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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
A.L.I.E.E.N. Lewis Trondheim (s)(d) GALLIMARD

Anthologie de Littérature Infantile Extraterrestre Égarée Négligemment

Chronique du 09/07/12

Lewis Trondheim nous l'apprend en préambule, cet album n'est pas de lui !
Un midi (37) d'avril 2003, alors qu'il cherchait un coin sympa pour piqueniquer avec sa petite famille, Lewis est tombé par hasard sur cette bande dessinée. Chose étrange, ni le support ni le contenu ne semblait provenir d'un quelconque esprit terrien. L'évidence lui sautait aux yeux en même temps qu'il contemplait les alentours : l'herbe calcinée formait un cercle parfait ! Et s'il tenait là la preuve d'une existence extra-terrestre ? Le mystère demeure encore aujourd'hui, mais il est de bon droit de remercier les éditions Gallimard d'avoir publié cet O.V.N.I. de la bande dessinée. Car oui, c'en est bel et bien un !

Le secret de Polichinelle n'effraiera personne si je le dévoile sur l'instant, vous vous doutez bien de la réelle identité du mystérieux auteur. Néanmoins, si personne n'est dupe (n'est-ce pas ?), nous sommes en droit de nous poser la question sur l'origine humaine de Lewis Trondheim (et sur ses facultés mentales). Est-ce seulement sa BD qui vient d'une autre planète ?

Lewis Trondheim partage avec nous un album muet sans l'être, entendre par là que le texte dans les bulles se cantonne de toute façon à un langage qu'on ne saurait - du moins je crois - décoder... mais il faudrait que je mette mes meilleurs spécialistes sur la question. Pas de soucis pour autant pour la compréhension. Le récit, simple et efficace, se passe allègrement d'explications.
Un album qui met en scène des personnages aux profils variés et colorés, tous droits sortis de son imagination débordante. Des êtres vivants aux formes étranges (normal pour des extra-terrestres me direz-vous !) et aux mœurs... chirurgicaux. Ne cherchez pas, nous sommes dans un ailleurs lointain. Cependant, il n'est pas impossible d'y trouver quelques références à notre monde à nous : immeubles d'habitation, gadgets électroniques, métiers ou comportements parfois proches des nôtres... J'ai presque parfois l'impression d'une satire de notre réalité poussée à son paroxysme, sans aucune qualité et avec tous les défauts.

Sous le couvert d'un graphisme enfantin et absolument pas réaliste (la marque de fabrique de l'auteur), le monde d'A.L.I.E.E.N. est déjanté et cruel, plein de perversité, mais il n'en demeure pas moins divertissant, et j'irais même jusqu'à dire drôle ! Sûrement mon petit côté sadique :)




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Anthologie de Littérature Infantile Extraterrestre Égarée Négligemment

Année d'édition
2007 (1°ed.Bréal Jeunesse 2004)

Aâma Frederik Peeters (s)(d) GALLIMARD

Tome 1 : " L'odeur de la poussière chaude "

Chronique du 09/02/12

Lorsque Verloc Nim se réveille, couché au centre d'un cratère encore fumant, il ne se rappelle plus de rien. Il ne sait plus son nom, ni où il est, ni d'où il vient. Seule l'image de sa fille, Lilja, semble le rattacher à quelque chose de concret.
Alors qu'il semblait pour le moins perdu, c'est un robot hors catégorie, ressemblant à un singe et dénommé Churchill, qui se porte à son secours et lui remet son carnet de voyage. Ce petit carnet, véritable rareté dans un monde cybernétisé à outrance, il y a consigné les péripéties de ces derniers jours. Verloc se replonge alors corps et (A)âme dans celui-ci pour revisiter l'histoire, son histoire, celle qui l'a amené ici, sur cette planète lointaine d'Ona(ji), l'extirpant de sa misérable existence de moins que rien.

Je vous vois venir avec vos grands sabots : mais ils font quoi sur ce site, ils ont arrêté de lire ? Ils ne publient plus de nouvelles chroniques ? Figurez-vous qu'on manque cruellement de temps en ce moment. La faute à notre (future) maison, en cours d'achèvement. Évidemment, entre le suivi du chantier et les derniers travaux, que nous faisons nous-même, c'est un peu la course. Voilà donc la raison de ce "mutisme"... mais revenons en plutôt à nos histoires de gorilles intergalactiques. Non pas que notre vie soit à ce point inintéressante, mais vous n'êtes pas là pour ça : Aujourd'hui, c'est Frederik Peeters qui commande !

Que nous a-t-il concocté, le brillantissime auteur de Château de sable, Pilules bleues, Lupus, RG, Pachyderme et j'en passe ? Nous voilà parti une nouvelle fois dans la science fiction, et plus précisément dans l'exploration. Mais pour complexifier un peu la donne, elle prend des voies multiples :
Tout d'abord, il y a cette planète, Ona(ji), dont on ne connait rien ou si peu. Les informations sont distillées au fur et à mesure sur ce qui ressemble à une grand champ d'expérimentation. Qui sont ses habitants ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux ? Que font-ils ici ? Notre héros ne sait rien et doit tout apprendre sur le tas... comme nous, quoi...
Exploration physique donc, mais aussi mentale, puisque Verloc, devenu amnésique, essaie de recouvrer sa mémoire grâce à son journal intime, qu'il avait eu la bonne idée de commencer quelques jours auparavant. Un jeu de pistes qui permet de replacer les événements dans le bon ordre... mais pas de répondre aux questions.

Ce que je dis là, ce n'est que la surface d'Aâma. Car on ressent à la lecture un récit bien plus complexe. J'ai entendu ça et là que Frederik Peeters ne savait pas trop encore comment il allait enchaîner la suite. Il n'est pourtant pas bien difficile de reconnaître que l'auteur a énormément fouillé les personnages, et qu'il prépare là le terrain pour quelque chose de plus ambitieux.
Verloc Nim lui-même, un rebut de la société qui a tout perdu jusqu'à sombrer dans le shia (une drogue), se voit attribuer un rôle de premier ordre dans l'aventure que lui propose son frère Conrad. Qui est cette mystérieuse enfant ressemblant à s'y méprendre à sa fille Lilja qui vient d'apparaître sur Ona(ji), une planète très éloignée Radiant, où elle est censée être ? Par cette apparition, par sa rencontre avec son frère, Verloc se retrouve confronté à son échec, celui d'avoir perdu le magasin de son père, d'avoir perdu sa femme, sa fille...
Et Conrad dans tout ça ? Pourquoi cache-t-il autant de secrets ? Quelle est sa mission exacte, la vraie, celle qu'il garde précieusement pour lui ?

Graphiquement, Frederik Peeters reprend le chemin de la couleur, qui colle ma foi fort bien à l'exploration spatiale. On a parfois, au détour d'un visage, l'impression de croiser d'autres personnages issus d'autres œuvres. Par exemple, ce Verloc là me fait beaucoup penser à Amasan, l'algérien de Château de sable. Un caractère très différent, mais toujours avec cette ressemblance d'être dépassé par les événements (dans Château de sable en même temps, qui ne l'était pas ?).

Aâma est très certainement un ouvrage d'ouverture, certes copieux, mais qui pose seulement les bases d'un récit ambitieux et pourquoi pas tentaculaire, où chaque chose à sa place et s'entrelace. Il y a un parfum de mystère qui se dégage de cette lecture. Il faudra approfondir pour en percer les multiples secrets, pour découvrir l'histoire véritable qui se cache derrière le voile de l'amnésie.
Il faudra probablement attendre septembre 2012 pour voir la suite de Aâma. Mais pas la fin, si l'on s'en réfère aux propos de l'auteur sur la série, tenus sur son blog :
« Et celle-là risque d'être longue, très longue. »




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Tome 1 : \\" L\\'odeur de la poussière chaude \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " La multitude invisible "

Chronique du 25/10/12

Verloc Nim se réveille. Il sort doucement de sa torpeur nocturne, de ses rêves. La journée de la veille n'a pas été de tout repos. Elle a apporté son lot de surprises et de découvertes. Elle n'a pas ménagé son esprit. Hier soir il a partagé sa couche avec une femme. Il est tout guilleret. La vie est belle finalement, il faut parfois laisser les soucis de côté, profiter de l'instant présent...
Lorsqu'il sort de la chambre, il retrouve Myo en pleurs. Les autres savent pour hier soir...
La journée commence à peine et la réalité reprend déjà ses droits. Il va falloir s'habituer à composer avec toutes les personnalités car sur ona(ji) rien n'est comme ailleurs !

« Écoute, ces gens se sont construit leur propre microsociété pour résister à l'isolement. Tu aurais pu te douter que ça foutrait le bordel !... »

Bien dit Conrad ! Toi au moins tu as toujours la tête sur les épaules !
N'essayons pas de s'imaginer ce qu'il a voulu dire par là, l'heure est au départ : Conrad, son frère, Churchill et Frienko sont sur le point de partir à la recherche du professeur Woland, disparu avec le fameux projet Aâma. Myo et la petite fille feront également parti de l'expédition. Voilà qui devrait un peu calmer la concentration de testostérones.
En route vers l'inconnu et au-delà...


