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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill Jean Regnaud (s), Émile Bravo (d) GALLIMARD

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

Chronique du 14/06/11

Ma maman est en Amérique, c'est l'histoire de Jean et de son petit frère Paul. C'est une histoire d'enfants qui ont perdu leur mère. Mais sous ce contexte délicat se cache surtout une œuvre pleine de tendresse.

Ça commence juste après l'été, le premier jour de l'école. Jean rencontre pour la première fois ses nouveaux camarades et sa vieille maitresse. Il perd rapidement ses mots quand vient l'heure des présentations, qu'il faut dire quel métier font les parents. Et puis de fil en aiguilles, il bredouille quand même quelque chose qui passe inaperçu : « JemappelleJean - monpapaestpatronet - mamamansecrétaire ! »
Ouf, personne ne s'est rendu compte qu'il ne savait pas où était sa maman...

Ce manque, on le vit avec lui et son frère tout au long du récit. Les enfants essaient de savoir où elle est, ce qu'elle fait. Il cherchent à mieux la connaître et se rattachent à tous ce qu'ils trouvent ou ce qu'on leur dit. Le papa, lui, ne sait pas trop comment aborder les choses. La gouvernante, elle, ne peut rien leur révéler : ce n'est pas son rôle.
Quant à la voisine, une petite fille un peu plus âgée, elle a bien compris le malaise du petit Jean. Pour noyer son chagrin, elle lui fait croire qu'elle a des nouvelles de sa maman et lui lit des cartes postales venues d'un peu partout dans le monde : Espagne, Suisse, Amérique... Tout en lui demandant de garder le secret.
Évidemment, voilà qui ravit le garçon.

Pas évident de traiter le sujet de la mort avec un enfant, et d'autant plus lorsque c'est l'un des parents qui est parti. Mais les auteurs ont écrit cet album avec une incroyable légèreté et une infinie sensibilité.
Ils ont su raconter une situation dramatique sans tomber dans le larmoyant. Avec justesse, ils ont montré que la vie était une succession de moments importants, que chacun avait ses préoccupations et ses problèmes. Le papa du petit Alain par exemple, qui est handicapé, surmonte les difficultés de son quotidien sans se laisser aller.
La vie continue ! Voilà un beau message ! Et cette bande dessinée regorge de petites scènes qui ne laissent personne insensible : le départ à la retraite de la maitresse, le cadeau de la fête des mères, le parallèle avec le Père Noël...

Les difficultés qu'éprouvent les parents dans ce genre de situation. La délicate tâche d'une gouvernante, qui doit trouver sa place dans une famille et s'occuper des enfants comme leur mère, mais qui ne la remplace pas. La tendresse et la méchanceté des enfants.
Toutes ces choses qui figurent dans cet album, dans la trame principale ou en toile de fond, c'est non seulement une réflexion sur la mort, mais c'est aussi une réflexion sur la vie.

Une œuvre sensible et juste, à la portée de tous !

Chronique du 14/06/11

Ma Maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill est avant tout l’histoire (au titre un peu long mais tellement rêveur) émouvante d’un enfant qui grandit dans un monde qu’il ne comprend pas. Pourquoi Maman est partie, et où est-elle ? Que veut le psychologue scolaire ? Autant d’incompréhensions entre un monde d’adultes auquel personne ne veut l’initier et son imagination de petit garçon qui essaie de trouver des réponses logiques.

D’autant plus d’incompréhensions qu’il évolue dans le milieu bourgeois des années 60 dans lequel on éloigne les enfants des problèmes de grands. Ce n’est pas pour autant un album difficile. D’abord, Jean a de la chance : malgré un père soucieux et une mère absente, l’ambiance familiale est chaleureuse est détendue. Ensuite grâce à ce regard d’enfant, Jean Regnaud a réussi un tour de force, en abordant un sujet grave et difficile de façon drôle et innocente.

Le coup de crayon d’Emile Bravo vient achever de détendre l’atmosphère avec des bouilles toutes rondes et pleines de bonhomie. Il ne faut pas s’y tromper, Ma Maman est en Amérique est un livre tout à fait adapté aux enfants et on y découvrira le charme des lectures simples et belles.

Que cela n’effraie pas non plus les adultes qui y verront d’abord le tag “BD jeunesse” : comme tout album, il a été écrit par un adulte et propose différents niveaux de lecture. Difficile, d’ailleurs, de faire abstraction de l’évident accent autobiographique du récit.

Cet album se savoure avec nostalgie. Il se lit et se relie, toujours avec plaisir !

Roaarrr Challenge
- Prix Ligue de l'enseignement pour le jeune public - BD Boom 2007


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Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill

Année d'édition
2007

Macanudo Liniers (s)(d) La pastèque

Tome 1

Chronique du 17/03/14

Pour la grande majorité des bandes dessinées en strips, il faut bénéficier de conditions de lecture favorables pour les apprécier pleinement.
Généralement, ces petites histoires humoristiques font mouche en quelques cases seulement, idéalement publiées dans un périodique qui leur fait la part belle de manière régulière, égayant ainsi le quotidien des lecteurs. Pour autant, découvrir ces strips sous la forme de recueils s'avère souvent délicat, répétitif, lassant... C'est le cas de la plupart d'entre eux et il est souvent judicieux de morceler sa lecture pour en préserver toute sa saveur.
Macanudo échappe à cette règle, une exception d'autant plus exceptionnelle qu'elle garde toute la mécanique du strip, préservant sa fraîcheur quand bien même on dévore la bande dessinée d'une seule traite.


Des ingrédients magiques

« Le pingouin Martin contemple le coucher de soleil, son programme de téléréalité préféré. »

La magie de Macanudo est formée d'un ensemble de petits ingrédients assez difficilement dissociables.
On peut en premier lieu retenir les personnages récurrents, capables de nous toucher dans leur quotidien. On citera entre autres la petite Enriqueta et son ours en peluche Madariaga. Ou encore le chat de la famille, Fellini... et pourquoi pas les poissons rouges ? Outre la famille précitée (les parents font également des apparitions régulières bien que la famille ne soit jamais au complet), on s'émeut pour Z-25 le robot sensible et on s'amuse des pensées manchotes (bien qu'ils soient sans cesse nommés pingouins, il s'agit bien de manchots... erreur de traduction ?) !
Des personnages principaux qui interviennent de manière constante mais non continue, ce qui permet de renouveler une panoplie de protagonistes et de briser ainsi une monotonie de lecture trop coutumière dans cet exercice.

Autre force de Macanudo et non des moindres, cette philosophie qui se dégage de chaque strip. Des instantanés du quotidien qui font appel à des choses qu'on aurait pu connaître nous-mêmes et qui développent des pensées semées aux quatre vents. Difficile de dire que Macanudo va nous faire rire, là n'est pas vraiment le propos, mais c'est en tout cas une lecture qui donne le sourire et qui parvient à le figer sur notre visage. Personnellement je me suis juste senti bien en le lisant.

Pour finir, Liniers joue avec la forme de ses cases et s'extirpe du carcan de la linéarité. Il nous épargne des traditionnels gabarits et nous propose au contraire une grande diversité de narration séquentielle allant parfois jusqu'à l'expérimentation. Les bandes classiques sont ainsi cassées, améliorant ainsi la lisibilité de l'ensemble.

Et puis le tout est servi par un dessin plutôt rond enrobé de douces aquarelles. Le plaisir n'en est que plus complet !

Que ce soit à petite dose, quelques strips le soir sur le canapé, ou pour une lecture plus longue, le Macanudo de Liniers apporte une chaleur plaisante et toujours bienvenue et je ne peux que vous le recommander chaudement.

« Les samedis, quand ils se terminent, ils vont au ciel non, Madariaga ? »

Chronique du 17/03/14

Combien de fois ai-je tenté de feuilleter Macanudo, pensant y trouver quelque chose de Mafalda ? Et combien de fois l'ai-je refermé après quelques strips en me disant « Bof, c'est pas vraiment drôle... ».

C'est qu'en fait, Macanudo crée une ambiance, et c'est dans cette ambiance que l'on plonge. Plus que de l'humour brut, on ressent de la poésie. J'aime à le comparer plutôt à un recueil de pensées philosophiques. Et c'est là tout le paradoxe de Macanudo, celui que je n'arrive pas à cerner : c'est un recueil de strips. Donc quelques cases parues périodiquement dans un journal. Donc il devrait se prêter complètement au « picorage ». Or j'ai été incapable de picorer, et ce n'est qu'en me plongeant vraiment dans le livre que j'ai pu enfin prendre plaisir – que dis-je, me délecter – à cette lecture.
Macanudo, contrairement à la plupart des séries de strips, ne se concentre pas sur un héros. Il dresse plutôt un véritable panorama de personnages récurrents (ou aussi des interventions ponctuelles de personnages que nous ne reverrons sans doute jamais) : Enriqueta et son chat Felini, un groupe de lutins déjantés, des « pingouins » idiots (vive la traduction française : ce sont des manchots donc), des couples d'amoureux, le peintre Kaufman, Z-25 le robot sentimental, des poissons rouges, des pigeons, des... ah ben oui, des planètes ! Et on prend chaque fois plaisir à les retrouver ou à en découvrir de nouveaux !

Tous ensemble ils dépeignent avec une certaine dérision le quotidien du commun des mortels et retracent un portrait critique très doux de notre société. Et ce qui est vraiment extraordinaire, c'est que chaque case sent le vécu (l'épisode de la douche de la page 71 m'a tellement rappelé de souvenirs !!!). On s'imagine presque l'auteur en train de vivre, et de se dire : « Tiens, mais ça ce serait pas mal de le raconter ».

Finalement, si je ne devais retenir que trois mots de ce bouquin, ce seraient la poésie, la philosophie et le vécu.

Un autre avis : Champi

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.


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Tome 1

Année d'édition
2008

Magasin Général, l’arrière boutique Régis Loisel (s)(d), Jean-Louis Tripp (s)(d) CASTERMAN

Tome 1: "Marie"

Chronique du 08/01/07

Magasin général, c'est une superbe œuvre champêtre dans le village de Notre-Dame des Lacs mettant en scène ses habitants, autours du personnage de Marie Ducharme. Le début de l'histoire voit la mort de son mari, gérant du Magasin. Marie décide de reprendre le flambeau, tous les habitants du village se servent chez elle, c'est donc un grand soulagement. On y vends de tout, et Marie est toujours là pour donner un coup de main, aller à la ville chercher des marchandises ou amener Jean-Baptiste au docteur.
Les personnages sont tous très différents et touchants, l'institutrice, les trois chouettes, les frères Latulippe, le curé, Noël, Gaëtan ...
De plus, on est en admiration devant les décors et on a l'impression d'être avec eux, de faire parti de ce petit village charmant et de ses protagonistes usant d'un vocabulaire québécois qui met bien en situation.

Régis Loisel et Jean-Louis Tripp ont eu l'idée originale de s'associer pour réaliser cette bande dessinée innovante, tant pour le contenu que pour la manière de lui donner vie. Ils ont décidé de faire seulement ce qu'ils aimaient faire, Loisel se charge donc des croquis préparatoires et de la mise en page. Tripp quant à lui travaille sur la finition. Le rendu final donne un mélange de deux styles différents, ce n'est ni l'œuvre de Loisel, ni celle de Tripp, mais c'est l'œuvre d'un troisième homme.

J'ai eu la chance de me procurer en plus la version dite "arrière boutique" dans laquelle on voit sur chaque planche le travail des deux auteurs ainsi qu'une interview dans laquelle ils évoquent leur collaboration, c'est vraiment sympathique... non, c'est tout simplement génial :)
Je conseille vivement cette bande dessinée.

Chronique du 08/01/07

Magasin Général, c'est une BD tout simplement émouvante. Ici, Régis Loisel et son nouveau compère Jean-Louis Tripp plantent le décor dans un petit village rural du Québec profond des années 20. La simplicité est de mise dans cette aventure du quotidien. Bref un scénario radicalement différent des précédents Loisel, pareil pour le dessin (ben ouais, y'a la patte à Tripp aussi). Pour moi, cette BD c'est mon coup de cœur 2006.
Merci Tonton pour l'info en avant-avant-première !


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Tome 1: \\"Marie\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Serge"

Chronique du 08/01/07

« Un moment de Bonheur »

Voilà ce qu'on ressent quand on lit ce second volet de Magasin Général.
Comme pour le premier tome, je me suis procuré l'"arrière boutique". A la place d'une interview, cette fois, nous avons droit à des échanges de mails entre les deux auteurs. On peut voir le travail de retouche incessant de part et d'autre avant d'arriver au produit final. De plus, leurs commentaires sont souvent hilarants, on voit que ces deux là sont faits pour s'entendre :)

Je ne reviendrais pas sur la qualité des dessins qui est une nouvelle fois au rendez-vous, ni sur les personnages sympathiques de cette œuvre... si, en fait je vais en reparler un peu, et plus particulièrement de Serge Brouillet :)

Serge est un étranger, il est tombé en panne avec sa moto et a gentiment été recueilli par Marie, puis hébergé. « C'est un mal venant », « Un étranger seul chez une veuve ce n'est pas convenable »; Voilà ce qu'en disent les gens du village au début. Mais Serge se fera rapidement une place à Notre-Dame des Lacs et ouvrira même un restaurant.
Je vous laisse découvrir ce chef d'œuvre par vous-même:

« Un moment de Bonheur »

Chronique du 08/01/07

Un petit coin de France dans un petit coin de Québec... Magasin Général est toujours aussi sympa dans ce tome 2, et ici, un scénario semble se ficeler... Mais que nous préparent les auteurs pour le tome 3 ? J'en bave d'avance !

Au fait, j'avais dis que les "arrières boutiques" valaient le détour ? Version en double page, un peu le système des 2B de Soleil, sauf que la page de gauche, c'est la version Loisel, et la page de droite, c'est la version Loisel modifiée par Tripp (le dessin définitif mais pas encore colorisé). Je suis bien contente que Casterman ait pris la peine de poursuivre ce tirage "arrière boutique", ça fait mieux sur les étagères.


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Tome 2: \\"Serge\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "Les hommes"

Chronique du 11/12/07

Alors que le Gaëtan fête ses trente ans, les hommes sont de retour, Enfin ! ils vont retrouver leurs femmes et leurs maisons, bien au chaud à l'abri du froid hivernal.
Mais la joie de leur retour va rapidement laisser la place à un sentiment bien mauvais : la jalousie...

Le tome 3 de "Magasin général" continue de nous émerveiller avec autant de facilité.
Après avoir été finalement accepté au sein de la petite communauté de Notre-Dame-des-Lacs, Serge va cette fois devoir affronter les hommes... et ils ne voient pas son arrivée d'un bon œil.
L'histoire continue, et suit son rythme plaisant sans pour autant rentrer dans la routine. La série apporte toujours quelque chose de différent, se renouvelle, pour le plus grand plaisir des lecteurs, avec un récit toujours chargé en émotions... Des émotions justes, fortes et dures.

L'arrière boutique elle aussi préserve sa saveur particulière, les crayonnés de Loisel et de Tripp face à face, suivant le travail des deux auteurs.
Au début de l'album on retrouve un dossier sur la langue Québécoise très bien ficelé, où le lecteur pourra découvrir les influences qui ont amené cette idiome française à évoluer au fil des siècles, ainsi que quelques expressions usuelles et moins usuelles.
Un dossier très intéressant, instructif, et plutôt bien fait.

Chronique du 11/12/07

Les Magasin Général se suivent et ne se ressemblent pas... Et pourtant, on garde cette ambiance tranquille-mais-pas-trop de petit village isolé et l'innocence du scénario.

Dans ce tome 3, c'est excellent, Loisel et Tripp nous ont concocté une zizanie hommes/femmes bien menée. La rébellion des femmes face à des hommes jaloux... Miam.

Et puis cette arrière-boutique comporte un dictionnaire Français-Québécois à se faire dessus !


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Tome 3: \\"Les hommes\\"

Année d'édition
2007

Maison close (La) Collectif DELCOURT

La maison close

Chronique du 20/05/11

C'est le festival d'Angoulême 2009, par l'intermédiaire de son duo présidentiel Dupuy/Berberian, qui donne carte blanche à Florent Ruppert & Jérôme Mulot pour l'ouverture d'une maison close virtuelle.
Celle ci était consultable en ligne dans le cadre du festival et avait aussi son exposition au CIBDI (Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l'Image). L'année suivante, elle était éditée en version papier.

Le principe est simple : Ruppert et Mulot posent le décors et se chargent de donner toutes les bases nécessaires à l'histoire. Ils sont donc les architectes de cette maison close, de la porte d'entrée à la chambre à coucher, en passant par le bar, les vestiaires ou encore le vaste salon.
La trentaine d'auteurs invités vient alors domestiquer le lieu. Certains s'improvisent portier (Lewis Trondheim), refoulant ceux dont la tête ne lui revenait pas (mais qui finissaient par rentrer par des moyens détournés). D'autres essayent de garder l'anonymat, revêtant un carton pour se cacher (François Olislaeger), s'habillant avec une grande cape pour qu'on ne le reconnaisse pas (Émile Bravo) ou encore reprenant le rôle mythique de l'homme invisible (Frederik Peeters). Certains n'assument pas et jouent les timorés. D'autres encore sont curieux.
En tout cas, tous jouent le jeu, dévoilant leurs fantasmes ou craquant complètement.

La palme du craquage, je crois qu'on peut volontiers l'attribuer à Boulet, dont la physionomie change au gré de ses émotions, et qui se transforme en véritable monstre sexuel, au grand dam Frederik Peeters dont il met fin à l'invisibilité. C'est un peu gore au passage. Il fallait bien quelques scènes de trash.
Rassurez-vous, il y a aussi des scènes drôles ou romantiques, et je pense en particulier à la relation dessinée entre Morgan Navarro et Lucie Durbiano. Ou encore la complicité entre Nadja (incarnant une ourse) et François Olislaeger.

Je ne suis pas particulièrement attiré par les ouvrages collectifs. Et celui-là regroupe en l'occurrence de très nombreux auteurs.
Je ne suis pas non plus très attiré (mais quand même un peu curieux) par le contenu de cet album.
Pour finir, je n'aurais probablement jamais lu La maison close sans k.bd, puisqu'il s'agit là de notre chronique mensuelle du mois de Juin.

J'aurais tendance à vous aiguiller vers la lecture de Comédie sentimentale pornographique. Un album certes moins collectif, plus convenu, plus romantique, moins vulgaire... mais traitant tout de même de sexe.

Pas déçu, pas super emballé non plus, La maison close reste pour moi un album avec des hauts et des bas, avec des scènes qui ne sont pas toutes du même niveau. Certaines m'ont plus, d'autres nettement moins.
Rendons quand même hommage au projet : une improvisation grandeur nature au principe théâtral qui a su réunir pour un même album une belle brochette d'auteurs et qui, soulignons-le, fonctionne tout de même très bien.

La liste des auteurs (en vrac) :
Lewis Trondheim, Pauline Martin, Catherine Meurisse, Lisa Mandel, Florence Cestac, Nadja, Charles Berberian, Anouk Ricard, Peggy Adam, Aude Picault, Caroline Nury, Fanny Dalle Rive, Jérôme Mulot, Florent Ruppert, Lucie Durbiano, Hélène Bruller, Zep, Frantico, Émile Bravo, Guy Delisle, Boulet, François Olislaeger, François Ayroles, Killofer, Tom Gauld, Frederik Peeters, Sébastien Lumineau, Olivier Schrauwen, Christian Aubrun, Morgan Navarro.

Chronique du 25/05/11

Initié par Dupuy et Berberian lors de leur présidence au festival d’Angoulême en 2009, La Maison Close créée par Ruppert et Mulot est à l’origine une exposition doublée d’une expérience internautique. L’exposition, observable à travers des œillères donnait l’impression au visiteur de s’immiscer dans une action à laquelle il n’était pas supposé être mêlé. A l’époque déjà, j’avais trouvé le concept très intéressant, mais le problème, dans une exposition, c’est que dès qu’il y a un peu de monde, difficile de flanquer son œil dans tous les trous (en tout bien tout honneur....), et on ratait assez facilement la moitié de l’intrigue. La sortie en album papier de cette exposition permet ainsi au visiteur frustré de savourer à sa guise ce qu’il a loupé lors de sa visite.

