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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Garance Séverine Gauthier (s), Thomas Labourot (d), Christian Lerolle (c) DELCOURT

Garance

Chronique du 10/07/11

Garance, c'est le prénom d'une jolie fillette débordante d'énergie. Comme tous les étés qu'il passe au bord de la mer, Léopold est ravi de revoir sa meilleure amie, dont il est secrètement amoureux. Ensemble, ils rient et s'amusent comme des fous.
L'an passé, Garance avait dit à Léopold qu'elle était capable de marcher sur l'eau. Ce dernier ne l'avait pas cru. Aujourd'hui, elle s'apprête à lui révéler son plus grand secret : son père est un géant et il habite sur une île lointaine au milieu de la mer. C'est de lui qu'elle tient ce don...

Les albums jeunesse cachent parfois de vraies perles. Garance fait partie de ceux-là. Les deux enfants-héros de l'histoire témoignent d'une très grande complicité. Ils nous font sourire et nous émeuvent.
Mais la grande force de cet album, c'est vraiment cette dualité qui s'en dégage. De part les protagonistes mais aussi de part le sens de lecture. Le lecteur navigue entre deux eaux, entre la raison et l'évasion, entre le rêve et la réalité. Quand ces deux enfants s'éloignent de la rive avec ce bateau, on a envie de les retenir et pourtant, on fait partie du voyage. Ils nous transportent !
Et puis il y a ces petits clins d'œils aussi. Y a t-il un peu de l'homme Bonsaï dans ce géant ?

Garance, c'est un album tout en finesse et tout en poésie. L'histoire est émouvante, belle et triste à la fois. C'est beau et c'est magique. Le thème de la mort est présent mais traité tout en légèreté.
Une légèreté qui se ressent au travers des planches où les mots s'effacent au profit des images qui, bien souvent, parlent d'elles-même.
Le dessin est sublime, fin et parfaitement mis en valeur par une colorisation qui sent bon l'aquarelle. Les traits de construction, laissés apparents çà et là, agrémentent ce rendu agréable.

Souvenir d'enfance, parfum de rêve et d'aventure... Garance, c'est un peu tout ça.

Chronique du 10/07/11

J’ai voulu découvrir Garance après la lecture de Mon arbre des mêmes auteurs. J’espérais y retrouver ces sensations de poésie nostalgique et je n’ai pas été déçue.

Garance contient les mêmes éléments scénaristiques que l’ouvrage précédemment cité : de la poésie, de l’imaginaire, de la tristesse et de l’espoir. Comme dans Mon Arbre, l’histoire est celle d’un enfant, mais elle se clôture bien des années plus tard, quand le protagoniste est adulte.
Garance a pourtant sa part d’originalité qui le détache de Mon arbre. On reste suspendu au récit tout au long de cette courte lecture, inquiet pour nos héros et pour la symbolique que l’auteure aura voulu y mettre. C’est finalement un livre tout en finesse et en poésie, dont le final révèle une grande candeur.

Pour le graphisme, Séverine Gauthier s’est à nouveau entourée des mêmes collaborateurs, et il faut avouer que c’est une réussite.
Au dessin, Thomas Labourot livre un crayonné simple et tendre. Ses lignes vives sont à la fois dynamiques et pleines des rondeurs de l’enfance.
A la couleur, Christian Lerolle séduit avec ses teintes pastelles qui soulignent l’aspect nostalgique du récit. J’ai été réellement surprise d’apprendre qu’il s’agissait d’un travail sous photoshop tant le rendu semble révéler le coup de pinceau à l’aquarelle ou à la gouache diluée.

Bref, un scénario plein de charme servi à merveille par un univers graphique plus que séduisant.


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Garance

Année d'édition
2010

Garulfo Alain Ayroles (s), Bruno Maïorana (d), Thierry Leprévost (c) DELCOURT

Tome 1: "Livre premier" (édition intégrale)

Chronique du 21/12/08

Garulfo est une grenouille. Non ! Pas un de ces crapauds immondes, une admirable et pertinente grenouille, qui ne rêve que d'une seule chose : quitter sa mare et devenir un homme !
Un jour il fait la rencontre de Dame Héphylie se faisant raconter l'histoire d'une grenouille se transformant en prince lorsque la princesse l'embrasse. Il ne lui faut pas en entendre plus pour se rendre compte qu'il s'agit là de LA solution qu'il attend depuis toujours. Mais malgré une arrogante tentative, le miracle ne se produit pas. Qu'à cela ne tienne, il n'a plus qu'à trouver un fée qui exaucera son vœu !

Ayant eu cette bande-dessinée bien après sa parution, j'ai la version intégrale en deux tomes. Le livre premier est composé des tomes 1 et 2 de la série.
Et je ne peux que regretter de ne pas l'avoir lue plus tôt tellement elle est enjouée.
Je ne sais pas ce que j'ai préféré dedans, de la grenouille téméraire aux ambitions démesurées à l'improbable conte de fée revisité, en passant par les conversations hilarantes entre Fulbart le canard et Garulfo notre héro, les nombreuses méprises, les quiproquos, et les innombrables retournements de situation burlesques !
Et j'en passe bien évidemment... cette bande-dessinée est un chef d'œuvre comique dans un univers médiéval-féérique, parfaitement accompagné par les traits soignés et précis de Bruno Maïorana.

Chronique du 23/08/10

Dure vie que celle des grenouilles. Garulfo, grenouille mâle bien sous tous rapports, en fait les frais. Son rêve ? Devenir un homme, cette espèce révérée peuplée de nobles chevaliers et de belles dames. L'univers ? Celui des contes de fée, mais pas vraiment un conte enchanteur. Les princesses sont capricieuses, les chevaliers sont tout sauf preux, un roi au passé de coureur de jupon. Et parmi tous ces parvenus terriblement humains, Garulfo, innocente créature, découvre que les contes de fée ne le sont pour personne, grenouilles comprises.

La grande force de Garulfo, ou plus exactement du premier cycle, c'est cette confrontation entre les contes de fée et la réalité. Entre la perversité humaine et la dure loi de la nature, on préfèrera très vite la seconde. Il y a également l'innocence du héros qui teinte le tout d'un humour très particulier et donne ce ton complètement décalé. La chute ne se termine pas tout à fait sur un happy end, la sorcière donnant la mesure, détail franchement plaisant. Rien ne laisse espérer une suite, de quoi ravir les petits budgets.

Quant au dessin, il est à la fois simple et fouillé. Il souligne le côté fictif de l'histoire et s'accorde tout à fait avec le faste des cours royales. Quinze ans après la parution du premier tome, il ne s'est pas démodé, pas plus que le contenu lui-même, rapidement devenu un classique de la bande dessinée, à raison.


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Tome 1: \\"Livre premier\\" (édition intégrale)

Année d'édition
2003 (T1-1995) (T2-1996)

Tome 2: "Livre deuxième" (édition intégrale)

Chronique du 30/12/08

Le Prince Romuald est beau, riche et arrogant. Il ne ménage rien ni personne et ne se soucie que de sa propre personne. Mais la troisième "fée" sa marraine lui avait donné un don qui devrait découvrir lui-même lorsque le temps sera venu.
Pendant ce temps là une grenouille balbutiait avec son seul amour dans une mare bien paisible, puis elle se transforma en homme... à nouveau !

Le second "volet" des aventures de Garulfo en version intégrale reprend les tomes 3 à 6. Mais si l'histoire continue au moment où elle s'était terminée, la césure est parfaite et les deux premiers tomes peuvent amplement se lire seuls.
Mais ... ce serait bien dommage de s'arrêter là !