« _ C'est vivant ! Un organisme simple...
_ Certainement une mousse primitive qui apprécie les milieux acides... Elle se nourrit peut-être de soufre.
_ Dites... Arrêtez-moi si je me trompe, mais d'après mes informations, le niveau d'évolution sur ona(ji) correspond à une ère Cambrienne terrestre, non ?
_ C'est ça...
_ Alors peut-on m'expliquer ce que ce machin fout là, dans un monde où la vie n'a jamais quitté le fond des océans ?! »


Avec cette suite d'Aâma, Frederik Peeters nous emmène un peu plus dans les profondeurs de la science fiction. L'occasion pour l'auteur de se faire plaisir en développant une faune et une flore sortie tout droit de son imaginaire débordant, mêlant une base biologique connue de nos cerveaux d'hommes du 21ème siècle (on se refait pas) et une robotisation totalement invisible.
Le projet Aâma prend forme petit à petit, il dévoile juste ce qu'il faut pour aiguiser notre insatiable curiosité. L'ambition du projet, nous ne la connaitrons pas encore ici. Mais nous pouvons d'ors et déjà apprécier son indépendance : les créatures, qu'on croirait sorties d'un livre de sciences naturelles narrant l'ère Paléozoïque (ou du très bon Alpha... directions de Jens Harder), ont pris leur propre liberté d'évolution. Et c'est ça qui est quelque part fascinant : imaginez un développement ultra-rapide, ce qu'il pourrait causer, sur une planète déserte prête à recevoir la vie et sans les périodes de glaciation pour tempérer leur côté toujours plus bestial.
Plus on s'enfonce dans ona(ji) et plus les créatures sont « sophistiquées », plus elles sont dangereuses. On se demande dans quelle direction l'évolution se fera sur cette planète. Sera-t-elle interrompue par on ne sait quel événement majeur ? Donnera-t-elle une civilisation intelligente ? Aboutira-t-elle sur l'homme ? Que sera l'homme vu par Aâma ?

Petit à petit, j'en viens même à me demander si la fille qui ressemble à la fille de Verloc n'est pas le fruit d'Aâma... et si la chercheuse sainte nitouche, Myo, n'en saurait pas un peu plus qu'elle le prétend...


Vous l'aurez compris, Aâma est une série terriblement addictive. Alors qu'on rentre un peu plus dans l'intimité de Verloc Nim, sans pour autant comprendre ce qu'il va lui arriver sur ona(ji) (rappelez-vous : nous lisons son carnet alors que lui-même est devenu amnésique), on a vraiment envie d'en savoir plus encore !

En plus d'affouiller les personnalités en nous dévoilant une partie de leur vécu, Frederik Peeters joue avec les temporalités, imbriquant les récits les uns dans les autres, nous plongeant alternativement entre le passé de Verloc et les différents présents (celui du carnet ; celui où il est seul avec Churchill), par le biais de flashbacks ou de rêves.
La narration n'en souffre absolument pas, ce qui traduit une réelle maîtrise de l'auteur.

Nous ne savons toujours pas combien de tomes pourrait prendre cette série. Frederik Peeters n'est pas un habitué des séries à rallonge, mais il a envie de prendre son temps pour nous raconter son histoire. Le principal problème dans tout ça c'est qu'il nous faudra attendre quelques mois pour connaître la suite... et savoir tempérer notre impatience.

Roaarrr Challenge
- Prix de la série - Angoulême 2013




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Tome 2 : " La multitude invisible "

Année d'édition
2012

Abdallahi Christophe Dabitch (s), Jean-Denis Pendanx (d) FUTUROPOLIS

Tome 1: "Dans l'intimité des terres"

Chronique du 11/06/07

Tombouctou, XIXème siècle. Une ville mythique en plein cœur du Sahara dans laquelle aucun blanc n'entre, cité interdite vers laquelle plusieurs expéditions sont tentées, allant jusqu'à promettre une grande récompense à quiconque en franchira le seuil vivant.
Certains tentent des approches diplomatiques, d'autres marchent en tête d'une armée ... sans succès.
René Caillié, lui, prépare depuis 10 ans ce périple, et souhaite rallier Tombouctou à pied, en explorateur. Pour ce fait, il a appris l'Arabe, et lis chaque jour le Coran. Il se fait maintenant appeler "Abdallahi", le Fils du Prophète et arpente l'Afrique comme un Africain.
Au cours du premier tome, il fera la rencontre d'Arafanba, un esclave affranchi qui s'est décidé à l'aider...

Ce premier volet d'une série de deux tomes nous plonge dans un univers fantastique. Du début à la fin, nos yeux sont éblouis par la qualité du dessin, par la myriade de couleurs, riches et variées, et notre pensée est accaparée par cette histoire prenante et envoûtante.
Nous voyageons, de Kakondy à Djenné, aux côtés d'Abdallahi et d'Arafanba, partageons avec eux leurs joies, leurs peines, et leurs souffrances. Nous sommes subjugués par la richesse du pays, intrigués par les coutumes et la simplicité des peuples, touchés par la dureté de la vie et du climat, et déchirés par l'horreur des cadavres et de l'esclavage.

J'ai eu la chance de découvrir Abdallahi lors d'une exposition, organisée par le festival des Hauts de Garonne de Cenon 2007. La mise en scène, autant sur le point de vue des images et des décors habilement choisis, que par l'ambiance qui régnait dans le lieu, sur un fond sonore alternant des paroles d'Arafanba et des musiques typiques Africaines.
Je me suis aussitôt précipité chez mon libraire, et je ne le regrette pas, Abdallahi est vraiment une référence incontournable de la bande-dessinée.

Chronique du 11/06/07

Cette bande dessinée est un trésor. Son graphisme est époustouflant, entièrement réalisé à la peinture. Pour avoir vu quelques originaux lors d'une exposition à Cenon, c'est encore plus à couper le souffle.
Le scénario pourrait sembler basique, puisqu'il est basé sur l'histoire vraie de René Caillié, qui écrivit Voyage à Tombouctou et à Jenné dans l’intérieur de l’Afrique suite à son voyage. Mais non, il fait rêver. Il nous transporte dans un univers incroyable.
Bref : un poème.


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Tome 1: \\"Dans l\\'intimité des terres\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Traversée d'un désert"

Chronique du 21/06/07

Abdallahi poursuit son chemin et arrive au milieu des esclaves dans la cité de Tombouctou. La ville mythique éblouissante de richesses qui devait s'ouvrir à ses yeux lui apparaît rapidement terne et sans saveur.
Comment faire croire une telle vérité au consulat, lui qui ne vit plus que par le mensonge.

Ce deuxième tome clôt le cycle épique des aventures de René Caillié. La maladie le poursuit et le ronge, la folie le guette, et son ami Arafanba, qui semblait avoir percé son secret depuis longtemps, est parti avant lui.
Mais la force de René, son abnégation à porter sa vérité au monde d'où il vient, le ramènera jusqu'en France, où il peut de nouveau vivre et fonder une famille.
Un second livre dans la lignée du premier, magnifique, haut en couleur, et avec des textes habilement choisis et superbement mis en valeur.

Merci aux auteurs pour ce conte merveilleux.

Chronique du 21/06/07

La suite du premier tome. Série terminée, donc pas contraignant pour les non-collectionneurs.
Pour les commentaires, voir le tome 1.


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Tome 2: \\"Traversée d\\'un désert\\"

Année d'édition
2006

Abélard Régis Hautière (s), Renaud Dillies (d), Christophe Bouchard (c) DARGAUD

Tome 1 : " La danse des petits papiers "

Chronique du 31/10/11

La vie est belle au marais, plus que belle même. Y'a rien de mieux ailleurs !
Les hommes y vivent heureux, sans contrainte, jouant aux cartes jusqu'à pas d'heure, péchant les poissons dans l'eau calme, sirotant quelques bières sur la berge les yeux posés sur l'horizon, des étoiles pleins les yeux.
Abélard est encore un petit poussin alors que les autres ont un peu bourlingué à droite à gauche avant d'arriver ici. Lui, il est né dans le marais, il n'a connu que cet endroit. Il profite du moment présent sans attacher d'importance à autre chose, laissant vagabonder ses pensées au rythme des notes de sa petite guitare. Son chapeau, source de proverbes intarissable, lui délivre chaque fois qu'il le retourne une maxime. D'une naïveté extrême, il ne comprends pas toujours ce que ces adages signifient, ni même les pensées des adultes qui l'accompagnent. Il a des rêves plein la tête et se pose des tas de questions. Un jour, il décide de partir...

« _ Quelle purée de pois... Une chance que tu sois tombé sur nous. Tout seul dans ce brouillard, tu te serais perdu.
_ C'est étrange, le brouillard plus on le regarde de près, moins on le voit. Chez moi, il y en a souvent le matin. Il arrive pendant la nuit sans faire de bruit. Il glisse sur l'eau, il s'étale sur le matais et puis il disparaît. Je me demande d'où il vient.
_ Du ciel. Le brouillard, c'est un nuage qui est tombé par terre.
_ Où est la pluie ?
_ La pluie ? Quelle pluie ?
_ Mon ami Mikhaïl dit que les nuages sont de gros sacs pleins de pluie.
_ Ha Ha Ha ! C'est bien une réflexion de Gadjo ! Les nuages... des sacs de pluie... Ouh ouh ouh ! Comme si on pouvait enfermer la pluie dans un sac !
_ Ben alors... d'où elle vient, la pluie ?
_ Des nuages ! »


Petit garçon deviendra grand.
On peut pas dire qu'Abélard soit très précoce, malin, ambitieux, etc... C'est vraiment la naïveté qui le caractérise le plus. Il ne connaît rien du monde, mais il a envie de le découvrir et de voir de ses propres yeux à quoi il ressemble, bien loin de se douter de tout le mal qui sévit ailleurs et de la bêtise des gens. Pour lui qui a vécu toute son enfance dans un milieu où il fait bon vivre, où tout le monde est adorable et où rien ne compte plus que la tranquillité, affronter le monde relève d'un sacré défi.

« Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles. »

Au début, je me suis demandé où Régis Hautière, le scénariste d'Abélard (mais aussi d'Accords sensibles, De briques & de sang, Pendragon...), voulait nous amener avec ses multiples dictons sortis d'un chapeau comme par enchantement. Ce chapeau m'avait tout l'air d'un artifice, d'un prétexte pour caser plein de métaphores sympathiques. C'est finalement plus que ça, puisqu'il fait office de conscience pour Abélard. Mais ce n'est pas pour autant son seul guide puisque chaque rencontre qu'il fera lui apprendra les choses de la vie (si tant est qu'il puisse les comprendre).

Outre l'aspect « mignon » que le récit développe, fortement appuyé par le graphisme tout en rondeur de Renaud Dillies (à qui l'on doit aussi Betty Blues ou Bulles & nacelle), l'innocence d'Abélard fait le parfait contrepoids à la bêtise humaine. Les situations auxquelles notre protagoniste principal se retrouve confronté auraient de quoi faire fuir la plupart des gens censés, mais lui n'a pas cette vision malsaine et toute faite de la société qu'ont les adultes. Il ne voit pas le mal ou le vice, au contraire, sans le vouloir lui-même, il le dénonce. Et c'est ça qui fait tout le charme de ce personnage alors que d'autres un peu moins naïfs nous auraient juste donné envie de leur mettre des claques.
Ainsi, il se retrouve confronté au racisme, à l'exclusion, à la violence. Et sans jamais rien comprendre des choses il parvient à décontenancer tout le monde (d'ailleurs, on se demande parfois qui est le plus naïf, du coup).

« La race, c'est quand on est pareils mais complètement différents, c'est ça ? »

Et si Abélard n'était pas après tout notre petite voix à nous ? Ne nous aiderait-il pas à dédramatiser un peu les choses qui nous entourent ?

Chronique du 31/10/11

Régis Hautière nous emmène sur les pas d'un jeune aventurier amoureux et naïf. On aime l'âme de ce personnage, aussi pure que celle d'un enfant. Il se fie aux maximes tirées de son chapeau pour prendre ses décisions et son regard innocent tourne en ridicule les aspects les plus laids de l'humanité (pour me prêter au jeu des citations qui plait tant à Lunch : "La race, c'est quand on est pareils mais complètement différents, c'est ça ?").

Pour accompagner cette histoire, Dillies a sorti ses vieux feutres, offrant un trait à la fois plein de rondeurs et de flous, avec une végétation qui complète la dimension onirique du dessin. Lui qui nous habitue à des petites histoires pleines d'innocence, il s'intègre pleinement dans l'univers d'Abélard. Les pinceaux de Bouchard en tons pastels, presque sépias, renforcent cette impression de se promener dans un rêve.

Un très bel album que l'on referme en se demandant bien où Hautière veut nous emmener...


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Tome 1 : \\" La danse des petits papiers \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " Une brève histoire de poussière et de cendre "

Chronique du 09/11/11

Abélard et Gaston poursuivent leur petit bonhomme de chemin ensemble. Malgré leurs différences notables, ils forment un duo attendrissant et complémentaire, le plus ronchon contrebalançant l'extrême naïveté d'Abélard, le jeune poussin apportant un peu de gaieté dans l'univers de cet éternel désabusé qu'est Gaston.
Ils font fi des épreuves et avec abnégation finissent par apprendre l'un de l'autre, par tout simplement s'apprécier, en même temps que nous nous attachons aux deux personnages nous aussi.

_ « Les fruits de l'amitié »... j'aime bien cette expression. Je trouve ça joli.
_ C'est niais, je te dis. L'amitié, c'est du flan. Moi, ma philosophie de la vie, je ne la tire pas d'un chapeau de clown. Je la tire de mon expérience. Et mon expérience, elle me dit que les amis, ce sont des parasites qui sont là quand tout va bien et qui disparaissent au premier coup dur. Mon expérience, elle me dit que, quand tout s'écroule autour de toi, la seule personne sur qui tu peux vraiment compter... c'est toi.


Le tome 2 clôt ce diptyque d'une très belle façon. De manière triste aussi - mais ça nous le sentions venir dès le premier volet et l'intervention de cette diseuse de bonne aventure qui n'avait pas eu le courage de briser les rêves du jeune aventurier - sans pour autant définir dans quel sens le vent tournerait.
Ce qui fait la force de cet album c'est bien entendu l'indéfectible amitié que nous voyons se former sous nos yeux. Ce sont aussi les échecs de ce garçon plein d'espoir qui claquent comme de violents uppercuts dans le foie.
Chose incroyable, tout ce que les auteurs construisent dans le tome 1, et renforcent au début du second volume, est complètement balayé ensuite.
C'est très beau et à la fois tellement décevant. Je parle pas du récit mais au contraire de ces sentiments qui ont été développés et qu'on avait finalement envie de croire jusqu'au bout. La naïveté d'une personne qui est si touchante et qui déstabilise tout le monde tellement la réaction surprend. Et puis toutes ces confrontations avec la rudesse de la vie et des gens, avec la connerie humaine qui, inexorablement – et malheureusement - gagne à la fin...

Oui, Abélard est un album fantastique. Lisez les deux tomes d'une traite, sans vous arrêter : ils sont inséparables ! D'ailleurs, c'est à se demander si l'éditeur n'a pas fait exprès de scinder le récit en deux pour améliorer ses bénéfices, au détriment de la forme. Je dis ça, parce qu'en prime, les deux tomes sont parus la même année, à seulement deux mois d'intervalle... une belle connerie ! J'aurais dû me laisser tenter par l'intégrale qui sort ce mois-ci (oui oui, seulement deux mois après le second opus), même si elle est un peu plus onéreuse, au moins le récit aurait été entier.

Ne finissons pas sur cette note négative : Abélard est magique. Les auteurs parviennent à nous captiver, à faire vagabonder nos esprits vers un ailleurs utopique. On voyage, on est séduits, on est emballés même, et on se pose des questions qu'on ne s'étaient jamais posées.
Et puis... avouons-le, ça décoiffe !

Chronique du 09/11/11

Un tome 2 résolument différent du premier ! En fait, les teintes des couvertures en disent long sur l'ambiance. Autant le tome 1 est innocent et réjouissant, autant le tome 2 est profondément triste. Les couleurs de l'album elles-mêmes évoluent vers quelque chose de plus sombre à mesure qu'on avance dans l'histoire.

En tous cas c'est un album beau et poignant, le genre d'histoires qui vous écrasent le cœur. J'ai eu envie de mettre une rouste à ces mauvais personnages qui font du mal à notre héros, j'ai eu envie de prendre Abélard dans mes bras, j'ai eu envie de le secouer pour l'aider. Décidément on s'attache à ce petit bonhomme au cœur trop pur.

A la réflexion, il y a quelque chose de Disney : les bons d'un côté, les méchants de l'autre. Certains pourraient *peut-être* y trouver un manque de profondeur, moi j'ai juste trouvé une grande simplicité à cette histoire, au sens positif du terme. Une très belle histoire, servie par un dessin d'une grande douceur et des personnages très expressifs (toujours cette qualité dans l'anthropomorphisme), et toujours ces couleurs d'une très grande qualité.

Bref, j'ai a-do-ré !!!


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Tome 2 : \\" Une brève histoire de poussière et de cendre \\"

Année d'édition
2011

Aberzen Marc N'Guessan (s)(d), Christophe Gibelin (c), Delphine Rieu (c-T4) SOLEIL

Tome 1 : " Commencer par mourir "

Chronique du 30/09/13

Hotis est en charge des excavations minières. C'est lui qui dirige les travaux sur le site et qui doit faire face à tous les problèmes.
Alors qu'il discute âprement confort et sécurité avec le propriétaire des lieux, pour qui le rendement pourrait être amélioré, il est appelé à descendre dans les profondeurs pour une surprenante découverte : une paroi lisse au milieu de la roche.
Derrière elle, une salle immense, creusée comme un dôme avec un œuf gigantesque en son centre. C'est là que le mauvais rêve d'Hotis devient réalité, la menace venue du plafond s'extirpant de son cocon millénaire pour fondre sur eux. Les Krékersès étaient libres... l'invasion commençait.

« C'est un grand jour aujourd'hui, nous attendions tous cela depuis tellement longtemps. Ne le dis à personne, hein, mais je crois qu'un nouvel élève va nous arriver. »

Autant le dire tout de suite, cette série n'est pas faite pour ceux qui aiment rester maîtres de la narration.
Vous aurez l'impression, lecteurs, de ne pas comprendre grand chose à cette histoire et croyez-le, c'est bien normal : Marc N'Guessan, son concepteur, a voulu que vous soyez spectateurs.
Aberzen est une série qui se lit jusqu'à la fin. L'auteur délivre les clefs de son intrigue dans les ultimes pages du dernier opus et jubile bien de nous mener en bateau tout du long. Et peut-être qu'à ce moment-là vous vous déciderez même à tout relire depuis le début...

Le premier tome, introductif, est plutôt dense puisqu'il nous invite dans un univers complexe et oscille sans cesse entre deux mondes. Nous sommes, à l'image d'Hotis le protagoniste principal, baladés d'une pyrogemme à l'autre sans n'y rien comprendre... Une histoire de vie et de mort, mais aussi de vie après la mort.

Le scénario ne nous laisse pas une seconde de répit pour respirer, exposant ainsi plusieurs événements qui se passent au même moment mais dans des mondes différent. Ne cherchez pas à recoller les morceaux, c'est encore bien trop tôt. Non, il faut se laisser happer par l'intrigue pour l'apprécier pleinement, car les non-dits sont nombreux, les desseins sont cachés et les enjeux dépassent l'entendement.


