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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Bakemono Jean-Luc Sala (s)(d) LE LOMBARD

Tome 1: "Le serment du Tengu"

Chronique du 08/01/07

Tout commence lorsque le "gentil" Empereur blanc Okura se rend seul devant la forteresse du "méchant" sombre Seigneur Kurai, pour demander un duel à son homologue qui vient de faire assassiner sa femme. Comme toujours, les méchants sont méchants, et le sort du gentil Empereur est vite réglé, au détriment du code d'honneur. Apparaît ensuite le Tengu, le dernier des esprits corbeaux, faisant un dernier serment à l'Empereur, celui de restaurer la dynastie qui vient de tomber.
Pour ce fait, le Tengu part à la recherche de ses futurs disciples....

Encore un album Japonisant me direz-vous, Bakemono sort tout de même un peu du lot de par son graphisme réussi et son histoire qui nous annonce pleins de bonnes choses, sans pour autant être compliquée dès le départ. Le premier tome est celui de la recherche des compagnons de voyage, nous commençons également à percevoir la trame et certaines manipulations qui auront certainement un rôle plus important par la suite.

Chronique du 08/01/07

Ce premier tome met en place les personnages. J'attends l'intrigue et j'espère ne pas être déçue, car je trouve ce début bien prometteur...
L'affrontement entre deux puissances : une blanche et une noire, l'équilibre céleste, le personnage du Tengu qui garde tous ses secrets et sa quête invraisemblable de réunir les filles du défunt empereur qu'on aimerait bien savoir pourquoi il les a planqué et pourquoi il faut maintenant les rassembler, des personnages que tout oppose...
Voilà qui nous laisse dans l'expectative.


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Tome 1: \\"Le serment du Tengu\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Les héritières d'Okura"

Chronique du 30/05/08

L'Empereur Okura étant mort, une grande cérémonie est organisée en son honneur, suivie du sacre du grand amiral Yoshida. Et déjà les rumeurs s'agitent, quel peut-être le lien entre l'homme-corbeau et la mort de l'Empereur ?
Pendant ce temps, le Tengu, accompagné de Lame et de Jade, se dirigent vers le territoire de Yuki-onna....

Le tome 2 retombe un peu en intensité, alors que le premier avait très rapidement placé l'histoire. Mais elle pose également de précieux indices sur la trame invisible du récit.
Ici, le Tengu cherche à faire échapper ses disciples à leur funeste destin. Il le connaît, et leur inculque les bases du discernement, sous prétexte de code du bushido.
Déjouer le fil du destin est une tâche ardue, faut-il déjà en avoir conscience. Et c'est bien là la principale qualité de cette bande-dessinée. Jean-Luc Sala est parvenu à tisser un récit rythmé par une course poursuite, non pas contre des ennemis menaçants, mais contre la fatalité du destin.
Les êtres du royaume céleste en sont bien conscients, et ils tentent de déjouer le dernier des Tengus. De là à dire quel camp aura le dernier mot... ce qui est écrit peut-il être changé ? Le destin est-il immuable ? Les héros peuvent-ils prendre en main leur propre destinée ?

Chronique du 30/05/08

J'ai été quelque part un peu déçue par ce tome, ce que je n'ai pas manqué de faire savoir à Jean-Luc Sala d'ailleurs. Depuis des plombes, on nous fait miroiter la troisième sœur, une courtisane. On se demande comment vont avoir lieu les retrouvailles et tout. Et puis y'a pas de retrouvailles...
Je me doute bien que l'auteur sait où il va, et étant donné son travail sur Crossfire, je pense qu'on peut lui faire confiance sur la trame de l'histoire, mais j'avoue que je ne m'attendais pas vraiment à ça, et finalement, le scénario n'a pas tant avancé que ça... Peut-être l mise en place des éléments pour le tome 3 ? Suspense.


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Tome 2: \\"Les héritières d\\'Okura\\"

Année d'édition
2008

Banana Fight Frédéric Brrémaud (s), Matthieu Reynès (d) PAQUET

Tome 1: "Le choc des Titans"

Chronique du 01/02/07

J'ai ça dans mon étagère moi ? ... ben ouai, PAQUET nous l'a gracieusement donné lors du festival de Saint Malo 2005. Pour chaque achat, ils donnaient une bande dessinée (des invendus je suppose).

Au jeu du "J'aime ou j'aime pas", pour cette BD je serais plutôt dans le négatif.
Bon, on a eu pire ... vrai de vrai, on a eu "Murder et Scoty" aussi.
Pour en revenir au scénario, Brrémaud est parti sur la base d'un western pour créer son histoire, un peu décalée.
Un trio de gamins voulant faire comme dans les westerns et devenir les rois de la mauvaise conduite, un gangster recherché du nom de Mariscal qui les prends sous son aile, et un géant bleu... sans compter le prince des enfers en personne qui voit un héritier en Banana (gamin nabot avec des dents en moins).
Pour le dessin, c'est pas trop mon style, les trais simples et les couleurs souvent peu nuancées ne relèvent pas le niveau.

Le résultat vous l'aurez compris, j'aime pas :(

Chronique du 01/02/07

Franchement bof, pas du tout mon style. Mais bon, peut-être le vôtre !


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Tome 1: \\"Le choc des Titans\\"

Année d'édition
2002

Basse Def Jibé (s)(d) Omaké Books

Chronique du 08/08/13

On est geek ou on l'est pas...

La sortie de Basse Def est quasiment passée inaperçue. Pour cause : édité par Omaké Books, spécialiste des jeux vidéos vintage, le livre n'est pas passé par le cursus habituel des libraires.
Un choix un peu surprenant (et regrettable) pour une bande dessinée, qui se prive de fait de la publicité des professionnels et des rayonnages.
Il faut donc obligatoirement passer par l'achat en ligne sur le site de l'éditeur, qui ne manquera cependant pas de vous remercier de l'acquisition par un petit mot plié sous forme d'enveloppe et ponctué d'un smiley : « Cher Jérôme, Merci ! Bonne lecture !! »
Une attention plutôt chaleureuse qui ne remplace certes pas le contact humain mais qui rend l'impression moins froide et distante. J'ai vraiment apprécié !

Avant toute chose je voudrais remercier David, sans qui je serais passé à côté de Basse Def, et qui n'était même pas étonné que ça puisse me plaire... genre je suis un geek et ça se voit.
Merci David, ça me va droit au cœur ;)


Un hommage en 8-bits.

Jibé, que vous avez peut-être découvert avec Sans emploi, a publié son travail sur son blog avant qu'il ne soit édité. Il n'avait pas l'intention de le sortir en livre au départ mais sa rencontre avec Florent Gorges d'Omaké Books a été fructueuse en idées sympas...
Si une partie de la bande dessinée est toujours lisible en ligne (il continue même aujourd'hui avec une seconde histoire : Basse Def Pocket Adventures), vous rateriez quand même beaucoup de l'esthétique du produit fini à ne pas posséder l'album, tant il ressemble à une cartouche NES. Y'a pas a dire : c'est beau ! Le design (d'époque) est résolument génial et on a même droit à une image pixelisée ! À l'heure des consoles qui ne se comptent même plus en nombre de bits, c'est un luxe.


« MORTEEEEEL ! On est dans un jeu ! Dans un jeu !
_ Ah ouais... Quand ils parlaient d'une « expérience immersive », ils se foutaient pas de ma gueule...
_ Regarde Simon comment c'est trop beau !
_ Faut pas exagérer non plus, c'est un jeu NES, quand même...
_ Mais on peut faire ce qu'on veut ! On peut courir ! On peut sauter ! On peut... euh... On peut faire quoi d'autre ?
_ Rien. La manette n'a que deux boutons.
»

À l'intérieur, une succession de strips en pixel-art suivent un même fil conducteur : Sephir... Ludo et Simon Zizi sont enfermés dans un jeu vidéo Nintendo et doivent le terminer pour espérer en sortir.
Un scénario simple et loufoque qui combine le fond à la forme et qui donne une admirable excuse graphique. Certes, la version papier est orpheline des effets animés (en gif) du numérique mais je vous rassure, c'est parfaitement lisible et les dessins ont été réalisés en grand format avant d'être réduits en cases.
Un travail tout en pixel qui n'a rien à envier à la dernière note de Boulet, dans un style quand même très différent.

Le genre comic-strip est parfaitement assumé avec des dialogues très animés et forts en réparties entre les deux compères.
Mais là où Jibé fait très fort, c'est dans l'effet nostalgie.
Basse Def est un hommage aux premiers jeux vidéos (sans se limiter à la seule NES), avec des clins d'œil appuyés sur Mario, Double Dragon, Starwing, Tetris, Out Run, Pong, Street Fighter, Paperboy, etc. Nos deux héros malgré eux visitent tous les genres, du jeu de plateforme au Shoot'em up, en passant par les combats au tour par tour typiques des RPG.
Évidemment, les clichés relatifs à ces jeux d'une autre époque ne sont pas épargnés... portes factices, linéarité, bugs d'affichages sans oublier le must : ces crédits de fin très succincts et qui appellent un RESET de la console pour recommencer la partie. Le bon vieux temps quoi !

« La plupart des portes font juste partie du décor, on peut rentrer nulle part.
_ Faut chercher les portes avec cadenas. Bizarrement, ce sont les seules qu'on peut ouvrir.
»



Il réside quand même un désavantage flagrant lorsqu'on achète en ligne et non en librairie : les défauts de papier ! Là je me retrouve avec un exemplaire avec le bas d'une page déchiré, un petit bout de papier manquant sur un demi-centimètre carré environ, en plein milieu du livre. Pas méchant, pas gênant pour la lecture mais un peu rageant sur un livre neuf...
Ce qui n'enlève rien au plaisir de la découverte. L'album de Jibé est un réel délice pour le vieux gamer que je suis... la cible idéale en somme !
On demanderait bien une suite maintenant...

PRESS START !

Chronique du 08/08/13

Jérôme l'attendait avec impatience, moi avec le brin de scepticisme qui entoure les BD « concept », et finalement il est arrivé avec un petit mot dans un origami, ce qui fait de suite vachement plus craquer (Kawaïïïïïïïïïïïïïïï !!!!).

En terme de présentation, on a un bouquin qui reprend le design d'une boîte de jeux avec tous les petits détails sympa (logo Nintendo pour l'éditeur, vignette d'authenticité, fiche technique, et même la vieille étiquette de prix ! Bref, une boîte de jeu en forme de livre (avec papier glacé quand même).
Dès la 6° planche, on vire au pixel art pour n'en ressortir qu'à 3 planches de la fin, et là, on se régale visuellement. Dès la 2° de couverture, on voit que l'auteur, Jibé, s'est bien amusé et qu'il s'est fait plaisir. Même les textes sont en pixels et les bulles de dialogue des PNJ remontent 20 années en arrière.
Les strips sont drôles, intelligents et bien amenés, et les références, nombreuses, sont très accessibles, même pour moi !

« MAIS BORDEL ! Mais comment fait Mario pour ne pas devenir totalement demeuré quand il explose des blocs avec sa tronche ?
- Peut-être parce qu'il ne frappe pas les blocs avec sa tête mais avec son poing ? »


Les deux persos se vannent constamment, les PNJ sont idiots (les PJ aussi en fait), et les vieux jeux en prennent gentiment pour leur grade. Bref on se marre tout le long.

« Bonsoir aubergiste, comment allez-vous ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Y'a moyen d'avoir une ristourne sur le prix de la chambre ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Ça se passe comment pour le petit déj' ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Et sinon la famille ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Dites les programmeurs se sont pas cassés le cul avec vos dialogues, vous.
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON] »


Et en prime on visite un panel assez représentatif des types de jeux trouvables à l'époque sur NES (plateforme, RPG, baston spatiale, baston tout court...)

Alors où le trouver me demanderez-vous, et bien pour une fois : pas chez votre libraire. Il semble que Omaké Books n'est pas distribué, et si vous avez envie de vous laisser tenter, c'est par là que ça se passe.
Sinon vous pouvez aussi passer vos soirées (la lecture du bouquin est bien plus rapide) à relire l'intégralité des strips (mais y'a des inédits dans le livre) publiés par Jibé sur son blog (mais là il gagnera pas de sous dessus). Ça vous permettra au passage d'avoir un aperçu de la suite des aventures des deux abrutis qui font office de héros.


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Année d'édition
2013

Beauté Hubert (s)(c), Kerascoët (d) DUPUIS

Tome 1 : " Désirs exaucés "

Chronique du 05/07/11

Morue n'a décidément rien pour elle.
Laide de naissance, elle est la risée de tous les garçons du village, à part peut-être Pierre. Assignée à toutes les tâches ménagères chez sa marraine, elle s'échine chaque jour à écailler le poisson, ce qui ne manque pas de lui coller une odeur persistante à la peau, d'où son nom...
Un jour, alors qu'elle va chercher du bois dans la forêt, elle fait la rencontre d'une fée, qu'elle délivre d'un mauvais sort. Cette dernière lui demande quel est son vœux le plus cher : la beauté !

Hubert et Kerascoët avaient déjà travaillé ensemble sur Miss pas touche. Là encore, le fonctionnement est similaire. Hubert est en charge du scénario. Kerascoët (qui rappelons-le est un couple d'auteurs) dessine, et Hubert colorise.
Le scénario s'assimile à un conte de fée (un vrai, pas comme Jolies ténèbres). Il y a tous les ingrédients pour : l'héroïne est une pauvre hère sans le sou mais pleine de rêves, il y a un joli prince dans un joli château, et puis il y a cette fée qui exauce les désirs les plus fous...
Mais cette fée là est quelque peu facétieuse, et le souhait escompté n'est pas tout à fait celui demandé.

