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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Nao de Brown (Le) Glyn Dillon (s)(d) AKILEOS

Chronique du 22/03/13

Nao Brown est un petit bout de femme tout ce qu'il paraît de plus sympathique. En apparence, une métisse partagée entre l'origine japonaise de son père absent et la nationalité anglaise de sa mère protectrice. Jolie avec ce petit sourire à craquer, enjouée par le monde ludique qu'elle aime arpenter, elle aurait de quoi faire craquer tous les hommes et profiter d'un bonheur bien mérité. Mais derrière le teint de la réalité se cache un mal bien profond... grinçant, malin, limite glaçant...

« Cette photo représente pour moi lourdeur et... tristesse. Comme eux, je peux voir la petite fille rigolote qui porte les lunettes de soleil de sa mère... mais ce qui se passait derrière ces lunettes est une autre histoire.
Les lunettes n'étaient qu'un façade.
Cette photo encadrée est le premier élément de « preuve » que je leur permets de voir. C'est un Rubicon qu'ils traversent sans le savoir.
Je suis sûre que pour eux, je suis cette mignonne métisse anglo-japonaise, un peu « bohème »... je suis la « copine exotique. »
Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale.
»

Nao a un TOC, autrement dit un Trouble Obsessionnel Compulsif. Mais pas de ceux qu'on remarque et qui font rire ceux qui s'en aperçoivent. Non, le sien est bien plus pernicieux, il sévit là où le regard s'arrête, il se cantonne aux limites de sa pensée : elle voit le mal partout, elle ressasse dans sa tête des pulsions morbides, tue les gens qu'elle croise à longueur de journée. Seule la méditation lui permet de reprendre contrôle, mais la barrière lui paraît si infime que sa vie s'en trouve complexifiée : Nao se sent dangereuse !


Glyn Dillon nous offre avec Le Nao de Brown une histoire à plusieurs facettes, belle et intelligente.
On se retrouve confronté à cette fille que l'auteur sait d'emblée nous rendre attachante. On a envie de l'aimer et, il est vrai, de l'aider. On partage sa souffrance. On aime la voir heureuse...
Au gré de cette tranche de vie livrée dans le livre, essentielle dans sa (re)construction personnelle, on erre au cœur de ses amourettes, deux en particulier.

Oh il y a bien sûr Steeve, son ami d'enfance, propriétaire d'un magasin de jouets atypiques (ils ont l'air vraiment chouettes ces Ichi). Il aime Nao en secret... enfin ça crève les yeux et Nao en pince sûrement aussi un peu pour lui, mais ils sont tous les deux aussi courageux l'un que l'autre.
Et puis il y a ce gros barbu de Gregory, un peu bourru d'apparence mais qui cache une âme sensible pleine de poésie derrière une épaisse carapace.

Deux rencontres qui vont finalement changer le cours de la petite vie de Nao, bien épaulée par son amie Tara qui l'héberge suite à sa séparation avec son ex.

La vie est faite de belles histoires...
C'est d'ailleurs aussi le cas de ce conte, dont la figure de Pictor (a priori inventée de toute pièce par l'auteur) a tant de points communs avec Nao. On ressent les troubles familiaux de l'enfance, la construction d'un espace vital, d'un retranchement en somme, d'une carapace... s'ensuit la période tumultueuse du conflit, une première expérience, puis une seconde... et là : le renouveau ! L'homme à tête de Rien se défait de sa gangue et devient un homme.


Glyn Dillon nous offre un récit intimiste et très touchant, emprunt de sérénité, de spiritualité, de spontanéité et de chaleur, rehaussée par la douceur de ses aquarelles.
On a cette étrange sensation, pesante tout au long de notre lecture, que ce bout de femme attachant peut aussi être terriblement cruel, que tout peut déraper à tout moment. Une lecture à deux visages, oscillant entre un possible bonheur et un inéluctable malheur.
Au final, on est comme sur un fil à chercher le bon équilibre, la bonne personne, les bons moteurs, les bons remèdes, les bonnes questions... C'est peut-être ça l'important dans une vie finalement... une question d'équilibre.

« L'expérience n'est pas le problème, c'est l'attachement qu'on y apporte. »


Encore une belle réussite pour Akileos, petite maison d'édition certes, mais qui multiplie les belles choses du 9ème Art.

Chronique du 18/08/13

Il m'a fallu 2 lectures et les explications de Jérôme pour entrer dans Le Nao de Brown (mais je n'ai toujours rien compris à l'histoire intermédiaire) ce qui me fait dire qu'un état d'esprit détendu est nécessaire pour cette lecture à laquelle il est inutile de chercher un sens ou un rebondissement. Mais quand on est dedans, on se laisse bercer par la tendresse qui s'en dégage ou oppresser par les moments de difficulté psychologique de Nao. En un mot, c'est une lecture touchante.

En revanche, je n'ai eu aucune difficulté à me laisser envahir par l'univers graphique tout simplement parfait. Les personnages sont d'une grande finesse et d'une grande expressivité, les aquarelles sont d'une grande douceur. Chaque case transpire une grande maîtrise et les couleurs accompagnent à merveille l'état d'esprit de l'héroïne.


D'autres avis : Mo', David, Yvan, David Fournol, BOBD

Roaarrr Challenge
- Prix spécial du jury - Angoulême 2013


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Année d'édition
2012

Naüja Toni Termens (s), Elias (d), Miguel Castillo (c) PAQUET

Tome 1: "La ballade de Raspa"

Chronique du 04/02/07

Gorb et Raspa vivent une vie paisible dans un fortin isolé proche de la frontière connue du monde. Après le fort s'étant la Naüja, pays de légende, où nul ne s'aventure sans risque.
Un jour, une diligence s'arrête chez eux, attaquée par des Tadjuks. La jeune oracle transportée par la caravane n'y est peut être pas étrangère. Le convoi s'apprête à traverser la Naüja et enrôle nos deux compagnons.