J'avoue que j'avais trouvé qu'il y avait un truc qui clochait avec Garulfo, mais si j'étais sur la bonne voie, jamais je n'aurais imaginé un scénario plus saugrenu et loufoque.
Je n'en dirais pas plus pour ne pas altérer le plaisir que pourrait avoir le lecteur en découvrant Garulfo suite à cette brève, néanmoins j'ai une nouvelle fois adoré ces aventures de cape et d'épée fantastiques et épiques mettant en scène cet admirable batracien transformé en homme qui n'a d'yeux que pour la paix et qui s'efforce de ranger ceux-ci dans le droit chemin.
Et ma foi, il se débrouille pas trop mal malgré tant de maladresses : c'est là tout son charme.

Des fous rires garantis, de la surprise, du mystère, des joutes, du spectacle, de la chevalerie, des retournements de situation dans tous les sens, des galanteries, des gaffes, des rencontres improbables, des quiproquos comiques et des transformations ... de la MAGIE !

A lire absolument (pourquoi ai-je autant attendu ? ^^)

Chronique du 23/08/10

Garulfo, la suite. Le Garulfo inversé du début donne une certaine satisfaction, mais je ne vous cache pas que ça prend rapidement un arrière goût de "on fait une suite mais en fait c'était pas prévu". Cette impression s'efface pourtant assez vite pour laisser place à une véritable originalité dans le scénario.

Avec ce second cycle arrivent de nouveaux personnages, notamment celui qui partage désormais la vedette avec notre charmante grenouille, j'ai nommé le Prince Romuald. Côté décalage, on n'est pas en reste : un prince charmant odieux, un petit Poucet reconverti en escroc-bandit-voleur-écuyer, un ogre sensible, un chat botté parvenu et prétentieux, un chevalier poltron, une nourrice pochetronne ou encore un chevalier noir pacifiste.

Le duo de choc Garulfo-Romuald donne véritablement un nouveau souffle à ce second cycle, multipliant les situations cocasses et les scènes burlesques. Difficile de rester insensible à la session "sponsor" façon "Juste prix".

Un bémol tout de même. J'avais aimé le happy end mesuré du premier cycle, mais cette fois, il est total voire inutile ou inefficace sur certains aspects.

En terme de dessin, j'ai apprécié une finesse grandissante dans les expressions des visages. Je suis littéralement tombée sous le charme de la princesse Héphylie dont Maïorana nous offre un panel grandissant et de plus en plus expressif d'attitudes.


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Tome 2: \\"Livre deuxième\\" (édition intégrale)

Année d'édition
2004 (T3-1997) (T4-1998) (T5-1999) (T6-2002)

Gaza 1956 Joe Sacco (s)(d) FUTUROPOLIS

En marge de l'histoire

Chronique du 17/03/13

Parmi les auteurs qui ont écrit sur le conflit israélo-palestinien, Joe Sacco (Gorazde, Palestine, Reportages) est incontournable.
Journaliste de profession, il s'est rendu sur place de nombreux mois et a enquêté au cœur même du territoire palestinien, dans la bande de Gaza si souvent au centre de l'actualité. Fort de ses enquêtes sur les événements de 1956, il a publié son livre Gaza 1956, en marge de l'Histoire, recoupant des témoignages importants sur des faits dont personne ne veut reconnaître l'existence. À ses côtés nous vivons ses rencontres à la recherche de la vérité, nous plongeons dans un passé tumultueux, avec en toile de fond le quotidien de tout un peuple, opprimé...


Autant le dire tout de suite, Gaza 1956 n'est pas un livre facile.
Il est copieux, volumineux, et contient un véritable reportage. Le travail de Joe Sacco est exemplaire, mais il est aussi rendu délicat de par sa forme journalistique. J'ai trouvé l'entame difficile et poussive. J'ai par ailleurs longtemps reproché à ce livre d'être pertinent dans son fond mais pas forcément dans sa forme. Heureusement, l'enquête se met petit à petit en place et les témoignages, présents et passés, s'entrecroisent avec plus de justesse et prennent de plus en plus de sens. Enfin, cette immersion dans le conflit heurte sérieusement notre sensibilité et achève littéralement tout ce qui pouvait encore rester en nous de pardon pour les Israéliens.


« Pourquoi tu écris sur 56 ?
C'est bien pire aujourd'hui. Même mon père le dit.
[…] Ici, c'est tous les jours 56 ! 56 c'est mort. 56, c'est pour mes grands-parents. Mais lui – Lui il est vivant ! Et moi aussi, je suis vivant !
»

Mais alors, pourquoi donc faire une enquête sur 1956 alors que les persécutions demeurent aujourd'hui, que l'actualité colporte toujours son lot de victimes ?
Ce qui est très intéressant dans cet album, c'est que Joe Sacco nous présente plusieurs facettes du conflit.
En étudiant les atrocités de 1956, il revient de fait sur les origines des dissensions entre deux peuples et nous replonge dans le contexte bien particulier de la guerre froide. L'arrivée des Juifs sur le continent oblige les Arabes à fuir leurs terres, à laisser leurs maisons, à tout abandonner. Ces mêmes Juifs se sont alors approprié ces terres et ont récolté le fruit du labeur de leur précédents occupants. À ce moment-là, la bande de Gaza était un territoire égyptien convoité par Israël.

On ne peut que reprocher la brutalité des actions menées par Moshe Dayan, chef des armées israélien dans les années 50. Il a commis des crimes inavouables, protégé par son gouvernement. Pourtant, lors d'un discours rendu dans le livre, il résume bien tout le paradoxe de la situation : un cercle vicieux...

« Ne blâmons pas aujourd'hui les meurtriers. Que dire contre une telle haine ?
Voici huit ans maintenant que, depuis les camps de réfugiés de Gaza, ils nous voient faire notre patrie de la terre et des villages où ils vivaient, où leurs ancêtres vivaient.
Par-delà la frontière gronde une mer de haine et de vengeance. Une vengeance qui guette le jour où le calme endormira notre vigilance... où nous écouterons ces chantres d'une hypocrisie pernicieuse qui nous appellent à déposer les armes...
N'ayons pas peur de regarder en face la haine qui consume les Arabes autour de nous... C'est le destin de notre génération.
»


L'enquête sur les sanglants épisodes de 1956 à Khan Younis et Rafah amène aussi Joe Sacco à côtoyer les problèmes du quotidien, qu'il relate avec une terrible impuissance.
Les Israéliens qui menaient autrefois des raids pour trouver des armes, éliminer les rebelles et ces fameux Fedayins (commando palestinien qui, si j'ai bien compris, étaient peu nombreux et n'ont jamais été attrapés), poursuivent leurs persécutions aujourd'hui en détruisant quotidiennement les maisons en bordure de la frontière. Ils prétextent qu'elles servent toutes de bastion pour tirer sur leurs soldats ou de cache pour des tunnels servant de passage clandestin jusqu'en Égypte.
Les victimes restent la plupart du temps les mêmes : les civils Gazaouis.