« _ Hélas, Mab ne peut changer la réalité. Laide tu es née, laide tu resteras. Il aurait fallu que les fées se penchent sur ton berceau, mais tu n'es pas fille de roi.
_ Ah.
_ Mais si Mab ne peut changer ta nature, elle peut en changer la perception.
_ Mais je serais belle ?
_ La beauté tu veux, la beauté tu auras. Tu seras aux yeux des autres l'idée de beauté faite femme. Par cet enchantement, tu éclipseras la plus belle mortelle jamais née. »


Mais ce qui fait de cette bande dessinée un vrai conte, c'est la morale. Et morale il y a !
Car la beauté rend aveugle, et c'est bien là le fil conducteur de notre histoire. C'est fou ce que la perception des gens changent en fonction de ce qu'ils voient. Et cela apporte réellement tout le comique de la situation.
Ah... si seulement Morue avait choisi l'intelligence :)

Côté dessin, je suis charmé.
En fait, c'est cette couverture un peu atypique qui a guidé mon achat. Ce mélange entre le dessin de Kerascoët et les couleurs toutes en contrastes de Hubert. Je suis par ailleurs rassuré sur son talent, moi qui avait été copieusement déçu par sa colorisation de L'île aux cent mille morts.

La fin de l'album marque une étape dans le récit. Un happy-end en soi, mais qui cache de nombreux rebondissements. Voilà qui devrait ravir les amateurs de manipulations en tous genres.

Chronique du 19/11/2014

Si Beauté commence comme dans un conte de fées, si l'esprit des contes hante l'album tout du long, Hubert prend ici le parti de rendre la belle histoire un peu plus crédible sans pour autant se départir du côté fantastique. Et si les fées n'étaient pas si bonnes que ça ? Et si les vœux n'étaient qu'un vil piège pour assujettir toujours plus les humains ? Et si la beauté était un cadeau empoisonné ?

Dans un univers féérique peuplé de preux chevaliers, de belles dames et de loyaux sujets, où les princes et les princesses reçoivent un don des fées à leur naissance, Hubert met à l'épreuve l'humain. La jalousie des femmes, la convoitise des hommes, la cruauté, la folie ne sont que quelques uns des traits qui se dessinent chez les autres. L'héroïne n'a rien à leur envier. De fragile, humble et innocente, elle devient capricieuse, exigeante, ambitieuse, égoïste et insensible.

Mais le miroir garde deux visages. Ce que les autres voient ne correspond pas à ce qu'est réellement l'héroïne et le bicéphale Kerascoët évoque cette subtilité à merveille, variant les représentations. Tantôt sublime aux yeux des autres, tantôt laide qu'elle est, Kerascoët joue à merveille la double identité de Beauté, la sublimant encore aux moments opportuns.

Pour donner la réplique à ce Janus en jupons, un joli choix de personnages s'offre à nous :
- Pierre l'amoureux loyal. Il l'aime pour ce qu'elle est réellement et tente de la sauver de la folie des autres.
- Claudine, princesse sans charme. Intelligente, cultivée avec un caractère bien trempé, elle est le pendant de Beauté, paysanne idiote et sans éducation.
- La fée Mab, perverse, trompeuse et mauvaise. Elle manipule Beauté, lui fait miroiter une destinée fabuleuse et l'amène ainsi à concevoir son propre malheur.
- Des foules incalculables mais non moins prestigieuses d'admirateurs. Du simple paysan au plus grand des rois, tous tombent sous les flèches de Cupidon (ou plutôt de Mab dans ce cas précis).
- À leurs côtés, des foules incalculables de femmes jalouses. De la simple paysanne à la plus grande des reines, toutes sombrent dans la rancœur.

Sans aller jusqu'au spoil, la série prend de la consistance au fur et à mesure des trois tomes.


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Tome 1 : " Désirs exaucés "

Année d'édition
2011

Belette (La) Didier Comès (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 09/12/13

Lorsqu'il est tombé sur cette vieille bâtisse dans la campagne ardennaise, Gérald a de suite sauté sur l'occasion. L'affaire était bonne alors peu importe le manque de luminosité et les vieux meubles, ils prendront le temps de s'organiser dans leur nouvelle vie et d'aménager les lieux à leur convenance.
Anne, sa femme, n'est pas du même avis. Elle ne se sent pas à l'aise dans cette maison rustique. Elle a toujours vécu en ville. Le bâtiment, le climat, les voisins : tout lui semble hostile. Il faut dire qu'à Amercoeur, la vie n'est pas aussi paisible qu'elle y paraît...


Un scénario glaçant.

La belette est le premier album de Didier Comès que je lis. C'est une joie parce que j'ai visité l'exposition qui lui était consacrée l'an passé à Angoulême (certes exigüe et peu mise en valeur) et son dessin à l'encre entièrement fait de nuances de blancs et de noirs m'avait alors captivé.
Dans La belette, l'auteur dépeint un milieu rural qui lui est cher, un ancrage local qui lui permet aussi de mieux mettre en opposition les paradoxes d'une époque.

« J'ai appris, mon fils, que vous étiez au service de la concurrence !
_ La concurrence ! ... Qu'entendez-vous par là ?
_ La télévision ! … Nos églises se vident, notre pouvoir diminue... Nous étions les gardiens du troupeau, nous sommes devenus des figurants ! Cette menteuse détourne l'homme des vraies valeurs ! Il ne croit plus qu'aux insanités qu'elle montre : le sexe... la violence...
»

L'arrivée de la télévision perçue, ici par la voix du curé du village, comme diabolique. Un plaidoyer risible mais qui reflète bien le conservatisme des anciennes générations (nous compris) par rapport à tout ce qu'elles ne connaissent pas.
Cette confrontation idéologique n'est pas la seule présente dans La belette, car il est aussi question d'ostracisme vis à vis de l'étranger, ces gens venus de la grande ville pour les envahir. Le fait que Gérald soit réalisateur de télévision ne plaide pas en leur faveur...
Le village d'Amercoeur est également le centre d'un conflit plus ancien opposant fortement le paganisme et le christianisme.
Un contexte particulier qui va amener le curé dans une farouche campagne propagandiste pour tenter de convertir de nouveaux fidèles...

Le tout concours à poser de solides bases à l'histoire.
Anne et Gérald, accompagnés de leur fils autiste Pierre, vont avoir toutes les peines du monde à s'intégrer à la vie locale. Si Gérald ne fait aucun effort pour y parvenir, sa femme, enceinte d'un second enfant, va beaucoup évoluer au fil du récit : rejet, émancipation, acceptation, naissance et renaissance. De même pour Pierre qui, bien que peu présent dans l'album, va être un personnage-clef.
Voyeurisme, pression... la famille va subir tout un tas de tensions ayant pour unique but de les faire quitter le village. Le scénario connaît une véritable montée en puissance qui ne manquera pas de nous saisir par son effroyable final.
À l'image d'Un léger bruit dans le moteur, les villageois ont des tares qui ne donnent pas envie qu'on les sauve...


Mise en abîme.

On dit souvent qu'une œuvre reste très personnelle, intime.
Didier Comès (Dieter Hermann Comès) est né en 1942 dans un village au nord de la Belgique (Sourbrodt) pendant l'occupation allemande. Son père pratiquant l'allemand et sa mère le français, il se définit lui-même comme un « bâtard de deux cultures ».
La belette est un écho fort à sa propre histoire, mettant en scène le milieu rural drapé dans son hiver glacial et campant une ambiance glaçante. Une mise en abîme qui se poursuit jusque dans le personnage d'Hermann Koch (dit « Le boche » ou le Schleu), un officier allemand ayant officié dans la région en 1944 qui, blessé, a été recueilli et soigné par un villageois, le seul qui ait bien voulu devenir son ami. Le temps a passé, Théophile est parti avant lui, mais Hermann n'a jamais été accepté par la communauté...


Dame Nature veille sur nous.

La belette est un bel album qui n'est pas seulement le reflet d'une époque. Certes, le préambule fait sourire le lecteur d'aujourd'hui mais il suffirait de remplacer le mot « télévision » par un autre pour replacer l'intrigue dans l'actualité. La succession des événements tend à rendre la lecture prenante, teintée d'ésotérisme et de non-dits.
Bien qu'elle soit triste, l'histoire de La belette nous laisse un mince espoir, celui qu'un jour que les hommes vivent en paix.

Chronique du 09/12/13

Dès les premières pages, l'ambiance est au malaise. Les personnages principaux n'inspirent pas exactement la sympathie, les voisins sont franchement flippants et les événements guère plus rassurants. Un couple de citadins débarque dans un petit village du fond des Ardennes. Lui est réalisateur pour la télévision, elle est enceinte, et leur fils adolescent qui les accompagne est autiste. Clairement, de tous, c'est le seul personnage d'emblée attachant par son innocence.

Le dessin de Comès ne laisse pas indifférent, à la fois très caractéristique de ces années-là et à la limite de l'expérimentation graphique. Il fait se rencontrer des visages aseptisés et des visages burinés. Il révèle également une subtile utilisation des aplats de noir et une grande maîtrise de la nature et des paysages.

Subtil mélange entre fantastique et divin, La belette est, à l'heure où la télévision débarque avec ses gros sabots et s'insinue dans tous les foyers, une ode à une relation saine et innocente entre l'homme et la nature, une ode au cycle de la vie. Il ne s'agit pas de condamner les effets de la pollution comme c'est souvent le cas lorsqu'on parle de nature, mais de revenir à l'essence de l'humanité.
L'ambiance et la thématique ne sont pas sans rappeler les Légendes d'aujourd'hui de Christin et Bilal, avec un retour aux traditions ancestrales et une dénonciation des pratiques capitalistes. A cela vient s'ajouter un message d'ouverture à l'autre et à la différence. Le regret, le pardon et l'amitié ont ici toute leur place.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, La belette n'a rien de niais, bien au contraire, car ses pages révèlent une véritable hécatombe et la noirceur de certains personnages.


Un autre avis : Legof, Mitchul, Mo'

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2012 (1°ed.1983)

Beowulf Santiago García (s), David Rubín (d) CASTERMAN

Chronique du 14/09/14

Le projet de Santiago García aurait pu rester aux oubliettes après avoir essuyé un premier échec. C'était 10 ans plus tôt, aux côtés du dessinateur Javier Olivares. Ce dernier, qui n'est pas rancunier, écrit en postface son plaisir de voir l'œuvre chère à son ami aboutir enfin. Ce renouveau, Santiago García le doit à sa ténacité mais aussi à sa rencontre fortuite avec David Rubín.

Ainsi, après avoir dépoussiéré le mythe d'Hercules, le dessinateur espagnol continue sur sa lancée avec un autre héros de l'antiquité : Beowulf !


Quand l'imaginaire rencontre la réalité

Cette fois, contrairement au Héros, la véritable histoire est retranscrite et ce n'est donc pas par hasard si la traduction de Seamus Heaney, réputée pour la fidélité de son rythme issu du vieil-anglais, a été choisie comme fil conducteur.
Pas d'écart ou d'interprétation possible donc, le poème majeur de la littérature anglo-saxonne est suivi à la lettre, dans tout ce qu'il a de plus épique.

Les légendes m'ont toujours passionnées, j'aime cette part de mystère qui les entoure et d'autant plus quand il est difficile de discerner le vrai du faux. Celle de Beowulf n'échappe pas à la règle et de nombreuses citations se sont avérés véritables. La date d'écriture est sujette à controverses mais les faits sont là : les noms employés ont existé et certains événements cités ont réellement eu lieu, ce qui ancre mieux encore la fiction dans la réalité et entretient le doute.
Grendel le monstre mangeur d'hommes, sa mère vengeresse, le terrible dragon... bien sûr ces êtres fantastiques font partie du folklore mais ils servent à glorifier les hauts faits de héros plus tangibles.

« Dis-moi, barde... chanteras-tu ma chanson, un jour ?
_ Sire, votre chanson sera la plus belle de toutes !
_ Je suis flatté de tes paroles, mais qu'en sais-tu ?
_ Sire, vos exploits sont dignes de ceux des plus grands héros. J'ai déjà composé le début. Voulez-vous l'entendre ?
_ NON ! Je n'aime pas les chansons incomplètes, et à celle-ci, il manque l'essentiel... Il lui manque la fin.
 »


Frustration

J'aime les légendes. Pour autant je n'ai pas retrouvé cette fibre de passion dans ma lecture. La narration n'a pas su me captiver. Les dessins n'ont pas su m'immerger dans l'ambiance.

Je reproche au récit d'être trop surréaliste et pas assez terre à terre. Peut-être dégage-t-il trop de testostérone ? Bien sûr que les légendes doivent avoir un brin de fantaisie mais je n'ai pas eu l'impression de vivre le récit épique que Beowulf est sensé porter. J'aurais apprécié plus de douceur dans le rythme. Tout va très vite, trop vite.

Le traitement graphique m'a aussi dérangé, avec ses couleurs rouge-sang et des traits trop gras ou caricaturaux, comme toujours très typés comics chez Rubín.
L'auteur, qui au passage fait une infidélité à son éditeur français privilégié (Rackham) au moins le temps d'un album, m'avait fait bonne impression sur Le héros. Beowulf m'a en revanche beaucoup déçu... dommage !