Entourés d’un nombre monstrueux d’auteurs, La Maison Close est plus qu’un simple collectif d’auteur, puisque tous s’intègrent dans une seule et même histoire. A l’aide de d’un personnage les représentant, ils évoluent dans un décor défini, s’appropriant chacun le thème à sa façon. Je n’ai pas trouvé de détail sur la méthode de travail choisie par les auteurs, mais à la lecture, j’ai eu le sentiment d’avoir à faire avec une partie de jeu de rôle où Ruppert et Mulot feraient office de MJs (plantant le décor et adaptant la situation globale selon les actions de chacun), et les auteurs participants de PJs (à partir d’une situation donnée, quelle attitude adopter et quelle action choisir).

Bref, le concept est tout à fait innovant, et on sent qu’un travail de longue haleine se cache derrière tout ça. Malheureusement, comme tout concept, il y a un moment où ça ne tient pas la route. Rassurons-nous, ça reste quand même très crédible : je suis bluffée par le résultat. Néanmoins, l’ensemble finit par trainer en longueur. Les personnages, nombreux, finissent par court-circuiter le rythme, et au final, on est bien pressés d’en finir.

Que je ne fasse peur à personne : La Maison Close reste le meilleur album collectif que j’ai eu l’occasion de découvrir et il offre une lecture agréable, drôle et originale.


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La maison close

Année d'édition
2010

Malicorne Jérôme Le Gris (s), Rémi Bezançon (s), Thimothée Montaigne (d), Sébastien Bouet (c) 12bis

Tome 1 : " Première partie "

Chronique du 29/09/11

L'histoire se situe juste après les guerres napoléoniennes. Malicorne était un soldat parmi tant d'autres, errant dans le monde après avoir connu l'enfer, n'y trouvant plus sa place.
Ce sont les Royalistes, de nouveau au pouvoir, qui lui permirent rapidement de gagner sa vie. Ils lui donnaient des missions et s'offraient ses services en échange de sales besognes. Malicorne était en charge d'éliminer les personnes jugées dangereuses pour la nouvelle monarchie.
Un jour, il en eut marre et voulut tout arrêter. Mais tuer était la seule chose qu'il savait faire, et il prit au goût des duels, bravant la mort quotidiennement.
C'est son ancien contact pour le Roi qui parvint à le convaincre, moyennant une large contribution financière, pour une nouvelle mission. Il s'agissait d'infiltrer une société secrète, les enfants rouges, et d'éliminer son meneur : un certain Jacob.

Malicorne serait probablement passé inaperçu parmi toutes ces sorties de septembre si la couverture avait été autre. On y voit le héros (ou l'anti-héros, car il n'a rien d'héroïque ce bonhomme... mais j'aime bien les anti-héros), mal rasé, le regard résolu, deux révolvers dans les mains sous une lune bien ronde. Une chouette illustration qui donne envie d'aller plus loin et d'ouvrir le livre.
La deuxième accroche a été faite par les auteurs. L'un d'entre eux, Thimothée Montaigne, ne m'était pas inconnu. J'avais apprécié son travail sur Le 5ème évangile, sa première bande dessinée en tant que dessinateur (il avait auparavant fait des piges sur la couleur (Long John Silver) ou sur la couverture (Ed Gein)). Il avait alors déjà montré un trait particulièrement détaillé, riche en détails et d'une très grande application.
Pour finir, les cases à l'intérieur de l'ouvrage ont achevé de me convaincre : Thimothée Montaigne, professeur de BD de son état, nous montre des visages fermés, un univers dur et une ambiance qui fleure bon avec le western... ne nous y trompons pas, nous sommes au début du 19ème siècle... quelque part en France. La colorisation de Sébastien Bouet nous plonge corps et âme dans ce monde sombre et sans espoir.

J'ai allègrement parlé du graphisme, mais assez peu du scénario. Il aura fallu le lire pour se faire une idée du récit développé par Jérôme Le Gris et Rémi Bezançon. Dès le départ, on est immergé dans une époque chaotique peu évoquée dans la bande dessinée. Pourtant, elle est propice à de nombreux scénarios noirs ou mystiques. Ici il est question de meurtres, d'honneur et de sociétés secrètes. Une histoire très bien écrite et finalement pleine de bonnes choses.

Les personnages que nous dépeint le quatuor d'auteurs sont noirs et enveloppés d'une aura de mystère. Chacun d'eux est torturé, avec un caractère bien fouillé. J'aime beaucoup Malicorne, un type froid qui n'a pas peur de la mort. Cassandre, de son côté, est aussi belle que pleine de rancœur. Et il y a l'énigmatique Lady Mac Guff dont le visage a été à demi ravagé par l'acide...
J'espère pouvoir retrouver Thimothée Montaigne à l'occasion pour une nouvelle dédicace (il m'a déjà gratifié de jolis dessins sur Le 5ème évangile).

Je suis ravi de cette découverte, et j'espère que le second volet de cette série sera tout aussi prometteur. Affaire à suivre !




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Tome 1 : \\" Première partie \\"

Année d'édition
2011

Mamette Nob (s)(d) GLÉNAT

Tome 1: "Anges et pigeons"

Chronique du 06/01/08

Mamette est un petit bout de grand-mère qui surfe sur la retraite comme un jeune skater. Se décidera-t-elle à grandir un jour ?

Les aventures de Mamette et de ses copines du 3ème âge sont tout sauf une histoire montrant le côté décadent de la vieillesse. Bien au contraire, les nombreux strips qui composent l'album sont drôles et pourtant reflètent bien la vie quotidienne, les problèmes (et les abus ?) des papis et les mamies qu'on côtoie tous autours de nous :)

D'abord il y a Mamette, une grand-mère de petite taille et au grand cœur.
Mlle Pinsec est l'opposé de Mamette, très grande et voutée, qui fais peur aux enfants (sûrement parce qu'elle n'en a jamais eu) et critique toujours tout :)
Mme Vidal, la mamie hypocondriaque par excellence, qui ne cessera de nous faire rire (surtout à la pharmacie).
Et bien d'autres encore, des mémés sourdes aux fans de Monopoly ;)

Chronique du 02/04/13

Anges et Pigeons... Avec un titre comme ça, c'est forcément un livre pour moi ! Un titre en tout cas très tendre qui donne déjà un bon aperçu de l'ambiance.

Mamette, c'est un grand vent de fraicheur. Drôle, aimable, poétique et rêveuse, petite et ronde, elle tranche avec son amie Mlle Pinsec, sèche, râleuse et terre à terre, grande gigue osseuse. Elle nous fait entrer à petits pas dans le monde de la vieillesse. Un monde pas si sinistre finalement, quand on le regarde avec les yeux de cette petite mamie. Bon tout n'est pas toujours rose : les problèmes de santé, une vie associative chaotique, un fils distant. Mais la vie est faite de petits riens qui font que Mamette la prend toujours avec le sourire : les gâteaux, les pigeons, les journées de ménage et la présence de Maxou.

Les rondeurs (jusqu'au chignon) contribuent à donner à ce petit bout de bonne femme une figure enfantine. Avec elle, la vieillesse devient radieuse et gaie. Et pourtant, Nob met aussi sur le tapis toutes les difficultés de nos personnes âgées aujourd'hui : la solitude et l'oubli des familles, la mort au quotidien, la santé, le décalage culturel et technologiques avec les jeunes générations... Si tout ça est montré avec beaucoup d'humour et de finesse, ça ne résonne pas moins comme une réalité sociale. Ça fait partie de ces petites contradictions qui font de Mamette un titre incontournable : c'est drôle, mais c'est pertinent. C'est pour les enfants, mais ça parle encore plus aux grands. C'est de la fiction, mais c'est tellement vrai ! C'est innocent, mais ça fait réfléchir.
Dans chacune des personnes âgées qui apparaissent, on retrouve un « petit vieux » qu'on connait bien, avec ses travers et ses qualités. Et dans les défauts de personnages plus jeunes, c'est notre propre médiocrité que l'on retrouve.


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Tome 1: "Anges et pigeons"

Année d'édition
2006

Tome 2: "L'âge d'or"

Chronique du 10/01/08

C'est les vacances d'été pour Maxou, et sa mère doit partir en formation pendant un mois. Mamette hérite donc de la garde du garnement, un rôle qu'elle prend très à cœur, et qui n'est pas sans lui rappeler le temps où elle s'occupait de son fils... à l'inverse, Maxou à l'impression de vivre un véritable cauchemar, qui lui laissera sans conteste d'excellents souvenirs.

Le second tome de notre mamie héroïne ne perd pas de sa saveur, et ça c'est un excellent point positif. Qui a dit que la vie de retraité était triste ? :)
Même si l'histoire est plus axée sur la garde de Maxou, on retrouve tous les personnage qui ont fait le charme du premier volume.

A l'inverse de Lou, jeune fille débordante de vie, Mamette est le petit bout de grand-mère qui sait apprécier la retraite !



Roaarrr Challenge
- Prix Ligue de l'enseignement pour le jeune public - BD Boom 2008


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Tome 2: \\"L\\'âge d\\'or\\"

Année d'édition
2007

Tome 3: "Colchiques"

Chronique du 29/08/09

Mamette s'occupe de Maxou, le club joue au Monopoly, Mlle Pinsec est désagréable (mais marrante quand même), Ginette est sourde comme un pot, Mme Vidal est malade... finalement, tout est à sa place !

Dans ce tome, Mamette est partagée entre la compagnie de son fils, pour qui elle cherche un emploi et une femme (à sa façon, qui n'est pas spécialement appréciée de l'intéressé), et de Maxou, qu'elle adore garder. Lui aussi il l'aime bien à la Mamette, même s'il ne le montre pas forcément.

Un nouvel opus toujours dans le même esprit. On aime toujours les sketches de mamie avec ses gros clichés : comment se servir d'un téléphone portable ; le choc des générations...
Mais je reste un peu sur mon idée de l'album précédent : il n'y a plus l'effet "nouveauté", et j'ai un peu de mal à apprécier autant que le premier volet de la série.
J'aime bien quand même hein !




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Tome 3: \\"Colchiques\\"

Année d'édition
2008

Tome 4 : " Entre ciel et terre "

Chronique du 01/04/13

Mamette, c'est ce petit bout de mamie qui surfe sur la vieillesse comme un gamin qui s'amuserait sur un skateboard, le vent dans les cheveux sans se soucier des petits tracas de la vie de tous les jours.
C'est justement parce que cette mamie-là est tout ce qu'on aime des mamies qu'on adore Mamette. Elle apporte ce petit brin de soleil qui laisse à penser que la vie nous réserve toujours de belles surprises pour qui sait en profiter.

Mamette est en quelque sorte le grand œuvre de Nob et l'un des fers de lance de la collection Tchô ! Avec cette série, mais aussi l'excellent spin-off sur la jeunesse de Mamette (Les souvenirs de Mamette), il donne du liant à son personnage et le rend particulièrement attachant.
Chaque album est un peu une bouffée d'oxygène qui nous rapproche de nos aïeuls et qui nous fait les aimer (et pour ceux qui ont la chance d'avoir une grand-mère aussi géniale que la mienne, de leur offrir avec joie les albums de cette série). Des albums tellement plein de vie qu'ils nous font redouter le jour où Nob décidera d'y mettre fin...


« Finalement, sait-on de quoi il est mort ?
_ Bah. La vieillesse... la solitude... l'ennui... La vie, quoi.
_ Quand même... vous auriez fait un joli couple...
»

Le 4ème tome de Mamette a pour moi quelque chose de terrible.
Dans les albums précédents, et notamment par le biais des ami(e)s de Mamette, il est question des petits tracas de la vieillesse. Mais jamais il n'avait été aussi tristement décrit que la vieillesse marquait aussi la fin de vie... Non pas que ce tome-là soit triste, il ne l'est pas vraiment, mais il dégage une incroyable humanité.
J'ai été très touché par la disparition de Théodore Bruneau, le papi qui était secrètement amoureux de Mlle Pinsec. Justement parce qu'il est parti trop tôt (comme toujours), sans avoir pu/su avouer sa flamme. Il faisait parti des symboles qu'on appréciait dans les opus précédents. Un personnage qui nous quitte et qui nous permet de suivre une nouvelle histoire, qui là encore, apporte son lot de tendresse et de compassion.

« J'ai l'impression de vous avoir déjà vu...
_ Camille Desplanches, de la Comédie Française. Peut-être avez-vous eu l'occasion de m'applaudir en 1973 dans " Le Cid ", du grand Corneille ? Nous avions fait un trriomphe à Paris !
_ Je sais ! La publicité pour les surgelés, c'est vous, non ?
_ Oui, oui... Aussi...
»

Sur les traces du passé de Théodore Bruneau, nous faisons la connaissance de Camille Desplanches, ancienne gloire de la Comédie Française mais surtout connu aujourd'hui pour ses publicités sur les surgelés (sic). Mamette va tomber sous le charme de ce personnage haut en couleurs dont la poésie donne du corps à chacun de ses mots.
Un personnage touchant par sa sympathie mais aussi par la maladie qui le guette.

Et dans le même temps, le fils de Mamette traverse avec grand peine la crise de la cinquantaine, marquée par la perte de son emploi et un délicat retour à la maison.

Entre souvenirs et retour du printemps, cet album de Mamette nous en met plein les mirettes et nous rappelle combien la vieillesse peut être à la fois belle et cruelle, et réserver bien des surprises.


« Si je croyais en Dieu, je serais heureux de rêver au jour où je verrai dans le ciel un ange en robe blanche. »

Spéciale dédicace à ma grand-mère que j'aime, à mon grand-père qui ne se souvenait plus de toutes les bonnes recettes de gâteaux que j'adorais manger, à mes grands parents partis trop tôt.




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Tome 4  : " Entre ciel et terre "

Année d'édition
2010

Manabé Shima Florent Chavouet (s)(d) Philippe Picquier

Chronique du 08/02/12

Florent Chavouet est un amoureux du Japon. Lorsqu'il s'y rend pour la première fois, en 2004 (il n'a alors que 24 ans, sacré veinard va !), il profite de son temps libre pour parcourir la ville de Tôkyô à vélo et pour coucher sur papier ses premiers croquis, qui donneront plus tard naissance (en 2008) à Tokyo Sanpo, son premier livre (paru il y a peu au Japon, une chouette consécration pour ce chouette auteur français).
Durant l'été 2009, il décide de partir à la découverte d'une 3ème île de l'archipel japonais (sur près de 4000 répertoriées). On lui conseille le séjour touristique sur ShiraishiShima, mais il préfère débarquer sur sa modeste (et moins touristique) voisine : ManabeShima. Il y découvre une communauté essentiellement tournée vers la pêche, dont la population décline à vue d'œil.

« Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et même des îles où l'on pêche et l'on boit.
Ça tombe bien, je ne sais pas pêcher.
»


Florent Chavouet restera deux mois sur ManabeShima (littéralement « L'île de Manabe ») et il en résultera donc le magnifique album qui fait l'objet de cette chronique : Manabé Shima ! Inutile de vous dire qu'il n'y a pas d'accent sur les noms japonais... enfin, techniquement on devrait même l'orthographier ainsi : , mais je ne me permettrais pas de faire un article uniquement en japonais, d'une part parce que vous n'y comprendriez rien, et surtout parce que j'en serais bien incapable.

Dès le départ, il se dégage une grande sympathie pour ces gens simples, pour la plupart des pêcheurs et pour certains de grand amateurs de Shôshû (alcool à base de blé). Ils sont accueillants et invitent le jeune voyageur à partager leur vie pendant son séjour. Florent Chavouet les accompagne donc à la pêche, découvre la culture locale, les événements de l'île, les fêtes, les célébrations religieuses, etc.
Tout cela il nous le fait partager via son album, un véritable carnet de voyage très saveur locale.

Et qui dit carnet de voyage dit illustrations... Quelle claque !
Les illustrations de Florent Chavouet sont magnifiques. Il utilise une technique aux crayons de couleurs particulièrement soigneuse. C'est très coloré et vivant. Il décrit ses rencontres, il dépeint ce qu'il voit. Il présente les personnes qu'il croise et décrit même les intérieurs des maisons dans lesquelles il est invité dans une perspective bluffante, on s'y croirait !
Des annotations nous permettent de partager ses réflexions et ses découvertes. Elles font vraiment partie du dessin, s'enroulant parfois autours des décors mais le plus souvent liées à l'illustration par des flèches. Et dans une typo à la fois atypique et agréable qui plus est.

C'est un carnet de voyage au sens premier du terme mais il reste très très fluide et particulièrement lisible.
Contrairement à Un printemps à Tchernobyl ou À nous deux, Paris, il ne s'agit par d'un récit structuré dans des cases. Contrairement à Un américain en balade, on n'a pas cette sensation de temps qui passe, Florent Chavouet ayant décidé de ne pas inscrire son histoire dans une temporalité qui défile jour après jour. Pourtant on retrouve quand même une sorte de fil conducteur qui démarre à son arrivée sur l'île et qui nous amène jusqu'à son départ deux mois plus tard.


« Et pour les mamies plus pressées, il y a la MINI-CAR !
Le chaînon manquant entre la tondeuse à gazon et l'automobile.
»

Manabé Shima est un album plutôt long à lire. Régulier dans sa forme, il n'y a pas de longueurs pour autant. Tout est absolument essentiel ! Et c'est sans aucun doute grâce à cet humour décalé présent dans chaque page, grâce à ces annotations précieusement loufoques et pourtant très instructives. Et puis c'est beau de bout en bout, alors on reste sur chaque page pour les contempler dans les moindres détails. C'est un travail de fourmis, alors forcément : on admire.
J'en viens à me demander comment il a bossé sur cet album. J'imagine bien qu'il a pris ses croquis sur le vif... mais a-t-il le temps de les coloriser sur place ? Ça doit prendre un temps fou !

Une chose est sûre : on a aimé partager cette vie simple faite de pêche et de découvertes. On avait déjà envie d'aller au Japon, on aurait maintenant envie de faire un crocher par ManabeShima, c'est malin !
En plus, on a déjà la carte des lieux (une gigantesque carte de l'île, à détacher en fin d'album), évidemment dessinée aux crayons de couleur.

Chronique du 08/02/2013

Il m'a fallu 2 bonnes années pour me décider à ouvrir Manabe Shima... Une fois de plus, merci K.BD !!!
Je savais que les dessins étaient chouettes, mais le format « carnet de voyage » avec des dessins dans tous les sens me rebutait un peu. La vérité c'est que je n'ai jamais dû l'ouvrir car je n'aurais pas hésité une seule seconde.

Première page : WOUH ! Il dépote au dessin, Chavouet
Deuxième page : HAN ! Les portraits sont superbes !!!
Troisième page : NAN MAIS C'EST TROP BEAU !!!

Voilà, y'a pas de secret, Chavouet possède une maîtrise insoupçonnée du crayon de couleur. Je ne savais même pas qu'il était possible de faire des dessins si beaux avec un outil si rudimentaire !!! Plus on avance dans le livre, et plus on est scotché par le talent de Chavouet. Ombres et lumières, expressivité et ressemblance des personnages, nuances... Tout se joue au crayon de couleur avec une parfaite justesse.
La rondeur du dessin, des personnages aux décors, donne au lieu et aux protagonistes une innocence et un art de vivre qui témoignent au passage d'un séjour manifestement apprécié par l'auteur.

Quant au format « carnet de voyage », loin de jeter au hasard des objets sur une page comme j'en avait le souvenir, et donc de rendre la lecture imbuvable, Chavouet présente des scènes de vie, des anecdotes, décrit des lieux, le tout minutieusement annoté de remarques permettant de prendre tout l'intérêt de ce qui est représenté. On dépiaute petit à petit chacune des facettes de l'île, chaque caractère de ses habitants, chaque événement du quotidien, le tout avec humour et décontraction.

Par humour, je ne veut pas dire qu'il pointe du doigt les défauts de tel ou tel personnage avec une plume acerbe... Non-non-non, au contraire son humour touche au décor, à la faune, aux objets et crée laissent une impression de bonheur simple et rustique.
C'est pas compliqué : quand on lit Manabe Shima, on est heureux et on oublie tout le reste !


Une lecture que nous partageons avec Mo'. Courrez lire son avis !

