au large aux côtés de ces héros découvreurs de terres : Floride, Canada, Louisiane, Antilles... on retiendra surtout le nom de Jacques Cartier, le plus célèbre d'entre eux.

Sous une forme cynique et culturelle à la fois, les auteurs nous instillent dans un climat drolatique qui nous permet de rester alertes, bien loin des cours rébarbatifs de mes souvenirs adolescents.

Toutes les pages fonctionnent de la même façon : texte (non dénué d'humour) en partie haute, et illustrations (guère plus sérieuses) en dessous. Une lecture qui se fait obligatoirement en deux étapes car même si les dessins sont en corrélation avec le texte, ils prennent souvent la narration à contre-pied, renforçant par la même le comique de la situation.
Un phénomène de surenchère qui fait toute la réussite de cet album et qui évite à la fois notre lassitude et le côté trop didactique.

Sur fond de bichromie turquoise, le dessin d'Otto T. est très vivant. Bien que les personnages soient cernés en quelques traits et que les décors soient quasiment absents, il parvient à rendre les scènes expressives et dynamiques. Bien que je sois assez bluffé sur la forme, j'ai tout de même eu du mal à comprendre certaines chutes par moment.


Pour conclure, cette Petite histoire des colonies françaises est une excellente façon d'apprendre ou de réapprendre notre histoire. On apprécie son ton léger et son décalage parodique qui en fait une œuvre intelligente, intéressante et pertinente.
Pour sûr, si les manuels scolaires avaient été rédigés par Grégory Jarry et illustrés par Otto T., j'aurais été meilleur élève...

Chronique du 09/02/14

Découverte lors d'une exposition à Angoulême, La petite histoire des colonies françaises nous faisait de l'œil depuis un moment. Non pas en raison du graphisme, car soyons honnête, ce n'est pas vraiment ce qui séduit le plus de prime abord, mais par une découverte franchement humoristique d'une partie pas vraiment glorieuse de notre histoire. Cette série permet de pointer du doigt les dérives anciennes et contemporaines que notre beau pays la France a imposé à ses colonies – ou anciennes colonies – tout en restant simple, drôle et ludique.

Aux commandes, ce bon vieux Général de Gaulle, sans doute le mieux placé pour aborder ce thème, avec une exécrable dose de paternalisme, de condescendance et de mépris. Le tout bien sûr fait avec humour.
Bon certes, côté dessin, ça n'a pas l'air bien reluisant comme ça, mais ça s'accorde complètement avec l'esprit de vulgarisation (dessin simplifié à l'extrême donc) et humoristique (oui : normalement, sur une BD d'humour, vous tombez difficilement sur un dessin réaliste) du propos. Et bien qu'on frôle le bonhomme bâton, je suis plutôt bluffée par la capacité d'Otto T. à rendre les personnages et les humeurs reconnaissables avec si peu de traits (de Gaulle n'a même pas de tête : seulement quatre poils de barbe et une casquette de général. En plus, normalement, de Gaulle n'a pas de barbe !).

Le décalage entre le texte et les images crée une vraie gymnastique. Il s'agit de recoller les événements réels avec les imbécillités racontées par de Gaulle, et d'associer tout ça aux les gags dessinés. Bon, pour ne rien cacher, c'est là que pêche ce tome 1, sans doute créé pendant une période de rodage. La gymnastique est trop complexe, et finalement, je me suis plutôt sentie perdue dans le déroulement des événements. Qu'à cela ne tienne, ce défaut est corrigé dès le deuxième tome, avec une vraie lisibilité, sans rien changer au concept et à la présentation de la BD.


Un autre avis : Legof

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

Roaarrr Challenge
- Prix Tournesol 2007


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Tome 1 : " L'Amérique française "

Année d'édition
2006

Petite souris, grosse bêtise Loïc Dauvillier (s), Alain Kokor (d) La Gouttière

Petite souris, grosse bêtise

Chronique du 12/07/11

Suzie est une enfant un peu turbulente, si bien qu'elle pose quelques problèmes d'éducation à ses parents. Sa mère cherche par ailleurs à comprendre ses réactions et ainsi améliorer leur relation. Cela n'y change pas grand chose, Suzie a besoin d'affection et d'attention, et elle a probablement cette impression que ses parents ne s'occupent pas assez d'elle, qu'ils la délaissent au profit d'autre occupations. Du coup, elle joue au football pour passer le temps, et fait des bêtises pour qu'on la remarque...

Eh oui, on donne dans la bande dessinée jeunesse en ce moment !
Force est de constater que chaque lecture est tout à fait différente : chacune d'entre elles peut être adaptée aux plus jeunes ou plutôt cibler un public ado, et tous ces albums n'ont pas non plus le même contenu.
Là où Toto l'Ornithorynque développe une aventure simple et efficace, là où Garance nous emmène en voyage et joue avec nos émotions, l'histoire de Petite souris, grosse bêtise a un but précis, elle est là pour servir la morale !
On est moins dans la contemplation, moins dans l'aventure, mais un peu plus dans la psychologie.

Je pense qu'on a tous fait des bêtises étant gamins. Certaines étaient plus grosses que d'autres évidemment. À cet âge là, on n'a pas cette notion de danger... on sait quand on fait quelque chose si c'est bien ou mal, mais on n'a pas conscience de la gravité d'une situation, de ce qu'elle peut engendrer.
Petite souris, grosse bêtise, c'est un peu ça finalement : Comment une petite blessure du quotidien peut occasionner une très grosse bêtise.

Le dessin d'Alain Kokor donne une réelle vivacité au scénario. On ressent d'autant plus l'hyperactivité de la petite fille. Quant aux couleurs, on reste dans des teintes un peu agressives, on est dans le mal-être.
Ma préférence va cependant au traitement graphique du rêve de Suzie avec la souris "dentiste". On sent bien la différence entre rêve et réalité, avec ce dessin plus rond, ces couleurs pastelles et ces contours des cases ondulants.

Comme tout bon album de Loïc Dauvillier, c'est une lecture qui fait réfléchir. Il ne s'agit pas non plus d'une thématique aussi lourde qu'Inès, mais le récit véhicule tout de même un message.
Je suis ravi de cette lecture, mais pas encore conquis. Je reste un peu sur ma faim. Peut-être suis-je contrarié parce que j'avais envie de lire un album jeunesse pour me retrouver en enfance, pour découvrir un récit plein de fraicheur et d'innocence. Petite souris, grosse bêtise n'a pas grand chose à envier à une bande dessinée adulte finalement...

Chronique du 12/07/11

Deux sentiments contradictoires avant l'ouverture de Petite souris grosse bêtise. D'un côté Dauvillier privilégie généralement les thèmes de la mort et des drames sociaux et j'avais surtout envie de lire quelque chose de frais. D'un autre côté, il s'agit d'une BD jeunesse, et je sais pour avoir auparavant lu La Petite Famille qu'il a abordé cette série avec beaucoup de tendresse. Quant au dessin de Petite souris grosses bêtise, il est certes moins rond, mais il garde une touche très innocente. Bref, un a priori très neutre et pas mal de curiosité avant d'ouvrir cette bande dessinée.

Cela dit, j'ai principalement apprécié la brièveté du récit, parce que cette petite Suzie m'a littéralement faite flippé à chacune de ses bêtises. Pour le coup, LA grosse bêtise qui clôture la BD, on la sent tellement venir, et avec des conséquences tellement plus importantes...
Alors à la relecture, j'ai essayé de faire abstraction de mon regard d'adulte et elle retrouve l'innocence des BD jeunesse, mais à la découverte, j'ai vraiment perdu de vue cet aspect-là tant j'ai eu peur pour la vie de l'héroïne.

Ca n'en reste pas moins une lecture adaptée aux enfants, et même un excellent apprentissage (qui m'effraie donc). Par ailleurs, le dessin est parfaitement maîtrisé et le coup de pinceau d'Alain Kokor lui donne un charme particulier, loin des traits grossiers et des couleurs Photoshop qu'on trouve trop souvent dans la BD jeunesse grand public.

Après avoir ouvert Petite souris grosse bêtise avec deux sentiments contradictoires, cette même impression demeure en tournant la dernière page. Une qualité indéniable mais un désagréable sentiment d'effroi. Ne nous y trompons pas : Loïc Dauvillier est passé par là !


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Petite souris, grosse bêtise

Année d'édition
2009

Petites coupures Joseph Incardona (s), Vincent Gravé (d) Les enfants rouges

Petites coupures

Chronique du 04/01/11

Paul Norman a maintenant sa carrière derrière lui, à 36 ans. Boxeur dont on promettait la gloire, un instant inattention lui a coûté le titre et la renommée. K.O. au 6ème round : la chute du "crabe".
Il est depuis tombé dans la décadence. Filant à bord de sa décapotable, il pleure ce qu'il a été et ce qu'il a perdu. Et il n'a plus de Whisky...
Quelques heures plus tard, après un dernier arrêt dans un bar pour étancher sa soif, celui qui fut presque une légende meurt dans un accident de la route.

Petites coupures commence fort en narrant les derniers instants de Paul Norman, un boxeur tombé dans l'alcoolisme et l'oubli. Les premières pages nous font peser l'amertume de l'ancien champion. Puis vient le flashback sur presque 220 pages : le dernier combat de l'étoile déchue. Un combat qui opposera Paul Norman, le vétéran revanchard, à Max Chavez, la pouce montante.

Paul est cramé, son foie est déjà bousillé par l'alcool. Il a perdu sa femme, il n'a plus la garde de sa fille. Pourtant, il continue à faire ce qu'il sait faire. Il prends des coups pour toucher le cachet qui lui permettra de survivre quelques temps. Simple sparing-partner pour des matchs de gala.
Chavez, c'est le champion en devenir. Ce combat doit lui servir de tremplin pour le titre, un mois plus tard.
Le vieux contre le jeune. Un match sans enjeux. Deux destins qui se croisent sur un ring de quelques mètres de long.

J'avais déjà beaucoup apprécié la qualité narrative de Joseph Incardona dans Fausse route. Vincent Gravé illustrait déjà avec lui cet album chez les enfants rouges. Je suis toujours convaincu de cette qualité. Une histoire différente, qui transpire la sueur et les larmes. C'est une tragédie, c'est dramatique, c'est touchant. On est peiné pour les deux boxeurs, pour les proches aussi. On prends toute leur vie en pleine face comme autant de coups qu'ils prennent dans l'estomac. C'est juste et c'est beau.

Je conseille à ceux qui ne connaissent pas encore le travail de Vincent Gravé d'ouvrir l'un de ses albums. Chaque case est une œuvre d'artiste, sa technique est déconcertante et le rendu bluffant. Il parvient à cadrer des scènes comme au cinéma, à donner un éclat tout particulier à la lumière, quelle provienne d'un flash d'appareil photo, d'un reflet ou d'un spot.
On a vraiment cette impression de retourner dans les années 40, dans ces États-Unis secoués par la seconde guerre mondiale.

Un album que je déconseille fortement à ceux qui cherchent toujours un happy end. Mais je recommande à ceux qui aiment les drames et qui ne sont pas rebutés par la boxe.




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Petites coupures

Année d'édition
2009

Philémon Fred (s)(d) DARGAUD

L'intégrale - Tomes 1 à 5

Chronique du 22/08/13

Fred fait partie de ces grands auteurs qui nous ont quitté il y a peu et qui ont laissé derrière eux de grandes œuvres, marquant à jamais la (plus si) petite bulle de la bande dessinée. Tout le monde devrait lire au moins une fois un épisode de Philémon ou un autre de ses classiques (L'histoire du Corbac aux baskets, L'histoire du conteur électrique...) et s'imprégner de cet univers déjanté qu'il brille de nous présenter.

Philémon, son héros fétiche, s'évade d'aventures en aventures, sur le continent du « A » et ailleurs, durant 16 tomes. Son quotidien est fait de bizarreries et d'un brin de magie (merci oncle Félicien). Ses rencontres sont aussi inattendues que saugrenues et ses exploits... méconnus. Difficile de croire à de pareilles sornettes pour le commun des mortels, et c'est dans cette extravagance que l'auteur excelle : lui-même magicien des mots et des situations, il parvient à nous transporter dans l'onirisme le plus loufoque qui soit, celui-là même qu'on ne croirait trouver qu'au fond de son lit, bercé par un sommeil profond fait de rêves sans fin.
Je pourrais ajouter que l'Art du conte n'est pas la seule qualité de Fred, qu'il a toujours cherché à s'affranchir, par le biais du récit mais aussi par ses folles expériences, de son support bande dessinée. Il joue avec les codes et le livre devient alors un terrain de jeu aux multiples dimensions.


Pour découvrir Philémon, les intégrales éditées par Dargaud en 2011 demeurent un objet agréable et peu onéreux (35 euros pour 5 albums, l'avantage des intégrales). Avec leur aspect de roman et leur papier épais, elle présentent une finition soignée. La récente sortie du tome 16 de la série et le décès de Fred risquent fort de faire fleurir de nouvelles éditions sur les étals des libraires (parions sur 4 intégrales de 4 volumes, soyons fous)...
Cette première intégrale contient donc les cinq tomes introductifs de Philémon, à savoir le pré-quelle Avant la lettre paru en 1978 (que j'ai trouvé un poil moins bon que les suivants), puis les vrais premiers tomes parus entre 1972 et 1974 (Le naufragé du « A », Le piano sauvage, Le château suspendu et Le voyage de l'incrédule).

