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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Habibi Craig Thompson (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 28/12/11

Il était une fois une petite fille dans un village du désert. Son nom, Dodola, était à lui seul une prière pour faire venir la pluie alors que l'eau était une denrée rare dans ce lieu touché par la sécheresse.
La pluie ne vint pas. Les récoltes ternirent. Dodola fut vendue.
C'est un scribe qui l'acheta et qui devint son mari. En plus de lui donner un toit, il lui enseigna l'écriture, le plus précieux des dons.
Ce nouvel épanouissement fut malheureusement de courte durée. Une nuit, un groupe de pillard pénétra dans la propriété. Ils égorgèrent le scribe et enlevèrent Dodola : elle porterait désormais la marque des esclaves... c'est là qu'elle ferait la rencontre de Cham.

Vous l'aurez compris, il n'est nulle question de contes des Mille et Une Nuits ici. Si Habibi () porte indéniablement une touche très orientale, l'esclavage, la prostitution et l'industrialisation noircissent considérablement le tableau. Mais ce n'est pas tout : Habibi relate une histoire ou les sourates du Coran s'entremêlent aux allusions à l'Ancien Testament, où l'écriture prends la part belle pour promouvoir le récit en une formidable histoire d'amour envers et contre tout.


« Dans le quatrième ciel, le Prophète rencontra IDRÎS - le père de l'écriture et des mathématiques.
Au temps d'Idrîs, les hommes oublièrent Dieu, et furent frappés par la sécheresse.
Mais quand Idrîs pria pour leur pardon, Allah leur accorda la pluie. »



Craig Thompson, déjà rendu célèbre par son œuvre majeure Blankets, récidive ici d'une fort belle manière. N'ayez pas peur de cet ouvrage long de 671 pages : l'ouvrir, c'est l'adopter ! Pourquoi ? Parce que le dessin de Craig Thompson est tout simplement somptueux, un véritable enchantement pour les yeux. S'il est empreint d'une extrême précision, qu'il fourmille de détails, ce sont surtout tous ces entrelacs de lettres issues de l'alphabet arabe qui se confondent en de véritables arabesques qui finissent de magnifier le tout.
Alors oui, vous pensez peut-être que j'en rajoute mais je l'affirme bien haut : il n'y a que des synonymes d'émerveillement qui me viennent en tête à l'heure de vous parler de cet album.

Une fois que vous l'aurez ouvert, impossible de ne pas commencer cette histoire et de ne pas finalement s'attacher à cette petite fille et de ce petit garçon qui vont vivre, disons-le, de véritables supplices.
Des vies exécrables certes, incroyables sûrement, mais pas plus difficiles que celles de toutes ces personnes qu'ils croiseront durant le récit et qui crèveront de faim, de soif ou de maladie.


« Nous voici aux derniers jours du monde.
Notre espèce est vouée à s'auto-détruire.
On est déjà trop nombreux. On est horriblement inefficaces, gloutons, gaspilleurs...
... et jetables. Les riches festoient sur nos cadavres. Nous avons empoisonné la terre, et nous avec. »



Habile, Craig Thompson l'est assurément, nous baladant sans cesse entre le franchement affligeant et le tout simplement magique. Habibi c'est l'histoire d'une amitié indéfectible, d'un amour sincère. C'est aussi l'histoire de l'eau, de la survie de toute une population au détriment d'une poignée d'investisseur voulant seulement s'enrichir. C'est l'histoire de la vie enrobée de tout ce qu'elle a de plus cynique, de plus ingrat, avec ses bonnes et ses mauvaises personnes, avec ses hauts et ses bas.
Habibi n'est pas une simple histoire. C'est aussi l'Histoire, la religion, les croyances, les rêves et les désirs. C'est aussi la révolte, la confrontation, la réflexion, le don de soi, l'amour. Un livre d'une intelligence rare et d'une complémentarité exemplaire, dans lequel la moindre lettre a sa signification, son importance.
Je n'en dirais pas plus, Habibi n'est pas un livre qui se raconte mais un livre qui se lit, qui se dévore !
Si vous hésitiez encore, permettez-moi d'ajouter que c'est pour moi la plus belle merveille de l'année. Il n'était pas trop tard pour en parler !

Chronique du 26/01/12

Habibi est une petite (671 pages) perle qui vient se poser sur les débats de société. Alors qu'en 2012, on en est encore à stigmatiser les musulmans, cette BD présente avec poésie (oui avec moi il y a souvent de la poésie ^^) l'esprit de cette culture sans prise de tête, elle explore les thèmes de l'amour (en même temps c'est le titre), de la maternité, de la calligraphie, des 1001 Nuits et des mythes coraniques.