Un début d'histoire très prometteur qui nous guide vers l'inconnu. L'intrigue se met en place avec d'autres événements d'importance qui se trament dans la Naüja.
Un travail de qualité qui nous laisse rêveur sur quelques images magnifiques.




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Tome 1: \\"La ballade de Raspa\\"

Année d'édition
2002

Tome 2: "Les voix des ombres"

Chronique du 04/02/07

Le chemin se poursuit dans une Naüja hostile. Le convoi se fait rapidement attaquer par une armée mystérieuse menée par deux imposteurs avide de richesses.
L'un se fait passer pour un roi grâce à une couronne ayant de fabuleux pouvoirs et l'autre semble diriger dans l'ombre.
Des chemins se croisent, et des destins se lient, qu'adviendra t-il de la fille de la lune ?

L'épopée continue au cœur de la Naüja. Les ennemis d'un jour s'allient, quand d'autres ennemis apparaissent. De nouvelles intrigues également. Mais si nous en savons un peu plus sur la légende des filles de la lune, je trouve ce tome 2 un peu plat, et attends le 3ème et dernier volume pour enfin savoir.




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Tome 2: \\"Les voix des ombres\\"

Année d'édition
2002

Tome 3: "Il était une fin..."

Chronique du 04/02/07

Les événements s'accélèrent. Raspa rencontre de mystérieux personnages et se trouve confronté à un bocal contenant les âmes de Gorb et Tad, sans trop savoir quoi en faire. De leur côté, ces derniers semblent perdus dans leurs songes.
Le roi hésite, pendant que Lune et Soleil sont proches d'accomplir à nouveau la légende....

Un troisième et dernier tome qui achève cette saga en relançant tout juste l'intérêt perdu dans le second. J'ai trouvé que le dénouement manquait de surprise, la petite étincelle qui fait d'une simple série une œuvre du 9ème art.




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Tome 3: \\"Il était une fin...\\"

Année d'édition
2003

Nef des fous (La) Turf (s)(d) DELCOURT

Tome 1 : "Eauxfolles"

Chronique du 22/08/10

Le Roi crie au scandale tout en descendant les escaliers qui relient ses appartements à son premier interlocuteur : il pleut dans ses appartements !
Ce dernier, sommé de réveiller l'ensemble du peuple d'Eauxfolles, il allait se mettre à exécution lorsque le Grand Coordinateur arrive à la mention de son seul nom, et prends en charge de lui céder son logement et son élastomobile le temps de s'occuper des réparations...

Le monde de La nef des fous a quelque chose de fascinant.
On dirait que l'imagination de Turf est sans limite, mêlant allègrement les genres et les époques, inventant des noms et des objets saugrenus, et n'ayant pas peur de tourner ses personnages au ridicule. Il se dégage de partout ce mystère qui engage à aller voir plus loin et de comprendre tous les sous-entendus et les secrets qui se cachent dans les pages de l'album.

Mais restons sur ce premier opus, qui nous présente ses charismatiques personnages :
Le Roi bien entendu, gras, bougon et excentrique.
Ce Grand Coordinateur, omnipotent, moche et fourbe. Il a un petit quelque chose d'Iznogood (mais en moins charismatique) peut-être ?
La Princesse Chlorenthe n'est pas en reste non plus, belle mais exigeante et au caractère bien trempé.
Il y a aussi le fou, le plus mystérieux de tous les personnages sans aucun doute.
Et puis il ne faut pas oublier tous les personnages secondaires, qui bien que secondaires, ont aussi une importance et un comportement bien salé, dont les deux policiers Baltimore et son Sergent.

Je suis donc curieux, mais pas encore conquis.
L'album est drôle et possède une grande folie qui me plaît. Il a ce petit côté secret qui me donner envie de lire la suite.
En revanche, je ne sais pas si c'est la construction qui me gêne le plus, un peu brouillonne ? Ou tous ces dessins chargés d'un monde mêlant plusieurs tableaux. Comme si le flux d'imaginaire n'était pas contrôlé et en devenait envahissant.
En tout cas, lisons la suite pour se faire une idée plus précise !

Chronique du 31/08/10

Dans cet univers-là on ne sait plus très bien qui est le fou : le roi Clément XVII ? Les ministres ? La milice ? Le Grand Coordinateur ? A choisir, le moins fou du tas serait sans doute le fou lui-même. L'univers de la Nef des Fous a au moins un adjectif qui lui convient : loufoque !

C'est sur ce fond absurde que se trame un coup d'état dont l'auteur nous fait déjà sentir qu'il n'est que la face visible de l'iceberg (et que dire du trafic de coloquintes ?). Quelque chose de bien plus gros, qui semble dépasser l'entendement des habitants d'Eauxfolles, se prépare. D'ailleurs, qu'est-ce qu'Eauxfolles ?

On ne ratera pas au passage les clins d'œil épars, dont le plus beau reste le logo Delcourt sur les capuches à la Ku Klux Klan. Je ne peux m'empêcher de voir dans l'incendie du théâtre un clin d'œil au Théâtre de la Fenice, mais ça ne peut venir que d'une forme de conditionnement : le dernier incendie de la Fenice n'a eu lieu que trois ans après la parution du premier tome de la Nef des Fous...


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Tome 1 : \\"Eauxfolles\\"

Année d'édition
1993

Nelson Christophe Bertschy (s)(d) DUPUIS

Tome 1: "Diablotin à domicile"

Chronique du 19/11/07

Nelson est un petit diablotin orange venu pourrir la vie de Julie et de son Labrador Floyd.
Si seulement Julie avait fait suivre cette abominable chaîne mail à 25 personnes comme elle l'indiquait au lieu de l'effacer... elle n'aurais jamais eu à subir les conséquences de la malédiction Nelson !