On voit bien qu'il y a deux versions de l'Histoire qui s'affrontent, que ce soit pour les événements passés ou présents.
Celle des Palestiniens, dont les témoignages oraux sont recoupés par Joe Sacco et son ami Abed ; et celle des Israéliens et de ce qu'ils ont bien voulu communiquer à la communauté internationale.
On a envie de croire aux témoignages tant ils sont nombreux et douloureux et tant la version israélienne nous paraît légère et erronée.
Le fameux David Ben Gourion, présenté par le Taglit (voir Comment comprendre Israël en 60 jours) comme un fondateur protecteur de l'état d'Israël (il a participé à la création de l'état d'Israël sous le Mandat Britannique puis a été au pouvoir de 1948 à 1963) , nous apparaît comme un menteur et un manipulateur, cachant les méfaits de son gouvernement aux yeux du monde et de sa propre Knesset avec une mauvaise foi évidente.


Je voudrais revenir un instant sur le graphisme de Joe Sacco.
À l'image de Mana Neyestani, il utilise lui aussi un trait de presse aisément identifiable, mais son dessin est bien plus travaillé. Son trait, réaliste, est très propre, cerné de hachures pour asseoir les ombres.
Le format des cases, assez grandes en règle générale, donne une très bonne lisibilité à l'album malgré le texte et le propos, souvent conséquents. Même les scènes de nuit restent très claires.
Une maîtrise qui se ressent jusque dans le découpage, très sobre et sans fantaisie. Lorsque pour une séquence l'auteur décide d'un gaufrier, c'est pour une raison bien précise, de même pour une pleine page. Des techniques qu'il utilise avec parcimonie, leur rareté faisant que ces planches ressortent vraiment du lot et apportent un focus sur un fait déterminé.

J'avais trouvé courageux le fait que Maximilien Le Roy se soit rendu en Cisjordanie, alors territoire occupé, avec ses attentats et ses problèmes. Pourtant, après avoir lu Gaza 1956, rien n'est plus pareil. La bande de Gaza est autrement plus conflictuelle que la Cisjordanie. Le mal y est plus profond, le peuple palestinien y est autrement plus persécuté, les tirs plus soutenus et les victimes plus nombreuses.
Mention spéciale à Joe Sacco qui a dû éprouver ces longs mois sur place, qui a partagé la souffrance des Gazaouis au quotidien, qui a essuyé des tirs, qui a été confronté à la haine et à la peine de ces gens qui font des dizaines d'enfants pour être sûrs d'en garder quelques uns en vie. Il s'est également mis en danger en côtoyant des rebelles recherchés.
Lire Gaza 1956 rend finalement bien petits les problèmes dans le reste de l'Israël. La bande de Gaza, c'est juste 100 fois pire.


« NOS ENFANTS N'ONT RIEN À MANGER, ET EN PLUS ILS DÉMOLISSENT NOS MAISONS !
CE NE SONT PAS DES HUMAINS. CE SONT DES ANIMAUX !
HITLER NE LEUR A PAS FAIT ÇA ! HITLER NE LES A PAS CHASSÉS DE LEUR TERRE ! HITLER N'A PAS DÉMOLI LEURS MAISONS !
QUE DIEU FASSE DES ENFANTS D'ISRAËL ET DES ENFANTS D'AMÉRIQUE, COMME NOUS – DES ORPHELINS !
»

Il y a fort à parier que le gouvernement israéliens n'a pas aimé le contenu de ce livre coup de poing. Guy Delisle le mentionne d'ailleurs dans ses Chroniques de Jérusalem: les autorités (israéliennes) ne veulent pas lui donner la permission d'entrer dans Gaza car il est auteur de BD.

Gaza 1956 est un livre utile qui nous apprend beaucoup sur la situation en Israël et répond à de nombreuses questions laissées en suspend dans nos précédentes lectures.
Si je dois avoir un regret, c'est le parti pris par Joe Sacco de n'avoir pas une seule fois dans son album fait mention de l'expression « crime de guerre ». Car les exactions des Israéliens sur les civils palestiniens sont avérés.

Chronique du 17/03/2013

Sacco... Sacco... Non, rien à voir avec Sacco et Vanzetti. Joe Sacco en bel et bien vivant, et il est le père de la BD-reportage. Gaza 1956 est son titre majeur... à juste titre justement. Difficile d'ailleurs de s'intéresser de près ou de loin au conflit israélo-palestinien sans se plonger dans les œuvres de Joe Sacco. Joe Sacco n'est pas seulement auteur de bandes dessinées, il est aussi journaliste, et propose dans ses livres le regard de l'enquêteur.

S'il y a une difficulté dans la lecture de Gaza 1956, c'est justement ce point de vue qui rend la lecture ardue et lente. La première partie, par exemple, aborde le massacre de la ville de Khan Younis : il faut attendre la page 91 pour commencer à parler de ce qui s'y est passé en 1956, les 90 pages précédentes parlant de sa démarche, des difficultés de l'enquête, des débuts du conflit ou des années suivantes, de la situation actuelle des Gazaouis... Forme que l'on retrouve également dans la deuxième partie de façon moins lente. Bien sûr que tout ça est intéressant, que ça enrichit le livre, que ça enrichit la culture du lecteur, que ça permet au récit de ne pas s'arrêter au passé (c'est d'ailleurs ce qui inquiète les Palestiniens lors de l'enquête : qu'à parler de 1956, on oublie que leur quotidien aujourd'hui ne s'est pas amélioré, loin de là), mais ça fait que le démarrage est très très long.
L'autre truc qui m'a gêné : c'est la tête avec laquelle Sacco se représente lui-même qui est excessivement caricaturale au milieu d'un dessin très réaliste.

Pour tout le reste, on ne peut que faire l'éloge de cette BD, ce qui lui a d'ailleurs permis d'obtenir le respect et la reconnaissance de tout le monde de la bande dessinée. La démarche autant que le sujet lui donnent toute sa légitimité et en font un ouvrage de très grande qualité.
- Joe Sacco s'est rendu sur place malgré tous les dangers pour pouvoir enquêter au plus près et rendre de l'état d'esprit des gens sur le sujet.
- Il traite d'une affaire franchement méconnue qu'il a lui-même mise à jour puisque les informations qui ont filtré à l'époque sont infimes et contestées par les autorités israéliennes. Et c'est un véritable coup de poing !
- Le côté à la fois historique et actuel permet d'en apprendre beaucoup sur les débuts du conflits tel qu'il a été vécu par les Palestiniens dans leur quotidien et à montrer ce que leurs conditions de vie sont devenues à l'heure actuelle (et ce n'est pas franchement glorieux).
- Le recoupage des témoignages, de leurs différences, de leurs incohérences et de leurs similitudes propose au lecteur de faire sa propre interprétation, le rendant véritablement actif et le laissant se forger son propre point de vue.

Gaza 1956 fait également appel à l'humanité et à l'émotivité du lecteur, car les faits qui y sont mentionnés sont tragiques, le medium des témoignages donne véritablement vie à l'histoire (la petite histoire, celle qui est oublié par la grande Histoire - le sous-titre En marge de l'Histoire est tellement révélateur !) de ces hommes et de ces femmes. C'est une sacrée baffe, une prise de conscience terrible à laquelle les documents historiques fournis en bonus donnent un accent de haut-le-cœur.

