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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
K.O. à Tel Aviv Asaf Hanuka (s)(d) Steinkis

Chronique du 20/04/13

K.O. à Tel Aviv ne m'a jamais particulièrement attiré lors de mes visite successives chez mon libraire. Ses couleurs vives surtout, ne m'ont pas vraiment emballé et m'ont fait plusieurs fois refermer le livre aussitôt ouvert.
Pourtant, l'album chouchou de Magali (ma charmante libraire donc) était constamment mis en avant, présenté comme une bande dessinée coup de poing (pour un K.O., quoi de plus normal) situant le quotidien d'un israélien et de sa famille dans la tumultueuse « ville qui ne dort jamais ».
L'envie de découvrir une bande dessinée israélienne mais aussi de poursuivre mon exploration sur le conflit israélo-palestinien a eu raison de mon rejet premier... et puis l'album est inscrit au programme de la 9e case de ce mois d'avril donc... raison de plus !


« Tim a appelé aujourd'hui. On a trois mois pour quitter l'appart'.
_ Quoi ! Mais qu'est-ce qu'on va faire ? L'immobilier flambe ! On est dans la merde...
_ Ne t'en fais pas, on ne va pas se retrouver à la rue... On finira par trouver quelque chose...
»

Asaf Hanuka, l'auteur de cette BD, est né en Israël mais a suivi des études dans le 9ème Art en France, à l'école Émile Cohl de Lyon dont il sort diplômé. Il retourne ensuite dans son pays d'origine, à Tel Aviv, et y fonde un foyer. C'est de ce quotidien dont il est question dans K.O. à Tel Aviv. Pourtant, bien qu'il se situe dans un pays en guerre permanente, il est rarement question du conflit, voire pas du tout, hormis sur quelques planches témoignant de l'incongruité de la situation et de la violence des flashs télévisés.
Le principal reproche que je fais à cette bande dessinée est aussi celui de la ville elle-même : une bulle dans un contexte de guerre qui, bien qu'étant à quelques kilomètres d'un conflit majeur pour le monde entier, semble se contrefoutre de celui-ci.
Évidemment, il y a des non-dits. Dire qu'il n'est pas question du conflit serait un mensonge car il est présent, en filigrane, entre les cases. Il s'insinue dans les coups de téléphone, dans une phrase anodine, dans un débordement de marmite qui vire au rouge...
J'aurais aimé que les choses soient dites plus franchement.

« Oh non !
_ Quoi ?
_ Change de chaîne, mets les infos.
»

J'ai éprouvé pas mal de difficultés pour passer outre le style graphique et en particulier la couleur criarde.
Pourtant, je ne peux pas dire que tout est à jeter. Bien au contraire, j'ai fini par m'y habituer et j'ai même trouvé que certaines planche avaient du génie. Et même que la colorisation volontairement flashy s'y prêtait bien.
Asaf Hanuka est un bon illustrateur et même un excellent communiquant. Il a des idées et sait les exploiter : La voiture qui rend ses tripes ; les problèmes existentiels rendus par un dessin torturé et explicite... Des hommages aussi, aux comics américains, entre autre, qu'il garde en mémoire depuis qu'il est tout petit (et la vie new-yorkaise de son frère jumeau Tomer, parti assouvir une vie d'artiste à l'autre bout du monde, y est probablement pour quelque chose).
Et puis il y a aussi l'actualité du pays qui est rendue au travers de certaines planches.


« Il y a un supermarché à Bneibarak où on peut faire de très bonnes affaires.
Pour le coût d'un repas moyen à Tel Aviv, vous repartez avec un mois de provisions.
Le seul problème, c'est qu'ils ne vendent qu'aux orthodoxes. Tenue " correcte " exigée, donc.
»

Plus qu'un témoignage sur Israël, K.O. à Tel Aviv évoque surtout le quotidien d'un homme, de son couple, de leur enfant, des petits tracas de la vie et notamment des difficultés financières car la vie est chère à Tel Aviv. En bref, il est rarement question des joies... plutôt des peines, mais pas forcément celles qu'on attend dans un pays en conflit.
Et puis il est également question de la fausseté du rêve américain et du romantisme parisien, des préjugés encensés puis finalement démontés.