Ne partez pas en courant ; dire qu'elle parle de religion serait exagéré. Mettez en récit la mythologie grecque et on ne parlera pas de religion. Là il s'agit bien de légendes. D'ailleurs ces légendes ne vous seront pas inconnues : Habibi rappelle au passage que Musulmans, Chrétiens et Juïfs se basent sur le même Livre et vénèrent le même dieu.

Au cœur du récit viennent se greffer les mathématiques arabes, à la base même de sa construction chapitrée selon le carré magique, sans parler du chapitre 8 : un carré magique géant. Bref Thompson s'est bien amusé.
Je vous fais peut-être un peu peur là mais rassurez-vous moi non plus je n'aime pas les maths : c'est fait avec beaucoup de subtilité et on s'amuse à décrypter tout ça.
Tant qu'on est dans la construction, on peut être perturbé au départ par la chronologie hasardeuse. Elle suit en fait l'état d'esprit de la narratrice.
En fait, Habibi contient tellement de choses, est tellement érudit, va tellement loin que j'ai eu le sentiment de lire "par le petit bout de la lorgnette".

Et à la fois c'est aussi une lecture détente, telles les 1001 Nuits. Elle dépeint une société traditionnelle dans un monde pourtant contemporain, et joue l’ambiguïté pendant un bon moment, notamment avec un lieu fictionnel.
Le graphisme est époustouflant dans son sens du détail, en particulier des arabesques. Le travail de calligraphie est aussi sublime. Vu le sujet, ça tombe plutôt bien...

Au final, ces quelques 671 pages se dévorent. Lunch a eu la chance de les lire d'une traite, en ce qui me concerne j'ai dû les lire en plusieurs fois et ça ne perd pas de sa saveur.
Pour conclure, la 4e de couverture résume mieux que moi : "un récit onirique, érudit et sensuel à l'atmosphère orientale digne des 1001 Nuits".

Je m'excuse au passage de la qualité de ma prose et de mon augmentation : les conditions de rédaction de cette chronique n'étaient clairement pas optimales.


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Année d'édition
2011

Henri Désiré Landru Chabouté (s)(d) VENTS D'OUEST

Henri Désiré Landru

Chronique du 12/04/11

Henri Désiré Landru, déjà condamné plusieurs fois pour escroquerie, se retrouve une nouvelle fois devant le tribunal. Mais cette fois l'accusation est plus grave, et c'est la peine de mort qui l'attend. Car 11 personnes ont été portées disparues, et d'innombrables preuves portent préjudice à l'homme à la longue barbe. Il n'avouera pourtant jamais ses crimes...

Cela fait bien des années que je me dis qu'il faudrait un jour que je me procure un album de Chabouté. Car son trait bien particulier, ces ambiances oppressantes qui se dégagent de ses albums, m'ont toujours attiré. Alors, quand k.bd m'a donné l'occasion de le faire au travers d'une lecture portant sur les tueurs en série, j'ai saisi l'opportunité et j'ai couru chez mon libraire.

Là encore, graphiquement, on reste dans un jeu de clair/obscur rendant le côté sombre et malsain de l'histoire. L'absence de couleur nous conforte dans ces années 1915-1920 et nous replonge dans le passé de la guerre et de ce procès.

Avec Henri Désiré Landru, Chabouté se fait l'avocat du Diable, puisqu'il prend le parti de défendre le célèbre criminel. Pour cela, il échafaude, un peu comme le fait Alan Moore dans From Hell pour Jack l'Éventreur, une histoire dans laquelle Landru est le larron de la farce bien malgré lui. Il joue ainsi sur le fait que l'homme n'a jamais plaidé autre chose que l'innocence lors de son procès.
Évidemment, cela provoque ce petit côté malsain qui ne plaira probablement pas à tout le monde. Mais je fais parti des gens qui aiment le mystère. Jouer avec les faits comme le fait Chabouté rend une ambiance bien particulière. On serait presque gêné de se rendre compte qu'on compatit en partie pour cet homme jugé coupable.

Fiction ? Probablement... mais rappelons-nous tout de même des paroles mêmes de cet odieux personnage à l'ultime instant, alors qu'il fait face pour la dernière fois à son avocat, qui lui demande s'il a tué ces femmes :
« Cela, Maître, c'est mon petit bagage... »

Chronique du 18/04/11

Chabouté a ici fait preuve d'une incroyable imagination ! Alors que la BD débute sur les preuves accablantes qui ne laissent aucun doute sur la culpabilité de Landru dans les meurtres en série dont il est accusé, l'auteur décide de l'innocenter. Imaginatif, et gonflé !