D'autres avis : Mo', Yvan, Yaneck

Roaarrr Challenge
- Prix Regard sur le monde - Angoulême 2011


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En marge de l'histoire

Année d'édition
2010

Georges et la mort Blaise Guinin (s)(d), Robin Guinin (c) 12bis

Chronique du 20/11/11

La Mort, la Faucheuse, la Camarde... autant de noms tous plus sinistres les uns que les autres pour évoquer celle qui viendra tôt ou tard nous cueillir tous.
Voilà bien longtemps qu'elle est dans le métier - plus longtemps que Mathusalem même - fauchant la vie à longueur de journée. Une morne tâche à laquelle elle s'adonne sans s'attacher aux vivants, abaissant sa faux là où on lui demande de l'abattre.
Pourtant, à Paris, en 1947, il arrive l'improbable : Alors quelle doit mettre fin à la vie d'un homme misérable que les ennuis et la misère accablent, elle tombe en pâmoison devant ses notes de guitare. Perdu dans les méandres de la douce mélodie, elle se dit qu'il serait bien dommage de ne pas le laisser terminer sa chanson. Puis, sans quelle ait le temps d'achever sa besogne, voilà que Georges, puisque c'était là son nom, enchaînait sur une nouvelle chanson.
De fil en aiguilles, la Mort prit plaisir à l'entendre chanter, et se dit enfin que le brave Georges pouvait bien mourir plus tard.

Vous l'aurez deviné, et qui plus est en regardant la couverture de l'album, il s'agit bien évidemment de Georges Brassens dont il est question.
Blaise Guinin a trouvé ici une façon bien originale de raconter la vie de l'artiste, mettant en scène une amitié des plus improbables qui soient.
Nous faisons donc un petit bonhomme de chemin avec l'ami Georges, que nous côtoyons ici dès l'après guerre, alors qu'il vit comme un miséreux chez la Jeanne en attendant que les maisons de disque soient prêtes à entendre ses folles complaintes.

« Elles sont sympathiques vos chansons, mais elles ne respectent pas les quotas.
Si vous voulez que ça marche, parlez à 33% d'amour, à 33% de Paris et à 33% d'amour à Paris !
Quant aux mots : "cons", "putain" et "salope", bannissez-les ! »


« _ Bande de cons !
_ T'en fais pas Georges, elles finiront bien par plaire à quelqu'un, tes chansons. Il n'y a que des sourds pour douter de ton talent !
_ Si tu dis vrai, c'est que tous ces cons n'ont pas d'oreilles.
_ Eh bien, je leur trouverai des oreilles neuves. Si les cons n'ont pas d'oreilles, je vais leur en greffer !
_ Tu perdrais ton temps, il y a bien trop de cons sur cette terre ! »


Un petit bout de parapluie partagé un soir d'orage (avec une poupée devant laquelle il se faisait tout petit). Des gens bien intentionnés qui se plaisent à railler le pauvre hère. Un feu de bois qui réchauffe le corps et l'esprit. Un voyage sur la plage de Sète...
La lecture offre bien plus qu'une biographie du chansonnier, elle nous met de la musique plein la tête, grâce à des références omniprésentes pour qui connait un tant soit peu les ritournelles de l'artiste.

Un récit inventif qui se nourrit d'un texte tout en harmonie et légèreté. C'est original et bien écrit, redondant d'humour et de clins d'œils. Et en plus le graphisme des frères Guinin est tout à fait magnifique, sur un ton sépia qui honore à merveille le cliché d'une époque révolue.
Un deuxième album qui semble s'inscrire dans la lignée qualitative de leur premier travail ensemble - En attendant que le vent tourne (chez Casterman) - puisqu'on m'avait déjà vanté les mérites de cette œuvre en librairie (et qu'il faut toujours faire confiance aux libraires).
Deux bonnes sorties en 2011, mais où s'arrêteront donc les frères Guinin ?




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Année d'édition
2011

Geste des Chevaliers Dragons (La) Ange (s), Alberto Varanda (d-T1), Philippe Briones (d-T2-T4), Sylvain Guinebaud (d-T3), Christian Paty (d-T5), Laurent Sieurac (d-T6), Thierry Démarez (d-T7), Delphine Rieu (c-T1), Stéphane Paitreau (c-T2 à T7), SOLEIL

Tome 1: "Jaïna"

Chronique du 08/08/08

Parce qu'il existe des dragons, porteur d'un miasme nommé le "veill" et qui déforme son environnement, il existe l'Ordre des Chevaliers Dragons afin de combattre ce fléau.
Le veill transforme les êtres vivants, leur donnant une apparence hideuse et monstrueuse. Pire encore, il les rendent agressifs, leur enlevant toute humanité. Le dragon, au fur et à mesure qu'il vieillit élargit l'influence de son mal. Mais seules les vierges peuvent échapper à sa vigilance et le tromper, le combattre.
Jaïna, accompagnée de son écuyère Ellys, part à la recherche du dragon, en suivant le chemin arpenté six lunes plus tôt par sa sœur... six lunes qui auraient dû avoir raison du fléau qui s'abat sur la région....

Premier tome d'une longue sérié, initié par Ange et Varanda chez Vents d'ouest et qui à ensuite migré chez Soleil à partir de 2003, la Geste des Chevaliers Dragons est une bonne épopée d'héroic-fantaisy, avec un concept simple et efficace et un scénario qui, sans être extraordinaire, est bien structuré et tient complet en un seul tome.
On y retrouve toutes les qualités du récit légendaire, son côté épique, ses rebondissements, mais aussi un cadre médiéval et des monstres fantastiques (et des femmes fortes en tenue légère ^^).

Bref, c'est un bon premier volume, qui se laisse lire, sans plus de prétentions.




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Tome 1: \\"Jaïna\\"

Année d'édition
2003 (1°ed.Vents-d\'ouest 1998)

Tome 2: "Akanah"

Chronique du 08/08/08

Akanah est apprentie Chevalier, au même titre que son amie Eléanor. Elles sont sous la tutelle d'Oris, un Chevalier qui a déjà abattu plusieurs dragons et dont la renommée n'est plus à faire.
Les deux compères sont très complices, et en particulier lorsqu'il s'agit de se lancer dans des escapades nocturnes pour chercher la bagarre et aguicher les hommes.
Alors qu'elles font route vers PierranneOris doit rencontrer le doge, elles apprennent que les trois chevaliers dragons envoyées pour tuer le dragon n'y sont pas parvenues et que la cité est déjà sous le coup du veill....

Second opus de la série, paru cette fois chez Soleil, et qui nous emmène une nouvelle fois dans une aventure contre un terrifiant dragon, très différent du premier, et plus dans l'esprit classique de la créature mythique.
L'héroïne, ou plutôt le personnage central de l'histoire, est Akanah, la petite fille sauvée par Jaïna dans le tome 1. Et on se rend compte une fois de plus que les apprenties sont bien plus frivoles que les Chevaliers (allez savoir pourquoi ^^), surtout lorsqu'elles font la rencontre d'un beau jeune homme nommé Jan, chargé de cartographier la zone touchée par le veill.

Par rapport au tome 1, je donnerais un petit plus pour le graphisme de Briones/Paitreau, que je préfère à celui de Varanda/Rieu, probablement pour la mise en couleur plus douce.
Un autre point positif : l'humour qu'apporte le duo des deux apprenties dans leurs frasques.
Après, évidemment, il n'y a plus l'effet de surprise du premier volume, bien que certains points, et notamment l'interrogation sur le fait que le médaillon protecteur de Jan fonctionne ou pas, nous préserve d'une trame trop monotone.