J'ai eu du mal avec le rythme très haché de l'album. Il manque pour moi de liant. Même si on perçoit une trame lointaine, le fil conducteur est mince et malheureusement poussif. La faute à la parution par planche dans un périodique israélien.
Pour conclure je dirais que K.O. à Tel Aviv m'a déçu mais pas là où je m'y attendais. Et je reconnais aussi qu'il y a de très bonnes choses dans le travail de l'auteur.

À noter que l'album est paru en France chez l'éditeur Steinkis, celui-là même qui avait publié Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins).



D'autres avis : Magali, David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2012

Tome 2

Chronique du 24/08/14

Ma lecture du premier tome de K.O. à Tel Aviv m'avait laissé un sentiment de frustration. Il était évident que l'auteur, Asaf Hanuka, poursuivait son travail auprès des quotidiens israéliens. Je ne m'attendais cependant pas à ce que Steinkis, l'éditeur de ce livre, en publie un second, d'autant plus que l'album n'appelait pas nécessairement une suite.
C'est pourtant bien de ce tome 2 dont je m'apprête à vous parler.
Mon ressenti à demi-teinte s'est-il étiolé depuis ? Je crains que non...

Rapidement, je me suis rendu compte que j'avais pour ce livre les mêmes agacements que pour le premier, à savoir un manque de cohésion d'ensemble, une impression de lâcheté dans le propos et probablement aussi une grande difficulté empathique vis-à-vis du personnage/auteur.

Pourtant, je reconnais toujours une incroyable force dans ces illustrations pleine page, dans ces paraboles qui parviennent à nous toucher sans un mot sinon le titre. « Ceci n'est pas un oiseau » est tout à fait évocateur du ballet aérien des avions de chasse : alors que le fils, revêtant le costume de Superman, pointe le doigt en l'air, le père regarde le ciel avec anxiété.
Ces instantanés mêlant l'imaginaire et le quotidien ont bien plus d'impact chez moi que la plupart des strips présentés, pour qui j'éprouve un goût d'inachevé, voire d'incompréhension.

J'ai bien essayé de me raccrocher au personnage (l'auteur se dessinant lui-même avec sa famille) mais sa vie n'est ni dépaysante ni attrayante. Il ne donne pas envie qu'on s'y projette, multipliant les aspects négatifs d'une résidence en Israël (bien loin des aspects dépeints par Guy Delisle dans ses Chroniques de Jérusalem qui, bien que parfois similaires, nous paraissent tellement plus avenants...). L'insouciance du gamin contraste tant avec la peur des bombes et d'une guerre imminente, avec l'angoisse d'être père pour la deuxième fois, avec l'argent qui manque désespérément...
Ce sentiment d'angoisse permanente me dérange. Il donne l'impression d'être entretenu, insoluble... normal.
Asaf Hanuka se sent constamment persécuté, lui qui couvre sa fille quand ils sortent pour que personne ne remarque ses yeux bleus (mais qui paradoxalement en témoigne dans ses parutions), lui qui a peur qu'on le touche, qui est anxieux pour le moindre soupçon...

Pourtant, l'auteur se pose parfois des questions. Quand il évoque le dessinateur Mohamed Saba'na, emprisonné pour raison de propagande « pour la paix », il se dit que le métier peut être dangereux si on ne fait pas attention, ce qui n'est pas sans rappeler le cas de Mana Neyestani (Une métamorphose iranienne).
Pour autant j'ai l'impression qu'Hanuka se défile. Il montre mais ne dénonce pas vraiment. Certes la vie est compliquée et l'enfermement de son confrère plaide pour son raisonnement, mais je ne pourrai pas moi-même renier mes pensées et taire ce qui me paraît insoutenable.

« J'ai envie de pleurer, mais à la place, je baille. »


Quel avenir pour Israël en 2031 ?