Ne soyez pas surpris d'y croiser un bestiaire fantastique et hautement hallucinogène, composé de plantes-horloges, de lampes-naufrageuses, de zèbres-geôles, d'un piano-sauvage, d'un phare-hibou, d'une baleine-galère ou de pélicans-baleiniers...
Des composés de mots pour des concepts bicéphales aussi géniaux que les idées qui parsèment les récits, de la bouteille-navire à la lorgnette, des miroirs qui retardent aux nids-théâtres... et bien sûr les lettres de l'Atlantique !

« Voici une carte du monde... enfin, je ne sais pas dessiner mais c'est à peu près ça... Ici se trouve l'Amérique, là l'Europe... Et entre ces deux continents, l'océan Atlantique. Eh bien, nous sommes ici, sur le « A ».
_ Vous voulez dire que cette île a la forme d'un « A » ?
_ Elle n'a pas la forme d'un « A », C'EST LE « A » !
_ Mais voyons... euh... ces lettres n'existent pas... elles ne figurent sur la carte que pour...
_ JUSTEMENT ! Ah là là, justement !... Ces lettres n'existent pas et pourtant nous sommes sur l'une d'elles. ALORS ?
_ Mais c'est impossible !
_ Eh oui, impossible, impossible !... C'est ce que je me répète depuis quarante ans...
»


Avec Philémon, impossible de s'ennuyer. On se demande bien où Fred est allé chercher toutes ces idées. La recette fonctionne encore 40 ans après, si bien que l'effective vieillesse de la série, avec son style graphique qui peut paraître un peu désuet, ne se remarque même pas.
Il en résulte une lecture à l'inventivité jouissive qui se boit comme du petit lait. Alors buvez-en !

Chronique du 16/12/2013

Philémon a pour moi un parfum d'enfance. Quand j'étais gamine, j'allais parfois piquer une BD ou deux dans la bibliothèque paternelle, et entre deux Valérian, on y trouvait aussi Simbabbad de Batbad que j'ai lu, relu et re-relu.
D'ailleurs, à mes yeux, c'est une BD jeunesse qui peut très bien être lue par les adultes, et non l'inverse. Le côté « sans queue ni tête » de Philémon a vraiment quelque chose des albums jeunesse de Claude Ponti, qui plonge tellement dans l'univers enfantin que le cerveau aseptisé des adultes est complètement dépassé.
Philémon, c'est un peu pareil, mais amené avec plus de douceur, puisqu'il part du postulat que ce n'est pas vraisemblable. Donc les personnages sont surpris, et le scepticisme récurrent du père de Philémon apparaît un peu comme la voix de la raison (même s'il est surtout présenté comme l'élément comique et décalé qui ne veut rien comprendre).

Bref, c'était quand même un titre qui manquait vraiment à notre bédéthèque, et il est bien triste que ce soit le décès de Fred qui nous a décidé à passer le pas.
En tous cas, j'ai retrouvé Philémon avec grand plaisir grâce à une très belle collection d'intégrales en 3 volumes, dont j'apprécie la grand sobriété.




Un autre avis : Mo'

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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L'intégrale - Tomes 1 à 5

Année d'édition
2011

Pico Bogue Dominique Roques (s), Alexis Dormal (d) DARGAUD

Tome 1: "La vie et moi"

Chronique du 19/07/09

Pico est un petit garçon pas comme les autres, aux cheveux en bataille et à la répartie facile. Sa sœur Ana Ana n'est pas non plus en reste, prenant certainement une bonne partie de son inspiration de son grand frère. De quoi faire rapidement tourner les parents en bourrique.

Imaginez un instant qu'un gamin ait le niveau d'érudition d'un adulte, et qu'il ait la bêtise et la répartie des gamins. Voilà Pico !
Je dois avouer que je me suis bien régalé en lisant cette bande-dessinée, moi qui me prenait régulièrement des remontrances désobligeantes par mes parents : " Arrête de répondre ! " et qui faisait des concours de "celui qui a le dernier mot" au collège avec les potes. Ce Pico là, en plus de "répondre", il le fait bien, en posant des arguments bien amenés et de manière générale indémontables ^^.

J'ai particulièrement aimé les questionnements du gamin sur la vitesse de rotation de la terre, faisant des expériences avec les fourmis à plus petite échelle, ou encore la réflexion sur les ancêtres qui sont de plus en plus nombreux alors que le nombre d'hommes sur terre n'a cessé de croitre.
Et j'ai même appris l'étymologie de certains mots, tournés sur deux sketchs à l'humour dont le très bon : Enfant - "qui ne parle pas".

J'ai également beaucoup aimé le dessin d'Alexis Dormal (qui est en fait le fils de la scénariste, une affaire de famille même dans la "vraie vie"). Un graphisme qui fait penser aux petites aquarelles réalisées sur des carnets de croquis à la va-vite. C'est très léger et très agréable à la fois, un peu comme la BD en elle-même. Comme quoi le dessin est parfaitement adapté :)

15/01/12

Quelques traits plutôt simples, un peu d'aquarelle, une bouille rousse, une bouille blonde, et surtout, SURTOUT, beaucoup d'espièglerie. Voilà en quelques mots comment résumer Pico Bogue.

Pico et sa sœur Ana Ana sont deux enfants parfois plus adultes que les adultes. Un brin effrontés, pas mal attendrissants, souvent très philosophes, toujours très drôles, ils ont débarqué dans l'univers BD par la petite porte et y ont installé leur fameuse télé avec la ferme intention de rester là.

L'idée générale ne transcende aucun concept, c'est juste du strip, avec beaucoup de fraicheur, de coups fourrés, de mauvaises blagues et de mauvaise foi, et surtout une très grande intelligence.
Le dessin très personnel de Dormal fait preuve à la fois d'une grande simplicité et de beaucoup de recherche. Quant à ses aquarelles, elles sont très colorées et font plaisir aux yeux.

Souvent classée dans les univers jeunesse, elle a toute sa place dans les lectures des adultes. D'ailleurs plus chez les adultes que chez les enfants en fait. Pas qu'un enfant ne soit pas capable de la lire, mais elle fait appel à tout un tas de références typiquement adultes. Bref, personne ne s'ennuie en lisant Pico Bogue !

NB : J'ai failli me plier au jeu de Lunch d'ajouter des citations, mais en fait il y a tellement de bons sketchs là-dedans que je serais tombée dans l'illégalité en la recopiant intégralement. Du coup il n'y a pas cinquante solutions : courez vous la procurer chez votre libraire ou à la bibliothèque du coin.

EDIT : A la relecture je me rends compte que ma chro est bourrée de superlatifs. Je crois que ça en dit long sur la qualité de la BD... :)


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Tome 1: \\"La vie et moi\\"

Année d'édition
2008

Tome 2: "Situations critiques"

Chronique du 25/07/09

- Qu'est-ce qui te rend le plus heureuse ?
- Que je sois heureuse.
- Oui, d'accord, mais qu'est-ce qui te fait être heureuse ?
- Que tout le monde soit heureux.
- Et pourquoi, à ma première question, tu n'as pas directement répondu : "Que tout le monde soit heureux" ?
- Parce que moi d'abord.


Pico Bogue et sa sœur Ana Ana se livrent toujours à d'excellentes prouesses verbales, à donner des frissons à leurs parents à la répartie un peu moins facile.
Une nouvelle série de sketches se développe alors à nos yeux, toujours sous la formes de petits strips de quelques cases. Cette fois encore, c'est agréable à lire, mais j'ai quand même trouvé ce second opus un poil moins bon. C'est peut-être le côté original de l'album ? Le fait que ce ne soit plus "une découverte" peut-être ? La qualité des répliques d'une manière générale ? Je ne saurais vraiment dire.

Bon, je me répète, mais ça reste quand même très agréable à lire :)




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Tome 2: \\"Situations critiques\\"

Année d'édition
2009

Tome 3 : "Question d'équilibre"

Chronique du 08/01/11

À Jérôme !
C'est sur ces mots que commence l'album, dans les habituels remerciements des auteurs. Bon, ça ne s'adresse pas particulièrement à moi (c'est même certain) mais vu mon attachement aux répliques de Pico (je suis moi-même victime du syndrome, je peux pas m'empêcher de répondre), je prends quand même ça avec une petite pointe d'amusement :)

Moins d'un an après la sortie du tome 2, les aventures de Pico et Ana-Ana reviennent déjà. Et c'est toujours avec ce sentiment de légèreté qu'on aborde la lecture de ces albums, pleins de fraicheur et de piques de haute voltige.
Là encore, je n'ai pas été déçu.

Mes moments préférés ont quand même été les deux scènes de luge, pour lesquels je n'ai pas pu empêcher le fou-rire de partir.
Le concept du voyage dans le temps, c'est pas mal non plus :)
Bien entendu, avec la succession de gags toujours agencés sous la forme de petits strips, impossible de ne pas se faire plaisir.

À noter une grosse séquence sur le père Noël, avec Ana-Ana qui n'y crois plus et des adultes qui ne savent pas toujours par quel bout reprendre les choses en main. Les enfants grandissent...
La scène finale remet tout le monde d'accord avec une très jolie conclusion :)

Le tome 4 est par ailleurs paru en octobre 2010, il faudra que je rattrape mon retard à l'occasion... pourquoi pas à Angoulême ?




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Tome 3 : \\"Question d\\'équilibre\\"

Année d'édition
2009

Tome 4 : " Pico Love "

Chronique du 25/11/11

Les enfants grandissent, l'amour aussi. Viennent les questions de cœur, sur les processus de la vie. Tout se chamboule dans le petit monde et en toute innocence on se demande pourquoi.
Pico évolue. Il se pose des questions tout en gardant sa spontanéité si rafraichissante.

« _ Devinez quand j'ai été dans 2 endroits différents au même moment !
_ Jamais ! C'est pas possible !
_ Si ! Quand j'ai été spermatozoïde chez mon père et ovule chez ma mère ! Moi et moi, on aurait pu ne pas se rencontrer, dis donc ! »


Voilà un album de Pico Bogue que j'ai beaucoup apprécié. J'y ai retrouvé la fraicheur qui m'avait tant plu sur le premier opus, après des tomes 2 et 3 que j'avais jugés un peu moins prenants.
Ce n'est pas encore la saison des amourettes, mais Pico est en émoi et cherche à comprendre le pourquoi de cette attirance soudaine pour les filles, pourquoi il les regarde et qu'est-ce qu'il faudrait faire pour que ça fonctionne.
Une étape très attendrissante de la vie et un cheminement tout à fait normal dans l'émancipation d'un gamin, qui est ici abordé avec l'humour caractéristique du garçon.

À côté de ça se pose le problème du cursus scolaire...
Je me suis souvent demandé - et à plus forte raison maintenant, fort de ma nouvelle paternité - ce qu'il adviendrait de mes enfants à l'école s'ils s'amusaient à reproduire le schéma familial.
Je prends un malin plaisir à répondre, à envoyer des piques taquines à longueur de journée. C'est drôle, ça m'amuse... mais, sait-on jamais, est-ce que cela m'amusera toujours si ma fille décide de faire de même, et qui plus est à l'école.
Personnellement, j'étais timide étant petit. Mes mesquineries, je ne les clamais pas devant toute la classe... Pico, lui, n'hésite pas un seul instant, ce qui cause l'exaspération de ses professeurs et de ses parents. Sa scolarité est un échec et il collectionne les zéros, préférant répondre et rêver plutôt que de travailler et d'écouter.

« _ Bravo Pico ! Tu as 9 sur 10. Tu es content ?
_ Ben, j'avoue que j'ai un peu forcé le destin pour l'avoir, cette note.
_ Tu as triché ?
_ Ben oui. Travailler autant ce n'est pas du tout moi. »


Du coup, on en vient à se poser des questions nous aussi sur l'éducation des enfants...
Ah lala, je sens que ça va être une partie de plaisir tout ça ^^
En attendant, on peut toujours apprécier les vantardises du prodige :)

« _ Tu crois qu'autrefois on colonisait des pays pour leur faire du bien ?
_ Non. Plutôt pour exploiter leurs richesses.
_ C'est comme moi. L'école me colonise pour que le pays exploite mes richesses. Ils en ont pas encore trouvé. »


Et rassurez-vous, puisque c'est de famille, sa sœur Ana Ana n'est pas en reste...