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Tome 2: \\"Akanah\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Le pays de non-vie"

Chronique du 23/08/08

Les sœurs de la vengeance ont encore frappé. Lorsque les chevaliers dragons échouent, elles sont appelées en dernier recours, et annihilent toute forme de vie dans un rayon de plusieurs kilomètres, au sacrifice de leurs vies. C'est la seule méthode qui permet de tuer un dragon et de stopper la progression du Veill à coup sûr.
Il ne reste alors plus qu'un terre morte, mais néanmoins précieuse pour les chasseurs de Veill, des aventuriers qui prennent d'énormes risques pour arriver juste après l'intervention des sœurs. Trop tôt et ils risquent de succomber au Veill, trop tard signifie une perte d'argent, car de nombreux autres chasseurs seront alors en concurrence avec eux, et les trésors que laissent le dragon derrière lui seraient alors moins importants. La famille Vargas en fait parti, bravant la mort pour quelques pierres....

Un troisième tome qui tient toutes ses promesses. Pour moi, c'est le plus réussi de tous.
Tout d'abord parce que l'immaturité des chevaliers dragons à fait place à une guerrière sage et torturée.
Mais aussi parce que les protagonistes que sont la famille Vargas, sont des personnages très intéressants.
Le pays de la non-vie retrace leur route, un chemin qui les conduit peu à peu de vie à trépas, de la colère à la folie.
Ange nous dévoile une nouvelle forme de l'hideuse apparence du Veill, en nous amenant sur le chemin des sœurs de la vengeance, une partie du récit qui n'avait été que sommairement abordée dans les ouvrages précédents.
Le tout merveilleusement rendu par les traits de Sylvain Guinebaud.

Un album sombre, plein d'émotions et de tension, et qui m'a vraiment plu.
La geste des Chevaliers Dragons étant une série mettant en scène des histoires différentes à chaque nouveau volume, si vous devez n'en lire qu'un, je ne saurais que vous conseiller de choisir celui là.




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Tome 3: \\"Le pays de non-vie\\"

Année d'édition
2004

Tome 4: "Brisken"

Chronique du 23/08/08

La bataille de la passe de Brisken est un triste événement de l'Histoire des Chevaliers Dragons.
A l'époque, l'Ordre de Messara était au service de l'Empereur et défendait la ville du même nom, comme il l'avait toujours fait. Il comprenait plus de 400 membres, il était le plus puissant de tous, car le tout premier, l'Ordre fondateur des Chevaliers Dragons.
Un jour, l'Empereur fit convoquer la matriarche de l'Ordre, et lui demanda de protéger la cité contre une horde de monstres, des êtres vivants déformés par le Veill qui se dirigeaient vers eux. Ils devrait faire opposition à Brisken, en attendant les renforts des soldats qui étaient en mission dans une région lointaine et que l'Empereur avait rappelés de toute urgence en apprenant la nouvelle.
La matriarche accepta son devoir de protéger la cité du Veill, tout en étant persuadée que l'Empereur lui tendait un piège, afin d'affaiblir la puissance d'un Ordre qui le dérangeait.

Le scénario met cette fois en scène un très grand nombre de Chevaliers Dragons, pour ce qui restera la plus grande bataille que leur Ordre ait jamais connu. Une bataille sanglante, qui n'aurait jamais dû exister. Mais la stupidité des hommes n'est plus à prouver !

Ange a cette fois décidé de revenir sur cet événement, dont le nom avait percé dans le tome 2, Oris en étant l'une des participantes.
Si l'histoire nous prouve l'ampleur et la puissance de l'Ordre des Chevaliers Dragons, je reste relativement déçu par les dessins de Briones, qui avait pourtant réalisé le tome 2 dans un tout autre style. Sa technique à énormément changé, son rendu est moins fouillé, et certaines têtes de personnages sont vraiment ratées (ce n'est que mon opinion évidemment, mais rien que sur la première page, le visage d'Alia est bâclé).
Déçu aussi par le découpage des cases des pages 36 à 39. Il m'a fallu un instant pour comprendre que le sens de lecture avait changé, et qu'il fallait visionner les deux pages en même temps, ligne par ligne... l'effet est certainement voulu, dans l'héroïsme de la charge que ces deux double-pages décrit, mais je n'en reste pas moins convaincu que la lecture s'en trouve altérée.

En bref, le tome 4 n'a pas la classe ni l'application des précédents albums, malgré une histoire qui tient la route.




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Tome 4: \\"Brisken\\"

Année d'édition
2006

Tome 5: "Les Jardins du Palais"

Chronique du 07/09/08

Faïza était une grande ville avant que le veill ne sème le trouble, vingt ans auparavant. Aujourd'hui, elle n'est plus que l'ombre d'elle même, réduite à accueillir seulement quelques centaines d'habitants terrifiés par le simple mot "dragon".
Au sein de cette ville déchue, se dresse une école de chevaliers dragons, mais elle est déserte. Il ne reste plus que Ralène pour veiller sur les lieux, elle qui a vaincu le dragon vingt ans plus tôt.
Mais cette quiétude sera bientôt troublée par la venue du chevalier Snejana, et de sa "même pas écuyère" Josanifellana.

Cette histoire n'est que confrontation de caractères diamétralement opposés.
Là où Ralène est solitaire et humble, Snejana est provocante et imbue de sa personne. Quant-à Josanifellana, elle est jeune, insouciante et précieuse, et n'a visiblement rien à faire dans un tel ordre... mais vous découvrirez qu'elle a ses propres secrets, et un caractère bien trempé. C'est le personnage que je préfère des trois, allez savoir pourquoi (même si le caractère de Ralène est intéressant, Snajana est très énervante quant-à elle :)

Ce tome ci ne nous montre pas le veill comme il en avait jusque là l'habitude, mais la faune issue du veill et ses déformations : un univers peuplé de monstres dangereux.
Ange a donc une fois de plus maintenant notre curiosité au travers d'un voyage vers l'inconnu.

Au niveau du dessin, j'aime bien la patte de Paty. Néanmoins, je ne sais pas s'il s'agissait d'un acte volontaire ou d'un manque de temps, mais certaines cases sont abondamment simplifiées (les premières cases de la page 18 sont vraiment pauvres).




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Tome 5: \\"Les Jardins du Palais\\"

Année d'édition
2006

Goliath Tom Gauld (s)(d) L'Association

Chronique du 04/01/13

6 coudées et 1 empan contre 3 pommes.

Nous sommes nombreux à avoir déjà entendu parler du combat entre David et Goliath, de ce géant haut de 3 mètres (6 coudées et 1 empan) terrassé par un enfant. Pour autant, il faudrait se replonger dans l'Ancien (ou Premier) Testament pour en connaître les détails.
David et Goliath est une histoire commune aux trois grandes religions, bien que les noms et les événements puissent être altérés par moments (Goliath est connu sous le nom de Jalout dans le Coran).

L'Ancien Testament est le berceau de grandes et belles histoires, et c'est d'une belle façon que Tom Gauld nous évoque l'épilogue de cette guerre entre les Philistins (envahisseurs venu du nord) et les Israéliens, car là où le récit original narre le haut fait de David, futur deuxième Roi d'Israël et père de Salomon, l'auteur tente ici d'explorer la (fin de) vie de Goliath de Gath.


Une autre vision de la légende.

Vous l'aurez remarqué, le titre du livre ne fait pas mention du nom de David. En fait, l'auteur a choisi d'éluder toute la partie religieuse de l'histoire pour ne garder que le récit d'un homme, trop grand pour être considéré comme un faible, trop pacifique pour aller faire la guerre.
À l'étroit dans son costume de militaire, Goliath de Gath préfère s'occuper de la paperasse que de partir en patrouille. Un tempérament calme qui contraste avec son allure de colosse et qui renforce son aspect penaud.
L'auteur le décrit comme un grand gaillard enrôlé contre son gré dans un conflit qui le dépasse.