Asaf Hanuka, par le biais d'une courte histoire de 10 pages (ce qui contraste avec le standard « planche » du reste de l'album), essaie de percevoir l'avenir de Tel Aviv.
Il en résulte une société futuriste où l'on s'aperçoit vite que rien ne change : les enfants deviennent des adultes et ont toujours la nostalgie des objets qui ont bercé leur jeunesse, les minots n'ont que faire des vieilleries et veulent grandir trop vite. Dehors, changer de quartier c'est un peu changer de monde et les manifestations sont toujours présentes, encadrées par des forces de l'ordre campées dans leurs bottes et leurs directives à œillères. Cliché ? Oui, sans doute, mais ce qui est vrai aujourd'hui à Tel Aviv a de fortes chances d'être encore vrai demain.

Alors que la guerre dans la bande de Gaza tue des milliers de palestiniens empilés les uns sur les autres dans des villes trop petites pour les accueillir, Asaf Hanuka vit dans un climat de peur permanent. Le tir de roquette qui ne serait pas intercepté par le dôme de fer ? Certaines planches (voir 90 secondes) laissent présager que l'état entretient cette ambiance délétère.
Nous sommes pourtant loin des préoccupations des palestiniens, de Cisjordanie ou de Gaza...



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le site d'Asaf Hanuka, sur lequel vous pourrez apprécier ces superbes illustrations.




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Tome 2

Année d'édition
2014

Kiki de Montparnasse José-Louis Bocquet (s), Catel (d) CASTERMAN

Kiki de Montparnasse

Chronique du 14/02/10

Alors qu'elle n'est pas encore née, Alice Prin prends déjà ses premières rasades de vin, sa mère étant saoulée pour endurer plus facilement la douleur de l'accouchement. Contrairement à ses deux frères morts nés ou presque, celle-ci vivra !
Élevée par sa grand-mère à la campagne où elle était destinée à rester, sa mère revient la chercher et l'emmène à Paris pour en faire une linotypiste comme elle. Mais elle ne suivit pas le même chemin et devint modèle.
Celle qui deviendra plus tard la Reine de Montparnasse rencontrera alors célébrité sur célébrité, Kisling, Modigliani, Desnos, Hemingway, Picasso, Cocteau... et surtout l'homme de sa vie : le photographe Man Ray.

Une biographie de Kiki en image, que les auteurs nous offrent dans un registre bien vivant. On ressent parfaitement cette ambiance du quartier et toute l'animation qu'il y a autour.
Personnellement, je ne connaissais pas Kiki, ni même Man Ray et bon nombre des personnes influentes du mouvement surréaliste. J'ai découvert ce personnage impudique et festif au fil de la lecture, et j'ai pu approfondir la connaissance de son monde grâce à l'excellente chronologie présentée à la fin de l'ouvrage. De même pour les autres célébrités, présentées par de courtes biographies manuscrites, ce que j'ai trouvé très bien.

On vit avec Kiki, on voyage avec Kiki ! On vit ce quarter et son agitation. On rencontre d'illustres personnages. On passe d'amours en amourettes, on est heureux quand elle est heureuse, on est triste aussi, quand elle s'en va...

En bref, même si la BD est plutôt dans le genre épaisse, c'est une très agréable biographie et c'est superbement romancé.

Chronique du 28/01/12

Bien souvent, les biographies ont un côté rébarbatif, du fait même de leur construction. Kiki de Montparnasse EST une biographie, A une construction de biographie, MAIS n’a rien de rébarbatif.
Kiki a été le symbole de la vie artistique à Montparnasse dans l’Entre-Deux-Guerres. Elle a été l’égérie des plus grands artistes du moment. Son dos est aussi connu que le Guernica de Picasso. Et entre beaucoup de beuveries et de coucheries, des coups durs et des opportunités, elle a distillé son dynamisme et sa joie de vivre. Tout cela transparait fort bien dans le récit de Bocquet aussi bien que dans la mise en image de Catel, et on arrive à oublier la monotonie habituelle de ce genre de récit très chronologique.
C'est par ailleurs un ouvrage très instructif qui part à la découverte des mouvements artistiques Dada et Surréalistes, imprégné de l'ambiance particulière des hauts-lieux des années folles.