Et ça fonctionne ! Ca fonctionne même à merveille. J'applaudis très fort la prouesse : avec une efficace simplicité, il mêle Landru à l'Histoire (avec un grand H), à une machination incroyable et à des intérêts politiques pervers. Et alors qu'on s'attend à un final sans surprise, Chabouté arrive encore à bousculer le lecteur. Seul détail qui me chiffonne : je ne suis pas certaine que la greffe de peau soit très viable en ce début de XX° siècle.

Toutefois, je me donne la peine de rebondir sur les commentaires outrés qui fleurissent déjà en bas de cet article, ils me permettent d'aborder un point éludé. Chabouté a tout de même pris la peine d'évincer le plus gros du procès. Landru est réputé pour s'y être allègrement moqué des magistrats, et soyons honnêtes, peu d'innocents jouent ainsi. Je soupçonne l'auteur (oui c'est un euphémisme) d'avoir volontairement omis ce passage afin de ne pas décrédibiliser son récit.

En tous cas, sa maîtrise toujours jouissive des noirs et blancs et la couverture toujours sombre et belle sont à l'image du graphisme qu'il a l'habitude d'adopter. Au moins, de ce côté-là, on pouvait s'y attendre.


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Henri Désiré Landru

Année d'édition
2006

Herakles Édouard Cour (s)(d) AKILEOS

Tome 1

Chronique du 29/09/12

Les douze travaux d'Hercule, ça parle à tout le monde. Mais il n'est pas évident de se les remémorer vraiment. Quels sont-ils vraiment ?
Alors oui, bien sûr, on se souvient aussi des douze travaux d'Astérix. On est parfois tenté des les rapprocher, de les confondre.
Édouard Cour nous permet de remettre un peu nos idées en place, mais pas seulement : car il nous fait revisiter ce pan de la mythologie grecque avec beaucoup d'humour et de talent... Ce qui, pour un premier album, n'est pas donné à tout le monde !

La première image d'Hercule (Herakles en Grec) qui nous vient à l'esprit, c'est celle d'un homme, peut-être un peu plus grand que la moyenne ; mais surtout très fort, plutôt bien bâti et sacrément intelligent. Un bel éphèbe doté de tous les talents en somme, quoi de plus normal pour un demi-dieu, fils de Zeus et de l'une de ses conquêtes humaines. Édouard Cour se joue de la légende, illustrant le magnifique héros en une brute épaisse, tout juste douée pour réfléchir avec son estomac et son gourdin. Un rustre qui abat les épreuves comme un déménageur se jouerait d'un carton et que la mémoire collective aurait converti en mythe.

« Comprends que ça me casse les orkis. C'est pas comme si j'avais rien fait... »

Un album très plaisant à lire et ce pour plusieurs raisons :
D'une part, il y a ce rapport avec la mythologie dont je raffole. Hercule fait partie de ces héros qui passionnent. Mais il ne s'agit pas pour l'auteur de seulement nous raconter l'histoire de ce demi-dieu, il la fait vivre avec une véritable passion qu'il nous transmet comme un virus. Il nous illustre ce colosse en nous déformant l'image qu'on a de lui. Et ceci sans que ça n'entache la légende. Une petite facétie que l'auteur se permet de renforcer avec un humour digne de René Goscinny.

« Ça, c'était juste pour remettre les clepsydres à l'heure… »

Le personnage d'Hercule n'est par ailleurs pas le seul qui soit intéressant. Linos, ancien musicien reconverti en « ange-gardien », est une véritable réussite. À la fois bonne et mauvaise conscience, il est en quelque sorte là tel une ombre pour accompagner le héros ancien, ou pour le hanter diraient certains.

D'autre part, le graphisme de l'album est tout à fait remarquable. Ces traits fins auréolés de somptueux aplats au crayon, ces couleurs ocres/rouge absolument fantastiques, ce rythme donné par des mouvements et qui nous fait penser à un certain Christophe Blain, ce lettrage « à la grecque » nullement illisible et qui contribue à nous enfoncer dans l'ambiance... tout est réussi là-dedans. Il n'y a rien à jeter.