D'autres avis encore : Nico, Jérôme, Zaelle, Choco, Champi


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Année d'édition
2010

Marche du crabe (La) Arthur de Pins (s)(d) SOLEIL

Tome 1 : "La condition des crabes"

Chronique du 06/02/11

Deux crabes carrés se sont croisés un jour sur l'emplacement même d'une guitare, abandonnée sur une plage de l'estuaire de la Gironde. C'est le destin qui a voulu ça : ils sont faits pour être musiciens !
Pourtant, l'un d'eux en a sa claque de jouer toujours le même morceau. C'est à ce moment là que deux diables de garnements arrivent et capturent l'un des deux compères guitaristes...

Le Cancer Simplicimus Vulgaris est une espèce en voie de disparition qui vit dans l'estuaire de la Gironde. Incapables de changer de direction, ils sont condamnés à toujours cheminer sur la même route, à croiser les mêmes rochers ou à traverser les mêmes flaques. Voilà donc le simple concept de cette bande dessinée, réalisée à partir d'un dessin animé court métrage, fruit du travail d'Arthur de Pins lui-même il y a quelques années, alors qu'il terminait ses études. À cette époque là, le crabe carré ne portait pas le même nom, mais une dénomination scientifique réelle : Pachygrapsus Marmoratus. Pourtant, la tare génétique de ce crabe étant fictive, autant employer un nom qui le soit tout autant.

J'avais eu l'occasion de voir le court métrage sur internet. Je l'avais trouvé à la fois drôle et original. L'album reprend l'histoire de ce film tout en l'étoffant grandement. Il n'est d'ailleurs que le premier d'un triptyque, et les fins de l'album et du film se terminent à peu de choses près de la même façon.

Pour la petite histoire, Arthur de Pins souhaitait développer un long métrage de cette fiction, mais il en a eu marre de faire des ronds de jambes pour obtenir des subventions. Et puis le storyboard était déjà tout écrit, alors pourquoi ne pas le mettre application pour de la bande dessinée après tout.

Un album nominé dans la sélection officielle d'Angoulême 2011. Mais contrairement au court métrage qui a récolté une trentaine de prix, la bande dessinée n'aura pas eu cette chance.




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Tome 1 : \\"La condition des crabes\\"

Année d'édition
2010

Match Grégory Panaccione (s)(d) DELCOURT

Chronique du 19/07/14

Pantalon large, ample tunique et chaussures à talon, Marce Coste n'a pas vraiment l'allure du sportif. Personnage de fort embonpoint, il marque aussitôt par sa dégaine bidochon, ses cheveux mi-longs et ses binocles. Venu avec son brave toutou et son poisson rouge, ses deux fidèles compagnons spectateurs, on aurait du mal à croire qu'il s'apprête à disputer un match de tennis.
Son challenger anglais, Rod Jones, est l'image-même qu'on se fait d'un athlète : il est prêt pour le combat à venir, fin équipé et fermement déterminé. À n'en point douter, la rencontre semble disproportionnée...


De la baballe, mais pas que !

Et si je vous disais que Match retrace un match de tennis point par point du premier service au dernier coup gagnant ?
C'est le pari un peu fou que s'est lancé Grégory Panaccione (Âme perdue, Toby mon ami), qui a encore ajouté à la folie en produisant un album entièrement muet (visiblement une habitude chez lui). Évidemment, nous ne pouvions imaginer pareil OLNI publié ailleurs que dans la collection Shampoing du non moins extravagant Lewis Trondheim.

Je vous entend rigoler, vous qui n'aimez pas le tennis, vous qui pensez que c'est chiant de voir deux personnes se renvoyer la baballe pendant 3 heures. Vous vous demandez innocemment quels arguments je pourrais trouver pour vous inciter à lire ce Match ? Eh bien figurez-vous qu'aimer le tennis est totalement inutile pour apprécier cette lecture car Grégory Panaccione parodie ce sport bien souvent trop sérieux (sauf quand Novak Djokovic enfile un masque de Dark Vador... il était plus fun quand il était pas encore numéro 1) pour en faire un récit vibrant d'humour à la limite de l'exercice de style.

L'humour, omniprésent, est servi par l'opposition flagrante entre le télégénique Rod Jones, joueur de bon niveau, et le pathétique Marcel Coste qui n'a décidément rien à faire sur un court de prime abord. Un décalage renforcé par des rebondissements surprenants savamment distillés tout au long de l'album.
Cette dérision constante permet de passer un bon moment et surtout de ne pas voir défiler les points. Car c'est là un autre tour de force : les balles s'enchaînent et le match ne souffre d'aucune coupure. Nous assistons bien à l'intégralité de la rencontre !


Sans maîtrise la puissance n'est rien

Grégory Panaccione produit un récit intense et alterne les séquences de pause (réflexions, relaxation, transitions incongrues...) avec des échanges rythmés : les gestuelles en mouvement sont d'une grande expressivité et la dynamique se lit dans chaque déplacement ou impact de balle.
Pour rendre toute l'intensité d'un match de tennis, il fallait prendre quelques inspirations du côté du manga et l'auteur a particulièrement bien associé sa patte franco-italienne à la chronophotographie propre aux planches japonaises : c'est ce procédé qui crée la cadence et qui permet aux scènes de se succéder sans lassitude. J'évoque le manga parce que c'est ce qui me vient automatiquement à l'esprit en voyant le découpage, mais on pourrait aussi l'assimiler au lourd passif de l'auteur dans le milieu du dessin animé.

Enfin, les aficionados du tennis apprécieront retrouver dans Match ce qui fait l'essence de ce sport. Car Grégory Panaccione, probablement pratiquant lui-même, retranscrit très bien la gestuelle et les mimiques des joueurs, des glissades de fond de court à la traditionnelle tapée de raquette sur les chaussures pour décoller la terre battue des semelles. Ce n'est pas tout car l'auteur parvient aussi à matérialiser le mental, élément déterminant dans cette pratique sportive et qui peut faire basculer une rencontre dans un sens comme dans l'autre.


Noir et blanc, muet, sur le sport... Grégory Panaccione s'est lancé un défi de taille en réalisant cet album. Force est de constater que l'ouvrage est surprenant et bourré de qualités.
L'auteur a su traiter un sujet trop rare en bande dessinée en y injectant une bonne dose d'humour... à lire et à relire !


Un autre avis mais le même Angle de vue : PaKa

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.




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Année d'édition
2014

Maus Art Spiegelman (s)(d) FLAMMARION

Maus - L'intégrale

Chronique du 05/08/11

Artie vient rendre visite à son père. Nous sommes alors en 1978, et cela fait quelques temps qu'il ne l'a pas vu. Depuis le suicide de sa femme Anja dix ans plus tôt, son père Vladek Spiegelman, s'est remarié. Avec une autre Juive, Mala, qui a elle aussi survécu aux déportations en Pologne.
À l'occasion de cette visite, Artie reparle de son projet d'écrire un livre sur la vie de son père durant la seconde guerre mondiale, et lui demande de lui confier son histoire.

Maus est un bouquin magnifique et ce pour tout un tas de raisons. La critique lui a par ailleurs montré ô combien le témoignage qu'il laissait était important.
Le premier opus, Mon Père saigne l'Histoire, est paru en 1987. L'année suivante, il obtient l'Alph-Art du meilleur album étranger lors du festival d'Angoulême. Une consécration pour une bande dessinée.
Le second tome, Et c'est là que mes ennuis ont commencé, paraît en 1992 et clôt le diptyque. Une sortie là aussi honorée par l'Alph-Art du meilleur album étranger d'Angoulême, mais pas seulement. Car Maus se voit aussi décerner le prix Pulitzer, une récompense unique jamais attribuée à une autre bande dessinée.

Art Spiegelman a travaillé 8 ans sur le tome 1. Il a tout d'abord recueilli le témoignage de son père, prenant des notes ou enregistrant leurs entretiens. Vladek Spiegelman est mort en 1982. Ce livre n'est pas seulement un hommage à l'homme, c'est aussi un témoignage fort sur la Shoah durant la seconde guerre mondiale. Un travail de longue haleine, délicat et complet.

Pour autant, moi qui m'attendais à une lecture difficile, laborieuse et complexe, j'ai été très agréablement surpris : Art Spiegelman n'a pas seulement raconté l'holocauste, il a développé une véritable dynamique de récit par le biais de sa relation père-fils. Étant donné que son père est un homme plutôt atypique, cela apporte beaucoup d'humour à la lecture et une légèreté certaine.
Le fait d'avoir maquillé la guerre y joue aussi pour beaucoup. En effet, Maus est un récit anthropomorphique, puisque les Juifs sont des souris, les Allemands des chats, et les Polonais des cochons. Pourquoi des souris me direz-vous ? Peut-être à cause de cet article de journal paru en Allemagne au milieu des années 30 :

« Mickey Mouse est l'idéal le plus lamentable qui ait jamais vu le jour... De saines intuitions incitent tous les jeunes gens indépendants et toute la jeunesse respectable à penser que cette vermine dégoûtante et couverte de saletés, le plus grand porteur de bactéries du règne animal, ne peut être le type animal idéal... Finissons-en avec la tyrannie que les Juifs exercent sur le peuple ! À bas Mickey Mouse ! Portez la croix gammée ! »

Une légèreté (je ne parle pas de la citation juste au-dessus évidemment) qu'on retrouve aussi dans l'histoire racontée par Vladek. Car le ton employé, bien que rendant bien le contexte difficile, n'est pas défaitiste ou misérable.
Vladek s'en est toujours sorti dans la vie, il a toujours su rebondir et se montrer inventif. De l'ingéniosité, il en fallait pour survivre. Lui, il n'en manquait pas. On se rend rapidement compte dans le récit que survivre était un miracle pour un Juif Polonais. Combien de pièges évités ? Vladek avait toujours un temps d'avance, il prévoyait quand il y avait un coup fourré dans l'air, il savait flairer les bons coups, il avait de l'astuce et se débrouillait pour économiser le moindre bout de pain, il parlait plusieurs langues et savait se trouver les bonnes connaissances, ceux qui l'aideraient...
J'évoquais plus haut que Vladek était quelqu'un de particulier. Oui, il n'était pas seulement débrouillard, « Sur certains points, il est exactement comme les caricatures racistes du vieux Juif avare. » Pingre, caractériel, suspicieux, touche-à-tout, pinailleur. Un caractère qui devient très vite étouffant alors qu'il est vieux et que son fils lui rend visite, mais qui lui a peut-être sauvé la vie dans sa jeunesse. À moins que ce ne soit sa vie d'avant qui l'ait changé ainsi.

« _ À propos, avec les allumettes, il est encore plus dingue que tu croyais...
Comme le gaz est compris dans le loyer, il laisse un brûleur allumé toute la journée pour économiser des allumettes.
_ Mon Dieu, si ce n'était pas si pathétique, ça pourrait presque être drôle. »


Autrement dit, Art Spiegelman a non seulement abreuvé le monde d'un récit autobiographique (sur son père) traitant d'un sujet très grave, mais il a également évité l'écueil qui aurait pu rendre l'album ennuyeux et la lecture ardue.
Je comprends pourquoi l'album a obtenu le prix Pulizer. Il y a dedans un véritable travail de mémoire sur la Shoah, sur la réalité de la guerre et des camps de concentration. C'est historiquement fidèle et un témoignage rare d'un Juif ayant survécu à toutes les épreuves de la seconde guerre mondiale.
Je comprends aussi pourquoi l'album a été primé à Angoulême tellement le sujet est traité avec une dose d'humour, le rendant acceptable et compréhensible tout en traitant d'une sujet grave et complexe.

Une lecture dont je ressors donc heureux. J'ai le sentiment d'avoir appris sur l'holocauste et sur la vie d'un Juif en Pologne. J'ai le sentiment d'avoir partagé un peu l'intimité de l'auteur dans la difficulté de ses relations avec son père. Pour autant, je ne me suis pas ennuyé, et je n'ai pas trouvé le temps long.
Oh non, Maus est vraiment un album magnifique !



Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album étranger - Angoulême 1988 (T1)
- Prix Pulitzer 1992
- Will Eisner Award - Meilleur album (matériel réédition) 1992
- Alph-Art du meilleur album étranger - Angoulême 1993 (T2)


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Maus - L\\'intégrale

Année d'édition
1998

Mauvais genre Chloé Cruchaudet (s)(d) DELCOURT

Chronique du 06/11/13

Qu'il soit utilisé dans son sens commun, en linguistique, en biologie ou en philosophie, le genre est un moyen d'enfermer un individu ou un type de choses dans un groupe, de catégoriser.
Un mot qui implique en quelque sorte un classement et qui partage aussi l'espèce humaine entre le masculin et le féminin.

Mauvais genre conte l'histoire de Paul Grappe et de sa femme Louise Landy. Leur jeune idylle d'avant guerre doit cesser avec l'appel du front.
Ces tranchées qui sillonnent la terre en un champ de sang et de larmes causent également bien des séquelles dans la chair et dans l'âme. Paul s'enfuit face à l'horreur, il devient déserteur et rentre chérir sa douce. Mais il ne peut sortir de chez lui de peur d'être repris... C'est là que l'idée complice de Louise va le transfigurer à jamais : Paul va se travestir et devenir une femme aux yeux du monde.

Mauvais genre est aussi et avant tout l'adaptation en bande dessinée de La garçonne et l'assassin, un roman paru en mai 2011. Ses auteurs, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, sont tous les deux historiens et directeurs de recherche au CNRS. Danièle Voldman est également spécialisée dans les conséquences des conflits sur les ensembles urbains. On peut alors comprendre ce qui les a mis sur la voie de ce fait divers du Paris des années folles et leur démarche de mettre en avant les troubles d'un homme tourmenté par la guerre.


Libération sexuelle, (r)évolution intellectuelle.

L'une des grandes forces de cette bande dessinée est son incroyable complexité malgré sa fausse simplicité apparente.
Traduisant un fait réel, elle met en scène des personnages de l'Histoire qui, bien que méconnus du grand public, véhiculent un instantané des années 1920.
On y retrouve la guerre bien sûr, ses traumatismes sur les soldats qui marquent toute la vie durant et que nous serions bien incapables de décrire.
Et puis il est surtout question de société. La transformation de cet homme, sa fascination progressive pour la femme qu'il devient et qui l'obsède, ses escapades nocturnes et les dessous du Bois de Boulogne (qu'on imaginait moins perverti même dans notre imaginaire le plus dépravé), sont autant de circonstances aggravantes qui mettent en exergue les choses qui aujourd'hui peuvent être acceptées dans nos mœurs mais qui autrefois étaient inconcevables.

« Il y a les hétérosexuels et les homosexuels, comme il y a les hommes et les femmes. Si on n'est pas l'un, on est l'autre, c'est tout. »

Il est aussi question de maltraitance, de prostitution, de moralité et d'une justice bien différente de celle d'aujourd'hui.
Les thématiques abordées sont nombreuses mais traitées sans superficialité. L'alchimie fonctionne à merveille.

Chloé Cruchaudet nous avait dit en 2009 qu'elle appréciait conter des voyages, du genre de ceux qui ne se passent pas comme prévu. Ses œuvres comptent toujours une part d'histoire vraie, de la vie de Minik aux amazones du Dahomey, et maintenant avec Paul Grappe et Louise Landy.
Mauvais genre fait certes rupture avec les voyages exotiques mais on perçoit dans le ton cette pointe d'ironie et de féminité qui caractérise sa narration... bien sûr, avec une ouverture sur un procès, on pouvait s'attendre à ce que tout ne soit pas un long fleuve tranquille.


Unicité entre le fond et la forme.

Depuis quelques années que nous suivons son travail, chaque nouvel album de Chloé Cruchaudet est un plaisir, d'autant plus qu'elle parvient à se renouveler et à varier sa palette graphique.
Au premier abord, on pense reconnaître dans la forme une certaine influence de Manuele Fior (sur L'entrevue), mais c'est plus subtil que ça :
Après le filtre glaçant de Groenland Manhattan, les aquarelles chaleureuses de l'Afrique d'Ida, voilà maintenant un traitement charbonneux au fusain ponctué de touches colorées savamment diluées, aboutissant sur un rendu proche du noir et blanc.
Ce qui est intéressant dans l'approche de l'auteure, c'est cette constante adéquation entre le choix graphique et les récits qu'elle décrit. Ici les couleurs de l'amour et de la république passent derrière le filtre de la mort, des traumatismes et du passé.



Histoire vraie sensuelle et débridée, la vie de Paul Grappe est encore étonnante un siècle plus tard. Le roman a aussitôt tapé dans l'œil de Chloé Cruchaudet qui n'a pas tardé à l'adapter en bande dessinée... pour notre plus grande joie.

Paru en septembre 2013, Mauvais genre a rapidement été salué par le Prix Landerneau et le Prix coup de cœur de Saint-Malo.

Chronique du 06/11/13

Le problème dans le fait que c'est Lunch qui achète les BD, c'est que ça donne des trucs du genre :
« Tiens, j'ai ramené le dernier Cruchaudet, c'est une histoire de travesti !
- ... »
Ce genre de scène arrive très régulièrement sur diverses bandes dessinées de divers sujets, et souvent, quand c'est le cas, je suis finalement agréablement surprise. Autant dire que c'est aussi le cas pour celle-ci. Mais dans son cas, il faut admettre qu'au-delà du thème qui paraît plutôt saugrenu, c'est avant tout « le dernier Cruchaudet ». Oui, Chloé Cruchaudet, celle-là même que nous avons découvert avec enthousiasme sur Groënland Manhattan et suivie avec engouement sur Ida.

Pour aller plus loin que « c'est une histoire de travesti », l'auteure nous emmène, comme elle l'avait fait avec son premier titre, sur les traces obscures de l'histoire. Eh oui, en fait elle retrace ici l'histoire véridique d'un couple pendant la Première Guerre Mondiale, et s'inspire pour cela du livre La garçonne et l'assassin écrit par deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman.

Sur fond de procès (dont nous ne découvrirons l'objet qu'à la fin), on suit les péripéties abracadabrantes de ce couple, Paul et Louise, et on comprend petit à petit les tenants et les aboutissants de cette histoire hors du commun. Ou comment Paul, macho viril par nature, devient au fur et à mesure une femme extravertie (et invertie aussi un peu d'ailleurs).
Ce qui est souvent gênant avec les biographies, c'est leur côté rigide. Point de cela ici. Cette histoire est tellement inattendue qu'on refermerait le livre, persuadé qu'il s'agit là d'une fiction pure.

A travers ce tableau, Chloé Cruchaudet ne dépeint pas seulement la vie d'un travesti, elle montre aussi la société française du début du XX° siècle, l'horreur de la guerre, la difficile vie de couple... Bref, une bande dessinée très complète telle que Chloé Cruchaudet sait si bien les faire tout en nous surprenant par sa thématique et ses situations rocambolesques.

Côté dessin, elle se rapproche pas mal du style utilisé dans Ida, mais ici avec un traitement des couleurs encore différent de ses deux premiers titres. Un mélange de lavis et de fusain entretient une ambiance « noir et blanc » très en accord avec le décor à la fois historique et sombre des quartiers populaires du siècle passé. Pourtant, on devine les couleurs. Le rouge fait régulièrement son apparition et vient rompre les dégradés de gris. D'autres couleurs viennent teinter plus discrètement l'ensemble, de sorte que la monotonie du gris ne se fait jamais sentir. Là encore, c'est une belle réussite, même si l'on serait tenté de regretter les couleurs éclatantes (mais peu appropriées ici, il faut l'admettre) d'Ida.


D'autres avis :
Une lecture commune que nous partageons aujourd'hui avec tout un tas de gens très bien, et que vous pouvez lire par ici :
Marion, Mo', Moka, Noukette, Jérôme

Et puis aussi chez David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

Roaarrr Challenge
- Prix de la critique ACBD 2014
- Prix des lecteurs k.bd 2014
- Prix du Public - Angoulême 2014


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Année d'édition
2013

Médée Blandine Le Callet (s), Nancy Peña (d) CASTERMAN

Tome 1 : " L'ombre d'Hécate "

Chronique du 09/07/14

« N'aie pas peur, vieille carne : c'est la dernière épreuve. Elle sera pénible, c'est sûr, mais la vieillesse t'a rendue coriace. N'aie pas peur. Ce sera comme le reste, tu iras jusqu'au bout. »

Désormais seule sur une île moribonde, Médée n'est plus que le reflet de ce qu'elle était dans sa prime jeunesse. Ses rêves se sont envolés bien vite, lorsqu'elle comprit que la vie ne se préoccupait pas de préserver l'innocence... Il est temps de refermer la boucle et de retranscrire l'histoire, son histoire, celle qui a fait d'elle un mythe, qui l'a façonnée en monstre.
Elle qui n'est plus qu'une vieille peau fripée sur un corps malingre, elle doit encore accomplir une ultime épreuve : accepter la sentence qu'elle n'a que trop dispensée...

