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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Cadavre et le sofa (Le) Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Le cadavre et le sofa

Chronique du 07/12/10

C'est les vacances. Mais depuis quelques temps, les autres enfants, d'habitude si turbulents, restent cloitrés chez eux. Peut-être la faute à ce tragique événement, depuis que Christian a disparu...
Alors Polo reste la plupart du temps dehors, à flâner... à regarder les choses incongrues comme ce robinet qui ferme mal et qui déverse ses goutes régulièrement sur le sol. C'est là qu'il fait la rencontre de Sophie...

Tony Sandoval, je l'ai découvert avec Nocturno. J'avais bien aimé le premier album. Un peu moins le second. J'ai ensuite été très déçu par Un regard par-dessus l'épaule, dont le scénario n'était heureusement pas de lui.
Son dessin est très atypique. Je dois avouer que j'ai préféré celui encore plus en rondeur du présent album, pourtant antérieur. C'est peut-être dû au récit, un poil plus tendre que Nocturno ?

Car Le cadavre est le sofa est une histoire d'amour. En fait, c'est un peu plus que ça, c'est une amourette d'été, passagère, furtive et forte. C'est la saveur de la découverte, c'est aussi le frisson de la première fois et l'insouciance de l'adolescence.
Les personnages sont tantôt troublants ou attachants. On se prends d'affection pour eux.

Mais ce n'est pas que ça... oh non, ce serait bien trop simple ! Il y a bien ce sofa, mais il y a aussi ce cadavre ! Un cadre certes un peu glauque pour une amourette. Il y a quelque chose d'étrange, d'ambigu, qui plane autour de chaque scène.

Bien sûr, on trouve des explications à la fin. C'est le dénouement. On fait le parallèle entre les angoisses du garçon et ses cauchemars. Les peurs d'un gamin qui se cherche encore. Cette sortie de l'enfance vers l'âge adulte imagée...
Mais il reste encore un petit quelque chose de fantastique qu'on ne saurait expliqué... et si la frontière entre le rêve et la réalité était plus étroite qu'il n'y paraît ?

En bref, j'ai été charmé par le dessin de l'auteur, qui m'a (re)conquis, plein de tendresse et de poésie. Et j'ai également été surpris par la teneur du scénario, mêlant les genres, osant les choses.
À ne pas mettre dans les mains des plus jeunes, mais... à découvrir :)




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Le cadavre et le sofa

Année d'édition
2007

Cadavre exquis Pénélope Bagieu (s)(d) GALLIMARD

Cadavre exquis

Chronique du 04/01/11

Zoé, hôtesse d'accueil sur le salon de l'auto, fait ce boulot à plein temps alors que ses collègues font des études et ambitionnent une autre vie. Sa vie à elle, justement, ne va pas très fort. Son copain la considère presque comme un objet, et son boulot, elle le déteste. Être payée pour présenter des voitures ou des marques de fromages et se faire prendre en photo par des pervers a ce petit côté abject qui a tendance à la faire craquer.
Heureusement, elle fait la rencontre de Thomas !

Je l'avoue, après avoir lu Joséphine du même auteur, je me suis dit "plus jamais" ! Mais seulement voilà, Angélique a eu le nouvel album de Pénélope Bagieu à Noël et vu qu'il est nominé dans la sélection officielle d'Angoulême 2011, j'ai voulu comprendre pourquoi.
Vous auriez dû me voir en ouvrant la BD, avec cet air presque dédaigneux. Moi qui me disais au fil des premières pages "Bah oui, la fille est mal dans sa peau, évidemment que tu lis un Bagieu, tu t'attendais à quoi ?". Et pourtant, de page en page et de péripétie en péripétie, j'ai finalement apprécié la lecture.

Vous l'aurez compris, Cadavre exquis, ça commence un peu comme Joséphine, mais ça marche nettement mieux !
Tout d'abord, le récit fonctionne. Il est cohérent et il est pleins de surprises. Il y a quelques rebondissements qui laissent pantois, pas question de laisser le lecteur s'endormir (même moi, un mec... incroyable ^^).
On est un peu touché par cette amourette qui commence, et puis il y a cette routine qui s'installe, et puis ce besoin d'espace de notre héroïne. La page 81 vient alors comme une bouffée d'oxygène. Pleine page sur le monde extérieur après deux mois d'enfermement.
Et puis la vie suit son cours, de découverte en chamboulement, jusqu'à cette dernière page qui nous surprend encore.
Le titre de Cadavre exquis n'est pas usurpé, mais ne comptez pas sur moi pour tout vous révéler.

Comme quoi, parfois, les lectures peuvent réserver bien des surprises.
C'est pas la BD de l'année, mais j'ai passé un bon moment malgré tout, et contre toute attente ^^




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Cadavre exquis

Année d'édition
2010

Cerebus Dave Sim (s)(d) Vertige Graphic

Tome 2 : "High Society"

Chronique du 04/12/10

Après avoir quitté Palnu où il avait gagné la confiance de Lord Julius et pas mal d'argent, Cerebus arrive à Iest, la plus importante cité d'Estarcion. Là, il décide de mettre pour quelques temps de côté sa vie barbare et s'installe à l'Hôtel Régence dans la ville haute. Il est loin de se douter à ce moment là des péripéties qui l'attendent et qui le mêleront aux hautes fonctions politiques et aux arcanes du pouvoir.

J'ai découvert cet album lors d'un Raging Bulles, et j'ai tout de suite été saisi par la qualité du graphisme et par les multiples libertés de mise en page de l'auteur. Les critiques des chroniqueurs n'ont fait que conforter ma première impression : j'ai acheté l'album, je l'ai lu, et je suis maintenant à même de faire ma présentation à mon tour.

Tout d'abord, il faut savoir que le personnage de Cerebus est né de l'autre côté de l'atlantique 1977. Créée par le Canadien Dave Sim, la série s'est terminée en 2004 et comporte près de 16 volumes, dont le premier fait environ 500 pages. Je vous laisse faire le calcul, c'est énorme... et c'est d'autant plus impressionnant quand on sait que l'auteur a dû l'éditer lui-même. On parle de plus de 6000 pages, mais n'ayant que le tome 2 dans les mains, je n'ai pas pu les compter toutes.

Le tome 2 me direz-vous ? En effet, High Society n'est pas le premier tome. Vous vous demandez sûrement pourquoi Vertige Graphic a commencé sur le second opus, qui recueille les épisodes 26 à 50, et non sur le premier. Tout simplement parce qu'auparavant, Dave Sim se cherche, tout autant graphiquement que narrativement. Il essaie des choses, il tente plusieurs pistes. L'arrive à l'Hôtel Régence est la clef de cette série : Dave Sim a trouvé quelque chose à raconter et il va s'y coller tout du long.
Ne vous en faites pas, quelques pages en début d'album sont là pour expliquer rapidement ce qu'on a manqué. Et l'ensemble se lit très bien sans pour autant avoir lu les épisodes dans la version US.

Mais alors, on parle de politique tout le long ?
Oui, c'est un peu l'idée. Cet oryctérope (un cochon de terre Africain) abandonne son style très Conan le Barbare pour se frotter au gratin des politiciens. Mais rassurez-vous, il a un caractère bien trempé le porc terreux ! Pas de le temps de s'ennuyer... et puis si, il y a quand même un peu de baston ! Un elfe aussi, et puis un Cafard de lune, Elrod, des magouilles, de la corruption, des manipulations, des guerres, des élections, une chèvre...
De l'humour ? Oui et non, c'est spécial, mais il y en a. Par exemple, j'adore le personnage de Lord Julius, probablement l'un de mes préférés. Il est sensé être le personne le plus influent d'Estarcion, mais il se comporte souvent en véritable guignol, et ses tirades n'ont parfois ni queue ni tête. Mais on a toujours cette impression du personnage rusé qui arrive toujours à ses fins et qui est omniprésent.
Il y a aussi Cafard de Lune, le petit joujou d'Astoria. Ce type est une parodie du super héros, doté d'une personnalité multiple, qui se la raconte à chacune de ses sorties. C'est à mourir de rire.

Côté découpage, puisque Dave Sim n'a pas la contrainte d'un éditeur, il se tente à des choses vraiment surprenantes. Les cases ne sont jamais dans un format classique, elles servent le récit et jouent avec lui. Même l'orientation des pages peut changer, d'ailleurs les derniers chapitres se lisent sur le côté. Mais Dave Sim fait plus fort encore, puisque dans les ultimes pages, alors que Cerebus a un peu trop bu, il nous donne le tournis en nous faisant manipuler l'album dans tous les sens pour suivre le fil du scénario. J'adore ! On a vraiment cette impression que le monde ne tourne pas très droit du coup :)
Le lettrage est lui aussi très soigné, surtout dans les titres et onomatopées.

Parfois aussi, cette ligne éditoriale manquante fait commettre à l'auteur quelques erreurs. Des choses illisibles comme le règlement de ce jeu de carte page 45. Mais rien de bien grave en somme... et puis le texte, comment dire... c'est qu'il y a a lire !
Comme le disait Guillaume Trouillard lors du Raging Bulles : " C'est le meilleur ratio prix / temps de lecture de toute la bande dessinée. " Je ne peux que lui donner raison : vous en aurez pour votre argent !

Bref, j'étais emballé, j'ai pas été déçu, j'ai vraiment adoré.
Que dire de plus si ce n'est qu'il est dans la sélection patrimoine du festival d'Angoulême 2011 ? Alors, vous lisez quoi dans les prochains jours vous ?



Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur album (matériel réédition) 1994


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Tome 2 : \\"High Society\\"

Année d'édition
2010

Chaabi Richard Marazano (s), Xavier Delaporte (d), Isabelle Cochet (c) FUTUROPOLIS

Tome 1: "La révolte"

Chronique du 18/05/08

Inde, de nos jours : Les Pindharis viennent de subir un revers dans le nord. Ce groupe de révolutionnaires armés venait de perdre son meneur, Chaabi. Lui qui représentait à lui seul le symbole de la révolte, lui qui était le porteur de tous les espoirs, était aujourd'hui mort. Mayome est là pour narrer son histoire, l'histoire d'un héros pour tout un peuple.

Chaabi n'est pas le genre d'histoire dont je raffole généralement. Il s'agit là de raconter l'histoire des hommes qui vont composer les rangs des Pindharis, et de comprendre pourquoi ils ont rejoint Chaabi dans sa lutte.
Le premier tome nous dépeint les plus fidèles, et commence le récit du meneur. Alors qu'il était tout jeune, ses parents, en manque d'argent, l'ont vendu à une mine, loin de se douter de ce qu'il arriverait à leur fils (ils pensaient qu'il étudierait et qu'il ne suivrait pas le même chemin qu'eux initialement).

Le travail de bagne commençait, sous une chaleur de plomb. Certains enfants mouraient sous la difficulté du travail qu'ils devaient fournir sans relâche, c'était ni plus ni moins que de l'esclavage. Puis ils parvinrent à s'enfuir, le début de la révolte.

J'ai trouvé la narration longue, j'ai mis du temps à rentrer dedans (forcément, quand on accroche pas, c'est plus difficile).
Le dessin ne me plaît pas particulièrement non plus, mais il a l'avantage de s'adapter à la rudesse du récit.
Je n'ai pas vraiment aimé, mais chacun ses goûts, heureusement :)

Chronique du 18/05/08

Cette BD est difficile à aborder et difficile à appréhender. Tout le long, on parle d'un type sans en parler. Il semble avoir quelque chose de divin et d'insaisissable, ce qui rend la BD elle-même insaisissable. Un regret, car elle a sans doute beaucoup à nous apprendre.


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Tome 1: \\"La révolte\\"

Année d'édition
2007

Championzé Aurélien Ducoudray (s), Eddy Vaccaro (d) FUTUROPOLIS

Championzé

Chronique du 29/03/10

M'Barick Amadou Fall, dit Siki « le rusé » est un jeune garçon originaire de Saint-Louis du Sénagal. Lorsque Elaine et Freda, deux hollandaises, découvrent le petit Siki lors d'un voyage, elles sont amusées par son habileté et par son franc parler, et trouvent que son apparition serait du plus bel effet dans leur troupe de théâtre. Elles le ramènent donc en France, où il découvre la boxe...

Battling Siki, aujourd'hui, tout le monde à oublié son nom. Et pourtant, ce boxeur fut champion du monde Français en 1922, juste après le grand et célèbre Georges Carpentier, qu'il a battu pour le titre. Mais ses titres lui ont été retirés... par racisme ?

Il ne reste dans l'histoire pas grand chose de la vie de ce boxeur, et pourtant, les auteurs de Championzé se sont lancés dans ce défi de conter son histoire. Une BD qui aurait pu être plombée par la dureté du racisme qui, à l'époque, était monnaie courante. Mais non, ils évitent l'écueil de belle manière et nous offrent une lecture agréable avec une thématique délicate décriée avec légèreté.

Le dessin d'Aurélien Ducoudray est lui aussi très léger, tout en crayonné. Personnellement, c'est une technique que j'apprécie beaucoup.

Je ne suis pas très versé dans les récits historiques, pas plus que dans la boxe, et pourtant, à la fin de ma lecture, j'ai refermé le livre plutôt satisfait. Ce n'est pas la BD de l'année, mais c'est agréable et enrichissant, alors pourquoi s'en priver ?




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Championzé

Année d'édition
2010

Chaque Chose Julien Neel (s)(d) GALLIMARD

Chaque Chose

Chronique du 16/12/08

C’est l’histoire de Julien Neel et de son père.
Aujourd’hui Julien s’en va rendre visite à son père souffrant. Un voyage vers l’hôpital dans lequel il rencontrera sa belle-mère et se confrontera à son passé.
C’est souvent lorsqu’on traverse des moments difficiles qu’on s’accroche le plus au passé. La narration nous transporte aux côtés de l’auteur dans un chassé-croisé entre ses visites auprès de son père au quotidien et des vacances avec lui lorsqu’il était enfant. Le récit nous plonge dans son enfance au cours d’une véritable introspection, un partage avec les lecteurs, une histoire intimiste où passé et présent s’entremêlent. On passe d’une page à l’autre de la réalité aux souvenirs, sans aucune brutalité, le plus naturellement du monde, tout comme il l’avait fait avec Lou ! Les transitions sont douces et la lecture agréable, tantôt triste ou tournée à la dérision, elle parvient à nous faire sourire malgré le contexte délicat.

Le dessin du « père de Lou ! » est très différent de celui qu’on lui connaît. On voit que Julien Neel a voulu s’éloigner un peu des sentiers habituels pour ce livre, qui ne s’adresse pas au même public, un trait plus fouillé qui exprime mieux les sentiments qui ont dû le traverser durant sa conception.

A découvrir absolument !

Chronique du 29/10/11

Chaque chose porte bien son titre. Il relate de ces petits riens qui ont toute leur importance et qui vous forgent pour la vie. Dans ce livre, Julien Neel se livre avec pudeur alors que, devenu père, il redevient un fils. Il aborde ses souvenirs d'enfance et les liens qu'il a tissé avec son propre père, lui rendant ainsi hommage.

L'histoire est simple, intime et émouvante, relatant de faits graves, mais le ton reste narquois, l'humour subtil et doux. Une petite mise en abyme avec l'élaboration de l'album que l'on tient dans les mains est un clin d'œil amusant qui replace l'histoire dans la réalité. La construction du récit en particulier (une fusion des séquences enfance/âge adulte) est séduisante et permet d'alterner le passé et le présent avec originalité, tout en montrant à quel point l'expérience actuelle replonge l'auteur/narrateur dans ses souvenirs. Neel a d'ailleurs réutilisé cette technique dans le tome 4 de Lou!.

Le trait de l'auteur garde un côté naïf, innocent et attractif mais la multiplication des traits d'ombres ajoute une certaine gravité à l'ensemble, en particulier sur les scènes contemporaines, rappelant ainsi que Chaque chose est destiné à un public adulte.


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Chaque Chose

Année d'édition
2006

Chasse au trésor (La) Michel Plessix (s), Loïc Jouannigot (d) DARGAUD

Une aventure de la famille Passiflore

Chronique du 30/11/14

Chaque soir ou presque, juste avant de monter se coucher, la pièce commune des Passiflore se transforme en salon de lecture pour les enfants. L'histoire du jour fait voyager les lapinots par delà les mers aux côtés du Capitaine Maldemer à bord de la Bernique hurlante !

« Vous savez, les enfants, que nous avons eu un ancêtre pirate ? », glisse innocemment Onésime, leur père, à la fin du livre. La légende de Patèle Passiflore était née.

Le lendemain, Onésime propose justement une balade dans l'anse de Miséricorde, le lieu-même de la retraite de celui qui se faisait appeler l'impitoyable cycliste des 7 mers...


Quand la fiction déborde dans la réalité.

J'aime ces récits qui, par un peu de magie et un brin de malice, mélangent subtilement la réalité et la fiction. Le père, farceur dans l'âme, a souhaité faire vivre une belle aventure à ses enfants, les invitant sans les prévenir à suivre un amusant jeu de piste. Une histoire lue la veille et quelques similitudes plus tard, le message trouvé dans une bouteille éveille la curiosité des marmots !
Au même moment malheureusement, Tante Zinia crie au vol, obligeant Onésime à laisser les enfants seuls quelques instants. C'est alors qu'ils prennent les devants, n'écoutant que leur soif d'aventure... les voilà partis en quête du trésor de Patèle Passiflore !

« Pour qui l'trésor ?.
C'est pour les Passiflore !
Et pourquoi donc, alors ?
Pas'qu'y sont les plus forts !
Pas'qu'y sont les plus forts !
 »

Le père n'a rien laissé au hasard et a bien pensé tout le trajet. C'est donc une balade agréable que nous faisons aux côtés des enfants lapins tout au long de ces 38 planches.


Gare au putois !

L'histoire nous invite dans un conte pour enfants aux codes bien respectés : le quotidien est chamboulé par l'élément déclencheur « père taquin » qui entraîne une balade, elle-même mise en abyme par l'élément déclencheur « tante éplorée » qui laisse les enfants seuls face à de nombreuses péripéties... et face au danger !

Cette menace, extrinsèque aux facéties du père, prend la forme d'un putois qui flaire en ces lapins en quête de trésor la bonne combine pour gagner de l'argent facile... et se rassasier.
Évidemment, c'est le moyen idéal de placer une morale dans le récit : il ne faut pas se fier aux inconnus (quand bien même ils paraissent gentils... et surtout s'ils paraissent gentils) !

C'est bien connu, les putois sont odorants et mangent des lapins.
Chez nous cette Chasse au trésor était notre lecture du soir. À trois ans, la puce est déjà habituée aux bandes dessinées et connaît très bien L'ours Barnabé, qu'elle nous réclame assidûment.
Elle a eu très peur du putois dès sa première apparition, quand bien même il n'avait pas encore sorti les crocs (comme quoi, elle, on lui fait pas, elle sait déjà qu'il faut pas faire confiance). Alors quand il devient vraiment méchant c'est un peu délicat. Heureusement (bim bam boum) tout rentre dans l'ordre : l'histoire lui a plu et nous aussi !


Une histoire au long cours...

La famille Passiflore est au départ une série de livres pour enfants née en 1987 et qui a su traverser les âges. Pas seulement sur support papier d'ailleurs mais aussi à la télévision, s'exportant même jusqu'aux États-Unis sous le nom de Beechwood Bunny Tales.
Son auteure, Geneviève Huriet, s'est entourée de Loïc Jouannigot pour les illustrations de ses livres. C'est ainsi que ce dernier a également adapté en 2012 et 2013 les premières aventures de ces lapinots en bande dessinée.
Contrairement aux précédents opus, La chasse au trésor n'est pas une adaptation mais un récit inédit imaginé par l'auteur du Vent dans les sables : Michel Plessix. Loïc Jouannigot peut ainsi poursuivre son travail d'illustrations, tout en douces aquarelles (et dont le rendu est très proche du travail de Plessix), sous la plume d'un nouveau conteur d'histoires (Geneviève Huriet, née en 1927, n'est plus toute jeune). La famille Passiflore a encore de beaux jours devant elle !

Que ceux qui n'ont jamais rien lu de la saga se rassurent, La chasse au trésor est parfaitement compréhensible et auto-conclusive.


D'autres avis : Fab Silver, Jérôme

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Une aventure de la famille Passiflore

Année d'édition
2014

Chasseur d'éclairs (Le) Kenny Ruiz (s)(d) PAQUET

Tome 1: "Espérance"

Chronique du 03/02/07

Dans un monde post-apocalyptique dans lequel la pluie ne cesse de tomber, les hommes se prêtent à rêver. Le rêve d'un monde meilleur porté par celui que la prophétie nomme "le chasseur d'éclair" et incarné par Kain. Il porte en lui l'espoir de tout un peuple, on dit qu'il ne craint pas la foudre, et doit affronter l'orage au sommet d'une tour dans une lointaine cité, elle serait une machine électrique construite par les anciens qui rendrait la lumière sur la terre. Mais certaines personnes ne souhaitent pas que s'accomplisse la légende....