D'autres avis plus enjoués : David Fournol, Fab Silver, PaKa

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2014

Bêtes de somme Evan Dorkin (s), Jill Thompson (d) Delcourt

Chronique du 16/08/12

Bêtes de somme (Beasts of Burden en version originale) est une série un peu particulière dans le paysage du comics. Alors que les fans des fascicules sont plutôt portés sur des super héros aux super pouvoirs, c'est une bande de chiens, et un chat, qui leur vole la vedette. Le postulat de départ est tout simple : cette brigade animalière va devenir au fil des histoires la gardienne de Sommers Hill, en proie à des événements surnaturels récurrents.
Les humains auraient pu se douter de quelque chose, faire appel à « la tueuse » Buffy, ou encore à SOS fantômes... il n'en est rien, ils ne voient rien venir, ils ne savent pas interpréter les signes... s'ils savaient !
Heureusement pour eux, leurs amours canins veillent sur eux (et le chat aussi, même s'il est sans-famille).

Tout au long des 8 petites mésaventures qui leur arrivent dans ce premier opus, la petite équipe subit des attaques qu'elle n'aurait jamais imaginées. Ils ont parfois un peu peur, reculent devant le danger, mais tels leurs homologues en collants, ils finissent par s'accrocher et faire face à leur torpeur pour sauver les gens qui les entourent. Et c'est même pas pour la gloire en plus !

Contre toute attente, mes personnages favoris ne sont pas des chiens, mais des chats, et même pas des personnages principaux qui plus est : Dymphna la chatte noire, un peu maligne et sournoise ; et Charlot-la-carapate, un petit chat noir et blanc plutôt doué pour disparaître quand on a besoin de lui. Sûrement mon côté espiègle qui ressort là.
Heureusement, les chiens ont aussi Carl, un Carlin un peu fanfaron qui n'hésite pas à tacler gentiment ses amis d'une petite pique bien placée et à qui l'on doit ce qui sont certainement les meilleures répliques de cette série.

« Une grenouille. Une grenouille géante. Que Saint-Fido me renifle l'arrière-train, c'est une grenouille géante ! »

Si la première nouvelle est plutôt courte, plus on avance dans notre lecture et plus elles s'épaississent, plus les personnages prennent de la profondeur, plus la série prend de la consistance.
On comprend finalement quand on nous explique que la première nouvelle est une demande spécifique et extraordinaire, et que vu l'engouement des gens, ils aient décidé d'en faire une seconde, puis une troisième et une quatrième, avant de se lancer dans une véritable série.
On ressent vraiment cette progression dans ce recueil. Les premières histoires sont plus sobres. Plus on découvre et plus on sombre dans l'horreur, peut-être un peu attendrie par l'aquarelle, malgré l'utilisation de teintes glacées lorsque la tension monte. Nous ne sommes tout de même pas dans l'horreur absolue, celle qui terrifie. Le récit vise en même temps un public adolescent, si l'on en croit le prix décerné aux Will Eisner Awards.

Attardons-nous un peu sur les couleurs de Jill Thompson, une artiste peu singulière si l'on en croit ses quelques explications dans les bonus en fin d'album. Ses dessins à l'aquarelle, même si je les trouve un peu tendres pour des récits horrifiques, sont tout simplement superbes. Elle travaille la couleur quasiment directement, à peine a-t-elle esquissé un dessin propre mais sans ombres auparavant, sans trop de fioritures. Elle ne réalise même pas de storyboard (celui d'Evan Dorkin est entièrement écrit, hormis quelques croquis explicatifs ça et là) ou quand elle en fait un, ce qui arrive de temps en temps, elle ne le respecte pas vraiment.
Elle travaille donc tout en spontanéité, qualité qu'elle apprécie vraiment dans l'aquarelle, sa prise rapide ne laissant pas le temps pour s'acharner à retravailler le dessin.

Au final, Bêtes de somme est une lecture des plus agréables et un peu grinçante, à lire au coin du feu le soir avant de se coucher, et à relire sous un beau soleil pour en apprécier dignement les couleurs.

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure publication ados 2010




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Année d'édition
2012

Bêtises de Xinophixerox (Les) Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Chronique du 21/12/12

Xinophixerox est un petit démon aux allures sympathiques. Tellement sympathiques qu'on pourrait croire qu'il est mignon, qu'on peut le caresser, ou pourquoi pas jouer avec lui.
Mais Xinophixerox a de grands projets, et il compte bien les mettre en pratique pour se faire une place dans le panthéon des grands démons, qui le considèrent tous comme un être ridicule, idiot et insignifiant.
Le petit diable deviendra grand... et ça risque d'en surprendre plus d'un !

Xinophixerox, voilà un nom peu singulier pour un démon. Ne vous amusez pas à l'écrire trop vite, à moins d'être aussi expérimenté que moi, vous vous emmêleriez les pinceaux. Xinoquoi ? Bon, passons !
Non mais sérieusement, je l'adore ce petit nom moi. Et avec un titre comme celui-là on s'attend peut-être à un contenu guilleret, gentillet, tout ça. Mais ce serait tout de même mal connaître Tony Sandoval et ses récits toujours surprenants et surnaturels. Pour le coup, je me demande quand même s'il n'a pas lu trop de romans d'H.P.Lovecraft et qu'il n'est pas atteint d'un syndrome de Tentaculophilie exacerbée.

Car sous les airs tous mignons de cette ridicule créature aux aspects d'un cachalot volant dans les airs grâce à ses petites ailes de chauve-souris se cache un monstre d'une noirceur insondable.
On parle de bêtise mais il tue quand même des gens à tour de bras (inutile d'essayer de vous attacher à un personnage à part bien sûr Xinophixerox lui-même, vous seriez déçus), avec l'aide de son machiavélique plan totalement sournois et imprévisible.
Lui-même ne se rend peut-être pas bien compte de qu'il fait. C'est un jeune démon, un moins que rien et là haut, personne ne le croit capable de rien. Peut-être se dit-il qu'il va faire une bêtise, comme un enfant, sans savoir tout le mal qu'il va causer. Et puis ensuite, voyant qu'il gagne en estime, il va s'enorgueillir de sa réussite, aussi dégueulasse soit-elle (ce qui est complètement injuste, mais les démons sont réputés pour être injustes) !
Bref, j'ai beaucoup aimé ces bêtises d'enfant démon, confrontant l'innocence et la monstruosité.

Côté dessin, c'est du très très bon Tony Sandoval. Il nous dépeint des paysages magnifiques, levant dans le ciel d'obscurs nuages de Lavis annonçant comme la fin du monde pour tous ces pauvres hères sous le joug de Xinophixerox (allez, encore quelques uns et vous saurez le prononcer sans postillonner).

C'est peut-être l'album que j'ai préféré parmi les sorties de l'année de l'auteur, malgré un bon Doomboy. Je le classe dans le haut de la pile, avec Le cadavre et le sofa.
Une histoire onirique dont seul Tony Sandoval a le secret :)




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Année d'édition
2011

Flipbook

Chronique du 21/12/12

Un petit flipbook était donné à l'achat de la bande dessinée (enfin donné est un bien grand mot, n'oublions pas que la BD en elle-même coûte 20 €).
C'est toujours amusant un flipbook, si bien qu'à la fin les pages sont vite un peu cornées, parce qu'on aime bien se refaire le film de l'histoire plusieurs fois pour bien voir toutes les séquences.

Ça n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire, mais c'est rigolo :)
L'occasion de voir Xinophixerox une fois de plus à l'action.




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Flipbook

Année d'édition
2011

Bibite à Bon Dieu (La) Guillaume Bouzard (s)(d) Requins Marteaux

Chronique du 28/04/13

Bourg-Saint-Guillaume est un petit village de campagne où il fait bon vivre. Les paroissiens, encore attristés par le départ de leur précédent curé, le Père Lucas, hospitalisé pour une attaque, attendent leur nouveau guide. C'est ainsi qu'arrive Père Guillaume, qui s'efforcera de prendre soin et de bien veiller sur toutes les âmes qui composent la bourgade et auxquelles le Père Lucas était tant attaché.
Il est bien loin de se douter à ce moment là qu'il recevra très vite la visite de cette souillon qui lui confessera ses rêves érotiques... ni même de l'effet que peut avoir un beau curé sur la libido de ces demoiselles délaissées par leur mari.


Je ne suis pas un fervent amateur du genre, mais je dois bien avouer que j'ai été attiré par la savoureuse chronique de Choco sur cet album. Le synopsis de départ est somme toutes plutôt attrayant : un curé qui débarque dans un village où les femmes sont prêtes à tout pour lui faire perdre son innocence. Le tout raconté avec beaucoup d'humour. Car c'est là l'un des points forts de la bande dessinée de Guillaume (encore un ?) Bouzard : c'est frais et c'est très drôle.


« Et arrête avec ces histoires de péchés, de ceci, de cela ! Fais plutôt plaisir à ces femmes !
_ Faire plaisir à ces femmes ? Que voulez-vous dire Seigneur ?
_ Tu le sais très bien ce que je veux dire ! Les femmes de Bourg-Saint-Guillaume ont besoin d'amour ! Je me suis laissé dire que Dieu était amour non ? C'est quand même pas moi qui l'ai inventé ! Et qui est le représentant de Dieu sur terre ?
_ Moi ?
_ Bingo !
»

La scène de dialogue avec le Christ est assez cocasse (faut dire que c'est pas commun de pouvoir dialoguer avec un crucifix). L'histoire ne s'étend pas plus sur les conversations que peut avoir un prêtre avec son Dieu, toujours est-il que cette intervention divine met à mal les états d'âme du petit curé de campagne, qui devient quasiment du jour au lendemain un coureur de jupons (mais avec l'appui de Jésus, forcément, ça change tout) !

« Hey Curé !
Dites donc, je trouve que vous êtes resté longtemps avec ma femme !
Ça va bien que vous êtes curé ! Sinon, j'aimerai pas beaucoup ça !
»

Avouons-le franchement, le scénario n'est pas non plus exceptionnel (mais y'a franchement pire question porno, y'a qu'à voir un ou deux films pour s'en rendre compte), mais tout est dans l'ironie de la soutane et les dialogue savoureux.
Pour les illustrer, nous avons droit à un graphisme gros nez et des dessins assez minimalistes. On dira qu'on va droit au but sans s'embarrasser de circonvolutions, le tout légèrement rehaussé par de simples aplats sépia pour le jeu d'ombres.

Un petit moment de plaisir (le livre se lit assez vite) initié par la collection BD-Cul des Requins Marteaux. Une collection « interdit(e) aux puceaux de moins de 18 ans » qui se lit dans un format poche et qui a vu naître les désirs érotiques de Bastien Vivès, Nine Antico, Hugues Micol, Morgan Navarro et Aude Picault.



D'autres avis : Choco, PaKa, David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Billy Brouillard Guillaume Bianco (s)(d) SOLEIL

Tome 1 : "Le don de trouble vue"

Chronique du 22/07/10

Billy Brouillard est un petit garçon pas comme les autres. S'il aime faire des bêtises et apprécie particulièrement embêter sa petite sœur, il aime surtout s'inventer des histoires qui font peur. Mais alors qu'un jour il retrouve son chat tout raide dans le jardin, il en vient alors à se poser tout un tas de questions sur la Mort, et laisse allègrement vagabonder son esprit fertile en histoires morbides...

Pour avoir rencontré Guillaume Bianco lors d'un festival, j'ai pu apprendre que cet album était un peu autobiographique. Car oui, Guillaume était un peu comme ce garçon, et surtout, il avait une petite sœur qui, bien qu'elle ne s'appelait pas Jeanne mais Anne, avait droit à son lot quotidien de crises d'angoisse.
Et il avait réellement un chat qui s'appelait Tarzan, point de départ de ce récit.
Cette bande-dessinée, c'est un peu un recueil d'histoires qu'il a en tête depuis toujours, un projet personnel auquel il ne pensait pas forcément donner suite. Mais voilà, il en a eu l'occasion par le biais de la collection Métamorphose dirigée par Barbara Canepa, alors il ne fallait pas s'en priver. Car Billy Brouillard est un petit ovni dans cette grande boite qu'est Soleil, et pas loin de l'être également si on compare ce qui se fait ailleurs.

Oui, car Billy Brouillard est plutôt original dans son genre.
Déjà, même si le thème de la mort est maintenant un sujet récurent et qui passionne, il n'en est pas moins délicat à aborder. Et de même traité de façons très variées selon les auteurs.
Ici, Guillaume Bianco a décidé de voir la mort par les yeux d'un petit garçon à l'imagination débordante. Tim Burton n'a qu'à bien se tenir, c'est assurément un thème qui lui est cher et qui lui plairait probablement. Mais rendons à César ce qui lui appartient, Guillaume Bianco a déclaré que le cinéaste n'était pas son inspiration, mais celui là même qui a inspiré Tim Burton dans ses œuvres (et dont j'ai oublié le nom).

Nous avons donc droit à une succession d'histoires, d'enquêtes, de poèmes, de bestiaires, le tout alternant entre la vie réelle que subit notre jeune héros et la vie imaginaire qu'il s'invente chaque jour. Le petit bonhomme suit son chemin, vagabonde au gré de ses pensées en quête de la solution. Mais qu'est-ce que la Mort au juste ? Et pourquoi fait-elle aussi peur ?