Un album vif, dynamique et efficace qui, bien plus qu'une entame, nous plonge dans un univers mythique raconté avec beaucoup d'humour. Étant donné le rythme soutenu, il y a fort à parier que la conclusion sera apportée dans un diptyque. Et si c'était l'un des indispensables de l'année ?

Chronique du 29/09/12

A l'époque où j'ai commencé à m'intéresser à la bande dessinée, Didier Crisse sortait Atalante (comme beaucoup, j'ai commencé par du Soleil, rien d'incroyable là-dedans). Je m'étais alors fait cette réflexion que « chouette, dans la BD, ils abordent même la mythologie grecque ». Il faut savoir qu'étant ado, la mythologie grecque, c'était mon dada... euh, mon centaure, au point que je me suis même mise à l'apprentissage du grec ancien. Aussi fus-je moyennement enchantée par le contenu scénaristique de l'ensemble, mais toujours emballée à l'idée que « chouette, dans la BD, ils abordent même la mythologie grecque », Didier Crisse est devenu mon idole.
Le recul des années n'a pas fait beaucoup de bien à l'image que j'avais de cette série (ni de cet auteur), et aujourd'hui, je la qualifierais de remarquablement passable.
Alors quand Jérôme m'a ramené Herakles, je suis restée un peu sceptique. Jusqu'à l'examen de la première page (mon scepticisme ne fut pas long, notez). Et là, voyez-vous, ma réaction est proportionnellement inverse à celle qui fut inspirée par le titre précédemment cité.

HERAKLES EST ABSOLUMENT GENIALE !

Voilà, c'est dit. En l'état actuel des choses, c'est mon coup de cœur 2012.
C'est drôle, c'est cultivé et réfléchi, c'est pertinent, c'est graphiquement super chouette, c'est profondément idiot, c'est génial. Voilà. Et le mec est bien calé en grec aussi.

Donc Herakles, Hercule de son nom latin, s'est vu imposer 12 travaux qu'il doit réussir afin d'accéder à l'immortalité. Il est ainsi réputé pour être un monstre de puissance. Ce qui va souvent de paire avec un cerveau ridiculement petit, car la légende embellie souvent la réalité. Donc Herakles est une brute épaisse, et un sombre imbécile au grand cœur, ça c'est acté. De fait, la légende en prend un coup. Mais c'est fait dans les règles, et c'est ça qui est beau. Edouard Cour (c'est l'auteur), ne se contente pas de récupérer l'un des mythes les plus connus au monde. Il l'a étudié, dépiauté, digéré, puis rendu avec beaucoup de savoir tout en le gardant dans son intégralité.

Ainsi on tombe parfois sur une vulgarité gardée dans la langue des Hellènes et accompagnée d'une note de bas de page « traductrice ». Par exemple page 39 « Comprends bien que ça me casse les orkis » renvoie à la note suivante «Traduction évidente » (c'est l'une de mes préférées).

Page 50, Édouard Cour s'est amusé à glisser une phrase non traduite. Globalement on en saisit l'esprit très facilement, et on saisit aussi pourquoi elle a été mise en grec (le jeune public, tout ça...), mais comme on est entre nous, et que par curiosité, on aime toujours savoir de quoi il retourne réellement, une bonne demi-heure de traduction pour cette malheureuse phrase (mes années de grec sont très très loin) m'a permis d'en dégager (en toute humilité hein, y'a sans doute meilleure traduction) l'essence suivante « Va-t'en aux corbeaux, trou du cul de biche ». « Va-t'en aux corbeaux » étant la version civilisée helléniste de « Va te faire voir chez les Grecs ».

Et en fin d'ouvrage, l'auteur nous livre généreusement une carte des périples du héros (au sens propre du terme, une fois n'est pas coutume) et le passé des différents protagonistes par ordre de rencontre dans le livre.

Bref, un bijou pour se cultiver en se marrant.

Et finalement, cet Herakles est quand même super attachant, n'eusse-ce été cette méchante malédiction jetée par Héra qui en fait aussi un gros psychopathe. La carrure toute pataude du bonhomme et sa spontanéité n'y sont sans doute pas pour rien !


