Accueil
Nos Bande Dessinées
Nos Mangas
Nos albums
Nos artbooks
Nos dédicaces
Nos dessins à nous :)
Nos sites préférés
Laissez-nous un message !
Nous contacter
Aidons nos librairies indépendantes

Publications BD
Publications Manga
  Administration
Titre : Auteur : Edition :

Séries par ordre alphabétique :
1 -  3 -  A -  B -  C -  D -  E -  F -  G -  H -  I -  J -  K -  L -  M -  N -  O -  P -  Q -  R -  S -  T -  U -  V -  W -  Y -  Z - 

En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
D Alain Ayroles (s), Bruno Maïorana (d), Thierry Leprévost (c) DELCOURT

Tome 1: "Lord Faureston"

Chronique du 30/05/09

Le capitaine Richard Drake est une légende vivante. Régulièrement parti pour des expéditions dans des pays sauvages, son apparition lors d'une soirée londonienne ne passe pas inaperçue, lui que certains croyaient mort tellement cela faisait longtemps qu'il n'avait été vu.
Peu après son arrivée, il fait la rencontre d'une femme au caractère bien trempé qui ne le laissera pas indifférent. Mais il se fait voler la vedette par un certain Lord Faureston, un beau dandy ténébreux.
Plus tard dans la soirée, alors qu'il suit un valet prenant la poudre d'escampette, il le retrouve sur le point d'enfoncer un pieu dans le cœur de la charmante Catherine Lacombe.

Nous voilà plongé dans un univers fétiche des auteurs, puisque les deux angoumoisins envisageaient déjà depuis longtemps de faire une histoire sur les vampires qu'ils chérissent tant.
Et je dois avouer que la bande-dessinée a tout pour plaire !

Tout d'abord, l'histoire se déroule dans l'Angleterre victorienne, au milieu des dandy et de leurs discussions hautement philosophiques, ou farfelues selon, dans lesquelles ils se complaisent toujours à se montrer avec des remarques acerbes, piquantes, bien placées.
Et moi les piques, j'adore ça ! Déjà, j'avais beaucoup aimé "le portrait de Dorian Gray", dans le même esprit mais sans les vampires... (et en roman, accessoirement, ce qui n'est pas tout à fait la même chose qu'une bande-dessinée).

Le vampire ensuite, celui là est bien gratiné. A la fois élégant et immonde, attentionné et cruel, distingué et fourbe.
Il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, mais on a pourtant l'impression qu'il n'est pas satisfait de sa condition et qu'il se rattache au monde civilisé comme il le peut, qu'il essaie tant bien que mal de s'y trouver des repères, sans toutefois y parvenir, rappelé régulièrement à l'ordre par ses pulsions ancestrales.

Bien loin de Buffy contre les vampires, on trouve quand même notre "chasseur" sous le couvert de Mister Jones, scribe dans une banque lorsqu'il ne traque pas ses démons. C'est lui qui va initier notre brute amoureuse aux dangers de ces bêtes de la nuit.

Le dessin de Bruno Maïorana est plus que reconnaissable, dans la lignée de notre cher Garulfo. On retrouve bien là ses traits si caractéristiques, associés à la couleur de Thierry Leprévost une fois encore. L'univers change mais les traits restent et se marient parfaitement à la nouvelle œuvre. On apprécie tout particulièrement les alternances entre l'ombre (les scènes de traque, de frisson, les enterrements,...) et la lumière (qui consiste à conter fleurette la plupart du temps, ce qui est très divertissant).

Bref, on a hâte de lire la suite !




Commenter cette BD

Tome 1: \\"Lord Faureston\\"

Année d'édition
2009

Dans l'abîme du temps Ian Culbard (s)(d) AKILEOS

Chronique du 16/09/13

J'avais à peine 14 ans quand je me suis pour la première fois pris les pieds dans l'univers du jeu de rôle. C'était il y a bien longtemps déjà... Bien entendu, les premiers scénarios sont surtout épiques, à grands renforts de coups d'épées et de magies surpuissantes. Et puis, petit à petit, on en vient à découvrir de nouveaux mondes, nombre d'entre eux étant issus de romans. C'est ainsi qu'est née une certaine délectation pour les œuvres magiques de Tolkien, Gaborit, Zelazny ou encore Lovecraft.

Bien entendu, j'ai avant tout pris un immense plaisir à jouer, sans me soucier vraiment de l'origine des aventures que je vivais. Puis j'en suis venu à m'y intéresser, les dévorant goulument pour certains tant j'ai trouvé leurs auteurs géniaux.
Le mythe de Cthulhu a ceci de passionnant qu'il regorge de créatures insondables, de Grands Anciens à la puissance tentaculaire et à la sapience infinie. Des horreurs indicibles qui datent un peu mais dont le genre est perpétué à travers les âges et qui demeure aujourd'hui encore une lecture marquante.
De nombreux auteurs ont contribué à accroitre la renommée de l'œuvre. Howard Phillips Lovecraft était un pionnier et il entraîna dans sa suite d'autres grands écrivains, célèbres pour avoir prêté leur plume au mythe, comme August Derleth ou Rebert E. Howard.
Maintenant, les nouvelles aventures de Cthulhu ne se lisent plus, elles se vivent... il est de ces petites joies d'être rôliste !


Ian « I.N.J. » Culbard n'en est pas à sa première adaptation des nouvelles de Lovecraft puisqu'il a déjà publié, chez Akileos pour le public français, Les montagnes hallucinées et L'affaire Charles Dexter Ward.
Il a d'ailleurs obtenu pour le premier cité le prix du meilleur roman graphique de la British Fantasy en 2011... un prix pas si surprenant si l'on considère que le romancier August Derleth en est en quelque sorte le parrain spirituel du festival et que la récompense est une statue en ivoire représentant Cthulhu.


« Supposons un instant que je ne rêvais pas.
Supposons que mon amnésie résulte d'un échange diabolique.
Supposons qu'une personnalité secondaire ait pénétré dans des régions inconnues et que ma propre personnalité ait souffert un déplacement.
Où était mon vrai moi les années durant lesquelles un autre retenait mon corps en otage ?
»

Adapter une histoire n'est pas chose aisée. Pour autant, je me retrouve parfaitement dans le style par rapport aux romans originaux. En cela, même si je n'ai pas lu Dans l'abîme du temps, je reconnais un bon travail de fond sur la narration dans cette bande dessinée, jusque dans les dialogues.
Je me suis bien immergé dans le récit, pour suivre cet homme, Nathaniel Wingate Peaslee, dans sa quête intérieure. Victime d'amnésie, il a l'impression d'avoir vécu un profond traumatisme mais des réminiscences de ces années d'oubli lui reviennent dans ses songes... Le plus surprenant, c'est qu'il semble avoir voyagé dans un lieu hors du temps et de l'espace... un mystère !

Pour ceux qui comme moi ont déjà lu des nouvelles de Lovecraft, le fil conducteur est assez classique et aisément prévisible. Cela ne m'a pas foncièrement gêné (bien qu'un peu de surprise eut été appréciable), mais j'avais l'impression de connaître tous les secrets de l'histoire alors que je n'en étais qu'à ses prémisses, lorsque Nathaniel rencontre son médecin. Il restait à peine quelques points d'ombres pour me rassasier, non pas sur le procédé mystique mais sur la civilisation Yithienne en elle-même.
Les amateurs du jeu de rôle (et l'auteur en est un lui-même) ont l'habitude de vivre des scénario plus débridés. Mais ce serait aller au-delà de la simple adaptation.


Côté dessin, je suis plus réticent.
Le trait de Ian Culbard est plutôt gras et raide dans sa partie contemporaine de l'histoire. Les visages manquent d'expressivité, en partie à cause des deux points faisant office d'yeux et de par la rigidité des faciès. Il manquait peut-être un peu du fog londonien et de hachures nerveuses pour accentuer l'obscurantisme de la situation : un brin de folie, tout simplement.
Pour autant, l'auteur a su instiller dans les visions de Nathaniel ou dans les cieux étoilés une atmosphère plus adéquate. Et sur les dernières pages, surtout, alors que le scénario monte en puissance, on retrouve enfin un petit frémissement, fort d'un graphisme plus torturé, marqué par l'abondance de traits, quelques effets de lumière bienvenus et cette impression de grandeur cyclopéenne, enfin.


Une bonne histoire dans laquelle j'ai retrouvé le style Lovecraft. Il manquait un petit brin de folie pour accentuer l'ambiance horrifique.