En dehors de ça, j'ai trouvé la lecture difficile. Le rythme décousu qui est donné par l'enchaînement des genres et des histoires y est peut-être pour quelque chose. Même si au final, je ne peux qu'admettre que le tout est cohérent, réfléchi et bien construit.
Reste pour moi une grande interrogation : est-ce réellement un livre pour enfant ?
Certes pour le thème, les idées, le côté dégoûtant qui plaît aux enfants... tout ça, oui. Mais en tant qu'adulte, je me demande aussi si ce livre n'est pas un peu en dehors de leur portée, avec tous ces mots alambiqués, ces questions existentielles, etc...

À votre avis, Guillaume Bianco est-il parvenu à se mettre dans la peau du petit garçon qu'il a été autrefois ? Quel public cet album a-t-il conquis ? Et le liriez-vous à vos enfants ?

Chronique du 22/07/10

La construction de Billy Brouillard est très particulière. Plus qu'une BD, c'est plutôt une encyclopédie du petit monde mystérieux et imaginaire du jeune garçon dénommé Billy Brouillard. La trame de l'histoire est d'une parfaite simplicité, et pourtant, il y a quand même 142 pages ! C'est que cette histoire n'est finalement que le prétexte à développer l'univers farfelu de Billy, via des bestiaires détaillés sur les caractéristiques de telle ou telle créature, ou via des extraits de la Gazette du Bizarre. Malheureusement, la construction "documentaire" a pour conséquence directe l'interruption de la lecture : difficile de tout lire d'un trait ! Mais impossible de ne pas passer un bon moment !

L'autre particularité de Billy Brouillard, c'est son graphisme qui lui donne véritablement toute son identité, le dessin à lui seul marque l'esprit de la BD : à la fois sombre et innocent. Le trait rond ne vient pas gêner l'aspect vieillot de l'ensemble (foultitude de décorations, tenues vestimentaires et coiffures, maisons, teintes sépia, pages faussement jaunies, etc.), il lui donne au contraire un charme tout enfantin. Après tout, ne sommes nous pas dans l'esprit du petit Billy ?

A noter la couverture qui ne laisse pas indifférent. A elle seule, elle met directement dans le bain, avec un aspect "livre ancien".

Une ola à la collection Métamorphose dirigée par Barbara Canepa et Clotilde Vu qui vient mettre un bon coup de pied dans la fantasy poussiéreuse de Soleil.


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Tome 1 : \\"Le don de trouble vue\\"

Année d'édition
2008

Billy Wild Céka (s), Guillaume Griffon (d) AKILEOS

Version intégrale

Chronique du 12/10/14

Billy Wild est à la croisée des chemins, un mélange des genres décapant qui nous offre un western à l'état brut assorti d'une pointe d'ésotérisme et d'un petit quelque chose de... Romero.
Très vite, le FarWest devient donc le DarkWest, notamment sous l'impulsion de Linus et de ses remèdes miracles. Ce bonhomme tout à fait antipathique, charlatant à ses heures, a pris Billy sous son aile. Il se montre particulièrement tenace, impitoyable et surtout scrupuleux dans ses comptes d'apothicaire...

« Te voilà gamin... content de te voir !
Prêt à changer de vie ?
Alors suis-moi !
 »


Carte noire

J'ouvrais cette chronique sur des références à peine déguisées et elles sont nombreuses et ma foi plutôt bien digérées. On pense évidemment au 7ème Art quand on lit Billy Wild et les musiques de Sergio Leone reviennent régulièrement en tête. Le « Kid » devient grand beaucoup trop vite et apprend tout par la force des choses : brutalement.
La seconde partie de l'histoire nous rappelle à nos bons souvenirs des Sept mercenaires dans un final plutôt jouissif.
Pour continuer sur le cinéma, vous vous rendrez rapidement compte que Billy Wild s'inscrit dans la veine des films de Romero : une société vérolée comme un fruit trop mûr et des protagonistes aussi mauvais morts que vivants.
Un univers glauque au possible à ne pas mettre entre toutes les mains : ça tue, ça gicle et ça déchiquette !

« Tu le connais le 13ème cavalier ?
_Si je ne connais ? Tu plaisantes ? Qui ne connaît pas Billy Wild ? À part les crétins dans ton genre ?
_ Je le tuerai, chef, je le tuerai !
_ Crétin, tu ne peux pas. Une légende, ça ne meurt jamais !
 »


Le dessin très noir de Guillaume Griffon (qui poursuit son trip en solo avec Apocalypse sur Carson City, toujours chez Akileos) est l'habillage parfait pour le récit développé par Céka (Egovox, Lutte majeure). L'ancrage est sauvage et les contours sont gras : une utilisation des noirs particulièrement intense qui rend les ombres omniprésentes et qui renforce un contexte sombre et sans espoir (sinon la mort). Par opposition, le dessinateur use de traits plus fins pour peaufiner les détails, silhouetter les plis des vêtements et affirmer les rides d'expressions. Le corps de Billy Wild est chétif et ses os sont anguleux, laissant un contraste saisissant entre le gamin et la musculature saillante de la plupart de ses ennemis... et ils sont nombreux !


Rencontre fortuite

L'histoire de cette bande dessinée est belle puisqu'elle est, comme souvent, le fruit d'une rencontre. Guillaume Griffon avait suivi une formation dessin à l'école Émile Cohl de Lyon avant de s'envoler pour l'Amérique pour travailler chez Disney. À son retour, alors qu'il se consacre à la communication de l'entreprise familiale (dans le textile), il garde toujours la bande dessinée dans un recoin de sa tête. Il part alors à la grand messe d'Angoulême avec son book sous le bras et s'en va quérir les éditeurs qui voudraient bien de lui. C'est à ce moment-là qu'il fait la connaissance de Céka et que se noue ses premiers contacts avec Akileos.
Quelques années plus tard naissait Billy Wild.

Vous trouverez en fin d'album quelques portraits « wanted » des personnages (la bande des XII) qui recadrent bien l'ambiance, ainsi que de nombreuses illustrations réalisées par d'autres auteurs et qui rendent hommage à Billy Wild à leur façon.


D'autres avis : K.BD, Choco, Livr0ns-n0us, Mo', Mike (iddBD), Yvan

Le blog de Céka.




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Version intégrale

Année d'édition
2009 (1°ed. 2007)

Black Lung Chris Wright (s)(d) Cambourakis

Chronique du 12/11/13

Black Lung (Poumon noir, miam) fait partie de ces bande dessinées qui m'ont aussitôt tapées dans l'œil. Un livre à la couverture attrayante et au dessin éloigné des stéréotypes, oscillant entre le graphisme enfantin de Lewis Trondheim ou de Jason et la gravure de Drew Weing.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'auteur remercie ce dernier en préambule (Drew Weing avait également remercié son ami Chris Wright à la fin de son livre). Car là encore, il est question de marins, de voyage contre vents et marées, de piraterie et de personnages pas tout à fait à leur place.


« Les fables poussent autour de lui comme la ronce : gigantesque, des points gros comme des jambons, des bottes hérissées de clous, le braquemard en tire-bouchon, a tué un homme de ses ongles. Déracine les arbres et les réverbères pour s'en servir de fléaux, tire des carrioles longues comme la ville, fume des cigares de deux pieds de long, porte un tonneau de rhum à la ceinture, avale quatre kilos d'huitres en casse-croûte. Mais il suffit à mes hommes de le voir tel qu'il est en réalité et c'est la débandade. »

Black Lung centre surtout son histoire sur deux personnages :
Le premier, Mose, est une véritable force de la nature. Chef d'un gang rival, Towart s'essaie à tous les stratagèmes pour l'écarter de son chemin. Un nouvel espoir naît lorsqu'il fait la rencontre d'Outwater, un marin qui lui propose de l'emmener faire un tour en mer.
Le second personnage est un gandin du beau quartier, un éducateur répondant au nom d'Isaac. Une malheureuse poursuite qui le mène dans un bar mal famé et le voilà pris à parti dans une rixe entre deux clans.
C'est ainsi que les deux hommes, que rien ne prédisposaient à se croiser, sont embarqués à bord de La main pour un voyage sans retour.


Narration erratique

Révélé aux States par un recueil d'histoires courtes (Inkweed), Chris Wright n'en est encore qu'à ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée. C'est finalement ce manque de maturité que je vais reprocher à sa narration.

En fait, j'ai vraiment éprouvé de grosses difficultés pour entrer dans le récit à ma première lecture. Mais ce bouquin dégage quelque chose de tellement puissant qu'il m'a poussé à l'entreprendre une seconde fois.
C'est à ce moment-là que j'ai mis le doigt sur ce qui m'avait gêné.

Tout d'abord, il y a cette différence de tons entre les milieux sociaux dans lesquels évoluent les protagonistes : les gangs sont issus d'un quartier miséreux et carnassier, ils complotent et bastonnent, échangent crument dans un langage volontiers rustaud.
Et puis on passe du coq à l'âne ou plutôt du coq à l'érudit puisque le personnage principal est un lettré, un bourgeois enseignant du Shakespeare à ses élèves, idiome soutenu de circonstance.
Deux mondes qui n'ont pas grand chose à voir l'un avec l'autre mais qui se retrouvent réunis. Bien sûr, ce décalage de genres s'efface dès lors que l'aventure marine débute, mais c'est au départ un point d'opposition très fort à chaque changement de scène.

Seconde difficulté, ces ellipses narratives qui prennent d'une case à l'autre sans crier gare, sans même un texte annonçant un saut de temporalité. Fait d'autant plus gênant que les cases s'enchaînent à un rythme plutôt chronophotographique, fortes d'un texte conséquent.

Et puis, parfois, il y a aussi des textes qui se superposent à des scènes qui n'ont rien à voir l'un envers l'autre, souvent pour illustrer un fait extérieur pendant un monologue un peu long.

Sur la fin aussi, on retrouve quelques planches où l'auteur s'essaie à une construction plus expérimentale. Le problème est qu'elles sont plus difficilement compréhensibles, l'ordre séquentiel devenant un peu obscur...

Un ensemble narratif qui rend le fil du récit plus pénible à suivre, souffrant de trop grandes approximations dans sa construction. Pourtant, ma deuxième lecture lui a donné un second souffle et j'ai vraiment apprécié le contenu.


Des personnages forts comme atout majeur.

Le synopsis en lui-même ne s'illustre pas par son originalité. Des marins enrôlés de force, la vie de pirate ou encore la présence d'un érudit apprécié du capitaine (Brahm) sur une bateau sont autant de sujets maintes fois abordés dans la bande dessinée. On pense instantanément à En mer (Mose est frappé de la même blessure que le héros de En mer) ou à Loup des mers.
Le parallèle avec ces deux œuvres est ténu. Il est une nouvelle fois question d'un croisement entre la littérature et l'infinité de la mer : on vit la rencontre entre un capitaine force de la nature et un lettré qui s'émancipe du bourgeois présomptueux qu'il était devenu au début du récit.
La narration est moins bien réussie que sur l'adaptation de Loup des mers mais ne rend pas l'histoire inintéressante pour autant. Notamment grâce à des personnages fascinants dans leurs traumatismes :

« Jericho Sweany est une misérable créature incapable de la moindre maîtrise de soi. Tous les démons le jalousent. »
Même s'imaginer la pire crapule qui soit ne suffit pas pour rendre compte de sa psychopathie. Présenté comme syphilitique et véritable électron libre, il collectionne les langues de ses victimes qu'il s'empresse de mutiler de la plus odieuse façon. Retors, impossible à comprendre et à cerner, il est habité par la folie, ce qui le rend dangereux et imprévisible.
Dit comme ça je suis persuadé que vous n'avez pas envie de le rencontrer.

« Il est venu ME voir avec son idée ! Il m'a enrôlé MOI parce que je suis le roi de la découpe. Le seul à pouvoir offenser suffisamment Dieu.
_ Pose cette bouteille.
_ Comme si le meurtre pouvait l'offenser. Dieu nous assassine dès notre premier souffle. Il nous assassine dans la morve et l'eau du ventre de nos mères. On est mort dans le foutre de nos pères. J'offre à Dieu ce qu'il veut. Si je suis là, c'est la faute de Brahm. Je suis un putain de moine.
»


Outwater est lui aussi un personnage intéressant, aussi bon marin qu'il est un assassin, sournois et habile. Un gars capable de s'extirper des pires situations, un mec dangereux mais qui n'a qu'une parole. Il vit au jour le jour, fort de son expérience et de son vécu, avec un passé tourmenté et de lourdes séquelles à porter.

Mose, Isaac, Sweany, Outwater, Brahm... c'est l'une des grands forces de ce livre d'avoir su développer une panoplie de protagonistes disposant chacun d'un background fouillé.


Noir comme le charbon.

J'ai vaguement abordé le sujet au début de ma chronique, le dessin de Chris Wright est une grande réussite, bercé par de multiples influences. On retrouve ce côté bonhomme et cet aspect lourdeau propre au héros de Drew Weing.
Les personnages sont massifs et ont tous des gueules couturées : la tronche de l'emploi. Pour les représenter, l'auteur a préféré user d'un mélange entre caricature et anthropomorphisme : des visages déformés uniquement rehaussés par des bandeaux, cicatrices ou quelques poils hirsutes. Isaac fait bande à part avec ses simili-oreilles de lapin, coiffure chic qui va petit à petit s'estomper pour se fondre en une touffe de circonstance.