L'ambiance graphique de Marc N'Guessan est très agréable. S'il a choisi comme base de créer un peuple anthropomorphique, la présence des monstres envahisseurs lui permet de se faire plaisir tant par leur taille que par leur forme. Seule Bachel semble sortir de ces archétypes avec sa silhouette humaine, bien qu'il soit arrivé quelques bricoles à une partie de son visage.
Le dessin de l'auteur est fait d'une multiplication de petits traits. Une surabondance qui donne du relief à la matière, du simple caillou aux plus impressionnantes créatures, et du caractère aux personnages, disposant d'une grande palette d'expressions.
On pourrait presque sentir la mousse, les pustules (beurk) ou les poils de fourrure. Il faut dire que Christophe Gibelin (à qui l'on doit le très bon scénario des Lumières de l'Amalou) met très bien en valeur les traits du dessinateur, accentuant même ses effets de style par un jeu d'ombres travaillé, la variation entre deux tons ne se faisant pas de manière lisse et plate. Il y a une certaine douceur dans sa mise en couleur.


Une très bonne surprise qui commence à avoir quelques années mais qui reste une très bonne lecture dans le catalogue Soleil.

Chronique du 30/09/13

La première fois que j'ai lu Aberzen, je n'ai pas gardé un souvenir impérissable des trois premiers tomes, mais je m'étais enflammée pour les révélations du quatrième tome. Quelques années plus tard, j'ai oublié l'essentiel de l'intrigue... Voilà l'occasion de reprendre la série de A à Z, avec cette fois un peu plus de concentration, mais sans vraiment me souvenir du final...

Ah oui parce qu'en fait, le grand problème de cette série, c'est qu'il faut allumer son cerveau avant de la lire. Oui oui je sais, c'est du Soleil à l'ancienne, vous non plus vous n'avez pas été habitués... Mais bon, voilà voilà... C'est quand même préférable pour pouvoir suivre l'intrigue qui est somme toute assez complexe.

Les événements se croisent, se chevauchent et noient le lecteur assez rapidement s'il n'est pas assez assidu. Mais c'est finalement pour mieux nous précipiter dans l'univers hors-normes d'Aberzen, dans une histoire d'invasion intergalactique inimaginable (non, vous n'aurez pas pour autant une seule goutte de Space Opéra).

Et oui, le maître-mot d'Aberzen, c'est la surprise. N'Guessan met dès le premier tome les éléments en place pour mener son lectorat par le bout du nez.



Un autre avis : Legof

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 1 : " Commencer par mourir "

Année d'édition
2001

Tome 2 : " Plusieurs noms pour le bleu "

Chronique du 30/09/13

Le second tome est déjà un tournant dans la série puisqu'il détermine un changement de rythme. Les mystères demeurent, s'épaississent même, mais les mondes se rejoignent et permettent d'éviter au lecteur de se lasser d'une certaine ubiquité parfois difficile à ingurgiter.
On cerne un peu mieux l'univers, les spécificités des pyrogemmes, ces œufs étranges qui permettent de basculer d'un monde à l'autre. Marc N'Guessan en profite pour présenter de nouveaux personnages qui densifient un peu plus le scénario tout en ayant un rôle déterminant à jouer.


« Oui ! Nous t'avons menti ! Oui ! Nous t'avons utilisé ! Et alors ?
Tu aurais préféré quoi ? Rester comme nous dans cet endroit maudit où la désolation marchait et rampait sous chaque pierre et chaque bouquet d'herbe ?
As-tu simplement la moindre idée de ce que cela signifiait, d'être là-bas ? Sans pouvoir ni vraiment vivre ni vraiment mourir, sans pouvoir aimer ni procréer ? Ne même plus savoir ce que tu es, qui tu es. Ne plus savoir si seulement tu existes et cela pour l'éternité, Hotis... pour l'éternité !
»

Le retour dans le « monde réel », bien qu'il semble éloigné des préoccupations minières d'Hotis, ne se passe pas sans surprises. Le temps a passé et les monstres ont progressé dans leur invasion. Ils se sont structurés aussi, et bien que les rebelles lancent des assauts désespérés, ils portent aussi les stigmates d'une étrange contagion : bientôt, ils seront eux-même devenus des monstres.

Le second volet d'Aberzen suscite de nouvelles interrogations alors même que nous en apprenons plus sur ces envahisseurs, sur leur but et sur leur expansion.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2 : " Plusieurs noms pour le bleu "

Année d'édition
2002

Tome 3 : " Au-delà des mers sèches "

Chronique du 30/09/13

« Je les au vus, mes frères, je les au vus dix fois, je les ai vus cent fois... cent fois la fin, cent fois le rien.
Ils seront le début et ils seront la fin et le temps suspendu tournera dans leurs mains...
Regardez par le haut, regardez par le bas... toujours ils seront là...
»

Je me souviens avoir rencontré Marc N'Guessan et il m'avait dit que, lors d'une séance de dédicace, un garçon lui avait annoncé ce qu'il pensait du dénouement... après avoir lu seulement les 2 premiers tomes. Il avait vu juste (quelle perspicacité le garçon) et l'auteur, désarçonné, a du coup densifié un peu plus son intrigue. Pour autant, cela ne se sent pas dans la bande dessinée. Il n'y a pas de lourdeur, pas de séquence qui donne l'impression d'avoir été rapportée. Tout se tient admirablement bien.

Oh bien sûr le tome 3 nous apporte encore son lot de nouveaux personnages. Comme pour les livres précédents, ceux-ci s'intègrent parfaitement à l'histoire et en deviennent des pions essentiels. Chacun y est à sa juste place et à son propre rôle à jouer.

L'intrigue se poursuit et a vraiment trouvé son rythme de croisière. On sent un final d'envergure se préciser alors que les événements se succèdent et que les protagonistes tendent à se regrouper.
Mention spéciale au duo N'Guessan / Gibelin qui embellit de belle manière son univers graphique, tant dans la dynamique des cases que dans les postures et l'ambiance. Les scènes aquatiques plus particulièrement encore, de grandes cases un peu hors du temps, qui dégagent une sérénité à toute épreuve, bercée par d'incroyables reflets marbrés.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 3 : " Au-delà des mers sèches "

Année d'édition
2003

Tome 4 : " Un temps par-dessus l'autre "

Chronique du 30/09/13

« Écoutez... ne le prenez pas en mauvaise part mais... en ce qui concerne ces monstres, croyez-moi, nous connaissons la question.
_ Parfait ! Bien ! Nous, nous connaissons la réponse.
»

Nous y sommes. Les morceaux se recollent petit à petit. Les divers protagonistes, tous importants et correctement présentés avec de solides bases de background, tendent à se rassembler pour l'apothéose (et les révélations) finale.

Une conclusion attendue et surprenante, qui défie les lois de la métaphysique et qui nous invite à revenir en arrière sur les événements.
Pour moi, la série forme un tout indissociable et le tome 4 est l'aboutissement (lire le début sans lire la fin est inutile). L'histoire se tient d'un bout à l'autre, elle est complexe mais pas dénuée de sens. Et surtout, j'ai aimé être surpris et berné. Un joli tour de force de la part de Marc N'Guessan.

Mon seul regret réside dans le changement de coloriste sur ce dernier tome, Delphine Rieu remplaçant Christophe Gibelin.
Son travail parvient à tenir la mesure mais souffre de la comparaison avec son prédécesseur : un jeu d'ombres aux dégradés plus lisses alors que Gibelin faisait un gros boulot de nuances qui donnait du caractère aux traits du dessinateur.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 4 : " Un temps par-dessus l'autre "

Année d'édition
2005

Actu en patates (L') Martin Vidberg (s)(d) DELCOURT

Tome 1 : " Quinquennat nerveux "

Chronique du 12/05/12

« _ Et donc Madoff payait les intérêts des anciens épargnants avec l'argent des nouveaux. Avec la crise, tout s'est effondré.
_ Ah oui, une vraie arnaque, quoi !
_ C'est surtout immoral : c'est ce type d'affaires qui discrédite la finance...
_ Bon, alors, l'ordre du jour... Ah oui ! Il faudrait emprunter pour rembourser la dette de la France... »



En cette période post-électorale, on peut dire que l'album de Martin Vidberg tombe vraiment à pic
Si Quinquennat nerveux n'est au final qu'une adaptation en livre des notes de blog de son auteur, il nous permet tout de même de nous remémorer tout ce qui a fait l'actualité, politique ou pas, de ces cinq dernières années sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Je ne suis pas au départ un grand amateur de blogs. Je ne suis pas franchement fan de leur publication en album relié non plus. Je trouve que publier des billets sur un blog quotidiennement ne fera pas forcément un bon livre édité. C'est pourtant un concept qui se démocratise depuis déjà quelques temps et qui fonctionne atrocement bien (entendre par là que les ventes sont bonnes). Pour ce faire, Martin Vidberg a rassemblé ses notes, précautionneusement sélectionnées, par thèmes. Et il s'est mis en image dans un futur lointain, dans ses vieux jours, pour nous les présenter, avec beaucoup d'humour et de dérision. Un futur qu'il voit pollué à souhait, probable victime de catastrophes climatiques et de l'incivilité écologique de notre société de consommation.

Est-ce que cet album vaut le coup ?
Pour moi qui ne suit pas le blog du Monde L'actu en patates, j'ai trouvé dans cette lecture une intéressante rétrospective de l'actualité de ces années écoulées. Je ne sais pas si un lecteur assidu du blog en question retrouvera l'intérêt qu'à suscité une note au moment de sa parution. Badelel pourra peut-être en témoigner, elle qui suit avec attention les articles de Martin Vidberg.
Je ne suis pas parvenu à sourire à tous les strips (mais à une bonne majorité tout de même), la faute aux actualités de ces dernières années qui, pour certaines, ne m'ont laissé aucun souvenir. C'est toujours plus savoureux lorsqu'on parvient à se remémorer le fait divers, le dérapage ou l'incident illustré dans l'album. Ce qui me laisse à penser que ces illustrations sont toujours plus piquantes et drôles au moment de leur écriture.