D'autres avis : David Fournol, Jérôme, Yvan


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Tome 1

Année d'édition
2012

Tome 2

Chronique du 26/04/14

Initialement prévue en deux tomes, la saga d'Herakles contée par Édouard Cour se parachèvera dans un troisième opus. Non que le rythme, soutenu et incisif, soit revu à la baisse (les travaux sont abattus à une vitesse folle, le cap est bel et bien maintenu) mais il y avait trop a dire finalement...
Le mythe d'Hercule n'est pas seulement lié aux douze travaux : cette volonté d'affronter des épreuves surhumaines qui sont soumises par son pire ennemi (Eurystée) « pour la Gloire d'Hera » interroge. Pour quelle raison se laisse-t-il (mal)mener de la sorte ? Jusqu'à quel point est-il capable d'endurer la colère d'Héra ?
Ceux qui connaissent la légende savent qu'il n'a rien demandé sinon de naître et de vivre. Pourquoi eut-il fallu qu'il ait un destin aussi tourmenté ? C'est pour toutes ces raisons qu'un triptyque est nécessaire.


Missions complètes !

« Tu es un Dieu...
... et je ne suis qu'un petit roi de rien du tout.
»

En achevant ses douze travaux, Alcide obtient le Graal suprême : la déconfiture d'Eurystée.
Si ces épreuves n'ont pas été de tout repos, elles paraissent presque trop faciles pour un héros tel qu'Herakles. Même une (ou deux) descente(s) en Enfer ne l'effraie pas.

Avec ce second volet de ses aventures, c'est l'assurance de poursuivre dans cette vision du mythe avec le même enthousiasme et les mêmes promesses :
Le dessin d'Edouard Cour est toujours aussi vif avec cette force de mouvement incroyable. Dans la continuité du premier tome, je n'ai pas grand chose à ajouter que je n'aurais déjà dit.
Quant au scénario, il se poursuit tambour battant. Les épreuves se succèdent et paraissent de plus en plus ardues (du moins pour le commun des mortels). Nous n'avons pas le temps de rêvasser et Herakles non plus.
Pourtant on ressent un changement de rythme en fin d'album : Alcide a accompli ses hauts faits. Est-il devenu un demi-dieu pour autant ou l'a-t-il au fond de lui toujours été ? Qu'est-ce que ça change à sa vie ? Une cassure qui laisse entrevoir un troisième tome plus orienté sur le personnage et sa quête intérieure (sur ses règlements de comptes ?) que sur ses démonstrations de force.


Le ciel lui est tombé sur la tête

Au-delà de la seule confirmation, Édouard Cour s'essaie aussi à de nouveaux effets narratifs.

Tout le monde le sait, les gaulois avaient peur que le ciel ne leur tombe sur la tête. Que cela soit dit : pas Herakles !
À l'occasion d'une rencontre avec le grand Atlas, lui qui soutient la voûte céleste de son imposante stature, l'auteur expérimente de nouvelles formes de narration. C'est ainsi que le poids du ciel inversera notre « gravité de lecture ». Je dois avouer que j'ai trouvé ça un peu déconcertant...

Il en va de même lors du passage d'Alcide en Hadès. Après un premier choc avec une succession de plans en noir et blanc (le gris de l'orichalque sûrement, comprenne qui pourra, j'ai trouvé cette entrée en matière fort à propos), l'auteur instaure un joyeux bordel séquentiel avec des cases longilignes se suivant dans un ordre chaotique (entendre par là qu'il faut tourner le bouquin dans tous les sens) soulignant le malaise du héros foulant la terre des morts.
Un passage qui n'a pas manqué de me rappeler l'excellent travail de Dave Sim sur Cerebus (l'oryctérope n'était pas confus mais bourré) mais que j'aurais néanmoins trouvé plus réussi si les textes avaient été dans le même sens que les dessins.
Pour finir sur l'Enfer, le travail très noir sur noir d'Edouard Cour est assez remarquable avec des personnages tels que Perséphone, Hadès ou encore le Cerbère qui se retrouvent de fait valorisés dans leur apparence. Des planches qu'il faut cependant contempler avec une lumière adéquate (idéalement l'éclairage solaire mais sûrement pas une mauvaise lumière artificielle) pour en apprécier les détails.

Le ciel est-il tombé sur la tête d'Édouard Cour ?
En tout cas il ne se contente pas de raconter une histoire dans la facilité : il expérimente le medium livre et se l'approprie. Gageons que c'est de bonne augure pour la suite !



D'autres avis : Fab Silver (avec une interview croisant l'univers BD et musical de l'auteur), Yaneck

Le site de l'auteur.