Chose rare (mais ça m'arrive parfois), j'ai essayé de lire cet album (tiens, je n'ai pas parlé de son petit format sympathique) avec un fond sonore. Je n'avais pas mieux à disposition que la bande originale de Coraline. Un choix plutôt cohérent dans son ambiance générale mais plutôt handicapant sur certaines pistes plus vocales (qu'il vaut mieux zapper même si elles sont courtes).

Chronique du 16/09/13

Deux mauvais points d'emblée pour cet album : la grande majorité des adaptations sont mauvaises et je ne suis pas une inconditionnelle de Lovecraft. Autant dire que je n'attendais pas vraiment cette lecture avec une grande impatience. Jusqu'à l'arrivée de l'album en question.
Soyons honnête, le travail éditorial est bluffant ! Une belle couverture, une excellente qualité de papier, bien épais et bien mat. Au passage, mes félicitations à Akiléos !!! Quand on voit un livre pareil, difficile de se retenir !

Quant au livre lui-même, je reste plus mesurée. Quelques rares planches vraiment sublimes, des couleurs vraiment chouettes tout à fait adaptées à l'ambiance, une adaptation globalement cohérente (ça normalement, c'est plutôt un compliment de ma part)...
Bon mais cela dit, je ne sors pas non plus enchantée. La faute à Lovecraft ou à celle de Culbard ? Allez savoir, je n'irai pas non plus lire l'œuvre originale (et même je vous autorise à me lapider pour ces propos). Je trouve l'ensemble à la fois lent (pas d'action, pas de flip, rien que le témoignage obscur d'une victime quelconque) et trop rapide (pas le temps de vraiment comprendre ce que ce Nathaniel essaie de nous expliquer). Quant au dessin (vraiment sauvé par les couleurs et la qualité du papier), je le trouve inadapté à l'univers sombre de HP Lovecraft.

A me lire, vous allez vous dire que c'est un navet ? Non, c'est quand même une lecture qui passe pas mal. Par contre, clairement, ce n'est pas le chef d'œuvre du siècle.

D'autres avis : Champi, Choco, Mo'


Commenter cette BD



Année d'édition
2013

Daytripper Fábio Moon (s)(d), Gabriel Bá (s)(d), Dave Stewart (c) Vertigo

Au jour le jour

Chronique du 19/08/12

Brás de Oliva Domingos est un petit miracle. Né dans les ténèbres d'une panne d'électricité générale de la ville, sa maman, prise de désespoir de ne pas entendre son enfant pleurer, s'est mise à chantonner. Le gamin, que personne ne voyait ni n'entendait, lui a alors répondu. Le courant est alors revenu.
Enfant, cette histoire lui donnait l'étoffe d'un super-héros. Adulte, le petit miracle avait besoin d'autre chose, cherchant au fond de lui à se frayer son chemin dans la vie, à trouver son identité... la sienne, pas celle du fils de son père, écrivain brésilien connu et reconnu.

Daytripper nous fait voyager au gré des époques et nous fait partager le quotidien de Brás, journaliste pour le compte des rubriques nécrologiques.
Un métier qu'il n'aime pas et qui pèse lourd sur sa conscience, torturée par le fait qu'il prendra le même chemin un jour ou l'autre.

« Je voulais écrire sur la vie, Jorge, et regarde-moi...
... tout ce que j'écris, c'est la mort. »


Comme dans le film Un jour sans fin, l'histoire est un éternel recommencement. Sauf qu'il ne s'agit pas de recommencer la même journée jusqu'à en trouver la clef, mais de mourir à chaque période clef de sa vie, peut-être pour mieux la comprendre... ou au contraire nous faire prendre conscience que nous ne sommes rien face à la fatalité, et que c'est l'ami Jorge qui détient la voix de la raison :
« La vie est belle, mon pote. »

L'album se présente sous la forme de dix chapitres illustrant à chaque fois une période charnière de la vie de Brás, dans un ordre anarchiquement logique. La syntaxe peut surprendre, mais c'est tout à fait ça : il n'y a pas de chronologie, on peut suivre Brás lorsqu'il a 32 ans et l'instant d'après le retrouver à 21 ans, pour ensuite revenir sur ses 28 ans. Un joyeux mélange qui n'altère jamais la compréhension et qui, malgré les fins toutes plus tragiques les unes que les autres, nous laisse à espérer que la vie continue !
Une vie faite de multiples autres vies, des vies où il aurait pu mourir autrement et à tout instant.
Si la fin du premier chapitre nous souffle complètement, on repars aussitôt avec une nouvelle vie, une nouvelle mort. Au fur et à mesure que le récit avance, on sent que la fin est un peu présente partout, mais on ressent aussi un certain optimisme au-delà du voile de la tristesse.

Des chroniques nécrologiques concluent chaque fin de chapitre, mettant en abîme la mort qu'aurait pu vivre Brás. Des écrits souvent touchants, comme une ode à la mort et une façon pour les proches de pouvoir franchir le cap douloureux de la perte d'un être cher. Je ne me souviens pas avoir lu un jour des avis de décès aussi bien écrits, voire même écrits tout court. Une attention qui rend d'autant plus humain le personnage de Brás au travers de la délicate tâche qu'il accompli dans son journal et qui le fait se questionner quotidiennement.

Ce succulent roman graphique, nous le devons à deux jumeaux : Fábio Moon et Gabriel Bá.
L'album est épais, copieux, donne envie de l'ouvrir et de le découvrir.
Il faut dire aussi que sa réussite n'est pas seulement narrative. Car graphiquement, c'est une merveille !
Les illustrations de chapitres, signées de Gabriel Bá, sont un véritable régal d'ingéniosité. Les plans se superposent, présentant l'histoire à venir avec foultitude de détails et de minutie. Les ombres parlent autant que les dessins...
Les planches de l'album ne sont pas en reste. Je me suis plu dans ce Daytripper là ! Tous ces personnages qui se croisent et se recroisent, à divers moments de la vie, à divers moments de la mort. Ils vieillissent, évoluent. La roue du temps avance et eux aussi. C'est fidèlement retranscrit sur le papier, avec une émotion qui passe au-delà des cases et qui nous envahit. Le tout accompagné d'une couleur imprégnée de justesse de Dave Stewart. Elle nous laisse un peu rêveur, elle est pleine de lueurs, de jeux d'ombres et oserais-je dire : d'optimisme.

« _ Tu ne crois pas qu'il serait temps d'arrêter de fumer ?
_ Non. Ça fait partie de ce que je suis. Tout comme l'écriture. Marrant. Deux addictions... deux passions que j'ai toujours partagées avec ton grand-père. Avant, j'y voyais une malédiction. Maintenant, plutôt un héritage. »


Amour, amitié, famille, transmission, peur et acceptation de la mort, peur et acceptation de la vie ?
La sagesse vient, dit-on, avec l'âge...
Dans notre société, urbanisée à outrance, la mort fait peur et revêt souvent un caractère de tristesse. Dans certains pays, on la célèbre aussi comme une fête. Un sujet qui me dépasse et me fascine à la fois.
Nous avons tous un Brás qui sommeille en nous...

Je me dois de remercier mes amis de k.bd de m'avoir ouvert les yeux sur ce petit chef d'œuvre.

Chronique du 19/08/12

Daytripper a une démarche très particulière. Le concept en lui-même est assez étrange puisque le personnage meurt à la fin de chaque chapitre, et qu'il ne suit aucune chronologie raisonnée a priori. Et puis c'est la première fois que j'ouvre une BD brésilienne.

Mais c'est une BD qui a de la profondeur, qui a des choses à dire, et qui bouleverse les codes pour servir son propos. Elle parle de la vie, de ses évolutions, de ses accidents. Elle parle de la famille, de l'amour, de l'amitié, de tout ce qui nous préoccupe au quotidien.

Ces morts sont (presque) toutes psychologiques, elles reflètent chacune une évolution dans la vie de Brás de Oliva Domingos. A chacune de ces étapes de la vie, Brás perd un morceau de lui-même. Le plus curieux étant que l'ordre chronologique n'étant pas respecté, on se demande toujours si celle-là c'est la bonne ou pas... Je ne vais pas spoiler, je vous laisse le plaisir de le découvrir.

Brás rédige la rubrique nécrologique dans un journal. Son boulot consiste à parler de la mort des autres, mais chacune de ses morts est ponctuée par une rubrique nécrologique, montrant à quel point on ne peut réduire la vie des gens à quelques lignes au risque de perdre tout le fond de ce qu'ils étaient.