Un album riche en actualité et en rigolade, pas essentiel mais amusant et rafraichissant.
Mention spéciale pour " La machine à gagner les élections ", une succession de gags hilarants sur des prototypes technologiques à l'utilité douteuse et l'efficacité très contestable.




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Tome 1 : \\" Quinquennat nerveux \\"

Année d'édition
2011

Age de bronze (L') Eric Shanower (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Un millier de navires "

Chronique du 29/08/13

La guerre de Troie est un récit à la fois fantastique et légendaire.
J'ai toujours eu une affection particulière pour cette histoire, attribuée à Homère (dans L'iliade et L'odyssée), dont l'historicité est contestée (l'existence même d'Homère l'est par ailleurs).
La guerre de Troie a-t-elle réellement eu lieu ? Il est avéré que la ville de Troie a bien existé, des fouilles attestent d'une certaine véracité mais montrent aussi des incohérences... le mystère subsiste mais le mythe fascine, depuis le 7ème siècle avant J.C. et aujourd'hui encore.
Homère était un aède, c'est à dire un barde. Il était aveugle, ce qui le prédisposait en quelque sorte à la poésie (une qualité propre aux poètes à l'époque) et fit de lui un grand orateur. La guerre de Troie repose certainement sur des faits historiques mais compose aussi avec une dose de fiction. L'art du conte en somme, et c'est aussi ce qui fait son charme.

Au fil des âges, de nombreux auteurs ont contribué à compléter l'histoire de la guerre de Troie (Virgile, Sophocle, Racine, Giraudoux...), évoquant d'autres visions du conflit, densifiant le mythe ou développant la personnalité des protagonistes. De fait, toutes ces œuvres forment une base solide pour un épisode (en partie) fantasmé, et un terreau fertile pour L'âge de bronze d'Eric Shanower.

Le récit homérique est bercé par l'onirisme propre à la mythologie : ce sont les dieux qui font la loi et qui régissent les hommes.
Eric Shanower a pris ici le parti de tenir les dieux à l'écart tout en collant au plus juste à l'histoire de la guerre de Troie. Ils ne sont pas absents pour autant mais il n'apparaissent pas, rendus à la simple expression de prières, de coutumes ou de rêves.
Il en résulte un récit plus crédible qui retranscrit tout de même fidèlement les textes originaux. J'ai apprécié cette version des faits, une vision plus contemporaine qui s'absout de la contrainte divine pour se focaliser davantage sur la psychologie des hommes.

« Et notre fils. Il va grandir si vite et je ne serai pas là pour le regarder. Avant que tu ne t'en aperçoives, ces joues se couvriront de barbe et alors... alors, écoute Pénélope... Si cela arrive... si notre fils devient adulte et que je ne suis pas rentré... tu seras libre. Libre de te défaire des charges de cette maison. Libre d'épouser un autre homme.
_ Non ! Jamais...
_ Chh... Au revoir... femme bien-aimée !
_ Au revoir, Ulysse...
»

Un millier de navires est le premier tome de L'âge de bronze, un ouvrage d'introduction qui nous prépare à la guerre à venir.
Il débute avec Pâris qui redevient le fils du roi Priam (l'élément perturbateur), se poursuit avec l'enlèvement de la belle Hélène à Ménélas (la cause du conflit) et jusqu'à l'arrivée d'Achille, célébré en héros pour mener les Achéens à la victoire. La flotte levée par Agamemnon est impressionnante et file vers Troie avec la bénédiction des dieux et du serment d'Ulysse...


L'âge de bronze est un récit incroyable de la guerre de Troie, d'une agréable cohérence et d'une étonnante douceur. Les personnages sont dépeints avec beaucoup d'humanité, ils sont en proie aux doutes et leurs faiblesses leur donnent du caractère.
Eric Shanower a consacré de nombreuses années à l'élaboration de cette série. Elle est le fruit d'importantes lectures et de recherches sur la région grecque telle qu'elle était dans l'Antiquité, jusque dans le mode vestimentaire de l'époque.
Son travail graphique est également remarquable, un trait juste, fin et riche en détails, qui se passe allègrement de colorisation tout en restant lisible dans les scènes de jour comme de nuit. Les rayons se soleil sont palpables sur les cases " d'extérieur ", les jeux d'ombres sont parfaitement rendus, les postures sont dynamiques et les visages expressifs.

Une attention particulière a été portée dans la construction du récit jusque dans les dialogues et la présentation des personnages.
Il eut été facile de se perdre avec tous ces protagonistes (et d'autant plus si l'on considère que le roi Priam a eu plus de 50 enfants) mais le récit, s'il en présente pléthore, ne s'égare pas dans des complexifications hasardeuses qui nous perdent.
Y'a pas à dire, c'est bien plus facile et agréable à lire (pour un non-initié de l'idiome grec entendons-nous bien) que L'iliade.
Une belle réussite, et primée par ailleurs puisque Eric Shanower a reçu la double distinction meilleur scénariste/dessinateur en 2001 et 2003 aux Eisner Awards pour L'âge de bronze !

Chronique du 29/08/13

Dans l'Âge de Bronze, Eric Shanower propose un récit très classique de la mythique Guerre de Troie. Classique dans le sens où il ne bouleverse en rien le mythe tel qu'il a traversé les âges comme d'autres ont pu le faire plus récemment (je pense en particulier à Herakles ou au Héros). Il s'écarte néanmoins du récit d'Homère en cela que Homère (s'il a bien existé... le débat fait rage à la maison) n'a pas retranscrit la totalité des événements d'une part, et que Shanower a voulu écarter l'aspect fantastique et divin du récit d'autre part. Voilà d'ailleurs une démarche bien intrigante quand on considère que la Guerre de Troie est l'événement « humain » de la mythologie grecque dans lequel les dieux sont le plus présents. Et ma foi, pour l'instant il ne s'en tire pas mal au sortir de ce premier album en jonglant entre les éléments naturels et les bobards d'un beau parleur.

Ce que j'y ai trouvé d'intéressant, c'est justement l'aspect humain. Les colères, les jalousies, la vanité, l'amour... tous les sentiments qui prennent une tournure impersonnelle dans la grande majorité des récits sont ici mis en valeur et intégrés dans une histoire euh... ben humaine quoi. Les grands noms prennent alors vie et on se met à comprendre pourquoi aucun de ces idiots de Troyens ne croyait Cassandre (parce qu'elle avait vraiment tout d'une folle, genre ?), pourquoi cette idiote d'Hélène, fidèle épouse, est allée suivre ce bellâtre de Pâris, comment Achille s'est planqué aux milieu des filles du roi de Skyros...
On y retrouve aussi d'autres mythes entremêlés, tels que ceux de Thésée, des Argonautes ou d'Héraklès, rappelant au passage que tout dans la myhtologie grecque est intimement imbriqué. D'un côté ça donne le vertige et de l'autre ça clarifie vraiment un grand nombre de situations.

D'un autre côté les décors et les usages vestimentaires sont extrêmement travaillés. On ressent dans l'ensemble un gros travail de recherche de la part de l'auteur, et on en sort avec tout simplement l'envie de connaître la suite et de se replonger dans les univers légendaires de l'Antiquité grecque.


D'autres avis : Yvan, Yaneck


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Tome 1 : " Un millier de navires "

Année d'édition
2004

Aigle sans orteils (L') Christian Lax (s)(d) DUPUIS

Chronique du 09/07/12

Le 99ème Tour de France s’est élancé le WE dernier et a vu une nouvelle fois le prologue tomber dans le guidon de Fabian Cancellara. Le suisse égale ainsi le record de 5 victoires en prologue de la grande boucle, détenu par le célèbre Bernard Hinault. Presque 100 années d’histoire, de magnifiques victoires, de grandes désillusions, de sueur et de surprises. On en aura vu des héros, des champions… véritables ou en carton. Mais restons sur une note positive ; c’est une épreuve mythique et qui de tous temps a vu s’affronter des légendes.

L’aigle sans orteils nous rappelle aux premières boucles, celles d’avant la guerre de 14-18. À l’époque les routes n’étaient pas aussi goudronnées, les cols étaient de dangereux sentiers, les premières équipes se formaient à peine et les braves héros portaient le boyau autour du cou, rustinant leur vélo eux-mêmes en cas de crevaison… un autre monde !

Amédée Fario n’a pas toujours aimé le vélo au point d’en faire sa passion. Au départ, alors qu’il fait l’armée, il est missionné pour porter des caisses tout en haut d’une montagne. Ces marchandises servent en fait à la construction d’un observatoire niché au sommet, plus près des étoiles. Amédée se lie rapidement d’amitié avec Camille Peyroulet, Il lui parle d’astronomie et du Tour.
Lorsqu’il quitte l’armée à la fin de son service, Amédée se fait engager par un petit groupe d’hommes chargé d’approvisionner en denrées de tous genres les gens de l’observatoire. Il reprend ainsi du service pour se rapprocher de son vieux copain. Là n’est pas son seul but, puisque chaque commission lui permet de rassembler un peu plus d’argent pour accrocher son rêve : s’acheter son propre vélo et participer à la grande boucle.
Sa vie d’alors alterne entre dures ascensions, par tous les temps, et entraînements.