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Tome 2

Année d'édition
2014

Héros (Le) David Rubín (s)(d)(c), Roque Romero (c), Bernal Prieto (c) Rackham

Livre 01

Chronique du 03/01/13

« nom__Eurysthée
Temps restant avant la mise au
monde__03m_02s_06d

nom__Héraclès
Temps restant avant la mise au
monde__02m_03s_05d
»

Le compte à rebours du temps file, irréversible.
Héra se ronge les sangs devant les panneaux de contrôle de la salle d'accouchement. Dans quelques minutes les deux garçons viendront au monde.
Fichue prédiction ! « Le premier des deux à naître commandera l'autre... Eurysthée sera un tyran avide de conquête et de pouvoir... Héraclès, un grand héros »... Maudit Zeus ! Elle ne pouvait rien contre la prophétie, mais elle ne laisserait pas ce bâtard gouverner, foi d'Héra !
Une première fois déjà, elle mettra son grain de sel dans l'engrenage du destin... Eurysthée sera roi !


Avant 2012, le mythe d'Héraclès en bande dessinée était aussi sec qu'une amphore après une orgie en l'honneur de Dionysos. Il aura fallu attendre 2012 pour que les auteurs pensent à évoquer les douze travaux du champion de la Grèce antique... autrement qu'à travers l'image d'Astérix entendons nous bien. Pourtant, Héraclès est bien un héros né ! Nous voilà rassurés, trois albums lui sont consacrés cette année, dont l'excellent Herakles et ce livre de David Rubín : Le héros (le troisième étant un énième titre du prolifique Jean-David Morvan).

Et autant vous le dire tout de suite, ce sont deux albums tout à fait surprenants (je n'ai pas eu la chance de lire le 3ème). Édouard Cour nous avait étonné avec un héros bien en chair, pataud et intellectuellement limité, bien loin de l'image qu'on a en mémoire du mythe Homérique. David Rubín va encore plus loin !
Non, rassurez-vous, cette fois il est plutôt beau gosse et sait très bien se servir de ses charmes (merci Diane, mais j'y reviendrais). Là où nous sommes déboussolés, c'est sur la forme du récit, à des années lumière de l'Antiquité ! Imaginez une transposition de la mythologie telle que vous la connaissez sur notre monde d'aujourd'hui, bercé par un brin de technologie divine (ou de science-fiction, appelez-ça comme vous voulez) et vous serez pas loin de visualiser la chose. Eh oui, tout est possible en ce bas monde ! Même croiser un héros grec en décapotable avec du bon son MP3 dans les oreilles. Ou encore des émissions radio débattant sur le merchandising autour d'Héraclès avec comme guest-star Chiron le célèbre centaure !

David Rubín nous estomaque sans cesse dans sa façon de raconter le mythe et n'hésite pas à le déformer. Car pour lui (et c'est la grande différence avec le Herakles d'Édouard Cour), Héraclès est avant tout un héros, et ce qu'il voulait c'était raconter l'histoire du premier des super-héros !


« Tu avais raison Diane ! C'est plus drôle que de chasser des loups !! Encore ! Encore !
_ Eh... eh... laisse-moi une pause... Trois fois de suite avec le fils de Zeus, c'est trop, même pour une amazone comme moi !!
_ J'ai pas envie d'arrêter ! J'adore !!
_ Par Athénée !! J'ai créé un monstre !
»

Pour les puristes évidemment, ce livre sera sûrement une ineptie. L'auteur mélange tout pour faire sa tambouille. Il mélange les noms grecs et romains (ne soyez donc pas étonnés de croiser Diane et non Artémis) et ne respecte pas franchement à la lettre leur personnalité consacrée.
Reprenons l'exemple de Diane, symbole de vertu, ici présentée en amazone pécheresse qui apprend la sexualité à Héraclès, lui offrant même son fouet en guise de cadeau (après lui en avoir montré tous les usages bien entendu).


Ce qui est je trouve intéressant dans Le héros, c'est la dimension que David Rubín apporte à la réflexion sur la société actuelle par le biais du mythe. Par exemple, et l'idée n'est pas dénuée de sens : si nous avions un héros grec dans notre monde d'aujourd'hui, n'en ferions-nous pas un pur produit mercantile ?

La psychologie du personnage est également suffisamment développée pour nous interpeler. On a certes un peu l'impression d'un « fourre-tout », avec des événements qui surviennent comme un cheveux dans la soupe et qui vont influer directement sur les épreuves en cours. Mais petit à petit elles permettent aussi d'affouiller le personnage, de lui donner plus de consistance, avec en final cette scène qui nous fait pas mal saliver pour la suite de l'aventure (eh oui, ce n'est qu'un tome 1 !).
On a envie de lui dire « Mais rebelle-toi bordel ! ». Au départ on se dit qu'il ne le fera jamais... et puis plus on avance et plus on sent poindre une certaine métamorphose psychologique.