Cette bande dessinée, bien que ce ne soit pas le genre que je préfère, a un scénario très bien ficelé et qui préserve encore toutes ses intrigues. On ne peut que compatire avec ce peuple vivant quotidiennement les afres des intempéries, et la tristesse qu'elles apportent.
Un dessin qui colle bien avec le thème de cette série très grise. Et des personnages plus ou moins attachants ou détestables selon. Pluhie, la fille de Kain, aveugle de naissance et Otto, photographe noir de peau faisant preuve d'un enthousiasme débordant, prouvent par leur tempérament qu'il ne faut pas se laisser abattre dans ce monde si rude.
L'espoir est-il réel ou tristement illusoire ? On attend la suite de cette histoire qui promet pas mal de bonnes choses.

Chronique du 03/02/07

BD découverte à un stand Paquet de qualité lors de Quai des Bulles (Saint Malo) 2005.
Dessin sympa, intrigue... qui intrigue, un contexte peu habituel, des personnages attachants... J'ai résolu de passer à la suite
Je ne regrette pas du tout la découverte de cette bande dessinée. Le plus étrange, c'est que je l'avais achetée pour l'anniversaire de mon père au départ, et je m'étais pris Pendragon. Là-dessus, je découvre qu'en fait, Jérôme avait déjà acheté et fait dédicacé Pendragon alors j'ai inversé.
Tant mieux ! Je préfère largement le Chasseur d'Eclairs au final !


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Tome 1: \\"Espérance\\"

Année d'édition
2003

Tome 2: "Responsabilité"

Chronique du 03/02/07

Kain et son groupe poursuivent leur chemin vers la machine sacrée et s'apprêtent à traverser les tunnels pour se rendre dans la ville. Mais que cache l'obscurité de ce dédale ? Et quel est le but du mystérieux Gabriel qui veut contrer son avancée ?

Un second tome dans la continuité du premier. On sens le mythe fragile, le héros ne sachant parfois plus trop où il en est. Mais les événements le poussent à avancer. Dieu réel ou simples coïncidences, les propos de ceux qui croient en lui et de ceux qui tentent de le déstabiliser s'opposent. On a hâte de savoir qui aura le mot de la fin ... et quel mot ?

Chronique du 03/02/07

Dans ce tome-ci, on s'empêtre dans des situations plus ou moins incontrôlées par les héros. Kain découvre la vanité des espoirs etc. etc.
Malgré tout ça, j'ai le sentiment que ce tome-ci ne vaut pas le précédent.


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Tome 2: \\"Responsabilité\\"

Année d'édition
2005

Tome 3: "Vérité"

Chronique du 04/02/07

Kain est prisonnier de Gabriel, et ce dernier lui fait part de l'histoire telle qu'il l'a vécue. Pendant ce temps, en ville, la rébellion menée par Guenièvre, Otto et Attila se prépare. Plus loin encore, le maître qui lit dans les étoiles est sur le point d'annoncer une nouvelle prophétie....

L'épilogue de cette série nous livre ici ses derniers secrets, le tout dans une superbe mise en scène. On sent la tension monter au fil de la lecture en même temps que la fièvre nous gagne.
Même si on pressent comment cela va se terminer, on ne peut remettre en cause le talent avec lequel l'histoire est apportée.
"Cruel est le monde quand il est privé de lumière."

Chronique du 04/02/07

Aaah, le dénouement ! Plus d'un an que je l'attendais et je ne suis pas déçue. Après avoir perdu l'espoir, Kain fait en sorte que les autres le retrouvent, sans pour autant donner l'impression d'un final à la Walt Disney.
Cette bande dessinée aura distillé tout le long une certaine philosophie sur les superstitions et l'espoir.


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Tome 3: \\"Vérité\\"

Année d'édition
2007

Château de sable Pierre Oscar Lévy (s), Frederik Peeters (d) ATRABILE

Château de sable

Chronique du 23/01/11

Sur une plage déserte, un homme se réveille. Alors qu'il range ses affaires, une jeune fille arrive sur les lieux, se dévêt et se jette à l'eau. Pourtant charmé par cette vision matinale, l'homme décide de reprendre le sentier qui mène hors de la crique.
Quelques temps plus tard, alors qu'il est à peine 8h, une famille arrive à son tour et découvre ce pauvre Kabyle allongé à même le sol...

J'éprouve les plus grandes difficultés à aborder cet album sans en dévoiler le contenu. Je ne voudrais absolument pas gâcher tout plaisir de lecture à ceux qui liraient cette chronique avant d'avoir lu la bande dessinée. Et il n'est vraiment pas évident de parler du scénario sans spoiler.
Mon a priori sur le dessin "ligne claire" de Frederik Peeters a très vite été balayé par la géniale ambiance qui règne dans ce livre. Une atmosphère oppressante et étouffante qu'on devine dès le début et qui nous prends à la gorge jusqu'à la fin. On est dans un huis-clos impressionnant et contre lequel on ne peut rien. On est dans le paranormal, plongés dans la 4ème dimension.

Les théories les plus folles s'échafaudent tout au long de l'histoire. L'écrivain de science-fiction bloqué sur la plage nous aide à remettre de l'ordre dans nos cerveaux. A-t-il trouvé dans l'une de ces abracadabrantes idées celle qui est à l'origine de tous leurs maux ?
Les personnages sont confrontés à une vitesse incroyable à des événements qu'ils n'ont pas le temps d'appréhender. Le surnaturel l'emporte rapidement sur la raison. Les traits se déforment, mieux encore, ils se métamorphosent ! Les mentalités évoluent, les sentiments aussi : assurance, crainte, peur, renoncement...

J'aime les fins ouvertes, j'aime lorsqu'une histoire ne se termine pas à la dernière page. J'ai aimé Château de sable et toutes les questions qu'il apporte sans jamais donner de réponse. Certes, certains événements nous orientent un peu dans une direction plutôt que dans une autre, comme ces coups de feux tirés d'on ne sais où et qui laissent présager d'une expérience. Mais nous n'en saurons pas plus.
J'ai hâte de pouvoir en discuter avec tous ceux qui auront lu cet album et qui se posent, comme moi, tout un tas de questions.

On comprend en tout cas pourquoi cet album fait parti de la sélection officielle du festival d'Angoulême 2011. Sa place n'y est absolument pas usurpée.
Merci aux auteurs pour ce savoureux moment !




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Château de sable

Année d'édition
2010

Château des étoiles (Le) Alex Alice (s)(d) Rue de Sèvres

Tome 1 : " 1869 : La conquête de l'espace "

Chronique du 20/09/14

Je me souviens encore de cette grande affiche sur le stand des éditions Rue de Sèvres, c'était lors du festival d'Angoulême 2014...
La couverture, déjà bien alléchante à l'époque, attirait le regard de milliers de visiteurs... moi compris.
La petite maison d'édition rattachée à L'école des loisirs a de l'ambition (en atteste son positionnement dans « la grande bulle éditeurs » du festival) : qualité plutôt que quantité ! Elle s'attache néanmoins à grandir vite et bien. Zep avait inscrit avec Une histoire d'hommes la première ligne d'un catalogue qui ne cesse de croître depuis 2013.
C'est aujourd'hui au tour d'Alex Alice de conquérir l'espace et d'envoyer notre esprit vagabonder dans les étoiles...


Mise en orbite programmée

Rue de Sèvres a bien fait les choses et on se rend compte avec Le château des étoiles que l'éditeur a mis le paquet question communication.
Alors que l'album cartonné doit paraître dans les prochains jours – précisément le 24 septembre – le titre a fait parler de lui tout au long de sa conception et la parution par épisodes sous la forme de gazettes n'y est pas étrangère.
Ces journaux, relatant l'histoire par tranches d'une vingtaine de pages, permettait aux amateurs (de bande dessinée ?) de découvrir une aventure sous une forme plus insolite, d'appréhender non seulement un récit sous un œil différent mais aussi d'apprécier une narration qui se doit d'être percutante.
Une contrainte de fabrication donc mais qui place l'intrigue sous un rythme soutenu car il est impératif dans ce cas de tenir le lecteur en éveil et de lui donner l'envie de poursuivre. C'est une véritable force qui se retrouve dans l'album « intégral » puisqu'il n'y a pas de temps mort.

Si je devais regretter un défaut dans ce rouage communicatif, c'est que les libraires spécialisés BD n'aient pas été destinataires des gazettes. L'école des loisirs et son étiquette « pour enfants » a vraisemblablement orienté les achalandages vers des libraires jeunesse, habitués à leur réseau de diffusion.

L'album relié ne devrait toutefois pas souffrir du même mal et je peux vous dire, pour l'avoir tenu en main, que la maquette fait plaisir à voir.
Les amateurs de beau livre ne seront pas déçus avec sa couverture toilée et ses incrustations de vernis sélectif. L'objet fait envie et on sait combien l'accroche est importante sur les étals des libraires surchargés de titres.

Pour les inconditionnels d'Alex Alice, une édition grand format et avec des pages additionnelles de bonus paraîtra le même jour en tirage unique.


Sur la route de l'Ether

« Ça fait plus de deux mille ans qu'on a eu l'idée de l'éther, et depuis Socrate personne ne l'a jamais trouvé !
_ Socrate n'est jamais monté jusqu'à 11000 mètres !
 »

Le jeune Séraphin vit avec son père Archibald, éminent ingénieur, dans l'une des villes minières les plus importantes de France (Courrières). Nous sommes en 1869, à l'aube de la guerre franco-prussienne...
Un an tout juste après la disparition de Claire, la mère de Séraphin, dans un vol expérimental en ballon, ils reçoivent une lettre d'un mystérieux expéditeur, lequel offre un emploi à Archibald tout en prétendant avoir récupéré le carnet de bord de sa femme.
L'aventure les mènera en Bavière, sur les traces de l'Éther... une escapade dangereuse, ponctuée d'escarmouches et d'espionnage.

« Peu importe ce que je crois. C'est possible, et la politique... est l'art des possibles ! »

En ancrant son récit dans la grande Histoire, Alex Alice donne de la crédibilité à sa fiction. La Prusse de Bismarck lui apporte tout ce dont il pouvait désirer avec un contexte politique fort et tendu, mais aussi par la promiscuité technologique du moment, chère à Jules Verne et Gustave Eiffel. Le métal et la vapeur, deux atouts majeurs d'un style steampunk qui séduit encore de nos jours.
Le point de bascule fictionnel, l'Éther, devient alors tangible. À l'époque, l'espace était inconnu et la révolution industrielle ouvrait la science des possibles. Le rêve d'une énergie infinie qui pourrait remplacer les exploitations de charbon est bien prégnant. Jumelé à l'avant-gardisme de Jules Verne (le voyage en ballon, la conquête spatiale), Le château des étoiles s'imprègne d'autant plus de l'esprit des Voyages extraordinaires.

« Voyez-vous, la vérité que nous enseignent les mythes n'est pas que les dragons existent... mais qu'ils peuvent être vaincus. »


Alex Alice

L'auteur du Troisième testament (avec Xavier Dorison) et de Siegfried (en solo) avait l'envie d'une bande dessinée tout public. C'est en 2008 que le projet du Château des étoiles a commencé à germer dans sa tête mais il avait des travaux à terminer avant de pouvoir se mettre à l'œuvre. Cela ne l'empêche pas de se documenter et de réaliser quelques dessins préparatoires en prévision de cette nouvelle série.
La rencontre avec Rue de Sèvres a été déterminante dans son avènement car leurs souhaits trouvaient de nombreux points d'entente, notamment dans la parution des gazettes.

Pour ce projet, l'auteur s'est échiné en détails à l'aquarelle. Les dessins sont impeccables et soignés, nous n'en attendions pas moins de lui. Je suis néanmoins plus réservé quand à la pâleur des couleurs qui auraient gagné à être un peu plus vives. Le rendu reste plaisant mais c'est un bémol dommageable au regard de la qualité de l'album dans son ensemble.

Qu'à cela ne tienne, Le château des étoiles mérite tout de même l'intérêt que la large campagne de communication lui porte. Le récit, typé jeunesse, possède suffisamment d'intrigues et de matière pour capter l'attention des adultes. Alex Alice souhaitait une série tout public : il y est parvenu !
Rendez-vous en 2015 pour un second tome conclusif !



D'autres avis : Mo', Yaneck (gazette #1)

Le site consacré au Château des étoiles.
Le blog d'Alex Alice.




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Tome 1 : " 1869 : La conquête de l'espace "

Année d'édition
2014

Château l'Attente Linda Medley (s)(d) Cà et là

Tome 1

Chronique du 09/12/07

Il était une fois un merveilleux château, le château l'Attente. Tout commença lorsque le Roi décida de partir à la rencontre de sorcières afin de leur demander de réaliser un miracle : donner à sa Reine un bébé, elle pour qui enfanter était impossible. Puis vint la malédiction, Rackham Ciconius, Dame Jaine Solander, Sire Chess... le début d'une longue histoire !

Les événements se succèdent sous la forme d'un conte, bercé par toutes les histoires que nous connaissons et qui sont ici mélangées. Ce livre est un grand 'melting pot'. Vous pourrez y croiser l'histoire de la Belle au bois dormant, rencontrer les trois petits cochons, et encore tout un tas de références que nul ne peut ignorer.
Ici l'auteur prend le temps de décrire les protagonistes, de les mettre en scène et d'expliquer le passé de chacun, qu'il soit un personnage principal ou secondaire.

Je trouve le concept très interessant, à défaut d'être innovant, et la narration très bien faite. J'ai eu longtemps l'impression de jouer à "Il était une fois", un petit jeu de société dans lequel chaque joueur doit raconter une histoire avec les cartes clefs qu'il a en main, pour parvenir à SA fin... bien entendu, tout le monde pars dans sa direction, ce qui rend l'histoire un peu folle, tout en restant cohérente.

Je suis tout de même un peu déçu au final, car je trouve que le 'roman' s'essouffle au fur et à mesure, avec l'histoire du couvent des Sollicitines de sœur Paix, qui est bien trop longue à mon goût.

Note toute particulière au format de l'ouvrage, que je trouve absolument génial, ainsi que la pagination et les chapitres ouvragés, qui ne sont pas sans rappeler le "roman" dans toute sa splendeur.

Linda Medley est passé par le Comics avant de se lancer dans cette histoire un peu folle, et prévisionne même de sortir un second tome pour l'année 2009.
Il existe un site pour cet album, que vous pourrez visiter à cette adresse : http://www.chateaulattente.com/
Notez qu'il est cité dans la sélection officielle d'Angoulême 2008, aux côtés du manga "Death Note" ou du génialissime "Trois Ombres" de Cyril Pedrosa, et que l'album a d'ors et déjà été auréolé de l'Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 1998.

Chronique du 09/12/07

Le coup de foudre dans la librairie. Jérôme l'a eu aussi (le coup de foudre).
Alors forcément... On l'a acheté ! ^^

Le support à lui tout seul est surprenant : un livre de contes. Et puis on commence à rentrer dedans : un conte, la belle au bois dormant. Et puis tout part en vrille et ça devient délirant tout en restant poétique comme un conte. Mais jamais tout à fait sérieux. Seul regret, l'histoire de Sœur Paix traine un peu en longueur avec des niveaux métadiégétiques (héhé, j'ai rentré mon mot qui pète tout... j'ai passé une demi heure à le chercher ! Merci Marion, merci Yacine) un peu lourds. Juste pour me la péter un peu plus, un niveau métadiégétique, c'est l'intégration d'un récit dans un récit (beaucoup de bruit pour pas grand chose). Mais bon, un couvent de bonnes sœurs barbues, c'est pas courant ! :)

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure nouvelle série 1998


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Tome 1

Année d'édition
2007

Château l'Attente Linda Medley (s)(d) DELCOURT

Tome 2



Chronique du 19/10/2014

Un format livre de conte identique avec un dos toilé : on aurait pu croire que le rachat des droits de Château l'Attente par Delcourt aurait finalement des répercussions moins importantes qu'on ne l'aurait cru... Ou pas.

Dans une bibliothèque, déjà, ça fait tache. L'édition de Çà et Là avait un dos en simili cuir et un beau travail de lettrage sur la couverture, sans parler des couleurs bien plus vives que celles toutes fades de la version Delcourt. De la même manière, les pages de chapitres sont d'un ennui mortel. Finalement, on va pas les féliciter chez Delcourt. Mais bon, on le sait : chez Çà et Là, l'objet « livre » reste au cœur des préoccupations, et s'il faut y mettre les moyens pour lui donner toute sa dimension, on fonce. C'est une grande force chez cet éditeur, et nous ne serons pas surpris de constater que Delcourt ne tient pas la comparaison. Notons toutefois que ces défauts s'estompent sur l'addendum. Car en fait, tout ça ce n'est pas le pire.

Le pire, c'est que pour parfaire le coup médiatique du rachat des droits de Château l'Attente, ils se sont empressés de publier le tome 2... inachevé. Comme ça, double rentrée d'argent : on fait un tome 2 bis. Autant la présentation peut à peu près s'envisager, autant cette coupure est particulièrement malvenue et désagréable et ce d'autant plus si on prend en compte les considérations financières : 20€ le tome 2.1 de 380 pages c'est très raisonnable, mais ça l'est beaucoup moins quand on y ajoute les 11,50€ nécessaires à la fin de l'histoire (pour seulement 87 pages cette fois). Au final, dans cette histoire, c'est tout bénef' pour Guy Delcourt, ça l'est beaucoup moins pour le lecteur !

Qu'en est-il du contenu ? Hé bien lui par contre est toujours aussi bon. Peut-être même meilleur que le premier puisqu'on ne se perd plus dans les textes imbriqués (les niveaux métadiégétiques donc) mais qu'on se concentre bel et bien sur le moment présent. Finalement le défaut du premier volume tenait sans doute à la présentation des personnages, mais rien sur l'ouvrage n'indiquait alors qu'il ne s'agissait que d'un premier opus. En revanche, on reste dans ce même esprit de conte décalé. Lynda Medley prend toujours les situations à contre-pied avec toujours autant de talent et de douceur, et ne trahit en rien ses promesses. Le dessin aussi s'améliore. Plus fin, il donne aux personnages des traits plus définis.


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Tome 2

Année d'édition
2011

Chevaliers d'Émeraude (Les) Anne Robillard (s), Tiburce Oger (d) Casterman & Michel Lafon

Tome 1 : " Les enfants magiques "

Chronique du 28/09/11

Alors que le sorcier Asbeth livre sa prophétie au sombre seigneur d'Irianeth, le mage Élund livre au Roi d'Émeraude que l'ennemi va à nouveau tenter d'envahir le royaume.
Dans le passé, le magicien de cristal était venu en aide du Roi Jabe, mais cette fois les circonstances sont différentes : il faudra rechercher les jeunes enfants aux pouvoirs magiques de par le continent pour qu'ils deviennent les chevaliers qui sauveront le monde de demain.

Peut-être connaissez-vous déjà le cycle des Chevaliers d'Émeraude, un roman fantasy fleuve d'Anne Robillard.
Anne Robillard, c'est encore elle qui est à l'origine de cette bande dessinée. Mais il ne s'agit pas d'une adaptation de l'un de ses romans, c'est au contraire une histoire originale qui se passerait avant le récit des romans, une genèse en quelque sorte, qui aborderait la recherche et l'éducation de ces chevaliers aux pouvoirs d'exception.
Pour ce faire, Robert Lafon s'est associée aux éditions Casterman, plus habitués à l'univers de la BD. L'auteure a choisi de composer avec Tiburce Oger pour mettre en image son univers, peut-être inspirée par son travail déjà fantastique sur La forêt.

Côté récit, je n'ai pas trouvé que le genre ait été renouvelé. J'oserai même ajouter : malheureusement. L'intrigue du méchant envahisseur qui va tenter (et probablement rater) d'anéantir le gentil royaume voisin n'est pas révolutionnaire. Ça viendra peut-être dans le tome suivant... Après tout, si le roman a du succès, il doit bien y avoir une raison !
Je ne sais pas si Anne Robillard s'est faite aider pour le storyboard, en tout cas je le trouve haché. Il y a cette impression qui me prend à la lecture que tout va trop vite dans le récit. On aurait cru une adaptation, comme si l'album d'un classique 46 pages devait intégrer le volume tout entier d'un tome de roman. Pourtant, ce n'est pas le cas. Je trouve dommage que l'auteure n'ai pas souhaiter prendre le temps de présenter l'intrigue et les personnage plus en profondeur. Car tout ça manque cruellement de relief et de consistance, c'est regrettable.

A contrario, le dessin de Tiburce Oger est enchanteur, fourmille de détails et sent bon la fantasy. Sa couleur donne de la magie au récit et en met plein les mirettes. C'est une réelle satisfaction pour moi, mais je n'en doutais pas une seule seconde après ce qu'il avait fait sur La forêt.