Fort de ce préambule significatif d'un lourd passif à porter, la prêtresse d'Hécate va nous emporter dans une mise en abîme vers le récit de ses jeunes années.
C'est ainsi que nous retrouvons une petite fille pleine de vie, dynamique et insouciante, à l'aube de sa puberté. Médée a tout pour elle, belle et intelligente, elle est la fierté de son père, Aiétès.
Aiétès, Roi de Colchide et père de 3 enfants (Calcioppé, Médée et Absystos), initie bien tôt sa favorite aux secrets de l'érudition, de la littérature à la médecine, avant de lui ouvrir les portes des mystères d'Hécate. En tant que fils, Absyrtos est voué à monter sur le trône après lui. Hél(l)as (hum...), ce dernier est rongé par d'inexplicables crises de folie...

« Mon laideron de fille aînée a pondu sans effort deux paires de jumeaux en deux ans. Quatre garçons !
Et moi, le souverain d'un royaume opulent, moi que tout le monde craint et respecte, il m'a fallu attendre dix-huit ans. Dix-huit années durant lesquelles je n'ai cessé de prier les dieux pour qu'ils m'accordent un héritier.
Lorsqu'il m'exaucent enfin, c'est pour me donner un fils malingre et débile.
 »


Une interprétation sombre...

Blandine Le Callet effectue ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée après avoir acquis ses premières lettres de noblesse dans la littérature (auteure de 2 romans et d'un recueil de nouvelles). Enseignante en latin à l'université, elle poursuit également des recherches en philosophie et littérature sur la notion de monstruosité dans l'Antiquité. Des recherches qui l'ont finalement poussé à rencontrer le mythe de Médée.

Il y a fort à parier qu'elle ait su bénéficier de l'expérience de Nancy Peña, déjà auteure de nombreux albums (la plupart aux éditions La boîte à bulles : Le chat du kimono, les nouvelles aventures du chat botté...), pour le découpage et la transposition du mythe en bande dessinée. Un support que la scénariste maîtrisait peut-être moins mais qu'elle a, selon les dires de la dessinatrice, très vite appréhendé.

Il en découle un récit fluide et documenté, fruit de l'interprétation (sensée être) véritable de l'histoire de Médée.
En citant dans la postface les noms d'Euripide, Apollonios de Rhodes, Valerius Flaccus, Ovide et Sénèque et en ne mentionnant pas par exemple le nom de Christa Wolf ou la venue de la prêtresse à Éleusis, Blandine Le Callet écarte d'emblée la thèse d'une Médée accusée à tord et assoie le mythe (le plus répandu) de la sorcière cruelle et sanguinaire.


Sur les traces de la Toison d'Or !

Le premier tome qui pose les bases d'une vie paisible en Colchique, où Médée mène une enfance heureuse.
La suite de l'aventure devrait sonner la venue des Argonautes et le début des problèmes, nous embarquant par la même dans la fabuleuse conquête de la Toison d'Or.

Les auteures ont fait de ce préambule au mythe, plutôt extrapolé du fait de son essence en tant que genèse, un cocon où Médée nous apparaît comme innocente, charmante, agréable...
Les événements précédant l'arrivée de Jason, décrits dans ce tome 1, tendent à construire la personnalité de celle qui deviendra par la suite une prêtresse à la sinistre renommée. Une amorce toute en douceur qui n'aurait pas eu la même force si le dessin n'avait pas été en bonne osmose avec le scénario.

Nancy Peña excelle à donner un caractère enfantin à la jeune fille, tout autant qu'à l'affubler d'expressions plus tristes lorsqu'elle subit les contrecoups de l'existence et plus matures au fur et à mesure qu'elle apprend... J'ai hâte de découvrir la Médée amoureuse et, plus tard, la Médée plus acerbe qu'elle deviendra par la force des choses.

Parfois poétique parfois sombre, le rythme de ce premier tome oscille entre bonheurs innocents et secrets nocturnes.
La tragédie grecque pose toujours d'excellentes bases, riches et dramatiques. Reste tout un mythe à développer : affaire à suivre !


J'ai le plaisir de partager cette lecture avec Mo' pour son grand retour sur la toile. Cela fait quelques temps que mon écrit est prêt mais je ne pouvais pas envisager de le publier sans elle, grande admiratrice du travail de Nancy Peña s'il est besoin de le signaler.
Courrez vite lire son avis !


D'autres avis encore pour approfondir : Yvan, David Fournol, Moka, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteure.




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Tome 1 : " L'ombre d'Hécate "

Année d'édition
2013

MediaEntity Simon Kansara (s), Émilie Tarascou (d) DELCOURT

Tome 1

Chronique du 05/10/13

MediaEntity est un projet aux multiples facettes.
Tout d'abord, c'est un nouveau genre de bande dessinée, une façon différente de lire et de se divertir.
Au préalable parue en version numérique, à découvrir sur son écran d'ordinateur ou sa tablette, l'histoire de MediaEntity chamboule un peu plus les codes de la narration visuelle, et ce grâce au Turbo média.

Vous vous demandez sûrement quelle nouvelle technologie se cache derrière ce nom barbare ? Elle repose sur un principe simple : alors qu'une bande dessinée se lit case par case en donnant un coup d'œil global sur une planche, le Turbo média propose un défilement des cases de manière chronophotographique, un peu comme dans un film. Il suffit de cliquer ou d'appuyer sur une touche de son clavier pour activer la séquence suivante : une nouvelle case ou l'apparition d'une bulle de dialogue supplémentaire, un effet scénique, etc...
Le concept n'est pas novateur en soi – cette pratique-là était déjà utilisée dans les fichiers Powerpoint par exemple – mais il propose ainsi une manière plus dynamique de lire de la bande dessinée.
Et justement, tout est question de rythme dans MediaEntity...


Éric Magoni est trader, autrement dit ce genre de banquiers dont on parlait si peu avant la « crise économique » et qui brasse beaucoup d'argent en bourse. Lorsqu'il remarque avec effroi les chiffres indiqués sur son écran d'ordinateur, il sait qu'il a fait un grosse bêtise et qu'il est mal, très mal. La banque accuse une perte record de 5 milliards. Il va se faire virer c'est sûr. Pire encore, sa banque pourrait couler avec lui... et cette fois-ci il ne sera pas couvert : le bouc émissaire est tout trouvé, ce sera lui !
S'ensuit une course contre la montre. Éric Magoni cherche à fuir ses responsabilités et s'évertue à clamer son innocence alors que tout semble le désigner coupable. En bref, il s'est fait pirater son identité !

« Bien, monsieur Magoni...
La banque SCG vous poursuit pour "abus de confiance" et "faux et usage de faux". Nous venons d'obtenir pour le compte du gouvernement l'accès au log de votre entité.
»


Avouons-le, le rythme effréné du scénario apporte une tension palpable et le Turbo média aide à l'immersion dans cette histoire aux côtés d'Éric Magoni. De même, le dessin d'Émilie est expressif et plein de vivacité. Son trait a un petit quelque chose de Christophe Blain dans sa dynamique, bien qu'il soit moins mature dans sa fermeté.
Mais ce ne sont pas les seuls points forts de MediaEntity, car à côté du premier mot barbare sus-cité, on pourrait également parler de Transmédia. MediaEntity joue sur les frontières entre la réalité et la fiction. Vous aurez bien entendu fait le rapprochement entre Éric Magoni et Jérôme Kerviel (sa banque s'appelle d'ailleurs la SCG, de là à voir un lien avec la Société Géniale...). Il est aussi question du « tout numérique » et de la protection de la vie privée. L'histoire de cette bande dessinée part d'un principe simple : notre monde évolue et nous sommes tous de plus en plus imprégnés par les nouvelles technologies : smartphones (bientôt à reconnaissance digitale), Facebook, carte d'identité numérique... nous sommes fichés, repérables, et les informations que nous laissons sur le domaine public peuvent facilement se retourner contre nous. Je ne suis pas un paranoïaque dans l'âme mais il faut tout de même faire attention à ce qu'on dit et ce qu'on fait, sur les réseaux sociaux pour commencer.
Le thème premier de MediaEntity est le vol d'identité. Cette histoire pourrait être un récit d'anticipation du monde de demain. Nous n'en sommes pas si loin.

« Ta vie telle que tu la connaissais est terminée. Tu ferais mieux de t'y faire. Donne-moi ta main. Tu as été infecté.
_ Eh !
_ T'es des nôtres, maintenant ! Hin, hin !
_ Qui êtes-vous ?
_ Comme toi, plus personne. Tu dois te cacher. Ils vont se lancer à ta recherche. Débarrasse-toi de ton téléphone. Ils t'espionnent avec. DEVIENS INVISIBLE !
»


Le concept de Transmedia, au cœur même du récit, est poussé à son paroxysme. Les auteurs organisent, à chaque parution d'un épisode de MediaEntity, un petit jeu de piste pour obtenir un code accès permettant de le visualiser en avant-première. Cela peut aller de la simple énigme à résoudre à la recherche de dead-drops (clefs USB scellées dans un mur dont les données doivent être récupérées avec un ordinateur portable) disséminées dans les villes partenaires.
Et puis il y a aussi la page Facebook du projet si vous voulez discuter avec Wilhem (un personnage bien mystérieux, qui tiendra vraisemblablement le premier rôle dans le T2) ou être tenus au fait des joies et facéties de la technologie moderne.
En bref, les auteurs ont su développer une communauté bien vivante, débordant du simple attrait d'une bande dessinée.

Et puis il y a depuis peu la bande dessinée au format papier.
Au départ, je me demandais si cela valait le coup d'acheter quelque chose que j'avais déjà lu et dont la lecture en ligne avait un réel intérêt. Au final, je me suis dit que c'était très bien de se procurer l'objet ne serait-ce que pour aider les auteurs financièrement après le gros travail déjà abattu pour cette série.
Je ne suis pas mécontent de mon acquisition !

Certes, les séquences de lecture sont différentes. L'œil est forcément attiré par les cases suivantes, on est moins dans l'instantané, dans l'immersion.
Certes, je connais déjà l'histoire et donc, je ne bénéficie pas de l'effet de surprise.
Pour autant, le travail des auteurs sur cet album mérite qu'on s'y attarde car ils on aussi pensé aux lecteurs comme moi. De nouvelles bulles de dialogues, par exemple, sont disséminées ça et là et complètent la pensée des protagonistes. Un détail qui passe quasiment inaperçu cependant. En revanche, la réalité augmentée apporte vraiment une seconde lecture !

Réalité augmentée ? Encore un barbarisme ?
Effet de mode ? Le concept de réalité augmenté surfe sur la vague des smartphones et autres tablettes en proposant un « troisième œil » qui va scanner les pages où le logo « ME » apparaît pour nous proposer une vision alternative.
Force est de constater que la réalité augmentée, que j'aurais pu qualifier de gadget sur une autre bande dessinée, s'intègre ici parfaitement bien. D'une part parce qu'elle est liée à l'essence même de l'histoire de MediaEntity (Transmedia hein ?), d'autre part parce qu'elle permet d'approfondir la lecture, et même de lui donner d'autres voies d'interprétation.
Les bonus inclus dans la BD sont à la fois papier et numériques. Ils représentent la réalité mais aussi son reflet : interviews de protagonistes, dossier sur Éric Magoni (et explications sur sa folle journée), mais aussi une galerie de portraits vivants : témoignages vidéos de personnages bien réels s'étant fait dérober leur identité... parmi eux, sûrement quelques amateurs mais aussi des auteurs, comme Davy Mourier qui sort au même moment chez Delcourt La petite mort (l'auteur sera en dédicace chez Album Bordeaux ce samedi 12 octobre), une autre BD à réalité augmentée. Le jeu de ces "acteurs" n'est pas toujours du même niveau mais on apprécie les performances. Comme par exemple, très touchante, celle de cette fille s'exprimant en langage des signes et qui voit son double chanter sur la toile. On peut visionner ses interprétations sur Youtube où elle exerce sous le pseudonyme de damngoodtoffee (il s'agit en réalité de Julie Kansara... tiens tiens !), de chouettes reprises à plusieurs mains (décidément les Kansara sont pétris de talent).
Puisque ces bonus sont liés à une adresse internet, ils peuvent être étoffés ou modifiés à tout moment. Et ça fait plaisir de voir que les fans ont aussi leur place, quelque part, dans ce beau projet.


Simon Kansara et Émilie Tarascou sont deux jeunes auteurs et MediaEntity est, si je ne me trompe pas, leur première bande dessinée. Ils n'ont pas vraiment le temps pour travailler sur un autre projet en parallèle (ils s'amusent comme des petits fous) tant leur ambition pour MediaEntity est élevée. Car non contents du succès de la web série, adaptée en livre, ils ont également développé un jeu de rôle à côté. Je n'ai pas encore pris le temps de me pencher dessus mais cela devrait intéresser mes amis rôlistes.

Le tome 2 doit paraître en janvier 2014, affaire à suivre...


Le site de MediaEntity, sur lequel je vous conseille la lecture numérique.
L'interview des auteurs sur le site de la Voix des bulles.

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

Chronique du 07/01/14

L'an dernier, y'a un truc qui s'est soudain mis à cartonner sous l'impulsion des auteurs et sans la participation des éditeurs, trop frileux : la BD numérique.
Au-delà de la simple mise en ligne de planches scannées, les auteurs ont proposé des outils d'interaction entre l'histoire et le lecteur. Curieusement, quelques mois plus tard, on retrouvait ces BD dans les bacs en version papier avec des ressources numériques à base de QR codes et autres pirouettes « geeks »*. Les éditeurs ont quand même trouvé le moyen de se faire quelques ronds avec la BD numérique... En l'imprimant. Tous comptes faits, ils ne s'en tirent pas si mal. Mais la question est : la version papier est-elle à la hauteur de ce que propose la version d'origine ? La réponse est bien entendu : non.
Si vous me connaissez un peu, vous connaissez mon aversion pour les adaptations littérature/BD, littérature/ciné, BD/ciné, etc. Selon moi, une œuvre a été créée dans un certain format car c'est celui qui se prêtait le mieux au contenu, et même si l'auteur y met son grain de sel, on ne peut retrouver dans l'adaptation la puissance et l'originalité de la version première.

Ceci s'applique bien entendu à MediaEntity. Le format numérique a permis aux auteurs de développer le mouvement dans leur BD. Le stress du personnage n'en est que mieux rendu. Inutile de préciser que de ce côté-là, la version papier fait un sacré flop. En numérique, un vrai travail a été réalisé pour que les planches s'enchaînent au mieux et créent une véritable dynamique. Travail rendu complètement inutile sur la version Delcourt. Certaines « cases » ont été purement et simplement supprimée pour pouvoir s'adapter à une mise en page plus classique. En revanche, l'édition apporte d'autres choses : un livret « aides de jeux » par exemple avec interviews et articles de presse, et des bonus en réalité augmentée sur ces pages annexes. Tout ça permet d'aller plus loin, de sortir de l'histoire pour mieux nous faire baver sur ce que le scénario peut apporter.

Ah oui, au fait... L'histoire... Ben sympa mais sans plus en fait. A part ces éléments ajoutés sur la version papier qui nous permettent de croire que ça va bien au-delà de ce malheureux trader qui s'est fait manipuler, l'histoire est somme toute assez banale et les rebondissements convenus. Toutefois, cette BD a une qualité immense, que peu d'œuvres sont capables de proposer : il y a des pigeons PARTOUUUUUUT !!! o o// o/
Côté dessin, j'y trouve, comme Lunch, une forte influence de Christophe Blain avec des personnages longilignes, des traits type « rough », des mouvements dans l'étirement... Mais on est loin d'en égaler le talent. On ressent ici plus la sensation d'inachevé qu'un style vraiment abouti. La couleur est particulièrement agressive dans la version informatique, quoi qu'elle passe un peu mieux sur la version papier. Disons que l'inévitable altération des couleurs à l'impression fait plutôt du bien à nos pauvres petits yeux.

Finalement, le principale intérêt de MediaEntity, c'est sa version numérique, mais malheureusement, ce qui s'autoproclame comme étant une « série transmédia » a mis de côté son format originel après la signature avec Delcourt. Espérons que nous retrouverons la suite en numérique après la parution du tome 2....

* La définition du mot « geek » étant de plus en plus floue et tronquée, je me permet d'entourer ce mot de guillemets.




Un autre avis : Zaelle


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Tome 1

Année d'édition
2013

Melvile Romain Renard (s)(d) LE LOMBARD

L'histoire de Samuel Beauclair

Chronique du 10/10/13

De la rage à l'émerveillement.

« La bande originale de ce livre ainsi que des contenus additionnels sont accessibles gratuitement sur l'Appli iPad Melvile sur Apple Store. »

Super ! Et ceux qui n'ont pas d'iPad ont juste leurs yeux pour pleurer. Quand on parle de réalité augmentée, il faut s'attendre à ce que l'usage d'une tablette soit requise, mais là on est même restreint sur le support. Et c'est bien dommage...

« La bande originale de l'album est également téléchargeable sur iTunes. »

Quand on lit cette deuxième annonce on se dit que tout n'est pas perdu. On déchante vite lorsqu'on essaie de télécharger ladite BO : il faut payer 5,99 €...

Monsieur Renard, messieurs les éditeurs,
Si vous parlez de gratuité pour une application qui inclut des bonus dont la musique qui va bien pour lire la bande dessinée, ne faites pas payer ceux qui cherchent à écouter cette musique parce qu'ils n'ont pas d'iPad !
Si la bande originale est « spécialement conçue pour s'adapter à [notre] rythme de lecture », qu'elle est à ce point faite pour accompagner le récit, pourquoi ne la rendre accessible qu'aux heureux détenteurs de produits Apple ? Les autres n'ont-ils pas droit aux mêmes attentions ?
Je suis très heureux d'avoir pu obtenir cet album en service presse. Je suis un privilégié (je remercie Babelio et les éditions Le Lombard au passage), mais j'estime que le lecteur qui a déboursé pour lire une bande dessinée n'achète pas une lecture avec des options payantes en plus. Pourquoi ne pas avoir glissé un CD bonus directement dans le livre ?
Nous ne sommes pas des pigeons !

Puisque je n'ai pas eu la chance de profiter d'une ambiance sonore adéquate, je ne parlerais pas la musique généreusement enregistrée pour nous lecteurs.
Malgré cette coléreuse entrée en matière, cela ne m'a pas empêché d'apprécier la lecture. Car heureusement, la bande dessinée reste une bande dessinée, et j'avais entre mes mains l'essentiel : du papier, rempli de beaux dessins, et avec une belle histoire.
Et comme je suis pas rancunier, je vais maintenant évoquer les bons côtés de Melvile (et ils sont nombreux).


L'histoire de Samuel Beauclair.

Melvile, c'est l'histoire de Samuel Beauclair.
Ça fait maintenant trois mois qu'il a investi la maison de son père, une grande bâtisse perdue au milieu de rien. Un endroit idéal pour se ressourcer, un lieu paisible au bord d'un lac et en lisière de forêt.
Le père de Sam, Thomas, était un écrivain de renom. Il ne l'a pas vraiment connu en fait, mort alors qu'il n'avait que 7 ans. Hormis quelques anecdotes, c'est au travers de ses livres qu'il le côtoie.
Sam a toujours voulu suivre les pas de son père, alors il est lui-même devenu écrivain. Fort de son premier livre, un succès, il pensait que tout serait simple. Mais la vie ne l'est pas...
Samuel Beauclair n'est plus que l'ombre de lui même. S'il s'est retranché dans la maison de son enfance, c'est qu'il est en proie à un terrible déficit d'inspiration...