Cette bande-dessinée humoristique se présente sous la forme d'une succession de mini gags sous la forme de strips de trois cases.
Nelson, le personnage central de l'histoire, passe son temps à nous faire rire de ses innombrables bêtises, ne manquant aucune occasion de rendre à chaque fois son entourage furieux.
On s'amuse et on apprécie la lecture, même si je trouve que tous les strips ne sont pas de la même qualité.
Même si cette bande-dessinée est plutôt destinée à un public jeune, elle arrivera sans mal à dérider les sourires les plus crispés :)

Par ailleurs, ce diablotin me fait atrocement penser à un autre diablotin qui, s'il ne présente pas les mêmes aspects physiques, est tout aussi énervant pour qui en subit les vilains tours. Je suis certain que le personnage plairait à n'en point douter à mon maître de jeu de rôle, qui pourrait prendre un malin plaisir à lire ce livre et à s'enrichir de nouvelles idées.

Chronique du 19/11/07

Nelson te fait penser à Boucliche ??? ah ouais ?
Moi tout me fait penser à Garfield. C'est vraiment le même concept à la base : une créature orange (un chat ou un diablotin) qui empoisonne la vie d'un humain (John ou Julie), qui fait des crasses au chien (Oddie ou Floyd) et qui passe sa vie dans le frigo.
Mais c'est pas grave parce que c'est vraiment tordant. C'est juste innocent, tout 'chouquinet'. Et puis le cadre est un peu plus contemporain, ce qui offre de nouvelles perspectives : le chain-mail qui menace la venue d'une "calamité orange", les interventions de Nelson au bureau de Julie (ce qu'on trouve très peu chez Garfield d'ailleurs) avec toutes les conneries qui vont bien, les dégâts informatiques, etc... Ca a l'air de rien, j'ai peut-être l'air bête, mais j'adore :)


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Tome 1: \\"Diablotin à domicile\\"

Année d'édition
2004

Tome 2: "Catastrophe naturelle"

Chronique du 06/03/09

Le petit diablotin revient dans de nouvelles aventures auprès de la belle Julie et de son labrador Floyd.
Comme à l'accoutumée Nelson fait des conneries, Floyd l'aide quand il ne les subit pas, et Julie s'énerve. Mais nous au fond, ça nous fais rire... un peu... quand même... !

Bon, c'est pas la plus comique des BD du genre. Personnellement je préfère de loin Mamette, Lou! ou Le Retour à la Terre (je digresse ?).
Mais quelques strips sont quand même bien drôles, dont un où j'aurais largement pu remplacer Nelson, imaginez un peu :

Angélique : Jérôme, si je te dis quatre saisons, tu me réponds ?
Jérôme : A TAAAAAABLE !
(quelques seconde plus tard, forcé de constater son désarroi devant un vulgaire CD, qui n'avait visiblement aucun coulis de tomate apparent)
Jérôme : Pour qui il se prend, ce Vivaldi avec ses minipizzas métalliques !?

Chronique du 06/03/09

"Gresse"
Le coup des Quatre Saisons serait clairement crédible, vu le rapport qu'a Jérôme à la musique classique ^^ Mais là, c'est moi qui dit "gresse". Les aventures de Nelson, la suite.


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Tome 2: \\"Catastrophe naturelle\\"

Année d'édition
2004

Noceurs (Les) Brecht Evens (s)(d) ACTES SUD

Chronique du 15/04/14

Certaines bande dessinées sont plus faciles à appréhender que d'autres. Bien sûr on retrouve les blockbusters d'un côté, trustant les ventes sans qu'il y ait besoin d'en parler. Ce ne sont pas forcément de mauvais titres, il y en a même de très bons, ils s'adressent en tout cas à un public très large.
A contrario, on retrouve des œuvres comme Les noceurs qui sont tellement extraordinaires (au sens étymologique du terme) qu'elles n'intéressent qu'une poignée de connaisseurs... Tant et si bien que je me pose une question fondamentale : c'est pour qui ?


L'Art Flamand dans toute sa splendeur

Brecht Evens construit ses bandes dessinées comme un artiste peindrait ses toiles. À première vue l'auteur à sûrement plus une fibre d'artiste que de dessinateur BD : il impressionne dans l'art d'inventer, il révolutionne le medium et se l'approprie. Ses compositions artistiques sont ultra-colorées et jouent de la transparence pour présenter sur une même planche plusieurs plans différents. Cette façon déstructurée de raconter une histoire ôte toutes les barrières et permet de suivre en même temps des scènes dans des lieux certes proches mais bel et bien distincts : on est partout à la fois !
Les compositions de Brecht Evens sont belles et ne peuvent pas laisser indifférent (on aime ou on aime pas), elles présentent cependant le défaut de leur qualité : l'omniprésence asphyxie quelque peu les dialogues. Qui est qui ? Qui parle ? Où sont les personnages ? Les frontières narratives sont tellement floues qu'elles nuisent au confort et à la compréhension de lecture. Du moins à mon confort et à ma compréhension de lecture...


Le respect comme moteur

De fait, l'histoire des Noceurs entretien chez moi un étrange paradoxe entre une frivolité persistante et un vif intérêt porté à la richesse des sentiments décrits.
Le titre ne trompe pas : le milieu dans lequel les personnages évoluent est un lieu de débauche (à l'exception de l'appartement de Gert en préambule). Une boîte de nuit multi-fonctions qui comporte divers étages (il existe même une salle pour pratiquer l'escrime). J'ai eu les pires difficultés à éprouver de l'empathie pour les personnages de l'album, pour la plupart superficiels. Tous se connaissent par le fait d'avoir été à l'école ensemble 5 ans plus tôt. Le rôle de la camaraderie est assez central bien que négligé... Deux seuls centres d'intérêts semblent les préoccuper : faire la fête et la présence de Robbie (de vrais groupies).

Tout laisserait présager que le plébiscité Robbie est un homme sans profondeur et fantasque. La confirmation de son excentricité vient avec son apparition mais Robbie demeure néanmoins un personnage passionnant (et passionné). C'est surtout le duo Gert/Robbie qui fait pour moi toute la saveur du récit.

