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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Fables nautiques Marine Blandin (s)(d) DELCOURT

Chronique du 03/05/12

Tout commence dans ce cimetière animalier au milieu de nulle part. Des tombes décrépies seulement visitées, pour les plus chanceuses, par quelques personnes attachées à leur chagrin d'avoir perdu leur unique compagnie... chats, chiens... lapins.
Moutte fait partie des heureux élus, choyé par sa maîtresse et nourri de son lot de carottes. Mais il sera bientôt sevré de son plat fétiche, car ce cimetière quasiment abandonné cèdera sous peu sa place à un gigantesque complexe nautique.
Grandiose, futuriste, le bâtiment accueillera de nombreuses piscines, des toboggans à n'en plus finir, des spectacles aquatiques, des matchs de water-polo... Le terrain de jeu idéal pour une population bigarrée et... surprenante !

Marine Blandin. Ce nom ne vous dira peut-être pas grand chose mais il est fort possible que ce livre lui ouvre des portes. Ou tout du moins ne lui en ferme pas. Auteure débutante, elle a eu la chance de bénéficier, au terme de son cycle d'études à l'école européenne supérieure de l'image d'Angoulême, d'une résidence pour la création de Fables nautiques. De la chance, elle en a aussi eu lorsqu'elle a présenté son projet surréaliste aux éditeurs, enthousiastes. Il n'est d'ailleurs pas vraiment surprenant que ce projet ambitieux et loufoque soit paru dans l'excellente collection Shampoing, dirigée par le non moins célèbre Lewis Trondheim.

Fables nautiques est doté d'un univers riche et haut en couleurs. La piscine n'est qu'un prétexte, théâtre d'événements étranges mettant en scène une ribambelle de protagonistes aux profils variés. Une population typique pour ce lieu, mais dont la caricature a été poussée à l'excès.
Prenez par exemple cette femme qui fait de l'aquagym dans son bassin et qui décide de faire son parcours habituel. Rien de bien saugrenu jusque là. Dès lors qu'elle s'élance, elle devient le chef de file du troupeau massif des cuisseuses. Et que dire de ces trois vieilles peaux dans le jacuzzi, échangeant le moindre ragot contre des vérités ou une place avec elles dans leur bain ? Ou encore de cette mystérieuse mamie qui jette des carottes dans l'eau quotidiennement ?
Voilà pour quelques portraits. Maintenant, place à l'intrigue :
La légende raconte qu'une clef serait cachée au fond de la fosse, un puits d'apnée. Quelques braves gaillards se sont déjà tentés à l'exploration mais pas un ne l'a ramenée. Mythe ou vérité ? Il est dit que celui qui la trouverait remonterait avec lui les secrets du Nautiland.

Une histoire complète et fantastique où tout va très très vite. Nous sommes happés par ce rythme fou, les cases se succèdent, pleines de dynamisme, et nous montrent toute l'étendue du jeune mais néanmoins entier talent de l'auteure. Des découpages vifs et intelligents, un dessin à tendance "nouvelle vague" (La BD nouvelle sera t-elle toujours nouvelle ? La question, même si récurrente, mérite d'être posée !) avec une colorisation directe qui nous plonge (vous l'aurez compris, nous sommes en milieu aquatique) dans un récit dingue mais tout à fait cohérent.
Le tout dans un petit format qui tient bien dans la main.
Une bonne surprise pour une très agréable lecture. N'oubliez pas votre bonnet de bains !




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Année d'édition
2011

Faire le mur Maximilien Le Roy (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 12/01/13

Le conflit israélo-palestinien fait souvent l'actualité mondiale. On en parle régulièrement, généralement quand un missile est lancé dans un sens ou dans un autre, causant à chaque fois de nombreuses et regrettables victimes.
Pourtant, il est très compliqué d'y voir clair dans ce conflit, de se faire sa propre opinion. Et même avant ça, la situation complexe ne facilite pas sa compréhension.
Curieux d'en savoir plus, de cerner un peu mieux les enjeux de cette guerre permanente, je voulais absolument lire quelques ouvrages sur le sujet.


Tout d'abord, il faut savoir que l'origine du conflit est, comme souvent, territoriale. Le monde se relevait à peine de la guerre 39-45 que l'ONU décidait de créer un état juif d'Israël en Palestine Mandataire (sous mandat britannique), c'était le 14 mai 1948 (la guerre de la Palestine a commencé le lendemain, les locaux rejetant le partage).
Je ne suis pas certain qu'il s'agissait d'une bonne réponse à la Shoah... l'idée d'installer une communauté juive sur un territoire à dominante musulmane, de cerner des frontières sur une pays qui 28 ans plus tôt était encore un Empire (Ottoman), n'a fait que lever des tensions entre deux peuples : ceux qui étaient là depuis toujours et ceux qui tentaient de se relever d'un génocide. Oui mais voilà, on ne chasse pas un peuple pour en placer un autre. Créer un « état religieux » a sûrement été la première faute.
L'Israélien a d'emblée été considéré comme l'envahisseur et le Palestinien comme l'opprimé. Un sentiment qui est aujourd'hui exacerbé par la situation actuelle...

L'état d'Israël a été créé en intégrant des frontières strictes avec la Palestine, scindée en plusieurs parties. À l'ouest la bande de Gaza longeait la mer et l'Égypte ; une grande tâche au centre-est devenait la Cisjordanie ; un dernier territoire au nord appartenait aux Palestiniens. Le reste était considéré comme territoire Israélien.
On s'aperçoit aujourd'hui que les frontières ont été allègrement bousculées : la bande de Gaza s'est réduite à une ridicule portion autour de Gaza ; la Cisjordanie s'est recroquevillée à l'est de Jérusalem, encadrée par le « mur de la honte » et parsemée de points de contrôle, de miradors et d'obstacles ; le territoire au nord à complètement disparu...