Ce héros du quotidien ne peut laisser indifférent. C'est un homme normal, qui vit une vie des plus normale, il appartient à notre monde. Mais il questionne sur la vie, sur ce qu'on est, sur ce qu'on veut, sur ceux qu'on aime. Toutefois, je me rend compte qu'elle a vraiment bouleversée certaines personnes, là où elle m'a seulement touchée.



D'autres avis : Jérôme, Yvan, David Fournol, David, Zaelle, OliV', Mo', Zorg

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure série limitée 2011
- Prix k.bd 2013


Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (5)


Au jour le jour

Année d'édition
2012

De Cape et de Crocs Alain Ayroles (s), Jean-Luc Masbou (d) DELCOURT

Tome 1 : "Le secret du Janissaire"

Chronique du 02/11/10

Les rues de la Sérénissime sont le théâtre de nombreux spectacles à la nuit tombée. Commedia Dell'Arte sur une piazetta bondée, saltimbanques non loin de là sur le bord d'un rio, les scènes se succèdent et les passants affluent.
Don Lope de Villalobos y Sangrin et Armand Raynal de Maupertuis, deux gentilshommes fauchés, profitent des divertissements avant de rentrer. Mais alors qu'ils recomptent le contenu de leur maigre bourse et s'apprêtent à laisser de côté leur doux rêve de repas à l'auberge, ils entendent gémir une âme en peine. Ni une ni deux, les voilà partis à l'assaut d'une chébèque pour délivrer le fils de ce malheureux monsieur.

Ah, quel plaisir que de relire cette merveilleuse série.
Mais quelle magie peut bien faire le succès d'une telle bande-dessinée ? Je vais vous donner le secret : deux personnages fort charismatiques, l'un à face de loup, l'autre de renard. Des scènes qui sentent bon la cape et l'épée. Des répliques millimétrées, avec des rimes qui laissent pantois. Du mouvement, des couleurs, des rebondissements, de la musique. L'ensemble à une saveur particulièrement alléchante et sent bon l'aventure !

Ce qui est assez surprenant au départ, c'est de voir ces deux compères sous les traits d'animaux, alors que tous les autres personnages ressemblent à des hommes. Il y a aussi l'apparition d'Eusèbe, le petit lapin blanc, un peu plus tard dans l'album. Mais personne d'autre. Sûrement une particularité souhaitée par les auteurs pour distinguer les véritables héros. Car ils ne souffrent pas de cette différence dans les dialogues.

On retrouve un peu cette magie qu'on lisait autrefois dans Astérix. Quand tout part en vrille dans le village ; quand les romains tombent sous les coups des gaulois ; quand le navire des pirates rencontre ces mêmes gaulois. Dans les répliques aussi, il y a un peu de cette folie.

Humour, dérision, revirements. Si vous aimez l'action, vous ne pourrez pas ne pas aimer De Cape et de Crocs.




Commenter cette BD

Tome 1 : \\"Le secret du Janissaire\\"

Année d'édition
1995

Dérisoire (Le) Éric Omond (s), Olivier Supiot (d) GLÉNAT

Le Dérisoire

Chronique du 27/04/08

Un capitaine bossu, écrasé par le poids du métal de son navire en décrépitude. Un bateau inachevé, avec des fantômes comme unique équipage. Il aura fallu la venue de la belle Constance pour égayer la monotonie du marin, l'emmener loin de ses ombres quotidiennes, dans son monde onirique....

Après la lecture de ce poème, on ne peut que rester perplexe devant la beauté, non seulement du scénario étincelant, mais aussi de ce merveilleux coup de pinceau.
Une histoire envoutante et déconcertante, qui peut se découvrir ou se rêver, au gré du lecteur. Une fable exquise, comme l'est tout autant Constance, une inconnue qui s'approprie le lieu, qui s'approprie l'histoire, mais dont on ne sait rien. Elle joue avec le Capitaine, lui donne un rôle qu'il n'a jamais eu, l'éveille à la vie, le guide... mais vers quel destin ?

À noter que l'album a reçu l'Alph-Art du dessin lors du festival d'Angoulême 2003.




Commenter cette BD

Le Dérisoire

Année d'édition
2002

Dernier des Mohicans (Le) Catmalou (s), Cromwell (s)(d) SOLEIL

Le dernier des Mohicans

Chronique du 23/10/10

L'histoire se passe en 1757, dans ces contrées sauvages que l'on nomme avidement le nouveau monde. Le territoire, âprement défendu par de multiples tribus indiennes, est la proie des français et des anglais qui se le disputent.
John Greenwood était le plus rapide à la course. C'est la raison pour laquelle on l'a envoyé porter au plus vite le message de détresse : il devait prévenir le général Webb, il devait quérir les renforts. Mais c'était sans compter la ruse de Magua...

Le dernier des Mohicans, ce célébrissime roman de James Fenimore Cooper. Il en aura fallu du temps avant qu'il soit adapté en bande-dessinée. C'est Cromwell qui a été choisi pour ce faire. Choisi est un bien grand mot, car c'est lors d'une discussion avec Clotilde Vu, directrice éditoriale de la collection Noctambule, que l'idée est née. Elle a proposé une liste d'œuvres parmi lesquelles figurait Le dernier des Mohicans, et Cromwell s'est alors dit « c'est pour moi ! ».
Si Catmalou est pour moi une énigme (premier scénario visiblement), Cromwell est en revanche bien connu dans le monde de la BD, du fait de ses œuvres souvent décapantes (Anita Bomba, Minettos Desperados, etc...).

Sur cet album, Cromwell affine encore son dessin. Les peintures, parce qu'il s'agit bien de peintures, chose de plus en plus rare en bande-dessinée depuis l'éclosion de l'informatique, sont de toute beauté. Comment ne pas tomber sous le charme de ces indiens hauts en couleur, de ces paysages subjuguants, de ces visages criants d'expressivité ?

Le scénario, librement inspiré du roman de James Fenimore Cooper, est en revanche plus difficile à suivre. La faute à un nombre de page qui, bien que conséquent, ne suffit pas à éviter l'écueil de l'adaptation littéraire. Cela fait bien longtemps que j'ai lu l'œuvre originale, et j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire, à me remémorer qui était qui, quelles étaient les factions en jeu, etc... On y parviens, finalement, grâce à de longs textes séparés des illustrations pour ne pas gâcher la beauté du dessin. Mais ce n'est pas non plus idéal.

Un peu déçu sur la forme du récit donc, mais grandement satisfait par les planches de Cromwell. Ça sent bon le roman graphique.
Rien que ça, ça vaut le coup d'œil !




Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (4)


Le dernier des Mohicans

Année d'édition
2010

Derniers jours d'un immortel (Les) Fabien Vehlmann (s), Gwen de Bonneval (d) FUTUROPOLIS

Les derniers jours d'un immortel

Chronique du 16/01/11

Elijah est un policier très réputé. Alors qu'il enquête sur le meurtre d'un écho, il est mandaté pour une autre affaire, d'une importance capitale. Pour la satisfaire, il va devoir créer lui-même un écho, un double de sa personne, bien conscient que cela affectera sa mémoire et occultera certains de ces souvenirs les plus anciens.

Les derniers jours d'un immortel, c'est le nouvel album de ce très grand scénariste qu'est Fabien Vehlmann. Moi qui avait adoré Jolies Ténèbres, dessiné par Kerascoët, j'ai voulu prolonger la découverte de l'auteur avec un autre de ses titres, lui aussi nominé pour la sélection officielle d'Angoulême en 2011. Les années se suivent et se ressemblent. Mais un jour viendra probablement où ce prolixe scénariste de talent sera récompensé par un prix lors du festival référence en France.

Car du talent ce monsieur n'en manque pas. Ses récits sont toujours surprenants et innovants. Là encore, on est plongé dans une histoire étonnante qui ne laisse pas indifférent. Mais rassurez-vous, vous qui n'avez pas aimé Jolies Ténèbres, le sujet et le ton sont totalement différents.
Cette fois, nous voilà plongé dans la science-fiction, dans une enquête épineuse aux côtés d'un policier immortel.

Le monde décrit par Vehlmann n'a pas grand chose à voir avec celui qu'on connait. Le scénario fourmille d'idées. La plus fantasque d'entre elles se nomme "écho". Les échos sont des sortes de clones que chaque homme peut créer de façon à se dupliquer. Cela leur permet d'être à plusieurs endroits à la fois. Ces échos sont des entités véritables, même si elles sont aussi une partie de l'être premier, celui qui les a engendrés. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais c'est une idée qui m'a beaucoup plu et qui remet en cause pas mal de questions existentielles, et notamment l'immortalité, la notion de vie et de mort. D'autres innovations gravitent autour de ça : les funérailles par exemple, moment choisi par un immortel pour mettre volontairement fin à ses jours.

