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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Elixirs Scotch Arleston (s), Alberto Varanda (d), Nolwenn Lebreton (c-T2) SOLEIL

Tome 1: "Le sortilège de Loxullio"

Chronique du 18/10/08

Tolriq est un jeune étudiant triplant son année à l'université de magie à cause de ses absences répétées. La raison de son absence aujourd'hui est encore la même : il se complait dans les ébats amoureux plutôt que dans l'apprentissage délicat des rouages de la magie. Lorsqu'il arrive enfin, il fait la rencontre de la nouvelle élève, la princesse Murmillia, et de sa garde du corps.
A peine sorti des cours, alors qu'il se rend chez le libraire imprimeur pour rendre service à Loxullio, son professeur, la ville d'Amporche est envahie par une armée de monstres.

Elixirs est une bande-dessinée d'héroic fantasy chez Soleil. Cela pourrait sonner creux, mais finalement pas.
Personnellement, j'ai apprécié l'histoire plutôt simple et épique. Avec les monstres sortis d'on ne sais où, cette lutte du bien contre le mal qui se dessine à peine, ces élixirs qui permettent au monde de garder leur réalité, ces palais anciens et inconnus, tordus et dangereux dont le rendu est si superbement dessiné. Ou encore cet humour entre un jeune garçon prêt à tout pour satisfaire sa libido et une princesse effarouchée.

Non, ce n'est peut-être pas la référence du genre, mais Elixirs a le mérite d'être agréable à lire.

J'ai eu la chance d'acquérir la version inachevée de l'album. Je dis inachevée, car contrairement au "édition limitée" qui est affiché sur la couverture, c'est bien un ouvrage non terminé que j'ai dans ma bibliothèque, puisque pour la petite histoire, il est paru uniquement pour le festival d'Angoulème en version ancrée, car les auteurs n'avait pas eu le temps de le terminer.
Et je parle de chance, car pour avoir vu la version finale en couleur dans une librairie, je préfère cent fois la couverture de la mienne, et le fait qu'il n'y ait pas de couleur dans la BD met en évidence le talent et le dessin d'Alberto Varanda.
Certes j'aurais préféré du crayonné plutôt que de l'ancré, mais c'est un autre débat :P




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Tome 1: \\"Le sortilège de Loxullio\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "Le secret du Glupion"

Chronique du 25/10/08

Les pérégrinations de nos héros à la sortie du palais ubiquiste les mènent au travers d'une forêt aux arbres immenses dans laquelle ils tournent en rond. Tolrik grimpe alors à la cime de l'un d'eau, et après quelques rencontres incongrues et diverses acrobatie aperçoit au loin une tour au bord de la mer...

Le second tome est bien signé d'Alberto Varanda, comme il me l'avait lui-même confirmé à la sortie du tome 1 à Angoulème il y a quelques années. Voilà qui va faire taire la mauvaise rumeur.
Annoncé depuis plusieurs mois, il aura fallu attendre tout de même longtemps pour voir ce second volet des aventures de Tolrik et sa bande. Mais il est bien là, et puis de toute façon, avec les tonnes de bande-dessinées que nous sortent les éditeurs, il y avait matière à patienter (mais loin de moi l'idée de m'aventurer dans une discussion sans fin sur la surproduction qui a pour unique but de concurrencer le manga).

Je suis très content de l'aspect visuel du tome 2, la coloriste Nolwenn Lebreton à très bien su préserver la qualité du dessin de Varanda et ses traits soigneux. Bien entendu, comme pour chaque colorisation, on perd au niveau du rendu lorsqu'on passe à l'étape ancrage, mais l'album est tout de même parvenu à préserver bon nombre des détails contenus dans les dessins originaux, dont j'ai pu voir certaines planches.
Mais n'en déplaise aux détracteurs du dessinateur, la mèche de cheveux du héros change toujours de côté selon l'angle de vue.
La couverture, quant à elle, est moins bien réussie, mais dans l'esprit de celle du tome 1 version "normale". Dommage que Soleil ne prenne pas exemple sur les ouvrages limités !

Pour ceux qui douteraient encore de la qualité des dessins du Monsieur, voilà un petit lien qui illustre le travail d'une case de ce tome 2 :
http://www.alvaranda.com/galerie/albums/elixirs/tome2/pasapas
Bien entendu, vous pouvez aussi visiter le reste du site et l'ensemble de son œuvre.

En ce qui concerne le scénario en revanche, je serais moins tendre. Si la bande-dessinée se laisse tout autant lire, et présente de nombreux aspects humoristiques, l'histoire nous ramène au point de départ, à Amporche, dès les premiers échanges avec "le sorcier nécromant". Heureusement, ce n'est qu'un petit détour qui ne dure pas.
Le démon invoqué par Tamarzün a une attitude très chevaleresque et plaisante, mais il révèle des secrets dont on se serait plus ou moins passé. Par exemple, savoir que Tolrik est le légitime héritier du Thorneland, continent effacé depuis deux siècles, est de trop. On se demande comment par quel concours de circonstances un bon à rien comme lui pourrait être un personnage aussi important, voyageant par le plus pur des hasard avec la princesse du royaume voisin.
De plus, Scotch Arleston a trouvé nécessaire d'expliquer qui était Alg, Gloupion investi par un dieu, comme si l'indice du tome 1 sorti de la bouche d'Olkas (petite sœur) ne suffisait pas.

Sinon, j'ai particulièrement apprécié le passage dans l'université de magie investie par les Loubres, un petit peuple qui s'amuse à capturer des gens et à leur faire boire un rôle qui leur fait changer de personnalité, afin de jouer une pièce de théâtre pour les divertir.
Et j'ai aussi trouvé intéressant la nouvelle double personnalité du héros.




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Tome 2: \\"Le secret du Glupion\\"

Année d'édition
2008

Elle Fanny Montgermont (s)(d) PAQUET

Tome 1: "Mai 1944"

Chronique du 03/02/07

Mai 1944, en pleine période de guerre dans la ville de Rennes. Hippolyte, résistant actif, fait la rencontre de Michelle, qui se croit être un ange venu du ciel. Sa naïveté dans ce monde si dur et son charme envoutant auront tôt fait de déstabiliser le jeune homme ... mais qui est vraiment cette fille aux cheveux dorés ?

Fanny Montgermont renoue ici avec le passé de sa ville, et en décrit le quotidien de la guerre, avec ses bombardements et son lot de victimes. Les images sont sublimes et fortes, les couleurs douces et choisies avec soin.
Une œuvre qui s'illustre dans la "poésie de la guerre", deux mots lourds en signification qui n'ont pas usage d'apparaître ensemble.
A noter que cette bande dessinée a également reçu le prix "Décoincer la bulle" d'Angoulême 2004.

Chronique du 03/02/07

Moi qui ne supporte plus d'entendre parler de la Seconde Guerre Mondiale, qu'à force d'exercer le devoir de mémoire, on va finir par oublier, etc. etc. etc. (je ne vous ressortirai pas ici tout mon baratin, mais bref, la Seconde Guerre Mondiale, j'en ai ma claque, et d'ailleurs, je boycoote les Bienveillantes de Littel) et ben là, j'ai eu une grosse baffe !

Venez découvrir ici une autre guerre dure, réelle et tout et tout, mais surtout en complet décalage, car même si le point de vue est externe, on ne peut pas s'empêcher de voir le monde tel que le voit Michèle.

A Fanny Montgermont : merci m'dame !


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Tome 1: \\"Mai 1944\\"

Année d'édition
2003

Tome 2: "Juin 1944"

Chronique du 03/02/07

C'est le débarquement, les troupes allemandes en position en france sont envoyées rejoindre le front. Et la résistance en profite pour attaquer les convois de soldats.
Michelle, la fille du chef de la milice Rennaise, aide Hippolyte dans ses sabotages....