« Ce que j'aimais, ce qui était bon... Quand on était enfant, tout le monde nous laissait faire, rien n'était important, on faisait ce qu'on voulait sans que... je sais pas, on devait pas avoir de l'Ambition, on devait pas réfléchir au putain de SENS de notre putain de VIE. »

Gert et Robbie sont les parfaits opposés, en quelque sorte des frères qui ont choisi deux modes de vie très différents mais qui se respectent pour ce qu'ils sont devenus. Le premier est ordonné, sérieux, appliqué, réfléchi... finalement assez triste aussi, quand le second profite de tout, vit dans l'excès, aime faire la fête et ne se pose aucune limite sinon de faire ce qu'il veut à tout instant.
C'est le sens du mot respect qui est pour moi le point clef de l'histoire, ce respect qu'ils se vouent mutuellement alors que tous ces gens idolâtrent Robbie sans jamais le gagner et repoussent Gert sans le comprendre. Il en va de même pour cette fille timide et apeurée que Robbie va prendre sous son aile et pour laquelle on a un peu d'empathie...


Les Noceurs est un titre plutôt inclassable. Et moi-même je crois ne suis pas encore très sûr de la place que je dois lui réserver dans mon esprit.


D'autres avis : David, Legof, Mo', Yvan

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.

Roaarrr Challenge
- Prix de l'audace - Angoulême 2011




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Année d'édition
2010

Nocturno Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Tome 1: "Première partie"

Chronique du 16/05/09

Seck est un jeune garçon. Depuis la mort de son père, il est recueilli par son oncle, mais il est mal dans sa peau : Le fils de son oncle, Samuel, le persécute et le fait passer pour un voleur pour financer ses escapades. Et puis il y a ces rêves étranges, ou peut-être n'en est-ce pas vraiment ? Il voit des morts !

Quand je me suis rendu en librairie et que je suis tombé sur le second opus de Nocturno, j'ai de suite été séduit par l'ouvrage. Un petit livre à l'aspect cartonné, avec des angles ronds, un papier un peu glacé et une image de couverture détonante, inquiétante aussi.
Et puis en l'ouvrant, il y a le graphisme, les traits changeants, les couleurs. On a envie de le lire et de découvrir ce que l'histoire cache. Mais voilà, j'ai dû attendre un peu et commander le tome 1 pour commencer.

Maintenant que je l'ai lu, mon engouement est confirmé : ce livre est une bonne découverte, même si l'histoire est sombre, tragique, et déroutante.
Le gamin voit des morts, il est persuadé de parler avec son père, qui l'aiguille dans sa vie.
Maintenant, c'est une véritable œuvre psychologique, qui pour moi dresse le portrait d'un schizophrène, ayant reçu un gros choc à la mort de son père.
Derrière ça, il y a aussi une histoire tragique : un concours de rock qui aurait pu le réconcilier avec la vie. Mais la mort de son ami Rojo l'a finalement fait basculer à jamais.

Chronique du 16/05/09

Après une grosse période sans trop de BD parce qu'on avait beaucoup de boulot, Jérôme revient d'Oscar Hibou avec une très grosse commande (principalement du manga), dont ça. Au début, il me dit : "J'ai acheté un nouveau truc, Nocturno", ce qui, au passage, ne me fait ni chaud ni froid.
Et puis finalement, tout à l'heure, il me déballe ses achats, et là je vois ces deux bouquins (les deux tomes, je n'ai pas encore lu le 2 à l'heure qu'il est). Je le dis franchement, au premier abord j'ai craqué sur le dessin, sur le format, sur la qualité du papier, sur les différents graphismes qu'on peut y trouver en feuillant simplement le livre.
Alors je suis allée m'asseoir machinalement dans un fauteuil, et j'ai commencé à lire. Je devais vraiment en avoir envie, et être en gros manque de lecture BD, car les premières pages, j'ai vraiment eu du mal, le graphisme est morbide en noir et blanc. Et puis on a passé l'introduction, et là, je suis restée scotchée. Si je dois définir cette BD en 1 mot, c'est "puissant". Une histoire et un graphisme qui vous scotche à votre chaise. Et si je ne savais pas qu'il y a un tome 2, je dirais que c'est un oneshot. L'histoire se tient complètement, la fin pourrait en être une. Même si on ne sait pas tout, même si plein de choses nous dépassent, elles pourraient continuer à nous dépasser. L'esprit obscur du bouquin rend notre ignorance naturelle, on est de toutes façons dans un univers qui nous dépasse.
Mon seul bémol, c'est que mon côté conventionnel a du mal avec les lunettes de Karen...


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Tome 1: \\"Première partie\\"

Année d'édition
2008

Tome 2: "Deuxième partie"

Chronique du 17/05/09

Seck a disparu, happé par les abysses après la bagarre sur le pont. Karen pleure celui qu'elle aimait. Et les assassins de Rojo sont arrêtés. Pendant ce temps, Nocturno erre dans la forêt, est-il mort ?

Suite et fin de la série.
Eh bien ce second tome m'a déçu ! Voilà une entrée en matière un peu fracassante, mais l'album n'est pas non plus si mauvais, loin de là.
Si le dessin et sa colorisation sont toujours une aussi belle réussite, j'en attendais mieux du scénario. En fait, l'histoire garde cet aspect fantastique qu'elle a depuis le départ, mais je trouve qu'elle ne nous surprends pas assez. Elle reste dans sa ligne directrice et ne la quitte pas.
Nocturno est donc un peu fou, certes, mais ce n'est qu'une fable. Une histoire qu'on raconte au coin d'un feu pour égayer les soirées, mêlant un peu de surnaturel avec un fait réel pour lui donner plus d'impact.
C'est du moins la sensation que j'en ai après avoir refermé le livre. Pourtant, Tony Sandoval a sorti là un joli bébé, mélangeant sans ménagement le réel, le subconscient de Seck et une légende ancienne.
Il y a du rythme, il y a une ambiance un peu oppressante, un graphisme soigné et agréable... mais je trouve qu'il manque un petit quelque chose.
Peut-être est-ce seulement moi qui m'attendais à un bouquet final un peu plus noir.