Dans ce monde là, d'autres formes de vie extra-terrestres existent et se côtoient, la téléportation est monnaie courante, et il est même possible de changer de forme à sa guise. Les naissances sont contrôlées, la technologie s'est considérablement développée et les hommes sont capables de dominer les éléments.

Mais au-delà de l'enquête, c'est le personnage d'Elijah qui reste le plus intéressant : un immortel tellement différent des autres. C'est un homme apprécié pour sa perspicacité et son implication dans son travail, mais il est aussi quelqu'un de réfléchi et de très introverti. Alors que tout le monde ne cesse de créer des échos à outrance, ou de se transformer pour changer son apparence, lui recherche la stabilité et la mémoire. C'est cet attachement à la mémoire qui fait sa grande particularité, car il ne souhaite pas perdre (en créant des échos) les souvenirs qui le rattachent aux personnes qui lui sont chères, alors qu'il voit autour de lui des gens évoluer et peu à peu oublier.
Un homme qui privilégie la communication avec ses échos et le devoir de mémoire.

Le dessin de Gwen de Bonneval, à qui l'on doit entre autre Vierge froide et autres racontars ou Messire Guillaume, est simple et direct. Le trait est efficace et la colorisation absente. Mais en a-t-on réellement besoin sur ce récit ? Je ne crois pas.
J'ai beaucoup aimé la danse d'Elijah en page 19, la civilisation a vraiment évolué en ces temps indéfinis :)

Je suis heureux d'avoir pu lire, grâce à la sélection officielle d'Angoulême, ce nouvel album de Vehlmann. Je ne sais pas s'il sera distingué d'un prix lors du festival, mais il mérite d'être lu : un bel album !




Commenter cette BD

Les derniers jours d\\'un immortel

Année d'édition
2010

Deus Christophe Bec (s), Stéphane Betbeder (s), Paolo Mottura (d) SOLEIL

Tome 1: "L'Homme Nouveau"

Chronique du 06/07/08

Venise, 17ème siècle. La ville est ravagée par une pandémie de peste bubonique... la dernière cité à renfermer ce fléau. Elle est en quarantaine, nul ne peut en sortir, la maladie ne quittera pas cette cité tombeau.
Pourtant, un bateau vient s'y échouer. Tout le monde est mort à bord, semble-t-il par cette même peste. Tout le monde, sauf un être humanoïde étrange qui semble lui résister. Il détient sûrement dans son sang le secret du vaccin qui les sauvera tous, d'autre pensent qu'il apporterait avec lui le secret de l'immortalité... tous s'entendent à lui accorder le plus grand intérêt !

Venise, l'une des plus belles et mystérieuses cités du monde, ici représentée dans son côté le plus sordide.
Mais quel étonnant choix de la part de Soleil que de sortir une bande-dessinée sur un tel thème, un savant mélange d'occultisme, de secret, de médecine et de religion.
Les décors sont fouillés, le dessin propre (bien que les visages avec d'aussi longs nez me posent quelques problèmes personnellement), et les couleurs d'un pastel très en phase avec l'ambiance.

Les personnages sont très intéressant. On lit facilement les luttes de pouvoir, et les enjeux de la science avec l'importance de cette découverte, que tout le monde souhaite s'accaparer pour des raisons qui leurs sont propres.
Il y a même de l'humour par moments, avec le couple de "ramasseurs de cadavres" à la verve comique.

Bref, une bonne note, pour du soleil ;)




Commenter cette BD

Tome 1: \\"L\\'Homme Nouveau\\"

Année d'édition
2008

Diagnostics Diego Agrimbau (s), Lucas Varela (d) Tanibis

Chronique du 25/06/14

La plupart des livres s'articule autour d'un même récit et/ou d'un même protagoniste. Diagnostics est différent dans le sens où il n'y a pas une mais six histoires et parce que le « personnage principal » n'est pas à proprement dire « incarné » : il s'agit de la maladie.

L'album, organisé à la manière d'un répertoire, propose un chapitrage par onglets bien que ceux-ci ne sortent pas des planches.
Six maladies que Diego Agrimbau (Le dégoût) a choisi de nous présenter, toutes liées à ce fascinant organe qu'est le cerveau : l'agnosie qui déforme et fait perdre pied à la réalité, la claustrophobie qui panique, la synesthésie qui perçoit ce que l'œil ne voit pas, l'aphasie qui trouble la compréhension, l'akinétopsie qui décompose les mouvements et la prosopagnosie qui empêche toute identification d'un visage.

« Quelque chose m'enferme encore, je le sens.
La claustrophobie est toujours là, intacte.
J'ai pu me délivrer de mon histoire... mais pas de mon récit.
»

Des maladies peu connues, si on exclue la claustrophobie et éventuellement la synesthésie qu'on peut assimiler aux dons « surnaturels » développés par les profilers dans certaines séries (qui ne se rappelle pas de Samantha Waters ?) que l'auteur argentin nous invite à partager au travers de la vision des gens qui les subissent.
Les histoires sont courtes et vraiment bien ficelées, comme quoi on peut faire d'excellents récits en huit pages (et même six pour l'aphasie) tout en gardant une même unité sur un recueil de bande dessinée.


Expérimentation visuelle et narrative

Lucas Varela, lui aussi argentin, accompagne Diego Agrimbau avec brio au dessin. Il est véritablement bluffant dans le sens graphique dont il fait preuve, renouvelant son approche artistique au gré des histoires.
Il est dans l'expérimentation et recherche constamment à associer le scénario à l'art séquentiel. C'est ainsi que les six types de maladies sont décrites par six traitements différents :
- agnosie et déconstruction visuelle, où l'immatériel devient tangible au fur et à mesure du remède administré avec les effets secondaires lumineusement retranscrits : on ressent la progression et la régression en quelques pages ;
- claustrophobie et enfermement dans les cases : Lucas Varela joue avec le média BD, s'essaie à des formes de narration en déformant les perspectives ;
- synesthésie avec une bichromie teintée de rouge et des onomatopées qui claquent et qui s'emmêlent, appuyée par un ancrage plus prégnant en adéquation à l'ambiance polar ;
- aphasie et ces pensées qui assaillent le lecteur de toute part : les mots se lisent mais ne sortent pas des bouches, le décors devient le support-même de la narration : l'auteur fait preuve d'une grande inventivité et d'un sens du cadrage qui prend tout son sens ;
- akinétopsie et troubles du mouvement rendus par des effets de décompositions graphiques : le ralenti devient tangible ;
- prosopagnosie avec des visages identiques et lisses en forme de smiley.

Son traitement graphique est toujours parfaitement adapté au sujet qu'il aborde. Il fait corps au récit. Chapeau !


Un livre à part

Il est difficile de dissocier le fond et la forme de Diagnostics. Les auteurs maîtrisent tous les deux leur sujet. Les histoires abordent toutes des maladies qui bien qu'elles touchent l'esprit sont vraiment différentes. Ces récits sont courts mais demeurent parfaitement lisibles et construits. Ils nous apprennent en même temps qu'ils nous mettent à l'épreuve. Et ils se renouvellent avec énergie !
Une telle osmose récit/dessin nous rend admiratifs : les auteurs parviennent à nous immerger dans leur travail et on s'émerveille de voir que ça fonctionne.

Pour chercher les clefs de cette réussite, il faut sûrement se rendre du côté d'Angoulême où les auteurs ont été liés le temps d'une résidence, de juillet à octobre 2011.
Lucas Varela y-a d'ailleurs tellement pris goût qu'il a renouvelé son bail jusqu'en mai 2014.

Des « poupées de papier » (paperdolls) se glissent entre chaque chapitre : la « patiente » sur la page de droite et divers vêtements et accessoires lui faisant face. Difficile cependant de jouer avec sans défigurer le livre à coups de ciseaux.

Chronique du 25/06/14


Dans la nouvelle vague de BD argentine ascendant expérimentale, je vous présente Diagnostics. Bébé conçu par Diego Agrimbau et Lucas Varela, nous avons là le témoignage d'une parfaite collaboration entre un scénariste et son illustrateur, où l'idée de l'un ne peut prendre forme que grâce à une entente profonde avec l'autre.

Diagnostics nous propose de découvrir les pathologies neuronales à travers le medium de la bande dessinée... Ou plutôt non, la bande dessinée par le biais de pathologies neuronales, ce qui pousse le concept un tout petit peu plus loin en fait. Car quoique ces maladies existent réellement et sont déjà réellement handicapantes pour ceux qui en souffrent, le problème est poussé à son paroxysme. Vues de l'intérieur, ces maladies rendent notre environnement complètement abracadabrant et donnent aux récits un ton complètement absurde.