Le dessin dégage un côté crade mais il est beau dans cette apparat de souillon.
J'aime ce trait qui rend toute sa laideur aux personnages et au récit, et qui permet en même temps d'être parfaitement lisible. Parce qu'un graphisme plus réaliste aurait rendu le propos gerbant tant les scènes sont parfois atroces, pleines d'ignominies et de sévices : ça tranche à pleines gorges, ça vomit les tripes et ça mutile dans tous les sens.

Black Lung est un récit dur, noir, malsain et sans espoir.
C'est aussi un récit fort et prenant. À conseiller aux âmes non sensibles.



D'autres avis : David Fournol, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Blackface Banjo Frantz Duchazeau (s)(d) Sarbacane

Chronique du 27/12/13

Une histoire de coon...

Blackface Banjo n'est ni plus ni moins que l'histoire d'un noir américain, probablement venu d'Afrique comme tous les noirs américains : « Il nous vient tout droit de son Afrique natale où il fut grand sorcier reconnu dans tout le pays !! »

Ce noir à la démarche claudicante ne manque pas d'allure, marchant tant bien que mal sur une jambe de bois en s'aidant de sa canne. Son pantalon écossais, sa veste en queue de pie et son haut de forme visé sur la tête complètent son excentrique tenue qui ne tarde pas d'attirer l'attention... des hommes de loi évidemment, des passants hautains assurément, des bonimenteurs curieux en supplément.

Et puisque le ridicule ne tue pas (au pire il ridiculise), Blackface – c'est le nom de scène qu'on lui assigne – se donne en spectacle pour gagner les quelques dollars qui le sortiront un temps de la mendicité.

La démarche extravagante et les extraordinaires pirouettes de Blackface le font remarquer par un irlandais qui ne tarde pas à l'engager dans sa troupe. L'apothicaire se sert de ses spectacles de rues, appelés Minstrel shows, pour vendre ses produits miraculeux à base d'eau et d'un dé de pisse d'opossum (pour le goût), prétendant que les artistes montant sur scène tirent de cet élixir leurs incroyables dons...

« T'sais, chuis d'origine irlandaise, je sais c'que c'est tout ce merdier !
_ Non, tu ne sais pas. Moi, chuis foncé. Toi, t'es blanc.
»


Minstrel shows

L'œuvre de Frantz Duchazeau (Les jumeaux de Conoco station, Le rêve de Meteor Slim, Lomax) ne cesse d'explorer les contours d'une époque à la fois triste et pleine de talents.
L'auteur remonte cette fois dans le temps jusqu'au 19ème siècle, durant ces années où fleurissaient aux États-Unis les Minstrel shows, spectacles destinés aux blancs, typiques du racisme anti-noirs, et qui mêlait théâtre, danse, musique et intermèdes comique... dans le but affirmé de se moquer. Pour se faire, les acteurs (blancs) se grimaient et incarnaient les stéréotypes noirs qu'ils vomissaient. Cette parodie avait un nom : le « Blackface ».
À cette époque, le terme coon désignait une personne noire.

Il est amusant de constater comment Frantz Duchazeau parvient à ironiser les situations, renversant avec beaucoup de justesse les idioties des hommes. Le personnage de Blackface incarne à lui seul tous les échelons d'une farce qui le dépasse : acteur Blackface et coon, profiteur et rebelle, il s'extirpe de la misère pécuniaire pour sombrer dans la misère de l'âme... Quelle vie ?!


Poésie artistique

Non content de nous avoir emballé avec ses précédents albums, Frantz Duchazeau relance la musique avec Blackface Banjo.
Moins sonore, le titre ne nous fait pas vibrer de la même façon. Il n'en demeure pas moins prenant, la faute à cette poésie ambiante qui se dégage des cases, à cette façon originale de faire parler les personnages par le dessin.
C'est ainsi que l'histoire parvient à se passer des mots sur de multiples séquences où l'exercice visuel prévaut : paroles et pensées s'expriment par des bulles dessinées qui enrichissent la narration sans l'alourdir et qui assoient l'expressivité graphique.


Entre bêtise et aventure humaine, Blackface Banjo nous narre la vie d'un noir qui se sort de la rue grâce à son entrain et sa débrouillardise.
Un album un peu moins emballant que Le rêve de Meteor Slim, qui reste pour moi la grande œuvre de Duchazeau, mais qui est une belle sortie de cette année 2013.



D'autres avis : Zaelle, David Fournol, FabSilver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Blacksad Juan Diaz Canales (s), Juanjo Guarnido (d) DARGAUD

Tome 1: "Quelque part entre les ombres"

Chronique du 29/12/06

Blacksad est l'une des premières bandes-dessinées que je me suis offerte. C'est surtout son aspect graphique qui m'a attiré.
La qualité des dessins est excellente, et l'histoire prenante.
Un polar imagé, dans lequel chaque protagoniste a un physique 'animal'.
Dans ce tome, John blacksad enquête sur le meurtre d'une ancienne petite amie ... il devra faire face aux hommes de main du tueur, des serpents et des rhinocéros !

Chronique du 29/12/06

Et bien voilà qui commence mal. Je n'ai pas commencé Blacksad dans l'ordre. Donc ça, pour moi, c'est le tome 2 :P Je ne parlerai donc pas de première impression ici. Pour ça, faudra attendre "Arctic Nation"
Toujours est-il que Diaz Canales a bien fait dans la continuité du tome 2 : un bon polar dans une ambiance années 50 rendue original par l'aspect de ses protagonistes. Guarnido a toujours un aussi bon coup de pinceau... On en redemande !


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Tome 1: \\"Quelque part entre les ombres\\"

Année d'édition
2000

Tome 2: "Arctic-Nation"

Chronique du 29/12/06

Des meurtres sous une idéologie raciste, l'enlèvement d'une orpheline associé à une bande noire nommée « black claws » ... voilà qui annonce la "couleur" de ce second volet.
Blacksad devra faire face à un fléau récurent de notre quotidien contre les blancs revendicateur ... quel meilleur animal que l'ours polaire pour les représenter :)

Chronique du 29/12/06

EXCELLENT ! C'est quoi cette nouvelle BD ? Trop fort le graphisme ! Et puis cette façon d'aborder le racisme... avec des bestioles, c'est géant !

Tel fut mon discours lorsque je tins pour la première fois ce chef d'œuvre de la bande dessinée dans mes modestes mains en 2003 (merci mou ^^). Bref, une première impression... impressionnante.

Non en fait je mens, ce n'est pas vrai du tout. Je l'ai lu comme j'ai toujours lu les bds et comme je les lis toujours : "Ah tiens, c'est sympa ça !", mes vraies impressions viennent toujours après :)

N'empêche que Blacksad, c'est excellent.

Roaarrr Challenge
- Prix du public - Angoulême 2004


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Tome 2: \\"Arctic-Nation\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Ame rouge"

Chronique du 29/12/06

John Blacksad est de retour dans une sinistre affaire. Le secret de la bombe atomique, une crapule ayant du remord, des fous idéologistes, des flics ripoux, ... et une écrivain dont il n'arrivera pas, une fois de plus, à éviter d'entacher de sa malchance amoureuse.
Pour ma part, j'ai trouvé ce dernier volume un peu moins prenant que les deux précédents. Cependant, je ne me lasserais pas de contempler ce magnifique tirage de tête. Pour l'anecdote, j'avais eu celui d'Arctic Nation entre les mains, mais il était malheureusement déjà vendu, je m'étais alors juré d'acquérir celui du tome 3, voilà chose faite. Le rendu est exceptionnel, et le papier d'une grande qualité, pour une bande dessinée plus grande de format. On retrouve à l'intérieur un offset numéroté signé, et à la fin de l'ouvrage un long dossier d'étude sur la réalisation de Blacksad.

Chronique du 29/12/06

Holà, voilà qui confirme une tendance lancée dans le tome 2... la politique. On se retrouve ici en pleine "chasse aux sorcières". Les Etats-Unis "envahis" par les "cocos" dans les années 60, les procès expéditifs sur simple dénonciation et tout et tout, ça vous dit quelque chose ? Ben on y est.
Bref un thème tout choisi pour relancer notre John Blacksad dans une enquête glauque... et dans ses souvenirs !

Et surtout de quoi nous replonger dans les palpitantes aventures de notre matou préféré sur un tirage de tête, certes attendu, certes très cher (m'en fiche c'est Jérôme qu'a payé ^^) mais d'une qualité à couper le souffle !

Roaarrr Challenge
- Prix de la série - Angoulême 2006


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Tome 3: \\"Ame rouge\\"

Année d'édition
2006

Tome 4 : "L'Enfer, le silence"

Chronique du 11/01/11

Nouvelle Orléan, dans un night club Jazzy. Weekly et Blacksad attendent leur rendez-vous, un certain Junior Harper. Mais celui-ci est en retard.
Weekly en profite pour se rincer l'œil, il faut dire que le spectacle est tout à fait inconvenant. Mais Blacksad s'inquiète : cela fait longtemps que leur rencard, un ancien détenu, aurait dû arriver. Il décide alors de faire un saut à l'Ebony Lounge pour leur poser des questions, et envoie son compère journaliste du côté de chez Junior pour voir ce qui le retient...

Le détective privé John Blacksad reprend du service, avec son désormais inséparable Weekly (pour mon plus grand plaisir, j'adore ce personnage).
Cette fois, c'est lui qui a décroché ce boulot, mais l'affaire est loin d'être une partie de plaisir, contrairement aux apparences premières. Le patron d'une grande maison de disque, Faust Lachapelle, s'inquiète pour l'un de ses musiciens : Sebastian Fletcher. Ce dernier, accroc à la drogue, est introuvable. Et il se fait un sang d'ancre pour lui.
Évidemment, rien ne se passe comme prévu et l'histoire est plus plus complexe qu'il n'y paraît.

La drogue, la maladie, l'argent, le secret, la corruption, le meurtre... des maux qui font bien souvent le quotidien de notre détective privé. Cette fois encore il ne réchappera pas à ces vices. Et je dois bien avouer que le milieu de la Nouvelle Orléan m'a totalement séduit. J'aurais bien volontiers mis un petit album de Jazz en fond musical pour coller plus encore à l'ambiance.

Le graphisme de Juanjo Guarnido nous aide pour beaucoup à rentrer dans ce scénario quelque peu torturé de son compère Diaz Canales ou les enquêtes croisées de Weekly et de Blacksad se croisent avec des flashbacks servant à présenter les divers protagonistes.
Guarnido nous ébloui une fois de plus par la qualité de son dessin et de son travail sur les personnages, les décors riches mais aussi sur les ombres. Le rendu graphique autour du diner avec le fils Lachapelle sous un arbre et le jeu de lumière qui lui est associé est vraiment admirable.

Me concernant, je suis enchanté. Blacksad est l'une des rares bande dessinées qui me fasse aimer le polar. Et je suis heureux que l'album soit aussi réussi, après la petite déception que j'avais eu sur le tome 3.
D'ailleurs, je me rends compte en écrivant cette chronique de la pauvreté des trois précédentes... il faudra que je reprenne tout cela à l'occasion.

It's a long long lane
That has no turning
And it's a fire that always keeps
On burning...

Mister devil down below
Pitchfork in his hand
That's where you're gonna go
Do you understand ?

'Cos the devil's
Gonna get you
The devils
Gonna get you

Yeah the devil's gonna get you
Man, as sure as you's born !

Chronique du 11/01/11

Díaz Canales et Guarnido nous ont habitué à une série engagée dans les problématiques politiques et sociétales de l'Amérique des années 50. Blacksad a toujours été une BD pleine de rythme, un coup de cœur, un truc énorme. Tout ce que n'est pas ce tome 4.
En voulant jouer avec la chronologie Díaz Canales noie le lecteur. J'ai passé mon temps à me demander si on était avant ou après la scène précédente et comment on se situait par rapport à la scène d'encore avant. Bref, le récit n'apporte ni souplesse dans la lecture, ni rythme dans le déroulement.
On sent à la relecture que la mise en page a été agencée pour régler ces problèmes de temporalité, malheureusement, c'est un échec. Même en relisant, j'ai failli sortir une feuille de papier pour noter l'ordre des scènes.
Et puis quid du racisme ou de la chasse au sorcières ? Bon, ça parle de musique, de drogue, on reste dans l'univers sombre de Blacksad, mais pas d'engagement, rien. Ce détail ne m'aurait sans doute pas gênée si la BD avait tenu la route. Après tout, le tome 1 non plus n'était pas dans les phénomènes de société. Mais bon, vu qu'on se perd dans la lecture, on essaie de se raccrocher à autre chose...
Un petit plus quand même au niveau du scénario : une petite référence (ou pas ?) à la jeunesse de John Blacksad, juste de quoi interroger le lecteur.

Cela dit, l'album reste au moins une valeur sûre au niveau du dessin. Guarnido a multiplié ses traits, ce qui aurait tendance a altérer la clarté de la case, mais qui aurait aussi tendance à approfondir le côté sombre de l'ambiance. Les couleurs sont toujours très belles, avec des dégradés de nuances sur les scènes d'ambiance. Bref, là-dessus, je reste enthousiaste, malheureusement ça ne rattrape pas le défaut du scénario.

Je n'aurais jamais cru être aussi négative sur une série qui a provoqué chez moi un tel engouement, mais voilà, ma note sur cet album fait drastiquement chuter la moyenne...