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Tome 2: \\"Deuxième partie\\"

Année d'édition
2009

Norton Gutiérrez Juan Sáenz Valiente (s)(d) Bang ediciones

Et le collier d'Emma Tzampak

Chronique du 26/10/13

« La carte de l'île de Bimini est dans le collier d'Emma Tzampak...
Quand le cercle rouge se formera... ils tomberont du ciel...
Empêchez-les, je vous en prie...
Empêchez-les...
»

C'est un fait connu de tous les amoureux du Martien Fantastique (une série exceptionnelle cela va de soi), la fontaine de jouvence est cachée quelque part au milieu de l'océan Atlantique, sur l'île mystérieuse de Bimini.
Alors quand Norton Gutiérrez fait cette rencontre impromptue dans une sombre ruelle de la ville et entend cette confession, il en est tout désemparé.

C'est l'heure des grands chamboulements :
D'un côté, honorer le commerce familial et porter la gousse d'ail manquante dans la commande de Madame Olga.
De l'autre, passer derrière la toile de l'écran et enfiler le costume de son superhéros préféré.
Place à l'aventure !


L'héritage des plus grands.

Juan Sáenz Valiente n'est pas quelqu'un de connu en France. Il compte pourtant à son actif quelques collaborations publiées avec de grands noms argentins comme Pablo de Santis (Dessine-moi le bonheur, L'hypnotiseur) et surtout le regretté Carlos Trillo (Mémoires d'une vermine).
Norton Gutiérrez est sa première bande dessinée en solo. Une œuvre qui pourrait cependant faire office de référence pour composer une (ou des) suite(s) tant cette aventure paraît reconductible en saga.

La couverture fleure bon les trépidantes aventures avec son panaché de scènes d'actions, de Bob Morane à James Bond, et le contenu fait irrémédiablement penser à... Tintin !
L'auteur, qui n'avait pas utilisé ce style graphique lors de ses précédents travaux, est surprenant de maîtrise dans son approche de la ligne claire :

Un découpage méticuleux, des gouttières parfaites, des cadres réguliers et ordonnés. Son trait est épuré et juste, fait de contours noirs et d'aplats de couleur.
Tout contribue à faire de cet album un éloge au travail des maîtres en la matière que sont Hergé ou Edgar P. Jacobs...
Le respect de la ligne claire est exemplaire – chose rare pour être soulignée – et ce même dans la construction du récit.

Le scénario présente des ellipses variables entre chaque case, ces intervalles-même qui selon Scott McCloud laissent libre cours à l'imagination et qui vont présentement du très court (scènes d'action) au plus long (voyage).
La plupart du temps (mais pas toujours), les changements de séquences sont marqués par une notification de temps (Pendant ce temps... ; Un peu plus tard... ; Le lendemain matin...). Les cases se succèdent néanmoins avec un rythme soutenu sans laisser de place à la contemplation : il faut que ça aille vite, l'action est placée sur un piédestal.

Un rythme qui fonctionne « à fond les ballons » et qui nous emporte dans l'aventure.
Les mines sont expressives et le dessin d'une clarté irréprochable.
Que l'intrigue soit invraisemblable n'a que peu d'importance dans le fond, on a envie de croire que Norton ne vit pas un rêve éveillé.
C'est propre, c'est net, c'est efficace !


Marchand de légume oui, mais avec une cape !

Norton est une grand échalas, maigre et longiligne. Un aspect fragile, vouté bien qu'encore très jeune, qui lui impose un air malingre.
On le sens contraint à la dureté du carcan familial. Il est le souffre-douleur de la maison, celui qui doit payer les pots cassés pour les autres et à qui on ne pardonne rien. Il est présenté comme le bon à rien qui se laisse constamment marcher sur les pieds. Un petit air de Cendrillon, en somme.

Son bal à lui, c'est le concert d'Emma Tzampak.
Interdit d'y aller car il doit livrer une ridicule gousse d'ail à l'autre bout de la ville, il va enfin rencontrer son destin.
Amoureux des films du Martien Fantastique, il se retrouve mêlé à une incroyable histoire, comme si la fiction avait débordé de sa bobine pour s'inviter dans la réalité.
La série, qui n'a jamais eu de conclusion, pourrait bien trouver son épilogue dans le monde d'aujourd'hui. Une quête surréaliste qui emmènera ses héros dans de lointaines aventures, par-delà les mers et au cœur du triangle des Bermudes, celui-là même dont on ne revient jamais.

« Ce n'est pas le fils du marchand de légumes ?
_ Je ne m'étais pas rendu compte qu'il avait si fière allure.
»

Norton a cela de fantastique que sa personnalité se construit au fil du récit. Qui eut cru qu'il serait capable d'un tel discernement, de tant de perspicacité et de tant de courage pour endosser un costume qu'on croyait taillé pour n'importe qui d'autre au début de l'aventure.
On découvre un garçon au grand cœur, affable, sérieux, toujours prêt à aider les autres sans attendre en retour...
Norton s'extrait petit à petit de l'image initiale, il s'émancipe et devient aussi grand dans sa maturité qu'il ne l'est par sa taille.


Effet « vintage ».

Norton Gutiérrez et le collier d'Emma Tzampak fait écho aux lectures qui ont bercé notre enfance, et celle de nos parents aussi d'ailleurs.
L'histoire est plutôt téléphonée, les péripéties sont aisément prévisibles mais ce n'est pas là ce qu'on attend de ce genre de scénario où les maîtres-mots sont l'action et le rythme.
Un retour aux sources aux côtés des grandes saga issues de l'école « ligne claire », qui s'affranchit toutefois du carcan dépassé des 46 planches en s'offrant une pagination importante (bien que non numérotée) au grand format agréable.

Chronique du 15/02/14

Comparé par beaucoup à Tintin, Norton Gutiérrez et le collier d'Emma Tzampak est souvent pointé comme un hommage au célèbre reporter mais sans personnalité. Si on y retrouve effectivement le rythme, l'enchainement, les situations abracadabrantes, l'usage de la ligne claire des récits de Hergé, il ne faut pas pour autant ignorer la personnalité de cette BD.