Aux récits oui, car il s'agit en fait de 6 historiettes (historietas ahahah... hum...), retraçant le destin terrible de 6 malades, 6 héroïnes qui vivent toutes dans un univers complètement déformé.
- Eva souffre d'agnosie : son cerveau est incapable d'interpréter ce que perçoivent ses sens
- Soledad est claustrophobe... Est-il réellement besoin d'expliquer ? Mais dans le cas de Soledad, l'espace clôt qui la fait souffrir n'est autre que le récit de sa propre vie
- Lola est synesthésique : elle voit les bruits
- Miranda est aphasique : elle ne comprend plus ce qu'elle entend
- La créatrice de Miku (elle n'a pas de nom elle, c'est ballot) souffre d'akinétopsie : elle ne perçoit pas le mouvement
- Olivia est prise de prosopagnosie : impossible de reconnaître les visages.

Poussées à l'extrême, parfois intégrée à une histoire fantastique, toutes ces maladies, vues de l'intérieur, permettent de comprendre la difficulté de ces malades à simplement vivre le quotidien.

Elles sont surtout prétexte à explorer l'art séquentiel et ses possibilités. Les auteurs déconstruisent complètement le récit et le découpage, décortiquent les langages et jouent avec les codes du genre. Le plus incroyable est sans doute que, pour une BD expérimentale, elle reste vraiment accessible (enfin à ne pas mettre dans les mains de lecteurs trop dilettantes quand même...).


D'autres avis : Champi, David F., PaKa

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de Diego Agrimbau.
Le blog de Lucas Varela.


Commenter cette BD



Année d'édition
2013

Dieu en personne Marc-Antoine Mathieu (s)(d) DELCOURT

Dieu en personne

Chronique du 11/04/11

" _ Oui... bon... alors, cette identité ?
_ Dieu.
_ Dieu. Di-eu. Comme ça se prononce, j'imagine. Prénom ?
_ Dieu.
_ Oui, j'ai compris, mais Dieu comment ?
_ Dieu Dieu. Mais en général on m'appelle Dieu tout court. "


Tout commence lors de ce recensement. Un lieu sans nom, mais qui nous fait obligatoirement penser à Ellis Island, accueille un mystérieux personnage. Parmi les milliers de personnes qui se présentent, l'un d'eux dit s'appeler Dieu. Au début personne ne le croit bien entendu. Et puis peu à peu, cela prend tout son sens. Toute son ampleur aussi. Car un phénomène comme celui là est évidemment remarquable et remarqué.
Dieu est venu voir le monde qu'il a créé !

" _ Évidemment... c'était une question idiote. Et quelle est la raison de votre présence ?
_ Ah ! Vous les hommes et votre raison ! Vous êtes-vous déjà interrogé sur la raison des questions ? La raison a-t-elle une raison d'exister ? ... Pourquoi faudrait-il que les choses n'aient plus de pourquoi ?
_ Pourquoi pas ?
_ Ce n'est pas une raison. "


Vous l'aurez compris, inutile de lui demander pourquoi il se trouve ici.
Marc-Antoine Mathieu, scénographe de formation, a pris pour habitude d'innover et de surprendre pour chacun de ses albums. La scénographie c'est l'art d'agencer l'espace. On peut dire que la bande dessinée est un support comme un autre pour ses expérimentations : la case absente, la lecture à double sens... ce ne sont pas les idées visuelles qui manquent.
Seulement voilà, Dieu en personne est un album tout à fait différent. L'auteur a choisi de donner du relief à un personnage, déclinant ce qui peut lui arriver sous toutes ses formes : procès, image, merchandising, étude, recherche, etc... Il ne s'agit pas de la même mise en scène, mais ça reste une mise en lumière d'un homme qui, pourtant, n'a pas de visage.

Vaste programme que de confronter le tout-puissant au monde d'aujourd'hui.
Cela donne souvent le droit à des scènes pour le moins loufoques. Et les texte de Marc-Antoine Mathieu sont en ce sens un véritable régal, tout en finesse et en jeux de mots.

" _ Alors ? Dieu acteur ? Dieu Spectateur ? Un piètre metteur en scène ! Dans ce monde imparfait, pourquoi Dieu n'agit-il pas ? Pourquoi ne change-t-il pas les choses ?
_ Notre client ne peut pas accepter que nous ne puissions pas trouver par nous-même les solutions à nos problèmes... N'oublions pas qu'il nous a créés... notre échec serait son échec.
_ Allons bon. Dieu joue aussi aux échecs ? "


Dieu au théâtre de l'absurde, dans une monochromie parfaite pour jouer le jeu de l'ombre et de la lumière. Ce qui rend le côté scénique mais qui donne aussi un penchant intemporel à l'œuvre. Le rapport au passé (recensement, vêtements, appareils électroniques, etc...) est par ailleurs tout aussi important que les allusions au futur (technologie, intelligence artificielle, etc...) dans l'album, ce qui nous laisse planer entre deux époques.

Un album qui m'a ouvert l'appétit sur un auteur atypique que j'ai envie de découvrir plus.

Chronique du 25/09/12

Au début je pensais introduire cette note par un truc du genre : « Si Dieu s'incarnait sur Terre aujourd'hui, comment serait-il accueilli ? ». Mais en fait non, Dieu en Personne, ce n'est pas vraiment ça. Ce serait plutôt un truc du genre « Comment faire apparaître le ridicule de notre civilisation avec philosophie ? En utilisant l'image de Dieu ». Il s'agit bien là d'une critique de l'hypermédiatisation, car un tel événement – Dieu sur Terre - créerait invariablement des conflits de croyance. Là ils ne sont nullement effleurés, et tout le scénario est construit sur la base d'une société éminemment athée comme la nôtre.
Un avis qui n'a pas changé par contre : c'est fait avec énormément d'intelligence ! Poussée jusqu'au bout de son concept, cette BD amène à réfléchir sur notre société autant que sur certaines questions théologiques concernant l'existence de Dieu, son omnipotence, son universalité (le fait qu'on ne voie jamais Dieu de face est-il en lien avec l'interdit de représentation de Dieu chez les Musulmans ?), etc.

Évidemment, c'est du Marc-Antoine Mathieu, on ressent donc bien souvent le travail de scénographie dans la mise en page (et un petit clin d'œil au Philémon de Fred p.89). Là encore, rien à redire, c'est du beau travail !

Mais alors pourquoi, alors que Dieu en Personne a toutes les qualités requises pour être une excellente BD, pourquoi sa lecture m'a parue si ardue et m'a si peu emballée ? C'est comme s'il manquait une âme à cette BD (et elle traite de Dieu ? C'est un comble...). Elle est froide et manque d'émotion. Elle parle au cerveau, mais non au cœur, et du coup, ça fait flop...

Roaarrr Challenge
- Prix Nouvelle République - BD Boom 2009
- Prix de la critique ACBD 2010


Commenter cette BD
Voir les commentaires existants (5)


Dieu en personne

Année d'édition
2009

Dieu Singe (Le) Jean-David Morvan (s), Jian Yi (d) DELCOURT

Tome 1

Chronique du 18/04/08

L'histoire de Sun Wukong, un singe enfanté par les éléments, possédant le don de l'intelligence, et des capacités impressionnantes. Il s'imposa rapidement au sein de la communauté des singes, et s'appropria le rôle de roi. Mais il rêvait d'immortalité, et partit à l'aventure....

Adaptation d'un des plus grands romans chinois (tiré d'un fait réel paraît-il, mais très édulcoré) où un homme part à la recherche de l'immortalité, cette magnifique bande-dessinée aux dessins somptueux, aux décors riches et aux couleurs flamboyantes, est une véritable réussite selon moi, même si l'originalité fait un peu défaut. En effet, cette histoire à été visitée plusieurs fois déjà, notamment par Akira Toriyama et sa série Dragon Ball. Si ça peut vous rassurer, la bande-dessinée se démarque de l'œuvre du célébrissime mangaka, avec une narration épique et un dessin très typé.

On sent vraiment dans le dessin l'inspiration chinoise. Il sort du lot. Et on espère que la suite sera de la même qualité ... après tout, il n'y a pas de raison :)

Bon, j'ai presque parlé que du dessin ... il en étoufferait presque le scénario !