L’aigle sans orteils est une magnifique histoire d’un homme prêt à tout, et même à risquer sa propre santé, pour accomplir son rêve.
Une histoire teintée de nostalgie. D’une part pour le caractère historique qu’elle revêt, et d’autre part parce que tout amateur du Tour de France a un jour entendu parler des premiers grands champions. Que dire par exemple des idoles de l’auteur : Federico Bahamontes le roi de la montagne, Jacques Anquetil, Louison Bobet et bien d’autres…
Ma jeunesse a été bercée par le Tour. Tous les étés, lorsque j’allais chez le tonton dans les Pyrénées, c’était le rituel du mois de juillet. Je me souviens encore très nettement du règne de Miguel Indurain avec son équipe Banesto, puis de l’envol de la fusée Armstrong, sûrement le plus fort souvenir de vélo que je garde en mémoire, alors qu’il rattrapait puis doublait Ian Ulrich sans que ce dernier ne puisse suivre la cadence. Depuis, il y a eu tellement d’histoires de dopage que le vélo a perdu de sa superbe. On évoque la triche avec tellement de facilité qu’on en occulterait presque le fait que le cyclisme est difficile et ingrat, sans conteste la plus ardue de toutes les disciplines sportives.

J’ai aimé l’histoire de cet homme qui représente le passé, qui a tout donné pour sa passion, pour son rêve. Un homme juste et droit, comme on en fait plus aujourd’hui. Un homme qui inspire le respect et qui transpire la bravoure.
Une belle aventure sur laquelle je n’ai qu’un seul regret, celui d’y trouver une fin si abrupte.

Chronique du 09/07/12

L’aigle sans orteils est une bande dessinée sur le cyclisme. Plus précisément sur le Tour de France. Ceux qui me connaissent savent le peu d’attachement que je porte aux sports et compétitions médiatiques, mais heureusement pour cette BD, on a omis de m’indiquer le sujet. On la faisait pour K.BD, la raison m’a donc semblé suffisante, d’autant que je n’ai pas de temps à perdre dans des préoccupations aussi futiles que celle de se renseigner sur le sujet de la bande dessinée que l’on va lire.
Ah si, je me doutais que ça parlerait de sport, vu que c’était le thème.

En plus, les couvertures de Aire Libre sont toujours aussi engageantes. Donc concrètement je n’aurais sans doute jamais ouvert cette BD en temps normal.

Bon ben heureusement que je ne me suis pas renseignée au préalable, car j’aurais sans doute manqué une lecture fort divertissante aux parfums de nostalgie. Le Tour de France des années 1910 n’a clairement pas la même image de celui qu’on connaît aujourd’hui. Pas de dopage, pas de pompe à fric, pas de caravane. Seulement des hommes qui donnent toutes leurs tripes dans une épreuve au-delà de l’humanité.
Une belle leçon de vie avec en toile de fond le combat que certains (en tous cas certainement pas moi !) sont capables de mener contre leurs propres limites. Le Tour de France ne serait ici qu’un prétexte si l’auteur n’y affirmait pas en préambule sa passion pour ce défi à deux roues.

L’aigle sans orteils est une histoire de caractère et de force d’âme, de lutte contre sa propre faiblesse et contre les terribles forces de Dame Nature et de la Loi de Murphy. Avec un final qui vous plombe un clown.

Le gros plus de cette BD ? Ses couleurs. Elles viennent renforcer le côté rétro de l’ambiance grâce à une savante association des teintes.

Mais bon, si vous deviez me poser la question, je vous répondrais que non ce n’est pas un coup de cœur. C’est en revanche un très bon moment de lecture et de détente.

Roaarrr Challenge
- Prix du Jury Œcuménique 2006


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Année d'édition
2005

Alice au pays des singes Tebo (s), Nicolas Keramidas (d), Nob (c) GLÉNAT

Chronique du 11/11/12

« Mais qu'est-ce que je fiche ici ? »

C'est bien là la première question que se pose Alice du haut de son... arbre ? À peine le temps de se demander comment elle a pu arriver là que des singes l'assaillent et lui font peur : elle tombe dans la vide.
Heureusement, les singes sont taquins mais pas méchants. Ils retiennent Alice avant qu'elle ne se cogne contre le sol. Ouf ! Il était temps...

« Mais... mais... Arrêtez de regarder sous ma jupe, malotrus ! »

Ah mais cette petite Alice là a du caractère. Et si tout le monde la prend ici pour Tarzan (vous savez, le bonhomme de la jungle au cri tonitruant et au slip léopard), elle voudrait surtout rentrer chez elle, au pays des merveilles...

Pour retrouver son chemin, s'ensuivra un véritable parcours du combattant, aux côtés d'Eddy le Mandrill et à la poursuite du wizi jaune (vous vous demandez sûrement quel rapport il y a avec un piaf, c'est juste qu'il aime mâcher l'écorce d'apicète ^^). Une fuite en avant vers l'inconnu et l'aventure avec un tigre « roi de la jungle » (un cousin pas si éloigné de Scar) qui colle aux basques comme un crocodile qui suit à l'oreille le Capitaine Crochet.


Alice au pays des singes est un album jeunesse qui fait du bien, beaucoup de bien ! Les petits comme les grands en sortiront enchantés, des étoiles pleins les yeux.
Tebo (Captain Biceps), Nicolas Keramidas (Luuna, 1 an - 365 dessins) et Nob (Mamette) ne se contentent pas de raconter une histoire banale, ils se jouent des univers Disney (Alice au pays des merveilles, Le livre de la jungle, mais aussi Le roi lion et bien d'autres) et mélangent tout ça avec une grande réussite.
D'ailleurs, on a l'impression avec cette bande dessinée qu'ils sont vraiment sur la même longueur d'onde tellement l'alchimie entre texte, dessin et couleurs fonctionne bien. On savait déjà que Keramidas et Nob étaient amis (pour de vrai dans la vraie vie), ils avaient même réalisés un projet commun (12 mois chrono) dans lequel ils réalisaient un dessin à tour de rôle chaque jour pour former une histoire complète sur un mois.
Tebo complète à merveille ce trio et propose à Keramidas un terrain de jeu à sa mesure, dans lequel il expérimente à chaque nouvelle case.

« _ Derrière moi, Alice... Que je le gun !
_ Que je le quoi ?
_ Que je le flingue ! »


Si le récit de Tebo est débordant d'humour et de fraîcheur, avec des mots et un langage typé « cité » qui font mouche (désolé mon Capitaine), que dire du découpage de Nicolas Keramidas ?
Dès la seconde planche, il donne de la hauteur à son petit personnage dressé sur sa branche avec une case qui n'a rien à envier à l'audace d'un Andreas. S'ensuivent quelques doubles pages magiques où nous devons nous amuser à suivre le cheminement des protagonistes. Certaines ne sont pas sans nous rappeler d'ailleurs Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret. Bref : un délice ludique pour les yeux.

Un scénario surprenant accompagné d'un découpage audacieux, d'un dessin dynamique et de couleurs pleines de vie (mais qui est cette Laurence qui a aidé Nob à la couleur ?). On peut dire que les auteurs ont bien travaillé, et qu'ils nous on gâtés !


Pour conclure en chanson, un petit clin d'œil pour Loïc Clément :

« _ Connais-tu cette chanson ? Celle du poney rose polisson ?
_ Oh ! Je crois bien que non ! Ce poney rose polisson, était-il gentil et mignon ?
_ Ouiii ! C'était un formidable compagnon !
_ Un compagnon à vous ? Wou !
_ À moi, à toi, à vous... À noooous ! Wou ! Wou ! »

Chronique du 11/11/12

Alice au pays des merveilles vous visualisez ? Petite anglaise blonde et de bonne famille, élevée non pas au grain, mais au thé, qui court après les léporidés albinos. Déjà qu'elle a l'air vachement paumé dans son pays des merveilles, alors je vous laisse imaginer le décalage quand elle se retrouve larguée en pleine jungle africaine...
Et bien vous pouvez facilement imaginer qu'Alice au pays des singes est tout simplement tordant, et vous avez raison.

Cruche et naïve, elle n'est clairement pas dans son élément (bien que son comportement évolue au contact de son nouvel ami) et se ferait bien vite bouloter par un serpent, une plante carnivore ou... un tigre jaloux, si Eddy le mandrill (en tous points son contraire) n'était pas là pour lui sauver les fesses. Eddy, son franc-parler, sa gastronomie délicate, sa morale approximative, son gun...
Oui parce que bon, ce n'est pas parce qu'on a quitter le pays des merveilles qu'on est dans une jungle tout à fait normale : les singes parlent, utilisent les outils de la civilisation (lunettes, chapeaux, « guns », livres et chaudrons) et pilotent des avions.

Bref, cette bande dessinée, originellement destinée à la jeunesse, est suffisamment efficace pour être lue à tout âge sans avoir l'impression de lire un livre pour enfant. Il faut dire que le casting laisse rêveur : un scénario de Tebo, des illus' de Nicolas Keramidas, des couleurs de Nob... non vraiment y'a rien à redire.
Du dessin et de la couleur, on retiendra d'ailleurs une technique qui nous vient du dessin animé. Elle consiste à apporter un soin tout particulier au décor et à rester très sobre sur les personnages afin de mieux les faire ressortir (explication donnée par Bertrand Hottin lors de sa visite à Lacanau, soyez jaloux).
A propos de la mise en page, je trouve personnellement que le sens du récit est ici parfaitement maîtrisé. Quelques pages entières, voire quelques doubles pages, n'hésitent pas à rompre avec le rythme très classique des cases lorsque la situation s'y prête, et j'aime la façon dont les auteurs se sont appropriés la notion de séquentiel. Bon certes rien d'innovant, cette BD ne révolutionne pas le genre et d'autres l'ont fait avant eux, mais c'est fait de façon fort à propos.

Une très bonne lecture !