Et dépassé, il l'est d'autant plus lorsqu'on lui attribue le rôle qui doit mettre fin à la guerre. Un rôle bâti à sa (dé)mesure, un rôle d'apparat, issu d'un stratagème ingrat et retors.

« Je suis Goliath de Gath, héros des Philistins. Je vous lance un défi... »

Le géant est utilisé à des fins tactiques. De par sa taille il doit effrayer l'ennemi, qui va abandonner la guerre et s'enfuir au loin. Scénario utopique et pathétique mais qui va donner du poids au personnage de Goliath pour lequel on éprouve forcément de l'empathie.


Réussite londonienne.

Tom Gauld est un auteur londonien. Peu connu en France, il n'avait jusqu'alors publié qu'un album – Move to the city (2005) – dans notre hexagone.
Il signe avec Goliath une œuvre forte et empreinte de poésie. Séduisante, touchante, cette histoire est qui plus est pertinente et originale dans son approche.

Le dessin s'exprime sous des formes simples : peu de détails mais des postures somme toute expressives. Le « remplissage » se fait par un amoncellement de lignes fines et régulières qui donne une fausse apparence de gravure.
L'auteur utilise une bichromie pour donner de la couleur à son récit. Une teinte glaise qui sert la narration et qui enlise son personnage dans un bourbier terne et sans avenir.
L'art séquentiel réside surtout dans le sens du cadrage et dans cette opposition entre le géant qui prend toute la hauteur d'une case et son porte-bouclier qui n'est qu'un enfant. Une différence de taille qui permet d'élargir les vues et d'apposer au récit un caractère contemplatif.


Devoir de philo ?

Tom Gauld explore les dessous de l'histoire en prenant le point de vue de Goliath. Un récit qui, amené par ce biais-là et contrairement à ce que la légende raconte, n'a rien d'héroïque. Il donne au contraire un autre visage à ce conte, il le modernise aussi, renversant la légende et inversant les rôles : L'enfant prodige qui grâce à la foi qu'il a en Dieu repousse une montagne devient ainsi le méchant garnement qui détruit une vie bienveillante.

Combien d'hommes sont tombés sur les champs de batailles ? L'ont-ils tous mérité ?


Goliath fait partie de la sélection officielle de cette année pour le festival d'Angoulême.


D'autres avis : David Fournol ; Le podcast de La neuvième case

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Grand pouvoir du Chninkel Jean Van Hamme (s), Grzegorz Rosinski (d) CASTERMAN

Chronique du 30/09/12

Daar.
Un monde en guerre. De ces guerres dont on ne sort jamais. Une guerre perpétuelle, qui sévit de toute sa violence à chaque fois que les soleils se croisent dans le ciel. Une guerre qui ne laisse derrière elle que chaos... terres ravagées, immondices de cadavres, victimes d'une barbarie sans nom.

D'aussi loin que remonte la pensée humaine, nul ne connaît l'origine de ce massacre. La même scène se répète pourtant inlassablement :
« Du Sep venait Barr-Find Main Noire et la masse écrasante de ses légions d'airain. Brutes sans visage, bardées de fer, juchées sur leurs pesants Womochs cracheurs de feu...
De L'Hor fondait Jargoth le Parfumé et l'escadre mortelle de ses archers volants. Cruels androgynes aux traits empoisonnés, fendant les airs sur les voiles végétales des Orphyx carnivores...
Du Far se ruait Zembria la Cyclope et la horde déchaînée de ses guerrières borgnes. Féroces amazones à la paupière cousue, emportées au massacre par le galop d'acier de leurs Traganes sauvages... »


Trois peuples menés au combat par trois Immortels. Trois peuples fidèles et convaincus... mais pas asservis ! Non, la piétaille, celle qui est en première ligne de ces boucheries organisées, elle est composée de deux races vouées à l'esclavage : les Tawals velus, imposantes créatures simiesques sans grande intelligence et dressées pour tuer ; et les Chninkels, peuple asservi depuis tellement longtemps qu'ils sont persuadés de leur rôle.

Mais un événement est sur le point de tout chambouler. Ce genre de petit grain de sable capable de gripper tout un mécanisme.
Car à l'issue d'une terrible bataille, l'un de ses êtres les plus insignifiants qui soient, un Chninkel nommé J'on, va réussi à s'extirper des monceaux de chair en putréfaction et à échapper aux redoutables Sheershecs bicéphales (une espèce de corbeau dans notre bestiaire moderne). C'est le miracle de la vie !
Et comme un miracle n'arrive jamais seul, dans un moment de profonde tristesse, J'on va voir apparaître devant lui le maître créateur des mondes, sous la forme d'un gigantesque monolithe noir.
Il le somme alors de rétablir la paix sur Daar sous cinq croisées de soleils, sans quoi il exterminera tout de sa colère divine. Lui, le minuscule Chninkel, allait devoir porter le message du dieu suprême aux Immortels. Et pour cela, U'N, dans sa grande mansuétude, lui confère Le Grand Pouvoir !


Le Grand Pouvoir, qu'est-ce donc ?
Lorsque J'on l'utilise, il se passe toujours quelque chose. Dans la plupart des cas, il prie le Grand Pouvoir de lui porter secours. Lorsque cela s'avère nécessaire, il survient réellement un miracle.
Cependant je ne le vois pas comme un pouvoir suprême et divin capable de terrasser le plus terrible des ennemis. Le Grand Pouvoir est plus pour moi un symbole de liberté et un pouvoir de croire.
J'on n'a pas seulement subi l'apparition divine, il a gagné la foi. Une conviction qui va le rendre plus fort et le faire avancer, qui va le faire agir comme il ne l'avait jamais fait, qui va lui faire dire des choses qu'il ne se pensait pas capable de formuler.


Le parallèle avec les hommes.
Tout d'abord, il faut savoir que les Chninkel ont l'apparente d'un gnome (en somme : un petit homme). Une taille qui renforce leur caractère insignifiant et l'ardeur de la tâche que J'on doit accomplir.
J'on n'est qu'un petit Chninkel. Maintenant qu'il a goûté à la liberté, il ne comprend pas toujours les desseins qu'on lui prête. Il aimerait parfois tout plaquer et devenir un simple Chninkel libre, sans avoir a supporter le lourd fardeau qu'on lui veut lui attribuer. Mais il a fait des émules partout où il passe et devient le symbole de tout un peuple en même temps que le messie de la prophétie qui unira le monde.
Heureusement, dans les moments de doutes, il aura toujours G'wel a ses côtés !
G'wel, la belle G'wel est sa muse, celle qui le fait aller de l'avant et qui est toujours là pour le soutenir dans les moments difficiles. Mais elle ne veut pas s'offrir au messie pour le rôle qu'il doit accomplir, elle n'en serait pas digne !
Cruel, cruel ! Car J'on est fou amoureux d'elle et la désire de tout son être.

L'esclavage et le sexe sont deux thématiques très présentes dans Le Grand Pouvoir du Chninkel.
Ce qui est intéressant dans le personnage de J'on, c'est le rapprochement que l'on peut faire avec les hommes d'aujourd'hui, avec ses forces et ses travers.


Des inspirations fortes.
La série est initialement parue dans la revue À suivre en 1986. Elle a ensuite été éditée en version intégrale noir et blanc dès 1988, puis en version couleur en 2001 et 2002.