Commenter cette BD

Tome 1

Année d'édition
2008

Docteur Radar Noël Simsolo (s), Frédéric Bézian (d) GLÉNAT

Tueur de savants

Chronique du 02/03/14

1920. Paris. Gare de l'est.
Le professeur Gontran Saint-Clair s'apprête à partir en voyage pour rencontrer l'un de ses homologues, Ludwig Lang, afin de partager le fruit de leurs recherches respectives. Mais son voyage tourne mal et il ne verra jamais l'Allemagne.
Les journaux relatent la mort de l'éminent personnage qui travaillait sur la grande idée de la conquête spatiale. Mais pas un ne mentionne les étranges disparitions de deux autres savants, Aristide Vernon et Bruno Vaillant. Pas un, pas même les inspecteurs de police, ne fait la corrélation entre ces événements tragiques... à l'exception de Ferdinand Straub, as de l'aviation française de réputation et gentleman détective à ses heures...

« J'ai beaucoup de fortune et trop de loisirs, comme vous, mais au lieu de spéculer en bourse et d'entretenir des actrices, moi, je lutte contre le mal ! C'est mon plaisir ! »

Et le petit plaisir de Ferdinand Straub l'amène tout droit sur les traces d'un dangereux criminel : le Docteur Radar !


Le rythme comme locomotive

En plaçant l'incident déclencheur en tout début d'album (la mort d'un savant : la goutte de trop), les auteurs ont d'emblée inscrit leur récit dans le feu de l'action. Dès lors Ferdinand Straub, en qui on voit un héros des temps modernes, insouciant et réfléchi à la fois, ne cesse d'avancer de péripétie en péripétie et se confronte immanquablement au même écueil nommé Radar. Le « docteur » aux multiples visages ne manque pas d'atouts et d'acolytes pour mettre à mal toutes les ruses de Straub, gardant toujours un temps d'avance sur ses poursuivants. Mon esprit me met ainsi sur la voie d'un Fantômas, ennemi retors par excellence, à qui le Docteur Radar n'a rien à envier, et surtout par l'Art du déguisement ! Un parallèle qui peut être poussé jusque dans l'écriture, quasi-automatique, qui emprunte celle des romans éponymes du début du 20ème siècle.

Cette narration à rebondissements ne s'essouffle jamais et, quand bien même les événements sont prévisibles, là n'est pas l'essentiel. Certes, les pistes menant à la résolution de l'enquête sont naturelles. Certes, l'identité du Docteur Radar tombe au bout de quelques pages (ou du moins une identité). Certes on sait comment une scène va se terminer avant même qu'elle ne commence. Ce n'est pas important : ce qui compte avant tout est le rythme qui, lui, ne connaît pas de ralentissement. Tout va à 200 à l'heure, le train file droit et ne saurait être entravé par une quelconque hésitation.
Pour aller dans le sens de ce cap à maintenir, un personnage comme Pascin est inestimable : artiste bulgare aussi talentueux qu'il est débauché, il répond toujours présent lorsqu'il est question de recadrer l'enquête, de remettre son ami Straub sur les bons rails. Et pour ce faire il n'hésite pas à utiliser son immense (et insoupçonné) réseau de connaissances... sinon crapuleuses, disons plutôt nocturnes.


Service réciproque

Autant on pourrait dire que le dessin sert à merveille le scénario, annoncer le contraire serait tout aussi justifié.
Le trait de Frédéric Bézian est explosif et nerveux. Un graphisme aux antipodes d'une ligne structurée : les perspectives sont déformées et les personnages semblent croqués sur le vif. Un travail qui va dans le sens du rythme imposé par le récit et qui renforce cette impression de vitesse.
On pourrait croire que cette méthode rendrait la lisibilité des scènes et des visages aléatoire mais il n'en est rien. L'auteur a su donner corps à chacun de ses personnages, leur insufflant vie au travers de mines aisément identifiables. Ils possèdent ainsi chacun leur propre trait physique : corpulence, moustache, chevelure... ils sont uniques et reconnaissables.

Et que dire de l'immense qualité de la colorisation qui crée des atmosphères et qui immerge dans l'histoire !
Le jeu d'ombres et de lumières mis en avant par Frédéric Bézian est incroyable : la scénographie des cases, augmentée par des décors aux motifs riches et variés, ne s'étale jamais sur une palette complète, utilisant seulement une teinte dominante en plus du noir de l'ancrage et une simple touche d'une autre couleur qui apporte tout le sublime de ce mode de travail.
J'aime particulièrement ces bleu nuit qui se fondent dans les ambiances nocturnes ou encore ces jaunes qui éclairent à merveille les rues de la ville.


Une collaboration efficace

Noël Simsolo est avant tout versé dans le 7ème Art : acteur, réalisateur (surtout de courts-métrages) et scénariste à la fois ; mais a aussi prouvé par divers essais et romans qu'il savait bien écrire.
Son seul passage dans le 9ème Art avant celui-ci, Ne touchez à rien, datait de 2004 . Frédéric Bézian était également de la partie pour l'épauler au dessin.

J'ai aimé découvrir le fruit de leur travail collaboratif. Le graphisme de Frédéric Bézian est un régal et l'efficacité du scénario apporte une dimension de plaisir supplémentaire.

S'il faut un bémol pour contrebalancer toutes ces qualités, j'ai quelques fois buté sur la typographie manuscrite italique qui, bien que capitale, m'a donné quelques soucis de décryptage.

Cet album-là appelle à une suite, avec un final propre aux films d'André Hunebelle (à défaut d'avoir lus les romans originaux). Il semblerait pour autant qu'elle ne soit pas prévue, autant chez l'éditeur que du côté des auteurs, renforçant l'hommage au genre.

À noter qu'il existe également un tirage luxe en noir et blanc de cet album, édité à seulement 1000 exemplaires. Je trouve néanmoins dommage de se priver de la couleur.



D'autres avis : David Fournol, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

CHronique du 03/11/14

Dans ce polar des années 1920, Noël Simsolo et Frédéric Bézian renouent avec le polar classique et jouent avec ses codes. Meurtre dans le train, vols de documents, femmes fatales, créatures de cirque, lieux de débauche, courses poursuites, pièges, police inefficace... tout y est. A mi-chemin entre Adèle Blanc-Sec et Fantômas, les auteurs reviennent non seulement aux racines mais en plus ils en accentuent les éléments :
- le gentleman détective n'a qu'à donner son nom pour qu'on lui ouvre toutes les portes ;
- le commissaire est complètement largué ;
- le coupable change 26 fois d'identité, sa méchanceté ne connait pas de limite et son mobile est parfaitement débile.
Tout y est grandiloquent et exagéré !

Et tout va à cent à l'heure. Pas de temps pour la réflexion, il faut agir vite et dans la précipitation. Un rythme soutenu par un dessin hachuré au pinceau où le mouvement se poursuit dans le traitement des ombres. L'intrigue va si vite qu'on se sent oppressé.

Ce clin d'œil excessif au policier des années 1920 aurait pu trouver tout son intérêt en y incrustant un brin de nostalgie, mais tout est si vif que les exagérations m'ont plus agacée qu'amusée. Ce qui est bien dommage à mon goût, car les éléments sont parfaitement maîtrisés et Simsolo se les approprie avec beaucoup d'intelligence. Cette rapidité est pourtant un enjeu tout-à-fait assumé par le scénariste : en témoigne le dessin de Bézian, parfaitement mis au service de ce rythme précipité.
Restent ces planches presque monochromes qui instillent des ambiances différentes à chaque scène et font ressortir quelques éléments judicieux : un cahier, un rai de lumière, une flaque de sang...


Commenter cette BD

Tueur de savants

Année d'édition
2014

Donjon Zénith Lewis Trondheim (s)(d)(c-T1), Joann Sfar (s)(d), Walter (c-T2) DELCOURT

Tome 1 : "Cœur de canard"

Chronique du 22/12/10

Quelque part dans l'une des plus hautes tours du donjon, le maître des lieux reçoit la visite de deux créatures encapuchonnées. Ces étranges personnages à l'aspect plus que sinistre souhaitent acheter l'édifice. Mais ils sont bien vite éconduits vers la sortie la plus proche. Ce n'est pas encore aujourd'hui que le donjon changera de propriétaire !
Seulement voilà, les types à la cagoule rouge ne comptent pas laisser les choses se passer ainsi. Pour contrecarrer leurs plans, le Gardien souhaite faire appel à un barbare pour mener l'enquête. Sauf que parfois, le destin est bien facétieux. Et c'est ainsi que le canard dénommé Herbert se retrouve mêlé à une incroyable histoire.