« C'est une arnaque ! Sur la boîte, y'a écrit : "Spaghettis de blé complet". C'est pas complet ! Y'a que la tige. Pas l'épi ! »




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Tome 4 : \\" Pico Love \\"

Année d'édition
2010

Tome 5 : " Légère contrariété "

Chronique du 05/12/11

« _ Vous savez pourquoi on dit " dessiller les yeux " ?
_ Non.
_ Autrefois, pour dresser les faucons, on leur cousait les paupières... On passait un fil, avec une aiguille, dans les paupières du bas...
_ Quelle horreur !
_ ... Eh on nouait le fil au-dessus de la tête...
_ Bon ! Arrête !
_ ... Comme ça, le faucon voyait à peine. Et quand il était dressé, on lui dessillait les yeux en décousant les paupières.
_ Ça va ! Arrête !
_ Eh ben moi, que mes parents m'abandonnent pour les vacances, ça m'a dessillé les yeux sur eux. Je vois tous leurs défauts !
_ Leur défaut, c'est de pas t'avoir cousu la bouche. »


Après une année difficile sur le plan scolaire, ça y est, c'est les vacances ! C'est l'été, on peut faire du vélo avec les copains, farniente dans la piscine, profiter du soleil... mais bon, quand on est adolescent, les contrariétés se chassent mais demeurent !
Et là, les parents ont décidé de laisser leurs deux enfants seuls durant une semaine alors qu'ils vont prendre des vacances ailleurs sans eux. Évidemment, Pico et Ana Ana vivent très mal cet épisode et considèrent que leurs géniteurs les abandonnent...

Le cinquième album de Pico Bogue tout fraichement paru en ce mois de novembre, vient nous égayer de ses piques toujours aussi acerbes. Et pour le coup, les enfants - Pico en premier lieu - sont tranchants comme des lames.
Difficile est le métier de parent. Si je pense sincèrement que ma puce aura de la répartie, j'espère néanmoins qu'elle ne sera pas aussi méchante que Pico et sa sœur, qui je pense ne se rendent pas compte de la dureté leurs mots parfois.
Néanmoins, on se marre bien en lisant cette série qui demeure constante dans sa bonne dose d'humour véhiculée. La recette est la même et elle fonctionne à merveille. Les enfants grandissent et les sketchs sont toujours aussi piquants et drôles tome après tome. Et une série qui ne s'essouffle pas c'est la preuve d'une grande qualité !

« _ Debout ! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt !
_ Je déteste les proverbes !
_ Ils ont un fond de vérité.
_ Comme : " On choisit ses amis, pas sa famille " ?
_ Ça, c'est méchant.
_ " Qui aime bien châtie bien. " »

15/01/12

J'ai lu le tome 5 juste après avoir relu le tome 1 (si si, c'est très très logique). On ne se rend pas toujours bien compte des évolutions à mesure des lectures, mais ma démarche (aussi curieuse puisse-t-elle paraître) permet de mettre en lumière une maturité évidente.

Le dessin de Dormal a gagné en finesse et en clarté. Alors que dans le tome 1, chaque trait est repassé plusieurs fois, il est maintenant plus direct et plus assuré. Les couleurs aussi, déjà pas mal vives, le sont encore plus à présent (il faut dire que là, en plus, ça se passe en été).

Quant au scénario de Roques, les petites tranches de vie des premiers tomes suivent maintenant un fil rouge ("nos parents nous abandonnent") et les parents sont bien moins victimes de ces enfants terribles. Eh oui, des parents qui se rebellent... On aura tout vu !

Et rassurez-vous, les réparties cinglantes n'ont pas perdu en qualité. Il est agréable de constater que cette série, qui avait séduit par sa fraicheur, a su se renouveler sans perdre son identité au bout de 5 tomes.


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Tome 5 : \\" Légère contrariété \\"

Année d'édition
2011

Pietrolino Alexandro Jodorowsky (s), Olivier Boiscommun (s)(d) Humanoïdes Associés

Version intégrale

Chronique du 23/10/14

L'histoire se passe quelque part en France durant l'occupation nazie. Les soldats allemands sont partout et font régner la terreur.
C'est au milieu de cette illustration de la grande Histoire que va s'imbriquer la petite, par l'entremise d'un spectacle mis en scène par trois saltimbanques dans le bistrot du coin. L'un d'eux, Pietrolino, s'affaire à subjuguer la foule grâce à ses incroyables aptitudes de mime. Il enchaîne aussitôt derrière son castelet avec son tour fétiche, sa « parade des mains », qu'il présente avec virtuosité : un gant bleu blanc rouge sur l'une d'elles, rouge à croix gammée sur l'autre. La tension face au danger d'une telle représentation donne toujours des frissons, largement récompensés par les ovations d'un public entièrement acquis à la cause. Le frisson se transforme vite en sueur lorsque les agents de la Wehrmacht entrent dans l'établissement... c'est le tournant d'une vie : Pietrolino en perdra l'usage de ses mains...

Cette vie romancée d'un mime est une belle histoire, touchante et emprunte de poésie. On y côtoie de beaucoup l'univers du cirque une fois passée la façade de la guerre, avec ses arts de rue, ses acrobates, ses dompteurs et ses clowns.
Pietrolino est un personnage attachant bien que particulier. D'aucuns diraient qu'il n'a pas toute sa tête... il est parfois simple d'esprit en tout cas, s'émerveillant devant la beauté des choses ou perdant pied à la réalité par moments. Nous suivons sa déchéance et sa reconstruction, une émancipation qui ne se fait pas sans déraison : Pietrolino donne l'impression d'être un peu hors du temps. On a du mal à le situer dans le monde contemporain dans lequel il évolue.


Duo gagnant

Alexandro Jodorowsky est un homme aux multiples talents, des talents qui l'amènent à côtoyer plusieurs mondes, oscillants entre la bande dessinée qu'il chérit et le cinéma qu'il affectionne tout autant, en passant pas les planches et... le mime ! Autant de facettes d'une même vie qui lui ont fait rencontrer des centaines de personnes fascinantes et lui ont permis de travailler avec les plus grands (on pense notamment à Mœbius, mais aussi à Boucq ou Giménez).

Olivier Boiscommun est un auteur complet de bande dessinée, surtout connu pour ses planches hautes en couleurs et pour son travail sur Anges (avec Dieter). Il a fortement contribué à la réussite de Pietrolino, adaptant le pantomime de Jodorowsky pour en faire quelque chose de visuel bien qu'en deux dimensions.
L'album est, comme toujours avec Boiscommun, très graphique. Les dessins vivants montrent toute l'expressivité propre aux clowns, capables par des gestes amples et des mimiques exagérées de passer de la détresse à la jubilation. La colorisation directe donne toujours cette sensation de chaleur bien trop rare (et de plus en plus) dans la bande dessinée, une qualité indéniable pour les amateurs de belles choses.

La rencontre entre ces deux auteurs s'est faite par le biais de l'éditeur (Bruno Lecigne), qui avait dans ses tiroirs depuis de trop longues années cette histoire écrite par Jodorowsky. Boiscommun, sensible au texte, a voulu l'adapter en bande dessinée. Grand bien lui en a pris.


C'est la faute à Marceau

Remontons dans le temps à l'origine de la création :
Alexandro Jodorowsky et le mime Marceau ont croisé leur route quelque part au milieu des années 50. L'auteur chilien faisait lui-même du mime lorsqu'il était jeune, mais sa rencontre avec Marcel Marceau a été un véritable électrochoc : il n'était pas fait pour ce boulot, il avait trouvé son maître !
C'est ainsi que Jodorowsky a écrit pour lui des pantomimes. C'est ainsi qu'ils devinrent amis.
De cette rencontre est née l'inspiration d'un mime nommé Pietrolino et inspiré de Marcel Marceau. L'homme était vieux mais avait toujours soif d'aventures. C'est lui qui a demandé au Chilien de lui écrire cette ultime histoire. Pietrolino était en quelque sorte son chant du cygne...

Le mime Marceau est décédé quelques semaines à peine avant la sortie du livre. Il n'a malheureusement pas eu le temps de le découvrir alors qu'il avait accueilli avec beaucoup d'entrain cette idée de se voir enfiler un nouveau costume une dernière fois et de trouver l'amour.

« Je vais garder pour moi ce qui se passa ensuite. De toute façon, vous ne me croiriez pas. Mais je peux vous dire une chose... il était magnifique. »

Marcel Marceau était un grand artiste, « le Français le plus célèbre du monde » titraient certains quotidiens à sa disparition. Celui qui a inspiré le Moonwalk à Michael Jackson s'en est allé à l'aube du premier tome de Pietrolino. Le final tout en poésie du second est le plus bel hommage que les auteurs auraient pu lui témoigner. Une conclusion qui peut paraître bien énigmatique pour le lecteur... connaître l'intimité entre Jodorowsky et Marceau nous aide à mieux l'appréhender et surtout à l'apprécier pleinement !

C'est la magie de la bande dessinée !

Chronique du 23/10/14

Le trait anguleux d'Olivier Boiscommun n'a définitivement pas d'égal et le grand Jodo lui offre un écrin pour exprimer toute son œuvre avec ce Pietrolino. Avec cette histoire pleine d'émotion qui laisse somme toute peu de place au texte et beaucoup à l'image, Boiscommun a ici tout loisir de s'exprimer.

Le rêve, la peine, la peur, la colère, l'amour ne sont qu'un panel de ces émotions que Pietrolino nous fait partager dans des cases muettes, quand le narrateur se tait pour laisser au clown le loisir de dévoiler le fond de son âme.

Les personnages de Pietrolino et Alma, les deux mimes, sont longilignes et le moindre de leurs gestes, y compris dans la vie courante, est d'une infinie préciosité, comme si le mime et tout ce qu'il exprime dépassait le simple spectacle et occupait la moindre parcelle d'existence.

L'histoire de Pietrolino est un ode aux saltimbanques. La difficulté de leur vie et l'image que nous en avons ne rendent pas justice à leur don. Ces gens qui nous font rêver par leurs spectacles et leurs talents sont aussi ceux que nous méprisons une fois le spectacle terminé. C'est aussi une belle histoire d'amour qui ne tombe jamais dans la niaiserie et un hymne à la liberté. D'un autre côté, Jodorowsky est sans pitié : ceux qui sont méprisables au début restent méprisables à la fin. On ne change pas un homme, il ne devient pas bon. Au contraire, il empire avec le temps.

Mais Jodorowsky ne serait pas Jodorowsky si le mystère ne venait pas ajouter son grain de sel. Au prétexte d'une histoire tellement crédible et d'une métaphore finale si touchante, il insuffle à la dernière scène une note de fantastique là encore magnifiée par les sublimes aquarelles de Boiscommun.


Un autre avis : Bidib

L'interview passionnante des auteurs chez Actua BD.


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Version intégrale

Année d'édition
2011 (1°ed.2007)

Pinocchio Winshluss (s)(d), Cizo (c), Frédéric Felder (c), Thomas Bernard (c), Frédéric Boniaud (c) Requins Marteaux

Pinocchio

Chronique du 15/09/11

Vous connaissez tous Pinocchio, et probablement en premier lieu le dessin animé adapté du roman de Carlo Collodi (de son vrai nom Lorenzini) Les aventures de Pinocchio, adapté au grand écran par Walt Disney. Ce conte de fée moderne, écrit par le journaliste de 1881 à 1883, est devenu par la suite le deuxième livre le plus vendu en Italie derrière la célèbre Divine comédie de Dante Alighieri, et a allègrement dépassé les frontières transalpines, propulsé par ses nombreuses adaptations : une reconnaissance mondiale.

Rappelez-vous tous ces principes fondateurs qui font la force de l'œuvre. Essayez de vous remettre en tête les événements majeurs de l'histoire : le génie de Geppetto, la création du pantin, ses rencontres, son nez qui s'allonge, la baleine...
Ça y est, vous y êtes ? Mélangez tout ça ! Secouez très fort, gardez seulement les morceaux les plus gros. Ajoutez un peu de piment : des éléments fantastiques tirés d'autres contes célèbres (Blanche neige et les sept nains), un zeste d'actualités (radioactivité, contrebande) et d'histoire (nazisme, Jack l'Éventreur mais avec la bauta du médecin italien), mêlez à ça un rien de vision prophétique (la religion est complètement absente du roman originel), de saleté, de cafards, de fric et de sexe... Voilà, vous êtes prêts à découvrir ce qu'en a fait Winshluss (de son vrai nom Vincent Paronnaud, auteur de Monsieur Ferraille, Pat Boon ou encore Welcome to the Death Club) : un cocktail extrêmement riche et totalement détonnant !

Certes cet album, qui a reçu la distinction suprême du Fauve d'or à Angoulême en 2009, n'est plus un conte pour enfants. L'auteur parle à un public averti et décrit un monde avec beaucoup de cynisme. Pinocchio y représente la naïveté absolue, il se laisse guider par les événements sans rien voir ni comprendre de l'horreur qui l'entoure, de toute cette vermine qui lui cours après.
Il évolue en plein cœur du théâtre des pêchers capitaux d'une humanité en déclin, où personne ne croit plus en rien.
C'est triste, mais c'est aussi un moyen de dénoncer la société d'aujourd'hui, de plus en plus préoccupée par la consommation, l'enrichissement et l'égoïsme plutôt que par l'entraide ou l'écologie.