C'est dans cet état de dépravation (alcool, nuits sans saveur et levers tardifs, errance et dépression) qu'on rencontre Samuel Beauclair. La panne d'écriture est la plus grande crainte des écrivains et on sent bien dès les premières pages que ce mal est bien profond et que les blessures sont pesantes.
Très rapidement, le malaise viens s'instiller dans sa vie de couple, qu'on perçoit tendue et difficile. Les mots sonnent comme des reproches et la fuite, devenue rituelle, devient un refuge.
Ce besoin de changer d'air, il le trouvera dans cette annonce anodine :
« Recherche ouvrier pour travaux de peinture et rénovation. »
C'est ainsi qu'il fera la rencontre de David et Rachel, le début d'une histoire, de l'amitié à l'amour.


Pour le plaisir des yeux.

La première chose qui frappe en ouvrant Melvile, c'est cette sérénité qui se dégage du graphisme. Les cases sont sublimes et les scènes possèdent un charme tout particulier. Ces paysages, quasi photographiques, mettent en avant un jeu de lumières parfaitement maitrisé. Il fait bon vivre ici, avec ce soleil qui perce les conifères et ces reflets ocres sur le bois de la vieille maison.
Le dessin est très travaillé, avec des couleurs voluptueuses, des visages charismatiques, des expressions qui traduisent bien les sentiments et un cadrage soigné (qui fait beaucoup penser aux films d'animation, mais ce n'est pas étonnant quand on sait qu'il a réalisé des story-boards pour le cinéma) qui nous laisse du temps pour apprécier le voyage visuel.
Quand j'évoque le graphisme, il est un mot qui me revient sans cesse en tête : sensualité. Je trouve que ce mot est celui qui caractérise le mieux cette ambiance où (presque) tout est chaleureux.


Un récit très complet.

On le sait bien, le beau trait ne fait pas tout.
Mais Romain Renard fait preuve d'une justesse remarquable : son album est complet et son propos touchant. Il y est question d'amour et de reconstruction.
J'avais peur en lisant le synopsis de lire une histoire creuse comme on en croise souvent lorsqu'il est question du syndrome de la page blanche. Mais il n'en est rien !
La reconstruction est vraiment au centre du récit, le renouveau d'un homme qu'on apprend à connaître au fil des pages.
Le personnage de Sam Beauclair est particulièrement intéressant et l'auteur joue avec nos ressentis en entretenant une grande ambivalence dans la perception qu'on peut avoir de lui. On a cette impression qu'il est menteur mais on a pourtant envie de le croire sincère. Peut-être parce que son histoire est axée sur la beauté de cette idylle naissante et dont la complicité est si bien traduite.
Beau gosse, Sam a ce petit quelque chose qui plaît aux filles, assurément. Ce gars-là est charismatique en tous points. Énigmatique, il parle peu de sa vie en général et de sa femme en particulier. Il instaure ainsi un malaise : coureur, salaud, fuyant ses responsabilités... et pourtant attentionné, sympathique, malheureux...
Le contraste est puissant entre la joie palpable de ses journées d'apprenti peintre et la conflictuelle tension, glaciale, du retour à la maison.
On le déteste vraiment par moments et on l'apprécie malgré tout.
Et puis on est un peu surpris par la tournure des événements, emballés par les sentiments et par les événements circonstanciels.

« C'est qui, cette Rachel ?
_ Eh bien... c'est la sœur du gars chez qui je travaille. Elle est sympa.
_ Elle est jolie ?
_ Elle est jeune.
_ Ça recommence, hein ? C'est ça ? Ça recommence ? Tu viens ici pour essayer d'oublier tes horreurs mais ça recommence. Je me trompe ?
_ Non, Sarah. Il n'y a rien qui recommence. Il n'y aura plus rien, et tu le sais bien.
»

Le poids des mots, le ton est dur, lourd de sens.
Les mots claquent et sont parfaitement pesés. Romain Renard nous immerge dans son récit fort bien construit, très mature. Il se développe de belle façon, n'omet pas de détails et parvient même à nous surprendre.
Le rythme du récit, plutôt lent, laisse beaucoup de place à la contemplation. C'est très agréable.


« Je suis un monstre. »

Bien sûr, il est aussi question de filiation, de la difficulté de trouver sa voie et de s'émanciper, de devenir autre chose de que le fils de son père. Cette thématique, qu'on peut retrouver dans un album comme Daytripper dont le rapport filial est très proche, est omniprésente en toile de fond.
J'ai beaucoup aimé ce rapport à la bête, la part de légende qu'implique cette sombre histoire racontée par son paternel lors d'un camping sauvage et qui témoignerait de la fondation même de Melvile. Un récit-clef qui a une grande incidence psychologique sur le personnage de Sam, tout s'imbrique : rapport au père, rapport à la femme, rapport au mal-être...


Pour conclure.

Melvile est un beau roman graphique, très complet, qui campe une ambiance chaleureuse et se joue de nos sentiments : un subtil mélange entre les angoisses et le bonheur, qui cultive le malaise et qui pourtant parle d'amour avec une sensualité accrue.
Ne retenons que le livre.

Chronique du 28/03/14

La première chose qui ressort de Melvile, c'est son ambiance. Un malaise s'installe dès les premières planches, un malaise aussi sensible dans la narration que dans l'ambiance graphique. Les couleurs, des teintes sépias rougeoyantes, implantent l'histoire dans un été caniculaire, où le soleil de plomb nous pèse autant que les rapports étranges entre Samuel Beauclair et sa femme enceinte Sarah.

Car impossible de se défaire de ce sentiment qu'il se passe quelque chose de louche entre les deux époux. Ils sont distants : lui dort dans le canapé, elle ne quitte jamais la maison et ne s'adresse à lui que pour lui faire des reproches.

En parallèle, c'est le rapport même de Samuel à la paternité qui est ici remis en jeu. Entre la figure de son propre père et la perspective de cet enfant (on découvrira plus tard tout ce qui peut peser sur Samuel concernant la grossesse de Sarah), le tout ponctué d'une jolie légende, notre homme se pose bien des interrogations. Et encore derrière, il doit toujours poser le problème du deuil. Car à bien y regarder, Melvile est une fable, une histoire métaphorique, un prétexte pour aborder ces questions-là.

Finalement, la révélation vient comme un coup derrière la nuque, toute l'histoire, toutes les attitudes, tous les interrogations prennent soudain sens.

Le dessin a quelque chose d'époustouflant malgré les maladresses dans les attitudes des personnages. Les crayonnés, en particulier les décors ne laissent pas indifférent et plongent le lecteur dans l'Amérique profonde (le Canada ?)




Un autre avis : Cristie

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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L'histoire de Samuel Beauclair

Année d'édition
2013

Métamorphose iranienne (Une) Mana Neyestani (s)(d) Cà et là

Chronique du 16/09/12

La couverture de l'album nous donne d'emblée le ton : Un homme, crayon dans la main droite, croise dans la rue un autre homme, de dos, portant un large imperméable et une tête de cafard.
Une métamorphose iranienne ça ressemble à quoi ? Ça à quelque chose à voir avec La mouche de David Cronenberg ? Non... enfin si... un peu.
N'allez pas vous imaginer une histoire fantastique avec des prototypes de téléporteurs et un scientifique qui se transforme à la suite d'une malencontreuse expérience. Ici, Mana Neyestani va en quelque sorte muter en un cafard abject qu'il vaut mieux enfermer en prison avant que ses idées ne prolifèrent.
Il s'agit bien évidemment d'une image. Ce livre ne contient aucune transformation physique de ce genre et, malheureusement, narre un fait bien triste et bien réel dans un monde qui se veut le berceau de la liberté d'expression... mais pas partout !

« Je constate que vous n'avez transgressé aucune loi dans cette affaire. Mais certaines personnes se sont servies de ce dessin comme prétexte pour semer le trouble en Azerbaïdjan donc je n'ai d'autre choix que de...
... vous placer en détention provisoire... pour une durée d'un mois. »


Comme le disait Pierre Desproges : « On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. »
A-t-on le droit de tout dire sur tout ? Oui, a priori... et surtout lorsqu'on travaille dans la presse : c'est un métier. Mais en Iran comme dans de nombreux autres pays où le mal-être est latent, la liberté d'expression est bafouée et le moindre petit écart est capable de soulever des émeutes.
Mana Neyestani, ancien journaliste politique jusqu'à l'interdiction du quotidien pour lequel il bossait, s'est reconverti dans la presse jeunesse. Loin de toute l'agitation de la presse réformiste et d'opposition, il pensait être tranquille en illustrant une page hebdomadaire pour les plus jeunes. Il se savait surveillé bien sûr, de par son ancien poste, mais il pensait son nouveau rôle moins risqué... c'était sans compter les différentes sensibilités ethniques qui, se sentant offusquées parfois pour des broutilles, sont capables de lever tout un peuple protestataire et menaçant.
Mana Neyestani, pour avoir dessiné un cafard qui prononçait un mot en Azéri (langue des Turcs d'Iran), s'est vu condamné à l'emprisonnement. Pour sa sécurité soi-disant...

« Comme tu es en Iran, on ne peut rien faire pour toi. Il faut que tu quittes l'Iran. Une fois que ce sera fait, tu pourras entrer en contact avec n'importe quelle organisation internationale de défense des droits de l'homme et nous pourrons t'aider de mille et une façons. »

Sans raconter le livre d'un bout à l'autre, il faut savoir que l'auteur consigne ici son parcours du combattant pour parvenir à s'échapper d'une prison à vie qui lui tendait les bras. Après des années de galère, de difficultés et de mépris, il est parvenu à rejoindre la France, terre d'accueil salutaire. C'est grâce au statut de réfugié politique qu'il a pu narrer son histoire et nous la présenter. Une histoire qui nous fait état de la situation compliquée en Iran et de la dure réalité de la liberté d'expression de par le monde.
Un récit qui m'interpelle et qui n'est pas sans me rappeler l'affaire de Charlie Hebdo et des caricatures de Mahomet. Le sujet était plus critique et volontairement provocateur mais il s'agit au final du même sentiment de révolte et une forme de condamnation de la liberté d'expression.

« La liberté, c'est votre frère qui vous attend les bras grands ouverts à la sortie de la prison.
La liberté, c'est contempler tous les immeubles de votre ville à travers la vitre du taxi. Comme si vous les voyiez pour la première fois.
La liberté, c'est rentrer à la maison et retrouver ceux qu'on aime. »


Çà et là nous livre une nouvelle fois un bel album pour un témoignage fort. Un livre au style graphique fleurant bon avec le journalisme de presse, avec toutefois la construction classique et chapitrée d'une bande dessinée d'auteur. C'est plaisant à lire, clair et sans accrocs dans la narration. Mana Neyestani nous transporte à ses côtés et explique posément les choses pour qu'on les comprenne bien. On ne peut que ressentir un profond sentiment d'injustice en refermant l'ouvrage. Preuve s'il en est que l'auteur a réussi son pari... puisse son écrit trouver écho dans son pays d'origine.

Chronique du 28/04/14

Une métamorphose iranienne est de ces lectures qui ne marquent pas par leur sensationnalisme. Ici, il y a de l'injustice, de la dénonciation de totalitarisme, du ressentiment, mais pas vraiment de la révolte ni du larmoyant.

Mana Neyestani propose ici un témoignage. Il pointe du doigt la démesure de ce qu'il a enduré pour un malentendu. En Iran, il ne faut manifestement pas grand chose pour finir derrière les verrous. Évidemment, on ne s'attend pas grand chose de la part de la justice iranienne, surtout à l'arrivée de Mahmoud Ahmadinejad, et le vécu de Neyestani ne fait que confirmer : détention provisoire sans infraction (c'est pour calmer les esprits vous comprenez ?), intimidation, pression psychologique pour... avoir dessiné un cafard.
Les situations sont parfois tellement invraisemblables que je me suis souvent dit « Pfff, le scénariste est lourd : c'est complètement irréel cette situation » pour me rappeler de suite après qu'il s'agit d'une histoire vraie.

Il en profite pour montrer du doigt la corruption des uns, l'opportunisme des autres : gouvernement, fonctionnaires, directeur du journal, gardiens de prison, prisonniers... Le portrait est éloquent.
Au-delà de ça, c'est aussi le vécu d'un prisonnier qui a toute la journée pour penser et qui ne fait que ça : pensées pour sa famille, ses proches, sa femme et sentiment de culpabilité à l'égard de son Mehrdad emprisonné par sa faute, l'attente, la frustration d'une injustice...

C'est aussi le parcours d'un homme qui tente de fuir son pays et de se faire accueillir en Occident pour échapper à la prison. Fuite d'un pays à l'autre, la peur d'être extradé, la difficulté à trouver des pistes, les volte-face des pays occidentaux, les susceptibilités des contacts et finalement les passeurs...

En bref, ce livre qui n'est ni plus ni moins qu'un vécu sans trémolo est l'occasion de montrer bien des choses. Pas seulement les dérives d'un gouvernement liberticide mais également celles de pays frileux, ceux qui prônent la liberté et les droits de l'homme mais qui se lassent d'être des terres d'accueil : nous. Finalement, entre les différents intervenants, le passeur est sans doute le moins sale. Certes il profite du malheur des autres pour se faire de l'argent, mais il agit avec beaucoup plus de respect pour les humains que les autres.



D'autres avis : Mo', Jérôme, OliV', David, Yvan, David Fournol


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Année d'édition
2012

Metronom' Éric Corbeyran (s), Grun (d) GLÉNAT

Tome 1 : "Tolérance Zéro"

Chronique du 06/04/11

Alors que Lynn prend le métro, la propagande pour le vote électronique se poursuit et martèle le cerveau de tout un chacun " Vous votez. Nous luttons. Le vote électronique est la solution."
Chaque jour qui passe, une nouvelle loi est portée au vote collectif, une façon de donner l'impression aux gens que la démocratie est à portée de main. Pourtant, c'est chaque jour une nouvelle liberté qui disparait. Le monde se referme, il est de plus en plus contrôlé, un monde de privation et d'interdit...

Metronom', c'est un album qui s'inscrit dans le cadre de la science-fiction.
Éric Corbeyran a pris un malin plaisir à dépeindre un monde qui pourrait être le nôtre dans un futur plus ou moins lointain, et il y a inséré quelques idées qui pourraient être des orientations de demain. Je pense notamment à ce vote électronique qui a un moment donné, faisait fureur dans les éventualités d'évolution technologique. En lisant cet album, je me dis que notre système de bulletin est très bien comme il est !
Bon, le vote électronique c'est une chose, mais c'est surtout le système démocratique poussé à son paroxysme qui est ici intéressant. Ce qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler la violence du système, lui aussi extrême, de V pour Vendetta. Ce n'était pas une démocratie, mais on y retrouve les mêmes similitudes de totalitarisme : corruption, gouvernement par la peur, délation, couvre feu, etc...

Évidemment, ce n'est pas la seule force de Metronom', car nous n'avons évoqué là que le cadre. Il y a aussi une histoire et ses secrets. Cet homme en quarantaine, ce déchet spatial qui pourrait faire penser à certains épisodes d'Alien. Cette enquête de deux personnes qui voudraient crier contre les abominations du système de tout leur être mais et qui mettent leur vie en danger pour cela.

Et puis, pour parler d'autre chose que de ce scénario plébiscité par le maître Enki Bilal en personne dans une élogieuse préface, Metronom' c'est aussi la nouvelle série de Grun. Après la conjuration d'Opale, il a su convaincre Éric Corbeyran de lui écrire une histoire de science-fiction dans laquelle il serait plus libre dans l'élaboration de ses dessins. Plus de liberté pour l'auteur, moins pour ses personnages... la vie est bien faite, quand même, non ?
C'est donc un Grun complètement libéré qu'on retrouve dans ses planches. Il construit les bâtiments à sa guise, il agence les rues sans avoir besoin de recourir à la documentation systématique. Le jour et la nuit avec la conjuration d'Opale. Même si on peut encore regretter que son dessin, et notamment au niveau des visages, ait peu évolué.

Pour conclure, je dirais qu'Enki Bilal a bien raison : il n'est pas encore totalement asséché le filon de la bonne science-fiction !




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Tome 1 : \\"Tolérance Zéro\\"

Année d'édition
2010

Mezolith Ben Haggarty (s), Adam Brockbank (d) SOLEIL

Livre 1

Chronique du 08/09/10

Poika est une jeune garçon qui voudrait déjà être un homme. Alors lorsqu'il poursuit cette abeille et tombe nez à nez avec un taureau, il s'empresse de le dire aux membres de son clan, espérant pouvoir traquer la bête avec eux. Mais il est encore trop petit et doit rester avec les femmes pour faire peur au mammifère, de façon à le conduire dans le piège...

Mezolith, c'est une bande-dessinée parue dans la collection Soleil Celtic... mais elle n'a pas grand chose de celtique il faut l'avouer. Bien au contraire, et à mon grand bonheur, Soleil sort un peu des sentiers battus. C'était déjà le cas grâce aux collections Quadrant (qui est un peu plus qu'un simple collection) et Métamorphose. Mais là nous parlons d'une collection qui avait du mal à se renouveler (Celtic). Même le format de l'album n'est pas standard !

Et donc, Mezolith, c'est quoi ?
Une bande-dessinée sur un jeune garçon évoluant dans une période préhistorique ? Pas seulement non ! Car en plus des us et coutumes propres à cette période, les auteurs nous ont placé quelques bonnes doses de fantaisie. Des femmes-cygne, des monstres, des sorcières, etc...
L'album est un savant mélange entre la vie et le rêve. Les chemins se croisent et il arrive souvent qu'on ne sache plus où est la frontière... y en a-t-il déjà eu une ?

Le dessin est très expressif. On est imprégné dans cette ambiance mêlant la nature à l'horreur. Les visages peuvent être doux ou effrayants, tout comme peut l'être ce monde à la fois dur et accueillant.

J'ai bien aimé les couleurs, la psychologie des personnages, la construction de l'album, ses histoires et ce chassé-croisé entre le fantastique et la réalité (enfin, on est dans une BD, je sais ^^).
J'ai hâte de voir ce que nous réserve la suite. En tout cas, cela fait plaisir de découvrir ces auteurs Anglais.




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Livre 1

Année d'édition
2010

Michel Swing (Les aventures de) Pascal Jousselin (s)(d), Brüno (s)(d) Treize étrange

Les aventures de Michel Swing (coureur automobile)

Chronique du 30/07/11

Michel Swing n'est pas un coureur automobile comme les autres.
Il est talentueux, le meilleur de sa génération. Tonmoya ni aucun autre ne peut lui arriver à la cheville, lui qui est en passe de remporter le championnat du monde de Formule 1 pour la 7ème fois !
Mais le sourire du champion lui attire tout autant les ennuis que la convoitise. Ce qu'il ne tardera pas à découvrir.

C'est en découvrant la chronique enjouée de Zorg sur cette bande dessinée que je me suis décidé à me la procurer. Non seulement ça parlait un peu de Formule 1, mais en plus l'humour était au rendez-vous... et peut-être aussi un brin de nostalgie pour l'amateur que j'étais de l'Inspecteur Gadget (le grand méchant de l'histoire ayant quelques similitudes avec celui de l'une des séries cultes de ma jeunesse).

Eh bien je suis tout aussi ravi que Zorg au sujet de cette bande dessinée !
Si on s'en réfère au 4ème de couverture, on retrouve dans le récit... des bagnoles évidemment, mais aussi du mystère, de l'amitié virile, des gros méchants, des agents du FBI, des filles avec des yeux et des saucisses. Bien entendu, tout est véridique. C'est même bien plus que ça ^^ Et ça nous donne surtout un cocktail détonnant !

Tout d'abord, le héros, dont le nom est calqué sur le très célèbre coureur allemand Michael Schumacher, est certes un as du volant, mais c'est aussi un idiot fini. Il a un petit côté attendrissant et accentue tout le loufoque des situations dans lesquelles il évolue.
Souvent à côté de la plaque, il se fait manipuler allègrement par tout le monde, que ce soit son manager ou par les minettes qu'il drague.
Autre personnage génial, l'agent Brexson Bright du FBI. Lui, c'est le mec toujours là où il faut et quand il le faut, avec (parfois) un petit côté James Bond sympathique. La scène où il combat un ninja en caleçon à rayures et son T-Shirt du FBI est tout simplement magique :
_ Hein ?! Qu'est-ce que vous dites, Bright ?!
_ " Va manger tes morts " en Chinois... La première chose qu'on vous apprend au FBI, c'est de savoir dire cette phrase ainsi que " Lâche ton arme, connard " dans n'importe quelle langue.