Norton Gutiérrez est un jeune rêveur timide et mal dans sa peau. Renfermé sur lui-même, il subit l'image que tous lui renvoie : celle d'un raté. Sa mère le considère toujours comme un enfant, et le reste du monde (père, frères, agents de police...) comme un imbécile à l'intellect diminué, le parfait guignol sur lequel on va défouler toutes ses frustrations.
Oui mais voilà, plongé à son insu dans l'Aventure avec un grand A, il apprend petit à petit qu'il n'est pas plus bête qu'un autre, au contraire. On y retrouve les éléments classiques du récit initiatique : le rituel, le labyrinthe, le vieux guide... et en effet, on sort de là avec un nouveau Norton, respecté par ceux qui le brimaient au début. Et s'il faut vraiment pousser la comparaison avec Tintin, Norton fait la découverte de ce que cet eunuque de Belge n'a jamais fait !
Et oui, Norton Gutiérrez et le collier d'Emma Tzampak fait aussi bien écho à un héros beaucoup moins coincé : James Bond !
C'est aussi un apprentissage de l'amitié et de l'amour. Incapable de se sociabiliser, Norton apprend ici à compter sur les autres autant que sur lui-même, pour finalement tirer le meilleur de ce qu'il peut donner.
On pourrait à la rigueur regretter la trop grande rigidité entre bons et des méchants, en totale opposition avec la philosophie développée par le vieux Maya.

Quant à la qualité visuelle de la BD, Bang n'a pas lésiné sur le format, ni sur la qualité du papier, ni sur celle de la couverture, et c'est une première approche bien agréable...
Les couleurs aux teintes grises donnent à l'ensemble un côté rétro « années 1950 », et la ligne claire parvient à donner aux personnages l'attitude qui les caractérise aussi psychologiquement :
- Lolo, aussi gras du bide que du cerveau,
- Brizio, se croit plus grand qu'il ne l'est réellement,
- Tompkinson, à l'allure fière et courageuse
- le père, petit de médiocrité, le menton crochu,
- Dr Corben, le nez toujours pointé vers les sales coups...



Un autre avis : David Fournol
La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Et le collier d'Emma Tzampak

Année d'édition
2013

Nostalgie de Dieu (La) Marc Dubuisson Diantre !

Livre 1

Chronique du 07/10/11

Alors qu'il s'achemine jusqu'au bord d'une falaise, victime de son mal-être, pour se suicider, un homme entend alors la parole divine. Dieu lui parle et instaure un dialogue avec cet homme qui un instant plus tard aurait mis un terme à sa piètre existence...

Je m'attendais à ce que Dieu fasse lui-même cette chronique mais il n'a pas eu le courage, l'inspiration, l'envie, l'immaculée conception... rayez la mention inutile. Il faut dire que si on lui avait proposé un joli cul bien rebondi à la place d'une chronique, il aurait peut-être franchi le pas. Mais là, il m'a vu venir à des kilomètres avec ma demande... je vais devoir la faire à sa place.

La nostalgie de Dieu raconte la rencontre entre un homme sur le point de commettre l'irréparable et le Seigneur tout puissant. Un dialogue aux textes fort humoristiques entre un homme désabusé mais croyant depuis tous temps les textes bibliques et un Dieu grossier, désabusé, à la page et surtout pour l'abstinence...

« Non mais faut me comprendre aussi !
Au début, vous n'étiez que deux, c'était plus ou moins gérable...
Et encore, la greluche a encore réussi à bouffer le fruit jusqu'au trognon !...
Alors, excuses-moi mais depuis, ça baise comme des lapins, ça se retrouve à six milliards d'énergumènes et ça fait que se taper sur la gueule.
Donc bon, au fil des siècles, j'ai dû me résoudre à prendre un peu de recul.
Y'a pas écrit "Super Nanny" sur mon front non plus... »


Avec des textes hilarants, Marc Dubuisson dresse un regard avisé sur les hommes et leur foi en posant toutes les questions que pourrait se poser un croyant devant ce genre d'intervention, brossant le portrait d'un Dieu unique critique et acerbe.
On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui, ironisait Desproges. C'est sûr que Marc Dubuisson ne se fera pas beaucoup d'amis chez les catholiques pratiquants, à moins qu'ils aient un profond sens de l'humour. Les répliques sont cinglantes et les remarques piquantes. C'est dans le décalage entre la religion enseignée par la Bible et la vision développée par un Dieu qui a su évoluer avec son temps que l'humour fait son bonhomme de chemin.

Personnellement, j'ai beaucoup ri à la lecture de cet album au dessin minimaliste : Un bonhomme fil de fer représenté sur le rebord d'une falaise cernée d'un unique trait noir et des dialogues, voilà tout le contenu de cette bande dessinée.
Un travail qui était auparavant paru sur le blog de l'auteur (pour ceux qui veulent visionner quelques planches, suivez le lien, les planches y sont présentées par ordre chronologique), et qui a été suivi d'un tome 2 dont la mise en place est plus ou moins annoncée au fil de la lecture, puisque Dieu ira voir un psy.

« _ Je n'arrive pas à croire que vous cautionniez de telles atrocités !...
_ Ça, c'est bien votre arrogance typique, tiens !
Dans le genre "extinction d'espèces", vous n'être pas des tendres, non plus !...
Quand, il y a quelques siècles de cela, vous avez exterminé tous les dodos jusqu'au dernier, ça ne vous a pas empêché de dormir !
Ha Ha ! C'est bien le cas de le dire !
Vas-y, note
" Dieu est humour " »




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Livre 1

Année d'édition
2009

Notre mère la guerre Kris (s), Maël (d) FUTUROPOLIS

Tome 1 : "Première complainte"

Chronique du 28/08/10

Le village de Méricourd, qui était un carrefour important sur les routes de Reims, Châlons-sur-Marne et Verdun, devint avec le début de la guerre le lieu de passage obligatoire des troupes. Ses champs qui autrefois nourrissaient bon nombre d'habitants n'abritaient alors plus que des tranchées, des cadavres, et des fusils.
Alors que les premières lignes de Champagne sont âprement défendues contre l'ennemi Allemand, un autre mal ronge de l'intérieur... plus sournois : plusieurs femmes sont retrouvées assassinées au milieu de cette guerre. Des homicides prémédités et mis en scène... La tâche de retrouver le criminel revient alors à celui qui s'était illustré quelques temps plus tôt dans la résolution d'une affaire complexe : le lieutenant Vialatte.