Autant le dire tout de suite, le travail du duo Sfar / Trondheim est totalement jouissif pour l'amateur de jeu de rôle que je suis. Même si je ne suis pas un fervent partisan du "porte - monstre - trésor" qui fait la saveur du célèbre Donjons & Dragons que cette BD parodie, je suis vraiment enchanté par le scénario. Il nous ballade sur un ton totalement humoristique dans les méandres du donjon par excellence. Et qui plus est, les auteurs n'en oublient pas pour autant d'orchestrer une crise pour le maître des lieux, embellissant par la même le contenu de la bande-dessinée.

Les personnages sont drôles, les répliques le sont tout autant. On ne s'ennuie pas et on rigole allègrement. Pas de réflexion, c'est une lecture qui rentre dans le cadre de l'amusement seul, et qui n'est pas du tout à prendre au sérieux.

Donjon, c'est aussi un projet incroyable. Puisque de nombreux albums complètent cette série. Tout d'abord il y a la série Zénith, dont cet album est le premier tome, et qui correspond à l'âge d'or du donjon. Potron-Minet retrace la création du donjon tandis que Crépuscule relate sa déchéance. Viennent ensuite se greffer Donjon Monster et Donjon Parade.
À chaque fois c'est le même duo qui mène le scénario, mais pour le dessin, cela varie au fil des albums. Rassurez-vous lecteurs, ce tome 1 de Zénith se suffit à lui-même. Alors s'il ne vous plaît pas, vous n'aurez pas à acheter les suivants.

Pour moi, c'est quand même la plus incontournable des séries abordant l'univers du jeu de rôle. Et c'est autrement mieux que le Donjon de Naheulbeuk (je parle de la BD, parce que les pistes audio, ça c'est autre chose ^^).

« _ Le géant est toujours vivant et depuis des années il doit être à la recherche de son œil. Et comme il voit ce que voit son œil, il connaît ton visage.
_ Peuh... Je n'ai rien à craindre... Le cerveau d'un géant pèse le même poids que son œil. Ha ha ha...
_ Ne ris pas, Alcibiade... Ça lui fait un cerveau de 30 kilos !!!! »


« _ C'est bien ce que je pensais : un berbouche évolutif. Je vais lui injecter des petits bonshommes qui feront sortir le berbouche. L'embêtant c'est qu'après les petits bonhommes voudront rester dedans. Alors ensuite, je mets des fourmis bonhommivores pour nettoyer tout ça.
_ Et les fourmis ? ... Il faut s'en débarrasser aussi, non ?
_ C'est pour ça que j'ai apporté un fourmilier... »


Herbert et Marvin à bord d'un éléphant :
« _ Tu as vu ? ... Ces créatures ne sont que de vulgaires automates... Normalement ils se déplacent seuls mais j'ai réussi à prendre les commandes de celui-là.
_ Comment as-tu deviné que c'étaient des machines ?
_ Voyons, Herbert, un animal avec une queue devant et une queue derrière, ça n'existe pas. »

Chronique du 10/01/11

Dans tout bon « Porte Monstre Trésor », il y a un donjon pour contenir les portes, les monstres et les trésors. On suit généralement le héros infatigable en quête d'or ou de princesses, mais derrière tout ça, il y a un véritable business. Eh oui ! Avec tous ces « héros infatigables » il faut bien contenter tout le monde. Les monstres ne se trouvent pas à tous les coins de rue, et faut constituer un trésor suffisamment conséquent pour attirer les héros. Donjon est spécialisé dans les quêtes ultra-dangereuses avec plein de trésors à la clef, une sorte de parc d'attraction pour barbares en manque de baston.

Bref, c'est une BD complètement décalée et abracadabrante qui joue avec les codes de l'heroic fantasy. Elle dépeint des héros effrayants et pourtant tellement risibles. Melvin est un monstre de puissance repoussant et terrifiant, et pourtant végétarien avec un code d'honneur stupide. De son côté, le personnage de Herbert fait figure de clown. Canard gaffeur qui n'avait rien demandé et héros malgré lui, il pointe du doigt toute la dérision des univers du PMT.

L'originalité du concept n'a d'égal que sa simplicité, qui permet à Donjon de passer les années sans prendre une ride.
Indémodable, la série s'inspire originellement des jeux de rôle les plus classiques (inutile de préciser qu'elle possède d'ailleurs son propre JdR). Pourtant, plus de 10 ans après et 33 tomes plus tard, elle reste d'actualité. Impossible de ne pas penser aux MMORPG tels que WOW, avec leurs incontournables quêtes et donjons. « Donjon », un mot entré dans le vocabulaire des joueurs pour désigner un lieu clôt où se trouve une quête à résoudre...


Commenter cette BD

Tome 1 : \\"CÅur de canard\\"

Année d'édition
1998

Tome 2 : " Le roi de la bagarre "

Chronique du 17/11/11

Maintenant au donjon en tant qu'employé, Herbert apprends la dure loi du métier. C'est ainsi qu'il se voit confier la tâche de garder quelques menus objets... trésors qu'il se fait systématiquement prendre du fait de sa faiblesse.
Alors qu'il se fait convoquer une nouvelle fois par le gardien, celui-ci l'envoie à Zautamauxime - le village des lapins qui n'aiment pas les étrangers - rejoindre Marvin, afin qu'il le présente à celui qui deviendra son maître le temps de son entraînement. À son retour, il connaîtra les arts martiaux !

Lewis Trondheim et Joann Sfar sont de retour quelques mois seulement après le premier opus de Donjon Zénith. Ce duo d'auteurs prolixes développe l'univers de la saga, et par le biais de cette nouvelle aventure en profitent pour affiner un peu le portrait de ses personnages principaux.
Ainsi nous en apprenons un peu sur le passé de ce brave (façon de parler) Herbert - et sur les précédents porteurs de l'épée magique (dont certains sont de classe Cthulhuesque, il est de bon ton de le signaler) qui ne veut toujours pas se laisser dégainer. Marvin se voit également gratifié de son tout puissant Tong Deum, jugez du peu :

« Les champignons des pieds mêlés aux sucs corrosifs du dragon venaient à bout des meilleurs armures.
Et ceux qui n'étaient pas brûlés par le feu gastrique s'enfuirent en attendant que quelqu'un fasse un peu d'air, car l'haleine du dragon était une infection... »


Sacré Marvin ! Pour sûr avec un aussi chouette pouvoir, tes ennemis irons pourrir en enfer pour l'éternité.
Et du coup, je suis bien heureux d'avoir échappé à l'odeur le temps d'une dédicace...

Je reste cependant un peu moins emballé que lors du premier tome. Bon, certes, je suis tatillon : Donjon est toujours excellent, plein de rythme et débordant d'humour. Les auteurs nous prouvent d'ailleurs que leur esprit est toujours aussi tordu, n'hésitant pas à développer de nouveaux concepts comme le combat à la plume (qui tue) ou encore l'épée-fouet à deux lames. Mais que voulez-vous, je suis peut-être nostalgique des tentacules futurs/ex-maîtres du monde ?




Commenter cette BD

Tome 2 : \\" Le roi de la bagarre \\"

Année d'édition
1998

Doomboy Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Chronique du 26/10/11

D est un adolescent à la mèche rebelle. Amateur de Métal avec ses potes Spaghetti et Sepelium et guitariste moyen à ses heures, il semble plutôt désabusé alors qu'ils vont ensemble voir le concert de ce fameux Trevor que tout le monde adore.
Alors qu'il coupe par son raccourci habituel en rentrant chez lui le soir, le vent, farceur, s'emmêle dans ses pieds et le déstabilise... le premier d'une longue série de phénomènes climatiques étranges. À peine rentré à la maison, sa mère lui apprend le décès de sa copine Anny.

Doomboy est l'un des deux derniers des albums de Tony Sandoval de ce mois de septembre 2011, avec Les échos invisibles qui paraissait exactement en même temps. S'il est uniquement scénariste sur le second, il est bien auteur à part entière sur Doomboy, avec une thématique toujours commune, et chère à Tony Sandoval, qu'est la mort.
Déjà dans ses albums précédent, que ce soit Le cadavre et le Sofa ou Nocturno, elle était bien présente.
Mais Doomboy c'est aussi et surtout un récit qui nous amène dans le monde du Métal. D'ailleurs, il s'intègre dans le même univers que Nocturno puisqu'il est question, lors d'une discussion anecdotique entre adolescent, du légendaire Seck - qui rappelons-le, jouait de la guitare comme un dieu avec ses six doigts.
L'intérêt de cet album réside dans la transformation de son héros, qui devient au fil du récit le fameux Doomboy. Ainsi ce petit guitariste de troisième zone se retrouve transcendé par son amour perdu et laisse exploser toute sa rage et sa passion dans sa guitare, le seul moyen qu'il a pour s'exprimer.