Faire le mur n'évoque pas ou très peu l'histoire du territoire, à part en nous montrant les cartes depuis la création d'Israël (mais j'avais besoin de faire cette recherche pour mieux comprendre l'origine du conflit). Cette bande dessinée se contente de nous faire vivre à la première personne le quotidien d'un Palestinien, Mahmoud Abu Srour. À ses côtés, on peut se rendre compte, un peu, de ce qui se passe sur place. On est effarés par ce fameux « mur de la honte », une masse de béton de plusieurs mètres de haut, qui nous fait cruellement penser à la seconde guerre mondiale. Je ne peux pas comprendre (qui le pourrait ?) que le peuple juif, qui a vécu de telles atrocités un peu plus d'un demi-siècle plus tôt, puisse faire des choses pareilles...
On y voit aussi combien il est difficile d'être un Palestinien, destiné à rester cloîtré d'un côté ou de l'autre du mur sans voir sa famille restée de l'autre côté. Oh bien sûr il est possible de passer clandestinement mais les représailles sont disproportionnées, et parfois même mortelles...


« T-E-R-R-O-R-I-S-T-E-
Si on me tranchait une veine, je serais prêt à parier qu'on y verrait ces dix lettres, en suspension dans ce sang qu'on m'accuse de faire couler du simple fait d'être né Palestinien.
On devrait promulguer une loi pour nommer les nouveau-nés ainsi. On gagnerait du temps !
Car c'est bien comme ça que le monde " civilisé " nous perçoit : une masse enturbannée, biberonnée aux bombes.
»

Ce livre nous dresse le portrait d'un Israël bourreau, qui cloître les Palestiniens dans un territoire de plus en plus restreint. Il nous dépeint les militaires comme des êtres sans cœur, insultant les familles et dégainant leur arme au moindre petit écart de conduite.
Pour Mahmoud, être Palestinien équivaut à être considéré comme un terroriste né. Pourtant ces terroristes, dont il ne nie pas l'existence, ne sont qu'une minorité en comparaison à la population. Une lutte contre le terrorisme qui sert d'alibi à Israël contre les crimes de guerre* qu'ils commettent.
Je ne peux que condamner le terrorisme, mais parquer les gens n'a jamais amélioré les relations (c'est aussi le syndrome des cités). Si en plus on les persécute, il ne faut pas s'attendre à être reçus les bras ouverts...

Si les faits sont malheureusement bien réels, n'oublions pas que l'auteur nous donne le point de vue d'un Palestinien. Néanmoins, je considère qu'il s'agit là d'un homme modéré, tant sa pensée est utopique : il rêve d'un pays unique mélangeant Israéliens et Palestiniens. Une chimère improbable étant donné que le conflit dure depuis des générations mais un rêve tellement humain !
Certes il y a des déjà des Israéliens en Cisjordanie et vice-versa. Mais ce sont des personnes qui vivent ensemble sans avoir les mêmes droits et c'est un scandale !


« Je sais, on me l'a déjà dit : la résistance française ne s'attaquait qu'à des soldats.
Mais imaginez un instant que l'Allemagne ait installé des colonies de peuplement un peu partout sur le sol français.
Les combattants se seraient-ils contentés de s'en prendre aux structures militaires ?
Je n'ai pas de réponse, mais je crois que la question mérite qu'on s'y attarde.
»

Faire le mur est un livre qui philosophe...
Mahmoud parle souvent en faisant des citations ou en mettant en parallèle sa situation avec d'autres événements dans le monde : l'Apartheid, la guerre au Vietnam, le bombardement d'Hiroshima, la résistance française...
C'est vraiment le point que je trouve le plus désagréable dans la narration. Autant j'ai aimé les pauses contemplatives du récit, autant j'aurais préféré une véritable immersion dans le quotidien d'un Palestinien de Cisjordanie, sans qu'il soit mis en image. Ce conflit n'avait pas forcément besoin de ça, même si certaines réflexions méritent d'être posées. Peut-être y en a-t-il trop à mon goût.


Maximilien Le Roy est un jeune auteur né en 1985. Il a vu des choses qu'il fallait vouloir voir. Je ne l'envie pas, mais je l'admire.
Il a réalisé un autre album sur ce conflit : Les chemins de traverse (paru chez La boîte à bulles en 2010). Il est également à l'origine du collectif Gaza, un pavé dans la mer (toujours chez La boîte à bulles, en 2009).
Je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai aimé son dessin... en fait c'est bien plus compliqué que ça : il utilise plusieurs techniques au cours de l'album. J'aime bien quand il fait ces aplats au fusain qui donnent du relief à son trait, ce qui manque je trouve à ses dessins plus classiques. De même, j'adore ses séquences en couleur (le plus souvent lorsqu'il dessine ces filles qui l'obsèdent) et les scènes du passé en noir et blanc, carrément vivantes. La majorité de l'album revêt sinon un ton sépia assez terne, mais la situation ne l'est-elle pas ?

On retrouve un reportage photo à la fin de l'ouvrage, qui permet une accroche plus visuelle de ce qu'est la vie en Palestine.

J'ai appris des choses en compagnie de Mahmoud Abu Srour mais je ne fais qu'effleurer un thème que je souhaite approfondir avec d'autres lectures. La première d'une petite liste.
Je remercie au passage Chtimie pour ce livre qu'elle m'a envoyé pour le loto BD organisé par Mo' dont j'étais l'un des heureux lauréats. J'ai mis du temps à le lire, mais sache que je suis ravi ce cette découverte.


* « Assassinat, mauvais traitements ou déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, assassinat ou mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, exécution des otages, pillages de biens publics ou privés, destruction sans motif des villes et des villages, ou dévastation que ne justifient pas les exigences militaires. »
(Charte de Londres - 1945)

Chronique du 12/01/13

En voilà un titre qui ne parle pas... C'est un livre que Lunch a reçu dans le cadre d'un loto BD peu avant le déménagement. A l'occasion d'une pause dans les cartons, comme Lunch l'avait justement mise de côté pour qu'elle reste accessible, je l'ai lue sans avoir la moindre idée du sujet.
Et j'ai découvert un univers.
Celui de la Cisjordanie, du conflit israélo-palestienien et de la colonisation – ou disons-le franchement, de l'occupation – par les Israéliens. Franchement, c'est une BD à découvrir !