Pour porter son histoire, Winshluss nous présente un récit qui se passe la plupart du temps des mots. Les cases se succèdent et se suffisent à elles-mêmes. Seuls quelques passages, et en particulier la vie trépidante (et inutile) de Jiminy Cafard (le Jiminy Cricket du Pinocchio version Winshluss), comportent du texte. Un monde de cafards qui ressemble à s'y méprendre au nôtre par ailleurs, alors que l'extérieur en serait une vision plus noire.
Les dessins torturés nous montrent la saleté du monde, portés par des couleurs sombres et souvent grises.
Et puis il faut également féliciter l'éditeur, les Requins Marteaux, pour la très grande qualité de cet album. Son format nous rappelle le bon gros livre de conte, volumineux et riche en ornements. Et puis ils n'ont pas lésiné sur le support, la reliure ou encore les pages, tellement épaisses qu'on croirait en prendre trois à chaque fois qu'on les tourne, pour un confort de lecture incroyable.



Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Angoulême 2009


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Pinocchio

Année d'édition
2008

Polina Bastien Vivès (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 01/01/12

Polina est encore toute petite lorsqu'elle se présente à l'audition pour rentrer à l'académie Bojinski. Et il est bien connu que cette école, très réputée pour son perfectionnement de la danse, n'est pourtant pas facile d'accès.
Lorsque vient le tour de Polina de se présenter et de montrer ce qu'elle sait faire, Monsieur Bojinski lui même vient tester sa souplesse. Les premiers mots qu'il prononce à son égard sont durs :

« Vous n'êtes pas très souple, dites-moi.
Il faut être souple, si vous voulez espérer un jour devenir une danseuse.
Si vous n'êtes pas souple à 6 ans, vous le serez encore moins à 16 ans.
La souplesse et la grâce ne s'apprennent pas. C'est un don.
Suivante... »


Malgré ces mots acerbes, le professeur cochera le nom de Polina dans la liste des candidats sélectionnés pour entrer dans la prestigieuse école. Le début d'un long apprentissage et d'une belle histoire...


En ce premier jour de l'année, pas encore totalement remis de la nuit, je cherchais une lecture pas trop complexe, un peu rafraichissante. Pour être franc, j'ai longtemps hésité à prendre le dernier tome de Mamette. J'ai finalement succombé à mon enthousiasme, pour commencer l'année sur l'un des titres les plus plébiscités du moment, dans la course pour les Fauves d'Angoulême, et surtout déjà auréolé de deux prix majeurs cette année (j'y reviendrais).

Une bande dessinée sur la danse ? Franchement, ça me tentait pas plus que ça (mais bon j'avais quand même fini par être conquis par la belle interprétation de Natalie Portman dans Black Swan).
Une bande dessinée de Bastien Vivès ? Mouais, j'en ai jamais lues de lui (Le goût du chlore, Pour l'Empire...) mais son trait ne m'attire pas vraiment.
Mais bon, Grand Prix de la Critique ACBD 2012 quand même (délivré le 6 décembre 2011), succédant à Asterios Polyp et à d'autres œuvres majeures du 9ème Art. Prix des libraires 2011 aussi, ce n'est pas rien ! Si tout ce beau monde a trouvé l'album excellent, il doit vraiment l'être.
Je me suis donc prêté au jeu... et je ne suis pas déçu !

On pourrait parler de minimalisme quand on regarde le dessin de Bastien Vivès. Pourtant, c'est loin d'être le cas ici. Un peu comme le ferait Kiriko Nananan dans ses mangas, Bastien Vivès parvient en quelques traits, avec des touches de noir, de blanc et de gris, à rendre un visage expressif, à dépeindre une émotion, à donner un peu de poésie à un pas de danse. Pourtant, j'ai encore du mal à comprendre comment un jeune homme comme lui (27 ans) parvient à capter avec autant de raffinement l'expression de cette discipline complexe et élitiste. La marque d'un talent indéniable, et pourtant, j'avais franchement un mauvais a priori (sic !). Je sais reconnaître mes erreurs, je pense quand même que l'auteur à franchi un cap ici. Je ne saurais vraiment l'expliquer : peut-être est-ce justement cette absence de couleur qui m'a conquis ici.

Mais pour en faire la BD de l'année, il lui fallait puiser d'autres ingrédients ailleurs, et notamment dans la narration. Là encore, comment ne pas être attentif au destin de cette fille qui, par le biais de ses rencontres et de ses échecs, va sans cesse rebondir jusqu'à trouver sa voie bien à elle.
C'est une histoire attendrissante que celle qui défile sous nos yeux. Polina, d'une petite fille débutante, devient finalement adulte, guidée tout au long de son ascension artistique par les enseignements de son maître. S'il n'est plus présent physiquement, il l'accompagne toujours intellectuellement, l'aidant sans cesse à s'affirmer en tant que danseuse, à s'émanciper.

« Plus de légèreté, ça doit paraître facile.
C'est important que ça " paraisse ".
Les gens ne doivent rien voir d'autre que l'émotion que vous devez faire passer. Retenez bien ça, Polina.
Si vous ne leur montrez pas la grâce et la légèreté, ils ne verront que l'effort et la difficulté. »


Le professeur Bojinski, vous l'aurez compris, tient une place énorme dans le récit. Son allure sévère et ses paroles dures envers ses élèves masque en fait tout les espoirs qu'il place en ses meilleurs éléments. Un personnage pas facile à cerner mais qui a finalement un bon fond. Polina l'aura compris.

Polina n'est pas seulement un album sur la danse. C'est aussi une réflexion sur l'enseignement, une belle parabole sur les sentiments qui se développent entre un maître et son élève, sur l'émancipation.
Un album que j'ai apprécié, savouré même. Mais...
Mais y'avait aussi Habibi dans les finalistes du Prix de la critique ACBD...

Chronique du 07/04/2012

J'imagine que je ne vous apprendrai rien en vous disant que je n'aime pas le travail de Bastien Vivès. Je le trouve fade, sans saveur, trop contemplatif pour pouvoir créer un dialogue avec le lecteur. Bref, il n'y avait a priori aucune raison pour que Polina fasse exception : je n'aimerais forcément pas. Du coup je n'avais pas du tout envie de le lire, et je ne me voyais pas l'ouvrir avant de me retrouver clouée au lit pour plusieurs mois, à court de lecture. Ce n'était certes pas faute d'en avoir eu des échos positifs, mais je ne pouvais pas me détacher de l'image que m'avaient laissé mes lectures précédentes.

Et puis un jour, faisant le tour des BD qu'il me restait à lire au boulot (je rappelle que je travaille en médiathèque), j'ai pris Polina sous le coude, et je m'en suis allée dans l'idée qu'il ne fallait pas mourir bête.
Dès les premières pages j'ai été subjuguée. On ressent la danse dans les traits pleins de grâce de Vivès. Son dessin épuré reflète à la fois la rigidité de la discipline qui règne dans ce monde impitoyable, et prend à la fois toute la place de l'image, comme la danse prend toute la place dans la tête de Polina.
Non que cette BD soit moins contemplative que les autres, mais l'univers et le scénario se prête à ces vides, cette économie de texte et de trait.
Avant, ça m'aurait fait mal de l'admettre, mais maintenant j'ai envie de le crier sur les toits : j'ai aimé une BD de Vivès. Pire : je l'ai A-DO-REE !

A tous ceux qui, comme moi, n'osent pas l'ouvrir à cause de leurs a priori : jetez-vous dessus, vous vous régalerez !!!

Et puis j'en rajoute une couche après avoir jeté un œil à la vidéo qui aurait inspiré l'auteur. La Polina Oulinov de Vivès incarne à merveille la véritable Polina Semionova !

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2011
- Prix de la critique ACBD 2012


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Année d'édition
2011

Porcelaine Benjamin Read (s), Chris Wildgoose (d), André May (c), Alexa Rosa (c) DELCOURT

Tome 1 : " Gamine "

Chronique du 29/11/14

Devant le portail d'un manoir qu'on dit habité par un sorcier se regroupe une dizaine de crève-la-faim. Leur meneuse, qui se fait appeler Belle, dicte aux pauvres orphelins la marche à suivre : la gamine devra grimper par-dessus le mur d'enceinte et aller voler de l'argenterie à l'intérieur.

« Maintenant tu entres, ou je t'éventre et je te vends au marché aux cadavres... J'aurai à manger dans les deux cas. Qu'est-ce que ce sera ?
_ J'y vais.
 »

Dehors les ruelles sont noires et les nuits froides. Le couvre-feu tombé c'est la maréchaussée qui veille et sévit face à la maraude...
Dedans, l'épais manteau de neige n'est pas assez dense pour masquer l'intrusion de la fillette. Deux colosses de porcelaine montent la garde et il s'en faut de peu pour que la petite ne se fasse déchiqueter : le sorcier ventripotent n'est pas bien loin et calme d'ardeur de ses fauves. Rapidement pris d'affection pour cette gosse des rues affamée et à la répartie désarçonnante, il l'invite à entrer dans sa demeure aux secrets.


Quant l'appétit va tout va !

Avec sa couverture au style Art déco prononcé (les illustrations de débuts de chapitres, sublimes et épurées, le sont encore plus) et son synopsis ma foi fort alléchant (une sombre histoire d'automates et d'un porcelainier misanthrope), Porcelaine attisait ma curiosité.

L'histoire a ce petit quelque chose qui séduit par l'entremêlement des genres. Le gang de pickpockets place d'emblée le récit dans l'évocation de l'univers d'Oliver Twist. On entre bien vite dans une autre thématique, celle des automates : un mélange de mécanique et de fantastique.

« Vous savez, vous ne semblez pas trop méchant pour un sorcier maléfique.
_ C'est ainsi qu'on m'appelle ? Ha ! Magnifique ! Oh, mon enfant, tu as fait sourire un vieil homme aujourd'hui.
_ Eh bien, ce n'est pas le cas ?
_ Je suis un artificier, et un alchimiste occasionnel, mais je ne suis certainement pas un sorcier.
 »

On apprécie vite, dès son apparition, une certaine bonhomie à l'énigmatique porcelainier reclus dans sa misanthropie. Il fait le pont entre les époques et les genres, il appartient à la fois au passé (le monde extérieur, dans lequel il évolue) et au futur (symbolisé par l'Art déco qui caractérise sa demeure et par les automates qui l'entourent).

« Quand l'appétit va tout va » dit un adage gaulois. Pourtant, passée cette attrayante mise en bouche, la sensation est plus mitigée une fois le livre refermé : intéressant et plaisant certes... mais malheureusement peu surprenant.

On fait souvent au premier tome d'une série le reproche qu'il met en place la suite sans pour autant susciter l'enthousiasme d'une histoire complète. Mais ce n'est pas vraiment le défaut de Porcelaine, qui s'attarde quasi-exclusivement sur deux personnages et qui développe une intrigue complète (sur 80 pages tout de même).
Le grief que je lui porte réside dans sa trop grande rigidité scénaristique : le résumé de l'ouvrage laissait présager un scénario plus exigeant et surtout moins conventionnel. Je regrette surtout l'absence de surprise dans ma lecture (essayez d'interdire un lieu secret à un enfant curieux). Tout est très linéaire... et un peu surfait aussi !


Défauts de langage

Benjamin Read prend bien le temps de tisser une relation « père / fille » entre les deux protagonistes clefs. On comprend la nécessité de créer cette complicité mais le lien est lent à se mettre en place. Les échanges sont ambigus, un jeu de dupes s'installe, les dialogues paraissent un peu superficiels.

Les dialogues, justement, me gênent énormément. Notamment au niveau du lettrage qui codifie la lecture.
L'auteur a souhaité mettre en évidence certains mots (environ un par bulle) qui apparaissent en gras. Cette manie d'accentuer un mot dans chaque phrase dirige notre intonation. Cela pourrait avoir un sens si l'effet de style était appliqué à un seul personnage mais il n'en est rien : tout le monde s'exprime de la même façon, les langages sont de fait lissés et les personnages perdent en caractère... dommage.
Un autre effet de style, moins handicapant cette fois, est utilisé pour marquer le ton qui monte : les bulles sont cerclées d'un épais trait rouge.


Sous le masque de la couleur

La conclusion de l'ouvrage se fait par un cahier de recherches graphiques de quelques pages, dans lequel on apprend entre autre que l'apparence de « l'oncle » est inspirée par le grand Orson Welles.
Le dessin très propre de Chris Wildgoose m'a plu dans l'ensemble, ses traits fins et ses décors qu'on devine ciselés avec méticulosité. Une impression de vide se ressent pourtant dans les grands aplats de couleurs (André May est à la couleur mais c'est Alexa Rosa qui l'a épaulé pour les aplats), peut-être pas suffisamment nuancés et peu aidés par la froideur informatique.
Je me demande ce que les planches non colorisées pourraient donner.


Magnum opus ?

D'une manière générale, j'ai du mal à croire que les auteurs n'aient pas gardé un peu de matière sous le coude. On ne prévoit pas un triptyque si on a rien à développer sur la longueur et leur projet me paraît plus mature que ne le laisse entrevoir ce premier tome.
Après l'opus introductif « Gamine », le second volet s'intitulera « Femme », inscrivant cette trilogie à venir dans une évolution d'âge. Le thème est propice – cette aventure l'illustre bien – à une réflexion sur le cycle de la vie à travers le spectre de la mort. Le Grand-Œuvre de l'Alchimie n'est pas très loin !
À suivre...