Suite et fin de cette série. On en apprends un peu plus sur Michelle et sur les raisons qui la poussent à agir comme elle le fait. Un second tome plus dur que le premier, et un scénario qui suscite toujours autant d'intérêt, bien que le côté "Angélique" de la bande dessinée ait disparu.
Elle est un très bon album, à lire absolument.

Chronique du 03/02/07

Bon ben voilà. C'était la fin. Quelques surprises, mais toujours une incroyable douceur qui transparait dans ce dessin malgré la brutalité du contexte !


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Tome 2: \\"Juin 1944\\"

Année d'édition
2005

Elmer Gerry Alanguilan (s)(d) Cà et là

Elmer

Chronique du 25/02/11

Jake Gallo doit rentrer de toute urgence dans la maison familiale. Son père est souffrant, victime d'une attaque cardiaque. Sur place, il retrouvera sa sœur May, son frère Freddy, et sa mère. Il y aura aussi Ben, le fermier.
Un rassemblement dans la tristesse mais qui amènera une véritable introspection pour toute la famille...
Une histoire qui se passe environ 25 ans après une incroyable révolution qui a vu les poules élevées au statut d'humain à part entière.

J'avais vu de très bonnes critiques de cet album, ce qui m'avait décidé à me le procurer. Pourtant, je ne l'ai pas lu de suite, j'avais besoin de me sentir prêt pour ça, afin de me trouver dans les meilleures dispositions pour l'apprécier à sa juste valeur. Car je savais que j'allais retrouver dans cette histoire quelque chose de bien plus profond qu'une simple aventure avec des poules.

Malgré cela, j'ai éprouvé quelques difficultés à rentrer dans l'album. La situation était saugrenue il fallait bien l'avouer. J'étais à ce moment là encore partagé entre la surprise et la stupeur. Des poules qui parlent et qui côtoient les hommes : une uchronie quelque peu bouleversante en effet. Au départ on se demande où va l'auteur, ce qu'il va nous raconter.
Et puis, de page en page, on finit par s'immerger complètement dans cet incroyable univers, dans ce monde où les gallinacées sont des êtres humains... avec les mêmes droits ? Ce point reste à démontrer !

Au travers de la vie d'Elmer, décrite dans son journal, nous revivons les premiers pas de tout un peuple, qui réalise soudain avec effroi de l'atrocité dans laquelle ils ont de tous temps été plongés. C'est la rébellion d'une race qui a trouvé le chemin de la raison. Une prise de conscience collective qui ne se fait pas sans heurts, car les hommes prennent peur de ces poulets qui étaient encore inoffensifs hier, et qui sont dotés de parole aujourd'hui.

Une réalité qui n'est pas sans rappeler une certaine époque où le peuple noir a dû livrer bataille pour gagner des droits identiques aux blancs.
Nous vivons ces mêmes atrocités dans cet ouvrage qui nous rappelle ô combien les hommes ont été cruels envers leurs semblables.
Mais l'album nous montre aussi avec une certaine ironie, au travers de l'époque "actuelle" dans laquelle évoluent les personnages, le racisme et l'exclusion qui fait encore partie de la vie de ces "nouveaux humains".
Le parallèle entre le comics et la vie réelle n'est pas bien difficile à faire... malheureusement.

Elmer, ce n'est pas non plus seulement ça. Car les personnages, sous leur aspect de gallinacées, sont tous très attachants. Ils sont aussi là pour nous montrer la voie de la tolérance :
Freddy est devenu une superstar et serait peut-être homosexuel. Quant à la sœur, May, elle fait sa vie avec un homme.
Il y a aussi le témoignage fort de l'amitié entre Ben et Elmer, qui nous amène une véritable réflexion sur le sentiment de culpabilité et sur le pardon.

C'est tout de même le personnage de Jake qui reste le plus marquant. Au début, il a la haine des exclus et lutte chaque jour contre la discrimination. La mort de son père et la lecture de son journal le changera à jamais.
De là à faire le rapprochement avec Big Fish, ce grand chef d'œuvre de Tim Burton, il n'y a qu'un pas !

Et puis je me dois aussi de parler un peu de l'auteur, Gerry Alanguilan.
Ce philippin, architecte de formation, a depuis tous temps voulu percer dans la bande dessinée. C'est finalement Marvel et DC qui l'embaucheront comme encreur. Un travail qui ne lui laissa que peu de place pour ses propres créations, mais il avait toujours envie d'écrire ses propres histoires. Soutenu par sa femme, il prit le parti d'éditer lui-même ses ouvrages... jusqu'à Elmer. Un album qui est en quelque sorte une consécration, puisque des éditeurs français et britanniques ont pris le parti de le promouvoir. Ainsi, les rêves de jeunesse de Gerry Alanguilan prennent leur envol car désormais ses histoires sont contées dans plusieurs pays.
Son dessin fourmille de détails. Le trait est fin et très soigné. Il me fait un peu penser au travail de Jirô Taniguchi dans son application, tout du moins dans le traitement des décors.

Pour conclure, dire que j'ai aimé cet album serait un peu réducteur. Je l'ai trouvé savoureux et émouvant. J'en ai même eu les yeux tout embués sur les dernières pages. Alors à Gerry Alanguilan je me contenterais de tirer mon chapeau, ainsi que de remercier les éditions Çà et là pour cette merveilleuse trouvaille.

Chronique du 02/04/11

Imaginez un monde dans lequel les poulets se sont soudainement éveillés et pensent, parlent, écrivent comme vous et moi.

Elmer est une BD sur la peur de l'autre, la peur de l'inconnu, la peur de l'anormal. Sur la peur. La peur qui éveille chez l'homme une violence telle que nous pouvons avoir honte de notre histoire. Finalement j'ai lu cette BD en me disant que finalement, l'auteur n'a fait que remplacer par des poulets les noirs, les juifs, toutes les ethnies qui ont subi le racisme. Je me suis demandée au départ si, en remplaçant l'humain par le poulet, en créant une différence physique notable, l'auteur ne cherchait pas à légitimer cette peur, ou au moins à la justifier.

Ce n'est que plus avant dans le bouquin qu'on comprend la démarche de l'auteur, qui, en insérant un aspect paranormal brutal, loin de légitimer cette peur, condamne les excès qu'elle engendre.

Mais ici, les poulets ne sont pas de simples victimes innocentes. D'une part les poulets ont les moyens de se défendre, en particulier les coqs de combat. Ils mettent en place des organisations de défense aux techniques plus ou moins répréhensibles telles que celles autrefois utilisées par les Black Panthers. D'autre part, le héros de cette histoire, Jake Gallo, fait lui-même preuve d'une anthropophobie acharnée. Rien n'est tout blanc ou tout noir et c'est ce qui le rend poignant. Malgré la curiosité de la mise en œuvre, tous les personnages sont incroyablement humains, faibles et bons à la fois. A travers le témoignage de son père, Jake comprend en même temps que le lecteur ce qui relie les humains et les poulets malgré leurs différences et malgré leurs haine. J'ai pleuré sur la fin, snif !

Roaarrr Challenge
- Prix Asie - ACBD 2011
- Prix Ouest-France/Quai des Bulles 2011


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Elmer

Année d'édition
2010

Elric Julien Blondel (s), Didier Poli (d), Robin Recht (d), Jean Bastide (d)(c) GLÉNAT

Tome 1 : " Le trône de rubis "

Chronique du 05/06/13

« Des siècles après ta mort, ta légende et ton nom resteront gravés dans les mémoires...

Loup blanc...
Jouet des Dieux...
Champion d'Arioch...
Assassin de ton peuple...

Aucun homme n'égalera ta puissance... Aucune femme ne sera digne de toi...
Les plus belles reines du monde se damneront pour mourir de ta main... comme ta mère avant elles...
Les plus grands souverains tomberont à tes pieds en maudissant ton nom... comme ton père avant eux...