Pour ma part, je ne connaissais rien à la situation dans le Proche-Orient, je ne comprenais pas les informations, si ce n'est qu'Israël et la Palestine se mettaient régulièrement sur la tête. Les cours d'histoire concernant le conflit étaient restés pour moi un poil trop denses et tout à fait obscurs (et pourtant j'aime beaucoup l'histoire hein). Quant au mur, j'en avait vaguement entendu parler... Il devait sans doute faire quelques kilomètres de long, guère plus*...

Du coup, la production BD sur le sujet étant de plus en plus abondante, j'ai entrepris d'en lire le plus possible, diversifiant les points de vue et les façons de les aborder. Faire le mur n'est pas la plus impartiale, mais c'est justement le point de vue interne qui est intéressant. On découvre ici le quotidien d'un Palestinien. C'est sans rancune, mais ça montre une réalité et ça pose des questions sur une situation qui prend soudain un visage révoltant.

Graphiquement, je me dois de reconnaître que c'est assez particulier, mais c'est vraiment un livre qui interroge. La comparaison avec d'autres situations universellement condamnées ne peut qu'alimenter la réflexion et bousculer les consciences tranquilles. Par ailleurs, le parti pris de suivre ce Palestinien (qui existe réellement) m'a d'autant plus incitée à chercher (en vain) un point de vue opposé pour comprendre les enjeux.

* Il fait plus de 600km


D'autres avis : Chtimie, Mo', Yaneck


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Année d'édition
2010

Fanch Karadec - L'enquêteur breton Stéphane Heurteau (s)(c), Sébastien Corbet (d) Vagabondages

Tome 1 : " Le mystère de Saint-Yves "

Chronique du 21/04/13

Il y a des noms comme ça qui, dès lors qu'on les entend, en appellent à la Bretagne. Fanch Karadec, enseignant fraîchement retraité, fait évidemment partie de ceux-là. Un bonhomme à la bouille sympathique et que tout le monde connaît... si bien qu'il se retrouve parfois au cœur de secrets dont il se serait bien passé... quoique...
Car le monsieur est curieux et il aime les énigmes. Alors quand il reçoit une lettre postée la veille par quelqu'un mort deux jours plus tôt, il cherche aussitôt à élucider l'affaire lui-même, avec ses copains. Après tout, s'il était le destinataire et non la police, il devait bien y avoir une raison !


Sur une idée de Régis Loisel et Jean-Charles Kraehn... l'évocation de cette collaboration, même lointaine, nous invitait déjà dans un doux rêve de lecture.
Une sensation prolongée par les premières planches où le dessin de Sébastien Corbet nous fait clairement penser au trait de Monsieur Peter Pan. Plus rond, moins détaillé, il dégage tout de même un côté plaisant, bien qu'il manque encore une peu de maturité et surtout : d'identité !
Certains gros nez m'ont dérangé, surtout celui de la veuve LeHennanf, mais somme toute, c'était pas mal.

Concernant le récit en revanche, j'attendais un peu plus d'un album ayant reçu le Prix Polar 2010 de la meilleure série au Festival de Cognac.
L'enquête est plutôt bien ficelée certes, mais au final l'album se laisse lire sans grand emballement. Je suis resté sur ma faim.
Je me suis tranquillement laissé guider par la narration sans aller jusqu'à disséquer le moindre indices. Pourtant une chose m'a interpellé : la police à été mise à l'écart dans l'enquête par Fanch Karadec lui-même, qui lui a sciemment caché des éléments. C'est là le reproche majeur que je fais à l'histoire, car si la police avait eu possession de ces indices, elle aurait pu arrêter les criminels bien plus rapidement.
Seulement voilà, il n'y aurait pas eu d'histoire...


« Fanch, où est-ce que nous allons ?
_ Tout d'abord, on passe voir Léna à la médiathèque de Lannion... Elle pense avoir trouvé quelques indices intéressants. Et ensuite, promis, je t'emmène à un Fest-Noz.
»

Enfin, ce n'est pas le principal grief que je porte à cette bande dessinée, car j'ai tout de même trouvé que le récit était plaisant d'une manière générale. Ce qui m'a le plus gêné, c'est l'insistance, la surenchère, l'abus de "bretonnerie" !
Oui l'enquête se situe en Bretagne : on le sait depuis le titre ! Tous les habitants de la Bretagne doivent-ils avoir un nom de consonance bretonne ? N'y a-t-il de place que pour des Fanch, Soizig et autres LeCrom ? Était-il utile d'insister à ce point sur le fait que l'intrigue se passait bien en Bretagne ?
Pour moi, c'est clairement non ! Ça ne fait qu'alourdir le récit.


Je remercie quand même Valérie pour l'envoi de cette bande dessinée. Je sais tout le mal qu'elle s'est donné pour trouver un album que je n'avais pas lu.

Chronique du 21/04/13

Dès la première approche (à la couverture), Fanch Karadec ne m'a pas convaincue, mais m'a toutefois intriguée. Si la maquette ne m'avait pas franchement attirée, le dessin donnait quand même envie. Autant dire que j'ai ouvert Fanch Karadec avec une certaine suspicion, mais en même temps une grande envie d'être surprise.
Bon on va pas y aller par 4 chemins : à ce titre, cette BD m'a déçue. Le scénario est plutôt convenu, et côté surprise, je rends mon tablier. Pour une enquête policière, c'est quand même dommage ! Non bien sûr, on ne voit pas le comment du pourquoi arriver, et pour cause : le héros non plus. Chaque fois qu'il tombe sur un indice, il l'oublie dans un coin en se disant que « Pffff... Mince alors, y'avait rien là non plus » (mon âme de rôliste a plutôt enragé en fait) et au final, ben on se rend compte justement que ç'aurait été plutôt judicieux d'approfondir de ce côté-là. Pis alors, tenez-vous bien : quand on aime les mots croisés, on aime forcément démêler des intrigues, et surtout sans les flics !
L'autre truc qui m'a vraiment mais alors VRAIMENT turlupiné, c'est le côté un poil trop terroir. Alors figurez-vous qu'en Bretagne, tout le monde porte un prénom typiquement breton (Fanch, Soizig, Loïc, Michaud, Maëlig, Nolwenn et je ne vous parle même pas des noms de famille), va danser au Fest-Noz et joue de la bombarde. Ça fait vraiment too much et ça n'est pas plaisant.