Cela dit, c'est aussi un livre qui m'a dérangée. Je ne dois pas être assez féministe dans l'âme, car j'ai été gênée par l'attitude excessivement libérée de Kiki. Pourtant en y réfléchissant, ça ne m'aurait sans doute pas autant perturbée de la part d'un homme. Signe sans doute que même au XXI° siècle, il reste des progrès à faire dans l'évolution des mentalités et de la considération de la femme. Et là encore, Kiki de Montparnasse remet un peu les pendules à l'heure.

L'ensemble se termine sur des bonus fort appréciables, incluant une chronologie de la vie de Kiki et une brève biographie des principaux artistes croisés au fil des pages. Un point qui permet de mieux comprendre les dissensions les évolutions et les sympathies artistiques des uns et des autres, ainsi que les relations entretenues avec les principaux protagonistes.

Pour faire court, cette BD est sans doute bourrée de qualités que je ne lui dénie pas. C'est un très bon livre que je conseille de lire mais je me dois d'admettre qu'on est encore loin du coup de cœur.

Roaarrr Challenge
- Prix du public - Angoulême 2008


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Kiki de Montparnasse

Année d'édition
2007

Kililana song Benjamin Flao (s)(d) FUTUROPOLIS

Tome 1 : " Première partie "

Chronique du 21/10/12

Le Kenya. C'est un joli nom pour un pays. Il évoque l'Afrique, des étendues sauvages, la savane à perte de vue et ses animaux, le lac Victoria où ils viennent se baigner et boire. Il fait appel à nos lectures scolaires aussi : Le lion de Joseph Kessel en particulier. Le Kenya est effectivement une réserve naturelle immense et assurément touristique. Mais on est bien loin de s'imaginer en premier lieu les tourments d'un pays.
Car le Kenya, c'est aussi le terrorisme, la piraterie et surtout, surtout, la misère et la délinquance.

En plaçant son récit à l'extrême est de l'Afrique, dans l'archipel de Lamu, Benjamin Flao nous montre le Kenya sous tous ses aspects, les bons comme les mauvais. Un paysage magique au service de la galère.

Naïm est un gosse des rues. Du haut de ses 11 ans, et comme bien d'autres gamins de son âge, il préfère fuir la Madrass et les coups de bâton de son maître pour tenter de ramener un peu de thune à la maison par ses propres moyens.
Son frère Hassan, lui, ne l'entend pas de cette oreille et tente désespérément, chaque jour qui passe, de le remettre dans le droit chemin. Pour « gagner des points de paradis » pense-t-il :

« Je ne sais pas à partir de combien de points on peut aller au paradis, mais ça m'a l'air de coûter cher ce truc-là !
De toute façon, c'est pour les morts, ce n'est pas pour les enfants. »


Il faut savoir que le culte musulman n'est pas majoritaire au Kenya, avec à peine plus de 10 % de pratiquants, contre près de 80% de chrétiens (catholiques et protestants confondus). Le culte des ancêtres est lui aussi encore ancré dans la culture locale.
Hassan est un musulman pratiquant. Tous les jours il va prier et essaie d'inculquer à son frère mais aussi à sa mère les sourates du Coran. Sa mère, elle, est plutôt simple et loin des principes religieux. Elle ne sait ni lire ni écrire, et ce qui compte pour elle c'est de voir ses enfants heureux et épargnés par la faim.

« Tantine, elle ne dit rien. Elle est contente si on ramène un peu de bouffe, et si on va bien... Elle dit que nous, les pauvres, c'est déjà bien si on a un toit sur nos têtes et le ventre plein une fois par jour. »

Dans la série des portraits, il y a aussi le grand-père, Le « Nacuda ». Comme ses jambes lui font désormais défaut, il ne peut plus se déplacer pour aller se chercher son Qat. Du coup, c'est Naïm le débrouillard qui lui fait sa commission pour se faire un peu d'argent de poche. Imaginez-vous le gamin, à peine 11 ans, courant les rues aux côtés des dealers pour chercher de l'herbe pour son grand-père... et celui-ci le lui rend bien, lui racontant son histoire avec ses mots bien à lui. Il comprend pas tout mais qu'importe !