Elric... Fils de Sadric... Bienvenue dans ce monde, dernier Empereur d'Imrryr et de Melniboné...
»


Elric est un personnage de fiction inventé par Michael Moorcock en 1961. Ses aventures se poursuivent sur d'innombrables romans, s'affranchissant de son géniteur pour devenir une œuvre de pensée commune, inspirant de multiples auteurs que ce soit en littérature, en jeu de rôle (Stormbringer, Elric, Mournblade...) ou en bande dessinée. Seul le cinéma ne s'est pas encore approprié le phénomène mais des projets sont en cours.

Étrangement, bien qu'il n'y ait que 7 heures de nage qui nous séparent de la mère patrie de Moorcock, très peu d'auteurs français se sont accaparé la saga d'Elric. Pour preuve, Philippe Druillet et Michel Demuth ont réalisé en 1971 l'unique adaptation en bande dessinée d'Elric le nécromancien.
C'est aux État-Unis qu'il faut chercher si on souhaite en lire d'autres, malheureusement rarement traduites par chez nous.
D'où cette idée originale de Didier Poli (L'enfant de l'orage) de caresser ce rêve, d'être le second en France à adapter Elric et surtout le premier depuis 42 ans ! Il élabore alors les premiers dessins et convainc Glénat, qui se charge de prendre contact avec Michael Moorcook lui-même. Le projet est né.


Un véritable travail d'équipe :
Julien Blondel est choisi pour construire le scénario, tandis que Robin Recht et Jean Bastide (qui ont déjà bossé ensemble sur Notre-Dame) viennent épauler Didier Poli pour compléter l'équipe des dessinateurs. Un trio graphique rare en bande dessinée, d'autant plus que leurs styles sont antinomiques.

« Pragmatiquement, je reçois le découpage de Julien, j'établis un premier storyboard sur lequel Didier et Julien rebondissent. Une fois le storyboard validé, Didier dessine une version très poussée de la planche que j'encre par la suite. Une fois numérisée, la page passe dans les mains de Jean qui, selon ses envies, repasse sur certains dessins et finalise les couleurs. » (Robin Recht)

Une organisation à huit mains qui aurait vite pu devenir compliquée à gérer mais qui s'avère pourtant diaboliquement (ou devrais-je dire melnibonéement) efficace : Robin Recht s'approprie le dessin tout en rondeur de Didier Poli et le rend plus acéré, plus noir lors de la phase d'ancrage. Jean Bastide intervient ensuite pour quelques dernières retouches et surtout pour mettre en couleur un dessin qui s'est terriblement embelli au cours du processus de conception.


Influences :
Le royaume de Melniboné est décadent, terriblement décadent. Nous sommes d'emblée plongés dans cet univers malsain et nauséabond. Tout y est colossal, cynique, pervers... Le faste des cours royales côtoie la surenchère orgiaque et l'horreur des supplices. Un récit épique et gothique à tendance sadomasochiste qui choquera les plus sensibles mais qui lui donne aussi du relief et du caractère à l'œuvre.

Au final, on ressent tout de même une influence directe du style Olivier Ledroit : le teint blafard d'Elric ayant quelques similitudes avec Requiem et l'univers graphique, toutefois quelque peu modernisé, étant très proche de celui des Chroniques de la Lune Noire.
Les auteurs se sont également rapprochés des illustrations de Philippe Druillet pour donner aux décors toute sa richesse et son gigantisme.

Enfin, on peut aussi citer le jeu de rôle comme influence sous-jacente, car Julien Blondel a fait ses armes dans la revue Backstab, et il semblerait que Robin Recht ait également débuté par le JDR.
Cet univers torturé, particulièrement apprécié dans le milieu rôliste, est terriblement prégnant dans la bande dessinée.


« J'ai trop longtemps fait preuve de patience et de faiblesse envers toi... Désormais, je serai l'Empereur cruel que tu appelais de tes vœux...
Je te bannis d'Imrryr et te condamne à l'exil dans les Jeunes Royaumes ! Tu quitteras l'île demain, sans armes, le front marqué au fer ! Tout Melnibonéen aura ordre de te chasser et de me ramener ta tête ! Mais avant cela, ce soir, je t'invite à ma table pour un dernier festin au goût de ta trahison...
Couché à mes pieds comme un esclave humain, tu mangeras le cœur de tous ceux qui auront osé te suivre et lever leur épée contre moi...
Suis-je assez Melnibonéen à ton goût cette fois ?
»

La glorieuse équipe réalise un premier tome plein : non seulement il est beau mais il est aussi très plaisant. Le personnage d'Elric n'est pas étranger à ce plaisir de lecture, car il nous apparaît comme un monstre à la fois redoutable et fragile. Un équilibre subtilement dosé qui en fait un être atypique qu'on a envie de suivre.
Si le scénario nous paraît quelquefois convenu (des ficèles du genre qui restent prévisibles : évidemment qu'il va se venger si tu le laisses en vie...), il réservera bien des surprises à celui qui, comme moi, n'a jamais lu la saga d'Elric.


L'album, qui a bénéficié d'un gros service de presse (je remercie Babelio au passage), s'annonce comme le premier d'un cycle de 4 tomes. L'aventure ne fait donc que commencer !
Les amoureux de dark-fantasy épique pourront se lancer sans ciller. En revanche, cela effraiera sans doute les réfractaires des œuvres à rallonge...


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 1 : " Le trône de rubis "

Année d'édition
2013

En chienneté Bast (s)(d) La boîte à bulles

Tentative d'évasion artistique en milieu carcéral

Chronique du 10/02/13

« Bonjour, je suis Madame C. Je travaille au S.P.I.P. de la Gironde et je vous appelle de la part d'un ami à vous.
_ Le S.P.I.P. de la gironde ?
_ Oui, le Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation. Je voudrais faire appel à vous pour venir diriger des ateliers BD auprès de détenus mineurs à la maison d'arrêt de Gradignan.
_ Heu... mais en quoi consistent ces ateliers exactement ?
_ Eh bien, il s'agirait de venir une fois par semaine... vous auriez un groupe de jeunes de 15 à 17 ans... et l'atelier peut durer de 1h à 2h.
»

Je sais pas vous, mais moi, si on me fait une proposition similaire, j'y réfléchirais longuement.
Lorsqu'on lui propose ces interventions, Bast se pose évidement cette question qui nous taraude aussitôt : est-ce dangereux ?
Son interlocutrice lui assure que tout est sous contrôle. Personnellement, j'avoue... je ne sais pas si ça m'aurait convaincu.
En revanche le propos de l'album, à savoir une incursion dans le milieu carcéral, m'a rapidement interpellé. J'ai d'emblée eu envie de le lire, de découvrir son contenu, bien aidé je l'avoue par cette interview très alléchante parue sur le magazine Face B.
Et puis ça se passe à Gradignan, c'est à dire la prison du coin, celle où mon beau-frère travaille en tant que gardien. Il faudrait que je lui prête ce bouquin d'ailleurs, peut-être...


En chienneté nous propose donc de jeter un regard un peu voyeur sur les ateliers BD que Bast va ainsi animer de 2004 à 2008. On découvre un peu cet univers pénitentiaire, en l'occurrence la prison pour mineurs. On découvre un lieu de privation de libertés, un lieu où ces gamins ne voient rien du monde extérieur alors que tout le monde les observent. Un premier témoignage troublant que nous confie l'auteur.
Ce challenge, il l'a rapidement accepté. Mais on ressent bien son appréhension au départ, à son arrivée sur les lieux, à ses premiers pas dans cette maison d'arrêt cadenassée qui impose de tout son poids. On ressent le malaise de ses premiers échanges avec les détenus. Puis, petit à petit, au fil des mois et de ses visites on suppose, il s'habitue à ces gamins pour qui il ressent une certaine empathie.