Un autre avis : Zaelle

Le blog de Chris Wildgoose.
La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 1 : " Gamine "

Année d'édition
2014

Portugal Cyril Pedrosa (s)(d)(c), Ruby (c) DUPUIS

Chronique du 18/01/12

Simon Muchat est auteur de bandes dessinées. En cruel manque d'inspiration, il est en proie à une mauvaise passe et considère ses précédents albums comme mauvais. Pour gagner sa vie, il se contente alors de cours de dessin à l'école.
À la maison, sa compagne voudrait qu'ils achètent pour avoir quelque chose à eux. Mais sa vie actuelle ne lui plaît pas. Il n'est pas sûr de vouloir s'implanter ici, dans cette ville... Il se cherche.


J'ai toujours considéré Cyril Pedrosa comme un auteur talentueux. À vrai dire, je connais peu ses œuvre à part l'excellentissime Trois Ombres, conte onirique sur la mort amplement salué par la critique (et auréolé du Prix Nouvelle République au festival BD Boom 2007). Portugal est un album à fort caractère intimiste... je ne sais pas si l'auteur considère vraiment ses précédentes parutions comme mauvaises, je suis pour ma part formel : Trois Ombres est merveilleux ! Portugal s'inscrit dans la même veine, même si le récit est fondamentalement différent.

Différent pourquoi ?
Tout d'abord dans sa teneur, puisqu'il n'est pas ici question de la mort, ni d'un récit narré sous la forme d'un conte. Portugal est un album empreint de poésie qui évoque en premier lieu l'introspection et la recherche de ses racines. L'histoire, racontée avec une grande simplicité, fait état de choses de la vie difficiles à cerner, à exprimer. Elle évoque des choses que l'on ne voit pas : les sentiments.
Une différence qui s'inscrit aussi dans son approche graphique : là où Trois ombres optait pour des traits virevoltant et déformés en parfaite équation avec la forme onirique du récit, Portugal adopte un dessin plus réaliste, expressif et contemplatif. Une force d'écriture renforcée par une colorisation chaude qui nous transporte au gré des voyages de Simon.


« Olà !! Ça va mon cousin ??
_ Euh... Salut Alessandro !
_ Peut-être je te réveille ? Je suis désolé, Simon...
_ C'est pas grave... Quelle heure il est ?
_ Sept heures et demie... Ça va ? Tout se passe bien ? Le travail ?
_ Oui... Le travail ça va... À peu près... Sept heures et demie ?? Putain, c'est super tôt...
_ J'avais un rendez-vous ce matin, à 6 heures, pour une Benzedura contre les douleurs de la tête...
_ Une "Benzedura" ?? Ah oui... Le truc des prières... Euh... Tu veux un café ?
_ Não, je fais juste passer... Pour le rendez-vous, j'étais pas loin, 20 kilomètres... Alors je viens ici juste prendre des patates et embrasser mon cousin...
_ Tu as fait 20 kilomètres pour prendre deux kilos de patates ?? »



Simon Muchat se considère comme sans attache. Depuis qu'il est adulte il ne cesse de vagabonder, sans vraiment trouver ce qui cloche chez lui. Au fur et à mesure du récit, qu'il va chercher à se replonger dans ses racines, on va le sentir revivre. Son séjour au Portugal n'est pas étranger à ce renouveau. Si c'est un passage important pour lui, pour construire son identité, c'est pour nous l'occasion de découvrir un pays accueillant au possible.
J'ai eu des amis portugais, et j'ai toujours entendu parler de ce pays comme un lieu où il fait bon vivre, où les gens sont simples et chaleureux. C'est exactement la vision que nous procure cet album. Un sentiment de bien-être au milieu de personnes serviables et honnêtes, travailleuses et heureuses.
On a bien conscience, lorsque Simon franchit la frontière, des différences qui séparent les français des portugais. Ces derniers sont dépeints comme des gens simples qui ne se plaignent jamais (alors que nous sommes bien connus pour nous plaindre à la moindre occasion). On se rend aussi compte du niveau de vie plus faible. Les portugais sont parfois obligés de cumuler deux boulots pour vivre, ils le font sans broncher. Il se satisfont de peu, profitant à chaque instant des petits plaisirs de la vie.


« _ Je me demandais si vous étiez de la famille du peintre... ?
_ Malheureusement non. Moi c'est "Muchat" avec un t. »


« J'ai écrit à Alessandro, le fils de Teresa... pour qu'il fasse les démarches pour moi auprès de la mairie de Marinha da Costa...
_ C'est qui, "Teresa" ?
_ La nièce de Pépé...
_ Il m'a répondu en m'envoyant des vieilles photos de famille... Je vous les montrerai demain... Mais surtout... il m'a fait une copie du livret de famille des parents de Pépé... Eh bien là-dessus, mes enfants... le nom du père de Pépé est écrit "Mucha", mais sans le "t" à la fin !
_ Ah bon ?? Fais voir ! Ah ouais... Putain, c'est dingue...
_ Visiblement, c'est en arrivant en France qu'un "t" a été ajouté à notre nom. J'imagine que c'est un employé de mairie qui s'est trompé en recopiant le nom de Pépé...
_ Oui, c'est sûrement aussi con que ça... En même temps, ça change pas grand chose...
_ Ben... Je sais pas... Moi, ça m'a toujours fait bizarre d'avoir des parents portugais qui s'appellent "Abel et Maria Muchat"... Là, sans le "t", je sais pas... C'est pas pareil...
_ Moui... Si tu veux... »



Ce qui va pousser Simon à découvrir le Portugal, c'est ce besoin au fond de lui de renouer avec ses origines. Pour lui qui est né en France, sa famille se résume à son père et ses oncle et tante vivant en France eux aussi. Depuis que son grand père est arrivé dans le pays pour s'y installer, le sujet de la famille est presque devenu tabou. Pas de réunions, peu de commentaires... on ne communique pas vraiment chez eux, les conversations sont courtes et pleines de non-dits... Lui-même reproduit le schéma familial, prenant exemple malgré lui sur son père.
Pourtant, Simon va de plus en plus s'intéresser à sa patrie d'origine, à ses cousins. Et il se rend vite compte qu'ils ont une mémoire de la famille impressionnante, qu'ils ne l'ont pas oublié et même mieux, qu'ils le considèrent toujours comme le cousin Simon qu'ils sont très heureux d'accueillir, ne lui en voulant pas le moins du monde de n'avoir jamais donné de nouvelles.
Le jour et la nuit entre sa famille directe, qui a franchi la frontière, et celle plus éloignée qui est restée au Portugal. Quand la première s'est renfermée sur elle-même sur deux générations, la seconde perpétue les traditions familiales et garde toujours les bras grands ouverts.


« _ Tu penses à quoi, là, maintenant ?
_ Ben... À Fort Alamo.
_ Ahahah ! Tu es encore plus saoul que moi.
_ C'est possible...
_ Sérieux... À quoi tu pensais ?
_ Ben... À ça. Enfin, à nous... À notre famille, au milieu des 125 Bourguignons. Et après, ça m'a fait penser à Fort Alamo. Seulement... Dans Fort Alamo... on est menacé de l'extérieur ! Tu comprends ?
_ Pas du tout.
_ Laisse tomber. »



Portugal est un livre haut en couleurs. Une belle histoire pour qui sait en saisir la portée, une belle réflexion sur la famille et les origines. C'est un livre qui me touche aussi, non pas à cause du voyage au Portugal mais plutôt par l'écho qu'il fait à ma propre éducation, à ma vision de la famille que je trouve finalement assez proche de celle du Simon du début : on ne cause pas vraiment non plus chez nous, j'ai une connaissance déplorable de ma famille (et je ne mets probablement pas une très bonne volonté à remédier à la situation) et il est vrai que les réunions familiales sont presque pour moi un calvaire rien que de les évoquer.
Si je m'y rends parfois à reculons, j'éprouve aussi, tout comme Simon, ce besoin d'en savoir plus sur ma famille, sur les ancêtres... J'aimerais parfois remonter le temps, aller à la rencontre de tous ceux que je n'ai pas pris le temps de connaître... et même maintenant, dialoguer avec des personnes qui me sont chères et avec qui je devrais passer plus de temps.

Déjà finaliste du grand prix de la critique, l'album est en lice pour les fauves d'Angoulême de cette édition 2012. J'espère sincèrement qu'il reviendra avec un prix, ce qui serait tout à fait justifié, même si je n'en fais pas mon favori pour le Fauve d'or.

Chronique du 26/08/12

Décidément, Pedrosa a le don de faire vibrer les âmes. Après son magnifique Trois ombres, Portugal est le deuxième de ses ouvrages à prendre place dans notre bédéthèque, une place qu'il mérite amplement !
Très différent toutefois du précédent, Portugal est une ode au passé et à nos racines à tous. L'histoire de Simon Muchat, garçon paumé, qui retrouve goût à la vie grâce à la famille et à la poursuite de ses origines, a des accents de vécu. Dès les premières pages, on peine à dissocier Simon Muchat de Cyril Pedrosa. Finalement persuadé qu'ils se confondent, on déguste cette lecture du début à la fin. Et pourtant, il est gros ce bouquin ! Mais il faut se faire une raison, le millésime 2011 est épais et excellent (mais pour reprendre le débat qui régnait au sein de l'équipe K.BD à la veille de l'attribution des prix du festival d'Angoulême, c'est Habibi qui aurait dû avoir le Fauve d'Or*).

La couverture brille déjà de mille feux, reprenant à coups d'aquarelles la chaleur humaine et Celsius de ce pays. On voudrait déjà y être, et pourtant elle est trompeuse. Ce n'est pas le paysage qui est révélateur du contenu de la BD, mais plutôt le personnage accoudé et rêveur.
Car si vous espérez trouver là un guide du Portugal, passez votre chemin. Seule la troisième partie s'y déroule effectivement (ainsi qu'un bref passage à Lisbonne en première partie). Tout le reste est une quête de l'identité familiale, où Simon, observateur, s'aperçoit peu à peu qu'elle est une réponse à ses problèmes.

L'ensemble prend place dans un dessin aux accents parfois fantomatiques où les esprits du passé viennent frapper les quêtes du présent.
Bon, bref, un ouvrage de toute beauté, qui parle aux sens avant même d'atteindre le cerveau.


* Note de rappel : Le Fauve d'Or a finalement été décerné aux Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle. Cyril Pedrosa a très justement reçu le prix FNAC, mais Craig Thompson est reparti les mains vides, un scandale ! Et trois excellents pavés donc.

Roaarrr Challenge
- Prix de la BD FNAC - Angoulême 2012
- Prix des libraires 2012


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Année d'édition
2011

Position du tireur couché (La) Jacques Tardi (s)(d) FUTUROPOLIS

La position du tireur couché

Chronique du 21/11/10

D'après le roman de Jean-Patrick Manchette.

Worcester, Angleterre.
Le froid est mordant, le vent glacial. Il fait nuit.
Un type attend pourtant dans une camionnette, la vitre grande ouverte.
Lorsqu'un couple passe tout près, c'est le déclic. Le passage à l'acte, méthodique.
D'abord l'homme, d'une balle en pleine tête. Puis la femme, d'un geste parfaitement maîtrisé, le canon engoncé contre le cœur pour atténuer le bruit de son silencieux plus encore.
Deux personnes abattues froidement, et laissées à même le sol... Martin Terrier, car c'est là son nom, remonte dans le fourgon et s'en va. Bientôt, il sera revenu en France, et annoncera à son employeur qu'il se retire.

Jean-Patrick Manchette écrivait des romans policiers noirs. Et celui-ci n'échappait pas à la règle, réputé pour être expéditif. Il fallait de l'action, que le lecteur ne s'ennuie pas, mais qu'il ait quand même suffisamment de fond pour qu'il permette de se poser des questions.
Tardi avait déjà travaillé avec Manchette, sur Griffu en 1978.
Puis il a ensuite adapté ses romans après sa disparition en 1995. Le petit bleu de la côte ouest en 2005, et maintenant La position du tireur couché. Il y en aura d'ailleurs d'autres.

Les années 1970 se prêtent bien aux traits noirs de Tardi. Je ne suis pas un fervent amateur du style graphique, mais je ne peux que saluer le rendu : propre, lisible, et empli de détails. On va droit au but, sans fioritures, tout comme le héros malgré lui de cette histoire, qui ne taille jamais dans la dentelle. Nul besoin de surcharger le dessin de couleur, qui auraient dénaturé ce climat, toujours froid, du récit.

Le récit, complet et volubile, est en parfaite opposition avec le laconisme des dialogues. D'ailleurs, Martin Terrier, déjà peu causant, finit par ne plus parler du tout dans les dernières pages de l'album : extinction de voix qui l'oblige à s'exprimer par langage écrit et qui apporte un certain comique à une situation pas du tout drôle.

C'est qu'il s'en passe des choses. Près de 100 pages de lecture mais tout défile à une vitesse folle. À commencer par les victimes, dont la liste est très longue. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec Léon, ce tueur incarné par Jean Réno et qui emporte avec lui tellement de monde dans l'autre monde.
Mais loin de moi l'idée de trop vous dévoiler de l'histoire, sachez juste qu'il est question de liberté, et qu'elle a un prix, comme toujours.