L'avenir nous dira si la série mérite qu'on la suive. En attendant, je reste tout de même un peu déçu et m'en vais glorifier de ce pas cette bonne vieille Quête de l'Oiseau du Temps !




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Tome 1 : \\" Les enfants magiques \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " L'épreuve du Magicien "

Chronique du 12/09/12

Les enfants prodiges ont bien grandi et sont capables de véritables prouesses. Leurs dons magiques se sont considérablement accrus et leurs aptitudes physiques également. Mais il y a encore une chose qui leur fait défaut pour être à la hauteur de la prophétie qui les attend, et le vieux magicien Élund le sait bien : il n'ont encore jamais fait face au danger en situation. Avec l'aide de son ami Mori, Mage du Béryl, ils vont mettre les Chevaliers à l'épreuve en libérant une créature entièrement magique : un élémental de glace !

Je n'avais été que moyennement enjoué à la lecture du tome 1 des Chevaliers d'Émeraude, mais je suis quelqu'un de courageux : après un premier opus clairement introductif, le scénario allait sûrement se lancer par la suite.
Que nenni ! Peste soit mon optimisme, je suis une nouvelle fois déçu. Mais ici point d'excuse : l'histoire AURAIT DÛ se mettre en bonne marche !

Anne Robillard sait sûrement écrire des romans. Sa bibliographie parle d'elle-même : la série des Chevaliers d'Émeraude connaît un fort succès et se vend comme des petits pains. Mais la bande dessinée ce n'est pas du roman !
Je fais les mêmes reproches à ces réalisateurs qui pensent qu'on peut facilement adapter un roman en film. J'ai été critique sur les adaptations du Seigneur des anneaux par Peter Jackson (sur un autre média, mais dans le même sens) bien que je reconnaisse qu'il s'en soit bien tiré, mais que dire par exemple des Harry Potter ? Prenons Goblet of Fire : dans le roman, on ressent bien l'influence des saisons qui passent sans que l'énigme de l'œuf ne trouve de solution. Mais dans un film, d'une durée finalement très courte, cette attente quasi-angoissante est tout simplement inexistante !
Réduire l'intérêt d'un roman à un 46 pages de bande dessinée est une ineptie. Le découpage est haché, le contenu est bâclé. Tout va trop vite, la lecture en est saccadée.
Même s'il s'agit d'une genèse des romans, d'une quête initiatique et originale, la bande dessinée n'obéit pas aux mêmes codes narratifs que Diable !

D'accord, le découpage est - selon moi - mauvais. Mais une bande dessinée ne se résume pas qu'à ça. Malheureusement, le scénario est lui aussi toujours aussi plat. Peut-être que je ne maîtrise pas suffisamment l'univers du roman pour bien apprécier le contenu je le reconnais. Avec des références sur le devenir de ces héros, l'histoire en est peut-être plus palpitante. Mais pour quelqu'un qui comme moi ne connaît pas la série... ce n'est pas le cas. Sauf que ce préquelle en bande dessinée se veut tout de même tout public.
Cet album-là manque pour moi cruellement de relief et de surprise. Tout va toujours trop vite et il n'y a que trop peu de place pour le discernement. Le manque flagrant d'intrigue plus aboutie que la simple péripétie rend le tout bien triste.

Pour couronner le tout, j'ai également été très embêté par le graphisme tout au long de la lecture, et ce dès le début...
J'avais pourtant apprécié le travail de Tiburce Oger dans le tome 1. En comparant les deux albums, ils restent dans la même veine et je retrouve aujourd'hui dans le premier opus ce même malaise latent, sans que je parvienne vraiment à trouver mes mots pour l'identifier clairement.
C'est très difficile pour moi de dire si ce sont les traits qui sont flous, mal esquissés, ou si c'est la couleur qui les rend si complexes à interpréter.
Les contours des visages me paraissent flous et changeants, les gestes mal assurés...
Pourtant, certaines planches pleine page sont réellement fantastiques !
Je me dit que c'est peut-être du fait des couleurs, avec ces ombres très tranchées, ces contrastes forts entre les éclats lumineux mis juste à côté de tons très sombres et soutenus. Une alternance peut-être trop généreusement dosée et qui a nui à ma lecture.

Pour tempérer mes propos, j'ai rouvert le livre le lendemain pour approfondir mon analyse. Je reconnais que l'apport d'une clarté naturelle est indéniable et que la lumière artificielle de ma lecture de la veille avait assombri mes dires. Je maintiens tout de même mon avis sur le fait que je trouve les contrastes trop forts et le dessin plus brouillon que dans le tome 1, notamment au niveau des visages moins affinés.

Je me faisais une joie de découvrir le talent de Tiburce Oger en tant que dessinateur mais je suis très déçu d'avoir tenté sa découverte sur Les Chevaliers d'émeraude... sic !
Inutile de vous dire qu'une suite est d'ors et déjà en préparation... Je ne suis pas certain d'avoir envie de la découvrir, et ce même si je n'ai pas pour habitude de laisser mes séries en suspens.




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Tome 2 : " L'épreuve du Magicien "

Année d'édition
2012

Chimichanga Eric Powell (s)(d), Dave Stewart (c) DELCOURT

Chronique du 15/09/13

Fort de son succès sur The Goon, Eric Powell reçut un jour un coup de téléphone d'une chaîne de télévision pour enfants, lui demandant s'il avait des idées pour un dessin animé.
Ni une ni deux, l'auteur américain propose un premier projet, refusé, puis un second (Chimichanga, l'appellation d'un burrito sud-américain)... refusé lui aussi. Visiblement les idées du bonhomme ne plaisaient pas, trop "barrées" selon eux.
Mais Eric Powell a aussi des enfants, et ceux-ci témoignaient bien plus d'intérêt pour Chimichanga que pour ses dessins pour The Goon. Il a donc décidé de travailler son histoire pour la bande dessinée.

Chimichanga est donc un récit pour enfants un peu barré, avec un monstre gentil (et pas très fin), des "artistes" jaloux, de vrais méchants capitalistes et une bonne dose d'humour "pipi-caca".
Atypique en tous points.


« Ceci est l'incroyable chèvre borgne à deux yeux ! Elle sait dire la bonne aventure !
_ À d'autres ! Les chèvres savent dire que "BÈÈH" !
_ Et un borgne à deux mirettes, c'est aussi bidon qu'une mèche sur l’œil ! Allez, on met les bouts.
»

L'histoire prend place au sein d'un cirque décadent, au bord de la faillite. Il faut dire que ses phénomènes de foire ne sont pas des plus attractifs, de la chèvre divinatrice à « Randy ! L'homme de 70 kg qui a la force d'un homme de 75 kg ! ». Alors quand la petite Lula ramène un vrai monstre au sein de la communauté, c'est peut-être le coup de pouce du destin tant espéré qui leur permettrait d'échapper à leur triste sort : la fabrique de bouillabaisse en boîte.

Pour parler franc, je m'attendais à une lecture un peu plus... enthousiasmante. J'ai été déçu, entre autres, par ces freaks qui n'ont rien d'exceptionnel. Par l'héroïne de cette histoire surtout, Lula, une petite fille un peu ronde avec une belle barbe et une moustache en guidon (le concept de la femme à barbe miniaturisé). Un visage qui nous évoque dans sa forme celui de William Rockwood (pourtant bien plus charismatique) et qui, hormis quelques attitudes exagérées, porte le masque de l'inexpressivité... sic !

Je retiendrai plutôt le côté décalé de l'album, très critique par exemple sur l'industrie pharmaceutique.

« C'est pourtant vrai ! Cette potion guérit les pires accès de flatulence ! J'en souffre depuis mon plus jeune âge, et une simple gorgée m'en a guérie !
_ Admettons que ce soit vrai. En quoi cela pourrait-il nous intéresser ?
_ P-parce que vous fabriquez des médicaments, pardi ! Guérir les maladies, c'est votre bizness.
_ Les soigner, madame, pas les guérir. Nous avons des stocks à écouler, et vous nous proposez un produit qui éradiquerait une de leurs raisons d'être ! Prenons par exemple la gamme Champistop. 137 produits qui soulagent provisoirement les malheureux en proie aux mycoses. Et se vendent comme des petits pains. Imaginons que nous mettions sur le marché une pilule-miracle qui immunise le public payant contre les mycoses. Que ferions-nous de nos 137 dérivés de Champistop si plus personne n'en avait besoin ?
»

Humour, dérision, irrationnel. Le scénario d'Eric Powell est réellement barré. Peut-être trop...
Et même la colorisation de Dave Stewart, moins douce que sur Daytripper, m'a paru un ton en dessous de sa précédente prestation.



D'autres avis (plus enjoués) : Choco, David F., Mo', Zaelle


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Chronique des Immortels (La) Benjamin Von Eckartsberg (s), Thomas Von Kummant (d) PAQUET

Tome 1: "Au bord du gouffre"

Chronique du 05/02/07

Andrej Delany est de retour dans son village, mais ce qu'il découvre est loin de ce à quoi il s'attendait. Plus âme qui vive, un village désert... ses pas le dirigent vers la demeure où git son fils Marius, enchaîné et à l'agonie. Il ne lui reste qu'à achever ses souffrances, ce que n'avait pas réussi à faire Frédéric, le seul survivant de ce carnage mené par l'inquisition.
Ils cherchaient un hérétique, quelqu'un qui avait pactisé avec Satan. Et pour cela ils ont tué la moitié des villageois, et fait prisonnier l'autre partie.
C'est pour ces rescapés qu'Andrej décide, avec Frédéric, de suivre le chemin des hommes en armure dorée.

Ce scénario n'a rien d'extraordinaire si l'on s'en réfère au fait que c'est une adaptation du célèbre roman fantastique allemand de Wolfgang Hohlbein. Mais pour tous ceux qui ne l'ont pas lu (comme moi), l'histoire est excellente et prenante.
Il y a aussi cette malédiction... mais je n'en dis pas plus :)
Sur le verso on retrouve une phrase qui en dit long et que je trouve très belle:
"Certaines blessures guérissent, d'autres saignent à jamais..."

Quant-au dessin, c'est tout simplement sublime. On a parfois l'impression de regarder un film d'animation. Et tout est fait dans la colorisation pour renforcer l'ambiance glauque de cette bande dessinée.
Chaque case prend vie et on les dévore, vivement la suite !
Pour moi, c'est une révélation.

Chronique du 05/02/07

Une fois franchie la barrière de la couverture (j'ai mis un an à le faire), on découvre encore une fois l'une des dernières perles de Paquet. Si la couverture de cette BD annonce quelque chose de noir, c'est bien qu'elle l'est à l'intérieur, mais il faut bien avouer que le graphisme particulier annoncé passe beaucoup plus facilement une fois qu'on s'est décidé à ouvrir le bouquin.

Concernant le scénario, j'ai le sentiment étrange de tomber à la fois dans un univers connu et quelque chose de totalement nouveau. J'aurais du mal à l'exprimer, je ne puis donc que vous dire une chose : lisez-le !


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Tome 1: \\"Au bord du gouffre\\"

Année d'édition
2005

Tome 2 : " Au bord du gouffre "

Chronique du 14/01/12

Andrej Delany porte en lui une terrible malédiction : La mort lui est refusée, ce qui lui vaut d'être pris en chasse par l'Inquisition. Dans le village de Borsa, dans lequel il est revenu après de longues années d'exil, il ne trouve que des ruines fumantes et des cadavres. Il retrouve aussi son fils à l'agonie duquel il met fin en lui perçant le cœur de son épée. Il fait également la connaissance de Frédéric, qui lui conte les événements et qui semble porter cette même malédiction en lui... ensemble, ils partent sur les traces de l'Inquisition pour tenter de sauver les prisonniers.

L'arrivée de Frédéric dans la vie d'Andrej donne comme un nouveau souffle à son existence après la perte de son fils. Pourtant, il apprend bien vite que le jeune garçon porte aussi en lui cette incroyable capacité de régénération. Don divin ou pacte avec les démons ? Toujours est-il qu'Andrej se pose des questions... s'il considère Frédéric un peu comme le fils qu'il n'a plus, son fils aurait-il survécu s'il lui avait ôté le pieu qui le crucifiait plutôt que de l'achever ? Aurait-il pu lui aussi se régénérer de ses blessures ?
Des questionnements qui le taraudent mais sur lesquels il n'a pas le temps de s'attarder... l'Inquisition n'est jamais très loin...

Le second volet de cette saga nous emmène dans la cité de Constanta. Une ville portuaire fortifiée et bien gardée, qui retient prisonniers les survivants de Borsa, dont la mère de Frédéric. La totalité de l'album s'y déroule, une ville qui est en quelque sorte l'antre de l'Inquisition. Un cadre idéal pour développer le côté épique du récit, pour accentuer le caractère oppressif de la traque, du jeu du chat et de la souris.
Nous sommes par ailleurs nous aussi pris entre deux feux. L'action d'un côté, haletante, captivante. Et les interrogations de l'autre : quel est le secret de cette régénération des Delany ? Qui est ce Malthus qui semble lui aussi immortel (ou chanceux) ? Que cache l'Inquisition derrière le masque de la sorcellerie ?

Si le récit est bien mené, je suis tout de même déçu de sa très faible longueur : 33 planches seulement, la fin de l'album ne contenant qu'une série d'illustrations (très jolies hein, là n'est pas le propos, mais j'y reviendrais). La chronique des immortels étant à la base un best-seller de Wolfgang Hohlbein *, on s'attend tout de même à ce que le scénario soit un minimum étoffé. Or, les auteurs ne sortent que des micro-bd, ce qui est d'autant plus rageant étant donné le délai entre les parutions (le tome 1 était sorti en 2005).
Personnellement, ce tome 2 m'aura en tout cas donné l'eau à la bouche, et je me dit que le roman doit vraiment valoir le coup (pour peu que je me décide à lire un roman, ce qui est rarement le cas).

Heureusement, on pourra se consoler sur l'immense qualité artistique de ce génie de l'illustration qu'est Thomas Von Kummant, qui maîtrise l'outil informatique à merveille.
On regrettera peut-être de voir que le traitement graphique est différent entre les deux volumes : les traits sont moins marqués et s'effacent au profit de couleurs plus vives. Mais il est tout pardonné tant le rendu est remarquable et, à mon avis, encore plus somptueux.

Les bonus de l'album (les pages non remplies par le récit donc...) nous permettent de prolonger notre voyage graphique au cœur d'une galerie d'illustrations réalisées par d'autres auteurs, venus porter leur regard sur La chronique des immortels. Toutes sont vraiment magnifiques. On peut par ailleurs en admirer une de Tony Sandoval, et même une autre de Benjamin Von Eckartsberg, le scénariste (comme quoi il n'est pas en reste au niveau du dessin lui non plus).
Vient ensuite un portfolio d'illustrations réalisées par Thomas Von Kummant pour la sortie du tome 11 du roman de La chronique des immortels, série qui fêtait également ses 10 ans. Inutile de vous dire que ça vaut le coup d'œil !

Oui mais voilà, on aimerait bien un peu plus d'histoire, quitte à voir des images...


* Le roman " Au bord du gouffre " n'est que le premier tome de La chronique des immortels. Ce premier roman est ici découpé en plusieurs parties dans l'adaptation en bande dessinée.




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Tome 2 : \\" Au bord du gouffre \\"

Année d'édition
2010

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle (s)(d)(c), Lucie Firoud (c) DELCOURT

Chronique du 17/02/13

Jérusalem. Cité antique et sacrée.
Berceau de multiples religions, la ville s'est construite autour de l'esplanade des mosquées, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Chaque année des milliers de touristes viennent y contempler les vestiges de civilisations croisées au fil des siècles : Temple de Salomon, détruit puis reconstruit, agrandi sous Hérode, de nouveau détruit, remplacé par le dôme du rocher, musulman, puis chrétien, puis de nouveau musulman...
Jérusalem a toujours été un point central aux trois grandes religions, qui ont toutes une histoire commune faite de guerres et de prières. Aujourd'hui encore elle est un haut lieu de pèlerinage et de convoitises... chaque religion s'accordant à dire que c'est également ici que débutera le Jugement Dernier.

Une ville que l'histoire n'a pas épargnée et qui aujourd'hui encore fait couler beaucoup d'encre.
Capitale des Palestiniens pour la communauté internationale, capitale des Israéliens pour le peuple juif... une occupation dénoncée mais finalement tolérée...


« Et vous faites quoi dans cette partie de la ville ?
_ Oh, moi, pour le moment je m'occupe des enfants. Ma compagne, elle, travaille pour Médecins Sans Frontières.
_ Il y a toujours des frontières !
»

La situation en Israël/Palestine est très difficile à appréhender. Nous avions abordé un début de réflexion dans notre avis de Faire le mur. Cette fois nous nous embarquons avec Guy Delisle qui, après Shenzhen en 2001, Pyongyang en 2003 et ses Chroniques birmanes en 2007, témoigne ici de son séjour dans la ville sainte entre 2008 et 2009. Il y accompagne une nouvelle fois sa femme lors d'un voyage humanitaire pour Médecins Sans Frontières.


« Quel drôle d'endroit, me suis-je dit, où la vue d'un homme armé en pleine rue ne provoque aucun mouvement de panique. »

Guy Delisle nous offre une vision qui s'inscrit complètement dans la découverte. Au jour le jour il partage avec nous ses errances du quotidien, qui l'amènent à côtoyer des gens de divers horizons, à visiter des merveilles architecturales et à voir tant d'incongruités ! Il est effarant de constater le nombre de personnes qui se baladent armés, des fusils exhibés de manière ostentatoire à tous les coins de rues. Une sensation étrange d'insécurité permanente. Et pourtant les gens vivent ici comme si de rien était...

« J'te jure, quand on voit le spectacle qu'offre la religion dans le coin, ça donne pas trop envie d'être croyant.
Ah, merci mon Dieu de m'avoir fait athée.
»

Juifs, Chrétiens, Musulmans, Arméniens, Orthodoxes, (bons) Samaritains (aux oreilles pointues), Juifs messianiques (ils sont rigolos ceux-là aussi)... Jérusalem est une terre ultra religieuse où chaque croyance à une place mais où personne n'a réellement sa place. À chacun son quartier. Chacun chez soi. Tout n'est finalement que reproches et déni de l'autre alors qu'une telle pluralité pourrait être d'une force incroyable.
Jérusalem est très atypique, à la fois ville mêlant des cultures très différentes et ville frontière. Plus on s'éloigne dans Israël, à Tel-Aviv par exemple, et plus les gens vivent différemment, loin des obsessions religieuses. On respirerait presque, sur la plage à contempler le ciel, ses oiseaux... et ses avions de chasse...


« Tout ça parce qu'ils ont voté pour les mauvais gars !
Avant 2007, on entrait et on sortait facilement. Écœurés de voir le Fatah au point mort avec les accords de paix pendant que les colonies poussent comme des champignons, les gazaouis ont voté pour le Hamas.
Pas de chance pour eux, c'est un parti considéré comme terroriste par les USA et Israël. Du coup, on les a enfermés. Ils ont le droit de voter démocratiquement, mais ils doivent voter démocratiquement pour le parti qu'Israël a choisi. En gros, ils sont passés de l'occupation israélienne au blocus international.
»

En décembre 2009 éclatait l'opération plomb durci, plus communément appelée Guerre de Gaza par les médias même s'il s'agissait plutôt d'un assaut unilatéral... Un bombardement massif suivi d'une charge terrestre dans l'optique de détruire les infrastructures du Hamas et les galeries souterraines qu'ils auraient construites pour sortir de leur enfermement.
Un raid qui dura plusieurs jours, d'une virulence incroyable et évidemment condamnée par la communauté internationale. Des dommages collatéraux obligatoires et des milliers de victimes... pourtant le blocus était strict : aucun journaliste et aucune ONG n'avaient le droit de rentrer dans Gaza...

Une guerre toute proche pour Guy Delisle, resté à Jérusalem, mais en même temps un conflit tellement lointain... un étrange ressenti : être dans un pays en guerre sans pour autant avoir la sensation qu'elle se passe à une centaine de kilomètres seulement.


En décrivant ce qu'il voit au jour le jour, l'auteur dénonce, même si c'est passivement, les exactions commises par les israéliens sur le peuple palestinien. On lit très clairement les difficultés du quotidien de ces victimes de la colonisation (construction de colonies, expropriations, enfermement). Tout est fait pour restreindre le périmètre de leur liberté : au début ça commence par des blocs de béton posés à même les routes pour empêcher les véhicules de passer, puis ça finit fatalement par l'extension du mur et la mise en place de points de contrôle. L'utilisation du mot « camp » me fait toujours autant penser à une autre guerre et je ne pourrais jamais comprendre les agissements des israéliens.