Professeur d'art plastique de formation, on sent Bast très pédagogue. Une scène illustre par ailleurs très bien cet état de fait, quand les gamins arrivent à l'atelier en disant vouloir seulement regarder parce qu'ils ne savent pas dessiner. Il les convainc d'essayer : une maison pour commencer, puis des fenêtres, puis des encadrements autour, puis des tuiles, une cheminée. De fil en aiguilles le dessin prend forme et le gamin décide d'ajouter de nouveaux détails de lui-même.

« Bon. Et tu me dis que tu ne sais pas dessiner ! Elle est chouette, ta maison !
_ Ouais, mais là, c'était pas compliqué.
_ Ben oui, c'est ça le dessin !
_ Tiens, refile-moi des feuilles, j'en refais un.
»

De fait, son propos prend encore plus de consistance. Je pense que Bast était l'homme de la situation. Et il nous dépeint cette ambiance particulière avec un dessin réaliste et simple, sans fioritures. Comme si le poids du sujet était déjà suffisamment lourd. Pour l'accompagner, une colorisation en bichromie teintée d'un bleu-vert grisâtre qui tend à imposer ce côté aseptisé de la prison...
Durant ces quatre années d'atelier, lorsqu'il était seul avec les gamins enfermé à double tour dans cette salle dédiée à ces rencontres, il a dû se plier à des règles très strictes :

« Règle n°1 : Ne pas demander au détenu la raison de son incarcération.
Règle n°2 : Ne rien donner aux détenus.
Règle n°3 : Ne rien recevoir de la part du détenu.
Règle n°4 : Ne pas exposer ses opinions politiques.
Règle n°5 : Ne pas exposer ses opinions religieuses.
Règle n°6 : Ne pas juger le détenu.
»

Des règles strictes et pas si évidentes à tenir. Car ces adolescents, qui ont vieilli trop vite et qui n'ont pas eu d'enfance ou si peu, testent les limites, essaient par tous les moyens, tentent de jouer sur les cordes sensibles pour obtenir ce qu'ils souhaitent.
Certes, il est interdit de leur demander la raison de leur détention. Mais ce sont des choses qui finissent par se savoir, après tant de temps passé à côtoyer ces jeunes.
C'est un étrange sentiment pour nous lecteurs quand on comprend que le gamin qu'on a en face (enfin, façon de parler) à tué, violé ou que sait-je... alors qu'on n'avait pas du tout cette vision-là jusqu'à présent. J'imagine cette sensation puissance 100 pour Bast, qui a vu ces garçons à de multiples reprises et qui a commencé à les apprécier, à tisser en quelque sorte des liens affectifs sans pour autant les montrer.

Et quand on sait ces raisons-là... on ne voit plus les choses de la même façon. Ce gamin qui ne dessinait que des femmes à poil et des bites, on trouve ça rigolo, on se dit que l'incarcération occasionne en quelque sorte un manque. Et puis quand on apprend qu'il est là pour tentative de viol... doit-on penser à un certain déséquilibre ? Doit-on pour autant le juger ? Et l'emprisonnement résoudra-t-il ce dérèglement si c'en est un ?


« Une micro-société s'est mise en place au sein même de l'établissement pénitentiaire, avec ses propres règles, codes, principes... et lois.
La première loi étant celle du plus fort. Les muscles sont légion, les cicatrices sont fièrement arborées, le langage est brutal et violent. Celui qui parle beaucoup, celui qui parle fort, celui qui parle vulgaire a plus de chances de se faire respecter.
Celui qui n'a ni sens de la répartie, ni autorité verbale est, au mieux ignoré, au pire malmené.
»

Bast se rend rapidement compte de cette micro-société que les gamins se sont bâtie par eux-mêmes. Un milieu à part où le fort est fort et le faible est oppressé.
Une société où il vaut mieux être enfermé pour tentative de viol (un acte considéré comme viril) plutôt que pour avoir tué quelqu'un qui voulait te violer (parce que ça signifie que tu le cherchais en quelque sorte).
Bast ne se pose jamais en donneur de leçons. Il nous impose à cette vision frontale des choses. C'est ce qui nous interpelle et nous chahute.

Nous nous posons des tas de questions à la fin de l'album.
De son côté, Bast s'interroge en quelque sorte sur l'utilité de l'incarcération des jeunes, sur la futilité de ses interventions.
Certes il sort un peu ces gamins de leur morne repentance, une récréation en somme. Mais tout tourne tellement vite, les peines sont généralement courtes et les gamins s'en vont, sortent de prison ou, pour d'autres, sont transférés chez les adultes à leur majorité. De nouveaux arrivent et il faut tout reprendre à 0... on ressent une certaine frustration de ne pas pouvoir poursuivre une tâche qui a été entamée.

Comme un symbole, le récit se clôt sur cet échange sur le métier d'auteur BD. Un travail mal rémunéré mais un travail de passionnés. Une discussion qui prête à sourire. Les gamins finissent par trouver ça chouette d'exercer un métier parce qu'on aime ça et non parce qu'il paye bien. Et en ce sens je pense que Bast a bien fait d'animer ces ateliers et de transmettre cette passion.

Chronique du 10/02/13

Prévoyez une bassine à l'ouverture du bouquin. Si-si, pour vomir sur ces couleurs aseptisées ça vous sera utile. Bon cela dit, ça va bien avec le sujet d'une part, et c'est son seul défaut d'autre part.


Parce qu'effectivement, a priori vu le sujet, ça va pas être super joyeux comme lecture. Pourtant le préambule met en conditions direct : « J'veux rentrer chez oim, on est en chienneté ici... (…) On est traité comme des chiens ici. (…) C'est l'autre bâtard là ! Il m'a confiqusé ma playstation ce matin ! »

OK, donc là on a déjà une petite idée du sujet. Ce n'est pas une enquête sur la maison d'arrêt avec un assortiments de points de vue. Que nenni ! Ça n'est ni plus ni moins que le témoignage d'un vécu avec les jeunes du quartier des mineurs, et donc un regard extérieur sur un quotidien morne, sur les difficultés de ces gamins, mais aussi sur leurs espoirs et sur leurs efforts.


En chienneté regroupe donc de petites scènes d'ateliers, parfois drôles et attendrissantes, parfois qui amènent à réfléchir, le tout entrecoupé de pensées de l'auteur sur la politique carcérale. Résultat : une lecture plaisante. On ferme le livre avec le sentiment d'avoir rit avec ces p'tits gars pour qui la vie ne s'arrête pas derrière les barreaux, et en bonus on se sent investit de la mission de comprendre ce monde qui est tout près de nous et qui nous concerne tous.


Cœur contre cœur est une collection de La boîte à bulles qui témoigne et qui s'engage tout en gardant une accessibilité au grand public. Le livre de Bast s'intègre complètement dans cette démarche : facile d'accès, il témoigne et il s'engage.

D'autres avis : Zaelle, Mo', David Fournol


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Tentative d'évasion artistique en milieu carcéral

Année d'édition
2013

En mer Drew Weing (s)(d) Cà et là

Chronique du 14/02/12

« _ On finira par faire de toi un marin ! Aux absents et aux débutants !
_ Au vent qui souffle, au bateau qui vogue et à la fille qui aime les marins !
_ Aux longues heures et aux maigres rations, sans même une pierre pour marquer nos tombes ! »


En mer, c'est l'histoire un solide gaillard dont l'apparence physique est aussi impressionnante que son esprit émeut. Personnage atypique et attendrissant, poète dans l'âme et marin débutant, il est embarqué de force sur un navire voguant vers le pays du soleil levant. Là, il devra abandonner ses rêves pour apprendre la vie en mer. Une sorte de nouveau départ pour cet homme qui, finalement, lui permettra de s'émanciper et de rebondir.