Je dois bien l'avouer, je ne suis pas un amateur de polars. Et je n'aime pas trop non plus le dessin noir et blanc.
Sur le premier point, j'ai été tout de même envoûté par la froideur du personnage, son côté maniaque, un peu idiot parfois, mais tellement méthodique. Et un autre type de dessin aurait été inapproprié à un tel récit, vraiment : Tardi est parfaitement dans le ton.
Au final, j'ai plutôt trouvé l'album bien, malgré mes réticences. Comme quoi.

Chronique du 22/11/10

Je le sais : je n'aime pas les romans noirs. Ce n'est pas compliqué, les romans policiers, à la bibliothèque, je n'y touche pas. J'ai une collègue qui est à fond dans ce domaine, il n'y a pas besoin que j'y amène mes gros sabots alors que je n'y suis pas à mon aise. En bande dessinée, j'avoue tenter l'effort plus facilement. Je veux dire des BD noires. Quand je le fais, je suis généralement confrontée à ses sentiments très paradoxaux : je déteste l'ambiance mais j'adore la maîtrise du récit, du trait, tout ça...

Autant le dire tout de suite, La position du tireur couché ne fait pas exception. L'ambiance est glauque, poisseuse, dégoulinante de malaise. Pas autant que d'autres certes, mais déjà trop pour moi. Elle l'est d'autant plus que la BD est longue : une centaine de pages. J'ai posé le livre plusieurs fois. J'avoue que la scène du gars qui se fait démettre le petit doigt a manqué d'être la goutte de trop : j'ai failli poser le bouquin de façon définitive (ne vous moquez pas, j'ai une véritable phobie de la douleur). Mais c'est plus fort que moi : une douche et on remet ça. Bref, c'est un exploit : je l'ai lue jusqu'au bout.

Je serais bien incapable d'émettre un avis strictement favorable en ce qui la concerne pour toutes ces raisons.
Je serais tout aussi incapable de la démonter : le dessin sombre de Tardi, très « vieille école » nourrit encore davantage l'ambiance d'une histoire qui n'est pas si sinistre que ça : un type qui tente de fuir le milieu du crime qui l'a nourrit pendant tant d'années mais qui se fait manipuler comme un véritable pantin.
Je serais bien incapable d'émettre un avis constructif : cette BD m'a trop dérangée. J'avoue simplement avoir été marquée par l'emprise du roman : les phylactères sont omniprésents au point que leur absence manque. On sent la présence du narrateur derrière soi. Il décrit les actions de Terrier comme un reportage télévisé. Ce qui lui permet une pirouette scénaristique : les actions ne trainent pas en longueur. Comme dit Jérôme : tout défile très vite. En quelques cases, l'action est cernée et on est passé à autre chose (heureusement : je n'aurais pas supporté 3 pages de petit doigt retourné ^^).


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La position du tireur couché

Année d'édition
2010

Poulet aux prunes Marjane Satrapi (s)(d) L'Association

Chronique du 20/10/11

Nasser Ali Khan est un artiste très réputé en Iran, adulé par la plupart des mélomanes. Il pratique le târ, un instrument à cordes proche du luth, qu'il manie à la perfection. Il faut dire que c'est son bien le plus précieux, auquel il tient comme à la prunelle de ses yeux.
Seulement voilà, sa femme, qu'il n'aime pas plus que ça, a osé le lui casser en deux durant l'une de leurs nombreuses disputes conjugales. Un accident qui le brise lui bien plus profond encore.
Orphelin de sa passion, il part alors à la recherche d'un nouvel instrument. Il en essaie plusieurs, allant même jusqu'à acheter un târ Yahya, considéré comme l'équivalent d'un Stradivarius pour un violon.
Malgré cela, il ne parvient pas à retrouver la sonorité de son précédent târ.
Puisqu'il ne peut plus vivre de sa passion, il décide de se laisse mourir...

Marjane Satrapi est une auteure d'origine iranienne. Elle s'illustre en France dès son premier album de bande dessinée avec Persepolis. Une œuvre très complète qui relate en quatre tomes son vécu avec une touche d'humour et beaucoup d'ironie. Et il en faut de l'ironie pour décrire tous les maux de son pays sans tomber dans le pathétique ou le larmoyant.
Poursuivant son apprentissage auprès de grands noms du 9ème art tels que Christophe Blain, Émile Bravo, Lewis Trondheim, David B., Joann Sfar ou Frédéric Boilet dans le cadre de l'Atelier des Vosges, elle participe à l'émancipation de cette forme qu'on appelle depuis de nombreuses années "la nouvelle bande dessinée".
Persepolis (2000 à 2003) est un franc succès, recevant à la fois l'Alph-Art Coup de Cœur (aujourd'hui Prix Révélation) lors du festival d'Angoulême 2001 pour son tome 1, et le Prix du Jury du Festival de Canne pour son adaptation cinématographique (dont rappelons-le, Marjane Satrapi est co-réalisatrice avec Winshluss).
Après Broderie (2003), un album humoristique, l'auteure revient sur le devant de la scène avec Poulet aux Prunes pour une nouvelle consécration à Angoulême, cette fois pour le Prix du meilleur album, en 2005... un chemin qui n'est pas sans rappeler celui de Persepolis, car l'album sortira d'ici quelques jours, le 26 octobre, au cinéma : mêmes réalisateurs, mais cette fois-ci il s'agira d'un film avec de vrais acteurs (dont Mathieu Amalric, Édouard Baer, Chiara Mastroianni ou encore Jamel Debbouze) et non un film d'animation.

« Pour le commun des mortels, être musicien ou être clown, c'est du pareil au même.
Ne t'en fais pas mon petit. Dis-toi que tu vis une véritable histoire d'amour.
Mais bien sûr. As-tu déjà vu quelqu'un écrire un poème sur la femme qu'il a épousée et qui l'engueule quatre fois par jour ?
Crois-tu que si Roméo et Juliette avaient fait six gosses ensemble, on aurait écrit un livre sur eux ?
Tu souffres ! C'est pour ça que tu joues si bien maintenant ! »


Poulet aux prunes raconte une véritable tragédie, celle d'un homme qui a raté sa vie et qui se raccrochait jusque là a sa seule passion : la musique. Alors qu'on lui retire cette dernière, il a l'impression que tout s'écroule autour de lui et qu'il ne lui reste donc plus qu'à mourir.
Le récit nous plonge, par le biais de rencontres (son frère, sa femme, ses enfants...) et de ses souvenirs (mais aussi de ce qu'il ne verra pas : l'avenir de sa progéniture), dans les derniers jours de ce musicien hors normes.
L'issue fatale, nous en prenons connaissance très vite à la lecture de l'album. Pourtant, ce n'est pas de la tristesse que l'album véhicule. Non, parce que l'auteure sait raconter une histoire et y mettre cette touche d'humour, d'ironie et de dérision, qui nous transporte au gré des anecdotes qui accompagnent les derniers pas de Nasser Ali Khan.
Cet homme au caractère bien particulier n'est sûrement pas des plus facile à vivre. Il sait ce qu'il veut, ce qu'il fait. Amer et rancunier, on a l'impression qu'il a réponse à tout, qu'il sait parfaitement peser chaque chose en toute circonstance. Pourtant, nous pauvres lecteurs, nous nous attachons au personnage dont on connait pourtant l'inéluctable fin... même si nous savons aussi qu'il se trompe, parfois, comme lorsqu'il juge ses enfants et en particulier son fils Mozaffar.

Poulet aux prunes est un très bel album, qui commence là où la musique du târ s'éteint, au crépuscule de la vie de Nasser Ali Khan. La dernière note, la plus cruelle, revient à Azraël.

« _ Il est un peu tard pour moi pour faire marche arrière ?
_ Il n'est pas "un peu tard" mon cher ami, il est "trop tard" ! Ne vous inquiétez pas. Ce ne sera pas long. »

Chronique du 26/11/11

Digne successeur de Persepolis, Poulet aux prunes nous replonge dans cette ambiance toute satrapienne, puisque l'auteur reprend les mêmes ingrédients : narration en voix OFF, avec un ton très sobre, une histoire de famille qui la touche de près, un certain humour cynique et subtil, ce dessin en noir et blanc qui lui est propre... Pourtant il y a mille et une façons d'accommoder une recette, et Marjane Satrapi nous en fait ici la démonstration.

Beaucoup moins politique que la tétralogie qui a fait la gloire de l'auteure, on s'éloigne du témoignage historique et sociétal pour découvrir la saveur d'une histoire plus familiale et marginale.

La construction du récit est remarquable, avec un dénouement révélé dès le départ. Ce qui nous intéresse ici n'est pas le résultat après cuisson mais bien les étapes de préparation du plat : comment ce bonhomme qui a décidé de mourir est-il parvenu à ses fins ? (non non, il n'y a là aucun spoil). Et Marjane Satrapi en distille les arômes petit à petit, déclinant chacune des dernières journées de vie de Nasser Ali. Rien d'extraordinaire me direz-vous, c'est une méthode fréquemment utilisée. Oui, mais là, c'est fait avec intelligence, et d'ailleurs, la fin reste pleine de surprises. Comme quoi, on peut goûter 100 fois une recette et lui découvrir au bout de la 101ème un nouveau fumet.

Les personnages de ce livre ne sont pas attachants, et ça ne manque pas. Chacun a un peu pourri quelque part. On n'est pas triste d'enterrer ce personnage, mais on regrette qu'il soit passé à côté de ce qu'il cherchait, qu'il ait raté sa cuisson.

Bon, ce livre ne parle ni de poulet, ni de prune, ni de cuisine, encore qu'il porte parfaitement son titre. Mais le truc formidable, c'est qu'on ne le comprend qu'à la fin.

Roaarrr Challenge
- Prix du meilleur album - Angoulême 2005


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Année d'édition
2004

Prince de l'orage (Le) Manuel Bichebois (s), Giulio Zeloni (d) Humanoïdes Associés

Tome 1 : " Le cœur de la tempête "

Chronique du 20/10/12

Sept ans ont passés. Pendant que le monde s'abandonne à la guerre sous l'égide du terrible Alghärd, la bande à Laïth s'est définitivement installée à Nâmo, cité portuaire aux allures orientales. Là, ils travaillent tous pour pécher ces pierres rouges aux pouvoirs mystérieux. Une paix de longue durée qui sera une nouvelle fois troublée par cet homme : Finrhas, bien décidé à retrouver son ancien laboratoire et à redonner vie à son fils...

La conclusion de la trilogie de L'enfant de l'orage nous avait laissé sur notre faim avec plein d'interrogations. Bien sûr, certaines questions avaient trouvé réponse dans le dernier opus, mais pas toutes.
La parution d'une suite était donc plutôt attendue, d'autant plus qu'elle était annoncée dès la fin du tome 3.

Manuel Bichebois est toujours au scénario. En revanche, son compère Didier Poli n'est plus là (on lui doit quand même la couverture, c'est déjà ça de pris)... et j'ai franchement hésité avant de me procurer l'album à cause de ça. D'un autre côté, il y avait ce désir d'en apprendre plus et Manuel Bichebois, s'il faisait une suite, avait sûrement tout un tas de choses en tête pour les exploiter.

C'est donc Giulio Zeloni qui joue le rôle du troisième homme. Malheureusement (pour lui et pour moi), je n'aime pas vraiment son dessin, trop stéréotypé, et encore moins sa mise en couleur photoshopée.
Il faut souligner que c'est son premier album et que ça n'aide pas. Reprendre la suite de quelqu'un n'est pas chose aisée, cela complique sa tâche.
On sent que les mouvements sont plus figés, les personnages manquent de dynamisme et d'expression, ils ont moins de force. Sentiment exacerbé par le fait que les enfants sont devenus adolescents (voire jeunes parents), et qu'il en est donc terminé de leur bonne bouille d'antan.
Pour faire un parallèle avec le cinéma, c'est un peu comme dans Star Wars, il y a l'épisode I avec le petit Anakin qu'on prendrait volontiers dans ses bras, et les épisodes II et III avec sa tête d'adolescent que t'as juste envie de baffer... Remarquez, j'ai peut-être juste un problème avec les adolescents ? Mais revenons à nos moutons...

Pour finir, avouons-le franchement, le scénario non plus ne tient pas toutes ses promesses. Pas de réponses apportées (pas de nouvelles questions ceci dit, et c'est peut-être ça qui nous manque ?), des rebondissements sans surprise (Ah ça alors, le mendiant, c'est Tuhitep !!!), et un pouvoir de Laïth élevé au rang de la colère sans aucun discernement (pas un défaut mais juste une constatation). Bref, tout ça n'est pas très engageant...

La série semble prendre un virage, espérons qu'elle ne se perde pas en chemin.