« Lors, on peut se demander, qu'est-ce que l'homme sinon, lui aussi, une machine parfaitement réglée et extrêmement complexe qui, avec un art infini, transforme en urine le vin rouge de Chiraz ! … Oui... Et au final, quel est le plus grand plaisir, boire ou pisser ? … Et qu'est-il arrivé dans l'intervalle ? … »

Kililana Song, c'est comme ça un large panel de gueules. Des visages aux traits marqués au service d'un caractère bien trempé, du petit Naïm au dealer Jahid, de la belle Suzy au muzungu Jean-Philippe, du capitaine Vogels au businessman Marco, du vieux Nacuda à l'ancien de Kililana...
Tous, je dis bien tous, vont être au cœur de ce récit, vont y jouer un rôle prédominant. Il est encore un peu tôt pour savoir où va nous mener Benjamin Flao précisément, mais nous pouvons déjà nous faire une petite idée. Car tout au long de ce premier album, on sent monter la pression. Petit à petit on comprend qu'un mécanisme est en marche et qu'il va imbriquer tout un tas de petits riens et finalement lier toutes ces histoires entre elles.

Benjamin Flao aborde le Kenya comme il n'en a jamais été question. On ressent une incroyable force dans la narration et une poignante véracité dans ses propos. Il faut savoir que le récit, même si il est une fiction, se base sur des faits réels : des choses vues, entendues ou vécues lors de promenades entre l'Érythrée et le nord-est du Kenya. Le tout bercé par les histoires de fantômes (djinns) et les légendes locales, dont celle du Liongo Fumo, que je vous laisserai découvrir pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture.
Pour un premier album solo (il avait jusque là collaboré avec Christophe Dabitch sur La ligne de fuite et Mauvais garçons), Benjamin Flao nous gratifie d'un scénario d'une grande cohérence. Il nous immerge complètement dans un univers qui pour moi est une véritable découverte.
Il porte un regard incroyable sur ce pays qu'est le Kenya, il évoque un choc entre deux civilisations, celle des blancs, profiteurs ou exploitants qui ne voient en l'Afrique qu'un commerce lucratif et un investissement, et celle des noirs, civilisation pauvre vivant au jour le jour.

« … Tu vois, ce mec, il me tue ! Il s'oblige à faire ses quinze kilomètres tous les samedis, il boit jamais un coup, il va prier cinq fois par jour, sa femme est voilée jusqu'aux pieds, il bosse dix heures par jour, et il garde le sourire...
_ Il n'a sans doute pas bien le choix.
_ Mon cul, oui ! … Tu vois, c'est le gros problème des gens ici, ils se mettent des barrières dans la tête, ils s'interdisent trop de choses comme les gens dans le passé, ils refusent de jouir ! … Alors que, putain, y'a vraiment moyen de se la donner grave !! »



Graphiquement, Benjamin Flao est toujours aussi séduisant. Un trait vacillant qui cherche à raconter une histoire, et qui parfois s'emploie de minutie comme pour reproduire un lieu issu d'un carnet de croquis. Il y a aussi ces paysages nocturnes ou maritimes, s'extrayant du carcan des cases, qui posent un regard tendu vers l'infini, vers un horizon lointain, vers le beau et le touchant . Et puis ces belles gueules noires comme autant de portraits d'un monde dur et exotique à la fois.

Je suppose que l'auteur s'est lui-même rendu dans le pays qu'il décrit. La ville de Lamu étant classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, elle doit attirer son lot de touristes. Il n'en demeure pas moins que le coin est tendu au niveau sécuritaire. De part la délinquance bien présente évidemment, mais aussi pour sa relativement proche frontière avec la Somalie, pays dans lequel il est fortement déconseillé de se rendre actuellement.