En mer, c'est une bande dessinée au format ridicule d'un carnet de voyage. Format lui aussi très atypique, dans l'exact esprit du personnage principal et du petit livre qu'il garde précieusement contre lui durant son périple.
Ce carnet, qui fait aussi un peu penser aux romans qu'on lisait dans notre jeunesse, en a tous les attraits : la couverture rigide, la reliure, l'épaisseur, et même le lettrage pour ce qui concerne la préface ou les remerciements. Un parfum qui nous immerge rapidement dans cette ambiance maritime, forte de magnifiques gravures se suivant au rythme d'une case par page. Les décors défilent, laissent rêveurs. Tout est dans la poésie et le contemplatif, une histoire qui se passe presque des mots, rares et jamais obsolètes. Chaque chose a sa place dans le récit, on se plaît à le découvrir, à le lire, le relire, puis à le feuilleter de nouveau une fois la lecture terminée pour contempler une fois de plus les magnifiques dessins que nous offre l'auteur.
Il n'y a pas à dire, les éditions Ça et là nous prouvent une nouvelle fois que leurs choix sont judicieux, portant leur regard sur des œuvres touchantes et exemplaires. En mer fait partie de celles-là, ces œuvres qui se lisent et se manipulent sans jamais perdre de leur saveur, dans lesquelles ont reconnait un véritable travail de fond et de forme, où les images et le texte forment un tout incroyablement puissant. Un cri du cœur.

La vie de cet homme est belle. Elle se passe de noms, et ne se résume qu'à de simples mots : ceux d'un homme pour qui « une seule vie serait plus dure... celle de n'avoir pas connu l'eau. »

Chronique du 14/02/12

Ne vous moquez pas : je vais encore parler de poésie. Le plus drôle, c'est que ma sensibilité à la poésie est proche du néant, mais à côté de ça j'aime les livres poétiques. Bon là j'ai une bonne excuse : c'est le thème ! C'est même le format. Ça c'est un truc que j'adore avec Ça et Là : c'est un éditeur qui n'hésite pas à mettre les moyens dans le format. On avait déjà adoré pour Château L'attente.

Donc là, nous avons dans les mains un petit livre genre recueil de poésie, mais avec de la BD dedans. Ne vous attendez toutefois pas à y trouver des cases : chaque page est une case entière, comme si chacune d'entre elles était un poème à part entière. Et à mesure de ces pages, on suit l'initiation d'un poète raté devenu marin malgré lui.

Poétique, il l'est forcément mais ce n'est pas tout. En 134 pages-cases Drew Weing nous fait aussi vivre de l'aventure, de l'émotion, du voyage, de la nostalgie, de l'amitié, du bonheur et de la tristesse. On traverse une époque, une vie, une histoire. Une petite histoire contemplative très complète toute en douceur et presque sans texte. Le tout sur fond de décors détaillés avec des personnages aux disproportions pleines de justesse.

J'ai tout particulièrement apprécié le graphisme du héros, dont l'épaisseur des membres par rapport à la taille de la tête souligne la gaucherie et la carrure de géant. Il en va de même pour tous les personnages dont l'habileté physique et intellectuelle se reflète dans les proportions physiques.

Sur ces quelques pages, il y a tout à dire... mais en bref, c'est un bel objet, une belle histoire et un beau dessin : merci à David pour cette jolie découverte.

PS : Et oui, il y a le mot "poésie" 36 fois par phrase. C'est comme ça et pas autrement, voilà. :)


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Année d'édition
2011

En silence Audrey Spiry (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 25/03/13

En silence...
Comme le serait un homme, démuni devant l'immensité de la nature. Muet face aux bruits de la forêt toute proche, de ses occupants invisibles et des oiseaux chanteurs, se laissant envahir par la sérénité de l'eau, son doux clapotis, le bruit des rapides un peu plus loin...
En silence...
Comme l'amour qu'on partage au quotidien, qui nous fait nous lever heureux le matin, qui nous retient dans les moments difficiles, qui nous aide à avancer et nous permet de rêver...


« L'eau est tellement vive que j'ai l'impression qu'elle parle. »

En silence est le premier album d'Audrey Spiry, une jeune femme issue du monde de l'animation. Généralement, les auteurs débutants, pour leur premier livre, évitent de trop s'aventurer dans de dangereuses expérimentations, n'essaient pas de renouveler le genre. Audrey Spiry n'a eu peur de rien, proposant un scénario ayant comme thème le canyoning (chose peu courante voire pas courante du tout) et un graphisme déboussolant.

Tout d'abord, le canyoning c'est quoi ?
Il s'agit en fait d'un mix entre la spéléologie, le saut, la nage... Bref, le but est de descendre une rivière d'un point A vers un point B, dans des eaux plus ou moins tumultueuses.
Enfin moi, personnellement, ils ont beau porter une combinaison, j'ai froid pour eux (les rivières sont pas réputées pour être très chaudes).


« À partir de maintenant, sachez qu'aucun retour en arrière ne sera possible avant la fin du parcours...
Avancez comme bon vous semble mais restez toujours dans le sens du courant. L'eau vive grouille de danger pour celui qui ne sait pas la lire.
»

Le scénario nous amène à suivre les aventures aquatiques d'une famille et d'un couple pendant une descente. Accompagnés par un guide, ils vont être malmenés dans un parcours que j'ai trouvé un peu difficile pour ces pauvres gamines et les débutants. Le guide a beau prétendre savoir gérer ce genre de situation, je l'ai trouvé très inconscient et léger dans son encadrement... ses lacunes occasionnant quelques problèmes qui font un peu monter la tension.
Malheureusement, j'ai trouvé que celle-ci retombait trop rapidement. J'aurais bien aimé observer une progression constante de la tension pour un final insoutenable. Ce n'est pas le cas.


Mais le plus intéressant dans cet album n'est pas le récit en lui-même, mais la façon dont Audrey Spiry le raconte par son graphisme si particulier, si envoûtant. Il faut certes un peu de temps pour se plonger dedans, pour l'apprécier, mais on s'y fait au bout de quelques pages (dès qu'on arrive dans l'eau en somme). Son trait, tout en nuances de couleurs et sans contour, silhouette la moindre ondulation de l'eau, esquisse les reflets avec une incroyable force. Les formes se déforment et font corps au milieu aquatique. Même dans la pénombre d'une caverne, ce procédé permet une compréhension par le dessin d'une clarté étonnante.


En silence est une histoire atypique et très colorée, et qui faisait partie des 5 finalistes pour le Grand Prix de la Critique ACBD 2012... Quand on connaît la qualité des œuvres récompensées par cette prestigieuse récompense (c'est L'enfance d'Alan qui l'a obtenu cette année), c'est dire la qualité de ce premier album d'Audrey Spiry qui, même s'il paraît encore un peu léger dans l'ensemble, montre de très belles choses.



D'autres avis : Mo', OliV', David Fournol, Yvan, Zaelle




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Année d'édition
2012

Encre du passé (L') Antoine Bauza (s), Maël (d) DUPUIS

L'encre du passé

Chronique du 13/07/11

Ne crains pas de douter, Atsuko.
Pense à une marche épuisante... Les lacets et les sommets se succèdent... et à chaque fois, tu t'efforces de croire... que le dernier est enfin arrivé... mais il y a toujours, derrière, une autre colline. Puis une autre, et une autre encore... Et c'est ainsi qu'on avance, l'esprit tourné vers la colline suivante, sans certitude.


Môhitsu est un artiste itinérant. Il vagabonde au gré des chemins à la recherche de la paix intérieure. Ses seules économies, il les doit à ses calligraphies, qu'il vend pour subsister à ses besoins, acheter une nouvelle paire de sandales, manger, dormir...
Un jour, alors qu'il fait étape chez le teinturier pour redonner vie à son hakama, il remarque des estampes dessinées sur le paravent. Il apprend rapidement qu'elles sont du fait de la petite Atsuko, et décide de l'emmener avec lui à Edo, la capitale naissante, pour qu'elle devienne peintre.