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Tome 1 : " Le cÅur de la tempête "

Année d'édition
2012

Princesse Bari Gyu (s)(d)(c), Wang Peng (c), Studio 9 (c) DELCOURT

Princesse Bari

Chronique du 04/10/11

Le lointain royaume de Boulla est dominé par le roi Ogou. Alors au sommet de sa gloire, il fait appel à un devin afin de savoir quand cesserait la guerre qui sévit dans le nord-ouest.
Contre toute attente, le devin fait la prédiction suivante :
La guerre ne cessera qu'à la mort du roi et cette funeste prophétie n'aura lieu que bien plus tard, lorsque Ogou sera père de sept filles. La septième causera alors sa perte et mettra fin au conflit.
La prédiction du devin s'accomplit, Ogou a sept filles et aucun héritier. Il fait disparaître la dernière à sa naissance et croit ne jamais la revoir.
Alors qu'il est souffrant et proche de la mort, celle-ci fait irruption au palais et décide d'aller quérir le remède qui guérira sa maladie, allant à l'encontre de la prophétie.

Si vous avez raté la sortie de cet album avant l'été, rassurez-vous : vous n'avez rien loupé !
Pourtant, son alléchante couverture et des dessins aux couleurs magnifiques auraient de quoi ravir les plus septiques et attirer l'œil du lecteur.
En effet, Gyu impose sa patte d'un trait léger et détaillé très proche du manga. Il se fait aider à la couleur par Wang Peng (Au bord de l'eau), ce qui donne un rendu qui, bien qu'informatisé, reste vraiment très chatoyant et nous ramène un peu plus près du folklore Chinois. Une vraie réussite !

Du coup, contrebalançant ce beau voyage artistique, il aura fallu un scénario désastreux pour ruiner la lecture.
Alors que la prophétie s'annonce terrible et que le roi persécute son peuple sous la tyrannie, voilà que la fille qui doit lui donner la mort se convertit en sauveuse. Au début, on croit au gag scénique, on pense évidemment à un leurre. Mais non, le récit est d'une telle naïveté (c'est beau, mais c'est trop) que ça en devient rageant.

Avec une telle mise en image, on s'attendait à ce que le scénario tienne au moins un tant soit peu la route...
A priori il s'agit d'une adaptation d'un conte chinois. Mais il n'a aucune force, aucune profondeur, et sa fin est bâclée. Peut-être le rythme est-il trop rapide pour qu'on ne s'immerge dans l'univers de cette princesse ? Peut-être manque-t-elle cruellement de charisme. Il n'en reste pas moins qu'on est déçus lorsqu'on arrive à la fin de l'album... Dommage !




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Princesse Bari

Année d'édition
2011

Printemps à Tchernobyl (Un) Emmanuel Lepage (s)(d) FUTUROPOLIS

Chronique du 25/01/13

Un printemps à Tchernobyl est un livre qui a fait beaucoup de tapage dès sa sortie. Et pour cause, il s'agit d'une bande dessinée qui fait pas mal cogiter et qui traite d'un sujet détonnant : la catastrophe de Tchernobyl de 1986.
On a tous entendu parler de cet événement. Beaucoup l'ont même vécu (j'étais encore un peu jeune pour ma part). L'explosion du réacteur, le cheminement de ce nuage qui, comme par hasard, a gentiment évité la France. Les médias de l'époque se sont permis de manipuler l'information mais aujourd'hui personne n'est dupe, et quand bien même une nouvelle catastrophe se produirait, avec la révolution internet, il serait impossible de traiter l'information de la même façon (il était d'ailleurs possible de suivre le nuage radioactif de Fukushima en détail et en direct en 2011).

Le nucléaire, en tant que Français, est un sujet qui me touche particulièrement. Nous connaissons notre important parc de centrales, le plus fourni au monde derrière les États-Unis et le premier en considérant la densité du pays. On nous assure que la sécurité est exemplaire mais le danger est là, latent. Il y a de temps à autre des alertes... qui pourrait prétendre aujourd'hui que le risque 0 existe vraiment ?
Le livre de Philippe Squarzoni, Saison Brune, nous dresse un bilan alarmant de l'évolution climatique... que deviendrait le parc nucléaire mondial avec une montée des eaux de 2 mètres ?
Le risque 0 n'existe pas !


« Ce n'est plus votre mari qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif... »

L'entame du bouquin m'a littéralement scotché, avec ces témoignages des survivants qui s'enchaînent. Il y en a quelques pages comme ça, qui nous prennent vraiment aux tripes, des extraits du livre La supplication de Svetlana Alexievitch.
Ces citations, c'est du concret pour moi. Elles représentent le danger.
Le reste de l'album est beau (tant graphiquement qu'humainement) mais ne m'a pas laissé ce même effet coup de poing.


« ... Mais regarde Gildas ! On nous envoie ici pour représenter le désastre et on va revenir avec des dessins de paysages, d'animaux, d'enfants ! Ce n'est pas ce qu'on attend d'un livre qui sera diffusé par des gens qui se battent contre le nucléaire !
_ Et l'honnêteté alors ? C'est quand même de dessiner ce que nous voyons, pas ce qu'on n'attend de nous !
»

Le contraste entre notre vision de Tchernobyl et la réalité sur place est tout bonnement surprenant. Cet album d'Emmanuel Lepage (Muchacho, Voyage aux îles de la Désolation...) est un révélateur de la situation sur place, 22 ans après le cataclysme.
C'est en 2008 qu'il se rend sur les lieux dans le cadre d'une résidence d'auteurs, aux côtés d'autres personnes qui, comme lui, sont là pour apporter un témoignage de ce qu'ils voient. Parmi eux se trouve le photographe et poète Pascal Rueff, la musicienne Morgan Touzé et l'illustrateur Gildas Chassebœuf avec qui il sympathise. En plus d'Un printemps à Tchernobyl, Emmanuel Lepage va d'ailleurs sortir avec lui un autre album, carnet de leur voyage intitulé Les fleurs de Tchernobyl.
D'autres personnes viendront se greffer pour quelques temps à la résidence.

Emmanuel Lepage se questionne en permanence sur ses dessins, qui devraient montrer les horreurs de la catastrophe et qui au final sont beaux... Il ne participe pas à dire que le nucléaire est néfaste, alors qu'il est présent sur place pour l'association militante Dessin'acteurs.


Au départ un peu taciturne et handicapé par une main douloureuse, l'auteur dépeint des paysages sombres, noirs, réalisés au fusain.
Petit à petit, Emmanuel Lepage va se sentir mieux, il oublie son malaise, ses douleurs, et il s'oublie lui-même (il s'allonge dans l'herbe dans la zone interdite devant la beauté du spectacle qui lui est offert). Sa main ne le fait plus souffrir et on est en droit de se demander si son mal n'était pas psychologique.
Les dessins deviennent de plus en plus colorés, relatant la beauté des lieux et non la tristesse inhérente à la catastrophe.
Crayon, fusain, stylo ; Noir et blanc, sépia, couleur... L'auteur varie ses techniques de dessin tout au long de l'album, les adapte à sa narration et à ses humeurs, à ce qu'il voit et ce qu'il ressent. Les cases alternent tantôt esquisses, simples traits captant l'instant, et aquarelles hyper travaillées retranscrivant la magie d'un lieu.
Il y a vraiment de la féérie dans ses dessins. Et parfois des couleurs inattendues comme ce bleu sur les troncs d'arbres... des couleurs qui m'ont par moments rappelé les photographies de Rory Carnegie.

Tchernobyl 22 ans après, ce n'est pas que des villes fantômes, abandonnées et interdites. Elles sont là c'est un fait, mais ce qui frappe surtout dans le témoignage d'Emmanuel Lepage, c'est que la vie à repris le dessus. Ces anciennes routes rendues au rang de chemin forestier, ces villageois vivant là, au plus près du drame, qui ne sont pas plus malades ici que dans d'autres coins du monde. Il n'y a que le dosimètre pour nous rappeler que le danger est omniprésent...


« Mon papa, il est pas mort ! Mon papa, il est pas mort ! »

Cette résidence, c'est toute une épreuve... personnellement je n'y aurais pas été. Se trouver aussi proche de la radioactivité, réellement pesante dans le récit et représentée par le tic tic tic du dosimètre, je trouve ça courageux, et d'autant plus lorsqu'on a une famille qui nous attend à la maison.
L'auteur a une femme et des enfants. Quand on lis leurs paroles à son retour on se dit que ces quelques temps à Tchernobyl ont été très difficiles à vivre pour eux, s'attendant à ce que leur père ne rentre pas. Lorsqu'ils regardent le carnet de son voyage ils demandent sans cesse « Et lui, il est mort ? » comme si la radioactivité tuait sur le coup. Ce n'est pas le cas... c'est bien plus sournois que ça... plus malin. Emmanuel Lepage n'est pas revenu de son périple nimbé d'une lueur verte. Il n'a pas été contaminé. Il n'en reste pas moins que son aventure passionne autant qu'elle laisse admiratif. Il fallait du cran pour accepter pareille proposition.


Un printemps à Tchernobyl est un bel album. Il nous emmène en voyage vers un ailleurs que nous ne verrons jamais. Il nous surprend, nous interpelle.
Je n'ai pas eu un coup de cœur pour autant (contrairement à Badelel, dont l'avis vient après le mien). La plupart des personnes ont trouvé ce livre formidable. Il l'est, c'est indéniable. C'est un témoignage fantastique ! Mais je n'ai pas été emporté de la même façon tout du long. Certains passages m'ont bousculé ou émerveillé. D'autres m'ont paru plus difficiles, plus poussifs.
De plus, quelques petites fautes d'orthographe ou de frappe ont échappé à la relecture. Elles ne sont pas nuisibles (il y en a une dans mes citations, vous l'aviez remarquée ?) mais c'est toujours un peu gênant...
Un beau livre tout de même, incontestablement l'un des meilleurs de l'année 2012 (même pas nominé à Angoulême, ce qui est pour moi une faute professionnelle ; en revanche finaliste du très bon prix de la critique ACBD, remporté par L'enfance d'Alan), et surtout une extraordinaire aventure humaine.

Chronique du 25/01/13

Se lancer ou ne pas se lancer, telle est la question que je me pose immanquablement face à un Emmanuel Lepage depuis la lecture du tome 1 de Oh les filles (qui n'a jamais été suivie de la lecture du tome 2...). Mais bon, comme on m'en a dis plutôt du bien, c'est parti, on attaque Un printemps à Tchernobyl.

Et dès les premières pages, on prend une méga-claque.
- Visuelle d'abord, parce que graphiquement, que ce soit dans les noir et blanc ou dans les couleurs, les aquarelles de Lepage se caractérisent par une très grande précision, un grand sens des contrastes et une fichue expressivité que y'a des pages qui vous font froid dans le dos rien qu'à les regarder. Le découpage nous entraine au rythme du récit et nous placarde contre ces incroyables doubles pages !
- Émotive ensuite parce que l'intro est consacrée à des témoignages extraits de La supplication de Svetlana Alexievitch qui rendent la catastrophe de Tchernobyl terriblement humaine, puis à une rétrospective qui la rend terriblement inhumaine.

La suite tient beaucoup plus de la découverte d'un monde qui ne peut pas se trouver si près de chez nous ce-n'est-pas-possible et d'une expérience des plus surprenantes.
A la suite de l'auteur on découvre ce que sont devenus le site de la centrale et ses alentours tout aussi bien que le quotidien des gens qui vivent au bord de « la zone ». Et loin de toute cette mort qui pèse sur l'histoire récente de Tchernobyl, Emmanuel Lepage va petit à petit à la rencontre de la vie qui reprend ses droits.

Surprenant, c'est aussi ce qui définit cet album. Dessiner sous la pression d'un chronomètre et d'un dosimètre et ne pas rester trop longtemps au même endroit pour ne pas rester trop longtemps exposé aux radiations. Ne pas s'asseoir dans l'herbe. Ne pas ramasser le fusain tombé au sol. Porter un masque, des gants et des surchaussures. Quelles curieuses conditions pour dessiner !
C'est aussi une aventure humaine, avec des rencontres, avec des gens des vrais, et avec des revers.
Mais plus que tout, cette BD montre un monde de contradictions.

Vraiment je ne regrette rien : Un printemps à Tchernobyl est à lire, ne serait-ce que pour mourir moins bête, et mieux encore, pour s'en prendre plein les mirettes et plein l'âme !



D'autres avis : Mo', Jérôme, Yvan, Nico, Livr0ns-n0us, Nico, Legof


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Année d'édition
2012

Psycho investigateur Erwan Courbier (s), Benoît Dahan (s)(d) Physalis

Intégrale

Chronique du 06/09/13

Il est des livres qui pourraient être tout à fait banals et qui s'avèrent finalement particulièrement inattendus. Psycho investigateur est de ceux-là.
Pour se démarquer des 5500 parutions annuelles, les éditions Physalis (déjà remarquées pour l'adaptation en bande dessinée du dérangeant Un léger bruit dans le moteur) n'ont pas raté leur maquette, loin s'en faut. Une composition réussie qui parvient à intégrer les multiples facettes de l'histoire : son héros, ses fantômes, ses méthodes (en l'occurrence l'hypnose). Le tout sous la forme d'un puzzle qui symbolise la complexité des enquêtes. Le petit plus qui fait tout, c'est la pièce manquante au niveau de l'œil (Marc-Antoine Mathieu avait déjà osé, mais pas sur la couverture) et qui laisse directement apparaître Simon Radius, depuis la page de garde.
Le ton est donné avec cette immersion dans la psyché puisqu'il est question d'explorer les souvenirs des gens pour démêler le vrai du faux.