« Ils ont juste dit : " Ah non, pas celui qui fait des bandes dessinées ! "
_ Ils seraient pas en train de me confondre avec Joe Sacco ?
»

Guy Delisle fait des voyages-reportages comme il sait les faire, avec une bonne dose d'humour et de légèreté pour un thème qui ne l'est pas du tout (ni drôle ni léger). Il décrit superbement Jérusalem dans un dessin suffisamment explicite pour être beau, suffisamment cartoonesque (surtout dans le traitement des visages) pour tempérer le propos. C'est ce savant mélange si précieux qui nous permet aussi d'ingérer ces quelques mois de vécu en « Palestine occupée » et de souffler par intermittence devant son sens de la répartie salvateur.

Encore une fois un album sur le sujet qui, s'il part sans a priori de départ dans une ville dont il ne connaît rien, revient avec un avis plutôt pro-Palestinien.
Un très bon album qui selon moi ne méritait cependant pas un Fauve d'Or (les critiques encensaient plutôt Habibi et Portugal, et je les rejoins).
Selon une communication récente de Delcourt, les ventes des Chroniques de Jérusalem auraient tout de même triplées (160000 ex) en 2012 suite à cette consécration. Un prix qui a au moins le mérite d'alerter (et de sensibiliser ?) le lecteur sur un conflit important et complexe. C'est tout le mal qu'on lui souhaite !


Chroniques de Jérusalem nous servira de portail sur k.bd pour tenter de comprendre un peu mieux ce conflit. Un mois de mars très axé proche-orient en perspective !

Chronique du 17/02/13

Que sait le commun des mortels du conflit israélo-palestinien ? Quasiment rien. Les infos tournent à la télé, on nous assomme de nouvelles dont on ne comprend rien et qui ne sont jamais expliquée.

Quand un Occidental aussi mal informé se rend sur place pour un an, qu'est-ce que ça donne ? Ça donne Chroniques de Jérusalem. Ça donne la découverte d'un univers tellement burlesque qu'on ne peut croire qu'un tel endroit puisse exister. Ça donne la découverte de situations tellement révoltantes qu'on ne peut comprendre que la communauté internationale laisse faire. Et comme c'est écrit par Guy Delisle, ça donne en même temps un bouquin hilarant.

Si Guy Delisle ne révolutionne pas son propre style avec Chroniques de Jérusalem, il met cette fois le doigt sur un conflit qui nous concerne d'autant plus qu'il est aux portes de l'Europe et qu'il dure depuis plus de 60 ans. Venu dans le cadre du travail de sa compagne qui bosse chez Médecins Sans Frontières, il montre une Ville Sainte aux mille religions où se côtoient juifs laïques, juifs ultra-orthodoxes, musulmans, chrétiens catholiques, chrétiens orthodoxes...
Il montre aussi le quotidien des Arabes qui habitent Jérusalem et les conditions de vie de ceux qui habitent en Cisjordanie. A travers le regard du gars qui n'y connait rien et son cynisme habituel, il décrit une géopolitique du minuscule qui offre les premières clefs de compréhension sur ce qui se passe dans le pays.

Mais si Chroniques de Jérusalem est une très bonne BD, il n'en reste pas moins que le Fauve d'Or lui a été attribué un peu trop légèrement à mon goût (Habibi aurait dû l'avoir de toutes façons :P ), mais c'est une très bonne BD quand même.


D'autres avis : Mo', OliV', Yvan, David Fournol, Yaneck

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Prix du meilleur album - Angoulême 2012


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Année d'édition
2011

CIA - Le cycle de la peur Jean-Luc Sala (s), Phil Castaza (d), Pascal Nino (c) SOLEIL

Tome 1 : "Le jour des fantômes"

Chronique du 04/10/10

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les états-unis essaient tous les stratagèmes pour se prémunir de nouvelles catastrophes. Ainsi, la CIA emploie des scénaristes Hollywoodiens afin d'écrire les pires scenarii, remis au goût du jour chaque année pour leurs procédures d'urgence.
Seulement voilà, un jour, Phil Edwards se rend compte que le scénario catastrophe qu'il a écrit pour la CIA est en train de se produire...

L'idée a germé dans la tête de Jean-Luc Sala depuis ce tristement célèbre 11 septembre, simplement en lisant une coupure de presse dans son atelier : et si les scénarios des films d'Hollywood influençaient les terroristes pour leurs actions ? C'est le constat de départ de cet album, et l'auteur a mis plusieurs années avant de la ressortir des cartons pour se lancer dans l'aventure avec Phil Castaza.

Pour avoir rencontré les deux compères lors d'une séance de dédicace, ils s'entendent plutôt bien :
« J'ai toujours envie de dessiner les albums dont j'écris le scénario, mais... pas pour celui-là. » Il est vrai que Jean-Luc Sala n'hésite pas à se lâcher, laissant à ce pauvre Phil Castaza la difficile tâche d'illustrer les tanks blindés, les hélicoptères, les avions, drones et autres joyeusetés.
« Des fois il me dit : là ce serait bien d'avoir deux hélicoptères sur cette case... pourquoi deux je lui réponds. On négocie et on arrive quand même à s'entendre. ».

CIA est donc une série catastrophe ! Il y a de l'action, des explosions et des morts. C'est n'est pas non plus un remake de Cross Fire, c'est plus sérieux et surtout politisé.
En revanche, puisque c'est un album estampillé Sala, nous avons quand même le droit à ce satané Cliffhanger. Et on est dans l'obligation d'attendre le prochain tome pour connaître l'issue de la scène finale.

Et une chose que j'ai remarquée : il n'y a pas de temporalité précise... alors, est-ce le scénario de demain que les auteurs nous ont réalisé ? L'avenir nous le dira... mais franchement, j'espère pas !




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Tome 1 : \\"Le jour des fantômes\\"

Année d'édition
2010

Tome 2 : " L'heure des loups "

Chronique du 30/09/11

Alors que le président agonise et vit ses dernières heures suite à la forte radiation qu'il a subie, la C.I.A. s'évertue à sauver l'un des auteurs hollywoodiens de ce fameux scénario catastrophe. Ce dernier, justement poursuivi par des hommes armés, a du mal à comprendre ce qu'il lui arrive. La clef de l'histoire réside peut-être dans son témoignage, car le scénario qu'il avait co-écrit pour le N.I.C. est bel et bien en train de se produire...

Le récit reprend là où il s'était arrêté - en pleine course poursuite - et défile à une allure folle. Les catastrophes s'enchaînent, et le pire dans tout ça, c'est que ce fichu scénario écrit il y a deux ans est totalement introuvable : les fichiers ont été effacés, y compris ceux de sécurité 4, pourtant consultables par une poignée de personnes.
Les soupçons pèsent de plus en plus, l'étau se resserre mais les événements semblent inarrêtables et les traîtres se dévoilent peu à peu...
Les État-Unis commencent à s'enflammer de l'intérieur et perdent la main sur le monde !

Jean-Luc Sala nous a concocté une affaire d'espionnage et de terrorisme qui dépasse l'entendement. Un scénario catastrophe particulièrement huilé qui en ferait presque pâlir Tom Clancy, avec un brin de cynisme bien dosé comme il sait si bien le faire.
Avec CIA - le cycle de la peur, l'auteur nous montre comme il manie bien le genre Hollywoodien. On pourrait largement en faire un excellent blockbuster, avec un président charismatique et particulièrement patriotique (ce qui a tendance à m'énerver dans les films américains d'ailleurs) et des acteurs renommés en affiche... pourquoi pas Bruce Willis dans le rôle d'Alan Blackwell, Colin Farrell incarnant Jason Holt, ou encore Antonio Banderas ou Pierce Brosnan pour le président ?
Bref, le scénario n'a rien à envier au genre. Quand on sait qu'Hollywood a pris une option sur Cross Fire, il n'est pas improbable d'envisager pareille chose pour C.I.A.

Côté graphique, j'ai été un peu déçu par l'entrée en matière de Phil Castaza. Les premières planches sont brutes et plus grossières. Au fil de l'album le style s'affine, jusqu'aux dernières pages où le récit s'emballe et où visiblement Jean-Luc Sala est parvenu à gagner la négociation sur le nombre d'hélicoptères. Là on sent bien que le dessinateur a vraiment travaillé son dessin et y a mis tout son cœur. C'est riche en détails, c'est plus vivant et expressif. Je trouve même que ça a de la classe, et d'autant plus avec cette armada offensive déployée.

J'attends la suite bien sûr, et je serais curieux de voir un jour une adaptation au cinéma... on peut toujours rêver :)

Chronique du 30/09/11

Plus facile de se faire une idée de la série après ce deuxième tome... Succinctement, mon impression reste positive mais mitigée.

Sala semble nous avoir pondu un scénario pas piqué des hannetons, genre un truc que lui seul pourrait sortir tellement il est tordu. Le rythme de l'action est bien distillé. Il n'y en a ni trop, ni pas assez... Et selon son habitude, Sala nous mène par le bout du nez. Mon regret : dans Cross Fire, les informations un peu spécifiques et inconnues du grand public sont disséminées au sein même de l'histoire avec beaucoup d'intelligence et de discrétion. Ici, l'auteur a préféré privilégier les astérisques. Du coup, il y en a partout, et on croule sous les informations brutes. Ça donne un sentiment de densité mal équilibré, et en même temps, ça permet de garder ce rythme soutenu tout à fait typique des scénarios catastrophes.

Comme dit Jérôme : Sala semble écrire ses scénarios BD comme il écrirait le scénario d'un film genre blockbuster. Ça tient la route de façon assez improbable (en tous cas de façon plus plausible que la grande majorité des blockbusters du cinéma hollywoodien), mais finalement, la BD n'est pas si éloignée du cinéma...

Pour aborder la question du dessin, quoique le style de Castaza corresponde peu à mes goûts personnels, il est difficile de ne pas admettre que celui-ci s'adapte on ne peut mieux au genre de cette BD assez "virile".

Ma conclusion reste tout de même que, avec ses qualités et ses défauts, CIA n'est pas à la hauteur de Cross Fire, qui reste pour moi une référence d'excellente qualité parmi les titres de Jean-Luc Sala.


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Tome 2 : \\" L\\'heure des loups \\"

Année d'édition
2011

Cinq mille kilomètres par seconde Manuele Fior (s)(d) ATRABILE

Cinq mille kilomètres par seconde

Chronique du 20/02/11

Une mère et sa fille emménagent dans leur nouvel appartement. Lucia ne prends pas vraiment part au déménagement et préfère s'isoler dans sa chambre, fenêtre ouverte sur la cour pour ne pas étouffer sous la chaleur accablante de l'été.
En face, Piero et Nicola, les meilleurs amis du monde, épient la scène, cachés derrière le store. C'est qu'elle est belle la nouvelle voisine !

Ce qui marque le plus dans cette bande dessinée, et qui attire le regard du premier coup d'œil, c'est la couleur. La couverture, dans le ton du premier chapitre, est chaleureuse dans ces tons jaunes qui rappellent l'été et qui sentent bon le souvenir de vacance et les premiers amours.
La couleur, elle alterne tout au long de l'histoire. Mieux encore, elle fait partie intégrante de l'histoire. Elle suit le récit, elle s'impose tout simplement. Le jaune éclatant de l'Italie, le mauve des longues nuits de Norvège, l'ocre du désert Égyptien, jusqu'au gris des derniers instants.

Mais Cinq mille kilomètres par seconde, c'est quand même un peu plus que ça. Ce qui n'aura pas échappé au grand jury d'Angoulême, qui a décidé d'auréoler Manuele Fior, l'auteur de ce livre, du Fauve d'Or du meilleur album 2011.

Mais alors, qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière ce qui semble être au premier abord une simple histoire d'amour et qui ferait de cet album le meilleur de l'année, devant Omni-Visibilis, Asterios Polyp ou Quai d'Orsay ?
La réponse se trouve sûrement dans le traitement du récit, dans ce chassé croisé entre trois personnages qui se sont connus adolescents et qui vivent leur vie, ensemble et séparés à la fois. On les voit vieillir, évoluer, s'éloigner et se rapprocher. La vie est parfois facétieuse...

Ce qui fait la force de Cinq mille kilomètres par seconde, c'est surtout cette sensibilité qui se dégage de Lucia et Piero (personnellement, j'ai été moins touché par Nicola). Une sensibilité qui transpire tout autant dans la narration que dans le dessin, sublimé par ces couleurs directes absolument magiques.

On les plains, on les aime, on les détestent parfois aussi. La vie aurait pu être toute autre pour eux. L'importance des choix détermine le chemin qu'on prend et les routes qu'on croise. La technologie permet de s'affranchir de la distance mais la barrière demeure. On peut être proche et tellement loin... comme le dit l'adage : loin des yeux loin du cœur... c'est tellement vrai ! Qui n'a jamais pu vérifier ça ?

L'émotion, voilà ce que suscite cette bande dessinée et que n'a pas les autres. À chacune ses qualités. Le jury aura tranché. Et vous ?

Chronique du 11/04/11

Cinq mille kilomètres par seconde est un album basé sur les sensations. Ceci explique sans doute que la façon de travailler de l'auteur aie pu être possible. Ou bien est-ce la façon de travailler de l'auteur qui fait que le livre dégage tant de sensations ?
Car Manuele Fior ne travaille pas comme la plupart des auteurs BD. Il ne prépare pas son découpage et son storyboard avant d'attaquer la réalisation des planches. Il fait ses planches directement, quitte à rajouter un chapitre ou à en enlever un autre.

Bref, le résultat donne un effet inédit. L'album parle d'amour, ces amours simples des gens simples, celles qui ne sont pas belles et immortelles mais les amours frustrées ou déçues. Et il le fait avec beaucoup de poésie et de douceur.

Des sensations soulignées par un travail des couleurs original et vivant : teintes jaunes pour la douce chaleur de l'Italie, teintes bleues pour le froid d'Oslo, teintes brunes pour l'étouffante d'Assouan. Là encore, tout est dans le ressenti : on y est tout simplement.

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Angoulême 2011


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Cinq mille kilomètres par seconde

Année d'édition
2010

Cinquième évangile (Le) Jean-Luc Istin (s), Thimothée Montaigne (d), Élodie Jacquemoire (c) SOLEIL

Tome 1: "La Main de Fatima"

Chronique du 10/01/09

Automne 1174, ville de Acre, Terre Sainte : le seigneur Milon de Plancy, Régent du royaume de Jérusalem, est assassiné alors qu'il était en voyage dans la cité.
Guillaume de Tyr, l'archidiacre de Jérusalem et bientôt archevêque, tente de trouver le véritable assassin. Bien que l'affaire soit profitable à beaucoup et en particulier au Comte de Tripoli pour l'accession à la régence en attendant que Baudoin IV soit en âge, les yeux de la victime ont été crevés comme pour punir quelqu'un d'une chose qu'il n'aurait pas dû voir.
Alors qu'il rentre aux côtés du futur Roi dont il est le précepteur, ce dernier souhaite également lever le mystère qui plane sur les disparitions de jeunes filles arabes portant toutes le même symbole sur l'avant bras : la Main de Fatima.

Le cinquième évangile est une formidable histoire, mêlant récit historique et fiction. Tout d'abord il y a le lieu de l'action : la Terre Sainte, et dans une période troublée. Le Roi Amaury 1er est mort et son fils Baudoin IV n'est pas en âge de régner. Miles de Plancy prends la régence mais n'est pas aimé et commet de nombreuses erreurs. La Terre Sainte est le théâtre de nombreuses guerres de pouvoir entre les Templiers et Saladin le Sultan d'Égypte, entre autres.

Puis il y a l'intrigue, où la mort de Milon de Plancy a été mise en scène et qui vient se superposer avec les mystérieuses disparitions.
Un scénario riche donc, et qui permet de laisser planer une intrigue permanente sur la lecture.

De plus, j'aime beaucoup le dessin de Thimothée Montaigne qui nous enchante par la finesse de ses traits, le tout parfaitement colorisé par Élodie Jacquemoire qui donne à l'ouvrage une lueur précieuse et une saveur particulière.

Chronique du 10/01/09

Il y a eu la mode du celtique, maintenant c'est la mode de l'occulte hérétique. Soleil sait se contenter de modes. Mais pour manier avec virtuosité ce dernier genre, il faut être sacrément calé sur les textes. Cela dit, Istin évite l'écueil en n'en disant point trop sur les classiques de la religion. Après bon... un archevêque et un roitelet au grand cœur, ce n'était certes pas monnaie courante à l'époque alors ça dénature un peu le côté historique de l'ensemble.

Bon, en sa faveur, cette BD se laisse lire avec aisance, et les illustrations de Montaigne sont quand même très belles.


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Tome 1: \\"La Main de Fatima\\"

Année d'édition
2008

Cités obscures (Les) Benoît Peeters (s), François Schuiten (d) CASTERMAN

Tome 2 : "La fièvre d'Urbicande"

Chronique du 21/08/11

Eugen Robick dispose d'une fonction importante dans la cité d'Urbicande. En tant qu'Urbatecte, il est assigné au développement architectural de la ville. C'est lui qui dessine le moindre bâtiment, qui silhouette la moindre artère. Dans le soucis de créer une unité dont l'équilibre serait parfait, il prie le Rapporteur et les Commissaires, les plus grandes instances d'Urbicande, de mettre en œuvre la construction nécessaire de ce troisième pont reliant les deux rives. Sans lui la cité serait privée de symétrie et se retrouverait disgracieuse.
Ce soucis d'équilibre et du détail, Eugen va devoir le repenser entièrement avec l'avènement d'un cube étrange. Un objet insolite découvert lors d'une fouille et qui ne cesse de croitre, prenant très vite une proportion démesurée. Une révolution pour Eugèn et pour Urbicande.

Les Cités Obscures sont l'œuvre de deux hommes : Benoît Peeters au scénario, et François Schuiten au dessin. À eux deux, ils vont créer une série majeure de la bande dessinée, avec l'architecture comme principale contrainte. Chaque album visite une ville différente, avec sa propre ligne architecturale et politique. Bien qu'évoluant dans le même monde, elles sont toutes très différentes, ce qui donne une succession de one-shots aux aspects sans cesse renouvelés.
Pour le collaborateur d'architecte que je suis, bien entendu, cette série à un attrait tout particulier.

Si le premier album est Les murailles de Samaris, La fièvre d'Urbicande est celui qui a donné à la série toute sa notoriété, grâce à son Alfred du meilleur album lors du festival d'Angoulême en 1985.
François Schuiten a également été honoré du Grand Prix d'Angoulême en 2002, récompensant l'ensemble de son œuvre.

La fièvre d'Urbicande est pour moi un album fabuleux. Tout comme Eugen, l'Urbatecte de cette histoire, j'aime l'équilibre et la symétrie. Je trouve pour ma part les édifices modernes souvent disgracieux, surtout quand les fenêtres ne sont pas alignées, toutes ces petites choses. J'aime travailler dans la pierre, dans l'ancien, là où l'ordonnance prime.
De ce fait j'ai été très curieux de la façon dont Eugen allait réagir au développement du cube, qui obligeait évidemment à tout repenser dans l'architecture de la cité. Et encore, heureusement que c'était un cube, imaginez un instant qu'il ait été question d'une sphère... beurk ^^
Un album qui développe tout autant l'aspect science que fiction. Et qui implique aussi une dimension politique. Ce qui n'est pas pour me déplaire évidemment.

Le traitement graphique de François Schuiten est à la hauteur de l'événement. De grands bâtiments aux proportions antiques, des décors minutieux, un soucis du détail remarquable. Tout cela mis à côté d'un noir et blanc de rigueur. Je ne sais pas pourquoi, mais je préfère lire du noir et blanc sur un récit traitant à la fois du passé (architecture démesurée des époques Égyptiennes ou Grecques) et du futur (science-fiction).
Personnellement, et même si je ne connais pas la sélection officielle d'Angoulême en 1985, je trouve que l'album mérite amplement son Alfred (d'autres ont eu cette distinction sans pour autant faire l'unanimité).

Un grand œuvre !



Roaarrr Challenge
- Alfred du meilleur album - Angoulême 1985


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Tome 2 : \\"La fièvre d\\'Urbicande\\"

Année d'édition
2009 (1°ed.1985)

Coeur de papier Bruno Enna (s), Giovanni Rigano (d), Studio Blinq (c) SOLEIL

Tome 1 : "Le Salon"

Chronique du 05/04/10

La vie de Kriss a commencé lorsqu'il avait 11 ans. La vie d'avant, il ne s'en souvient pas... où ne veut plus s'en souvenir... traumatisme d'un passé tragique. Quand ils reviennent à la surface, les souvenirs sont douloureux et imprécis.
Il est enfin arrivé. Son chauffeur le dépose devant sa nouvelle maison : le pensionnat. Le jardin est empli de ronces, c'est un véritable parcours du combattant pour parvenir à la porte sans trop d'égratignures. Là, une fille du nom de Rosamelia lui ouvre. Il est arrivé dans la maison de la nuit...