L'encre du passé est un album magnifique, conjuguant la beauté du trait de Maël au scénario tout en poésie d'Antoine Bauza.
Maël, on lui doit aussi Notre mère la guerre, album dans lequel il collabore avec Kris. Ce dernier cherchait un graphisme particulier pour son scénario, et c'est justement lorsqu'il a vu le graphisme de Maël sur L'encre du passé qu'il s'est décidé à travailler avec lui.
Ce qu'il fait sur cet album est tout simplement fabuleux. Ce dessin tout en finesse, cette colorisation douce et directe, ces ombres légères. Tout est là ! Et l'œil averti reconnait aussi le travail de documentation sur l'époque, sur les us et coutumes, sur les constructions, sur la façon de s'asseoir ou de tenir une pierre de go. Maël a le soucis du détail, un besoin de perfection qui va de pair avec ce calligraphe qui voue sa vie à la perfection d'un kanji.

À l'ombre des cerisiers,
L'homme lègue...
Le savoir à l'enfant.


Le scénario d'Antoine Bauza est tout aussi époustouflant, plein de poésie et de maturité.
Les personnages sont attachants. Môhitsu surtout, dont le lourd passé est difficile à supporter. Il retrouve un peu dans Atsuko la fille qu'il aurait dû avoir. On suit l'évolution de cet homme en plein doute, qui retrouve sa voie en épousant le parcours de cette petite fille dont il reconnait le talent. Il reprend confiance au fil du récit, il renaît en même temps que sa protégée s'émancipe.
Nous assistons alors à la transmission du savoir vers cette jeune apprentie.
Les relations maître-élève sont omniprésentes dans le récit. Môhitsu et Atsuko, Nishimura et Atsuko... Il y a une très forte reconnaissance de cette dernière envers son maître Nishimura, et encore plus envers son mentor Môhitsu.

_ C'est la première fois qu'il perd, hein, l'ancien ?
_ Hum... en fait... je crois que c'est la première fois qu'il gagne...


La scène du tableau, qui doit être remis à un proche de l'Empereur, est à la fois un accomplissement et un remerciement. C'est l'un des moments clefs de l'histoire, c'est beau et émouvant.

Mention spéciale pour la beauté des calligraphies de Pascal Krieger. J'ai tout particulièrement apprécié la force qui se dégage de celle de « épouse » page 36. On ressent l'union des êtres dans l'écriture, on lit la dualité du couple.

Un bien bel album, que je conseille à tous ceux qui aiment le japon et la poésie.



Roaarrr Challenge
- Prix du Jury Œcuménique 2010


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L\\'encre du passé

Année d'édition
2009

Enfant de l'orage (L') Manuel Bichebois (s), Didier Poli (d)(c),Tariq Bellaoui (c-T1) Humanoïdes Associés

Tome 1: "Pierres de sang"

Chronique du 05/02/07

Moskip poursuivait sa proie de tout son savoir faire, et vint rapidement à bout du cerf. Ses fourrures et ses cornes se vendraient bien. Il dépeçait déjà l'animal quand il entendit un cri non loin, un cri de bébé.
S'approchant, il découvrit une scène peu commune. La mère venait d'enfanter contre un grand arbre et était foudroyée par un éclair, le petit bout toujours relié à elle par son cordon ombilical. A côté d'elle, ses seules possessions étaient d'étranges pierres rouges d'origine inconnue. Moskip délivra le bébé et le ramena dans son village de chasseurs, dans le clan Däfow.
Adopté par sa femme qui ne pouvait avoir d'enfant, ils l'appelèrent Laith, qui signifie "lumière". Et depuis ce jour, à chaque orage il est pris de crises horribles.
Un jour, lors d'une scéance de chasse avec d'autres enfants de son âge, l'un d'eux est écrasé sous le poids d'un sanglier. Des mains de Laith, en pleur, survint un étrange pouvoir, et l'enfant mort retrouva la vie....

L'enfant de l'orage est une bande dessinée qui me plaît beaucoup. Il y a là des recettes pour faire une super histoire: un gamin ayant des pouvoir sans en comprendre l'origine et de mystérieuses pierres dont nul ne connaît l'origine, des personnes intéressées par ce phénomène qui veulent se l'accaparer comme ce chef militaire ou le magister Fïnrhas, un design fort sympathique des personnages et du héros lui même, et un superbe dessin.
De plus, pleins d'énigmes restent encore à résoudre pour Laith et son père, et ce Magister semble en savoir beaucoup plus qu'il ne le prétends ^^




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Tome 1: \\"Pierres de sang\\"

Année d'édition
2003

Tome 2: "La croisée des vents"

Chronique du 08/02/07

A peine de retour parmi les siens au sein du clan Daföw, le village est attaqué par le ministre Alghärd et ses soldats. Laith parvient à prendre la fuite et à revenir sur les lieux après s'être habilement débarassé de son assaillant, mais découvre le carnage: tous les habitants ont été tués, homme, femmes et vieillards, sans aucune pitié. Mais les enfants semblent avoir été épargnés et fait prisonniers, ses amis. Laith, accompagné de son petit animal fétiche, décide de partir à leur recherche....

Un second tome dans la lignée du premier, les événements s'enchaînent toujours à un bon rythme, même si je trouve qu'ils perdent un peu de leur intensité. Et puis par moments le scénario me semble trop haché (Laith récupère l'aéronef avec les enfants alors qu'on le pensait dans un bateau... certes c'était peut être un "bateau des vents" mais rien ne le laissait supposer, et nulle part n'est question de son équipage ?). Malgré tout, le tome deux se termine comme le un, soit en pleine action ... je veux savoir !!! :)




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Tome 2: \\"La croisée des vents\\"

Année d'édition
2005

Tome 3 : " Où portent les courants "

Chronique du 11/09/11

La route des enfants Däfow et de Laïth s'étaient de nouveau croisée dans la cité de Vuenthal. La vie aurait pu se poursuivre paisiblement dans ce lieu où la joie est communicative, mais Laïth est toujours en quête de son passé. Il quitte de nouveau les siens et s'envole vers Nâmo, la ville d'où viennent ces mystérieuses pierres rouges.
Pendant ce temps, Medillum est bombardée par les canons de Frätt. Le Ministre Alghärd, maintenant devenu Président, souhaite prendre sa revanche sur le Roi Brönte. Combien de temps tiendra encore la ville assiégée ?

Le troisième tome de L'enfant de l'orage et le dernier d'un cycle. Visiblement, il y en aura au moins un autre puisque la fin de l'album précise le suivant : Le Prince de l'orage !
Et il faudra bien de toute façon, parce que ce dernier album ne répond pas à toutes les questions, même si les précisions abondent sur l'origine de Laïth.
Oui, on apprend enfin d'où il vient, même si on aurait apprécié plus de douceur dans les révélations. Le passé se dévoile mais il reste tant de questions en suspend... la quête de Laïth n'est pas terminée ! Et il nous faudra maintenant savoir ce que deviennent les autres protagonistes de l'histoire, qui n'ont pas dit leur dernier mot : Fïnrhas en premier bien entendu, mais aussi Alghärd. Ces deux là voudront certainement remettre la main sur Laïth (c'est fou tous ces trémas dans les noms). Tout comme la belle Nima voudra revoir son amoureux, ou encore Tuhitep qui le hait (ici pas de tréma, na !) plus que tout.

Côté graphisme, on est toujours enchanté par le trait de Didier Poli et par l'usage de la couleur, souvent terne de circonstance, qu'il met en avant. Un traitement artistique qui se poursuit avec la même appréciable régularité.