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Tome 4 : \\"L\\'Enfer, le silence\\"

Année d'édition
2010

Blast Manu Larcenet (s)(d) DARGAUD

Tome 1 : "Grasse carcasse"

Chronique du 27/12/09

Polza Mancini est gros. Il pèse lourd. Pire qu'un cheval de trait. Pire qu'un char d'assaut. Et pourtant, parfois, il vole !
Celui qui s'appelle Polza, de Pomni Leninskie Zavety parce que son père était communiste, a fait beaucoup de mal à une certaine Carole Oudinot, maintenant sous coma artificiel. Il est aujourd'hui en garde à vue, et doit expliquer aux policiers les raisons de son geste. Le bonhomme ne nie rien, mais il est hors de question d'aller droit au but : la fin, ils la connaissent tous. Ils veulent les raisons, alors il racontera tout depuis le début, et à sa façon. Tout a commencé avec le Blast !

Qu'est-ce que le Blast ? C'est un choc, quelque chose qui lui est tombé dessus une fois alors qu'il était saoul, après avoir appris quelques heures plus tôt que son père allait mourir. Son esprit s'ouvrait, ses sens devenaient exacerbés, il était léger... léger malgré son poids démesuré. Il voyait l'invisible ! Et il voyait ces géants de pierre, les Moaïs de l'île de Pâques. Il savait même les façonner.
Le Blast nous amène également les seules touches de couleur dans cet album monochrome, sous des dessins enfantins. Mais est-il réel ce Blast ? Est-ce dans sa tête, un syndrome provoqué lorsqu'il est en transe ? Un alibi peut-être ? Et si ce n'était qu'un instant d'ivresse, de perte de contrôle, et que dans cet instant précis où il croit frapper la pierre pour lui donner vie, il ne faisait que la massacrer ? Et si la fameuse Carole était entre la vie et la mort aujourd'hui à cause d'un Blast ? Et si un jour on retrouvait le sympathique Bojan mort dans cette forêt ?

Manu Larcenet nous livre là un album de 200 pages qui se boit comme du petit lait. On ne sent pas sa lourdeur. Lui aussi, il vole. Et nous volons avec lui pour découvrir l'histoire de ce bonhomme à l'apparence sympathique mais qui cache certainement une cruauté indiscernable. Qu'a-t-il fait à Carole ? Qui est cette Carole ? Nous n'en saurons rien, il faudra attendre la suite. Nous suivons avec un intérêt toujours grandissant une histoire rondement menée, celle de Polza, ou du moins celle qu'il veut bien nous livrer, celle d'un homme qui quitte tout, qui abandonne sa vie d'avant, uniquement pour retrouver la sensation de cet instant "magique". On se prend d'affection, un peu. Le personnage est attachant.

Bref, Blast est pour moi une très agréable découverte, auréolée du Prix des libraires 2010. Un œuvre personnelle de Manu Larcenet et qui laisse pantois. Une lecture qui fait un peu rêver et beaucoup réfléchir.

Chronique du 24/04/10

Blast c'est plein de choses : la folie d'un homme, une dénonciation de la société, la confrontation de la folie à la rigueur administrative... Blast c'est aussi un superbe album rempli d'illus vraiment frappantes, évocatrices et remplies de sensations. Mais pour moi, Blast s'arrête là. J'ai trouvé l'album long, et si le talent de narrateur de Larcenet n'est pas à remettre en cause, je n'ai pas réussi à rentrer dedans, et ce malgré deux lectures (persuadée que j'avais fait fausse route avec ma première impression). Quelqu'un qui rentrera dedans prendra sans doute un grand « blast », mais pour moi la baffe reste strictement graphique. La relecture n'a malheureusement pas amélioré ma première impression, j'aperçois la lueur de ce qui doit être un chef d'œuvre, mais je dois me balader avec une lampe de poche pour éclairer un soleil...

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2010


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Tome 1 : \\"Grasse carcasse\\"

Année d'édition
2009

Tome 2 : " L'apocalypse selon Saint Jacky "

Chronique du 01/12/12

Polza Mancini est obèse. Ça c'est pour la partie visible du bonhomme, l'apparence, ce qu'on remarque en premier, ce qui frappe d'emblée, qui écœure...
Polza Mancini a aussi fait beaucoup de mal à Carole Oudinot. C'est un fait, on le sait, la pauvre fille est dans le coma et même pire puisqu'elle vient de mourir des suites de ses blessures...
Le reste est bien difficile à déterminer. On aurait bien aimé interroger la victime mais bon... la police ne faisant pas dans les discussions nécromantiques il faudra se contenter de Polza, de son témoignage...
Les enquêteurs devront s'armer de patience et faire preuve de discernement pour faire le tri entre mensonges et vérités, pour traduire les non-dits.
Polza Mancini raconte sa version de l'histoire, ses errements. Il prend tout son temps, il s'en délecte même ! L'individu est dangereux, ça on le sait. Menteur aussi à ses heures... et terriblement marqué par un passé douloureux... Il faut dire que le personnage n'est pas gâté : renfermement, obésité, scarification, drogue, alcool, troubles psychotiques, peur de la mort mais aussi refoulement de la mort d'autrui (comme celle de son frère, qu'il a tué dans un accident de voiture), mensonges... quelle belle panoplie !

Dans ce deuxième opus, on commence à cerner un peu mieux son passé, on apprivoise son comportement. Sans le comprendre pourtant, qui pourrait comprendre ça ? Il totalise à lui seul plus de tares que plusieurs individus même pas lambdas !
On assiste ici, au travers du récit de Polza, à sa transformation ! D'homme prisonnier du carcan de son obésité, il devient petit à petit libre et autonome. Finalement, les géants de Rapa Nui et Polza Mancini sont une seule et même personne : elles sont ce qu'il voudrait être, il sait comment les façonner dans le premier opus, il a amorcé sa transformation dans le second. Il trouve dans ces statues une personnification de lui-même !

Manu Larcenet nous livre ici un second tome très alléchant. On a l'impression d'être en quelque sorte des voyeurs, on viole l'intimité du personnage de Polza, on découvre petit à petit toutes ses facettes... des plus attachantes aux plus sordides.
Si Blast possède une telle force, c'est aussi parce que cette série est une œuvre très personnelle de Manu Larcenet. Cette façon de s'échapper de Polza, de vouloir vivre la vie à fond, d'esquiver la réalité des choses, je pense que tous ces sentiments, ces petites frustrations, dominent en quelque sorte chez l'auteur. Et il en parle très librement ! Il y a d'autres bricoles qui me font penser ça : l'attachement aux livres, la bonne ambiance des concerts...
Je me souviens d'ailleurs d'une interview à ce sujet... je n'ai pas réussi à remettre la main dessus (il y parlait de drogue et de la condition de clochard, c'était très intéressant) mais j'en ai trouvée une autre qui exprime tout de même cet aspect autobiographique (sans l'être évidemment) et l'engouement qu'il parvient à nous transmettre à chaque page.

Le sujet est dur, il ne nous épargne pas.
Manu Larcenet en profite aussi pour évoquer un fait de société qu'il avait déjà en partie abordé dans Le combat ordinaire : les médicaments, l'anxiété. N'oublions pas que la France est n°1 des antidépresseurs ^^

« L'armoire à pharmacie de la première maison vide que j'ai occupée regorgeait de merveilles...
… anxiolytiques, antidépresseurs, barbituriques, hypnotiques... et bien d'autres dont j'ignorais la fonction mais qui étaient si appétissants.
Dans presque toutes les maisons que j'ai habitées sans y être invité, j'ai pu vérifier l'omniprésence de ces médicaments du mal-être...
C'est étrange qu'ils soient l'apanage des sociétés dont la priorité n'est plus la survie.
À croire que l'angoisse naît du confort.
Bref, je me suis fait ma fête ! »



Et puis Blast ne serait pas aussi puissant sans un dessin qui l'est tout autant. Graphiquement, Manu Larcenet se fait plaisir et nous fait plaisir. C'est grandiose, sûrement ce qu'il a fait de plus abouti de toute sa carrière d'artiste, avec un noir et blanc à la fois sombre et contemplatif... et quelques touches de couleur apparaissent par moments. Pas seulement les blasts non : ces dessins de ses enfants qui deviennent dans ses mains de véritables œuvres d'Art, en surépaisseur de ses traits, laissant entrevoir une petite lueur d'espoir dans un monde (celui de Polza) qui n'en a plus vraiment.
La couleur apparaît aussi ailleurs, sur ces quelques planches ressassant le passé, douloureux... un passé en couleurs alors que la vie est terne ? On utilise habituellement le procédé inverse... peut-être est-ce là nécessaire de rappeler que l'enfance de Polza avait encore un parfum d'innocence et une certaine chaleur... c'était il y a tellement longtemps !



D'autres avis : Yvan, PaKa, David Fournol, Choco, Mo', Yaneck




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Tome 2 : " L'apocalypse selon Saint Jacky "

Année d'édition
2011

Tome 3 : " La tête la première "

Chronique du 06/12/12

Après l'apocalypse, on avait bien du mal à s'imaginer ce que serait la vie de Polza Mancini. Il avait quelques options, quelque part entre assistant trafiquant et future victime d'un psychopathe. Finalement, il choisi de reprendre sa vie d'errance... comme au bon vieux temps d'avant Saint Jacky !

« Au vu de mes récentes mésaventures, je décidai de rester mobile.
Pour ce faire, j'établis une sorte de « code de sécurité »...
Ne jamais passer plus de deux nuits au même endroit.
Prendre tout ce qui peut servir immédiatement : argent, médicaments, outils, vêtements...
Ne jamais allumer la lumière ni dormi à l'étage. Ne jamais défaire son sac.
Toujours laisser une issue déverrouillée et facile d'accès, en cas de retour des occupants légitimes ou d'arrivée de la police. »


Les enquêteurs approfondissent l'enquête, soucieux de recouper toutes les informations qu'ils ont en leur possession avec l'histoire racontée par Polza. Celui-ci poursuit son récit, l'édulcorant toujours à son rythme, lent, précautionneux du moindre détail. On est promenés dans ses pérégrinations verbales, accrochés à ses dires sans savoir s'ils sont véridiques... vu le bonhomme, qui lui-même se qualifiait il y a peu de menteur, on a du mal à le croire... mais il y met tellement d'embellissement et de détails qu'on ne peut que vouloir y croire... d'autant plus que les sources des policiers corroborent son argumentation.
Il n'y a pas à dire : s'il ment, il le fait merveilleusement bien, avec une méticulosité d'une incroyable finesse !

Cette fois Polza nous raconte l'après Saint Jacky, son séjour à l'hôpital et sa rencontre avec cette mystérieuse Carole Oudinot. Ça y est, on va enfin savoir qui est cette fille dont on sait d'emblée qu'elle va mourir... mais n'allons pas trop vite, ce serait sauter bien des étapes !


Le cantonnier est mort. Il s'est pendu dans sa maison, mise sous scellé par la police le temps de l'enquête. C'est en substance ce qu'apprend Polza au détour d'une supérette de village, dans laquelle il refaisait son stock d'alcool (on se refait pas). En bon gentleman squatteur, c'était là une belle occasion de passer la nuit au chaud dans la chaumière désormais sans vie dudit cantonnier... et de découvrir une série de peintures...

« Uniquement des portraits. Des dizaines de portraits grimaçants, douloureux, magnifiques.
J'étais parmi eux comme en famille. S'il y a une universalité de la souffrance, le cantonnier qui les a peints a su la cerner puis la révéler.
Cette prouesse ne semblait malheureusement pas lui avoir apporté le repos de l'âme... »


La découverte de ces œuvres marque un tournant dans la vie de baroudeur de Polza : il va ainsi prendre conscience de son but refoulé, ou tout du moins donner une nouvelle dimension à son errance. Ce faisant, il réalise sa propre thérapie intérieure.
Il pense se rendre compte que sa fuite en avant n'a finalement comme seul but que de mourir plus vite, et ainsi mettre un terme à sa douloureuse expérience sur terre. Changement de mentalité et de conduite : il fait maintenant face à la mort, il la nargue... mais elle refuse de le cueillir... il se dit alors qu'il est peut-être en quelque sorte immortel.
La folie de l'homme marque encore un point.
On peut d'ailleurs opposer cette réflexion intérieure à son séjour en hôpital psychiatrique. Il est forcé de rester le temps de se refaire une santé (une scarification qui a mal tournée, une de plus). Refus de se livrer aux analyses médicales, déni de mal-être : il refuse l'aide des médecins (on n'est jamais mieux servi que par soi-même après tout).

L'empathie qu'on pourrait encore avoir pour le bonhomme aurait dû être largement entachée, depuis le temps. Pourtant Manu Larcenet fait souffler sur nos jugements le chaud et le froid... D'un côté il y a les preuves accablantes l'affublant de criminel, et de l'autre sa version de l'histoire dans laquelle il n'est pas forcément l'auteur des crimes qu'on lui attribue. Il y assiste à chaque fois, mais il s'en dédouane. Les explications sont tellement bien présentées qu'on a presque envie de le croire. Ne restent alors que des troubles du comportement et des délits mineurs : vol, prise de stupéfiants, squat, incendie...
Comble d'un attachement, Polza se fait salement amocher dans ce volume, victime d'un viol (oui oui, ça n'arrive pas qu'aux filles, il y a des salauds partout...) avec violence des plus horribles qui soit. Là, on le plaint carrément, on fermerait presque les yeux tellement c'est moche mais on a aussi envie de tourner les pages pour savoir la suite...
On reste donc toujours partagé entre le dégout de l'être qu'il inspire (et les faits qui l'accablent, même si c'est toujours un peu informel pour l'instant, mais je suis sûr qu'on y reviendra en détail dans le(s) prochain(s) tome(s) ; d'aucuns disent que le 4ème sera le dernier mais rien n'est moins sûr) et l'attachement au récit qu'il raconte.
Polza aurait-il pioché dans son entourage la carte du trouble dissociatif de l'identité ?