Je n'avais pas prévu d'acheter quoi que ce soit chez mon libraire ce jour là, ayant déjà une coquette somme de 215 € environ à payer pour le carton de BD que j'avais reçu le week-end précédent. Mais lorsque je suis tombé par hasard sur cet album en fouillant dans les bacs, j'ai eu le coup de foudre.
Le premier contact avec une bande-dessinée est toujours la couverture. Celle-ci, en plus d'être jolie et au parfum ancien témoignant d'un certain mystère, est d'une texture comme on n'en fait plus. Celle des vieux livres qu'on ne trouve plus que dans les greniers, les vieux almanachs, ce genre de choses. Sur la couverture, un dessin sordide ressemblant à une vieille gravure, et des bouches qui vomissent des bras tenant trois garçons et un cœur de papier.

Passé le premier contact, on ouvre le livre, conscient d'entrer dans un monde onirique et lointain. On sait qu'on y dénichera quelque secret en approfondissant bien...
Une préface nous prévient : « ceci n'est pas une lecture pour enfant ». Quand on est enfant, c'est le genre d'avertissement qui nous donne toujours envie d'en savoir plus, d'aller plus loin. Aujourd'hui, encore, je suis bien curieux, et j'ai envie de me laisser tenter par l'aventure.
Ce fut donc mon acquisition de la journée. Le précieux, ramené à la maison pour quelques 230 €... « ça fait cher le livre » me lance la libraire en plaisantant. Elle a bien raison, mais je suis bien impatient d'en percer les secrets.

Eh bien, sachez que je ne suis pas déçu du voyage. Ces ronces envahissants, cette maison dont on ne ressort pas, cet escalier doré qu'il ne faut surtout pas gravir, cette horloge dont le cœur bat et donne le ton à tous les pensionnaires... et bien des surprises encore.
Notre ami Kriss n'est pas au bout de ses peines !

Pour tout vous dire, j'ai adoré et j'ai dévoré. C'est sombre, c'est noir, c'est onirique. Un conte pour enfant, vous l'aurez bien deviné, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Le thème de la mort est omniprésent, lourd de sens, et pourtant familier. Pas de poésie ? Pas sûr.

Le dessin est chargé de détails, fouillé, fourni. Chaque page est un délice, et le découpage des cases est aussi saugrenu que le contenu. Les espaces sont comblés par de petits décors, ça fourmille, ça grouille dans tous les sens. On voulait de l'ambiance, on est servis !

La fin du volume dresse le portrait de Shua, l'un des autres pensionnaires, en quelques pages manuscrites. Il s'agit de son passé jusqu'à son arrivée dans la maison de la nuit. On imagine que le prochain tome fera de même avec Mortimer... et le troisième pour la véritable histoire de Kriss ?

Et devinez quoi ? C'est édité chez Soleil figurez-vous ! Collection Métamorphose évidemment, mais quand même, ça fait plaisir de voir cette maison d'édition de diversifier autant, et dans le bon sens.




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Tome 1 : \\"Le Salon\\"

Année d'édition
2010

Coeur de pierre Séverine Gauthier (s), Jérémie Almanza (d) DELCOURT

Chronique du 26/07/13

Il y a des fois comme ça où tout ne se passe pas comme prévu.
Lorsque Mo' nous a proposé cette lecture commune nous nous sommes engagés sur cette date du 26 juillet mais voilà, d'imprévus en contretemps, nous avons dû attendre le soir pour rejoindre notre comparse dans cette chronique de Cœur de pierre.
C'est donc avec une joie sans aucune retenue (yataaa !) que nous partageons (enfin ?) notre avis.


Cœur de pierre c'est donc l'histoire de 2... non 3 petits enfants de 8... non de 10 ans !
À cet âge-là le quotidien est plutôt simple et heureux, on est choyés par les parents et insouciants des tracas de la vie.
Pour un petit garçon cependant, les petits bonheurs se comptent sur les doigts d'une main. Le pauvre est né avec un cœur de pierre, battant si faiblement qu'on ne l'entendait pas, un cœur si dur qu'il ne suscite aucune émotion, aucun sentiment.
Ce garçon au cœur si lourd à porter fait un jour la rencontre d'une fillette qui, elle, incarnait la légèreté de l'enfance. Guillerette en toute circonstance, elle disposait d'un artichaut à la place du cœur.
Le troisième enfant ? Son cœur était en or, si précieux qu'il ne devait pas sortir mais à cet âge-là, et surtout quand on est secrètement amoureux, c'est trop tentant de braver les interdits !


Séverine Gauthier (Mon arbre, Garance) et Jérémie Almanza (Eco) ne sont pas inconnus sur BenDis... ! Et ce n'est pas la première fois non plus qu'ils travaillent ensemble puisqu'ils avaient sorti en 2008 l'album Aristide broie du noir. Deux auteurs qui ont toujours su façonner des livres attrayants, avec de belles histoires et de belles illustrations. Cœur de pierre ne déroge pas à la règle : un livre empreint de poésie, dans l'image comme dans les mots.

« Elle ouvrit sa poitrine et en sortit son cœur.
Et tandis qu'il battait dans le creux de sa main,
Elle fut étonnée de n'avoir pas plus peur
Au moment de l'offrir pour toujours à quelqu'un.
»

La poésie, on la retrouve partout, jusque dans la métaphore finale.
Cœur de pierre est une histoire qu'on devrait toujours raconter à voix haute. Rythmée par les mots, elle est un délice pour les oreilles.
Avec tout ce que je raconte de beau, vous pourriez croire que la puce qui était sur mes genoux allait adorer l'écouter jusqu'au bout hein ? Mais c'était sans compter sa concentration aléatoire et sa capacité à voir Totoro partout : Jérémie Almanza est sans aucun doute fan de Miyazaki lui aussi et il n'a pas résisté à la tentation de placer un Chibi-Totoro sur le panneau de bus... un clin d'œil apprécié à la maison et si on va fouiller un peu plus loin, on pourrait trouver une certaine ressemblance entre les créatures de l'album et le bestiaire du maître de l'animation japonaise (noiraudes, kodamas).


Cœur de pierre est une bien belle histoire, une bande dessinée en « voix off » pour les petits mais aussi pour les grands.

Chronique du 26/07/2013

On se souvient du dessin si onirique de Jérémie Almanza dans Eco, ou encore du scénario si poétique de Séverine Gauthier dans Garance ou Mon Arbre. Ils avaient fait une tentative assez prometteuse ensemble avec Aristide broie du noir, et les voilà à nouveau ensemble pour notre plus grand plaisir. Cœur de pierre réunie une fois de plus les grandes qualités de ces deux auteurs, chacun dans leur domaine.

On reste dans un univers enfantin et très métaphorique, abordant cette fois la thématique des sentiments. Si les rimes rendent peut-être le texte un peu trop artificiel, l'histoire n'en est pas moins belle, touchante, intelligente et pleine d'émotions. En alternant des espaces sombres et des espaces colorés, Jérémie Almanza y associe son dessin aux accents gothiques, où l'aquarelle côtoie le crayonné, où les moments de gaieté côtoient des moments plus difficiles. L'ambiance graphique donne véritablement vie aux sentiments exprimés par les mots.

Bref, un mariage véritablement réussi !


C'est un peu court me direz-vous ? (Normal vous répondrais-je). Éh bien vous n'avez qu'à aller voir l'avis (indispensable) de Mo' sur la question, puisqu'on a décidé de lire cet album tous ensemble !


D'autres avis encore : Yvan, Zaelle, Christie, Jérôme, Marion, Moka, Noukette

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2013

Colibri Guillaume Trouillard (s)(d) La Cerise

Colibri

Chronique du 02/05/08

Un son dans la forêt, un tempo se distingue : un homme joue de la batterie jusqu'à l'épuisement. Aussitôt tombé, une équipe de nettoyage débarquer pour assainir la zone. Il ne reste rien.

Une entrée en scène un peu brutale, mais Colibri est un véritable bijou, une critique de la société poussée à son paroxysme. On y trouve une société aseptisée, formatée, et dans laquelle tout le monde doit être dans un moule. Une civilisation archi-développée à pris le pas sur la nature, confinée à quelques arbres dans un building au milieu de la cité. Un monde dans lequel les gens ont besoin d'avoir pour exister, dans lequel les slogans conditionnent et montrent la façon dont on doit vivre, dans lequel les poissons sont panés... un monde où tout doit aller très vite.
Les mots eux-mêmes deviennent inutiles, en attestent ces quelques cases, page 19, qui ne vont qu'à l'essentiel : 3 cases qui montrent la même image de la ville. Sur la première, des conversations futiles, remplacées par des voyelles dans la seconde, puis plus rien sur la troisième, les traits eux-mêmes s'en trouvant affectés.

Guillaume Trouillard condamne par le biais de ce livre les abus de l'homme, de l'abrutissement à la déforestation, et nous rappelle qu'en continuant ainsi, il ne restera plus rien, en atteste ce petit message visible sur un panneau d'expression libre anodin :
"La forêt précède l'homme, le désert le suit."

Je n'adhère par particulièrement au dessin irrégulier et tremblant, mais Guillaume Trouillard parvient ici à donner un vrai regard critique sur la société d'aujourd'hui, et il le fait très bien !




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Colibri

Année d'édition
2007

Combat Ordinaire (Le) Manu Larcenet (s)(d), Patrice Larcenet (c) DARGAUD

Tome 1 : "Le combat ordinaire"

Chronique du 17/07/10

C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible...
C'est ainsi qu'est présenté l'album sur le 4ème de couverture. Et pourtant, sous ce résumé bien succinct se cache un récit bien plus complexe qu'il ne veut bien le faire croire.

Le combat ordinaire, ça veut dire quoi, déjà ?
Peut-être la lutte que mène Marco contre son quotidien, contre lui-même.
Car le héros de cette histoire souffre de crises d'angoisse et bien qu'étant depuis plusieurs années suivi par un psychologue, cela ne lui passe pas. Pourtant, un jour il décide de tout plaquer : son psy, son boulot...
Ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi. Autrefois il avait quitté sa ville, sa famille et ses amis. Cette fois il renoue un peu avec elle et rend visite à ses vieux démons.

Le côté psychanalyse est omniprésent dans l'album. Lorsqu'il rencontre le vieux dans sa campagne de Chazay, lorsqu'il dialogue avec son frère, avec ses parents, avec sa compagne...
Les hommes changent, les soucis demeurent.

J'ai connu le travail de Manu Larcenet par le Retour à la terre, puis par Blast. Tous de très bons albums, mais si l'on doit comparer, le Combat ordinaire se rapproche bien plus de la noirceur de Blast. Ici c'est la psychologie de l'être humain qui est mise en avant par le personnage de Marco, par ses questions sur lui et sur son environnement. On apprends du poids des mots, du silence qui suit... Côté dessin en revanche, même si le trait est plus dur que pour le Retour à la terre, on se rapproche plus de ce style graphique.

J'ai vraiment adoré l'album. Tous ses tabous, ses non dits, ses silences, sa force. Les personnages sont attachants ou dégoutants. On les aime et on les détestent.
Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant de lire ce bijou ?



Roaarrr Challenge
- Prix du meilleur album - Angoulême 2004


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Tome 1 : \\"Le combat ordinaire\\"

Année d'édition
2003

Tome 2 : " Les quantités négligeables "

Chronique du 16/09/11

L'arrivée d'Émilie dans sa vie lui apporte beaucoup. Marco s'est depuis repris en main, il retrouve chaque jour de plus en plus goût à la photographie, il rend régulièrement visite à ses parents, à son frère...
La photo, il décide de ne plus jamais faire d'expositions sur les guerres, mais plutôt que redécouvrir sa passion sous un angle neuf, en donnant vie aux ouvriers de l'atelier 22. Un lieu important pour lui, car son père y a travaillé toute sa vie et il connaît chaque personne là bas... des gens qui bossent dur chaque jour pour une vie de misère, pour un job qui risque de disparaître...

Après un tome 1 prometteur, Manu Larcenet nous enfonce de plus en plus dans le quotidien de cet homme qui essaie tous les jours de lutter corps et âme contre tous ses démons : son travail, sa famille, les psy, ses collègues, les moyens de transports... il y en a tant !
Pour s'en sortir, on peut dire qu'Émilie chamboule pas mal de choses dans sa vie. On voit bien qu'il a grandi le Marco, qu'il murit à son contact... on voit bien aussi qu'il a besoin de son épaule...

Manu Larcenet est très fort, il parvient à nous emmener du rire aux larmes en une page, en une case. L'art et la manière de plomber l'ambiance en un temps record, puis petit à petit, alors qu'on retrouve le goût des choses, qu'on sourit aux petits bonheurs de la vie, voilà qu'on est de nouveau sous le choc d'une triste nouvelle.
La vie est rude, et c'est aussi le cas de ces ouvriers de l'atelier 22 pour qui Marco consacre une exposition. L'occasion de renouer avec le passé, mais aussi de rencontrer de grands artistes... ce qui permet aussi de se rendre compte que les personnes qu'on croit au-dessus parce qu'elles font des choses merveilleuses peuvent être aussi talentueuses que connes ^^

« J'ai souvent confondu l'artiste et son œuvre...
Ce n'est que grâce à la psychanalyse, par étapes successives, que j'ai vaguement pu dissocier les deux : on peut être un grand artiste et un sale con...
On peut faire des choses très belles en étant soi-même assez moche. On peut saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n'en jamais faire partie...
C'est étrange : Comment peut-on être à ce point dépassé par ce qu'on fait ?
Mais si l'œuvre est meilleure que l'artiste, pourquoi ne l'améliore-t-elle pas ?
La main frôle le divin quand les pieds pataugent dans la médiocrité...
Que l'on préfère l'un ou l'autre, le messager et le message ne se fondent peut-être jamais...
Mon boucher est un bonhomme abominable, mais son jambon sec est un pur moment de bonheur... L'art et la charcuterie... »


Ça vous est jamais arrivé vous ? Savoir garder la distance entre l'œuvre et son auteur est une chose primordiale si l'on veut continuer à aimer ce qu'on a toujours apprécié. Certains ne savent pas le faire... je trouve ça dommage. Mais ça met toujours un claque quand on s'en aperçoit...

Manu Larcenet fait encore un travail magnifique sur cet album. La série se poursuit avec la même excellence. On est ravis et on est soufflés... on est heureux mais tristes aussi ! On dit que la vie est une succession d'épreuves. Diable qu'elle défile vite, il en faut du courage pour la regarder bien en face !



Roaarrr Challenge
- Prix du jury Œcuménique 2005
- Prix Tournesol 2005


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Tome 2 : \\" Les quantités négligeables \\"

Année d'édition
2004

Come Prima Alfred (s)(d)(c), Maxime Derouen (c) DELCOURT

Chronique du 24/01/14

Comme avant...

« Si tu avais su que je venais, j'imagine que t'aurais filé...
J'ai pas voulu prendre le risque.
 »

Come Prima (comme autrefois) raconte l'histoire d'un jeune homme, Giovanni, venu en France pour retrouver son frère Fabio, qu'il n'avait plus revu depuis 10 ans.
Fabio, c'est l'aîné, celui sur qui les espoirs de la famille étaient fondés mais qui éprouvait un viscéral désir d'ailleurs. Il a fui l'Italie et sa région natale, abandonné les siens, jusqu'à renier son origine pour vivre au plus près la grande aventure, sa grande aventure...
Cet affranchissement acquis au mépris de son père, il ne le regrette pas. Alors voir son frère rappliquer expressément pour lui ne lui inspire pas mieux que de la colère, d'autant plus que Giovanni n'est pas venu seul... il porte avec lui les cendres du paternel...

Comme un uppercut dans le foie, cette révélation nocturne met en branle les convictions de liberté que Fabio s'étaient forgées depuis tant d'années. Les soucis qui s'accumulent le tourmentent tout autant que la venue de son frère, qui l'attend pour ramener ce qu'il reste de leur père en Italie...
Entre déchirement et renouement.


Des personnages touchants

Giovanni et Fabio sont tous les deux très différents.
Le premier est nostalgique de son enfance et voue une admiration sans borne au frère que Fabio est resté dans sa mémoire : fort et fier, l'aîné exemplaire. C'est un rêve un peu fou qu'il essaie de mener tant bien que mal en renouant avec le passé, en voulant faire revenir le grand frère à la maison...
Fabio est plus âgé de quelques années, plus mur et aguerri d'une expérience qu'il a acquise de lui-même. Il porte en lui une certaine rage de la vie dont il dit profiter et qui s'exprime par un caractère sec et revanchard. S'il dit ne jamais rien regretter, on le sent souffrir de n'avoir jamais ressenti le besoin familial de le voir revenir. Trop fier pour faire le premier pas, trop lâche pour retourner au pays...

Giovanni comme Fabio ont leurs forces et leurs faiblesses, leurs jardins secrets... et dans leur différence, ils parviennent à nous toucher vraiment.
Ce road-trip qui va les faire traverser la frontière vers le pays natal à bord d'une vieille Fiat 500 va permettre de souder de nouveau la fratrie et de renouer des liens rompus depuis trop longtemps. Sentiments à fleur de peau pour un voyage teinté de souvenirs, parfois virulents, parfois nostalgiques, mais de moins en moins flous.


Dualité graphique

Pour accompagner ce beau voyage, Alfred met en scène son récit sous deux éclairages graphiques différents.

Le présent y est narré avec un trait fin et assumé, fait de formes simples et de lignes claires : contrairement à Je ne mourrai pas gibier, les ombres inquiétantes et les hachures nerveuses n'ont pas leur place ici.
On reconnaît bien ces gueules déformées par les expressions si caractéristiques au style de l'auteur. Mais c'est surtout la mise en couleur qui donne toute sa noblesse aux ambiances, de l'orange crépusculaire à l'indigo lunaire, de l'ocre des champs au vert des prairies.

Que l'on aime ou pas le dessin d'Alfred (on peut lui reprocher un trait un peu figé par moments, des corps un peu trapus ou des décors citadins un peu légers ; il est en revanche très bon lorsqu'il s'agit de croquer les paysages de campagne et la beauté du monde), il parvient à manier les styles et à les accorder aux circonstances, des ombres diffuses de la nuit noire aux déformations oniriques de l'alcool, en passant par ces silhouettes découpées sous un ciel pluvieux.

C'est surtout par son graphisme sur les événements du passé qu'Alfred subjugue, changeant complètement sa technique pour donner un caractère d'inspiration minimaliste (courant né aux États-unis dans les années 60, justement l'époque référence dans Come Prima) à ses scènes. Des séquences aux tons éclatants qui s'absolvent des traits et qui forment merveilleusement bien les contours par l'addition du rouge et du bleu sur un fond jaune pâle.
Comme autant de tableaux lumineux des souvenirs, ces cases marquent par la beauté et la poésie tout ce qu'elles représentent.


Travail d'auteur

Plus discret depuis quelques années, Alfred est parti se ressourcer 3 ans en Italie, à Venise plus exactement.
C'est là qu'il a puisé l'inspiration qui a fait de Come Prima non seulement un titre pour son album (repris d'un classique de la chanson italienne dont l'interprétation la plus connue en France est signée par Dalida) mais surtout une histoire d'italiens, de racines. Des racines qu'il n'oublie pas ni ne renie en axant son périple à mi-chemin entre la France et la grande botte.

Avec Come Prima, Alfred renoue avec l'œuvre d'auteur, une voie qu'il n'avait plus arpentée depuis près de 15 ans (Home sweet home ; Le chant du coq), si l'on excepte bien entendu les adaptations de Guillaume Guéraud (Je ne mourrai pas gibier) et de Roland Topor (Café panique).

On est heureux de le retrouver dans ce road-trip mêlant sentiments et couleurs, et également heureux de le voir revenir à Bordeaux après son périple vénitien. Alfred sera d'ailleurs le chef d'orchestre de la manifestation Regard 9 (du 19 mai au 1er juin 2014), pour laquelle il aura carte blanche et nous fera découvrir l'Italie par le biais d'expositions, de performances et de rencontres.



D'autres avis : Mo', Yvan, David Fournol, Jérôme, Noukette

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Angoulême 2014




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Année d'édition
2013

Comédie sentimentale pornographique Jimmy Beaulieu (s)(d) DELCOURT

Comédie sentimentale pornographique

Chronique du 22/04/11

Ah, je vous vois bien avec vos grands yeux tout curieux, vous vous attendez à quoi ?
Eh bien non ! Comédie sentimentale pornographique n'a rien d'un livre obscène !
C'est juste une histoire entre adultes consentants à la sexualité débridée.

Tout commence avec ce type, Louis, qui veut faire de la bande dessinée.
Pour parvenir à ses fins, il décide de réaliser un film. Un gros navet, forcément, mais que les gens iront quand même voir parce qu'ils aiment les navets (Le théorème du mouton ? Le pire, c'est que c'est vrai ^^)
Et grâce à ce film il deviendra riche et s'achètera un hôtel dans le grand nord.

L'hôtel, c'est celui de tous les fantasmes. Là où les vacances de deux couples s'emballent et deviennent endiablées.
Une grande bâtisse construite par un architecte soi-disant fou du nom de Massicotte. Et il faut bien l'avouer, il faut être un brin tordu pour construire un hôtel dans un lieu aussi reculé.
Il n'en demeure pas moins que l'endroit est romantique à souhait pour les tourtereaux et qu'il regorge de surprises, comme cette salle de théâtre ou encore cette partie cachée derrière les murs.