L'orage n'a pas fini de gronder. D'autant que le scénario de Manuel Bichebois est pensé de longue date.
Espérons que nous n'ayons pas à attendre trop longtemps, car le tome 3 a été long à se profiler (4 ans). La faute aux déboires d'Humano c'est certain, mais aussi au travail de Didier Poli. Car le dessinateur de L'enfant de l'orage bosse dans l'animation (dessin animé et jeu vidéo), la bande dessinée est pour lui un loisir, qu'il fait en plus de ses heures quotidiennes. Alors souhaitons lui bon courage pour la suite.




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Tome 3 : \\" Où portent les courants \\"

Année d'édition
2009

Entrevue (L') Manuele Fior (s)(d) FUTUROPOLIS

Chronique du 25/05/13

Lorsqu'on travaille à l'hôpital, et qu'on est psychologue de surcroit, il n'est pas rare de recevoir la détresse du monde sur ses épaules. Et parfois cette détresse vient des amis, qui pensent tout d'un coup qu'appeler quelqu'un de renseigné sur le sujet pourra soigner tous les maux, qu'il saura prodiguer les meilleurs conseils qui soient... y compris pour avouer une adultère.
Le psychologue, c'est Raniero. Son ami Valter essaie de lui faire comprendre le pourquoi de son acte alors qu'il rentre chez lui en voiture après une dure journée de labeur. Mais voilà déjà quelques temps que ça ne va pas fort avec sa femme, il a la tête ailleurs le bonhomme... et personne à qui parler, lui...
Un passage à niveau... un train qui ne passe pas... des signes lumineux étranges qui se découpent dans le ciel... c'est l'accident. La voiture fait des tonneaux et laisse heureusement sortir indemne son unique passager.
C'est le début d'une période de vie difficile qui s'amorce, pleine de heurts et de remises en question.


Après s'être fait connaître en France pour Cinq mille kilomètres par seconde, auréolé du Fauve d'or d'Angoulême en 2011, Manuele Fior nous gratifie d'un nouvel album très graphique.
Pourtant, on est bien loin d'imaginer qu'ils sont le fruit de la même personne tant le virage visuel est extrême : Le trait perd en spontanéité ce qu'il gagne en fermeté et précision. Exit les lumineuses aquarelles dont les tons variables inscrivaient chaque tranche de vie dans un pays et une époque différente, nous passons ici dans les nuances de gris charbonneuses de l'intemporel et de la science-fiction.

Graphiquement, c'est encore une fois un travail d'une impressionnante qualité que nous livre Manuele Fior. Il parvient à engoncer l'album dans une ambiance un peu lunaire (ou extraterrestre, n'ayons pas peur des mots), pleine d'ambiguïté et de doutes.
C'est dans les scènes de nuit que j'ai pour ma part ressenti le plus cette force graphique, avec ce jeu d'ombres fait de silhouettes noires sur fond gris ou encore sur ces scènes plus... spectrales...

Alors oui... j'ai un ami qui m'a parlé de cette succession de cases noires au milieu de l'album (4 doubles pages quand même).
« Je me suis dit qu'il s'était pas foulé, que c'était un peu du foutage de gueule... »
Oui mais... non en fait.
Certes, ça peut surprendre d'ouvrir l'album sur ces 21 cases, dont 10 comportent une bulle de texte et 1 une main seulement... mais ce n'est qu'en lisant l'histoire dans son ensemble qu'on peut en apprécier l'absence de contenu (et puis l'album fait quand même 173 pages, ça relativise un peu les choses). Ce passage pose en quelque sorte un voile de pudeur sur une scène qui en devient entièrement subjuguée.
Et c'est de cette obscurité tenace que ressort toute la beauté du nu de Dora, cette silhouette charnelle qui se découpe dans le noir : un dessin très travaillé... tout simplement beau... à une exception près...

« Vous croyez à l'existence de civilisations extraterrestres ?
_ Comme ça, au pied levé, je ne saurais vous répondre.
_ Si je vous disais que je suis en contact avec eux ?
_ Mh.
_ Vous me croyez pas.
_ Du moment que vous me le dites, j'ai au moins le devoir de le prendre en considération.
»

C'est là que je parle un peu du sujet qui fâche : autant j'ai adoré le graphisme d'ambiance dans lequel je me suis totalement immergé, autant je n'ai pas compris pourquoi Manuele Fior a tenu à dessiner Dora avec une tête pareille !
Un long nez, de grands yeux... Elle est dans une bulle graphique, hors du temps, presque irréelle. Certes, cela peut asseoir le propos, un peu (elle voit des signes) mais ça m'a réellement gêné dans ma lecture... d'autant plus qu'elle est l'un des deux protagonistes principaux, elle apparaît donc souvent (et qui plus est sur la couverture, ça ne vous aura pas échappé) !


« Docteur, je lis dans vos pensées, vous et moi, on est des personnes spéciales. On a été choisis.
_ Par qui ?
_ Par les extraterrestres.
_ Dora, quel serait leur message ?
_ Je ne sais pas. C'est une espèce ce code, une série de symboles géométriques. On les voit mieux dans le noir.
_ Pardon ?
_ Ce sont des signaux lumineux. Ils viennent du haut, touchent le sol et disparaissent.
»

L'entrevue est quand même un bel album, et puis je n'ai quasiment pas parlé du récit.
Ces signes dans le ciel, cette fille qui prétend communiquer avec les extraterrestres... où s'arrête la réalité et où commence la fiction ?
Manuele Fior a choisi de représenter une société en pleine mutation, dans un présent qui n'est plus vraiment notre présent, dans un futur suffisamment proche pour qu'on s'y sente encore chez nous, mais qui n'est pas non plus le futur tel qu'on aurait tendance à l'imaginer.
Dans Cinq mille kilomètres par seconde, il y avait déjà cette volonté de l'auteur de s'inscrire dans cette ambiguïté : les voitures téléguidées (présentes dans les deux albums) contrastant avec l'envie de se raccrocher au passé rétro (le scooter par exemple, là encore présent dans les deux albums).
Nous ne sommes pas dans la science-fiction pure et dure, mais dans une approche plus subtile, moins caricaturale.

La science-fiction est là pour servir le récit. Et nous y retrouvons ce qui semble être l'un des crédos de Manuele Fior : la complexité des sentiments amoureux, l'idée d'un attachement lointain et/ou fuyant, d'aventures entêtantes et de malaises conjugaux.
Le personnage de Raniero est torturé, bousculé par tous ces événements qui lui tombent dessus en même temps. Il est pris à la gorge entre ses idéaux et ce monde en pleine mutation, entre son constat d'échec et sa rencontre avec Dora.
Dora possède la force et l'insouciance de la jeunesse, elle ne s'inscrit pas dans les mêmes codes. Elle est d'une autre génération, qui a grandit dans un futur qui n'est plus vraiment celui de Raniero. Elle lui fait se poser des questions, elle le pousse dans ses derniers retranchements.

« Vous êtes très jeune.
_ Non. C'est le monde qui est vieux. Et faux, stupide, et insensé, petit, borné, pauvre, malheureux, fatigué. Fini.
»


L'entrevue est un album délicat, sensuel, et d'une force graphique indéniable. Je lui ai trouvé quelques défauts qui m'ont vraiment gêné dans ma lecture (le visage de Dora en premier). Il demeure tout de même pour moi un OVNI de ce début 2013.