Alors je ne vais pas complètement démonter la BD : un lecteur moins exigeant pourra sans doute passer un bon moment de lecture-détente sur sa serviette à la plage, d'autant que j'ai trouvé le dessin vraiment agréable. Certes on sent une très forte influence de Loisel et Corbet a encore à gagner en personnalité et en maturité... Mais le trait est parfaitement maîtrisé et vraiment plaisant, et les couleurs de Heurteau créent un environnement agréable bien plus cohérent que le scénario.

Tout n'est pas à jeter donc. Pour ma part, j'ai vraiment le sentiment que Heurteau s'est senti coincé dans une idée « imposée » pour Loisel et Kraehn, et que, mal à l'aise dans ce vêtement mal ajusté, il a tenté de tirer son épingle du jeu en pondant un scénario bancal dans un univers cliché.


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 1 : " Le mystère de Saint-Yves "

Année d'édition
2010

Fausse garde Merwan (s)(d) VENTS D'OUEST

Fausse garde

Chronique du 19/08/10

Quand Mané arrive à Irap, il n'a qu'une seule idée en tête : devenir un pro du Pankat ! Il a utilisé toutes ses économies pour se rendre dans cette impressionnante cité. Là bas, il fait la rencontre d'Eiam, l'un des maître de ce sport de combat. Mais il fait aussi la connaissance de Fessat, un ancien champion plein d'avenir, mais qui a mal tourné.
Cruel dilemme pour le jeune Mané, et quel avenir ?

Fausse garde, tout d'abord, c'est une bande-dessinée issue d'un auteur qui vient du milieu du jeu vidéo et de l'animation. Et graphiquement, cela se voit.
Sous cet aspect visuel colorisé bien sympathique se passe l'histoire d'un gamin venu apprendre la boxe. Ayant déjà de bonne dispositions pour ce sport, il ne tarde pas à se faire reconnaitre comme tel et trouve facilement une école pour le prendre en charge.
On évolue dans un univers rude. Des coups et du travail.
Mais c'est aussi une histoire à deux tons. Le côté du Pankat, mais aussi le côté pervers des bas-fonds et de l'illégalité. Mané est partagé entre son amour pour le Pankat et sa grande amitié avec Fessat.
La conciliation des deux devient vite un poids très lourd à porter.

J'ai aimé cet album à l'univers graphique particulier. Avec ses heurts et ses travers. Ça fait un peu brute de décoffrage tout ça, le thème est ce qu'il est aussi. Mais c'est très divertissant et l'album est plutôt complet. J'ai passé un bon moment.




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Fausse garde

Année d'édition
2009

Fausse route Joseph Incardona (s), Vincent Gravé (d) Les enfants rouges

Fausse route

Chronique du 11/05/08

Zlatan, de retour de la visite médicale, plante un couteau dans le cœur de l'un des gardiens. Muni des clefs du "paradis", il s'échappe de la prison, talonné par Antonio Bobino, dit "Bobo".
S'ensuit la course poursuite d'un évadé traqué.

Le scénario met en lumière l'escapade de "Bobo" et sa rencontre fortuite avec Nadia, qui essaie de se débarrasser de son mari. Une rencontre entre deux criminels bien différents : celui qui s'échappe avec celui pour qui tout commence, celui qui a tué la peur au ventre et celui qui n'hésiterait pas à le faire, celui qui manipule et celui qui ploie. Un remarquable jeu de piste, entre un prisonnier qui a tout à gagner et une femme qui a tout à perdre.
Le tout sous le rythme d'une traque effrénée avec les policiers.

Si le scénario met la lumière sur les personnages, le dessin rend merveilleusement bien la noirceur de l'aventure. Tout d'abord parce qu'elle se passe de nuit, mais aussi à cause de la teneur du récit. Des traits parfois flous, parfois imprécis, et parfois tellement réalistes aussi, le tout reflétant à la perfection les sentiments des protagonistes.

On a vraiment l'impression de vivre l'histoire, on est plongé dedans. Une histoire déroutante, dont on ne se relève pas !

Chronique du 11/05/08

Fausse Route est littéralement un roman graphique. Ce n'est pas le texte qui accompagne l'image mais bien l'inverse. On sent profondément l'expérience de romancier de Joseph Incardona qui impose tout autant l'ambiance dans le texte que ne le fait Vincent Gravé dans son dessin. L'image vient principalement alourdir l'ambiance lourde et glauque imposée par le texte. Ce qui n'empêche pas une parfaite complémentarité des deux. Par ailleurs, le dessin est franchement sublime.

De fait, la lecture de cet album oblige le lecteur à s'accrocher. On est mal à l'aise, on angoisse autant que les personnages, on transpire. Ce n'est pas la lecture fluide et limpide d'un album Soleil. C'est la lecture ardue et difficile d'un roman glauque rendue encore plus pesante par le poids des images. Un délice.


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Fausse route

Année d'édition
2008

Fennec Lewis Trondheim (s), Yoann (d) DELCOURT

Fennec

Chronique du 28/12/07

Fennec ou l'histoire d'un fennec, qui aux prises avec les serpents, décide de partir à la recherche du collier du chaman, dont le pouvoir de faire tomber la pluie lui permettra de chasser ses ennemis de toujours.

Une bande-dessinée au format plus classique pour une nouvelle parutions dans l'excellente collection de Lewis Trondheim Shampooing.
Une histoire originale, accessible pour les grands et les petits, et avec un dessin simple et une colorisation aquarelle vraiment réussie.
Yoann nous montre ici un véritable coup de pinceau, et nous emmène dans le périple insencé du fennec, dont la fourberie apparaît sans limite.

Et puis on aime aussi les autres animaux, certains pour leur connerie, d'autres pour leurs tares... le tout subtilement exploité par notre ami fennec bien entendu.