Simon Radius, médium à ses heures et charlatan pour ses détracteurs, possède le don de lire dans l'esprit des gens. Ses services sont appréciés par certains enquêteurs de la police criminelle qui viennent secrètement lui rendre visite, mais ses méthodes laissent de marbre les plus sceptiques. Qui pourrait croire à de telles stupidités (et personne ne pourrait accepter ces extravagances comme preuves tangibles) ?

Lorsqu'on vient le voir pour un nouveau meurtre, il perce aussitôt le mensonge: le type qu'on lui présente n'est pas le véritable assassin. Mais c'est une affaire bien plus complexe qu'elle n'y paraît qui se cache derrière le voile des souvenirs.
Il décide alors de lui-même de résoudre l'enquête, bravant les dangers et les innombrables barrières.


« Ses progrès sont surprenants. Et rapides...
… J'aimerais pouvoir en dire autant des miens. Je suis décidément mon pire sujet d'investigation.
»

Le récit en lui-même n'est pas forcément novateur mais il présente un synopsis intrigant et engageant, tout en gardant une certaine cohérence (et je ne parle pas de crédibilité). Le personnage de Simon Radius est quant-à-lui suffisamment torturé pour susciter un intérêt particulier et même une certaine forme de compassion. La femme qui l'a quitté et qui occupe une grande partie de son esprit n'y est pas pour rien.
Le principal reproche que je lui fais concerne surtout le déroulement de l'intrigue, parfois un peu trop prévisible. Sans grande surprise, le scénario d'Erwan Courbier et Benoît Dahan laissera sur leur faim les aficionados du genre policier.

Graphiquement, les attitudes et les visages sont un peu rigides et les postures manquent de dynamisme. Heureusement la mise en page redonne à l'ensemble un peu de peps. Benoît Dahan varie la forme de ses cases et joue avec l'espace pour composer ses planches. Forte d'un découpage audacieux et de bons effets visuels, l'histoire reprend du poil de la bête et nous offre des séquences plutôt énergiques.
Les couleurs un peu old school typées comic-book, le côté psychédélique en prime, renforcent cette ambiance graphique in spiritu plutôt réussie.


Psycho investigateur est un récit en 3 tomes, publié ici sous la forme d'une intégrale. Le premier opus (Les fantômes de la culpabilité) avait vu le jour en 2005 chez Emmanuel Proust Editions avant d'être abandonné... Physalis lui redonne un second souffle tout en présentant sa suite (et fin) inédite.



D'autres avis : OliV', BOBD


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Intégrale

Année d'édition
2013

Punk Rock Jesus Sean Murphy (s)(d) Urban Comics

Chronique du 24/12/13

25 mars 2019. Un annonce vient défrayer la chronique et met en alerte la planète entière : une nouvelle émission de télé-réalité va voir le jour et aura pour vedette Jésus Christ en personne.
Le docteur Epstein, généticienne et environnementaliste de renom ayant obtenu le Prix Nobel pour l'un de ses travaux, est engagée pour mener à bien ce projet unique de cloner le « premier homme de l'histoire » (dixit le journaliste, l'intrigue se passe au pays des créationnistes). Pour ce faire, l'Église catholique a donné son accord afin d'utiliser le Saint Suaire de Turin et ainsi tenter de réveiller un ADN mort depuis plus de 2000 ans. Bien entendu, le nouveau messie sera enfanté par une vierge...
Quelques mois plus tard, Chris nait devant les caméras du J2.


Gène éthique

Les avancées de la science et en particulier de la génétique sont souvent sujettes à controverses. Le clonage n'échappe pas à cette règle, bien au contraire. Déjà aujourd'hui le sujet n'est pas dépourvu de polémiques et le clonage animal n'est pas de la science-fiction. La question de l'éthique et la législation dans la plupart des pays empêche encore le mouvement de prendre plus d'ampleur mais le nombre de clones vivants ne cesse d'augmenter.
À l'heure actuelle, quelques embryons humains ont déjà été créés par ce moyen.

Le pas franchi dans Punk Rock Jesus n'est pas si important que l'on pourrait le croire. Certes, utiliser un ADN aussi vieux relève de la fiction mais cloner un homme démange de nombreux chercheurs. De là à faire revivre le Christ...


Guerre des religions

Le retour du Christ sur Terre est un sujet qui a été maintes fois traité. Que fera-t-il en voyant le monde tel qu'il est devenu ?
L'idée de se servir de la génétique pour ce come back est amusante et plutôt bien trouvée, d'autant plus que cet avènement se fait dans le carcan de la télé-réalité : nous suivons les pas de Chris depuis son premier cri jusqu'à l'âge adulte.
Cloner c'est créer. Et créer c'est être l'égal de Dieu.
Une démarche qui suscite forcément des tensions entre les créationnistes et les darwinistes et qui place J2 sous le feu des projecteurs et des attaques en tous genres. Les manifestations sont de moins en moins pacifiques et les groupes fanatiques se transforment peu à peu en factions terroristes.
Pour les financiers évidemment, c'était un risque à prendre : business is business !

C'est ainsi que Chris va devoir grandir dans une prison dorée, lieu ultra-sécurisé dans lequel il va recevoir l'éducation religieuse adéquate à son statut... entre miracles et supercheries.


Des personnages peu attachants

« Je me fiche de mon origine. Pour moi, je suis avant tout le bâtard d'une industrie américaine du divertissement à la dérive. »

S'il n'est pas obligatoire de s'attacher à un personnage pour apprécier le contenu d'un album, il est en revanche important que le protagoniste principal dégage un sentiment fort, et d'autant plus s'il s'appelle Jésus Christ. Or je n'ai rien trouvé chez lui qui soit sympathique ou détestable. Chris n'est pas le messie attendu ! Certes il bouscule les points de vue mais il n'est jamais vraiment charismatique : enfant dominé par la peur et les manipulations lorsqu'il est jeune, son changement radical tient plus de la révolte adolescente que d'une émancipation réelle. Il manque de poids !

C'est un fait, on s'attache peu aux personnages présentés dans Punk Rock Jesus. Le seul qui attire un tant soit peu de sympathie reste le gros dur de l'histoire : Thomas McKael dit « le cimetière ». Un homme à la carrure imposante qui porte un passif très lourd. Finalement le seul personnage de l'histoire à disposer d'un background fouillé et qui mérite qu'on s'y attarde.

Quant aux autres intervenants, ils sont soit manipulateurs soit manipulés, écœurants et détestables pour la plupart (on pense surtout à Rick Slate, l'initiateur du projet J2), ou quasiment insignifiants pour d'autres. Ils auraient pu prendre plus d'ampleur avec une réelle volonté de bousculer leur confort providentiel mais l'auteur en a décidé autrement.


Anticipation et critique de la société

Sean Murphy (Off road) a mis de longues années pour venir à bout de ce récit. Il l'avoue lui-même en postface, l'album a été très difficile à mener à son terme, la faute à une remise en question de son éducation religieuse et de sa foi. Fervent chrétien devenu athée, son livre s'est transformé en une critique acerbe sur la religion avec laquelle il a grandi. De là à voir dans son personnage une image de son propre vécu il n'y a qu'un pas.

Sous le regard de l'anticipation, l'auteur développe une critique sévère de la société de consommation et du voyeurisme télévisé qui n'est pas sans rappeler d'excellents films comme En direct sur Ed TV ou The trueman show.
Le fait de cloner Jésus apporte encore une dimension religieuse supplémentaire.

J'ai pourtant eu cette impression à la lecture que l'auteur tâtonnait avant de trouver le bon propos. Une construction qui tend à rendre la mise en place plus poussive et qui explique peut-être pourquoi les personnages sont autant déshumanisés.


Graphisme

Pour exprimer ses propos, Sean Murphy a opté pour un ancrage noir et sans couleur. Une technique qui assombrit le propos et le plonge dans une atmosphère sans espoir. Si le trait est dynamique et assurément typé comics, s'appuyant sur des profils de visages assez carrés, l'influence du manga n'est jamais très loin, et notamment si l'on considère la tête de Chris version punk.


The Flak Jackets

Punk Rock Jesus parle de clonage, de religion et de télévision certes, mais il ne faudrait pas écarter du titre son caractère musical.
L'auteur s'est servi du côté vindicatif et libertaire du Punk Rock pour exprimer sa critique de la société. L'associer à Jésus accentue l'idée d'une certaine parole divine.
Chaque chapitre débute sur une sélection musicale, qui va de Marilyn Manson à White Zombie en passant par le Punk irlandais de Stiff Little Fingers. Des titres qui servent aussi bien d'introduction que de titres pour les chapitres.
S'ils amorcent bien les scènes, souvent dans l'action, il ne faut pas pour autant les mettre en boucle le temps de la lecture (et surtout si on n'aime pas le métal, le punk et les chanteurs qui font du bruit).


Une déception dominante

Malgré un synopsis accrocheur, Punk Rock Jesus n'a pas su générer en moi d'intérêt véritable. J'aurais aimé plus de maturité dans le récit et des personnages plus forts. J'ai ici l'impression que l'auteur n'a pas su aller au bout de son propos et je trouve ça dommage car le potentiel de l'œuvre est intéressant.

Chronique du 24/12/13

Voilà une lecture en demie-teinte qui me met bien mal à l'aise.

D'un côté j'ai beaucoup de reproches à lui faire.

La thématique ne me paraît pas pertinente à la base. Ressusciter Jésus, certes ça tombe à Noël (juré, j'ai pas fait exprès), mais déjà je n'en vois pas l'utilité, alors en prime à l'occasion d'une émission de télé-réalité, ça me paraît juste complètement stupide (remarquez, la télé-réalité étant bourrée d'idées stupides, c'est sans doute plus réaliste que je ne l'imagine).

C'est bourré d'incohérences, principalement liées à la maternité (mais bon, l'auteur est un homme, alors que peut-on en attendre, je vous l'demande ???) :
- La Terre entière suit la grossesse a priori ultra-médicalisée, et personne ne s'aperçoit qu'il y a des jumeaux, bon allez, je l'accorde.
- On arrive à prévoir le jour de naissance de l'enfant ??? Wouah, ils sont vachement forts ! Ah, ils arrivent même à organiser l'accouchement à la seconde près le 25 décembre à minuit, là, je suis juste époustouflée, car c'est tout bonnement impossible de se substituer à ce point à Mère Nature.
- Le médecin arrive à faire croire six mois après la naissance de l'enfant qu'elle vient de tomber enceinte (en général on en est sûre au bout de 3 semaines-1 mois environ et la gestation complète dure 9 mois pour mémoire) d'un enfant qui aura exactement le même âge ensuite ?
Bon j'arrête là, ça pourrait durer des heures...

La grande majorité des événements sont prévisibles et les rebondissements du scénario n'en sont finalement pas.

Les points de vues autant scientifiques que créationnistes sont stigmatisés voire complètement caricaturés.

La démarche même de l'auteur, expliquée en postface, me paraît complètement à côté de la plaque, ce qui explique très certainement tous les défauts de l'album : « Mon ami était athée, et j'ai été rapidement convaincu par ses croyances – basées sur la science plutôt que sur le dogme. Comme devenir athée du jour au lendemain était néanmoins un peu effrayant, j'ai décidé de faire l'essai pendant un mois et de voir si ça me convenait. »
Définitivement, ces Américains sont trop bizarres !!!

D'un autre côté, cette histoire a quand même quelques côtés plaisants :

Le personnage de Thomas est attachant. C'est le seul à avoir une histoire, un passé, une personnalité, un combat intérieur, un amour introverti. C'est aussi le seul à connaître un vrai rebondissement à un moment de sa vie. Découvrir l'histoire à travers sa vie donne une vraie lisibilité au récit et empêche de tomber dans l'ennui le plus profond.

La description de la vie sur l'île de J2 et toutes les vacheries de Slate sont un pur délice pour qui aime les situations oppressantes et révoltantes. C'est vraiment prenant.

Le dessin est super classe, les visages expressifs, du mouvement et de la violence. Je ne peux m'empêcher de trouver une certaine influence de Craig Thompson sur certains visages. Un bémol toutefois, les transitions passé/présent manquent de visibilité.

Derrière le thème de la religion et du fondamentalisme, se cachent également une condamnation des excès de la télé-réalité et une mise en exergue des enjeux écologiques (même s'ils sont largement mésestimés et caricaturés).

A défaut de m'avoir enchantée, cette BD a au moins eu le mérite de provoquer chez moi un certain mal-être et des sensations ambigües. D'un côté un certain plaisir de lecture, et d'autre un profond agacement à chaque loupé. Enfin pour conclure dans l'ensemble : la cover ne me donnait pas envie, elle a tenu ses promesses !

D'autres avis : Champi, Choco, David, Livr0ns-n0us, Nico, Yvan, Zaelle, Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2013