D'autres avis : Mo', David Fournol, Jérôme, BOBD

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Epée d'Ardenois (L') Etienne Willem (s)(d), Nicolas Imhof (c-T1) PAQUET

Tome 1 : "Garen"

Chronique du 05/03/10

Le petit village de Chassenoix s'apprêtait à passer une inoubliable soirée, la fête des moissons approchant. Alors que les villageois travaillaient d'arrache-pied pour être dans les temps, Garen préfèrait s'entraîner à l'épée avec le chevalier d'Ardenois, une légende vivante.
Mais la fête annoncée n'eut pas lieu... pour sûr, la soirée fut inoubliable pour le pauvre Garen ! Le village incendié, le chevalier mort... il ne lui restait plus qu'à rencontrer le Roi pour lui annoncer que les spectres qui avaient été vaincus vingt ans plus tôt étaient de retour... et qu'ils convoitaient de nouveau l'armure noire de leur seigneur Nuhy !

Quand je suis tombé sur cet album, il a ravivé dans ma mémoire le bon vieux dessin animé de Walt Disney ! Ah, quel plaisir de retrouver dans les traits d'Etiennne Willem le souvenir de Petit Jean, du frère Tuck, du Roi Richard ou encore de la belle Marianne ! Même les gardes ont des bouilles sympathiques, et les textes sont riches et drôles à la fois : on ne s'ennuie pas !
La magie de Robin des Bois qui transparait tout autant dans le dessin que dans la narration. Et pourtant (heureusement ?) l'histoire est bien différente !

Il y a vraiment tout pour plaire dans cette série qui est prévue sur 4 tomes. C'est d'ailleurs inscrit sur la couverture : I/IV, il semblerait que le nombre soit entendu entre l'auteur et l'éditeur dès le départ. Ça a le mérite d'éviter les ambiguïtés :)
Bref, beaucoup de fraicheur et pourtant, avec une vieille recette. Comme quoi, les dessins animés de "quand on était jeunes" avaient tout compris. Et ça fait vraiment plaisir de tomber sur une BD qui reprends cette ambiance pour y coller sa dynamique.

Chronique du 05/03/10

L'épée d'Ardenois est une histoire d'aventure a priori pas beaucoup plus originale qu'une autre : un jeune garçon voit son village se faire décimer et se retrouve embarqué aux côtés de grands héros à défendre le monde contre la menace qui vient de l'autre côté des montagnes. On a déjà tous lu ça.

C'est pourtant ce qui fait l'un des deux grands charmes de cette BD. Petite histoire initiatique, elle répond à un besoin simple, avec de l'aventure, de l'action, des rois, des héros et des méchants.

L'autre grand charme, c'est son dessin. Difficile de ne pas y retrouver le trait du Robin des Bois de Walt Disney, ça n'a échappé à personne. Une vague de nostalgie vous envahie à chaque page. L'album est pour autant tout à fait original de ce côté là et s'il est difficile de ne pas retrouver les visages de Robin des Bois, l'histoire n'a rien à voir et les personnages ont chacun un caractère qui leur est propre.


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Tome 1 : "Garen"

Année d'édition
2010

Tome 2 : " La prophétie "

Chronique du 04/01/13

Ceux qui comme moi ont eu la chance de croiser Étienne Willem (en dédicace ou ailleurs) savent que ce tome 2 a été très laborieux à naître. Pourtant nous savions le scénario ficelé en quatre tomes depuis le début. Et le second opus était dans les mains du coloriste depuis au moins Angoulême 2011... Mais qu'a-t-il donc bien pu se passer pour occasionner autant de retard me direz-vous ? Tout ça est en fait de la faute du coloriste, Nicolas Imhof, voyageant sans cesse entre plusieurs pays asiatiques pour assurer la promotion de son art graphique... au détriment de L'épée d'Ardenois. Son site ne parle même pas de la série, c'est dire si pour lui c'était au second plan (son travail d'illustration est en revanche fantastique) !
Il avait pourtant déjà commencé à bosser sur le tome 2 mais les planches finales étaient difficiles à obtenir. Bref, Étienne Willem a dû se vêtir de sa blouse d'artiste et s'est attelé lui-même à la colorisation, faisant donc de lui un auteur complet pour ce coup-ci...
Évidemment, tout ça prend du temps ! Car malheureusement, il a dû reprendre tout le travail à zéro pour que le rendu soit uniforme...

La couleur est de fait forcément différente et c'est une source de déception.
Pourtant, Étienne Willem maîtrise bien sa palette : ses couleurs sont propres, agréables et directes : un travail admirable ! Nous nous étions juste habitués à celles de Nicolas Imhof sur le tome 1, plus vives, plus éclatantes ! Du coup il y a quand même une petite cassure... mais je pinaille un peu parce que je sais que l'auteur y a mis toute son application, que la mise en couleurs est minutieuse et que son dessin reste plein de force et de dynamisme. C'est juste... différent. Et on en reparlera plus à la fin parce que c'est très beau et très bien fait !

Du côté du scénario, on s'embourbe un peu dans une histoire sans grande surprise. Je ne dis pas que c'est mauvais, je dis que c'est normal. Réussir à faire mieux qu'un tome d'accroche n'est pas donné à tout le monde, il faut parvenir à créer des rebondissements, à insuffler un souffle nouveau.
Ce n'est pour moi pas un défaut (ce serait plutôt un bonus qualitatif pour les séries qui y parviennent... Frederik Peeters l'a fait avec Aâma) et je suis bien entendu heureux de cette suite à la mesure de celle que nous attendions : une quête jeunesse épique et palpitante !

Et puis bon, je dis sans surprises, mais c'est sans compter le duché d'Herbeutagne... Car il est délicat d'affirmer dans ce pays pas si lointain ce qui se trame réellement, entre pactes et trahisons. On a cette sensation que la contrée connaît son lot de complots, et que nous ne sommes pas au bout de nos peines (enfin je dis nous, mais c'est plutôt les opposants du vilain Nuhy qui devraient s'inquiéter... j'dis ça, j'dis rien...).
Le continent va mal, la paix bâtie 20 ans plus tôt repose sur un équilibre bien précaire... et mis à part Les compagnons de l'aube, on est en droit de se demander si ça inquiète vraiment quelqu'un en ce bas monde !

« Bon... changement de stratégie !! »

Le personnage de Garen est un jeune héros insouciant, téméraire et perspicace. Mais celui que je préfère reste ce bourru d'Arthus, toujours en première ligne pour la castagne et dont les stratégies sont sans grande réflexion. Derrière sa carapace d'ours se cache quand même un cœur tendre qui, finalement, va se prendre d'affection pour leur nouvel acolyte.
Le cœur c'est peut-être son gros défaut après tout, faut dire qu'il est déjà fou amoureux de La fouine, et ça date pas d'hier si vous voyez ce que je veux dire...

« _ On va attraper la mort ! Je vais faire du feu et on fera sécher nos vêtements pendant que...
_ Que quoi ?
_ Ben... Tu sais... Comme avant...
_ SUFFIT ! Sèche tout seul cet œil humide et cette langue baveuse si tu veux... Moi je dois parler à Grimbert au plus vite !!
_ À défaut d'autre chose... voilà des paroles bien sèches... »


Et dire que c'est sur trois légendes vieillissantes et un bleu que repose l'avenir... c'est pas très réjouissant n'est-ce pas ? Enfin, on est pas vraiment inquiets non plus, ça va bien se passer !

En conclusion je dirais que l'épopée suit son cours. Nous ne sommes pas au bout de nos peines, je suis persuadé que nous serons enchantés de la série dans son ensemble (et même qu'elle parviendra à nous surprendre).
Je suis toujours aussi enjoué à l'idée de la voir se poursuivre et je reste admiratif devant le travail accompli par Étienne Willem qui, malgré les coups durs, a su faire face en prenant la succession au niveau de la colorisation, et de la plus belle des manières qui soit. Il aurait pu se contenter d'un travail classique avec Photoshop mais non, il a pris ses pinceaux, il a utilisé une technique à l'ancienne avec des pigments naturels. Rien que pour ça, je lui tire un grand coup de chapeau !




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Tome 2 : " La prophétie "

Année d'édition
2012