Je dois l'avouer, je n'étais pas spécialement inspiré par l'acquisition de cette bande-dessinée. Le thème de la guerre, généralement, ne me fais pas vraiment envie. Mais il s'agit là d'une lecture k.bd, alors j'ai fait l'effort.
Et je me dois de reconnaitre ma première erreur : Notre mère la guerre n'est pas tout à fait une BD sur la guerre. La guerre c'est l'environnement, c'est le contexte. Mais le sujet, c'est une enquête, c'est la recherche d'un meurtrier.

Il faut dire que l'idée est originale. Et la découverte du corps de ces femmes, dont les morts ont été mises en scène a quelque chose de malsain et d'horrifiant. Alors que nous pensons que la guerre est déjà quelque chose de suffisamment effroyable en soit, le criminel lui se délecte de tuer des femmes de cette façon, de maquiller ses crimes, et tout ça sous le couvert d'une guerre atroce. N'y a-t-il pas assez de victimes ? Ni de cibles plus faciles pour assouvir ses pulsions criminelles ?
Choqué par l'idée, mais ravi par l'intrigue.

Pour ce qui concerne la narration, j'ai été agréablement surpris par l'entrée en matière, qui nous immerge complètement dans l'époque. On glisse du lit de mort de notre Lieutenant enquêteur à l'intrigue comme dans un rêve... ou un cauchemar. On visualise rapidement le contexte, on entre vite dans le vif du sujet.
Le reste de l'album est pourtant plus lent. Kris prend le temps de nous conter l'histoire à son rythme. Mais si chaque événement est posé et l'harmonie globale impeccable, j'ai ce sentiment de lenteur inhérent aux recherches du Lieutenant Vialatte. Il piétine, et nous aussi du coup.
Est-ce là finalement le souhait des auteurs ? De nous montrer plus encore les affres de cette guerre, ses conditions extrêmes, ses injustices ? L'enquête n'est-elle qu'un prétexte ? J'ose croire que non et que ma première impression était la bonne... mais il faudra attendre le tome 2 pour la vérifier.

Pour finir, j'ai bien aimé le dessin de Maël. Torturé, hésitant, accompagné de ces teintes marrons-grises proches du sépia, il est comme un souvenir diffus d'une époque lointaine, convenant admirablement au ton de l'histoire.

Chronique du 22/09/10

Voilà une BD qui part de base avec un a prori négatif : son sujet. Alors voilà, la Première Guerre Mondiale, avec tout ce qu'on nous a rabattu dans les oreilles, y'a un peu overdose (même si c'est pas pire que pour la Seconde). D'autant que le dessin (des aquarelles soulignées de traits à l'encre, des teintes grises) n'inspire rien de bien réjouissant. Là encore, je parle du sujet, car les illustrations sont d'une beauté morbide. Sans k.bd, je n'aurais certainement jamais pris la peine de l'ouvrir. Ç'aurait été une bien grave erreur, et je remercie l'équipe pour cette proposition.

L'originalité de Notre Mère la Guerre tient dans sa dualité. Alors que le sujet est on ne peut plus sordide (la Première Guerre Mondiale, les premières lignes, les meurtres), elle met en scène un héros assez haut en couleur. Un anti-héros devrais-je dire d'ailleurs, car le lieutenant Vialatte n'est clairement pas à sa place dans ce décor. Ce gendarme romantique se retrouve à enquêter dans la boue des tranchées. Lui si propre, parfait gentleman et héros de la gendarmerie française, fervent défenseur et idéaliste de la juste cause de cette guerre, le voilà confronté à l'horreur innommable de la réalité.

Notre Mère la Guerre commence sur l'image d'un mourant chantant La Faute à Voltaire. Pour ma part il ne m'en faut pas beaucoup, j'ai lu la BD avec La Faute à Voltaire en musique de fond. Voilà qui accentue encore le décalage entre le ton et l'ambiance.

Évidemment, cette BD, ce ne sont pas seulement les boulettes du Lieutenant Vialatte. Elle montre la guerre sous tous ses aspects : la mort avant tout, la bêtise de l'état major, le quotidien dans les tranchée, un petit tour à l'hôpital de campagne, la population civile près du front... Bref, nous avons là un panorama de l'horreur et de l'inhumanité qu'a pu être la Der des Der. La légèreté du ton, on la doit notamment à la construction du récit. Le lieutenant Vialatte 20 ans après, aux portes de sa propre mort, raconte cette expérience, ce traumatisme. Alors avouons-le, le concept du vieux qui va crever et qui raconte ce qu'il n'a jamais pu dire, ce n'est pas franchement innovant. Mais finalement, on imagine assez mal comment Kris aurait pu amorcer cette histoire sans ce subterfuge assez classique.


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Tome 1 : \\"Première complainte\\"

Année d'édition
2009

Nouvelles aventures du Chat Botté (Les) Nancy Peña (s)(d) 6 pieds sous terre

Tome 1 : " La montagne en marche "

Chronique du 30/09/14

Charles Perrault s'était en son temps inspiré du conte de Giovanni Francesco Straparola : La chatte de Constantin le fortuné (1553) pour écrire son Maître chat (1695 dans sa première version). Nancy Peña, fervente admiratrice de ces félins de tous poils, a elle-même puisé dans les Contes de ma mère l'Oye pour créer de nouvelles aventures au Chat botté !
Le voilà donc qui enfile de nouveau ses cuissardes et son chapeau (assorti de sa plume d'autruche qui met en appétit) pour s'en aller défier les montagnes. Après tout, chat rusé ne craint rien, aussi grand soit le défi !