Le premier tome, très prenant, s'achève et nous laisse avide de la suite.
Le vieil homme de Kililana n'a pas dit son dernier mot. Il semble être le dernier rempart de la nature contre l'exploitation immobilière.
Les esprits aussi auront peut-être leur rôle à jouer... qui sait ?

« Les esprits aussi sont tolérants depuis des siècles... Je suis le dernier gardien. Le cycle se referme avec moi. Nous partirons donc, comme il est dit. »

Chronique du 21/10/12

Lorsque j'ai lu Aya de Yopougon, j'ai été très déçue. Tout le monde encensait ce titre, mais moi il ne m'a fait ni chaud ni froid, et pire, s'il dépeignait la vie dans les grandes villes africaines aujourd'hui (il avait donc au moins un intérêt sociologique), il ne communiquait aucun sentiment.

Or donc, nous ne sommes pas là pour chroniquer Aya de Yopougon, mais Kililana Song. Alors pourquoi parler d'Aya ? Parce que Kililana Song répare l'erreur du premier. Il insuffle à ces Africains d'aujourd'hui et aux villes dans lesquelles ils habitent une âme, une vie, une chaleur. On s'attache aux personnages, ou on les hait, ou on a envie de les claquer... On a chaud le jour, on se trempe la figure quand il pleut, on apprécie la douceur quand il fait nuit... Bref, l'auteur nous rapproche de ses protagonistes et nous fait ressentir le climat africain, et du coup quand j'ai refermé ce premier volume de Kililana Song, je me suis dit « Ben voilà, c'est là qu'ils se sont plantés, Abouet et Oubrerie ! ».

Bon, faut le dire, Benjamin Flao s'est bien fait plaisir là, et il se donne les moyens de la faire vivre, cette Afrique. Des aquarelles magnifiques, des cases sur des planches complètes, voire sur des doubles planches.
On y trouve pêle-mêle un garçon un peu trop libre et son frère fervant pratiquant musulman, une prostituée sympathique, un vieux fou, un capitaine trafiquant, une bande de blancs vaniteux épris de projets juteux et bien d'autres personnages, globalement pour la plupart une belle bande de pourris, une ville africaine vivante, la mer et ses ressources, la brousse, un mythe africain et... un soupçon de fantastique.

Le héros, Naïm est un gosse qui aime la liberté, et qui est prêt à fuir son frère de la première à la dernière heure de la journée pour la garder. On s'attache à ce garnement malicieux qui nous balade dans le port kenyan qu'il habite et nous mène d'une histoire à une autre.

Benjamin Flao m'avait déjà marqué par son dessin dans La ligne de fuite, scénarisé par Christophe Dabitch, en endossant le double rôle de scénariste et d'illustrateur, il donne de la maturité à Kililana Song.


D'autres avis : David F., Mo', Yvan, Zaelle, OliV', Champi, David, Jérôme


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Tome 1 : " Première partie "

Année d'édition
2012

Kräkændraggøn Lewis Trondheim (s), Mathieu Sapin (d), Brigitte Findakly (c) GALLIMARD

Chronique du 08/02/14

Pour faire face à la crise (ceci n'est pas un gros mot, « crise » est rentré dans le langage courant depuis 2008), le gouvernement a souhaité bouleverser ses programmes scolaires. C'est ainsi que le ministère de l'éducation communique massivement le jour même de la rentrée : l'avenir, c'est le jeu vidéo !
Élèves et professeurs découvrent les nouvelles directives avec stupéfaction : la science-fiction et la fantasy s'invitent en cours de français, l'elfique (il y a aussi du klingon) remplace l'anglais, les mathématiques modernes laissent leur place à l'étude des probabilités, la biologie étudie les monstres... des classes new-look qui ravissent les ados (à l'exception du premier de la classe) et qui terrorisent les enseignants...

« Premier cours : TP avec World of Warcraft... »

Je dois l'avouer, je crois que j'aurais adoré ce programme scolaire-là !