Bref, c'est l'histoire croisée de plusieurs personnes, toutes liées intimement finalement.
Annie qui recherche l'amour perdu (Corrine) et qui finit dans le lit de la boulangère.
Martin Gariépy, l'écrivain, qui fantasme sur Annie mais qui ne voit pas Simone (la meilleure amie d'Annie).
Corrine et Louis (fans de Gariépy), Muriel et Léonce, Corrine et Muriel... autant de destins croisés.

La scène du piano c'est pour moi le summum du romantisme. C'en est touchant. Le mec qui veut faire le beau, la fille toute amoureuse. Puis inversement de situation.
L'idée de la "vue interchangeable", avec le décors des plus grandes villes du monde et la séance photo érotique qui s'ensuit.
Des scènes aussi drôles que touchantes, romantiques et originales, il y en a tout un tas dans cet album.
Alors oui, on peut dire qu'on finit par tomber sous le charme, nous aussi... mais sans jamais déborder dans le grivois.

Sur la fin, on se demande même où est la limite entre la réalité et la fiction, ce qui s'est vraiment passé et les événements fantasmés... mais ça, ne comptez pas sur moi pour vous gâcher la surprise.
Lisez-le, tout simplement !
Comme ça vous profiterez en prime du langage québecois comme on l'aime de ce côté de l'Atlantique, dans la finesse qu'on lui connait :
Arh ! C'est poche, mais 'faut vraiment que j'parte !

Eh oui, comme je ne fais rien à l'endroit, c'est en conclusion que je vous présente l'auteur, Jimmy Beaulieu, un canadien donc !
Mais pas n'importe lequel, car vous le connaissez tous, puisqu'il a travaillé avec Régis Loisel et Jean-Louis Tripp sur Magasin Général.

Une petite dernière pour conclure ?
_ La lune est pleine, basse, énorme et magnifique. Il est question que je voie tous tes orifices à cette lumière.
_ Comme c'est bien dit...

Bon, celle là était peut-être un peu grivoise. Mais de bonne guerre :)

Pour ma part, j'ai trouvé ça drôle, frais, et reposant. Pas vous ?




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Comédie sentimentale pornographique

Année d'édition
2011

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) Sarah Glidden (s)(d) Steinkis

Chronique du 24/02/13

Je me souviens au moment de la sortie de l'album, David Fournol était venu chez moi et m'en avait vanté les mérites : un livre très intéressant et très instructif sur la situation en Israël.
À l'heure où je m'intéresse, et il en est de même sur k.bd, au conflit israélo-palestinien, ce livre qui fait état du voyage de l'auteure en terre israélienne se dresse comme un témoignage important.
Elle qui partait là bas avec des convictions pour la cause palestinienne, elle nous invite à partager la vision israélienne du conflit, ce qui fait un peu de ce titre quelque chose de précieux.


« Je n'aime pas la poésie.
_ Je crois que tu n'aimes pas la poésie sioniste
»

De confession juive (non pratiquante), Sarah Glidden a pourtant toujours été du côté des Palestiniens, qu'elle considère comme opprimés.
Un jour elle saisit l'occasion donnée par le Taglit (l'état d'Israël offre un séjour tous frais payés à tous les juifs du monde pour découvrir « leur » pays) de se rendre en Israël pour constater d'elle même les faits et ainsi renforcer son opinion sur le sujet.
Elle sait qu'elle va subir une sorte d'endoctrinement pour la cause israélienne, mais elle s'est préparée et elle est plus que jamais motivée.

Elle partira ainsi pour deux mois avec une amie, juive elle aussi.


« Pourquoi raser les maisons des gens ? Et continuer à construire des colonies ? Ça ne fait qu'empirer les choses !
_ Écoute, je suis ce qu'on appelle un Israélien de gauche, mais c'est plus compliqué que tu ne le crois. Personne ne rase des maisons pour le plaisir. Et puis, tu ne vis pas ici. Quel est le problème ?
_ Pff, c'est assez confus... Je suis juive donc ça veut dire que je suis censée soutenir Israël quoi qu'il arrive, n'est-ce pas ? Mais pour certaines personnes, soutenir les Palestiniens, ça veut dire que je ne suis plus pour Israël. D'un autre côté sur le plan politique, je suis de gauche, progressiste. Et quand on est progressiste, on est censé être anti-Israël... Toute sympathie pour Israël signifie qu'on ne soutient plus les Palestiniens. Tu vois ? Je suis coincée ?
_ Intéressant... mais je ne comprends pas comment on peut être à la fois « progressiste » et « anti » quelque chose !
_ Oui... c'est bien vu, en effet.
»

Tout au long de son séjour, Sarah Glidden va être confrontée à une vision idyllique d'Israël. On lui montrera l'histoire des premiers colons, loués en héros. Ils visiteront le plateau du Golan, présentant cette conquête israélienne comme une protection contre la Syrie. Escapade à Tel-Aviv, baignade dans la Mer Morte... Jérusalem...
Je dis idyllique parce que j'ai lu d'autres livres sur le sujet et que je pense connaître un peu la situation sur place. Et il se trouve que le Taglit se garde bien d'emmener ses hôtes en Cisjordanie, à Gaza et même à Jérusalem-Est : interdiction de dépasser les drapeaux israéliens, c'est dangereux ! Bon... elle a bravé le danger un cours instant et il ne lui est rien arrivé !
Mis à part le mur, où ils passent tout près à un moment donné (et il n'était pas envisagé de le traverser), il n'est pas question d'aborder profondément le sujet de la Palestine. Évidemment, cela limite les interactions avec les palestiniens... ainsi, pas de confrontation de points de vues.
Il n'en demeure pas moins que petit à petit, au fil de ses rencontres, Sarah Glidden va être de plus en plus en proie au doute.


« Tout le monde dit des Israéliens qu'ils sont trop durs. Mais on ne s'habitue jamais au terrorisme. Le matin, on monte dans sa voiture, on allume la radio, on écoute la chanson qui passe. Et alors on sait : s'il y a eu un attentat, ce n'est pas une chanson gaie.
Quand nos enfants ont dix-huit ans, nous les envoyons à l'armée. Ce n'est pas normal et ce n'est pas facile. Vous pensez que ça me plaît ? Aucune mère au monde ne souhaite envoyer ses enfants à l'armée.
Mais nous sommes fiers d'eux. En Israël, dans chaque personne il y a un soldat, c'est vrai. Mais dans chaque soldat, il y a aussi une personne.
Et nous faisons peut-être des erreurs. Nous faisons peut-être des choix qui vous déplaisent mais nous aimons ce pays. Il y a des problèmes, certes, mais nous ne demandons qu'à les résoudre.
»

Ce genre de discours sur Israël, Sarah Glidden en a entendu quelques uns. Ils représentent forcément le point de vue unilatéral des Israéliens.
Pourtant, ces gens qu'elle a rencontré durant son voyage ont toujours semblé francs dans leurs paroles. Le guide lui-même, qui éludait volontiers les sujets qui n'avaient pas de raison d'être dans le Taglit, savait reconnaître qu'un film était propagandiste quand on lui demandait son avis. Un exemple parmi tant d'autres, et aussi la raison pour laquelle la vision de l'auteure s'est trouvée chamboulée par cette cascade de rencontres profondément humaines.
Petit à petit la carapace qu'elle s'était forgée s'égrène et finit par tomber.
Et si... et s'ils avaient raison, eux aussi ?


« Je ne sais pas. Tu vas me prendre pour une folle. Je croyais savoir ce que je pensais de ce pays et me voilà complètement paumée.
Je sais que parfois les Palestiniens ont tort. Mais... j'ai toujours cru qu'Israël avait encore plus tord en monopolisant le pouvoir.
Et maintenant tous ces gens qui me disent qu'ici c'est chez moi ? Mais peut-être que je ne le veux pas !
Si je suis venue ici... c'est que je voulais être sûre que c'était bien Israël le méchant, je crois. Je voulais savoir que je pouvais faire une crois dessus pour de bon.
Mais je ne sais plus. Je ne suis plus sûre de rien. Je vois bien pourquoi Israël a fait certaines choses. Vous êtes des gens bons. Du moins, certains d'entre vous.
Ou alors c'est juste que je suis victime de bourrage de crâne comme tout le monde me l'avait dit.
»


Sarah Glidden a voulu faire ce voyage pour s'assurer de sa vision du conflit. Elle a découvert l'autre côté des checkpoints, un pays qui a ses raisons de faire la guerre et qui les revendiquent, pour se protéger.
Cela ne leur donne pas raison pour tout (et les palestiniens aussi ne sont pas exempts de tous reproches), mais ce regard israélien a le mérite d'établir un contrepoids au regard palestinien.

Pour passer son message, Sarah Glidden nous propose des dessins dans la veine réaliste, mais j'ai trouvé son travail, notamment sur les visages, assez minimaliste. Le trait manque de dynamisme et les personnages, plutôt statiques, manquent d'expressivité.
Pour les accompagner : des couleurs à l'aquarelle qui, bien que plutôt sombres, donnent un peu de vivacité à ces silhouettes figées. Elles donnent aussi au cadre un côté attrayant, tout autant que le Taglit montre de belles choses.

Le plus important vous le comprendrez, ce n'est pas le traitement graphique, mais le sujet en lui-même. Car Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) nous propose un regard différent sur le conflit. Les avis pro-israéliens ne sont pas si nombreux (et celui-ci est particulier dans le sens où le protagoniste principal n'est pas pro-israélien), il eut été dommage de passer à côté de celui-ci. C'est intéressant de voir comment le Taglit est endoctrineur en somme. À tord ou à raison... ça je vous laisse en juger. Le point de vue à le mérite d'exister.

Chronique du 24/02/13

Parmi la foultitude de BD sorties sur le sujet du conflit israélo-arabe en 2011, il y a Comment Comprendre Israël en 60 jours (ou moins). L'intérêt principal de cette BD est d'offrir un point de vue différent de ce qu'on trouve par ailleurs, et de montrer l'envers du décor.

Sarah Glidden est juive, Américaine et pro-palestienne, ce qui donne un sacré mélange. Partie en Israël pour confirmer de ses yeux ce qu'elle sait déjà, la voilà bien perturbée quand elle découvre sur place que la réalité n'est pas aussi simple qu'il y paraît, et que dans le vrai monde, rien n'est tout noir ou tout blanc. Si Sarah n'excuse pas pour autant les actions des Israéliens ni ne condamne les Palestiniens, elle apprend bien malgré elle la situation de l'intérieur.

On peut, comme moi, n'apprécier que moyennement le ton très didactique ou les dessins de qualité relativement passables, mais le propos donne à cette BD tout son sens, d'autant plus que l'auteure tient un discours plutôt éloigné de ses propres convictions de départ.

Le bouquin de Sarah Glidden est le seul parmi toutes mes lectures BD sur le sujet, non pas à défendre le point de vue israélien, mais du moins à l'expliquer.



D'autres avis : David, David Fournol, Mo', OliV'


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Année d'édition
2011

Confrérie du crabe (La) Mathieu Gallié (s) Jean-Baptiste Andreae (d) DELCOURT

Tome 1 : "Première partie"

Chronique du 01/04/11

Maël est alité. Devant lui, quatre autres enfants lui parlent et lui expliquent la situation.
Ils se trouvent dans un hôpital pour enfants, et s'ils sont là, c'est parce qu'ils ont des crabes à l'intérieur de leur corps... des crabes qu'il faut absolument extraire avant qu'ils ne dévorent tout !
Mais Maël reste muet. Son crabe à lui, il l'a dans la tête. Il lui bouffe le cerveau, lentement mais sûrement. L'opération est pour le lendemain... illusion d'enfant, ou réalité lugubre ?

Cela faisait déjà quelques temps que j'étais tenté par une histoire d'Andreae, et plus particulièrement par une histoire du duo Andreae – Gallié.
Jean-Baptiste Andreae, j'aime beaucoup son approche graphique, un dessin possédant une véritable force et une identité qui lui est propre. Avec ce petit côté mystérieux donné par ce jeu d'ombre et de lumière, par ces colorisations sombres ou lunaires.
Mathieu Gallié a toujours su lui donner des scénarios à la mesure de son talent. Leur collaboration a donné naissance à plusieurs albums, dont Wendigo et Mangecœur.
Ce dernier, je l'ai souvent feuilleté, et j'ai hésité plusieurs fois à me le procurer. C'est finalement leur dernier en date, la confrérie du crabe, qui a atterri dans notre bibliothèque.

Dans cet album, on est pris dès le départ dans cette vision des choses qui est celle de Bernardino. C'est lui qui raconte, qui explique ce que sont les crabes et ce qu'ils font là. Le garçon a la jambe de bois en sait quelque chose, par expérience. Mais nous, lecteur, nous sommes plutôt dans la peau de ce jeune Maël finalement : on ne sait pas si le pseudo-chef de cette auto-proclamée confrérie fabule ou s'il dit vrai. Après tout, être alité dans un hôpital lorsqu'on est malade, n'est-ce pas tout à fait normal ?

Seulement voilà, on se retrouve bien vite plongé dans un monde parallèle où les questions s'enchaînent. Un monde qui ressemble à s'y méprendre à une vision ténébreuse de l'hôpital en question, mêlant des succubes, vampires et loups garous.
Rêve ou réalité ? Est-ce l'esprit qui vagabonde durant l'opération cruciale ? Ou... Bernardino avait-il raison ? Sur ce premier tome, difficile de dire si c'est le thème de la mort, de l'esprit dans le coma, ou de la maladie qui est abordé. Je mettrais tout de même une petite pièce sur la seconde hypothèse.
Pour la réponse, il faudra patienter. Toujours est-il que la forme, elle, est on ne peux plus fantastique !




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Tome 1 : \\"Première partie\\"

Année d'édition
2007

Tome 2 : " Deuxième partie "

Chronique du 09/10/11

La course poursuite continue. Celle de ces cinq gamins perdus dans les méandres de cet hôpital sordide en quête de vérité : pourquoi ont-ils retrouvé leur santé ? Que font-ils ici ? Sont-ils morts ou vivants ? Qui sont ces créatures qui les poursuivent, ces vampires, succubes et autres savants fous ?
Une situation dont ils essaient de s'extirper tant bien que mal et d'en comprendre les moindres rouages...

Le second opus de La confrérie du crabe nous amène jusque dans l'antre de la mort elle-même. Mais est-ce vraiment la mort qui se présente devant ces enfants ? Sont-ils dans un mauvais rêve, dans le coma ? Où est-ce la réalité qui dépasse la fiction ?
Ce n'est en tout cas pas dans cet album que nous trouverons les réponses à nos questions, il faudra attendre le troisième et dernier tome de la série.

Mathieu Gallié nous ballade dans un monde onirique où les chirurgiens sensés extirper les crabes qui dévorent le corps humain ont des méthodes toutes plus folles et uns que les autres. Certains vampirisent, d'autres sont de véritables savants fous... il paraît que les gamins s'en sortent parfois... parfois. Dans le cas contraire ils sont placés au rebut, privés d'une partie d'eux même qui les empêche de trouver le repos : la confrérie du crabe !
Difficile de discerner où s'arrête le songe et où commence la vérité.
Et qui est donc cette petite fille aux pouvoirs étonnants, ramenée à la vie par un éclair foudroyant à l'image d'un certain Frankenstein ?

Un voyage dans le fantastique toujours illustré de main de maître par Jean-Baptiste Andreae, dont le dessin réaliste des cadavres tout juste éclairé par une lueur lunaire rend crédible une histoire horrifique abracadabrante.

Cinq garçons paumés, une fille au visage de porcelaine tout autant énigmatique que flippante, des médecins macabres, des enfants morts à n'en plus finir, des secrets bien gardés... à quoi peuvent-ils bien servir ces crabes qu'ils retirent ?
La réponse se trouvera peut-être de l'autre côté de cette étendue d'eau longeant le cimetière... à suivre !




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Tome 2 : \\" Deuxième partie \\"

Année d'édition
2008

Conjuration d'Opale (la) Éric Corbeyran (s), Nicolas Hamm (s), Grun (d) DARGAUD

Tome 1: "Le Serment"

Chronique du 23/09/07

« J'ai sauvé trois vies... donnez-m'en trois autres...
Voici trois opales... vos fils seront l'autre.... »


Trois personnes sont les seules rescapées d'un naufrage, apportant à son bord des épices et la peste noire. Par chance, ils font la rencontre d'un mystérieux personnage, se faisant appeler Nostradamus. Ce dernier les guérit de leur maladie alors qu'ils étaient voués à une mort certaine, et leur remet à chacun une pierre d'opale, leur faisant prêter un étrange serment.
Un siècle plus tard, alors que La Rochelle est assiégée par les hommes du Cardinal de Richelieu, la prophétie de Michel de Nostre-Dame est sur le point de se produire, et les opales depuis longtemps séparées, sont à nouveau réunies....

Éric Corbeyran et Nicolas Hamm nous embarquent rapidement dans leur univers mystique du 17ème siècle. Il ne nous faut pas bien longtemps pour se laisser transporter par l'histoire intrigante de nos trois héros qui, même s'ils ne se sont jamais rencontrés auparavant, sont tous les détenteurs d'une pierre d'opale. On ne peut que féliciter le scénario de son mystère, de son intérêt, de sa rapidité à nous mettre à l'aise et de regrouper les trois protagonistes : Walaya, une jeune femme noire partie à la recherche du trésor de son défunt père, Erik, un jeune soldat fort et fougueux de l'armée des Huguenots, et Joachim, médecin et confident de Richelieu.
Le dessin est lui aussi tout à fait superbe, soigneux et fin, les attitudes des personnages sont très bien rendues, et les couleurs sont complémentaires.
Je note également le travail qui a été fourni pour que les villes dessinées soient telles qu'elles étaient à l'époque.

Une bonne bande-dessinée, et on attend la suite avec impatience !




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Tome 1: \\"Le Serment\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "La Loge"

Chronique du 23/09/07

Si le trio cherche encore ses repères, il semblerait que ceux qui les poursuivent soient très bien informés et organisés. A moins que ce ne soient les opales en elles-mêmes qui attirent le malheur à ceux qui les portent ?
Mais trouver la clef d'un mystère est bien difficile quand on ne sais où chercher. Alors il faut partir du seul indice concret : la pierre !

L'histoire poursuit son petit bonhomme de chemin et nous amène à Anvers pour étudier les pierres d'opale. Elle nous permet de découvrir un peu plus ceux qui pourchassent nos trois héros : "Ars Magna", un groupe portant des masques et semblant trempé dans un épais ésotérisme. Eux aussi semblent vouloir rassembler les écrits de Nostradamus....
Un scénario toujours haletant et plein de rebondissements nous enchante tout en parcourant les pages dessinées de main de maître par Grun.
Vivement la suite !




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Tome 2: \\"La Loge\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "Les gemmes"

Chronique du 25/11/07

La Loge tient enfin les opales ! Il est maintenant temps de réunir les textes de Nostradamus, et d'en finir une fois pour toute avec les conjurés, maintenant que Joachim est mort. Le trio brisé, Erik et Walaya sont maintenant seuls pour faire face à leurs invisibles ennemis... à moins que la roue du destin ne tourne une fois de plus en leur faveur ?

Un excellent tome 3 qui tient toutes ses promesses et nous tient en haleine d'un bout à l'autre, de par ses revirements de situation déconcertants et son action permanente. On aime le jeu stratégique auquel s'adonne tour à tour chaque parti, les bastons d'Erik, la finesse des mots employés dans les dialogues, la petite pincée de magie... et la beauté des décors, toujours :)

J'attends avec hâte le 4ème tome, qui devrait conclure la série, d'après ce que m'a dit Grun en personne lors du festival de Blois !

Chronique du 25/11/07

Ce tome-ci est riche en rebondissements.
Ce tome ne me parait pas faire avancer véritablement l'intrigue, mais plutôt à remettre les choses à leur place. Pour tout recasser sur la dernière page de façon complètement incongrue ! Monsieur Corbeyran, comme à son habitude, sait nous faire attendre. Nous attendrons donc le prochain tome avec impatience !

Et l'illus de la couverture est super belle :)


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Tome 3: \\"Les gemmes\\"

Année d'édition
2007

Tome 4: "Les ordonnances"

Chronique du 17/03/09

Casbah d'Essaouira, hiver 1555, la Loge accueille de nouveaux membres et les initie au rituel qui scellera leur acceptation dans Ars Magna. Parmi eux un certain Michel de Nostre-Dame. Il en faisait donc parti... lui aussi ?