1986... 1968...
C'est l'inspiration prédominante dans l'album et il est impensable de parler du Grand Pouvoir du Chninkel sans faire le rapprochement avec 2001 l'odyssée de l'espace.
U'N, le maître créateur des mondes, se présente à J'on sous la forme d'une colossal monolithe noir et lisse. Évidemment, ce n'est pas là la seule référence au film culte de Stanley Kubrick, mais je vous laisse découvrir de quoi il en retourne sans spoiler plus.

Les auteurs mènent avec cet album une réflexion sur l'évolution terrestre en dépeignant un monde au contraire très proche de l'univers de J.R.R.* Tolkien. On retrouve ici nombre des codes empruntés à la fantasy. Point d'elfes et d'orcs certes, mais des nains (Kolds) et des gnomes (Chninkels) tout de même, complété d'un bestiaire fantastique et original.

Enfin, et ce n'est pas un mince thème, la religion !
Le Grand Pouvoir du Chninkel, de part l'apparition du dieu unique et de part la quête que va mener J'on est une profonde réflexion sur le christianisme. J'on EST le messie de Van Hamme et Rosinski. Deux passages en particulier sont très évocateurs de cette allusion biblique : la « cène » du repas d'un côté, qui nous paraît sortir tout droit d'un tableau des peintres de la Renaissance italienne. Et de l'autre... arg... j'ai pas le droit de parler de ça. Bref, le dénouement !


Graphiquement.
Je ne suis pas un fervent supporter du noir et blanc. Généralement, j'éprouve bien des difficultés à entrer dans les récits de ce type. Pourtant, je reconnais qu'une fois les albums refermés j'apprécie ma lecture à chaque fois. Le noir et blanc permet de faire ressortir le moindre trait sans l'altérer d'une couleur, sans le dénaturer ou le saturer. C'est le dessin dans toute sa brutalité et sa noblesse qui s'exprime.

Pour être franc, j'ai pas mal hésité avec la version intégrale en couleur... mais ma libraire m'aurait maudit sur 8 générations pour ce sacrilège (quoi que... elle n'aurait pas osé, n'est-ce pas ?).
Pour avoir tenu les deux objets dans les mains au moment de mon choix, je trouve que la couleur telle qu'elle a été faite (par Graza : aussi coloriste de Thorgal et de la Complainte des Landes perdues) respecte l'excellent travail de Rosinski tout en restant aussi sombre et proche du noir et blanc.
Il faut dire que Van Hamme a supervisé le projet de près et a eu son mot à dire sur le travail de Graza. Et pour cause : la force du noir et blanc est tout un symbole dans l'histoire !


Pour conclure.
Le Grand Pouvoir du Chninkel fait partie de ces livres qui passent le temps sans prendre une ride. On pourrait penser au départ que le mode de narration paraît vieillot mais le sujet abordé est tellement universel et pose tellement de questions existentielles que l'album reste d'actualité aujourd'hui.
C'est une œuvre incontestablement majeure dans le monde de la bande dessinée. Qu'attendez-vous pour la lire ?



* J.R.R., pour les néophytes, c'est John Ronald Reuel. Oui je sais je me la pète un peu. Mais en même temps j'ai lu une dizaine de livres de Tolkien :P

Chronique du 30/09/12

Édité pour la première fois à partir de 1986 en périodique, Le Grand Pouvoir du Chninkel ne s'est pas démodé d'un pouce. Je dis ça, moi qui ai généralement du mal avec les vieilles BD des années 1980, que je trouve souvent désuettes.

Le héros, si tant est qu'on puisse nommer ainsi le personnage principal, est d'une banalité ! Il manque de confiance en lui, il est lâche, il fuit ses responsabilités, puis prend la grosse tête dès qu'il pense pouvoir se sentir supérieur, et il ne pense qu'à une chose : se taper la jolie G'Wel (dont il est, à sa décharge, effectivement amoureux). On pourrait croire à un récit initiatique, et pourtant, le personnage n'évolue pas (ou peu) et le final ne correspond pas du tout à ce type de construction. D'une part, les auteurs assument les défauts de leur héros, et d'autre part, la fin de l'histoire est toute à fait surprenante, deux très bons points pour cette BD.

Quant au dessin, un noir et blanc soigné, des cases fouillées et détaillées. Rien à redire, un plaisir pour les yeux !

Pour les références, nul besoin d'aller plus loin que la couverture pour découvrir le clin d'œil à 2001 Odyssée de l'Espace, mais pour la forte inspiration de la religion chrétienne, vous serez obligés d'en lire le contenu. Car derrière les apparences, Le Grand Pouvoir du Chninkel parle de religion, et pas vraiment avec tendresse. "Le Maître Créateur des Mondes", "U'n", "Dieu", quel que soit le nom que vous lui donnerez, c'est une divinité impitoyable, avide de suprématie, trompeuse et malveillante.


D'autres avis : Paul, Mo', Yvan, iddbd, Champi, Zorg, Mitchul

Roaarrr Challenge
- Prix du public - Angoulême 1989


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Année d'édition
1988

Grands Anciens (Les) Jean-Marc Lainé (s), Bojan Vukic (d), Anouk Pérusse-Bell (c) SOLEIL

Tome 1 : "La baleine blanche"

Chronique du 25/10/10

Dans la taverne de l'Amiral Benbow, deux hommes se rencontrent.
L'un, Ishmaël, est un jeune homme instruit qui souhaite devenir marin baleinier. Le second, un romancier portant le nom de Melville, semble en connaître un rayon sur le milieu. Mais c'est aussi quelqu'un de passionné. Et l'histoire qu'il raconte n'est pas qu'un conte pour pêcheurs. Non, c'est la légende du Kraken !

Une chose est sûre, Soleil se diversifie et sort de plus en plus des sentiers battus. J'ajouterais volontiers un « ouf ! ». Après la collection Métamorphose dirigée par Clothilde Vu, qui est selon moi une réussite, voici la collection 1800 qui devrait consacrer les héros de la littérature classique du 19ème siècle évoluant dans un univers fantastique... nous allons voir.

Les non initiés pourraient voir dans cette lecture un énième récit sur le mythique Kraken, cette pieuvre géante qui coule les navires au large. Mais les connaisseurs de l'univers de H.P. Lovecraft ne s'y trompent pas. Le titre de la série, la couverture... c'est bien l'univers de Cthulhu qui est ici dépeint.
Et dans l'album en lui même, on retrouve bien vite les textes obscurs et pourtant tellement reconnaissables de l'écrivain : Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu R'lyeh wgah'nagl fhtagn (Dans sa demeure de R'lyeh la morte, Cthulhu rêve et attend).

Je dois l'avouer, j'ai adoré les nouvelles de Lovecraft que j'ai lues. J'en garde un excellent souvenir. Mais (et il y a un mais), je n'ai malheureusement pas retrouvé cette atmosphère dans cette bande-dessinée. Et pourtant, c'est bien l'idée qui a été reprise. De nombreuses références sont présentes. Le Necronomicon évidemment, d'autres ouvrages occultes également.
J'ai cette désagréable impression que les auteurs ont voulu faire un récit d'aventure avec du Lovecraft. Il n'y a pas cette tension, il n'y a pas cette horreur de l'œuvre originelle. Et pourtant, combien d'écrivains s'y sont déjà laissé tenter avec brio, August Derleth en tête ?