Heureusement, il y a ce tableau verdoyant dans l'œuvre du cantonnier (et en couleur s'il vous plaît)... et cette petite vie nouvelle et paisible à la campagne entre un schizophrène sympa et une pure beauté.
La vie ne vaut d'être vécue sans amou(ouh ouh ouh)r !

D'autres avis : PaKa, Yvan, David Fournol, Yaneck, Mo'




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Tome 3 : " La tête la première "

Année d'édition
2012

Bleu du ciel (Le) Kara (s)(d) SOLEIL

Tome 1: "Dame Lucifer"

Chronique du 01/09/07

Dame Lilith est une vieille vampire plutôt atypique et maladroite qui ne craint plus les rayons du soleil comme le veulent les croyances persistantes. Accompagnée de Tristan, son jeune suivant, ils partent accueillir Dame Lucifer, sainte patrone des Enfer, et sa suivante Salomé, car à l'approche de l'an 2000 doit avoir lieu le grand cataclysme plus connu sous le nom d'apocalypse.
Dame Lilith annonce alors à la démone qu'elle est arrivée trop tôt de 3 ans, à cause d'une erreur de calendrier humain, et lui propose d'attendre à ses côtés la date fatidique, tout en lui permettant de découvrir un peu plus le monde qu'elle devra anéantir.

Je connaissais déjà le travail de Kara depuis la lecture de son premier succès "Le miroir des Alices". On reconnais dès le premier coup d'oeil que "Le bleu du ciel" est l'oeuvre de la même personne.
Si le graphisme, la couleur et la mise en page ne varient pas beaucoup et traduisent le même effet (plutôt réussis par ailleurs), l'histoire, elle, gagne en compréhension. Il n'était en effet pas aisé de suivre le fil de l'histoire contée dans sa première série. Ici, même si la narration évoque une philosophie commune, les personnages ont un but simple, même s'ils cachent certainement bien des secrets. Des personnages qu'il est agréable de rencontrer et de voir évoluer au sein de cet univers, qui n'est certainement pas prêt de nous avoir livré toutes ses surprises.

Chronique du 01/09/07

On attend un peu Kara au tournant avec ce nouvel album tant il est vrai que Le miroir des Alices est déroutant.
Et Le bleu du ciel ne déçoit pas. Son graphisme époustoufflant est toujours au rendez-vous et son sénario gagne énormément en clarté. En tous cas, dans ce tome 1, il parvient à la fois à nous surprendre (comme il l'avait si bien fait dans Le miroir des Alices) et à maintenir un scénario compréhensible. J'attends la suite :)


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Tome 1: \\"Dame Lucifer\\"

Année d'édition
2007

Block 109 Vincent Brugeas (s), Ronan Toulhoat (d) AKILEOS

Chronique du 16/03/13

22 mars 1941 : Adolf Hitler est assassiné d'une balle en pleine tête. Dans les jours qui suivent, de nombreux cadres nazis sont arrêtés et pendus par la Gestapo pour haute trahison.
Avril 1941 : Himmler devient Chancelier et obtient les pleins pouvoirs. Heydrich devient Reichsfürer et dirige l'ensemble de la S.S.
Janvier 1942 : Lancement du programme nucléaire allemand.
Mars 1943 : Création du Nouvel Ordre Teutonique par Himmler pour contrer l'influence grandissante des S.S.
5 juin 1943 : Zytek, ancien officier S.S. jeune et ambitieux, mais totalement méconnu, est nommé, à la surprise générale, Grand Maître du Nouvel Ordre Teutonique (Hochmeister).
Juin 1944 : La première bombe thermonucléaire allemande est opérationnelle.
8 mai 1945 : Opération « nuit noire ». Le feu nucléaire s'abat sur les États-Unis et sur les Îles Britanniques.
Novembre 1947 : Mort accidentelle d'Himmler. Le Hochmeister Zytek est élu, quelques jours plus tard, président du Grand Conseil du IIIe Reich.
1953... la guerre entre les blocs allemands et soviétiques se poursuit sans relâche depuis 9 ans...


Cela ne vous aura pas échappé avec cette introduction (qui relate en quelques lignes le contenu partiel des premières planches de la bande dessinée) Block 109 est une uchronie.
Pour les Vincent Brugeas, Hitler a été assassiné en 1941 et la guerre ne s'est pas arrêtée en 1945... et elle a pris un tout autre visage que l'Histoire de nos manuels scolaires.
Dès les premières cases, nous sommes happés par des événements qui nous dépassent et qui attisent notre curiosité. Nous sommes au cœur de l'Histoire sans y être vraiment, nous la revisitons avec un œil neuf.

Ce qui nous frappe d'emblée, ce sont ces allusions qui sont faites à des événements ou des dates qui sont bien réels. Block 109 aurait pu se contenter de développer un récit totalement nouveau à partir d'un tournant de l'Histoire, mais il fait mieux que ça : il s'accapare de faits ultérieurs et les incorpore à la narration, lui donnant du coup un certain crédit. Un crédit qui vacille tout de même sur une question anodine mais qui me semble si importante : pourquoi diable les allemands auraient-ils réussi à lancer une bombe atomique sur les États-Unis et pas sur la Russie ?
Bien entendu, il s'agit toujours d'une fiction, à laquelle vient se greffer ce virus d'un genre nouveau qui sévit dans le métro, monde souterrain ayant accueilli l'expérience... Un mélange de genres entre le récit de guerre, froid et implacable, et l'ambiance d'un bon Resident Evil.


« Vous pensez que je vais adhérer à ces conneries !! Vous voulez détruire le monde, salopard !
_ Je ne vais pas détruire le monde, Lisa. Je vais l'achever.
»

J'ai beaucoup apprécié cette lecture au récit haletant et rondement mené, qui parvient à nous surprendre à plusieurs reprises et qui nous bouscule sans cesse.
On s'attache à ces hommes qui luttent pour sauver leur peau, qui ne sont là que pour accomplir les ordres sans discuter, du bétail... A contrario on cracherait volontiers à la gueule des crapules qui ne vivent que pour ôter la vie des autres et comploter pour servir leurs intérêts...
Pourtant, on finit par être pris à contrepied. Les personnages qu'on croyaient bons ont aussi leurs faiblesses et certains nous apparaissent vite comme antipathiques... et que dire de Zytek, qu'on taxait allègrement de salaud sanguinaire et assoiffé de pouvoir au départ, et qui devient au fil de l'histoire de plus en plus sympathique à nos yeux.
Un joli tour de force des auteurs.


Graphiquement, l'ambiance dépeinte par Ronan Toulhoat est plutôt agréable.
Le dessin, réaliste, fait certes un peu « rush » et globalement pas fini. D'ailleurs, on reprochera ce choix pour les visages qui deviennent du coup un peu flous et parfois difficile à discerner.
Les traits sont rehaussés par une colorisation sépia et mis en valeur par un découpage propre et efficace qui convient bien au rythme du récit. Le tout nous laisse une impression uniforme plutôt réussie malgré le bémol cité plus haut.


Au cœur de l'idéologie nazie, Block 109 nous invite à partager le quotidien des militaires allemands durant la guerre, il nous fait également réfléchir sur ce qu'elle aurait pu être, dans d'autres circonstances... Une réflexion qui porte également sur les hommes, sur leur capacité à construire ou à détruire, sur le symbolisme de la race aryenne...



Block 109 est un one-shot mais les auteurs ont également publiés, toujours chez Akileos, des récits satellites qui évoquent d'autres lieux pendant cette même guerre. Sans toutefois constituer une suite, ils permettent à ceux qui le souhaitent d'approfondir l'univers inventé par les auteurs :
- Étoile Rouge (2010)
- Opération Soleil de plomb (2011)
- New York 1947 (2011)
- Ritter Germania (2012)
Il est impressionnant de voir la vitesse à laquelle les auteurs développent leur univers !

Je ne sais pas si je lirai ces titres. Block 109 se suffit à lui-même et sa fin ouverte nous laisse maître de l'interprétation que nous en ferons... ce que j'apprécie grandement.


Je remercie Yaneck pour cette lecture.

Chronique du 28/08/13

Bien que l'exercice soit rapidement casse-figure (si j'ose dire), j'ai un attachement particulier pour les uchronies, parce que bien menées, elles apportent toujours de bonnes surprises. Et j'entretiens depuis quelques années une profonde répulsion (due à un raz-le-bol concernant le matraquage médiatique) pour la période concernant la Seconde Guerre Mondiale. Tout pour me faire hésiter pendant des années... Je lis ? Je lis pas ? Je lis ? Je lis pas ?

Bon ben voilà, c'est lu avec un regard assez critique au final, parce que ben l'air de rien, les auteurs ne facilitent pas la tache pour l'entrée en matière. Ou presque.

L'intro est très bien faite, résumant en quelques cases la période entre 1941 et 1953 dans ce monde où la Seconde Guerre Mondiale a oublié de se terminer, puis vient le début de l'histoire elle-même. Et là j'ai rien pipé. J'ai finalement posé le bouquin et j'ai dû survoler à nouveau ce début pour reprendre pied. Mon reproche, c'est le flou des transitions et le manque de netteté des visages qui aurait permis de mieux identifier les personnages. Ah oui puis aussi, je crois que je ne suis pas hyper fan des histoires de guerre en fait...

Pour le reste, je tire mon chapeau. J'ai passé toute ma lecture à me demander où les auteurs voulaient donc nous mener pour tomber littéralement des nues à l'arrivée. D'une façon générale, pas d'incohérence historique, ou en tous cas rien que je n'ai pu relever ; un scénario tiré par les cheveux et relativement inattendu avec des coups de [péripatéticienne] dans tous les sens ; des personnages exécrables ; un dessin rigide à l'image du Reich qu'il décrit et à la fois dynamique et plein de mouvements (oui je sais, c'est peut-être pas très très clair dit comme ça) au cœur de l'action ; des couleurs sépia qui imprègnent l'ambiance sordide ; un grand réalisme dans le trait. L'ensemble doit être, à n'en pas douter, largement influencé par la bande dessinée américaine.



D'autres avis : Mo', Nico


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Année d'édition
2010

Bookhunter Jason Shiga (s)(d) Cambourakis

Chronique du 14/04/13

Imaginez un monde, très américain, où voler un livre est un délit grave, puni par la loi. Où dans le microcosme des bibliothèques sévit une police, une sorte de force d'intervention spéciale, chargée par tous les moyens possibles de retrouver les criminels, de les prendre en chasse, de les coffrer. Une brigade de choc menée par l'agent Bay et qui compte parmi elle de nombreux spécialistes dont les métiers sont aussi complexes et obscurs que dans un remake des Experts.
Bienvenue dans Bookhunter !


« Qu'est-ce que ça dit ?
_ Du point de vue judiciaire, ce conduit est sec comme un os. Un poil, c'est tout ce que j'ai pu trouver. C'est un cil noir, provenant de la partie interne du sourcil gauche. La section ovoïde suggère un spécimen féminin. Je vais demander une analyse complète au labo pour déterminer le type racial et un régime possible.
»

Je continue mon exploration de l'univers Shiga avec ce Bookhunter, le premier livre paru en France de l'auteur.
Ce que j'adore chez lui, c'est son approche originale du médium BD. Paradoxalement, mis à part l'extraordinaire (surtout dans sa forme) Vanille ou chocolat, ses autres titres parus dans l'hexagone ne jouent pas avec l'album en tant qu'objet. Et du coup, je suis moins enjoué.

Le récit comporte pourtant sa part d'originalité. Une police des bibliothèques, franchement, c'est un concept excellent et très frais. D'autant que le livre est un véritable satire des Experts (vous savez, la série TV... capables d'après un poil de cul de retrouver le seul magasin ouvert un dimanche matin vendant la marque de PQ dont s'est servi le criminel juste avant de commettre son méfait)...
Jason Shiga use des mêmes artifices pour raconter son histoire à lui, s'appropriant un langage scientifique qui m'a quelque peu déboussolé au départ, des rebondissements rebondissants et des scènes d'action haletantes. Une enquête un peu folle et vécue à 2000 à l'heure en somme.
Ceci étant dit, j'ai été plus rapide que les enquêteurs pour en trouver l'issue. Il me manquait bien quelques clef évidemment, mais à la moitié du livre j'avais déjà de forts soupçons... qui se sont avérés justifiés.