Bref, de l'humour à foison pour une bonne tranche de rire garantie !
La faute à qui ? À deux auteurs, Pascal Jousselin et Brüno, qui se sont associés pour l'occasion de ce projet hasardeux : dessiner à tour de rôle une planche pour façonner l'histoire sans concertation préalable. Les aventures de Michel Swing étaient alors publiées en ligne sur leur site http://michel.swing.free.fr/, où les fans pouvaient découvrir au fil des jours la suite du récit, qui devait se terminer à la page 100. Pour faire simple, ils se sont même imposés une nouvelle contrainte en cours de jeu : définir au dé le nombre de cases à dessiner sur la planche suivante.
Et vous savez quoi ? On ne ressent même pas l'absence de storyboard, toute l'histoire se tient d'un bout à l'autre, et cela donne un rythme effréné ! Pas le temps de s'ennuyer, on est "sur les chapeaux de roues" de Michel Swing et sa bande à Ferriri !

Graphiquement, on reste dans la bichromie (noire et rouge), comme le suggère la couverture. Quelques nuances permettent de définir qui est aux manettes entre les deux auteurs, mais cela ne chamboule pas pour autant la lecture. On ne les remarque même pas.
À noter que quelques auteurs se sont eux aussi prêtés au jeu le temps d'une planche, apportant ainsi leur pierre à l'édifice : Jean-Philippe Peyraud, Alfred, Lionel Chouin et Zanzim.

Et puis en prime, l'album est accompagné d'un plateau de jeu (le circuit de la peur), si vous voulez conclure votre lecture par une course de champions !

Alors n'hésitez plus, jouez-là comme Swing : foncez !




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Les aventures de Michel Swing (coureur automobile)

Année d'édition
2006

Milady de Winter Agnès Maupré (s)(d) ANKAMA

Tome 1

Chronique du 04/06/12

Un dénommé Alexandre Dumas a un jour conté de merveilleuses aventures dont le nom vous évoquera peut-être un agréable souvenir. Les trois mousquetaires ça vous revient ? Les braves Athos, Porthos et Aramis ? L'impétueux D'Artagnan ? Le puissant Cardinal de Richelieu et sa mystérieuse subalterne Milady ?
Eh bien voilà qu'Agnès Maupré a décidé de revisiter l'œuvre de ce cher Alexandre. Si les adaptations de ce monument de la littérature sont légion - théâtre ou cinéma de préférence et maintenant en bande dessinée - l'auteure a ici fait preuve d'une grande ingéniosité puisqu'elle ne se contente pas de nous faire revivre la grande aventure de D'Artagnan et de ses acolytes, mais au contraire fait de Milady de Winter, le plus intrigant de tous les personnages du roman, le protagonistes principal de son épopée.

Du coup, l'histoire nous amène à cheminer aux côtés du roman mais aussi s'en éloigne considérablement. Il n'est pas ici question de se placer du côté des mousquetaires mais de nous embarquer plein badin auprès de la charmante, mais néanmoins fatale, Milady de Winter. Exit le cape et d'épée clinquant, place aux intrigues de cour et aux manipulations subtiles !
Et ce n'est pas la seule liberté que se permet de prendre Agnès Maupré, puisqu'elle affuble également les légendaires héros de tares inextricables. D'Artagnan n'est qu'un jeune étalon sans discernement capable des pires bassesses pour obtenir la coucherie dont il rêve, Athos s'empatte dans une dépression d'alcool et de colère pour son amour perdue, etc, etc... Milady, quant à elle, est une petite boule de haine maligne et revancharde qui sait saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent (mais qui paradoxalement se fait avoir pitoyablement dans certaines circonstances, et surtout lorsqu'il s'agit des hommes). Nous la savions capable de tout, nous étions bien loin d'imaginer à quel point. Des traits de caractère à peine exagérés en somme.

Le découpage est classique mais l'objet, édité chez Ankama, fleure bon le romanesque. Le dessin typé nouvelle vague n'effraie personne, fin et expressif, tout en dynamisme, et doté d'une palette de gris pour l'accompagner.

Alors oui, Milady de Winter est une série (un diptyque pour être exact, vous savez où vous mettez les pieds) qui propose un très agréable divertissement. Nous restons dans la fiction, une fiction au parfum d'histoire certes, mais une fiction rafraichissante tout de même. Une véritable surprise.

Chronique du 05/05/13

Et si Alexandre Dumas était une quiche en psychologie ? Si Milady de Winter, avant d'être la garce qu'il décrit, était une femme malmenée par la vie qui tentait de survivre ? Si D'Artagnan était un abruti ? Si Anne d'Autriche n'était qu'une trainée et Constance Bonacieux une frigide ? L'histoire des Trois Mousquetaires aurait une autre tête, n'est-ce pas ?

Avec Milady de Winter, Agnès Maupré chamboule tout, et fait de cette femme haïe par la littérature une héroïne du quotidien. Femme bafouée, mère malgré elle, espionne par instinct de survie, elle fait face à un monde impitoyable.

D'abord rebutée à l'idée de lire une énième adaptation ratée ou une réécriture molle et niaise, j'ai été conquise par la forte personnalité de cette œuvre. La cohérence des caractères et des événements rend même l'histoire de Milady de Winter tout aussi crédible que l'originale.

Le dessin volontairement dépouillé marque par sa maîtrise des courbes et des mouvements. Avec un trait plein de vie souligné par un lavis délicat, il met en exergue le caractère de cette femme battante et à la fois pleine de grâce.

Au-delà d'une simple réécriture, Agnès Maupré propose en fin de compte de se pencher sur le rôle et la condition de la femme au XVII° siècle : une reine délaissée, des femmes cantonnées au rôle d'objets de divertissement et de séduction, soumises. Les hommes en prennent pour leur grade : misogynes, trop sûrs d'eux, brutes, séducteurs... Ils sont pourtant eux aussi malmenés par la vie, trop rêveurs et trop innocents pour une réalité qui les dépasse. Au final, plus que les aventures de Milady de Winter, on s'attache à la psychologie des personnages.


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Tome 1

Année d'édition
2010

Tome 2

Chronique du 05/05/13

C'est avec un certain plaisir, et même un plaisir certain, que j'ai dévoré le second tome de Milady de Winter, non sans avoir au préalable relu la première partie.
Et je tiens à affirmer que la conclusion est aussi savoureuse que l'entame, bien qu'effrayante et terriblement difficile.


Agnès Maupré poursuit son aventure et met en scène son propre regard sur l'œuvre de Dumas avec la légèreté de son trait féminin. Fin et élégant, il sert à merveille le raffinement de l'époque romantique, quoiqu'un brin guerrière, du 17ème siècle.
J'ai trouvé ça plutôt chouette de découvrir cette série sous le crayon d'une femme, je pense que les formes auraient été très différentes et sûrement beaucoup trop généreuses. Là c'est juste ce qu'il faut pour en apprécier la pudeur.

Mais ce que je préfère par dessus tout, c'est la façon dont l'auteure joue avec l'Histoire et en particulier de ses manques. Un jeu qui lui permet de donner du relief au personnage de Milady de Winter et qui lui donne le premier rôle dans les événements majeurs autour du règne de Louis XIII.


« Vous êtes une compagne charmante.
C'est la première fois que j'ai une amie, vous savez.
»

Milady est un personnage au charme contagieux, tellement contagieux qu'il en devient dangereux, voire mortel. Grâce (ou à cause de) au Cardinal de Richelieu, elle a cette impression de vivre plusieurs vies et d'en retirer une certaine satisfaction, un mélange d'adrénaline et de liberté retrouvée. Malgré ses travers elle nous apparaît en quelques occasions comme une femme fragile qui par manque de chance n'a jamais pu trouver l'amour. Malgré ses errements et son mauvais caractère, ses connivences et ses manipulations, ses mensonges éhontés et ses crimes, on a parfois envie de la plaindre et de la protéger... oserais-je dire : surtout à la fin ?

« Souviens-toi de ce que je t'ai dit, mon fils.
Il n'y a pas de place en ce monde pour les faibles.
»

La conclusion met en branle notre ferveur justicière... n'avons-nous pas nous même au fond de nous une âme charitable, finalement ?
Pour être franc, les dernières pages m'ont vraiment calmé !



D'autres avis : Yvan, BOBD

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2

Année d'édition
2012

Miya (Le) Boulet (s)(d), Reno (d), Libon (d), Julien Neel (d) GLÉNAT

Le Miya

Chronique du 04/04/08

Le Miya est une petite créature ronde et jaune. Mais ne vous fiez pas à son petit air naïf, jugez plutôt sa grosse massue, et fuyez avant de vous faire dévorer !

Boulet nous met en scène un monstre adorable, passablement idiot, mais très gourmand. Il ne pense qu'à se remplir l'estomac, et à l'aide de son gourdin abat tout ce qui lui passe sous la main. Il serait même prêt à cuisiner ses congénères le bougre !

L'album se présente sous la forme de gags différents à chaque page et qui se suivent. C'est drôle, et on en redemande :)
Boulet s'occupe des gags, Reno et Libon des illustrations, et Julien Neel nous gratifie d'un excellent passage de "livre dont vous êtes le héro" en fin de volume, dans lequel, après avoir longuement étudié le comportement du Miya durant votre lecture, vous devrez l'incarner et ressortir victorieux. On y passerait presque des heures :)

Chronique du 04/04/08

Cet album ne pouvait que plaire à Jérôme, ça parle de bouffe !
Pour ma part, je juge toujours qu'un One Shot permet de juger de la valeur d'un auteur sans m'embourber dans des séries qui ne me plaisent pas. Au moins j'ai été servie : je me suis littéralement marrée ! Du coup je me suis lancée dans Raghnarok, et je ne regrette pas cette petite acquisition.

On commence chaque gag à se demander ce qu'il va bien pouvoir faire comme chose stupide cette fois.

Boulet a fait participer ses potes Reno, Libon et Neel avec des petits encarts : illustrations fan-arts et livre dont vous êtes le héros sur lequel je perds constamment !


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Le Miya

Année d'édition
2005

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB Jacques Tardi (s)(d), Rachel Tardi (c) CASTERMAN

Chronique du 09/05/14

Si on se réfère à la longue bibliographie de Jacques Tardi, on remarque rapidement que deux genres littéraires se détachent : le polar noir, celui qui saigne, expéditif et meurtrier ; et les récits de guerre, notamment la première : la Der des Ders...
Une grande œuvre qui tourne toujours, de près ou de loin, autour de la fragilité d'une vie et de la bêtise humaine... peut-être dans le but de faire cet album-là, l'histoire de son père amenée à maturation : Moi René Tardi, Prisonnier de guerre au Stalag IIB !

Conscient qu'il doit raconter le calvaire de son paternel dans les camps de Poméranie orientale (nord de la Pologne), il lui demande de coucher sur papier son expérience en étant le plus précis possible, ce qu'il fait dans les années 80, 40 ans après les faits. Mais l'auteur ne se sentait peut-être pas prêt à ce moment-là. Le temps a passé, la mort aussi. Son père disparu, il ne pouvait plus lui poser les questions qui l'ont ensuite taraudé à l'heure de réaliser ce livre...
Moi René Tardi est un album important dans la carrière de Jacques Tardi, sûrement le plus introspectif et le plus difficile à écrire. Il paraît en 2012, 26 ans après la mort de son géniteur...


Un témoignage fort et essentiel

C'est en lisant Moi René Tardi que l'on se rend compte de notre incroyable méconnaissance sur cette période dont on pensait tout savoir. La montée du fascisme, la résistance, la Shoah, Pearl Harbor, Hiroshima... sont autant de faits bien appuyés dans nos manuels d'histoire, tant et si bien qu'on résumerait volontiers la seconde guerre mondiale par le prisme de la persécution juive et des bombardements atomiques, oubliant alors la capitulation rapide de la France, l'amertume de la défaite et les nombreux prisonniers condamnés à l'oubli.
Il n'y a pas eu que des camps de concentration et en ce sens le témoignage de René Tardi est essentiel.

« Sadisme, humiliations, coups de crosse et de gummi, exécutions sommaires... Souviens-toi de Chardonnet, assassiné comme tant d'autres sans raison. La sauvagerie au quotidien. Voilà ce qu'était le Stalag IIB ! »

Quand René Tardi arrive dans le Stalag nous n'en sommes encore qu'aux débuts de la guerre et les camps sont alors bien rudimentaires : les baraquements sont précaires, les sanitaires absents... Il aura fallu du temps aux Allemands pour s'organiser et répondre à cet afflux croissant d'esclaves à nourrir et parquer. Tout nous paraît alors tellement froid, dur, insalubre... sans compter la rigidité des posten à l'irritabilité constante, aux « erreurs » qu'ils commettent parfois sans vergogne.
Pourtant le récit ne se veut pas défaitiste, volontiers amer et rancunier certes, mais il entretient toujours une notion d'espoir et de lucidité sans s'apitoyer sur des conditions de vie déplorables.

On sent cependant une certaine amélioration de ces conditions les années passant. Ça n'en devient pas pour autant un camp de vacances (loin de là) mais l'organisation vacillante des premiers temps étant révolue et le marché noir aidant, les choses s'amélioraient : baraquements moins inconfortables, semblant de sanitaires, colis postaux, divers trafics, radio clandestine, etc.
La faim, en revanche, était omniprésente... le contrôle par la peur et par l'estomac. La faim est pesante et le narrateur le rappelle bien souvent.

« Les désespérés sombraient, le ventre vide, dans une sorte de délire alimentaire. "Un P.G. Doit avoir faim." C'était un principe consciencieusement appliqué par nos geôliers. »


Une narration erratique

Si le fond du témoignage est pour moi essentiel, la forme choisie pour la narration m'a parue plus contestable.
À l'image d'un Art Spiegelman lorsqu'il écrit Maus, Jacques Tardi a voulu atténuer l'horreur de la guerre par l'entremise d'une discussion avec son paternel. Le procédé est en revanche différent : alors que Maus alterne les phases d'échanges avec la vie du camp pour faire des pauses salvatrices dans son récit, Moi René Tardi instille un dialogue permanent et post-mortem pour moi assez troublant. Il insinue un paradoxe temporel avec le personnage de l'auteur représenté adolescent mais qui exprime des regrets et considérations d'adulte : un mélange des temps qui parfois dérange et qui n'arrive pas à créer chez moi d'alchimie dans la narration.
De plus Jacques Tardi ne parvient pas, avec ce pseudo-dialogue, à masquer l'impression d'une retranscription quasi-automatique des textes de son père.

Mes difficultés de lecture ne se sont pas arrêtées là puisque j'ai régulièrement buté sur le texte qui utilise un argot parfois difficile à identifier, entre les sigles récurrents dont on ne sait plus toujours ce qu'ils signifient et les mots allemands déclinés sous toutes leurs formes.

Certains paragraphes également mal construits, avec des changements de temps, n'aident pas à la compréhension :
« J'ai tiré, nous avons foncé dans le tas. Nous aurions percuté du béton ! Je n'avais pas eu peur un traître instant. »
Passé composé, présent, conditionnel, imparfait... tout ça dans une même suite de phrases.


Regrets boueux

La liste des griefs est d'autant plus longue lorsque le livre s'achève, affichant un surprenant « Fin de la première partie » sur la toute dernière case. Mais où est la mention, si ce n'est dans cette ultime phrase, d'un diptyque ? Rien ne le laissait supposer. Un non-sens déconcertant !

Au rayon des satisfactions, on pourra toujours se reprendre en soulignant le trait juste et la clarté des illustrations de Jaques Tardi, égal à lui-même dans un style qu'on lui connaît déjà et qu'il maîtrise à 100%.
Les couleurs réalisées par sa fille Rachel sont boueuses à souhait, enlisant ce conflit autant qu'on aurait pu l'envisager. Seules quelques teintes de rouge viennent parfois colorer un ciel sanglant ou des drapeaux (on note même l'utilisation unique d'un bleu sur le drapeau français).
Moi René Tardi, Prisonnier de guerre au Stalag IIB est une affaire de famille !

Le témoignage est fort, important, utile. Je regrette que la forme manque encore de maturité.

Chronique du 09/05/14

Il y a toujours un certain danger à s'attaquer à du Tardi. Ben oui, parce que Tardi, d'une façon générale, même si je respecte vraiment son travail, je n'accroche pas toujours avec son dessin, et ça, ça se dit pas... Ah ben si, ça y est, je l'ai dit... Bon en tous cas, ici, les personnages sont moyennement reconnaissables et je regrette la colorisation à l'informatique. Le style de Tardi mériterait au choix : du ton direct ou aucune colo, mais pas du Photoshop !
Bon alors à côté de ça, en terme de scénario, j'ai rarement été déçue et celui-ci, je l'ai trouvé très bien. Dans sa globalité, je l'ai trouvé percutant et bien amené. J'ai même lu les préfaces, c'est dire. Ce n'est pas un coup de cœur non plus, mais quand je repense à la discussion qu'on en a eu avec Lunch, ben je me dis que je ne vais pas être la plus méchante des deux.

Mais...

Mais quand même j'ai des reproches...
D'abord au niveau de l'ambiance, je ne l'ai pas trouvé aussi poignant qu'il aurait pu l'être, pas aussi impliqué. On aborde le sujet de l'emprisonnement, et pas n'importe lequel : on s'imagine bien que les camps d'emprisonnement du IIIème Reich n'avaient pas grand chose en commun avec des vacances tous frais payés. Pourtant, on ressent peu à quel point cette période a été éprouvante physiquement et moralement. D'autant que bon, nous on le sait : en 45, la guerre a pris fin, et basta. Mais les prisonniers de l'époque ne savait pas pour combien de temps ils en avaient ! Des notions qu'on ne ressent ici que de façon superficielle.

J'ai mes théories sur le sujet, je vous laisse faire le tri, parce que le débat avec Lunch à minuit et demi et à moitié endormie m'a laissé un souvenir pas super convaincant (faut dire qu'il n'a pas arrêté de prendre Maus pour point de comparaison, et que – honte sur moi – je ne l'ai toujours pas lu).
Mais bon voilà, Moi René Tardi a un certain nombre de particularités qui ne jouent pas en sa faveur.
C'est une histoire en deux temps : d'abord René Tardi, père de l'auteur, a posé sur papier ses souvenirs 40 ans après les faits, et pas forcément avec un grand talent pour l'écriture. Ensuite Jacques Tardi, auteur, fils du premier, en a fait une BD dans laquelle il s'est ajouté comme personnage à part entière et s'est rapproprié le récit tout en voulant garder (je suppose) une certaine authenticité. Pour autant, on perd beaucoup sur le côté percutant du témoignage.

En plus, Tardi a fait le choix de s'intégrer lui-même à l'histoire. Il se représente sous des traits enfantins, échangeant avec son père sur son récit. Les deux narrateurs s'extirpent presque du tableau historique. Ils se baladent dans les décors en commentant ce qui s'y passe. Et évidemment, il y a la fameuse voix OFF, celle qui casse toujours la prégnance du récit, mais sur ce point je reste modérée, car justement, en proposant un face à face père-fils, la voix OFF est cassée par un échange entre le caractère bourru de l'un et la curiosité de l'autre, et je suis admirative devant ce joli tour de passe-passe. D'autant que j'y ressens une véritable implication de la part de Jacques, qui revit ainsi ses propres souvenirs d'enfance face à ce père qui raconte ses mémoires. Un enfant qui a entendu tant de fois l'histoire – mais la découvre pour la première fois de bout en bout – et qui tente de mettre des images sur des mots, de rattacher ce qu'il apprend à ce qu'il savait déjà.
Pour autant, le découpage systématique en trois bandes par page assez habituel chez Tardi maintient un côté statique et documentaire à l'ensemble qui n'aide pas intégrer la dimension émotive du discours.