Moi ... j'adore (d'ici à ce qu'on me dise que je ressemble à un fennec quand je joue à un jeu, y'a pas loin ^-^ ) !

Chronique du 28/12/07

La peau de vache (ou de fennec ?) de la bande dessinée. Le fennec.
Le fennec est une créature toute mignonne dont l'aspect adorable met de suite en confiance. C'est bien dommage, car il ne faut jamais faire confiance à un fennec. Le fennec est fourbe. Le fennec est égoïste. Le fennec pense à sa peau et uniquement à sa peau. Les autres créatures de la savane n'ont d'autre utilité que de participer à sa propre survie, d'une manière ou d'une autre.
Pour les joueur de VDD : vous voyez Sakuragi ? C'est le fennec !

Le principe des strips suivis, tel qu'on le trouve ici ou encore dans Le retour à la terre et Lou! permet d'aérer le scénario. L'humour de Lewis Trondheim reste subtil et le graphisme de Yoann, tout en douceur comme dans un album jeunesse, vient donner un air toujours plus innocent à cette infâme créature. Décalage hilarant. Ou comme j'ai dit en refermant la BD : "délicieux".


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Fennec

Année d'édition
2007

Fille maudite du Capitaine Pirate (La) Jeremy A. Bastian (s)(d) La Cerise

Volume Premier

Chronique du 03/05/14

Les éditions de la Cerise se lancent des défis parfois, ils sont comme ça chez La Cerise ! Ils montent alors dans leur grand vaisseau et partent par delà les mers pour prêcher leur bonne parole auprès des américains.
C'est ainsi qu'ils font la rencontre – mais ils avaient dû en entendre parler avant, je les soupçonne d'être des personnes réfléchies – du génialissime Jeremy A. Bastian. Vous vous doutez bien qu'ils n'aient pas fait ce long voyage pour rien : les gens de La Cerise nous ont ramené en France une petite pépite, leur première acquisition de droits étrangers, La fille maudite du Capitaine Pirate !

« It's all too rare that I see work that is truly original- and I almost never see work THIS original- Jeremy Bastian is a genius. »
Je ne suis pas sûr qu'une traduction soit nécessaire pour vous expliquer à quel point Mike Mignola, illustre créateur d'Hellboy, a apprécié.
D'ici à dire qu'ils ont tous bon goût il n'y a qu'un pas !

Et pourtant qui eut cru en 2010, alors que l'auteur se lançait dans une campagne de financement sur Kickstarter pour éditer un recueil de sa trilogie, que le succès serait aussi rapidement au rendez-vous et affolerait les compteurs, réunissant la somme nécessaire en seulement 2 jours.
Cursed pirate girl n'attendait que d'exister en volume relié... La version française ne lui est pas fidèle dans sa forme (le produit américain est plus petit, de la taille des originaux, et les bordures des pages sont ondulées façon parchemin) mais le fond reste le même : de toute beauté !


De la terre à la mer

« Aha ! Je suis la Fille Maudite du Capitaine Pirate !
Vos hommes et vous êtes perdus. Votre tyrannie touche à sa fin, votre Majesté.
 »

La fille maudite n'a pas de nom mais elle a un papa. Et pas n'importe quel papa puisqu'il s'agit de l'un des 5 Capitaines Pirates voguant sur les légendaires mers d'Omerta. Mené par son fidèle perroquet, qui ne la quitte plus depuis la malédiction jetée par une vieille sorcière, elle va brutalement quitter les plages de Port Elisabeth pour s'enfoncer dans le royaume sous-marin et partir à la recherche de son père.

La césure est frappante (elle coûte même un œil à la jeune fille) entre le monde très terre à terre de la Jamaïque et les oniriques mers d'Omerta. Alors que l'univers dépeint dans la première partie est exempt de pirates et paraît proche de l'idée qu'on se ferait de la vie sur l'île en 1728, le basculement par l'Obscurum per Obscurieux nous ouvre les portes d'un océan sous l'océan, bercé par l'incongruité propre aux rêves. Les monstres de tous poils y sont légion : êtres vivants défigurés par la vie au large, géants et nabots, animaux parlants, morts vivants... tout semble si surréaliste que le décalage n'en est que plus grand avec la fillette. Mais celle-ci n'a peur de rien, mue par son courage innocent et son ardeur à toute épreuve.

On pourrait crier à l'élucubration et faire le parallèle avec la vie fantasmée d'Apollonia. La fille maudite du Capitaine Pirate existe-t-elle autrement que par les contes épiques qu'elle se raconte et les poupées avec lesquelles elle joue ?
Nous en sauront d'avantage avec le second volet des aventures, dans lequel la fille du gouverneur devrait avoir plus d'importance (dixit l'auteur himself).


Doré à souhait

Parlons-en de l'auteur justement !
À en juger par son seul talent graphique Jeremy Bastian est un prodige ! Ses planches présentent un dessin précieux : ça grouille de vie, ça fourmille dans tous les sens. Chaque case, riche en détails, est l'objet d'un travail d'orfèvre dans un style proche de la gravure et qui n'a rien à envier aux maîtres du genre (on pense bien sûr à Gustave Doré). Ce n'est pas seulement du remplissage, l'utilisation de vues globales lui permet aussi de montrer plusieurs actions sur un même espace scénique élargi. Une merveille graphique !

Et quand on sait que les originaux sont plus petits que le format du livre édité (et qu'il travaille au pinceau !), ça laisse pantois...

Notons toutefois que les traits sont plus gras au début et qu'ils s'affinent au fil de l'ouvrage. Si progression il y a (et puisque j'ai vu quelques originaux je peux vous le confirmer), le prochain tome promet d'être dantesque !