Le début du tome 4, dernier de la série, nous plonge dans le passé, et nous initie à la vérité. On est entré dans la phase des révélations, et ce n'est que le début. S'ensuivront encore bien d'autres explications, pour ceux qui aiment les dénouements, ils vont être servis. Pour ceux qui aiment bien rester au moins un peu dans le flou et trouver des raisonnements plausibles, c'est raté parce que le duo Éric Corbeyran/Nicolas Hamm nous dévoile tout, et sans concessions.
Personnellement, j'aime bien quand une histoire me scotche, quand les révélations sont fracassantes et qu'elles laissent pantois sur le fauteuil à la fin de la lecture. Et là... je suis un peu déçu :
Certes on a nos réponses, même si je ne suis pas partisan de tout expliquer dans le moindre détail, ce qui casse un peu notre imagination débordante qui aurait à coup sûr encore cherché longtemps la réponse aux énigmes de la série. Certes l'énigme des opales était magnifique et inventive : "il fallait y penser". Mais "tout ça pour ça" !
Je ne dirais rien sur le contenu, je ne veux pas gâcher la lecture d'une bande-dessinée qui, même si je suis moins enjoué sur le final (2-3 pages en fin de volume rien de plus, sur 4 tomes c'est rien), est excellente en tous points !
Mais quand même... allez passons !

Grun va enfin pouvoir consacrer tout son talent à une autre série dans un tout autre univers. Et je suis certain qu'il attendait ce moment avec impatience. Nous aurons bien sûr hâte de contempler à nouveau son trait magique dans son prochain projet !

Chronique du 17/03/09

Quatrième et dernier tome de la série, c'est celui qui doit tout nous révéler. Peut-être un poil moins dynamique que les précédents tomes, les révélations y sont beaucoup plus nombreuses. Sauf que la révélation finale est tellement floue que j'ai pas compris grand chose. Ou plutôt, ce que j'en ai compris me mettrait sacrément les boules à apprendre si j'étais le héros : avoir mis ma vie en jeu pour une telle évidence ! Je relirai la série en suivant un de ces quatre matins.
En tous cas, pas mal d'informations ici, et de façon pas toujours très naturelle, je trouve.


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Tome 4: \\"Les ordonnances\\"

Année d'édition
2009

Contes de l'ère du cobra (Les) Enrique Fernández (s)(d) GLÉNAT

Tome 1 : " Les amants "

Chronique du 28/08/12

« Bienvenue dans mon modeste théâtre.
Aujourd'hui, en ce cinquième anniversaire de la nuit des feux, permettez que je caresse vos âmes avec mon histoire, une histoire tissée des fils de cent autres histoires... »


Enrique Fernández a toujours aimé les contes. Dès ses premiers pas dans la bande dessinée, c'est avec David Chauvel qu'il se lance dans l'adaptation du roman de Frank Baum : Le magicien d'Oz. Son trait d'alors a quelque chose de féérique, en dehors des sentiers battus.
Les contes, il se les approprie petit à petit, il en fait presque son crédo. Il signe avec L'île sans sourire son second (si je ne m'abuse) album solo. L'an passé, il nous faisait vivre une fable initiatique et porteuse d'espoir avec Aurore...

Le voilà qui poursuit sa route dans le monde de la bande dessinée avec une nouveau conte, qui s'assoit entre la magie d'Aladin et la cruauté du Baron de Münchhausen. Dessins et couleurs nous transportent vers l'orient, l'Inde et Les mille et une nuits, le berceau de tous les rêves, des légendes, des serpents, des belles femmes...
Un monde dans lequel personne ne s'en sort indemne, dans lequel tout être, aussi bienveillant soit-il, possède une face sombre.

Enrique Fernández est un dessinateur que j'admire vraiment, capable de m'ôter les mots de la bouche avec son traitement graphique si particulier. Il parvient à chaque fois à faire quelque chose de sensiblement différent, et pourtant toujours aussi reconnaissable.
Il faut dire que ce monsieur vient de l'animation, tout comme d'autres grands noms de la bande dessinée que j'adore : Juanjo Guarnido, Virginie Augustin... On ressent vraiment cette patte là dans l'approche de la couleur. C'était flagrant dans L'île sans sourire, ça l'est d'autant plus dans ces Contes de l'ère du Cobra, dont le traitement est vraiment proche de celui d'Aladin de Disney.
Une colorisation en net décalage par rapport à celle employée dans Aurore, paru seulement 4 mois plus tôt (décembre 2011 pour Aurore et avril 2012 pour Les contes de l'ère du Cobra). Deux techniques tout à fait différentes et que l'auteur a sûrement dû employer de front.

Le récit m'a franchement enthousiasmé au départ, puis j'ai fini par le trouver un peu long, surtout sur la deuxième partie. Il faut dire que l'intrigue débute merveilleusement bien. L'auteur prend le contrepied parfait du beau prince qui part délivrer sa promise. Ça dégénère, la situation devient inextricable, on se demande comment ça va évoluer, c'est épineux et très plaisant.
Pourtant, j'ai trouvé que la seconde partie, avec l'arrivée du comédien nain, acolyte de notre virevoltant Irvi, était trèèèèèès longue, et pas si riche en rebondissement que la première moitié de l'album. Changement de rythme donc, dommage. Mais nous en aurons sûrement pour nos mirettes dans le second et dernier opus. Avec je l'espère une montée en puissance du début à la fin.

Ceci étant dit, j'ai beaucoup aimé cet album malgré tout, et je trouve que l'entrée en matière est plus agréable et va plus dans le fond des choses que dans Beauté.
Bref, si vous aviez aimé cet album de Fabien Velhmann et Kerascoët, si vous aimez tout simplement les belles histoires, foncez sur Les contes de l'ère du Cobra : vous ne serez pas déçus !


D'autres avis : David F., Zaelle




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Tome 1 : " Les amants "

Année d'édition
2012

Tome 2 : " Révolution "

Chronique du 27/04/13

« Comme je vous le narrais, notre pays traversait là des temps bien obscurs. Si obscurs qu'une simple et infime étincelle pouvait provoquer un puissant brasier. Un feu si intense qu'il mettrait fin pour toujours à cet Empire plongé dans les ténèbres.
Maluuk généra l'étincelle. Irvi souffla l'air qui la transforma en flamme.
Laissez-moi vous raconter maintenant comment cette flamme devint un puissant feu...
»


Après seulement quelques mois d'attente (le premier tome était paru en avril 2012, et le second à peine 5 mois plus tard) Enrique Fernández met fin à ces magnifiques contes (oniriques) de l'ère du Cobra.
Ainsi le lecteur par l'album alléché n'eut pas à attendre trop longtemps pour se plonger dans la conclusion du diptyque.
Une pause courte fort appréciable, et surtout une césure bien amenée dans le rythme de la narration, qui ne donne pas la désagréable impression que l'histoire aurait pu tenir dans un seul tome plus volumineux : le premier tome posait les bases de la romance et décrivait les personnages qui entraient véritablement en scène dans le second, sur une pétillante conclusion.

J'attendais celle-ci depuis longtemps mais, comme souvent, je fais trop traîner mes lectures... Qu'à cela ne tienne, j'ai relu intégralement l'histoire pour mieux m'imprégner de sa féérie. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir tant l'auteur nous livre un travail impeccable.
Cette seconde lecture m'a par ailleurs permis de remarquer certains détails qui m'avaient échappé, comme cet exercice de style auquel Enrique Fernández s'est prêté sur les premières planches du tome 1. Elles présentaient une fluidité et un dynamisme incroyables, renforcés par ce découpage qui rendait la succession des cases si vivante : il y avait une continuité entre les cases, notamment les 3 premières de la page 5 et l'envol d'Irvi au-dessus de la cité en page 6.
Une dynamique que l'auteur a rapidement laissé tomber tant ce devait représenter un travail de folie. Il a cependant préservé notre délice intact à grand renfort d'artifices éblouissants : la mise en couleur de cette série est absolument fantastique !


« Notre devise est " seulement pour les plus grands, seulement pour les grandes occasions ", votre altesse. Notre caravane offre ses services uniquement aux clients les plus remarquables, et nous proposons des représentations sur mesure, fondées sur leurs propres exploits.
_ Hum... Humm... Soit, soit... Cela fait longtemps que nous n'avons eu la visite d'une troupe comme la vôtre. Quels sont vos talents ?
_ Notre plus grand talent est de transformer notre client en personnage principal de sa propre histoire. Et, qui mieux que votre altesse pour jouer son propre rôle ?
_ Moi, jouer un rôle dans la pièce ?
_ Mais pas n'importe lequel ! Le rôle principal : celui du héros !
»

Avec ce tome 2, Enrique Fernández clôt son récit dans une magistrale vengeance théâtrale. Une fin prenante oscillant entre le conte et le théâtre, dans un bouquet final explosif.
Je suis vraiment fan de cet auteur, et je dois l'avouer, Les contes de l'ère du Cobra est son œuvre que je trouve la plus aboutie, tant narrativement que graphiquement.
Maintenant, il ne me reste plus qu'à attendre (avec impatience) la sortie de Brigada, son prochain livre !



L'avis de Zaelle

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2 : " Révolution "

Année d'édition
2012

Contes inachevés de david watts (Les) Christopher (s)(d) La comédie illustrée

Tome 7: "Vespérale"

Chronique du 20/01/07

« Tiens, qu'est-ce que c'est que cet ouvrage dans ma bibliothèque ?
Bien, le dessin à l'air sympathique ... »
C'est comme ça que je suis tombé sur cette série. Angélique avait rangé ses livres avec les miens, mais cette bande dessinée, peut être de par son format fin, m'avait échappé jusque là. Ce n'est pas le genre de BD que je lis habituellement. Ces séries dites "d'auteur" sont souvent hors-normes, c'est aussi le cas de celle-ci, mais je lui ai trouvé une saveur toute particulière.
D'une part, les dessins sont simples et très agréables, et d'autre part, les textes sont tout bonnement géniaux.
Résultat: j'ai vraiment adoré.

Davis Watts décrit dans ses aventures, composées de petites scènes avec des protagonistes récurrents, le monde dans lequel il évolue, avec sa pollution, ses rencontres improbables, et ses idées révolutionnaires.
Je conseille vivement la lecture de cette série.

Chronique du 20/01/07

Ah tiens, je viens d'apprendre que ma BD était un tome 7 ! Il ne me reste plus qu'à acheter les autres tomes En tout cas, rien de gênant puisqu'il s'agit d'une série de saynètes qui ont peut-être un rapport les unes entre les autres vu que ce sont les mêmes personnages mais bon...
A une époque, je m'amusais à essayer de les remettre dans l'ordre ^^

J'ai découvert cette BD du temps du salon d'Artigues. Auteur trop sympa, sobre et pas prise de tête. Je me rappelle qu'on avait passé une demi-heure à faire un petit concours de dessin devant sa table avec Marion et Lucie... Le bon vieux temps... Je n'avais même pas encore commencé mes premières collections de BD et je découvrais tout juste cet univers...

J'ai repéré d'autres BD du même auteur depuis, qui ont toutes l'air plus chouettes les unes que les autres, encore faut-il que je me décide à les acheter...


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Tome 7: \\"Vespérale\\"

Année d'édition
1996

Corto Maltese Hugo Pratt (s)(d) CASTERMAN

Tome 1 : "La ballade de la mer salée"

Chronique du 04/12/10

Alors que le Capitaine Raspoutine et son équipage fait cap sur Kaiserine pour y rencontrer un certain Von Speeke, son catamaran croise une chaloupe voguant paisiblement sur l'océan Pacifique après la tempête.
Dedans, deux jeunes gens : un garçon appelé Caïn et une fille du nom de Pandora.
Peu après, Raspoutine découvre ce bon Corto Maltese, ligoté à une planche de bois. Il décide de le sortir de ce mauvais pas, bien que l'occasion soit tentante de le laisser crever.

Oui je sais, j'ai honte, c'est le premier Corto Maltese que je lis. Et pour une première, on peut dire que j'ai été gâté, puisque mon album de La ballade de la mer salée est une édition anniversaire parue pour les 40 ans de Corto. En effet, Hugo Pratt imagine ce personnage en 1967 (pour une première édition française en 1975) et Casterman a décidé de marquer cette date par la sortie d'un livre de toute beauté, dans le format des planches originales. Autant vous le dire, ce n'est pas pratique à lire. Mais c'est un très bel objet ^^
À l'intérieur, il y a en plus de la BD une quinzaine de pages documentées pour continuer à parler de Corto Maltese à la fin de l'ouvrage.
Un album qui a reçu le prix de la Meilleure œuvre réaliste étrangère à Angoulême en 1976.

J'ai toujours vu Corto comme un grand voyageur, un marin très charismatique et charmeur. Mais j'ai été très surpris en le voyant affublé du titre de pirate (oui, j'étais peut-être un peu inculte sur le coup). Mais on oublie bien vite ce terme tellement il compte peu. Car Corto est avant tout un gentlemen, charismatique et charmeur. Et plutôt intelligent qui plus est.
Ce qui me plait le plus chez lui je crois, c'est ce côté sarcastique en toute circonstance et ses répliques de haute volée. Et puis il faut dire qu'il a plutôt la classe, comme marin !

" _ Ce que vous avez de mieux à faire, toi et Caïn, c'est de rester près de moi. Je porte bonheur.
_ Et vous pensez que vous allez toujours continuer à avoir de la chance aussi effrontément ?
_ Bien sûr ma chère... Quand j'étais petit, je me suis aperçu que je n'avais pas de ligne de chance, alors avec le rasoir de mon père... Zac, je m'en suis fait une comme je voulais. "


La classe, c'est exactement tout ce que n'a pas Raspoutine, son meilleur ennemi. J'adore le duo qu'ils forment tous les deux, fait de gentilles disputes. Ils veulent en permanence se tuer mais s'entendent finalement plutôt mal, euh... bien ! Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

" _ Hé, Corto, mais où étais-tu passé ? Maudit bâtard !
_ Ah ! Parce que toi, ton père tu l'as peut-être connu ? ... J'ai été me promener ! "


Ce sont là les deux personnages principaux évidemment. Mais il y a pleins de protagonistes secondaires qui ont tout autant de charisme et qui mériteraient qu'on parle d'eux : le lieutenant Slütter par exemple, Pandora aussi (plus que son frère Caïn je trouve, un petit effronté), et même le moine bien qu'on ne voit jamais son visage.

L'intrigue en elle même imbrique tout le monde dans un scénario complexe. Au travers de cette guerre de 14 qui arrive jusqu'aux îles les plus reculées du Pacifique se déroule une petite réunion de famille inattendue. Appelons ça comme ça. Les rouages de l'aventure sont intéressants et captivent le lecteur que je suis d'un bout à l'autre.
On peut donc dire que je suis enchanté par ce classique de la bande dessinée :)
Seul petit bémol quand même, histoire de pas être objectif à 100% : J'ai trouvé l'histoire un peu longue. Elle fait près de 170 pages je crois, c'est long, c'est très long !

Je termine sur le dessin :
Je me faisais la réflexion, c'est incroyable comme Hugo Pratt parvient à dessiner un navire simplement en posant quelques aplats de noir. De même, les décors derrière les personnages mêlent de gros traits à quelques détails plus minutieux. Mais on cerne toujours de suite là où on est et ce qui est représenté : une salle des machines, des chaudières...
Les visages ont eux aussi quelque chose de très particulier. Ils sont détaillés et flous à la fois. Pourtant, s'ils sont toujours différents dans le dessin, on parvient toujours à savoir à qui on a affaire. Le dessin des personnages est assez éloigné l'un de l'autre pour qu'on ne confonde personne.
Autant de choses qui font du dessin d'Hugo Pratt un ovni de la bande dessinée, inimitable et tellement génial.

Allez, d'autres citations pour la route :

" _ En deux mots tu me conseilles de fuir !?! Goujat ! ... Cette île est à moi ! Le moine meurt mais ne s'enfuit pas !
_ D'accord, alors, meurs !
_ Le moine fuit mais ne meurt pas !
_ Dame, il y aurait bien une solution... meurs à moitié. Et rends-toi à moitié...
_ Ah, Corto, Corto, Corto... ce que j'aime le plus en toi, c'est cette capacité que tu as de ne jamais perdre de vue le côté amusant des choses ! "


" _ Écoute Cranio : Voici un "38" avec lequel le moine aussi peut mourir !
_ Tu sais ce qui me déplaît en toi, Raspoutine ? ... Presque tout ! "

Chronique du 14/12/10

Corto Maltese est tout un symbole dans notre famille. Mon père, à la fois marin (d'eau douce :P ) et bédéphile, l'a élevé au rang d'idole, et c'est devenu une sorte de divinité chez nous. C'est d'ailleurs à cause du Paternel que j'associe immanquablement Corto à un vers de Baudelaire. Dites "Corto Maltese", et je vous répondrai "Homme libre toujours tu chériras la mer". Avec une telle ambiance familiale, comment se fait-il que j'ai attendu d'avoir 20 ou 25 ans pour lire un Corto ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que lorsque j'ai fini par m'y mettre, je les ai lu sans les apprécier outre mesure, je l'admets.

Si comme moi, vous avez lu des Corto sans en apprécier la saveur, suivez mon conseil : lisez La ballade de la mer salée, car le héros de Hugo Pratt prend toute sa dimension et son intérêt dans cet album. On commence généralement une série au tome 1, on devrait donc toujours commencer les Corto Maltese par La ballade de la mer salée. D'ailleurs, l'histoire elle-même n'est pas "corto-centrée" comme le sont les autres albums. Il n'y a pas véritablement de personnage principal, mais plutôt plusieurs protagonistes qui se retrouvent embarqués dans les rouages de la piraterie et de l'histoire mondiale. En fait, après renseignement, il semblerait que cet album n'ait pas été écrit dans l'idée de créer la série des Corto Maltese. Au contraire, la série se serait développée à partir de l'un des personnages de l'album.

D'ailleurs, on sent bien qu'il s'agit là du tout premier. Les visages des personnages, encore hésitants au départ, s'affinent au fur et à mesure qu'on avance dans la BD pour adopter finalement les traits que nous leur connaissons depuis. Les caractères, eux, sont déjà bien cernés. Corto est placide, réfléchi, cynique et doué d'un grand sens pratique. Raspoutine est l'homme ambigu que l'on connait : immoral, insensible, cupide et crapuleux mais attachant et indispensable. Au final, cet album qui contient somme toute un nombre assez conséquent de pages se laisse dévorer sans autre forme de procès.

Mais laissez-moi vous parler de l'objet qui vaut, à lui tout seul, le détour. Car notre Ballade de la mer salée est une édition spéciale parue en 2007 pour fêter les 40 ans de la première apparition de Corto Maltese le 10 juillet 1967 et le 120° anniversaire fictif du marin le plus célèbre de la bande dessinée. La couverture est toilée et très esthétique avec un Corto à l'aquarelle. Le format correspond à celui des planches originales de Hugo Pratt. Le papier est épais. Un courrier du neveu de Caïn Grovesnore sur papier à lettre glissé dans le livre. Le format à lui tout seul aurait suffit à en faire un objet de belle qualité : le fait qu'il s'adapte à la taille originale des planches permet de véritablement apprécier le talent de Hugo Pratt. Son dessin est déjà réputé (à raison !) pour sa qualité. Mais là, il devient soudainement sublime, laissant se dévoiler la beauté, la précision, l'expression et l'intelligence des aplats de noirs.

Je suis en revanche plus mesurée sur la lettre du neveu de Caïn Grovesnore qui introduit l'histoire comme étant un fait réel basé sur des documents bien réels. La démarche manque d'originalité et de naturel, et c'est mon regret, car il faut bien admettre qu'elle apporte aussi des éléments nouveaux à l'affaire si on prend la peine de la lire après lecture de l'album.

Roaarrr Challenge
- Meilleure œvre réaliste étrangère - Angoulême 1976


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Tome 1 : \\"La ballade de la mer salée\\"

Année d'édition
2007 (1°ed.1975)

Tome 2 : " Sous le signe du Capricorne "

Chronique du 16/06/2013

Après l'incroyable Balade de la mer salée, Hugo Pratt reprend ses plumes pour nous gratifier de nouvelles histoires de Corto Maltese.
Cette suite, nous la devons à la rencontre de l'auteur italien avec le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Pif Gadget lors d'un festival en Toscane, qui lui propose alors de publier en France.
C'est ainsi que voient le jour en 1970 ces 6 histoires du marin maltais, qui devient alors le personnage principal d'une série qui portera désormais son nom. Et il aura encore fallu attendre quelques années avant que l'album ne soit publié dans un recueil broché.

Bien que le titre soit placé Sous le signe du Capricorne, ces aventures de Corto Maltese se situent plutôt au niveau de l'équateur (Guyane hollandaise et française, nord du Brésil).
On y retrouve un Corto tantôt justicier, tantôt rebelle, chasseur de trésors ou de civilisations perdues.