D'autres avis :
Zaelle, David Fournol, Zorg, Album Bordeaux


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Année d'édition
2012

Alim le tanneur Wilfrid Lupano (s), Virginie Augustin (d)(c-T2 à T4), Geneviève Penloup (c-T1 et T2), Dimitri Fogolin (c-T4) DELCOURT

Tome 1: "Le secret des eaux"

Chronique du 16/01/08

Alim et sa petite fille Bul sont des hors-castes. Ils habitent avec le grand-père dans une petite maison non loin de la plage, et vivent du dépeçage des sirènes tueuses qui s'échouent ici en travaillant leurs peaux. Un jour, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre les festivités de la cité Jésamethaine en compagnie de Bul, il est appelé pour s'occuper de toute urgence d'une sirène tueuse à évacuer... un poisson bien vieux, qui livrera bientôt un secret qui pourrait ébranler les croyances de tout un peuple...

L'histoire est passionnante, tout se base sur une croyance bien vite ébranlée par la découverte d'Alim et Bul. Une croyance qui faisait vivre tout un peuple, et qui pourrait le détruire tout autant.
Imaginez un instant que vous ayez trouvé quelque part la preuve que Jésus n'avait pas ressuscité et qu'il n'était qu'une personne comme les autres ! Que feriez-vous d'une telle découverte ? Et de quel œil serait-elle perçue ?

C'est vraiment une excellente bande-dessinée, que je recommande à tous, les petits comme les grands. Il y a quelque chose de magique et fabuleux dedans.
Les personnages tout d'abord, attachants et attendrissants. Bul en premier lieu évidemment, mais aussi le vieux grand-père que j'adore. Même ce pauvre Soubyr a cette petite étincelle qui fait de lui un bonhomme qu'on apprécie.
Fabuleux, c'est aussi cette narration aux doux aspects de conte. On est subjugués comme Bul lorsque le vieux raconte l'histoire de Jésameth. Et puis encore par le même grand-père lorsqu'il fait sa mise en scène pour délivrer Alim.

Et si ce n'était que ça. Car le graphisme est excellemment bien dosé. Les décors semblent vivants et les couleurs sont chatoyantes et douces. Virginie Augustin a fait ses armes dans l'animation (Disney) et cela se ressent !

Bref : le rendu est superbe, autant pour le dessin et les couleurs, de toute beauté, que dans le contenu, riche et agréable.

Chronique du 16/01/08

Ce premier tome d'Alim le Tanneur nous fait tout de suite entrer dans une ambiance qui nous parait familière, mais qui, à la réflexion, est difficile à situer. Le pays où se déroule l'histoire semble être au confluent de la Perse ancienne, de l'Inde des castes et de la conquête religieuse de mentalité chrétienne avec inquisition et tout et tout (j'hésite à y ajouter une petite influence mahométane ???).

Ce qui séduit vraiment dans ce premier tome, à mon avis, c'est le personnage de Bul, dont le graphisme est simple et innocent, à l'image du caractère de la petite fille. Bul qui reste le fil conducteur de toute la série (au moins jusqu'au tome 3 où nous sommes rendus à ce jour), bien que le titre incite plutôt à croire qu'on relate ici de l'histoire de son père (ce qui n'est pas faux non plus... enfin on reviendra là-dessus pour le tome 3).

Bref, l'impression prédominante et le charme dans ce premier tome -mon petit coup de foudre vous l'aurez compris- c'est cette petite fille simple dont la seule ambition est de profiter de la vie mais qui est bridée par le poids des croyances religieuses de cette société obtuse et celui de sa condition : celle de hors-caste. C'est cet ensemble qui va mener l'histoire là où elle est : la confrontation entre une religion extrémiste qui ne tolère pas qu'on fasse un pas de travers, et la vérité retrouvée dans les entrailles d'une "sirène" qui ne peut que représenter une menace pour l'existence de nos héros.


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Tome 1: \\"Le secret des eaux\\"

Année d'édition
2004

Tome 2: "Le vent de l'exil"

Chronique du 23/02/08

Alim, Bul et le grand-père, fuient l'empire Jesamethain, emportant au loin leur terrible secret.
Mais le redoutable Torq Djihid est à leurs trousses, et suit leur piste, de carnages en soumissions, répandant la parole du prophète.

Plus question de rigoler maintenant, la nuisance de la découverte d'Alim est trop grande pour qu'on le laisse en paix. Les saintes reliques découvertes pourraient remettre en cause le fondement même de la religion Jésamethaine, ce pourquoi les hors-castes sont pourchassés sans relâche, et des massacres perpétués dans le seul but de les retrouver.
Plus rien ne va plus dans l'Empire, et tout cela à cause de cette découverte cruciale. Le temps n'est plus au repos, mais bel et bien à la fuite. Les laisseront-ils tranquilles un jour ?

Des décors plus durs, des sourires plus rares, qu'il paraît loin le temps où la petite Bul jouait sur la plage ! Et pourtant, on retrouve nos personnages préférés, l'insouciance de la petite, la bouille sympathique du pépé, et un Alim tourmenté par le poids du secret.
Deuxième opus réussi pour le duo Virginie Augustin et Wilfrid Lupano... même si... il faut bien l'avouer, je lui trouve une petite pointe de magie en moins.

Chronique du 23/02/08

Ce deuxième tome est radicalement différent du premier. En fuite, Alim, Bul et Pépé se réfugient dans les montagnes du nord, dans un pays qui ressemble étrangement beaucoup énormément au Tibet. Dans cet épisode, c'est de l'action de l'action de l'action, un peu de découverte des coutumes de leur nouvel habitat.

Je parlais dans le premier tome de la conquête religieuse, on en ici un bel exemple.

Ce deuxième tome est indispensable pour la suite des événements, avec le changement de régime et de politique de Brahmalem, le retour de Soubyr etc. On découvre tout cela à un rythme soutenu. Le scénario n'en perd pas pour autant son objectif et reste complètement cohérent. Néanmoins, il ne possède pas le charme particulier du premier épisode.


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Tome 2: \\"Le vent de l\\'exil\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "La terre du prophète pâle"

Chronique du 23/02/08

L'étrange ballon qui transportait nos amis s'effondre après un long périple. Et voilà qu'Alim, Bul et Soubyr atterrissent malgré eux dans un territoire inconnu. Recueilli et rendu au rang d'esclave, Alim a perdu trace de sa fille depuis longtemps. Dix longues années sont passées... et pourtant, de grands changements s'annoncent dans ce pays lointain, et le passé du hors-caste est sur le point de ressurgir !

On est tout d'abord surpris par ce saut dans le temps. Dix ans, c'est long, et nul ne sait ce qu'est devenue la petite Bul, qui a dû bien grandir depuis. Puis il y a la libération d'Alim, l'extension de l'Empire Jésamethain, et ses profonds changements.

Pour ce tome, Virginie Augustin s'occupe de la couleur, même si elle est aidée par Cécile (Il n'y a pas son nom dans la BD). L'ambiance revient dans un climat chaud et des couleurs agréables, après la froideur du tome 2.
Vivement le tome 4 ... franchement, et Bul, évidemment !

Chronique du 23/02/08

Échoué et seul sur le "continent africain" (avec une touche d'Amérique Précolombienne), Alim se retrouve pendant 10 ans prisonnier d'une tribu puis d'un animiste.
Ce qu'il y a de fort dans ce tome 3, c'est, tout au long de l'histoire, le sentiment de l'absence de Bul. Je disais dans le tome 1 que c'était plus le personnage de Bul que celle d'Alim qui constituait la trame de l'histoire, et dans ce tome-ci, ça me parait plus flagrant encore, justement parce qu'elle en est absente : on ne sait pas ce qu'elle est devenue, ce à quoi elle ressemble à présent, ni même si elle est encore en vie et on se pose des questions tout au long du livre. Franchement Lupano a fait fort pour le coup !
Et en aucun cas on ne perd de vue le pays d'origine d'Alim puisque, comme toujours, les conquérants de Brahmalem viennent à nous, sous prétexte de répandre la parole de Jésameth, mettant Alim dans des positions délicates tandis qu'il cherche à ne pas être reconnu.


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Tome 3: \\"La terre du prophète pâle\\"

Année d'édition
2007

Tome 4 : "Là où brûlent les regards"

Chronique du 03/01/11

Alim, maintenant affranchi de son statut d'esclave, accompagne Um'Guz dans sa folle aventure. Celui-ci a promis à Khélob, le nouvel Empereur Jésamethain, de lui montrer l'île du prophète. Car cette île soit-disant regorge de ses statues à l'effigie de Jésameth aussi appelées "géants pâles".

Le quatrième et dernier tome de cette fabuleuse série nous emmène aux confins du nouvel Empire Jésamethain, au-delà de l'infect et dangereux marais Mojah.
Tous les protagonistes principaux sont ici réunis. Alim a pris part au voyage qui pourrait le mener jusqu'à Bul, qu'il recherche toujours après plus de dix ans. Khélob, qui a eu un mal fou à monter l'expédition, a décidé de donner une ultime mission à Torq Djihid et son armée : les mener à l'île du prophète.
Car l'existence même de cette île est une bénédiction pour l'Empereur Jésamethain, lui qui s'est à la fois mis à dos le clergé et l'armée. En la découvrant, il parviendrait alors à mettre tout le monde d'accord sur les bienfaits de ses conquêtes.

Je dois l'avouer, je n'ai jamais retrouvé la magie du premier tome dans la série. Mais cette conclusion apporte son lot de réponses, et conclut admirablement bien l'aventure.
J'ai été touché de voir le devenir de ce pauvre Soubyr, qui a visiblement gagné en maturité. Ému par la foi de Torq Dhihid, de voir cet infatigable barbare vaciller. Surpris par la folie sans cesse grandissante de Khélob. Mais aussi tellement heureux du dénouement.