Où alors c'est moi qui n'ai pas su m'immerger pleinement dans cette lecture, la faute à un procédé bancal de présentation de personnages. On a en effet deux personnes (Ishmaël et Melville) qui racontent l'aventure du Capitaire Achab et de son équipage de baleiniers. Les deux récits se croisent sans arrêt, cassant le rythme. Et malheureusement, cela n'apporte rien à l'histoire. J'aurais préféré qu'on se place dans la peau du Capitaine Achab, qu'on vive sa découverte du livre et des phénomènes qui le transforment. Qu'on subisse sa décadence. Là, on la ressent à peine.

Il y a également un gros clin d'œil à Jules Vernes et son Nautilus. Évidemment, rapprocher le Kraken à Cthulhu est une idée intéressante. Mais le projet de cette BD m'a laissé sur ma faim. Je m'attendais à mieux, et à plus obscur.
Attendons de voir le tome 2, sait-on jamais. Il devrait clore le récit... à moins que ce ne soit que la fin d'un premier cycle...

Côté dessin, c'est la première BD de Bojan Vukic. Il y a quelques imperfections, mais on a l'impression qu'il fait au mieux, distillant les planches de détails autant que possible. Les scènes dans l'auberge me semble tout de même plus vides. Il paraît plus à l'aise en mer avec les bateaux et les monstres.
La couleur m'a déçue. C'est probablement volontairement terne. J'aurais peut-être préféré quelque chose qui soit plus dans le ton sépia ou passée au travers d'un filtre ancien pour l'histoire du Capitaine Achab. Cela aurait permis de faire la distinctions entre les deux récits.

J'aurais bien vu Éric Liberge dans ce critère de la folie, lui qui a si bien interprété l'horreur dans Tonnerre rampant. Dire que c'était chez Soleil aussi, il y a tellement longtemps...




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Tome 1 : \\"La baleine blanche\\"

Année d'édition
2010

Groenland Manhattan Chloé Cruchaudet (s)(d) DELCOURT

Groenland Manhattan

Chronique du 17/02/09

Le capitaine Peary est une nouvelle fois en expédition au Groenland en vue d'être le premier à planter le drapeau américain sur le pôle nord. Mais las de ses échecs répétés, il va cette fois revenir à New York avec quatre esquimaux, dont fait partie Minik, le plus jeune d'entre eux.

Ce qu'il faut savoir tout d'abord, c'est que cette histoire est avant tout basée sur une histoire vraie. Le capitaine Peary est connu pour être le premier à avoir "conquis" le pôle nord le 6 avril 1909. Mais il est aussi celui qui, ne voulant pas revenir bredouille lors de ses expéditions précédentes, décida de ramener des esquimaux aux états-unis "pour la science".
C'est de la vie de Minik dont parle le livre. Un enfant arraché à ses origines alors qu'il est tout petit, et qui perd peu à peu ses racines. Une histoire de mensonge permanent où les hommes font de lui et des siens un sujet d'étude, voire pour ses compagnons des articles de musée.
Alors qu'il souhaite revenir chez lui bien des années plus tard, il n'a plus de racines, il est perdu et voué à le rester. Il vit entre deux mondes et ne sera plus jamais un esquimau, sans avoir jamais vraiment été un américain.

Pour écrire cet album, l'auteur avait contacté Delphine Deloget, la réalisatrice d'un documentaire dont le titre était "Qui se souvient de Minik". C'est de ce reportage qu'elle s'est inspirée et c'est de la rencontre entre ces deux personnes et du visionnage des photographies noir et blanc de l'époque qu'est né l'histoire telle qu'elle est décrite dans la bande dessinée.

Dans son dessin, Chloé Cruchaudet est aussi parvenue à relater la froideur de ce récit, tant par le climat arctique que par le scénario qui laisse peu de place aux sentiments. Une colorisation volontairement dans des tons bleus délavés.

En bref, c'est un livre historique, et même si la vie de Minik reste floue quand à son avenir après son départ de New York, le récit n'en demeure pas moins poignant, et le personnage quelque part attachant.

Chronique du 17/02/09

Groënland-Manhattan est empreinte d'une étrange poésie : celle du déracinement et de la perte d'identité. Cet enfant, Minik, perd tout à la fois sa terre, sa famille et bientôt ses souvenirs. Enfant inuit attaché à la tribu, il devient, passé les premiers moments de curiosité, un inconnu perdu dans l'impressionnante population de New York.
L'histoire est terrible, et pourtant elle émeut comme un poème !

L'illustration est une merveille, avec des couleurs à la douce candeur qui ajoute encore à la poésie de l'histoire. Les teintes pastelles se marient extrêmement bien avec la blancheur de la banquise et le brouillard qui couvre l'âme et la mémoire du personnage principal.

Mon bémol se situe sur les images que Minik a dans la tête. C'est très certainement voulu, mais je trouve que le dessin et les couleurs utilisés à ces moments-là tranche trop.

Roaarrr Challenge
- Prix René Goscinny 2008


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Groenland Manhattan

Année d'édition
2008

Guide du mauvais père (Le) Guy Delisle (s)(d) DELCOURT

Tome 1

Chronique du 08/03/13

Guy Delisle, ses voyages, ses chroniques... tout le monde voit de quoi je parle. Après plusieurs albums marqués par sa découverte de pays différents, l'auteur québécois a eu envie de revenir sur des sujets plus simples, mais pas pour autant au style de ses premiers albums.

Le guide du mauvais père nous présente quelques délicieux moments de la relation entre un papa et ses enfants. Des situations qui ont toutes pour point commun leur cynisme : la petite souris qui oublie de passer, les mensonges déguisés (ah bon, ce sont pas les lapins qui portent les œufs de Pâques ?), les cours de dessins...

« Elle est toujours pas passée, la souris !
_ Ah... Euh... C'est normal, il faut souvent essayer plusieurs fois avant que ça marche... Mais ce soir, je suis persuadé que ça ira. Elle va passer.
»

Pour ma part je trouve que le titre n'est pas approprié. Après tout, je pense que je suis tout à fait capable de commettre ces mêmes omissions et d'édulcorer la vérité (qui n'a pas fait croire à ses enfants que le Père Noël existait ?) pour donner un peu de magie dans la vie de tous les jours.
Pire, j'ai été pris d'un énorme fou rire en lisant la scène de la tronçonneuse, franchement épique ! Hum... Badelel me signale que je n'ai pas le droit de faire ce type de blague... mais j'avoue, c'est très tentant !
Guy Delisle est juste un papa normal avec son amour et ses faiblesses.

« Dis Papa, ça serait pas vous, les parents, qui mettez un sou quand on dort ? »

Des scènes qui sont donc très drôles, mais qui ne m'ont pas spécialement portées non plus.
La faute à ce format avec des strips de deux images par page (le livre a la dimension d'un manga) qui se suivent sur plusieurs pages et qui donne l'impression d'une lecture très (trop) rapide.
Rapide, c'est aussi le ressenti laissé par le dessin, très minimaliste. Dans ses chroniques, Guy Delisle, s'il se représentait déjà sous une forme simpliste, donnait du corps à l'arrière plan. Ici tout est rendu au strict minimum, ce qui est assez décevant.
Le problème selon moi, c'est que ce genre de lecture est parfaite sur un blog, mais pas spécialement faite pour être éditée. Malheureusement, je ne vois pas l'intérêt d'une publication (si ce n'est qu'un Delisle est forcément vendeur). Et ce n'est qu'un tome 1...


Bref, un bon moment de franche rigolade pour une lecture à lire, mais pas forcément à acheter.
Je remercie Zaelle pour cet album.


D'autres avis : Zaelle, David Fournol, Jérôme




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Tome 1

Année d'édition
2013