Un beau travail éditorial

Éditer cette bande dessinée en français n'a pas été une mince affaire et on peut citer l'incroyable travail de Guillaume Trouillard. Car s'il représente Les éditions de la Cerise, il est aussi à l'origine du lettrage de l'album dans la langue de Molière. Quand on connaît un tant soi peu son travail, ses dessins aux traits chancelant, on n'imagine pas qu'il puisse réaliser lui-même cette périlleuse retranscription. Il a prouvé par cette réussite mais aussi à travers son méticuleux Welcome qu'il était capable de belles prouesses (comme découper de minuscules formes sur du papier aluminium avec un grand ciseau par exemple ; et donc aussi de s'approprier une typologie étrangère tout un album durant).

J'entends également une farandole de louanges pour ce qui concerne la traduction de Patrick Marcel. Les amateurs de son travail (en bande dessinée comme en littérature SF et Fantasy) sont nombreux et ceux qui lisent les œuvres en VO devraient confirmer ces dires.
Comme je ne lis pas les versions originales, je me contenterai de cet éloge par procuration et du fait que j'ai bien aimé le nom Poivre d'As donné au perroquet (Pepper Dice en anglais).

Et pour finir je me dois de parler de l'objet car le livre est de belle facture : une couverture cartonnée atypique (tous les albums sont différents du fait de la texture utilisée) avec incrustation de texte en relief et unité artistique assurée par les illustrations de Jeremy Bastian ; papier de bon grammage très agréable à manipuler...
De plus, grâce à l'appui du Centre National du Livre dont la bande dessinée à bénéficié, elle ne coûte que 19 € !

Chronique du 23/07/14

Dans un univers digne de Lewis Carroll et des dessins typiques des gravures de Gustave Doré, La fille Maudite du Capitaine Pirate est, comme son nom l'indique, une histoire de pirates. Mais une histoire de pirates bien atypique.
On y fréquente certes les bas-fonds des ports jamaïcains, mais on effleure seulement le genre pour placer l'intrigue dans le burlesque et l'imaginaire. On reste bien éloigné des grands combats navals. Non pas que le récit n'ait rien d'épique, au contraire, mais l'héroïne, grande gueule et petite taille, se faufile par les petites portes.

L'histoire elle-même n'apporte rien de bien créatif. Le style est sans doute inattendu pour le genre, mais la quête de notre héroïne n'est pas bien innovante, ni même son déroulement. L'histoire n'est finalement là que pour donner un prétexte à explorer cet univers farfelu, ce dessin terriblement minutieux et cette construction tellement inventive.

Pour autant il est assez difficile d'entrer dans l'histoire de prime abord. Le cerveau s'attarde à contempler la foultitude de détails. Les éléments - tant au niveau du décor que des personnages - sont tellement nombreux qu'ils complexifient leur distinction et rendent la lecture plus ardue. Finalement on s'habitue. Peut-être est-ce là un bon moyen de nous forcer à être plus attentif à l'univers graphique ? Néanmoins, la fluidité du récit en est forcément altérée.

Un autre bémol : les entractes de fin de chapitre ("ce qui guérit tout" ça s'appelle) sont là encore l'occasion d'une véritable explosion graphique et d'une réinvention du découpage, mais n'apportent a priori rien au scénario ni au développement de l'univers. Au contraire, ils interrompent encore l'immersion du lecteur. Est-ce lié à l'édition originale (en fascicules par exemple ? Ça se fait beaucoup aux States, parait-il) ?

Ça n'en reste pas moins un récit des plus charmants, et la qualité du dessin en fait une œuvre véritablement à part dans la production BD actuelle.
D'autant que le travail éditorial est véritablement remarquable (et je ne dis pas ça pour flatter les copains de La Cerise). Rien qu'à regarder l'objet, la couverture, le grammage du papier... on se dit que mince, l'éditeur ne s'est pas foutu de nous (et quand on regarde le prix, on tombe tout simplement des nues... Merci le CNL !!!).
La couverture à elle seule en fait un objet de collection. Dorures et reliefs ne sont pas sans rappeler les vieux livres du XIX° siècle et renforcent encore l'impression d'ouvrir un ouvrage de gravures (en vrai, Jeremy Bastian travaille au pinceau... Le fou !)
Le lettrage, entièrement refait à la main par l'improbable Guillaume Trouillard, donne une idée de l'investissement consenti à la version française. A noter d'ailleurs qu'il s'agit de la toute première traduction publiée par La Cerise.
C'est dire : même le bandeau promotionnel est beau !




À lire aussi : la rencontre avec l'auteur.

Un autre avis : David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.


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Volume Premier

Année d'édition
2014

Fleep Jason Shiga (s)(d) Cambourakis

Chronique du 04/03/13

Vous faites quoi vous dans une cabine téléphonique ?
Bon, je vous l'accorde, la mode est passée au téléphone portable mais en 2002, à l'époque de la parution de Fleep aux U.S.A., tout le monde n'était pas encore aussi bien équipé qu'aujourd'hui.
Jason Shiga, dont on a déjà parlé ça et là sur BenDis, nous dévoile sûrement l'un des lieux les plus exigus de la bande dessinée. Dans le cinéma ils avaient Phone Game, en bande dessinée nous avons Fleep (d'ailleurs, c'est rigolo mais les deux titres datent de la même année, un effet de mode probablement) !

On se retrouve donc aux côtés de Jimmy Yee, un américain coincé dans une pièce « d'à peu près 8x9x33 envergure de main/cube ». Une cabine entourée de béton dont il ne peut s'échapper.
Quelques secondes plus tôt, il s'est réveillé la tête dans un étau, ne sachant bien évidemment pas expliquer sa situation. Pourtant, loin de se résigner à son triste sort, il va tenter de comprendre le pourquoi du comment et analyser méthodiquement tous les moyens qui pourraient l'aider à sortir de ce mauvais pas.

Jason Shiga (dont Scott McCloud s'exclame en préface « Crazy + Genius = Shiga ») nous présente une vraie bande dessinée pour claustrophobes, oscillant entre la reconquête mémorielle et les mathématiques. Pour Jimmy Yee, le héros de cette histoire, tout se calcule... ce qui est parfois un peu déconcertant.