Pour développer son récit, Tony Sandoval se sert de nombreux éléments fantastiques qui viennent déborder dans la réalité, comme il l'avait fait sur Nocturno. Si bien qu'on se demande parfois si tout cela est bien vrai, quelle part de vérité se cache dans un nuage ou chez cette petite fille vendeuse d'étoiles (et de rêve ?).
Une histoire Rock'n'roll pleine de mélancolie, d'évasion et de détresse. La musique a cela de bon qu'elle permet d'extérioriser ce qu'on a de plus profondément coincé dans le cœur. Quoi de plus expressif que les traits de Tony Sandoval pour exprimer cette explosion de sentiments ?

Si le récit développe un message fort, j'ai aussi trouvé qu'il s'éparpillait parfois plus que nécessaire.
Le personnage de Spaghetti par exemple - mais où va-t-il chercher ses noms ? - une grande baraque à muscles fan de Métal, est homosexuel. On a l'impression que l'auteur souhaite dire quelque chose (que l'homosexualité touche tout le monde ?) mais il ne donne pas suffisamment de profondeur à son personnage. De même, c'est une certaine Mina qui vient raconter l'histoire pour mieux servir la sienne. Mais j'ai trouvé que ses interventions cassaient bien souvent le rythme de la narration, alors que les sessions musicales de Doomboy, illustrées magnifiquement par ces vibrations qui sortaient des tripes sur tonalité d'orages, suffisaient à elles-mêmes.

Je ne voudrais pas rester sur une mauvaise note pour clore cette chronique, alors que j'adore le travail de Tony Sandoval et qu'il y a des choses tellement bonnes dans cet album. Alors laissons Doomboy s'exprimer un peu :
_ Tu te rappelles d'Anny ? Ben c'était ma meuf. Ben elle est morte. C'est arrivé il y a genre quatre mois, alors je souffre un peu moins maintenant. C'est juste que de temps en temps j'ai pas envie de causer.

OK D, c'est pigé ! Je me tais moi aussi du coup, juste le temps de vous dire que si vous avez aimé Nocturno, foncez sur Doomboy, vous devriez accrocher aussi !




Commenter cette BD



Année d'édition
2011

Druides (Les) Jean-Luc Istin (s), Thierry Jigourel (s), Jacques Lamontagne (d) SOLEIL

Tome 1: "Le mystère des Oghams"

Chronique du 20/01/09

Dans une époque où les druides ne sont plus qu'une petite communauté, vivant leur dernier souffle, vaincus par Rome et leur dieu unique, d'horribles meurtres sont perpétrés envers des moines.
Le plus étrange est la façon dont ils sont assassinés. Ils ont à chaque fois été retrouvés la tête tranchée et l'abdomen perforé par un pieu gravé d'écritures druidiques : les Oghams. De plus, un étrange symbole a été gravé sur leur peau, il s'agit du "Tribann" (trois rayons), le symbole par excellence des druides que les hommes nomment avec respect "les trois cris de lumière".
Tout semble faire croire que les druides, dans un dernier râle, auraient commis ces atrocités. L'un d'eux, Gwenc'hlan, a été contacté par frère Budog, un vieil ami, pour enquêter sur ces crimes et lever les accusations qui pèsent sur eux.

La première bande-dessinée de Jacques Lamontagne est gage de bonne choses pour l'avenir. Il sa su parfaitement mettre un valeur par son dessin le scénario rédigé par Jean-Luc Istin et Thierry Jigourel, avec une mention toute particulière pour la couverture du tome que je trouve vraiment magnifique.
Le scénario nous amène au milieu du monde Celte à une époque lointaine où les druides subsistaient et où la mythique cité d'Ys, mentionnée l'espace d'une petite réplique, ou encore la mystérieuse Avalon, n'étaient pas encore devenues des légendes.
Une bande-dessinée qui nous porte au gré des anciens rites, dans "l'autre monde", celui des êtres fae. Et qui nous mêle à une enquête qui ne désigne qu'un seul coupable : les druides.




Commenter cette BD

Tome 1: \\"Le mystère des Oghams\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "Is la blanche"

Chronique du 23/01/09

Gwenc'hlan et le jeune Taran, toujours accompagnés du frère Budog, continuent leur enquête sur la mort des moines retrouvés décapités avec un pieu dans le cœur.
De nouvelles victimes apparaissent, et les druides sont les premiers ciblés par le courroux de la population.
Mais à quel ordre peut bien appartenir ce médaillon retrouvé près de l'un des corps ? Qu'est-ce que l'Imperium Dei ? Et quel est son but ?

Le deuxième volet de cette saga nous emmène plus loin dans l'enquête de nos héros. Les coupables semblent tout désignés mais les ils ne sont pas ceux que l'on pourrait croire. L'intrigue nous révèle des manigances visant, entre autre, à l'éradication des druides. Mais ce n'est certainement pas le seul enjeu et on sent qu'il se passe des choses bien plus énigmatiques encore.
L'aventure nous mène à la mythique cité d'Ys (écrite tantôt Is, tantôt Ys, les auteurs seraient-ils en désaccord sur l'orthographe ?) et nous fait rencontrer l'envoûtante Dahud.
Je dois avouer, et Jacques Lamontagne l'a superbement rendu, qu'elle est belle et ténébreuse. Son caractère bien trempé et son côté "beauté fatale" est magnifiquement représenté.

Je ne m'en était pas aperçu lors de la lecture du premier tome, mais Les druides est un récit basé sur une légende :
Gradlon, Malgven le Roi de Cornouailles, leur fille Dahud (Dahut) et ses mœurs peu louables, la légendaire cité d'Ys aussi impressionnante que lieu de péché, Gwénolé (Saint Guénolé). L'histoire des druides à été apposée dessus mais la légende permet de créer un contexte scénaristique plus excitant.

J'en ai assez dit, lisez-le et jugez par vous-même ! :)




Commenter cette BD

Tome 2: \\"Is la blanche\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "La lance de Lug"

Chronique du 01/02/09

Un nouveau moine, frère Thomas, est assassiné à son tour au sein même de la cité d'Ys. Mais cette fois Gwench'lan arrive au moment du crime et poursuit le meurtrier encapuchonné. S'il ne parvient pas à découvrir son identité, il l'a dérangé dans son méfait si bien qu'il a dû partir précipitamment en laissant derrière lui de précieux indices : les textes anciens en Oghams traitant de la lance de Lug.

Ce tome centre son intrigue sur la cité d'Ys en se basant sur sa légende... et sa destruction. Il est intéressant de voir comment le dénouement version Jean-Luc Istin et Thierry Jigourel s'intègre à l'histoire : ce n'est pas Dahud qui arrache la clef à son père, même si elle a sa part de responsabilité.
Le but des moines encapuchonnés semble se préciser, mais leur identité demeure encore mystérieuse. Le destin des druides est en tout cas lié à l'enquête de Gwench'lan et du jeune Taran.




Commenter cette BD

Tome 3: \\"La lance de Lug\\"

Année d'édition
2007

Tome 4: "La ronde des géants"

Chronique du 08/02/09

Le périple se poursuit suite à la destruction de la cité d'Ys, submergée par les flots. Seuls quelques rescapés parviennent jusqu'aux cotes bretonnes et ne peuvent que contempler la fureur de l'océan, impuissants. La cité d'Ys n'est plus, et avec elle disparait le dernier bastion de l'ancienne religion. Seuls une poignée de druides continuent d'espérer...

La cité sombre dans les eaux avec tous ses secrets. La belle Dahud et la lance de Lug disparaissent aux yeux du monde. Les vestiges des druides se dont de moins en moins nombreux et l'aventure s'oriente vers la recherche d'un second artefact de l'ancienne religion : le chaudron. Le cercle des géants doit être trouvé, car c'est lui qui révèlera le chemin qui mène au chaudron !

Le scénario se poursuit au gré des légendes celtiques, qui sont toujours aussi plaisantes et illustrées d'une main de maître en la présence de Jacques Lamontagne. Après Ys, on entrevoir même Arthur l'espace de quelques pages.
Si je suis déçu (tout en m'y attendant car cela fait parti de la légende) de la mort de Dahud, mais je suis très heureux en revanche de la présence d'une belle et ténébreuse fille vêtue de rouge au milieu de l'album. La couleur du diable ? :)




Commenter cette BD

Tome 4: \\"La ronde des géants\\"

Année d'édition
2008