« La femme que vous recherchez est une relieuse de type caucasien, entre 32 et 40 ans. Elle vit seule, ou peut-être avec une sœur plus jeune.
Elle est timide, intelligente et a peut-être un léger défaut d'élocution, un bégaiement.
Elle a souffert d'énurésie pendant son enfance.
»

Si je suis déçu ?
Oui, car j'en attends plus de Jason Shiga. J'aimerais que ses livres plus expérimentaux arrivent aussi en France.
Déçu aussi parce que son graphisme n'évolue pas : ses personnages ont toujours ces mêmes têtes rondes et minimalistes. Évidemment, je savais dans quoi je m'embarquait quand j'ai acheté le livre donc je n'ai pas d'excuse... mais je rêvais d'un peu plus de nouveauté.
D'ailleurs je serais assez curieux de lire un jour un album scénarisé par Jason Shiga et dessiné par un autre... Il s'agit là encore d'un doux songe car l'auteur, que nous avons entendu en conférence à Angoulême, disait qu'il était individualiste et n'envisageait pas de travailler avec quelqu'un.
Mais l'histoire, elle, m'a plutôt apporté de la satisfaction. Certes je ne l'ai pas trouvé si surprenante que ça mais j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'enquête aux côté de cette police dont je trouve l'existence aussi géniale qu'originale.
Du plaisir, on ressent bien aussi celui que Jason Shiga a eu en écrivant cet album. Il a en effet travaillé en tant que bibliothécaire à Oakland et maîtrise donc bien son sujet. D'ailleurs, le jargon du milieu pourra peut-être rebuter celui qui ne le fréquente pas. Personnellement je connais un peu la Dewey (ma femme est dans la partie ^^) mais c'est pas forcément le cas de tout le monde, et il y a du coup des subtilités qui pourraient lui échapper.

Une note spéciale à cette très chouette réédition de l'album, façon livre ancien, que j'ai entre les mains. Une maquette qui donne envie d'aller plus loin, bravo !



D'autres avis : k.bd, Mo', David, Yaneck




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Année d'édition
2011 (1°ed2008)

Brigada Enrique Fernández (s)(d) AME

Tome 1

Chronique du 08/12/13

Il est des fléaux bien difficiles à cerner. Le Voirandeer est de ceux-là.
Entouré d'un brouillard aussi énigmatique que malfaisant, le monstre détruit tout sur son passage, ne laissant derrière lui que du sang, des ruines et des légendes...
Combien de Daurin ont péri au combat, sonnant les cloches de son héroïque assaut contre une bête aussi terrifiante qu'invisible ?

Perpétuelle lutte s'immisçant au cœur de l'indissoluble conflit qui perdure entre les nains et les elfes noirs. Deux peuples farouchement opposés depuis toujours et qui essaient tant bien que mal de dominer les terres des hommes opprimés et désemparés.
Le dernier espoir d'un lendemain meilleur repose sur les frêles (mais machiavéliques) épaules des sœurs, des sorcières élevées au rang de divinités respectées et dictant leur grand plan du haut de leur inébranlable tour. À moins que le salut ne vienne de la Brigade de Macson, une équipée naine composée de repris de justice à qui il a été accordé une seconde chance... Menée par Irvo, Capitaine sorti de sa retraite pour faire renaître un semblant de discipline en son sein, elle brave le brouillard et ses dangers au jour le jour...


Auto-édition : une solution ?

Brigada est la nouvelle série d'Enrique Fernández, celui-là même qui nous a récemment enchanté avec ses Contes de l'ère du Cobra.
L'auteur espagnol s'est ici lancé dans un défi d'envergure puisqu'il a décidé d'auto-éditer son livre par le biais d'un financement participatif.
L'opération, débutée le 4 juillet 2012 et achevée 40 jours plus tard, a été un franc succès, recueillant 50000 € sur les 36000 € escomptés pour que naisse le projet. Une somme suffisamment conséquente pour que l'offre soit étoffée : format de la bande dessinée et du making-of plus large, 1000 impressions supplémentaires (4000 au total)... et bien entendu une bonne chose pour que le tome 2 voit le jour.

Auteur et éditeur sont deux métiers distincts. L'idée de passer outre les maillons de la chaîne du livre est tentante si l'on considère les déboires actuels du milieu, mais porter plusieurs casquettes différentes complique également la tâche.
Car un éditeur n'est pas seulement là pour porter un projet, il aide également l'auteur (du moins normalement mais c'est peut-être moins le cas aujourd'hui avec la multiplication des publications) et l'accompagne dans son travail. Brigada n'a pas eu ce suivi et de fait son scénario souffre de quelques lourdeurs. Un éditeur aurait pu recadrer les choses et aiguiller l'auteur vers une entame simplifiée. Car le début de l'histoire est très touffu, présentant un univers aussi riche que complexe et de multiples personnages. Le tout concours à une mise en place tardive de la trame générale, le temps de bien ordonner les choses.

En plus de ces fonctions à la fois créatrices et éditoriales, Enrique Fernández se charge lui-même de la diffusion et de la distribution de ses albums. Bien entendu, la campagne de financement lui a donné une bonne base de souscripteurs, mais il doit aussi faire les démarches auprès des libraires s'il souhaite écouler son stock et dégager des bénéfices... et bien sûr prendre en charge l'envoi des commandes.
Tout un programme ! Heureusement, Enrique Fernández peut jouir de sa notoriété acquise sur ses précédents livres pour s'extirper d'un projet complexe et financièrement aléatoire.


Un classique et du potentiel.

Pour qui s'embarque dans l'aventure, le nouveau conte d'Enrique Fernández s'inscrit dans la pure veine de la Fantasy. Un monde dépeignant des êtres classiques du genre (nains, elfes, sorcières) mais aussi des monstres imaginaires (Voirandeer) et bien sûr : de la magie. Les peuples légendaires possèdent surtout des dons (lire dans les veines de la terre pour les nains ; communiquer avec la nature pour les elfes... là encore c'est classique) mais c'est sans doute le brouillard qui intrigue le plus avec sa capacité à corrompre les animaux pour les transformer en bêtes féroces, à dissiper les talents inhérents aux races, à peu à peu annihiler toute cohésion et capacité de jugement d'un groupe.
Des effets qu'on pourrait rapprocher à ceux du Veill dans La Geste des chevaliers Dragons (Tome 3 : Le pays de non-vie).
Reste à voir si Brigada saura développer un souffle épique !


Apothéose graphique.

S'il est une chose constante dans le travail de l'auteur espagnol, c'est bien sa patte graphique incontestablement éblouissante. Reconnaissable entre tous, son style s'affirme d'album en album et nous enchante à chacune de ses productions.
L'univers graphique développé dans Brigada est assez proche des Contes de l'ère du Cobra, moins d'artifices mais plus lumineux, avec un traitement flouté supplémentaire donnant au brouillard un caractère vaporeux qui lui va bien.



Entretien avec Enrique Fernández.

Puisque j'ai eu la chance d'échanger quelques mots avec l'auteur et de lui poser quelques questions...

Lunch : J'ai vu que tu avais pu contacter des libraires pour qu'ils mettent en rayon ton album. Ils étaient très heureux de le mettre bien en avant à la librairie Album à Bordeaux en tout cas. Et c'est une très bonne chose pour la promotion de ton travail.

Enrique Fernández : La question des librairies est très compliquée. Il y a beaucoup de libraires qui ne veulent pas acheter d'exemplaires, car je ne travaille pas comme un distributeur qui peut reprendre les excédents. Je fais une vente complète pour les libraires, sans chance de retourner l'excédent. Et comme ça il n'y a pas beaucoup de gens qui veulent se risquer, malheureusement. Même si je fais des packs de 5 livres !

Lunch : En plus de devoir endosser plusieurs casquettes (auteur, éditeur, distributeur...), c'est compliqué de financer un tel projet.
Je me posais la question de savoir si ton retour sur investissement était bon. Tu as pu commencer à en tirer des bénéfices ? C'est en bonne voie pour le tome 2 ? Tu prévois combien de tomes d'ailleurs ?

Enrique Fernández : Je suis très heureux d'avoir fait ce projet, mais en ce moment je dois encore travailler pour améliorer toutes les erreurs. Il y en a beaucoup ! Et la campagne pour le deuxième numéro sera mieux faite.
Économiquement, oui, ça marche, mais pas pour se dédier complètement à cette affaire. Je fais d'autres travaux en parallèle.
La série comporte trois tomes pour commencer, mais on sait jamais comment ça va marcher. Ça dépend de la campagne du tome 2. On va voir...

Lunch : Trois tomes donc, c'est une belle aventure en tout cas.
Sinon, quand tu parles d'erreurs, tu fais référence à quoi en particulier ?

Enrique Fernández : Il y a eu des erreurs de choix surtout pour le mode d'envoi. J'ai choisi une compagnie de transport qui a fait ce qu'elle a voulu avec la plupart de mes envois. Et en plus, elle ne veut pas admettre qu'elle est responsable de ces erreurs. Pour la prochaine fois, je vais faire confiance à une autre compagnie qui va se porter garante du début à la fin sur ce point. Mais c'est l'une des questions les plus difficiles a traiter, car il n'y a pas de bon prix et faire un prix unique pour tous les pays est compliqué, parce qu'il faut que le client qui vient d'acheter le livre ne soit pas déçu, c'est très difficile.

Lunch : J'ai pour ma part trouvé que ce tome introductif était très complexe, imbriquant beaucoup de personnages qui ont tous un rôle à jouer. C'est pas évident de traiter autant de choses en même temps. Le second tome sera plus axé sur l'aventure j'imagine, maintenant que tout est en place ?

Enrique Fernández : Quand j'ai commencé a écrire le premier tome, il était encore plus complexe, car il était plus destructif sur la question narrative. J'ai choisi une approche plus aimable pour ne pas aller trop loin mais sans me laisser porter par une narration trop évidente. Car mon intention est de décrire un univers qui est complexe, ce qui est le cas aussi pour les protagonistes.

Lunch : C'est quelque chose que tu tenais absolument à faire, un livre seul de A à Z, sans filet et sans passer par un éditeur ?

Enrique Fernández : C'est une chose que j'étais tenté de faire depuis longtemps, pendant que je travaillais sur d'autres albums, mais le problème était de financer le tout. Avec le crowdfunding, cette question a été solutionnée.

Lunch : En parlant d'édition, AME est un acronyme ? Un choix qui a une signification particulière ?

Enrique Fernández : Ame vient d'Amelia, ma fille. Elle est née l'année durant laquelle je me suis lancé dans cette folie d'auto-édition, et sa naissance m'a donné la force pour travailler avec plus de motivation, pour faire quelque chose différent. Aussi, "AME" signifie "pluie" en japonais, et il y a aussi une relation avec ma fille et d'autres choses personnelles.

Lunch : C'est très joli AME. Pour toutes les significations que tu as énumérées et puis aussi pour ce que ce mot veut dire en français.
Autre question : David Chauvel est quelqu'un d'important pour toi. C'est lui qui t'offre la saga du Magicien d'Oz à tes débuts dans la BD et aujourd'hui, il suit toujours tes travaux de près. Il était encore là pour Brigada. Il t'as dit que tu étais fou quand tu lui a annoncé ce projet ?

Enrique Fernández : Haha ! C'est un très bon ami, et il m'a beaucoup aidé pendant toutes ces années. Même pour Brigada il m'a sauvé sur certaines questions. Il comprend (je crois) mon point de vue sur la question de l'auto-édition, et il m'a seulement demandé de lui expliquer mon expérience quand elle sera finie. Bonne affaire, non ?

Lunch : Les journées sont courtes en ce moment j'imagine, entre la promotion de Brigada #1, la préparation du tome 2 et aussi tes projets en parallèle ?

Enrique Fernández : Oui, trop courtes ! J'ai commencé d'autres travaux qui ont une échéance plus déterminante, et j'ai du laisser un peu à part la préparation du tome 2. J'espère pouvoir lancer la campagne au commencement de l'année prochaine au plus tard.

Lunch : Merci pour tes réponses Enrique et pour tout ce temps que tu m'accordes alors que tu es très occupé. Muchas gracias también por tu francés !



Un autre avis : Fab Silver

Le blog d'Enrique Fernández.




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Tome 1

Année d'édition
2013

Bulles & Nacelle Renaud Dillies (s)(d), Christophe Bouchard (c) DARGAUD

Bulles & Nacelle

Chronique du 12/12/09

Une petite souris en mal d'inspiration, le syndrome d'un écrivain face à sa page blanche, en proie à la solitude la plus profonde.

Bulles & Nacelle met en image, d'une très belle manière, ce que tout auteur appréhende le plus : l'effroyable manque d'inspiration !
Outre le dessin que je trouve vraiment magnifique, des traits simples, et ronds mais torturés, incroyablement mis en valeur par une couleur vraiment agréable, je suis un peu resté sur ma faim par ce scénario. En effet, nous parlons quand même de solitude et de manque d'inspiration, et je ne suis pas certain que ce soit un sujet exceptionnel et avec un fond assez riche pour en faire un album. Cela dit, l'auteur s'en sort bien, il invente une histoire, il met en scène des personnages au traits animaux, un carnaval, des rêveries et des oiseaux.

Pour ce qui est de la présentation, je trouve également un peu dommage ce découpage un peu trop linéaire. Six cases carrées par page, toujours, et sans variation, si ce n'est parfois une image qui prends toute la page (mais qui rentre dans les cases quand même, comme quand il y a plusieurs télévisions les unes sur les autres pour former une image plus grande).

Pour être franc, si à la première idée j'ai été attiré par ce livre par ses couleurs et son dessin, mais aussi par le débat qui a été fait sur son sujet par les chroniqueurs de Raging Bulle et qui m'a vraiment donné envie, je suis sincèrement resté sur ma faim car je m'attendais à mieux.




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Bulles & Nacelle

Année d'édition
2009