« Oh... oui... oui... J'ai connu ta mère par une peinture d'Ingrès. Elle était célèbre ta mère. La fiancée de Gibraltar, une gitane très connue... Oui... oui... puis elle alla à Malte avec un marin de Cornouailles.
_ Fantastique, j'ai l'impression de me trouver avec une vielle tante et de regarder l'album de famille.
»

Hugo Pratt a trouvé son héros. Il faut dire que ce dernier ne manque pas de prestance. L'auteur prend bien soin de préserver son charisme et si l'on en apprend un peu plus sur sa personne et ses origines, ce n'est jamais de sa bouche. Il aime cultiver le secret qui l'entoure et nous, nous aimons cet élégant marin qui donne toujours l'impression d'avoir un temps d'avance, de tout savoir et de tout déjouer. Pourtant, il reste impulsif et imprévisible, allant même jusqu'à foncer tête baissée vers le danger alors qu'il sait très bien qu'il ne devrait pas.
De tous, il est peut-être pour moi le personnage de bande dessinée le plus fascinant, aventurier rebelle cynique et charmeur.

Si j'aime toujours autant le charisme de Corto, j'ai trouvé ses histoires un peu plus poussives cette fois.
La narration, toujours aussi volubile, n'est pas parvenue à me transcender autant que pour La balade de la mer salée. Je soupçonne le fait que le récit soit découpé en 6 chapitres d'être à l'origine de cette impression car même si les péripéties se déroulent sous le même ciel, elles peinent à trouver le liant et la richesse du premier opus. Il y a bien des personnages récurrents (comme le jeune garçon ou le professeur) et la chronologie qui est proche, mais le fil conducteur paraît infime.
Au cours d'une chasse au trésor digne des meilleurs récits de piraterie, l'apparition de Raspoutine nous apparaît toujours aussi délicieuse en réparties mais ne relève pas cette amère impression de longueur.
Et pourtant j'ai aimé ces histoires séparément, ces premières pistes vers le continent perdu de Mû, ces captivantes aventures qui sentent bon l'air marin, le rhum et la bagarre. Je regrette seulement qu'elles ne forment pas un tout plus consistant.


Je n'en ai pas parlé, mais Pratt reste Pratt : un génie du noir et blanc
Un style fait de noirs intenses et de traits justes qui me fascine toujours autant.

Chronique du 16/06/2013

Sous le signe du Capricorne... Voici un volume bien déroutant des aventure du très fameux Corto Maltese. Il ressemble plus à un recueil d'histoires qu'à un récit complet. Les trois histoires qui se succèdent au long des six chapitres sont bel et bien chronologiquement cohérentes les unes avec les autres, liées par les événements et les personnages et situées géographiquement entre l'Équateur et le Tropique du Capricorne (Guyanes Hollandaise, Française et Brésilienne). Néanmoins elles sont distinctes par leurs intrigues, leurs lieux et les objectifs de Corto.
Qu'à cela ne tienne, le dessin de Hugo Pratt ne déroge bien sûr pas à sa réputation : entre un trait hachuré à la fois fourni, succins et rapide et des aplats d'un noir épais, le noir et blanc du Vénitien garde une saveur intemporelle qui offre à la jungle toute sa densité et à la mer toute sa sérénité. Quant aux personnages, leur caractère passe dans l'intensité de leur regard.
On savoure toujours le cynisme jubilatoire et le côté "immoral mais quand-même" du célèbre pirate. Toujours ambigu, il prend les situations de haut avant qu'elles ne se retournent contre lui, il prétend n'avoir que l'argent pour morale mais le sacrifie sur l'autel du cœur, il prône la prudence mais fonce dans le tas... Inutile de préciser que son rapport à la gent féminine n'est pas moins obscur ! Une fois n'est pas coutume, je me plierai au jeu des citations de Lunch tant Corto reste inimitable.

« Incroyable !... Mais... Je gagne avec cinq as.
- Ce n'est pas possible, il y a seulement quatre as dans un jeu de cartes.
- En effet, de toute ma vie de joueur je n'ai jamais vu une partie pareille... »


« Cette dynamite suffira... Tu savais qu'un tzigane m'a dit que lorsque je mourrai tous ceux qui seront autour de moi mourront aussi ? »

Petit bonus dans cette épopée sud-américaine : on découvre ses origines (pour peu que vous découvriez ses aventures dans le sens original d'écriture), mais bon... pas de sa bouche, faudrait pas rêver non plus.

« Fantastique, j'ai l'impression de me trouver avec une vieille tante et de regarder l'album de famille. »



Un autre avis : Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 2 : " Sous le signe du Capricorne "

Année d'édition
2011 (1°ed. Publicness 1971)

Couleur de peau : miel Jung Sik Jun (s)(d) Quadrants

Tome 1

Chronique du 09/02/08

Jung Sik Jun est un petit enfant coréen, qui a été abandonné, et élevé dans un orphelinat, en attente d'une adoption. Nombre de Coréens subissent le même sort, certains partent pour les États-Unis], la France, ou la Suède, pour lui : ce sera la Belgique, en Wallonie...

Ce livre est en fait l'histoire autobiographique de l'enfance de Jung, qu'il décrit ici de manière décalée, en restant toujours positif et en imposant une dimension humoristique qui n'était pas évidente au vue de son adoption.
L'auteur a voulu nous dire ce qu'il pensait de son pays d'origine, des adoptions massives de Coréens dues au régime politique du pays, tout en gardant le sourire et en relatant son enfance loin du peuple qui l'a vu naître.

C'est un livre poignant et très intéressant, expliquant très pédagogiquement la situation de la Corée, ou encore plus sommairement le fonctionnement de la Belgique. On rit beaucoup tout en partageant l'intimité de l'auteur. C'est voulu, et c'est très bien fait.

L'auteur de Kwaidan change de style, autant narratif que dans le dessin, et nous surprend agréablement, avec cette BD au petit format sympathique.
On aime ou on aime pas, et on est très surpris de trouver ce livre chez Soleil, dans une nouvelle collection "Quadrants" nommée "Astrolabe". Mais peu importe : Couleur de peau miel est réellement une superbe bande-dessinée.

Chronique du 09/02/08

Couleur de peau : miel a quelque chose de déroutant. On a l'habitude de suivre Jung dans des histoires fantastiques japonisantes, et on le retrouve dans une autobiographie aux antipodes de ce que l'on connait de lui.

Déroutante aussi, car elle aborde des sujets plutôt difficiles avec un profond détachement alors qu'elles ont été vécues par l'auteur lui-même. "Profond détachement"... Le terme est même léger, il n'hésite pas à être sarcastique avec son propre passé.

Intéressant par ailleurs de découvrir des univers peu connus : la Corée du Sud de l'après-Guerre de Corée et l'expérience de l'adoption.


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Tome 1

Année d'édition
2007

Tome 2

Chronique du 23/02/10

Jung a maintenant 14 ans, il entre dans l'adolescence... une période difficile : en plus de devoir gérer les problèmes auxquels sont confrontés tous les enfants de son âge, il doit aussi trouver les réponses qu'il occulte depuis toujours...

Le tome deux repart là où le premier avait prit fin. Certains trouvent ce second opus plus gris, moins prenant, mais je préfère considérer le travail dans son intégralité... et ce même si je les ai lus avec quelques mois d'écart.
Certes, la dérision est toujours là, et sans elle on serait probablement noyé. Jung parvient à nous conter une période plus délicate, plus conflictuelle, tout en gardant la même pédagogie.

On se rend compte à quel point un adopté peut avoir des questionnements aux antipodes de ce qu'on a vécu, mais en plus de ceux qu'on a tous connus. Et il est très difficile de se mettre à leur place car on ne le sera jamais.
C'est en tout cas un très bel hommage à tous les adoptés et à tous les parents, qui ont adopté également.
Personnellement, même si je ne suis pas dans ce cas de figure, j'ai été très touché par ce double-album autobiographique de l'auteur. C'est quelqu'un que j'apprécie de part son dessin et son travail, et que j'ai également rencontré à plusieurs reprises lors de séances de dédicaces, avec sa femme Jee-Yun qui scénarise la plupart de ses albums. Et c'est vrai que ce n'est pas une question qui nous vient à l'esprit quand on lui parle, ses origines, toutes ces choses... je ne suis pas certain de lui en parler un jour, mais en tout cas j'espère qu'un jour il franchira le cap, et qu'il parviendra à renouer avec ses origines, et à retourner en Corée.

Au passage, j'ai beaucoup aimé le travail de son ami Raoul en page 90. Inspiration Dali, c'est certain, mais quelle imagination :)



Roaarrr Challenge
- Prix Région Centre - BD Boom 2008


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Tome 2

Année d'édition
2008

Courtney Crumrin Ted Naifeh (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Chronique du 08/06/13

La plupart des gens aiment à cataloguer un récit dans un style qui va le définir. Une œuvre aura alors son public cible : une tranche d'âge ou un goût prononcé pour un genre bien particulier.
Certaines œuvres, plus rares, savent s'affranchir de ces limites et sont assez intelligentes pour ne pas se laisser cadenasser dans un moule. C'est le cas de Courtney Crumrin.

Courtney est une petite fille en pleine adolescence. Ses parents, fauchés, ont décidé d'emménager dans la maison du grand-oncle Aloysius pour pallier à leurs problèmes financiers. Issue d'un quartier modeste, la petite famille déboule alors dans la grande maison lugubre du vieil homme et tente de se faire une petite place au sein de l'aristocratie environnante de Hillsborough (littéralement « arrondissement de la colline »).

« Nous n'avons pas élevé notre petite fille pour qu'elle se batte.
_ C'est un quartier respectable. Tu veux donner une mauvaise image de nous ?
_ Essaie au moins de t'entendre avec les autres enfants.
_ Ne nous pose pas de problèmes. Ces enfants ont des parents importants.
»

L'adolescence est une période de vie fascinante qui se situe entre l'enfance et l'âge adulte. Il y a cette irrémédiable envie de grandir qui se caractérise souvent par un conflit plus ou moins violent avec les parents. Et puis il y a aussi cette curiosité des choses de la vie, ce besoin de se sentir concerné, de prendre son indépendance.
Courtney se retrouve, avec ce déménagement, chamboulée dans ses repères. Elle est en pleine reconstruction. De plus, l'arrivée dans un quartier riche pour une fille issue de la banlieue ne plaide pas en faveur de son intégration : elle est esseulée, tenue à l'écart par ses camarades de classe. Il faut dire qu'elle habite dans « la maison hantée de la ville », celle qui effraie tout le voisinage : cela n'aide pas !
Mais la jeune fille est curieuse, un tantinet espiègle... et elle n'a peur de rien !


On pourrait faire un quelconque rapprochement avec l'univers d'Harry Potter. Cette envie de parler aux enfants par le biais d'une histoire qui les heurte et les mets mal à l'aise. La préface écrite par l'amie de l'auteur (il faut dire que cette petite fille atypique et courageuse porte le même nom qu'elle et qu'elles semblent toutes deux avoir vécu le même problème d'intégration), elle-même écrivain, l'exprime bien : « Les seuls contes pour enfants qui sont de véritables classiques, intemporels et aimés, sont aussi ceux qui sont subversivement honnêtes sur les horreurs de la vie. Les enfants font face à la réalité à un niveau beaucoup plus basique que les adultes, et ne croient pas aux histoires qui sont trop mignonnes. »

Ted Naifeh n'hésite pas à proposer un album, certes orienté jeunesse, mais surtout mature. Il prend le parti de ne pas choyer son lectorat, de lui montrer des choses flippantes, ce qui donne du caractère à l'album qui en devient aussi savoureux pour les plus jeunes que pour les adultes.


L'approche graphique est également sujette à ambiguïté.
Ted Naifeh déroule son histoire dans de grandes cases fourmillant de détails, entièrement basées sur un jeu d'ombres obtenu à l'ancrage. Dans un style plutôt réaliste (bien que les mains soient crochues à quatre doigts), il associe ses traits secs à de grands aplats noirs pour une immersion totale dans le fantastique. Seul le personnage de Courtney diffère au niveau du code graphique avec sa bouille toute en rondeur, son absence de nez et ses grands yeux ronds. Un visage plus doux dans un monde bestial.
Une histoire qui s'extrait de la couleur pour accéder en quelque sorte à l'intemporalité. Chose qui plaira au férus du noir et blanc mais qui laissera de côté la plupart des enfants.

Il existe cependant une version colorisée de la série, campant une ambiance générale sombre, à dominante mauve-rouge. Une apport de couleur qui permettra sûrement aux plus jeunes de mieux appréhender le récit, et qui assoit également l'origine comics de l'œuvre (Naifeh étant Américain).
L'auteur n'a par ailleurs pas de préférence entre les deux éditions. Il trouve que la colorisation réalisée par Warren Wucinich apporte une atmosphère supplémentaire.


Le premier album de Courtney Crumrin peut très bien se lire seul, comme un one-shot, pour ceux qui sont réfractaires aux séries (6 tomes ici et 2 hors-série). Il se compose par ailleurs de plusieurs histoires courtes dont on ressent le découpage. J'ai trouvé qu'il manquait un fil conducteur plus ténu, que le chapitrage coupait un peu le rythme de la narration, bien qu'une certaine continuité soit présente, notamment au niveau de l'initiation de la fillette aux choses de la nuit.

« Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
Tu crains à mort dans mon rôle. »

D'une façon plus générale, j'ai aimé le personnage central de Courtney, le lien entre l'aspect fantastique du récit et la symbolique de l'adolescence.
Courtney étant une enfant un peu à part, elle trouve un terrain de jeu à sa mesure pour s'évader d'un quotidien morose (école, parents, etc). Elle (s')expose (à) une certaine forme de cruauté qui fait partie intégrante de son expérience, de l'univers sombre qui l'entoure et de la vie, tout simplement.


Pour ceux qui ont aimé Courtney Crumrin, je leur conseille la lecture de Bêtes de somme (et vice-versa). Même public, même genre, mêmes peurs...


D'autres avis : k.bd, iddBD, Mo', Yvan, Nico, Jérôme, Yaneck




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Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Année d'édition
2009 (1°ed.2004)

Cross Fire Jean-Luc Sala (s), Pierre-Mony Chan (d) SOLEIL

Tome 1 : "Opération Judas"

Chronique du 23/03/10

Oak Island - Nova Scotia - Canada.
Luigi et Sofia sont envoyés en mission par Monsignore Marchesi sur un site archéologique. Il s'agit de trouver les reliques avant les personnes qui semblent les chercher, afin de les dater. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu, et les prétendus ouvriers semblent bien plus équipés que prévu.
À la suite de cet échec, il est convenu de faire appel à un spécialiste pour protéger Sofia, un dénommé Angelo, fils d'une vieille connaissance du Cardinal...

L'intrigue, le dessin, les personnages, l'humour, l'infiltration et le mystère... cet album a vraiment tout pour plaire. Sur un fond inspiré de James Bond (il y a même le vieux "Kyu" et ses gadgets), Jean-Luc Sala pose les fondations d'un scénario occulte avec ce service secret qui existe dans l'unique but d'éradiquer les preuves qui remettraient en cause le principe même de la religion chrétienne.
Mais le Cardinal Marchesi, à la tête du Cabinet Noir, est peut-être trop curieux... et c'est un bien vilain défaut à ce qu'il paraît !

Personnellement, tout ce qui est occulte, avec des reliques, des templiers, tout ça, j'aime bien, de manière générale. Et si en plus de ça on a de l'humour bien comme il faut, alors on va pas se plaindre.
Sacré bonhomme que cet Angelo, dont les répliques décapantes animent chaque page. Et le duo avec la belle Sofia n'en est que plus piquant.

Eh bien, il ne reste plus qu'à découvrir la suite.

Chronique du 23/03/10

J'ai acheté cette BD car nous devions recevoir Jean-Luc Sala à la bibliothèque. Je connaissais Bakémono mais pas Cross Fire à l'époque, et je voulais savoir ce que ça valait avant de le faire acheter en double à la bibliothèque, d'autant que je restais sceptique, rapport à l'éditeur...

Pour le coup je n'ai pas été déçue, et j'estime que le scénario est bien mieux ficelé que pour Bakémono. L'occulte n'était pas encore tout à fait à la mode à l'époque, et associé à de l'action digne d'un James Bond (qui a réellement inspiré le scénariste) et à un humour décapant, cette BD est tout à fait digne d'intérêt, même pour ceux qui sont passionnés de gros lolos ! On est épaté par la maîtrise de Sala quant au sujet biblique (on le croirait pas, comme ça, en le croisant) et par sa culture, mais aussi par son sens du scénario.

Et n'enlevons rien à Pierre-Mony Chan... Si Jean-Luc Sala a fait appel à lui alors que lui-même maîtrise le dessin, ce n'est sans doute pas un hasard. Les mimiques des personnages, d'Angelo en particulier, sont très éloquentes (grosse inspiration manga à n'en pas douter), le mouvement assiste assez bien le rythme du scénario... petite (mais pas trop grosse) déception sur les couleurs tout de même.


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Tome 1 : \\"Opération Judas\\"

Année d'édition
2004

Tome 2 : "Au service secret de sa Sainteté"

Chronique du 23/03/10

Monsignore Marchesi, Sofia et Angelo se retrouvent devant les fameuses fouilles archéologiques que leur avait indiqué leur mystérieux informateur. Quel terrible secret cachent-elles pour que des homme surentrainés y soient envoyés ainsi ?

A megghia parola è chidda chi nun si dici.*
C'est ce qu'Angelo dit à Sofia en voulant sortir le grand jeu pour l'impressionner. Mais il en faut plus que ça pour ce faire, assurément, et cette dernière ne manque pas de le remballer une fois de plus, avec son mordant habituel. Je trouve le passage tellement drôle que je ne peux m'empêcher d'en parler.

Ah, bien entendu, ce n'est pas le seul trait d'humour de l'album. Mais je le trouve néanmoins un petit ton en dessous du premier opus. On apprend cependant des choses, beaucoup de choses. Et il reste encore tant de mystères à découvrir !
En bref, Cross Fire adopte un scénario rondement mené par Jean-Luc Sala, qui fait plaisir au lecteur en lui donnant de quoi manger, sans pour autant dévoiler tous ses secrets. La technique est payante, on veut connaitre la suite absolument ! J'ai quand même un reproche à lui faire : ces conclusions en cliffhanger à la fin des albums me font bouillir. Autant c'est monnaie courante sur un manga, autant là, sur une BD qui met deux ans à paraître, ça peut être très très long !

* La meilleure parole est celle qu'on ne dit pas.

Chronique du 23/03/10

Une correction par rapport au tome 1 : les couleurs fonctionnent beaucoup mieux.

Suite du premier tome. Les pièces se mettent en place, des nouveaux personnages, de nouvelles factions : les intérêts des uns et des autres se dessinent et certains qu'on croyait hostiles ne le sont pas forcément. Toujours cette association décapante occulte/action/humour, avec quelques clins d'œil genre Télétubbies ou Star Wars.


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Tome 2 : \\"Au service secret de sa Sainteté\\"

Année d'édition
2006

Tome 3 : " Mourir et laisser vivre "

Chronique du 12/11/11

Le Vatican, été 1939.
Un caveau vient d'être exhumé sous la basilique Saint-Pierre. La légende dit que l'apôtre est enterré quelque part sous cette basilique, sans que jamais personne n'ait pu vérifier cette hypothèse. Deux hommes pénètrent alors dans le saint des saints pour accéder aux fouilles à l'aide d'un laisser-passer. Ils sont à la recherche de manuscrits anti-canoniques qui pourraient tomber en de mauvaises mains...
Un flashback nécessaire à la compréhension de l'histoire pour ouvrir ce tome 3, repoussant encore de quelques minutes notre envie de savoir si Angelo s'en est tiré où s'il est bel et bien mort (voir fin du tome précédent).
Un flashback qui nous remet aussi dans le contexte de l'intrigue, développant le sujet de Saint-Pierre, de Judas et du Graal.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire à quelle sauce sont mangés les héros de l'histoire, de Marchesi à Angelo. Toujours est-il que Jean-Luc Sala maltraite ses protagonistes c'est certain. Pourtant, nous ne sommes pas dans une série larmoyante, bien au contraire. On ne s'attardera donc pas trop sur leur sort n'est-ce pas ? Vous êtes inquiets ? Tsss...

Si la recette Cross Fire se poursuit, à grand renforts de coups de feu, de tatane et de piques sarcastiques, j'ai tout de même trouvé ce troisième opus plus poussif. La faute aux nombreuses justifications du monde occulte. Nous sommes dans l'enquête pure (ou presque). Le temps est à la réflexion, et non à l'action. Du coup les évocations des textes bibliques se recoupent, s'entremêlent. Et nous, on essaie de s'accrocher pour pas se faire complètement larguer. Bref, une lecture qui demande une concentration assidue et ma foi une bonne dose de recherche et de relecture des précédents tomes si on veut approfondir et bien tout saisir.

Un scénario volubile difficile à avaler. J'espère que la suite sera plus mouvementée... en tout cas maintenant on commence à cerner les enjeux et les forces en présence.
Cette série est une véritable hérésie. Jean-Luc Sala serait-il en quelque sorte un Simon de Samarie ?




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Tome 3 : \\" Mourir et laisser vivre \\"

Année d'édition
2008