Néanmoins, si on veut du poignant, il suffit de lire la préface de Dominique Grange, épouse de l'auteur, qui manie les mots avec une belle dextérité et qui donne justice à ces prisonniers qui ont perdu à la fois leur jeunesse, leur guerre et leur fierté.

Dans l'ensemble, on découvre en tous cas la guerre vue de l'intérieur (et pour moi c'est une première : mes propres grands-parents n'ont jamais été bien bavards sur le sujet), avec une stratégie et un équipement qu'on découvre tout à fait inadaptés. Les gouvernements et l'État Major français en prennent pour leur grade et quand on voit les situations auxquelles René a fait face en tant que soldat puis en temps que prisonnier, on ne peut qu'acquiescer !

J'ai en tous cas un coup de gueule à pousser contre l'éditeur. On découvre à la toute dernière case, alors que les Allemands font évacuer le Stalag à l'approche de l'armée russe, que ce n'était qu'une première partie, ce qui n'est mentionné absolument nulle part ailleurs. Nous voilà un peu dépité, alors qu'on approche de la fin de la guerre ! René a sans doute encore énormément à nous dire, ce qui peut expliquer ce découpage quelque peu incongru, mais Casterman s'est salement fait l'économie de mentionner sur la couverture, le dos, la page de garde (ou même dans son derrière s'il voulait) qu'un second tome viendrait compléter ce qu'il convient d'appeler cette première partie. On arrive un peu le bec dans l'eau à la fin de l'album, d'autant que le format épais porterait effectivement à croire qu'il s'agirait d'un one-shot.



D'autres avis : Legof, Yvan, Zaelle, David Fournol, Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2012

Mon ami Dahmer Derf Backderf (s)(d) Cà et là

Chronique du 06/08/13

John « Derf » Backderf est un ami d'enfance de Jeffrey Dahmer (aussi appelé Le Cannibale de Milwaukee), célèbre tueur en série ayant fait 17 victimes entre 1978 et 1991. Enfin... connaissance serait le terme le plus approprié car dans les années lycée, entre 75 et 78, Dahmer n'était pas vraiment un ami intégré : adolescent solitaire et étrange, il était surtout sujet de moqueries, simulant des crises d'épilepsie et des troubles de locution (appelés Dahmerismes).

Lorsque Derf Backderf apprend que son ancien camarade de promo est l'auteur de ces crimes atroces, il se met aussitôt à rassembler des éléments de son passé : souvenirs, anecdotes, témoignages... Les faits relatés par la presse étaient différents de ce qu'il avait vécu lui. Il tenait une histoire singulière : le Dahmer présenté par la presse n'avait rien à voir avec celui qu'il avait côtoyé plus de 10 ans auparavant.
Il commence alors à écrire des histoires, puis publie en 2002 un livre auto-édité de 24 pages, nominé aux Eisner Awards.
Un livre salué mais qui ne lui plaît pas : sa forme n'est pas aboutie, sa narration est chaotique et il y avait tant de choses que cette faible pagination ne permettaient pas de raconter...
Il décide alors de refaire son livre et de le faire bien. Il retourne sur les lieux, interroge anciens camarades et professeurs. Il compulse les rapports du FBI et de la police, étudie les journaux et lit le livre du père de Jeffrey Dahmer, Lionel, qui l'aide à appréhender le contexte familial.
C'est ainsi qu'est né Mon ami Dahmer, un comic-book détonnant et un véritable témoignage présentant la construction psychologique de Dahmer jusqu'à son premier meurtre.

« Mais là-bas, à la campagne, il faisait bon vivre, surtout quand on était enfant. De belles forêts épaisses et vertes, des champs et des prairies à perte de vue dans toutes les directions et des villages agréables où tout le monde se connaissait.
Autrement dit, un terreau parfaitement improbable pour le tueur en série le plus dépravé depuis Jack l'éventreur.
»


De fait, on retrouve une certaine similitude avec d'autres histoire du genre comme Je ne mourrai pas gibier : on connait la fin dès le début et on sent monter en puissance un malaise lattent et, pour Dahmer, les angoisses en partie suscitées par le carcan familial désastreux et le renfermement. Contrairement au livre pré-cité, il est impossible d'éprouver la moindre compassion ni d'excuser les gestes...
Mon ami Dahmer s'inscrit dans la lignée d'ouvrages tels que From Hell ou Henri Désiré Landru, des œuvres ayant pour principal protagoniste un criminel qui fait subir à ses victimes les atrocités les plus sordides. Mais sans aucune place pour la fiction, seulement des faits avérés issus d'anecdotes vécues par son entourage (qui vont des simples gamineries aux pratiques morbides – avec des animaux morts – de Dahmer).


Derf Backderf est auteur de comic-books mais aussi journaliste de formation. Il s'occupait d'ailleurs du journal (Yearbook) au lycée. Son style est assez proche du dessin de presse, très caricatural et « grosses têtes ». Un graphisme aux traits un peu gras et aux expressions figées qui est assez déconcertant au départ mais on s'y habitue rapidement. On pourrait même dire qu'il convient assez bien à l'inexpressivité de Dahmer.

Mon ami Dahmer est au final un livre au scénario construit, clair et... glaçant.
On se demande comment un gamin ainsi en perdition n'a pas été repéré par les services sociaux ; comment les parents, même absents et en plein divorce, ne se sont aperçus de rien ; comment les professeurs, en charge de l'éducation, n'aient rien pu discerner non plus (outre son comportement asocial, Jeffrey Dahmer se saoulait du matin au soir dans l'enceinte du lycée). Même les potes de classe, pensant seulement à s'amuser, n'ont pas songé à un problème psychologique. Bref, un manquement total qui laisse complètement coi !

On se dit que ces gosses ont vu passer la mort de près...


En postface, les notes de l'auteur sont un témoignage précieux expliquant sa méthodologie dans l'élaboration du livre.




D'autres avis : Choco, Legof, David Fournol, Yvan

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

Un reportage vidéo sur Jeffrey Dahmer, à regarder de préférence après avoir lu l'album.

Roaarrr Challenge
- Prix k.bd 2014
- Prix révélation - Angoulême 2014




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Année d'édition
2013

Mon copain secret Loïc Dauvillier (s), Alain Kokor (d) La Gouttière

Chronique du 16/12/12

Qui n'a pas eu un copain secret dans son enfance ?
Bon j'avoue, je ne me souviens pas vraiment en avoir eu un... mais il n'est pas rare de voir un enfant, et de s'en inquiéter lorsqu'on est adulte, parler tout seul. Il discute en fait avec une peluche ou un ami imaginaire, il lui raconte des histoires. Ensemble ils peuvent se faire des confidences, échanger sur des choses inavouables, des bêtises, des questions : une façon de penser à voix haute et surtout d'extérioriser ses pensées.
Un copain secret c'est donc un compagnon de tous les jours, qui est là pour écouter quand ça ne va pas. Et c'est important d'être écouté quand ça ne va pas !

Entre réalité et fiction, Mon copain secret est un formidable terrain de jeu pour ses deux auteurs, Loïc Dauvillier et Alain Kokor, qui avaient par ailleurs déjà travaillé ensemble sur Petite souris, grosse bêtise.
Ils développent une intrigue mettant subtilement en image ce trait particulier de l'enfance.
Manon, c'est une petite fille pas comme les autres. Déjà, elle est différente parce qu'elle a un frère jumeau : Tom. Mais en plus de ça, « Hier, en rangeant [sa] chambre, [elle a] trouvé un éléphant dans [son] placard. » Et ça... c'est pas commun ! Et puisque personne ne la croit, ce sera son secret rien qu'à elle !

Certains éléments dans la narration nous font penser que c'est vrai. Des éléments qui se trouvent confrontés à notre regard d'adulte trop rationnel.
Il y a un petit côté Peter Pan là dedans finalement : la magie se perd quand on devient adulte ? Ça tombe bien : nous sommes de grands enfants ici !:)

« _ T'as perdu quelque chose, ma poulette ?
_ Euh... oui... Un... un éléphant !
_ Un éléphant !! Hahahahah... Ça me rappelle des souvenirs. Quand j'étais petite, y'en a un qui m'a rendu quelques visites et puis plus rien. Hahahaha ! N't'inquiète pas. Il n'est jamais perdu pour tout le monde.
»


Ce que j'aime beaucoup dans le travail de Loïc Dauvillier, c'est qu'il aborde toujours ses livres avec une vision atypique de celle qu'on trouve habituellement. Ce n'est pas la première fois qu'il me touche vraiment avec un récit (il m'avait pas mal chamboulé sur Inès). Il a ce regard si particulier sur l'enfance qui donne suffisamment de relief pour plusieurs niveaux de lecture. Quand il nous livre un album jeunesse, les adultes y trouvent aussi leur compte. Il donne une réelle profondeur au récit qui permet une relation, une discussion entre les parents et les enfants.
Pour illustrer ses propos, Alain Kokor fait un admirable compagnon. Ses dessins sont emplis de tendresse et ils ne manquent pas de rythme ! Il utilise de surcroit une colorisation douce ocre-orangée empreinte de rêverie. Le dessinateur a un peu changé son style depuis Petite souris, grosse bêtise : ses traits sont plus diffus, moins gras... ce qui aide à se plonger dans l'ambiance et l'onirisme de l'histoire.


J'aimerais ajouter un détail concernant le récit.
La maman des jumeaux a je trouve un excellent comportement vis à vis du copain imaginaire. C'est le jardin secret de Manon et elle n'essaie pas de rentrer dans son intimité. J'évite de vous en dévoiler plus et vous engage plutôt à vous procurer l'album... oui je sais, c'est un peu sadique, mais j'avais besoin d'en parler car cette conclusion est vraiment belle !

Comme souvent pour les albums parus en novembre, celui-ci ne figure pas dans la sélection jeunesse d'Angoulême, dans laquelle il aurait pleinement eu sa place. On se consolera en disant qu'il fait partie de ces bande dessinées qu'on aime bien et qu'on plébiscite volontiers pour vos achats de Noël !


D'autres avis : Celui de David Fournol, de Jérôme (avec une intervention très intéressante de l'auteur dans les commentaires), et puis celui de Mo', qui comme souvent pour un titre jeunesse nous fait partager la vision de son lutin... et l'avis d'un enfant ça nous amène aussi un regard très différent !




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Année d'édition
2012

Monde idéal (Un) Weidong Chen (s), Chao Peng (d) Xiao Pan

Les contes du villageois - Cycle 1 - Tome 1 : " L'usine "

Chronique du 06/10/11

Il n'est pas rare qu'A You, durant son sommeil, fasse ce rêve interminable dans lequel il est prisonnier d'un labyrinthe infernal. Suivant un décor mêlant tuyauteries, échelles et paysages psychédéliques, il parvient alors dans un monde dont l'unique relief vient de ces innombrables portes qui s'étendent jusqu'à l'infini. Chacune d'elle ouvrant sur un nouveau monde... sans issue.
Pourtant, lorsqu'il revient à lui dans sa chambre à coucher (dans laquelle passent des tuyaux et des échelles, tiens, tiens...), il retrouve son quotidien du tout jeune adulte à peine sorti de l'adolescence. Pas encore tout à fait mur pour affronter le monde du travail, trop vieux pour rester à la maison à ne rien faire... un monde qui ne l'enchante pas mais qu'il devra apprendre à appréhender.

Je me plonge corps et âme dans la BD chinoise... Après mon désarroi devant la lecture de Princesse Bari, j'essaie de me réconforter ailleurs.
Un monde idéal, c'est une série que j'ai achetée lors du festival d'Angoulême en 2008, alors que la ville mettait en avant la bande dessinée chinoise par l'intermédiaire de l'éditeur Xiao Pan. Parmi tous les albums présentés, c'est celui-ci sur lequel j'ai finalement jeté mon dévolu... Peut-être pas le plus abouti graphiquement, mais sûrement celui dont l'univers me paraissait le plus torturé, à grand renfort d'images psychédéliques issues de ce rêve que fait le héros de l'histoire.

Torturé ? Ce n'est pourtant pas vraiment l'impression qui ressort de ce tome 1, qui aborde plutôt le récit d'un jeune garçon qui entre dans l'âge adulte sans pour autant se sentir prêt et investi dans ce nouveau rôle. Son travail à l'usine l'ennuie, et en plus il ne cesse depuis le matin de jouer de malchance. Rien ne va... il y a des jours comme ça...
Bref, le premier album évoque surtout un quotidien monotone d'un jeune homme qui ne veut pas grandir, et qui cherche encore ses repères dans le monde des grands.
Pourtant, on sent bien qu'il va forcément se passer quelque chose, et le feuilletage rapide des épisodes suivants me conforte dans cette hypothèse. Seulement voilà, pour une entrée en matière, on aurait pu s'attendre à mieux.

Il faut dire que l'album fait seulement 30 pages, ce qui correspond à un tirage jeunesse dans la bande dessinée franco-belge. Généralement, un album jeunesse présente une histoire complète dans ce volume de pages, mais là, ce n'est qu'une introduction.
Je me fais l'avocat du diable, mais je pense que c'est la mise sous format franco-belge par l'éditeur qui est le problème majeur de cette lenteur avérée. Il aurait peut-être été plus judicieux de préserver un médium manhua (manga Chinois). Eh oui, car un tome de cette série me paraît aussi copieux qu'un simple chapitre dans un manga. Autrement dit, cumulez les 5 albums qui composent ce cycle des "contes du villageois" et vous obtiendrez à peu de choses près le contenu d'un manhua.
On a finalement l'impression que Xiao Pana voulu faire de l'argent... aïe, des mots qui fâchent !

Côté graphisme, nous sommes bien en deçà des exigences d'un Princesse Bari ou Au bord de l'eau. C'est beaucoup moins léché, c'est plus rond et enfantin, avec une couleur moins impériale. On apprécie quand même les efforts dans les décors futuristes et précaires. On est nettement moins emballé par les bouilles de certains personnages, et surtout celle du héros (sic)...
À la fin de l'album, un sketchbook de quelques pages permet d'apprécier le coup de crayon (quand même) du dessinateur sur quelques croquis de personnages.

Je poursuivrais mon analyse dans les tomes suivants... l'avenir dira si j'ai bien fait ou non d'investir (et je pèse mes mots) dans cette série ^^




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Les contes du villageois - Cycle 1 - Tome 1 : \\" L\\'usine \\"

Année d'édition
2006

Monsieur le Maire et ses révolutionnaires Alexis HK (s), Marie de Monti (s)(d) VILTIS BD & ACCFA

Chronique du 18/10/12

L'ACCFA, de par son label « zik et bulles » à la prétention de vouloir associer deux genres artistiques qui se côtoient déjà de temps en temps : la musique et la bande dessinée.
Le concept est simple : la sortie de l'album musical de l'artiste se retrouve dans une BD, illustrée en fonction de l'une des chansons de l'album.
Après Bordel de luxe, issu de la collaboration entre le groupe Les hurlements de Léo, le scénariste David Bénito et le dessinateur Laurent Bourlaud, Monsieur le Maire et ses révolutionnaires est la troisième bande dessinée à paraître sous ce label, avec Alexis HK comme auteur/compositeur/interprète et scénariste à la fois, accompagné par Marie de Monti (scénario et dessin).

L'ACCFA se fait ainsi le pont entre deux univers, entre deux sociétés, l'une spécialisée dans l'édition (Viltis BD) et l'autre dans la musique (La Familia).


Synopsis :

Dans un petit village où il ne se passe jamais rien, Monsieur le Maire essaie tant bien que mal d'égayer la populace avec sa fête révolutionnaire annuelle. Mais cette année il va se retrouver confronté à un bien grand mal : la révolution a bien lieu, les animaux prennent le pouvoir !

Une révolte animale aussi surprenante qu'incongrue, car les animaux, tout d'un coup doués de parole et d'intelligence (quoique...) prennent le pouvoir de par le vaste monde. Exit aux gouvernements quels qu'ils soient. Bienvenue au culte du grand Maki Katta !

« Au commencement, il y eut les pionniers, ces animaux à qui les humains donnèrent le goût du kif. Ils leur apprirent à se déguiser, à danser devant MTV, à faire du Skate board, du vélo, et même du hummer. Puis ils diffusèrent les exploits de leurs petits compagnons sur internet. Sans prévoir le mouvement d'influence planétaire qui suivrait, mené par la plus grande star du net... Le grand Maki Katta, l'animal aux mille milliards de vues sur You-Buzz. »

L'idéologie est simple : « Qu'est-ce qu'ils peuvent faire, on peut le faire ! ». Pour résumer : les rôles sont désormais inversés ; les animaux se prélassent et abusent des humains, en charge de les divertir.


Mon avis :

Scénario ubuesque et complètement irréaliste donc, malmené par un rythme que je qualifierais d'anarchique. C'est un poil brouillon et pas très bien construit, ce qui laisse à la lecture un goût de chaos peu appréciable.
Les dessins de Marie de Monti ont un petit quelque chose à la Marion Montaigne et, même s'ils ne sont pas ma tasse de thé, sont ma foi de bonne connivence avec le propos.
Bref, c'est pas trop mon genre d'univers BD, entre l'humour lourd (et pourtant j'adore Les Nuls ou François Pérusse, mais en BD ça ne passe pas) et le politiquement incorrect.

Si jamais vous voulez approfondir le sujet et comprendre un peu le point de vue de l'auteure et la façon dont elle a nourri le scénario avec Alexis HK (l'idée de scénario à partir de la chanson est de Marie de Monti), je vous invite à lire sa note de blog à ce sujet. C'est finalement très instructif, je n'avais pas vu les choses comme ça.


Focus sur l'artiste Alexis HK :

Alexis HK est un artiste que je connais depuis son tout premier album, Belle ville, en 2002. J'ai suivi son travail avec beaucoup de plaisir, le plaisir de découvrir à chaque nouvelle chanson de nouvelles sonorités et une envolée rhétorique dont l'auteur seul à le secret. Alexis HK sait jouer avec les mots, et c'est toujours un enchantement, un enchantement qui reste en tête comme une ritournelle.
Si ses précédents albums étaient volontiers plus enjoués, Le dernier présent se veut plus sobre et bien plus calme que le précédent (Les affranchis). L'album prend des allures de « fin du monde » (ou de cycle) tout à fait à propos en cette fin 2012, évoquant un peu le terrorisme mais surtout le temps des sentiments. Il porte toujours un regard critique sur la société, et quelques chansons mettent encore la politique subtilement en image. On prend de nouveau du plaisir à écouter de belles mélodies qui, une nouvelle fois, trouvent les mots justes pour égayer nos oreilles.

« Au temps de ma splendeur
Des hommes sans foi ni cœur
Sont venus m'arracher à la forêt
Ils m'ont mis sur une place
Où pissent les chiens qui passent
Où les pigeons sur moi se soulageaient. »


Cette citation, issue de la chanson César du dernier album d'Alexis HK, est le point de départ de la bande dessinée. L'histoire d'un arbre qui ne bouge jamais et qui subi tous les fléaux du monde et qui raconte son histoire... sans langue de bois !
Une belle chanson qui au final n'a que peu de rapport avec la bande dessinée (ouf).


La bande dessinée existe aussi en version collector (sic, si j'avais su...), comprenant en plus un CD live de la tournée Les affranchis ainsi qu'un reportage vidéo de 26 minutes sur la précédente tournée 2011.

Pour ceux qui aiment Alexis HK mais qui se passeraient allègrement de la BD (ce que je conçois tout à fait), l'album (Le dernier présent) est bien évidemment sorti en format CD classique... plus formel et moins conceptuel certes, mais en revanche essentiel !

Pour ceux qui ne connaitraient pas Alexis HK : son site internet (où il est possible d'écouter la chanson Le dernier présent, issue de l'album du même nom).




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Année d'édition
2012

Monsieur Mardi-gras Descendres Éric Liberge (s)(d) DUPUIS

Tome 1 : "Bienvenue"

Chronique du 17/06/10

« Sur terre, on nous parlait d'une grande lumière... »
Tels sont les mots employés par Victor Tourterelle lorsqu'il arrive dans ce monde qu'est le purgatoire. Un terrain nu fait de sables et de roches à perte de vue, si sombre, si triste...
L'auteur Éric Liberge nous interpelle dès le début de la préface :
« Ce purgatoire est il en noir et blanc, ou bien en couleurs ? »
Pour lui, les contrastes sont plutôt d'un bleu profond, mêlés à la teinte sablonneuse des ossements. C'est cet univers là, touché par la froideur de la lune et par la nuit éternelle, qu'il nous propose d'arpenter avec lui.