« D'après mes calculs, le taux de torsion de mon pendule indique une latitude entre 37 et 49 degrés Nord.
Ma longitude, à en juger d'après le décalage entre mon horloge biologique et l'heure indiquée par ma montre, doit se situer entre 129 et 147 degrés.
»

Pour ma part, j'ai regretté le manque de cohérence du récit dans sa globalité, même si il est agrémenté d'équations savantes (et probablement justes) aussi complexes que le volume d'air respirable dans une cabine téléphonique hermétiquement fermée.
Alors certes, pour les besoin visuels de la BD, il aurait été délicat qu'elle se déroule uniquement dans le noir. Mais étant donné les circonstances j'ai du mal à croire qu'une cabine téléphonique puisse encore éclairer. De même, le personnage ne panique jamais et nous apparaît du coup un peu froid et pas franchement attachant. Tout le monde paniquerait dans pareille situation !


Sous un format souple à l'italienne, Fleep ne révolutionne pas le genre graphique avec un dessin très simple (on constate qu'il y a eu peu d'évolution entre Fleep et Vanille ou Chocolat) et un gaufrier un peu répétitif de 6 cases sur chaque page.
Quand on sait le potentiel de l'auteur et toutes les choses folles qu'il a faites par ailleurs, on ne peut qu'être un peu déçu de la forme de cet album-là. L'auteur le disait lui-même lorsque nous l'avons rencontré à Angoulême cette année (note du 12 février 2013) : il n'a pas su à ce moment-là en faire quelque chose de plus expérimental et c'est donc son premier « roman graphique », qui était publié hebdomadairement dans le magazine américain News-Week.

Une anecdote amusante : il y a une scène où Jimmy boit son fluide corporel (soyons polis) pour se donner plusieurs heures de vie supplémentaires, repoussant la déshydratation. Une page qui n'aurait jamais dû être publiée dans un magazine comme News-Week, mais Jason Shiga savait qu'il devait y avoir un changement de rédacteur en chef cette semaine-là et a saisi l'opportunité. Un tour de force dont il est très fier.


Pas sûr que Fleep reste pour le lecteur le meilleur album de Jason Shiga, il n'en demeure pas moins expérimental dans son approche, à défaut de l'être dans sa forme.




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Année d'édition
2008

Fonctionnaires (Les) Bloz (s), M'duc (d), David Lunven (c) BAMBOO

Tome 1: "Métro, dodo, dodo..."

Chronique du 07/06/08

Le mythe des fonctionnaires est bien connu, ils sont faignants, embauchent en retard et sont déjà chez eux à l'heure de la débauche, ils sont incapables et coûtent de l'argent aux contribuables pour ne rien faire.

Cette bande-dessinée met en scène une équipe de fonctionnaires gonflés de ces aprioris. Et il paraît même que les auteurs sont eux-mêmes fonctionnaires, on comprend donc aisément qu'ils savent de quoi ils parlent, à entendre jour après jour les mêmes critiques :)

Cependant, en dehors du concept, cette bande-dessinée ne fait que relater des "rumeurs connues", et n'apporte rien, selon moi évidemment. Je ne me suis pas du tout amusé en lisant, à part peut être une ou deux blagues qui m'ont fait esquisser un sourire (avec la nouvelle secrétaire par exemple, et la nouvelle tenue règlementaire :).




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Tome 1: \\"Métro, dodo, dodo...\\"

Année d'édition
2005 (1°ed.2001)

From hell Alan Moore (s), Eddie Campbell (d) DELCOURT

Une autopsie de Jack l'Éventreur

Chronique du 06/04/11

From hell

Mr Lusk,
Sor
I send you half the Kidne I took from one women prasarved it for you tother piece I fried and ate it was very nise. I may send you the bloody knif that took it out if you only wate a whil longer

signed
Catch me when you can Mishter Lusk



Whitechapel, Londres, 1888. Un tueur en série arpente les rues sombres la nuit et assassine des prostituées. Son mobile ? Nul ne l'a jamais su. La liste des suspects est longue, mais à ce jour, l'enquête n'a jamais été élucidée.
Un simple nom revient sans cesse, inventé de toute pièce : Jack l'éventreur.

« Si vous avez l'œil pour ces choses-là, vous verrez que les accusés sont souvent attirants. »
Franz Kafka


Alan Moore, en signant From Hell, s'attaque au plus grand mystère de la criminologie. Jack l'éventreur est aujourd'hui plus qu'un criminel, c'est une légende. Mais n'oublions pas les faits, car si Scotland Yard n'est jamais parvenu à trouver le meurtrier (il y a eu des arrestations, mais l'identité du tueur n'a jamais été trouvée), les crimes de ces prostituées étaient bien réels... des massacres sans nom !

Pour écrire l'album, auréolé du Prix de la critique ABCD en 2001 et de deux Eisner Award en 1993 et 2000, Alan Moore a décidé d'accorder du crédit à la thèse de la conspiration royale soulevée dans le livre de Stephen Knight, Jack the Ripper : the final solution.
Le Prince Albert Victor de Galles aurait fauté et donné naissance à un enfant illégitime, et les personnes souhaitant faire chanter le pouvoir auraient été éliminées pour que l'affaire soit étouffée.
Une théorie tardive ayant néanmoins du succès, en raison du lien entre la famille royale et les meurtres.
Il s'agirait alors de Sir William Gull, médecin royal, qui aurait commis tous ces crimes sous couvert de la couronne.

Évidemment, le scénario d'Alan Moore se tient d'un bout à l'autre, l'auteur décrivant les faits tout en les appropriant au médecin.
Même pour le meurtre d'Elizabeth Stride, dont l'attribution à Jack l'éventreur est controversée, il trouve une explication rationnelle en mettant en scène le cocher. Personnage secondaire qui prend une place très importante dans l'histoire, et qui comble parfaitement toutes les incohérences soulignées lors de l'enquête.

Le titre, directement inspiré de la seule lettre considérée comme officielle par le tueur, est plutôt évocateur de la lecture qui nous attend.
Nous suivons avec une curiosité malsaine l'évolution de ce psychopathe né. Lui qui prenait plaisir à disséquer des animaux étant petit, nous le voyons suivre logiquement la voie de médecin puis, plus tard, celle de l'assassin. Petit à petit, il nous montre l'horreur, prenant le temps de discuter avec ses victimes pourtant déjà programmée mortes, empoisonnées par ingestion de Laudanum. Un monstre qui n'inspire que le dégoût, et qui pourtant, laisse entrevoir un certain génie dans la folie.