Une suite audacieuse

L'ogre, l'âne, les souris, le lion, le Roi... sans oublier bien sûr le Chat Botté, Nancy Peña a repris la plupart des éléments propres à l'œuvre de Perrault (à part le Marquis de Carabas). Partant du principe que le chat vit sa vie et qu'il peut bien en avoir neuf, elle mélange tous les ingrédients et cuisine une suite à sa sauce à partir d'une idée toute bête : la montagne veut la peau du chat ! Pourquoi donc me direz-vous ?
« Parce que les montagnes accouchent parfois d'une souris ! » Et on sait bien que Maître chat a goulûment dévoré l'ogre transformé en rongeur dans la précédente aventure...

L'auteure use d'une répartie cinglante et joue sur les mots tout en développant un récit littéraire qui ravigote nos souvenirs d'enfants. Un écrit à la croisée des chemins entre le 17ème siècle et le contemporain, colportant un parfum d'aventure et somme toute beaucoup d'humour.

« Et il faut que j'aille jusqu'à la fin du livre pour trouver son adresse !
Si encore on me donnait des missions page 29...
 »

Ce genre de citation prête à sourire (et il n'est pas le seul), d'autant plus quand on sait que le livre en question comporte justement 29 planches. Nancy Peña s'amuse avec son medium et interagit avec ses protagonistes de papier. Dire que j'apprécie serait un faible mot !


Une forme de « néo-archaïsme »

Pour illustrer son conte, l'auteure a choisi sa plus belle plume et a opté pour un style qui s'apparente à du classicisme : l'idée de se rapprocher des gravures d'autrefois compte d'autant plus dans l'immersion et l'usage du noir et blanc, tout juste rehaussé par des trames noires ou grises pour situer les ombres, est contrebalancé par une narration fluide (textes, découpage, mise en scène).
Là encore nous retrouvons cette ambivalence entre l'ancien et le moderne... ce qui n'est pas déplaisant pour un sou !

Avis aux amateurs de belles histoires, Les nouvelles aventures du Chat Botté s'étalent sur 3 tomes, tous aussi petits (en taille et en prix) les uns que les autres. Mais vous savez bien que ce n'est pas la taille qui compte...

« Je ne vous en dis pas plus parce que l'auteure – maudite soit-elle – aime que je préserve le suspense ! »

Chronique du 30/09/14

Selon André Vial, le conte est un « récit qui atteste de la part de l'écrivain l'intention d'isoler dans la multitude des traits qui constituent un événement ou le destin d'une personne, un élément et de déblayer au profit de cet élément unique » (merci Wikipedia). Par exemple, dans le Chat Botté, Perrault raconte comment un matou improbable fait d'un fils de meunier sans le sou un riche marquis et gendre du roi. L'histoire s'arrête là, et c'est ici qu'intervient Nancy Peña.

Puisque « Charles » – comme le nomme si familièrement le héros de notre histoire – se contente de l'introduction, le Maître Chat et Nancy Peña s'associent pour développer la suite. On s'éloigne certes donc du format du conte, mais pas seulement sur ce point. L'univers devient plus abracadabrant et intègre moult figures animales, si bien que la morale aidant, on se rapproche plus de la fable. L'univers et le rocambolesque n'ont ici rien à envier à La Fontaine (on s'immisce d'ailleurs dans son univers)... et Perrault peut ranger sa plume là où il le voudra !

L'histoire est brève : une trentaine de planches suffisent à faire le tour de cette nouvelle (més)aventure du célèbre matou et elle suffit bien ! Notre félin élabore ici des plans tellement capillotractés et tellement bancals qu'on apprécie ce format court qui éloigne le risque de perdre définitivement le lecteur. Ceci permet en outre de garder l'esprit du conte initial : le récit de Perrault est bouclé en quatre pages.

Mais le charme de cette petite BD ne s'arrête pas là. D'abord le caractère de notre héros s'est frotté à Nancy Peña et il n'en est pas sorti indemne. Le fripon a pris ses aises après ses premiers succès, il s'est enhardi si bien que sa taquinerie se retourne contre lui. Devenu particulièrement gourmand, il use de toute sa malice pour parvenir (ou pas) à ses fins. Perrault a laissé de lui l'image d'un malin un peu altruiste (il s'est bien occupé de son maître, même s'il escomptait surtout d'échapper à son assiette) et particulièrement habile. On le retrouve ici trop retors pour s'en sortir indemne et on apprécie de le voir si bien malmené.

L'auteure s'amuse en plus à établir un jeu entre ses personnages, le lecteur et elle : « Je n'entends rien à cette histoire, mais gage que nous la devons, comme d'habitude, à l'auteure. Quel fléau que cette donzelle ! »
La distance qui sépare habituellement la fiction de la réalité est estompée, le lecteur est pris à partie malgré lui et l'auteure s'immisce dans le récit pour mieux fiche le bazar !

Et comme si ça ne suffisait pas pour rendre l'ensemble suffisamment farfelu, la construction de la page est complètement... déconstruite. Selon les moments du récits et les besoins, on pourra trouver des cases, ou non, cernées de telle façon, ou de telle autre. On trouvera des doubles pages sur lesquelles évoluent les personnages en multiples exemplaires sur un trajet en rase campagne ou 13 cases dans une seule page alors qu'on est dans un espace confiné. La construction est ici complètement au service du récit, accompagnée d'un dessin à la plume qui n'est pas sans rappeler Gustave Doré et tout en courbes et en mouvements qui souligne le côté imbécile des protagonistes et de l'histoire.


Un autre avis : Mo'
À lire aussi : le conte original (1697)

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de Nancy Peña.


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Tome 1 : " La montagne en marche "

Année d'édition
2006