C'est du côté graphique que je suis le moins enjoué. Forcément, n'étant pas vraiment fan des héros en collants... on peut dire que j'ai été servi ! Ce Héraclès-là a tout du super-héros américain ! Même son de cloche pour la couleur, très typée comics. On peut quand même reconnaître l'art du découpage de David Rubín qui donne vraiment du punch aux séquences, qui de surcroit révèle l'instinct dont fait preuve Héraclès pour se sortir des mauvais pas dans lesquels il s'engage.

Véritable hommage au comics sous toutes ces formes, l'auteur nous présente le premier héros de tous les temps... mais pourquoi ne serait-il pas plus fort que Superman après tout ? D'ailleurs, vous aurez un début de réponse dans le bouquin...
David Rubín est fan de comics, il nous le fait sentir dès la première planche de l'album en se mettant en scène petit, lisant des planches de Jack Kirby (l'un des pères du comics, inventeur de personnages hyper célèbres comme Captain America (avec Joe Simon), les Quatre Fantastiques, Hulk, Thor, les X-Men, les Vengeurs... (avec Stan Lee)).
Un hommage qu'il rend à merveille et je pense que tous les « addicts » de super-héros trouveront leur compte dans récit-là ! Pour moi, c'est juste un peu trop. Mon principal reproche étant finalement qu'Héraclès y soit dépeint de la même façon que Superman... c'est à dire façon comics. Mais comme je l'ai déjà précisé : c'est pas trop mon truc à moi les super-héros...


Je remercie vivement les éditions Rackham et Babelio pour l'envoi de ce livre qui me faisait déjà de l'œil. Reçu pile poil le 24 décembre, vous m'avez fait un beau cadeau de Noël et je me suis empressé de le lire au coin d'un bon feu de cheminée :)


D'autres avis : PaKa, David Fournol, BOBD




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Livre 01

Année d'édition
2012

Histoire du corbac aux baskets (L') Fred (s)(d), Jean-Jacques Chagnaud (c) DARGAUD

L'histoire du corbac aux baskets

Chronique du 15/08/11

Alors qu'il se réveille le matin avec des plumes à la place des poils, Armand Corbackobasket décide de consulter un psychiatre, mais pas n'importe lequel ! Il l'a choisi pour son nom : le docteur Verle Corbo ! Ce dernier, excentrique pour le commun des mortels mais non moins revêtu du costume d'apparat de circonstance, ne remarque pour seul problème que ces baskets immondes que son client porte aux pieds.
Un corbeau taille humaine doué de parole, voilà qui pourrait prêter aux plus piquants quolibets. Mais pourquoi diable le monde se focalise-t-il sur ses baskets ?

Fred, de son vrai nom Fred Othon Aristidès, déverse tout son talent et son humour dans la bande dessinée depuis l'âge de 20 ans. Si Philémon est sa série phare, avec pas moins de 15 albums, L'histoire du corbac aux baskets est en revanche la plus reconnue, auréolée d'un Alph-Art du meilleur album à Angoulême en 1994.

L'histoire du corbac aux baskets est un album tout en dérision. Un homme va voir un psy parce qu'il s'est transformé en corbeau, mais on comprends bien vite que la source de tous les problèmes ne vient pas du costume, mais des baskets. Le mal-être n'est-il pas de ne pas être bien dans ses pompes ?
Un récit ubuesque à prendre au 10ème degré, bercé par une rhétorique abracadabrante. Tout n'est que jeux de mots. On est dans l'extravagance la plus extrême et les personnages, dont la répartie est exemplaire, sont haut en couleur. Si le malade est résolument fou, que dire du psychiatre qui accueille ses patients avec un entonnoir en guise de couvre-chef et un stylo plume plus grand que lui à ses côtés, et qui prends ses notes sur un siège bébé inconfortable ?

_ Bah ! J'y suis habitué, c'est mon bureau. Je l'avais déjà quand j'étais petit... tout petit... petit... petit... petit...
_ Ça n'a pas beaucoup changé...
_ ... Un enfant... Eh oui... je n'étais alors qu'un enfant... Que dis-je, un enfant ? Un bébé, oui ! Un petit bébé ! ... Et qui prenait déjà ses bouillies sur cette chaise... Il faut toujours remonter à l'enfance... toujours... Aujourd'hui je prends mes notes sur la même chaise... mais je continue aussi à y prendre mes bouillies. Cette chaise est devenue mon bureau alimentaire... ... À propos, c'est quatre cents francs la consultation...