Genèse et publication

Tout a commencé dans Le journal de Spirou, magazine hebdomadaire pour lequel Lewis Trondheim a imaginé l'histoire de Kräkændraggøn. C'est ainsi que la série a vu le jour, pré-publiée sous la forme d'une planche par semaine avec Mathieu Sapin au dessin.
Pourtant, au départ, Lewis Trondheim avait pensé à Nicolas Keramidas pour ce projet. Ce dernier a même réalisé quelques planches et recherches de personnages. Je sais pas vous, mais moi j'aime beaucoup ce que fait Keramidas et ces premiers jets mettent vraiment l'eau à la bouche.
J'apprécie nettement moins le travail de Mathieu Sapin, moins rond et plus caricatural. La mise en couleur de Brigitte Findakly, forte en contrastes, m'a aussi un peu piqué les yeux, bien que cet effet soit quelque peu atténué par l'usage de trames pour délimiter les ombres.

« Ça ne s'est pas fait avec Nicolas parce que le but était de faire une page par semaine pour le magazine. Et Nicolas ne pouvait pas tenir le rythme en parallèle de ses autres livres. » (Lewis Trondheim)

À bien y regarder, ce découpage périodique se ressent forcément, chaque planche formant un gag à part entière. Pour autant, la cohésion globale reste assez fluide, si bien qu'une lecture continue n'est pas altérée par le format de pré-publication.

Il est de coutume que les livres pré-publiés dans Le journal de Spirou soient ensuite édités chez Dupuis (comme c'était le cas pour les précédents travaux de Lewis Trondheim : Zizi Chauve-souris, L'atelier mastodonte, Ralph Azham...). Voir cette bande dessinée paraître chez Gallimard est donc plutôt une surprise, qui vient appuyer la rumeur d'un accueil mitigé.


Boîte crânienne à idées

Lewis Trondheim est très fort pour partir d'une idée saugrenue (et il en a des tonnes) pour ensuite la décliner jusqu'à en épuiser toutes les possibilités.
L'exercice Omni-visibilis reste dans ma mémoire, le principe est ici identique bien que l'idée de départ soit différente.

« Les jeux vidéos ont ruiné ma vie. Il m'en reste deux. »

Le postulat du nouveau programme scolaire à base de jeux vidéos est loufoque à souhait et devrait plaire à tous les « gamers », ainsi qu'aux grands enfants qui comme moi ont baigné dedans pendant de longues années.
Pour ceux qui ne sont pas très portés par les monstres, consoles, jeux de rôles et tout l'univers de la fantasy, en revanche, la lecture de Kräkændraggøn risque de paraître un peu fade.



Un autre avis : David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2014

Kyoteru Jee-Yun (s)(c), Jung Sik Jun (d)(c) DELCOURT

Tome 1: "Enfant de l'ombre"

Chronique du 02/06/08

Kyoteru est un apprenti ninja. Il arpente les chemins du kagedo avec les enfants de son âge, mais il n'est pas très doué dans certaines matières, notamment les épreuves physiques, et fait la honte de son père. Sa sœur, Kageko, semble être au contraire surdouée, mais qui est cette ombre qui semble l'accompagner ?


Une nouvelle bande-dessinée de Jung, avec Jee-Yun qui plus est, ça ne peut être que forcément bien :)
Tout en restant dans le japon (Kwaidan, Okiya), le duo reprend un thème qui marche fort pour traiter des ninjas, contrairement aux autres bande-dessinées du genre qui parlent plutôt de samouraïs, en général.

On rentre très vite dans l'univers, et les quelques mots du vocabulaire japonais utilisés, sans être trop abondants, suffisent à nous immerger complètement.
En plus, l'histoire est très riche et nous pose des questions, les bases d'une bande-dessinée qui nous donne envie d'avoir la suite très rapidement.
Qui est l'Ombre ? Quel lien étrange lie Kyoteru et sa sœur Kageko ? Quels sont les réels desseins des protagonistes ? Le tout nous réserve sans aucun doutes une très bonne surprise :)




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Tome 1: \\"Enfant de l\\'ombre\\"

Année d'édition
2008