« Tous les cerveaux humains, y compris le vôtre, Netley, ont deux côtés : le gauche est la raison, la logique, la science ; nos vertus apolliniennes. Le droit est la magie, l'art et la folie, attributs dionysiens. C'est l'hémisphère inconscient de l'esprit, dont le symboles est la Lune. Seul un mince fil de cartilage relie les deux, évoluant à travers les siècles, un fil plus mince encore par le passé. »

Meurtre après meurtre, il y prends goût, passant du crime méthodique à la pulsion sanguinaire. Le dernier acte sonne comme l'apothéose, l'intime moment où l'hémisphère gauche rencontre le droit. Quand la folie a raison de l'homme, ou est-ce l'homme qui parachève l'accomplissement divin ?

« Je grimpais, Netley, toute ma vie je grimpais vers un unique sommet. À présent je l'ai atteint. Je me suis tenu debout, j'ai senti le vent. J'ai contemplé le monde à mes pieds. Maintenant, il ne me reste plus que la descente. Que la vallée. Ah, si j'avais pu mourir là, Netley, dans cette lumière au-dessus des nuages. »

Il y aurait tant à dire sur le scénario que ça occulterait presque le dessin d'Eddie Campbell. Beaucoup diront que c'est justement le point faible de l'album. Je suis d'accord, mais en partie seulement.
Tout d'abord, il fallait un dessin de ce style, haché, nerveux, qui correspondait tout à fait à l'image que l'on peut avoir d'un tueur en série. Un style graphique qui se rapproche de la gravure, tout de noir et de blanc, qui illustre parfaitement le Londres du 19ème siècle. D'ailleurs, je trouve qu'Eddie Campbell dessine à merveilles toutes ces rues, tous ces monuments.
En revanche, je suis plus mesuré sur le rendu des personnages et surtout des visages. C'est brouillon et c'est dommage.

Pour conclure, j'ai aimé la folie qui se dégage du personnage de Sir William Gull. Même si on ne sait pas qui est réellement Jack l'éventreur, on a envie de croire à cette théorie tant le résultat nous paraît plausible.
L'histoire de Jack l'éventreur a quelque chose de fascinant, entre mystère et légende. Je trouve une nouvelle fois incroyable la façon dont Alan Moore conçoit son scénario. C'est dense et c'est limpide d'un bout à l'autre.

J'ai particulièrement apprécié deux chapitres.
- Celui où William Gull propose un voyage occulte dans Londres à son cocher, associant l'architecture Maçonnique, l'histoire et la religion.
- Et puis bien entendu le meurtre de Marie Kelly. Ça peut paraître fou d'aimer un passage aussi sordide, mais si vous lisez l'album, c'est impossible de ne pas être pris dans la lecture et de ne pas sentir montrer l'adrénaline. C'est superbement décrit, on ressent la folie de l'assassin au travers de ses visions et les mots qu'il emploie. C'est la scène la plus importante de cet album.

Une mascarade à ne pas mettre entre toutes les mains... âmes sensibles s'abstenir !


(Pfiuu, c'est fou, avec tout ce que j'ai écrit, j'ai quand même le sentiment d'avoir oublié pleins de choses. J'en suis même intimement persuadé :)

Chronique du 05/05/11

Voilà un album qui secoue. D'un côté Alan Moore, qui a l'habitude de promener ses lecteurs là où il veut. D'un autre côté le mythe de Jack l'éventreur qui aura fait couler de l'encre depuis plus d'un siècle et qui est toujours soumis à toutes sortes de théories. Et pour compléter le tableau, un pavé de 500 pages (600 avec les pages bonus).
Autant dire qu'il vaut mieux être enthousiaste pour ouvrir ce bouquin, et bien s'accrocher pour le terminer. Loin d'aller de soi, la lecture de From Hell est ardue. Certains passages sont d'une telle longueur qu'on passerait volontiers au chapitre suivant, mais faisons plutôt confiance à Alan Moore et poursuivons : si le lecteur se fait balader, l'auteur lui, il sait où il va. D'ailleurs, j'ai fermé ce bouquin avec le terrible sentiment que ces longueurs sont la clef de voute d'un effet tout particulier : l'impression constante de « déjà vu ».
L'auteur a dispersé les indices en faisant souvent abstraction de la temporalité, de sorte que, lorsqu'on retombe sur l'événement (plusieurs jours de lecture plus tard) dans son ordre chronologique, on perd pied. Peut-être de la même façon que "Jack" perd pied avec la réalité ?...
Voilà sans doute la note d'originalité que je n'ai pas réussi à trouver dans l'histoire elle-même. L'ouvrage, très renseigné, s'écarte assez peu des théories déjà développées sur Jack l'éventreur. Certains éléments viennent bien sûr donner de la crédibilité à des théories toujours bancales, mais je n'ai pas eu le sentiment d'une grande révélation.

En tous cas c'est une BD qui installe véritablement son ambiance dans les rues sordides de Londres, grâce à un scénario bien mené et au graphisme très sombre d'Eddie Campbell. Celui-ci, avec ses hachures d'encre, imprègne le climat humide de la capitale anglaise (on croirait sentir le crachin britannique nous tomber dessus) aussi bien que l'atmosphère glauque de l'histoire. Certains reprocheront sans doute encore le choix graphique difficile de Moore, mais à moi, il me semble que si ce n'est pas le plus abordable de tous, il reste le moins rebutant à l'ouverture du livre. D'ailleurs au final, comme d'habitude, c'est finalement le plus judicieux pour la mise en valeur de l'esprit de la BD.

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure histoire publiée sous forme de feuilleton 1993
- Will Eisner Award - Meilleur album (matériel réédition) 2000
- Prix de la critique ACBD 2001


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Une autopsie de Jack l\\'Éventreur

Année d'édition
2000