Certes, le graphisme de L'histoire du corbac aux basket à vieilli, mais passé cette barrière vous comprendrez pourquoi l'album a suscité l'engouement du jury d'Angoulême en 1994.
Les dessins de Fred évoluent selon la circonstance, alliant la sobriété et le dépouillement de certains rêves aux richesses décoratives démesurées du palais de la Baronne. Il varie les styles aussi, comme l'illustre ce passage en compagnie du Marquis, où l'alternance des traits forme les silhouettes. Une différence prolongée jusque dans le découpage, quand certaines cases débordent et envahissent l'espace pour proposer une chassé-croisé narratif.
Les couleurs sont le fruit de Jean-Jacques Chagnaud, un monstre de coloriste dont la longueur de la biographie est tout simplement hors norme. On lui doit entre autres Les eaux de Mortelune, Où le regard ne porte pas, et bien d'autres titres encore.

Un album Fre(u)dien à découvrir absolument, et surtout si l'on a le sens de la répartie !



Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album français - Angoulême 1994


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L\\'histoire du corbac aux baskets

Année d'édition
2009 (1°ed.1993)

Homeland directive Robert Vinditti (s), Mike Huddleston (d) Urban Comics

La menace intérieure

Chronique du 23/07/13

Laura Regan et son collègue Ari Musa sont deux éminents biologistes œuvrant au centre de contrôle et de prévention des maladies. Autrement dit leur travail consiste à lutter contre les épidémies au quotidien.
Leur destin semble tout tracé : de brillantes carrières et un avenir radieux, bercé par la reconnaissance de tout le milieu médical. Mais c'est sans compter la perversité des plus hautes sphères de l'état, prêtes à tout pour...
Eh non, il vous faudra lire l'album pour découvrir la suite, car je ne voudrais spoiler pour rien au monde tant le plaisir est grand de lever le voile de l'intrigue au fil des pages.


« Vous êtes ici parce que le gouvernement américain essaye peut-être de vous tuer. »

Le récit d'Homeland Directive est tissé comme un bon film d'action made in USA. Robert Vinditti (Clones) part d'une idée somme toute assez simple mais plutôt géniale et il développe son intrigue de façon à ce que le lecteur connaisse dès le départ l'origine du mal : le gouvernement. Ce qui est fascinant, c'est justement de comprendre ce en quoi consiste le plan. De fait, on se retrouve dans la peau du Docteur Regan, déboussolée au point de ne plus faire confiance à personne et qui pourtant devra se battre de toute ses forces pour survivre et découvrir la vérité.
Pour l'épauler dans sa tâche, elle est entourée de trois acolytes un peu spéciaux, tous agents de divers organismes affiliés à l'état : FBI, services secrets et... bureau de défense des consommateurs (oui, ça peut faire sourire, mais c'est parce que vous n'avez pas lu l'album).

L'histoire, menée dans un rythme haletant, nous emporte dans un complot au sommet de l'état qui n'est pas sans nous rappeler l'actualité et l'affaire Edward Snowden avec un espionnage à grande échelle.
En trame de fond, l'auteur s'interroge et nous interroge : « En tant que société, comment concilier ces deux tendances en apparence contradictoires : le désir de sécurité et l'aspiration à la liberté ? »
Vaste débat... !

« Le bon docteur est un vrai petit poucet : carte de bibliothèque, cartes de fidélité,cartes de réduction...
Si tout le monde laissait autant de miettes, notre boulot serait plus facile.
»


Graphiquement, Mike Huddleston (Butcher Baker) impressionne en changeant constamment de style au cours de l'album.
Le dessinateur éprouvait ce besoin d'expérimentation pour se sortir du carcan Gen 13, série sur laquelle il travaillait depuis plusieurs mois. Passer des super-héros aux personnages normaux en costume trois pièces lui a donné cette envie de travailler différemment et il a imaginé ce traitement si atypique, alternant les techniques en fonction des scènes et des protagonistes.
Une approche artistique qui me rappelle un peu le travail de David Mack sur Kabuki (en moins poussé certes). Je ne taris pas d'éloges quant à la qualité des illustrations du recueil pré-cité, mais Mike Huddleston fait encore plus fort dans le sens où il réussit cette prouesse sans nuire à la lisibilité de l'album, ce qui pour une bande dessinée est plutôt... primordial !

Homeland Directive est un très bon thriller, à la fois dense et prenant : à ne pas manquer !



D'autres avis : Zaelle, David Fournol, Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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La menace intérieure

Année d'édition
2013