Le paradis est un thème récurent, l'enfer aussi. Mais le purgatoire en revanche, est clairement délaissé si on le compare aux deux autres. Pour quelle raison ? Pourtant, il se pose tout autant de questions quant à son apparence, sinon plus encore.
Les gens dépeignent le paradis, l'enfer... mais quelle est leur vision du purgatoire ?

Lorsqu'il arrive dans ce monde où l'obscurité règne en maître, notre héros tout en os se pose tout un tas de questions. Légitimes et pleines de bon sens, mais il n'obtient pourtant aucune réponse.
Car le purgatoire tel qu'il est représenté par Liberge est un monde cadenassé et plein d'interdits, plein de secrets.
Et Victor Tourterelle, ou devrais-je dire Mardi-Gras Descendres, aura vite fait de l'apprendre à ses dépends. Car à trop chercher à briser les tabous, il n'arrive que des problèmes.

Personnellement, je suis très friand de ce monde tout autant atypique qu'absurde. Un purgatoire sinistre et éternel. Des squelettes qui s'habituent à leur nouvelle existence, d'autres qui perdent la raison. Des résidus de l'autre monde qui parviennent à traverser le voile. Des paroles décalées, des âmes déjantées, la robotisation des carcasses pour réparer les os, des interdits, des fous... un monde qui pose des questions et qui aborde le thème avec une grande dérision et un sens de l'humour noir.

Une très bonne lecture assurément.

Chronique du 16/06/10

Monsieur Mardi-Gras Descendres tel que nous l'avons découvert est une réédition, reprise de Dupuis : les deux maisons d'édition dans lesquelles Liberge avait élu domicile pour ses trois premiers tomes avaient toutes les deux coulé. Ces mésaventures pourraient semer le doute sur la valeur de cette BD, et pourtant, Dupuis a bien misé en en rachetant les droits. D'ailleurs Jérôme l'avait eu en double pour son anniversaire à l'époque.

Monsieur Mardi-Gras Descendres est avant tout déroutant. Cette BD s'aventure dans un genre assez inédit (non pas que la vie après la mort n'ait jamais été traitée, c'est un sujet qui déchaine les foules depuis les débuts de l'humanité, mais la façon de l'aborder est particulièrement originale).

Son graphisme et sa thématique augure quelque chose de sombre, mais elle est au contraire assez légère. Les préoccupations bassement terrestres de Mardi-Gras Descendres, et d'une façon générale les attitudes de tous ces tas d'os, ont tendance à nous faire oublier qu'on parle de la mort.

Liberge parvient à créer quelque chose d'innovant, non pas en cherchant à trouver "la grande réponse", mais plutôt en créant un monde après la vie dans lequel baser une intrigue, des questionnements et tout et tout. L'ensemble sur fond de ce graphisme si particulier qui fait le charme d'Eric Liberge.

Roaarrr Challenge
- Prix René Goscinny 1999


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Tome 1 : \\"Bienvenue\\"

Année d'édition
2004 (1°ed.1998)

Morgana Luca Enoch (s), Mario Alberti (s)(d) Humanoïdes Associés

Tome 1: "La porte du ciel"

Chronique du 05/02/07

Deux enfants inséparables, Thor et Alix, vivent les derniers instants de la cité impériale, un massacre qui s'appellera à jamais "la nuit d'Antigone".
Beaucoup plus tard, Morgana et Voorth semblent avoir le même but: retrouver les arcanes. Et ils se voient une nouvelle fois face à face, au sein d'une guerre qui n'est pas la leur, lutte opposant des ennemis de toujours, les Sieth et les Tromaks.

Le scénario se met ici en place dans une histoire complexe, posant beaucoup d'interrogations et donnant peu de réponses. Nous voyons dans le tome 1 la puissance de l'Arcane qui protège la ville, mais ne savons pas pourquoi certaines personnes veulent les rassembler toutes, et qu'est-ce qu'est "l'Objet". Morgana et Voorth semblent être les seuls à pouvoir les toucher, mais derrière cela semble se cacher des manipulations que les personnages eux-mêmes ne soupçonnent pas encore.
Le dessin est lui aussi très fouillé et d'excellente qualité. Seules les couleurs au ton fade peuvent être le bémol d'une série qui délivrera sans aucun doute bien des promesses.




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Tome 1: \\"La porte du ciel\\"

Année d'édition
2002

Tome 2: "Le secret des Krritt"

Chronique du 05/02/07

Morgana, Rosso et Merlin se font arrêter par un vaisseau impérial. Pensant pouvoir en repartir rapidement grâce à leur laissez-passer délivré par la Grande Bibliothèque, ils sont surpris par la présence de Voorth et de l'arcane à bord. Ce dernier a visiblement de l'avance sur eux, et a l'Empire de son côté....

Ce second volet de Morgana nous délivre ici quelques secrets, notamment sur le peuple Krritt, son origine et son histoire. Nous commençons également a comprendre ce qu'est l'Objet, sans pour autant comprendre ce qu'il arrivera si les Arcanes sont réunies. Dernier point, nous connaissons maintenant les jeux d'influence et de pouvoir qu'exercent les protagonistes. Chacun a son secret et ne souhaite pas le révéler, on se rend compte que tout le monde agit pour ses propres intérêts.
Voorth sert l'Empire tout en sachant qu'ils ont détruit son école, et a visiblement soif de pouvoir et cache bien son jeu.
L'Empire pense se servir de Voorth pour conquérir les Arcanes sans se doûter des projets de ce dernier.
Merlin et Sophia usent de l'influence qu'ils ont sur Morgana pour obtenir eux aussi les Arcanes, tandis que Rosso semble les servir tout en ayant ses secrets et ses ambitions.
Sans oublier le fait que Morgana se pose beaucoup de questions sur son enfance et semble retrouver peu à peu sa mémoire.
Une intrigue qui prends forme et qui me plaît beaucoup.




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Tome 2: \\"Le secret des Krritt\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Les deux Phénix"

Chronique du 05/02/07

Sophia s'apprête à rejoindre le procès dans lequel elle est conviée pour être jugée pour hérésie par l'Empire, et souhaite en profiter pour en savoir plus sur Voorth. Mais c'est sans compter la ruse de ce dernier, qui profite du fait que la Grande Bibliothèque soit gardée par Morgana seule, pour l'attaquer et tenter de s'emparer des Arcanes manquantes.

Les arcanes n'ont jamais été aussi près d'être à nouveau rassemblés. On en apprends encore plus sur les réelles motivations de Rosso et des Krritt, gardiens de la volonté de Darius de garder les Arcanes séparés.
Morgana, elle, est plus que jamais en proie à ses doutes.




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Tome 3: \\"Les deux Phénix\\"

Année d'édition
2005

Tome 4: "La voix des éons"

Chronique du 03/03/07

Pendant qu'au siège du conseil on se rend compte que Voorth les a roulés et que les Arcanes sont perdus, Morgana et Rosso sont capturés par un vaisseau d'éboueurs. Ces derniers récupèrent tout ce qu'ils peuvent prendre pour s'enrichir, et semblent avoir un nouveau chef....

Je considère le tome 4 comme une nouvelle saga, comme le sont les trilogies StarWars. D'ailleurs, ce dernier épisode est pour moi moins bon que les précédents. Morgana est plus que jamais troublée, Voorth ne ressemble plus à rien... c'est l'album de la déchéance, on sent que le monde va mal et est sur le point de s'effondrer. L'Objet est maintenant unifié, comment arrêter sa progression ? Morgana est la seule à pouvoir en décider.




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Tome 4: \\"La voix des éons\\"

Année d'édition
2006

Murder & Scoty ROD (s)(d) PAQUET

Tome 2: "Bienvenue à Bulcktown"

Chronique du 03/02/07

Murder et Scoty sont envoyés par le FBI pour une mission sanitaires dans des fermes, quand ils croisent la route d'un étrange personnage aux allures de monstres. En voulant le mener à l'hôpital le plus proche, ils trouvent une ville de Bulcktown complètement déserte, et se rendent rapidement compte qu'ici à eu lieu un étrange phénomène dû à une catastrophe nucléaire....

Cette parodie de la célèbre série américaine X-Files n'a rien gardé de son attrait. Le scénario est bancal et les textes assommants. Heureusement que j'ai lu ça en pleine journée, sans quoi je me serais vite endormi.
Cette bande dessinée était offerte par PAQUET (qu'ils sont gentils!) avec un achat sur leur stand au festival de Saint-Malo 2005.
De plus, les dessins sont brouillons (en tout cas c'est pas mon style).

Chronique du 03/02/07

Ça se passe de commentaire...


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Tome 2: \\"Bienvenue à Bulcktown\\"

Année d'édition
2002

Musée insolite de Limul Goma (Le) Simon Hureau (s)(d), Lucie Firoud (c-T2) La boîte à bulles

Tome 2 : " Le massacre "

Chronique du 13/04/13

Limul Goma est un collectionneur hors pair, féru de la petite histoire, celle qui se confronte à la grande et qui donne du sens à la vie et du corps aux objets. Chacune des pièces de sa collection personnelle, d'une incroyable richesse, a une histoire qui lui est propre (et dont on pourrait faire d'autres livres) et qui vaut la peine d'être racontée... C'est le cas de ce massacre de Kouprey qu'il vient d'acquérir aux enchères pour l'extraordinaire somme de 1.700.000 euros (un chiffre pas si anodin que ça). Un beau pactole pour un simple trophée de chasse... mais quel secret impalpable peut bien se terrer derrière son mètre dix d'envergure ?


Limul Goma, certains d'entre vous le connaissent peut-être pour son Musée de l'insolite, premier du nom. Car en effet, Le massacre est bel et bien un tome 2. Que ceux qui n'ont pas lu Hautes Œuvres – Petit traité d'humanisme à la française (le titre du tome précédent donc) se rassurent, chaque affaire est indépendante et totalement compréhensible. Ouf !

Dans cet album, Limul Goma nous emmène sur la trace de l'un des derniers Kouprey encore vivants... une sorte de bœuf sauvage entre le Gaur et le Banteng (si vous trouvez que je vous en bouche un coin, Wikipedia est votre ami) que l'on rencontrait au Cambodge. Une espère malheureusement éteinte de nos jours (ce n'est encore pas officiel, mais cet animal n'a plus été vu depuis 1983) mais qui à l'époque des faits, dans les années 30, comptait encore quelques spécimens vivants. Malheur à eux car les colons n'ont aucune pitié, prêts à épingler une nouvelle créature à leur tableau de chasse pour le simple plaisir de briller en société.


« Aaaah, monsieur ! J'aurais souhaité une vie tellement plus courte, mais que voulez-vous, c'est comme si je ne devais jamais cesser d'expier mon crime !
Tel Sisyphe, je suis condamné à pousser le rocher de ma mémoire...
Essayez de vous représenter cela, monsieur : 1.700.000 morts sur la conscience !! Au bas mot !! Pour un seul homme !?!
D'un seul coup de fusil !... Ah, si seulement je n'avais pas révélé au monde l'existence de cet animal !!...
»

OUI, cette bande dessinée parle d'une époque peu glorieuse du passé des hommes : la colonisation. Mais elle en parle avec une certaine fascination et non avec un dédain certain. Car il n'est finalement pas tant question de « sous hommes » que de connerie humaine, tout simplement. Mais là encore, l'animal n'est qu'un prétexte à l'histoire, plus vaste encore, et surtout en lien avec la grande Histoire, celle du non moins célèbre dictateur Pol Pot... dont on évalue le nombre de ses victimes à l'assourdissant total d'1.700.000 (tiens tiens...) !


« Vous commencez à me cerner ?
Rien ne m'excite comme les histoires que me racontent les objets !
Et celle du cornage de la vente de Tours vaut son pesant de Louis d'or, croyez-moi !
»

Limul Goma nous invite donc dans son insolite musée à la découverte de la petite histoire qui s'inscrit dans la grande. Il s'adresse directement à nous, lecteurs, témoins de son investigation qu'il nous conte avec courtoisie, en gentleman malicieux. Un personnage atypique, charmeur et entouré d'une aura de mystère qui nous intrigue et nous fascine à la fois. Il nous mène en bateau de bout en bout et nous sommes pendus à ses mots, terriblement addictifs.

J'ai aimé ce récit, relativement complexe et rondement bien mené. On est emballés d'emblée par la scène de la vente aux enchères et dès lors, on est chahutés d'indice en indice et d'époque en époque pour remonter le fil et le comprendre, dans un ordre relativement chaotique.
Une sorte de polar moderne, non pas une enquête sur une meurtre quelconque mais une enquête quand même, dans le passé d'un objet et des personnes qui ont fait son histoire. Une fiction certes, mais qui se base sur la réalité, qui sait l'utiliser à bon escient et en extraire le plus savoureux.
N'oublions pas que Simon Hureau s'y connaît en polar, puisqu'il a raflé l'an passé le prix du genre à Angoulême, en 2012, pour L'intrus à l'étrange. Il n'est donc pas si étonnant de constater que son récit est fort bien construit et agrémenté aux petits oignons.

Pour l'accompagner, l'auteur dessine lui-même ses planches avec là encore beaucoup de minutie. Un graphisme aux traits tortueux qui colle bien à la peau de l'Indochine coloniale avec ses arbres noueux et ses vestiges de civilisations sacrées. Paradoxalement, je l'ai trouvé moins à propos dans l'époque moderne, alors qu'il donne un faux-semblant de fouillis à des décors pourtant très riches.
Les couleurs de Lucie Firoud (que nous avons déjà croisée sur les Chroniques de Jérusalem) nous aident à imprégner l'histoire, à sentir la moiteur de la forêt tropicale. Et ceci est uniquement valable pour ce Massacre, car le premier opus était en noir et blanc.


Une mention particulière à la présentation de l'album.
Mis à part la première page mentionnant le titre, les auteurs et l'éditeur, toutes les autres sont entièrement dessinées. Le texte avec le dépôt légal, les droits, les autres œuvres des auteurs... tout ça est fait sous forme dessinée. J'ai trouvé ça assez inhabituel pour le présenter et suffisamment confortable pour le souligner.

Une belle réussite que ce Massacre !

Chronique du 13/04/13

Cette BD offerte par mon collègue de travail n'a suscité que tardivement mon intérêt, mais une fois que je me suis décidée, c'est devenu une obsession.

Simon Hureau commence par nous plonger dans une intro à tiroirs d'une quinzaine de pages. Où nous emmène-t-il ? Bonne question, on aimerait bien le savoir, et c'est pour ça qu'on continue. Dès les premières pages, l'auteur titille la curiosité de son lecteur et le rend avide.
Un trophée de chasse, quelques photos, une vente aux enchères et une course-poursuite sur l'autoroute... Quel est le lien ? Voilà justement tout le scénario dans ces 4 mots : quel – est – le – lien. En fermant votre BD, vous vous rendrez compte que TOUT EST LIÉ au point que ça en donne le tournis.

Le scénario va dans tous les sens, nous fait voyager dans le temps et dans l'espace, prend pied dans la Grande Histoire pour finalement reconstituer le puzzle pièce après pièce. Le puzzle, voilà bien le mot. Vous savez, cette pièce qui va en bas à droite et cette autre en bas à gauche. Ici ça prend forme et là quelque chose se dessine. Et quand on pose la dernière pièce, on découvre quelque chose de magistral. C'est très exactement de cette façon qu'est fichu ce tome 2 du Musée Insolite de Limul Goma. Les événements et les personnages s'entremêlent, les histoires de chacun s'ajoutent les unes aux autres, on se fait balader dans le scénario, jusqu'à ce que chaque élément trouve une place implacablement cohérente dans le récit.

Limul Goma, ce personnage atypique, nonchalant, bon vivant, curieux dans tous les sens du terme, certainement un peu fou et tellement visuel, nous entraine de surprise en surprise. On le suit... Comment pourrait-il en aller autrement ? Et finalement apporte non pas une révélation mais deux, trois, cinq, dix... Et plus on avance, plus il en rajoute. Mais loin de donner dans la surenchère, il donne aux événements toute leur logique, apportant une réponse à une question posée 30 pages plus tôt.
« Essayez de vous représenter cela, monsieur : 1 700 000 morts sur la conscience !! Au bas mot !! Pour un seul homme !?! D'un seul coup de fusil !... » Haha... avouez que vous aussi ce genre de phrase vous pose question !

Et à la fin, on se rend compte que le titre – Le massacre – ne se contente pas d'avoir un double sens, mais de synthétiser à lui seul tout le contenu de l'album.

Mais rassurez-vous, cette BD n'est pas parfaite. Elle a UN défaut : la surcharge de texte. C'est précisément LE truc que je reproche aux vieilles BD de notre enfance car les phylactères sont alourdis au point que ça écrase le dessin et l'espace créatif. C'est vrai que le contenu est dense, et que cette densité ainsi donnée aux cases rend une sorte de cohérence entre le récit et son aspect, mais elle ne met pas en valeur la qualité physique de l'album. C'est d'autant plus dommage que la construction est parfois prise de sursauts d'une grande intelligence...


D'autres avis : Mo', Zaelle, David Fournol, Fab Silver


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Tome 2 : " Le massacre "

Année d'édition
2013

Mystère Nemo (Le) Mathieu Gabella (s), Kenny Ruiz (d), Maz! (c) DELCOURT

Tome 1 : "L'île"

Chronique du 06/03/10

Nous sommes en pleine guerre de sécession. Cyrus Smith, Nab, Pencroff, Harbert et Gédéon Spilett sont prisonniers dans une ville sudiste et passent leur journée à jouer au poker.
Lorsqu'un énigmatique inconnu leur propose une évasion à l'aide d'une montgolfière, ils se lancent de suite dans cette folle escapade.
Confrontés à un terrible ouragan, ils atterrissent en catastrophe sur une île déserte...

Mathieu Gabella nous avait enchanté sur La Licorne, et Kenny Ruiz nous avait emballé avec les Chasseurs d'éclairs. Alors une série qui sort avec ces deux auteurs ne pouvait pas ne pas finir dans notre bibliothèque. Il fallait qu'on la découvre.
Trêve de médecine et de monstres imaginaires, cette fois Mathieu Gabella nous emmène en voyage sur l'île mystérieuse, l'un des plus célèbres romans de Jules Verne.
Pour avoir lu quelques explications de l'auteur, il a voulu approfondir tous les mystères du roman, en partant des moindres petits éléments qu'il voulait bien fournir. Le but étant de partir à la découverte de cet énigmatique Capitaine Nemo, un indien qui a perdu sa femme en luttant contre les Anglais.
Un roman de Jules Verne ? Oui mais non ! C'est une véritable histoire à part entière, rassurez-vous.

Mathieu Gabella n'a en rien perdu son sens de l'accroche scénaristique. C'est du moins ce que j'en conclus à la fin de la lecture de ce premier opus, qui en comptera vraisemblablement trois.
Néanmoins, je trouve que ça commence doucement, trop peut-être. Et je trouve aussi qu'on n'adhère pas assez aux personnages principaux. C'est quand même un monde mais... je me suis plus attaché au Prince Dakkar et sa femme Anusha qu'aux prétendus héros. L'histoire du couple Indien a quelque chose de poignant, leur passif est lourd et leurs émotions transparaissent dans le peu de pages où ils s'affichent (contrairement aux autres finalement, qui sont bien plus présents mais au final presque transparents).
J'ai noté un point qui semble fasciner Mathieu Gabella en tout cas, c'est la physique et la science ! Dans La Licorne il abordait sans retenue la médecine et le fameux "mouvement perpétuel" de Léonard De Vinci, et là c'est des électro-aimants à répulsion magnétique :)

Du côté dessin, j'avoue que j'ai été très déçu, et en particulier au début de l'album avec l'ouragan. Ces tons bleus à outrance qui assombrissent la scène ne m'ont pas plu. Ensuite, c'est plus chatoyant. Passé ces premières pages difficiles, qui corroboraient avec la mise en place laborieuse du scénario, le reste de la BD m'a donné envie de lire la suite.
Mais il faudra encore attendre un peu pour cela !




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Tome 1 : \\"L\\'île\\"

Année d'édition
2010