Finalement, finalement... Khélob n'a-t-il pas raison, malgré tout ?
La foi fait avancer l'homme. En agissant comme il l'a fait, il apporte la paix et la prospérité à son Empire.
Mais quelle cruauté que le mensonge de ce garçon habitué à tuer toute hérésie d'un coup de couteau depuis son plus jeune âge...

Du coup, on en vient à se poser des questions sur le monde tel qu'on le vit. On se remémore l'histoire, les croisades, toutes ces guerres dites saintes. La foi a uni les hommes et a causé tellement de victimes. Ce monde pourrait être le vague souvenir du nôtre.

Je suis malgré tout très déçu de lire la fin d'Alim le tanneur et de savoir que je ne lirais plus ses aventures. Virginie Augustin nous aura fait découvrir de merveilleux paysages tout du long, elle nous aura fait rêver par la douceur de ses couleurs. Là encore, lorsque le crépuscule vient nous envelopper sur la plage, c'est un émerveillement de tous les instants.
Pourtant, j'ai trouvé ce dernier opus inégal dans la colorisation, plus abrupte par moments et notamment à la fin de l'album. La faute peut-être à une mise en couleur à deux mains ?
On a quand même hâte d'apprécier une nouvelle série dessinée de ses mains, et pourquoi pas scénarisée par un aussi talentueux auteur que Wilfrid Lupano ?




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Tome 4 : \\"Là où brûlent les regards\\"

Année d'édition
2009

Alpha Jens Harder (s)(d) l'An 2

Tome 1 : "Directions"

Chronique du 07/01/11

Alpha... directions, c'est le premier volet du récit le plus long de la bande-dessinée : l'histoire de la vie.
Son auteur, Jens Harder, passionné depuis toujours par l'évolution, depuis la création du monde à nos jours, a entrepris un véritable tour de force : illustrer près de 14 milliards d'années en seulement 350 pages. Fort de 2000 dessins, le récit nous propose en moyenne une image tous les 7 millions d'années.
Un pari original, tellement beau, et absolument réussi. Récompensé par le prix de l'Audace lors du festival d'Angoulême 2010.

Sur ce premier tome, vous découvrirez donc le passé de notre planète, du Big-Bang à l'apparition de l'homme.
Cela commence par la création de l'univers, puis de la voie lactée, la naissance du soleil, l'émergence de la terre...
Ce n'est que bien plus tard qu'apparait la vie sous la forme des premières molécules. Celles-ci deviennent de plus en plus complexes pour résister au climat. Elles évoluent jusqu'à créer l'ADN, et forment les premières formes de vie sur terre : les bactéries.

C'est une évolution constante qui se déroule sous nos yeux ébahis. Viennent les premières formes de plantes, et avec elle l'oxygène qui se développe considérablement, aidé par la photosynthèse. Le règne animal prends peu à peu le pas, avec une propension au gigantisme qui se fait de plus en plus pressant.
L'apparition et la disparition des espèces se fait au rythme des ères, souvent interrompues par des phénomènes climatiques meurtriers : glaciations extrêmes ou impacts de météorites ayant des répercutions fortes sur l'écosystème (tsunamis, éruptions volcaniques...).

C'est la théorie du chaos qui me vient bien vite en tête, et cette scène mythique de Jurassic Park : la vie trouve toujours son chemin !
Alpha relate à merveille ce côté magique de la vie : des dents qui poussent pour chasser et se nourrir, des carapaces qui naissent pour se protéger, des branchies qui deviennent poumons, des bras qui deviennent des ailes...

Une histoire riche et complexe, surtout au départ, lorsqu'il est question de l'assemblage des molécules. Mais l'auteur nous explique méthodiquement et simplement, ce qui permet la compréhension même pour ceux qui comme moi sont nuls en chimie.

Côté graphique, Jens Harder alterne les pleines pages, doubles-pages et les enchevêtrements de cases illustrées. Il prends surtout le temps de décrire l'évolution du monde. Dans la première série de double-pages, le Big-bang nous arrive en pleine figure. Pourtant : " Au début y'avait rien ! ", un minuscule point qui ne cessait de grossir pour vite devenir envahissant.

On retrouve par moments des cases qui sortent un peu du contexte. Quelques clins d'œils : notamment à Tintin, Gon, Donald Duck ou Jurassic Park. Mais surtout des images de la vie quotidienne pour accompagner le récit. Des cases exprimant le problème écologique que nous vivons, et qui mettent en opposition directe les dangers des actions des hommes sur ce que la nature à mis des milliers d'années à créer.
À côté de cet aspect dénonciateur, on retrouve aussi parfois confrontés ce que la science a prouvé et les images religieuses associées. Comme par exemple l'arche de Noé, illustrant parfaitement la disparition des dinosaures et les quelques 70% des espèces existantes à la fin du crétacé.

Alpha... directions, c'est surtout le premier livre d'une ambitieuse trilogie. Car Jens Harder ne compte pas s'arrêter là dans son projet.
Le tome 2 abordera l'homme, de son arrivée à nos jours. Et le tome 3 évoquera le futur... j'ai hâte de découvrir ça !
Quel devenir des continents avec la tectonique des plaques ? L'Europe sera-t-elle écrasée par l'Afrique ? L'homme survivrait-il à une nouvelle glaciation ou à la chute d'une météorite ?

En tout cas, je conseille vivement cet album à tous ceux qui cherchent à connaitre, comprendre ou simplement résumer la création du macrocosme.
Une lecture qui peut en revanche prendre du temps. Mais vous n'êtes pas obligé de tout lire d'un coup :)

Chronique du 13/03/11

Du Big Bang à l'apparition de l'homme, Alpha détaille la création de l'univers, de la Terre et de la vie. Véritable encyclopédie qui résume 14 milliards d'années, cette BD tiendrait presque plus du documentaire scientifique. Dans un invraisemblable agencement des cases, elle entremêle informations scientifiques et reproduction d'icônes religieuses, mythologiques et artistique. Elle laisse ainsi aux croyances les plus diverses la possibilité de se rattacher aux évolutions terrestres, là où la science a l'habitude de les exclure. Les clins d'œil à notre monde contemporain (Donald, Tintin, Gon, Godzilla, Jurassic Park...) rapproche au concret de notre quotidien des notions qui paraissent si lointaines et si abstraites.

Dans le même temps, l'auteur adopte un rythme qui permet au lecteur d'appréhender la lenteur de ces évolutions et la multiplicité des "directions" qu'elle auraient pu prendre. Le moins qu'on puisse dire c'est que la lecture d'Alpha est effectivement très longue, en prenant le temps de détailler chaque ère et toutes les étapes de progression. Le vocabulaire spécialisé parfois difficile est compensé par une somme impressionnante d'illustrations, dont le trait et les couleurs (noir, blanc, et une seule couleur qui change à chaque cahier de pages) sont faciles à appréhender.

Régulièrement, une page chronologique redonne une échelle temporelle réaliste. De quoi s'étonner de quelques disparités. Un exemple : en 3 minutes, l'univers aura traversé pas moins de 5 ères différentes. Ailleurs, 2 000 millions d'années sépareront l'apparition des premiers organismes de leur développement en être pluricellulaires.

Un livre audacieux à mettre entre les mains de tous les curieux.

Roaarrr Challenge
- Prix de l'Audace - Angoulême 2010


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Tome 1 : \\"Directions\\"

Année d'édition
2009

Américain en balade (Un) Craig Thompson (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 20/01/13

Craig Thompson, ça vous dit quelque chose ?
C'est l'auteur des célèbres Blankets et Habibi bien entendu ! Deux albums de renom. Le premier, paru en 2004 (2003 en VO), évoquait ses relations amoureuses avec Raina. Le second, édité en 2011, nous envoyait dans le grand Orient, bercé des contes des Mille et Unes Nuits.
Entre les deux ? Un seul livre, en fait un carnet de voyage de l'auteur, alors en tournée promotionnelle de Blankets en Europe. Un récit très intimiste où Craig Thompson se dévoile au jour le jour.

Tout commence avec son arrivée à Paris puis à Lyon. L'auteur nous servira en quelque sorte de guide sur ses trépidantes pérégrinations qui le mèneront dans pas mal d'autres villes françaises, mais aussi à Barcelone, Genève ou encore au Maroc. Un programme haletant qui nous invitera à partager sa vie quotidiennement durant près de deux mois.

Les différentes étapes en France n'ont pas éveillé chez moi un grand engouement. En revanche, j'ai trouvé le voyage au Maroc vraiment incroyable. Craig Thompson nous dresse au travers de ses excursions un tableau du pays à la fois beau et effrayant, où les plus impressionnantes merveilles côtoient une profonde misère.
Un séjour assez long (et qui occupe donc une bonne partie du livre) qui l'emmène de Casablanca à Fez, en passant par le désert. Il y fera quelques rencontres avec d'autres touristes et avec des autochtones. Il se heurtera aux différences entre deux cultures, et notamment religieuses.

« Je ne crois pas en la religion. Musulmans, Chrétiens et Juifs adorent tous le même Dieu. »

D'éducation fondamentaliste rigoureuse et finalement sans religion, Craig Thompson nous fait rire à le crier sur les toits lors de sa visite... un peu téméraire quand même le bougre.

Personnellement, j'ai retrouvé dans ce Maroc-là les prémisses d'Habibi. Les déchets qui s'amoncellent dans les venelles et même jusqu'à la porte du désert. Ces histoires de barrage qu'on lui raconte à Lyon. Ces croquis de palais, sur les vêtements, les habitudes, les commerces, la vie marocaine tout simplement.
Évidemment il tombe malade comme la plupart des touristes. Je vous laisse imaginer le dessin de la journée (illustré de façon très humoristique). Un dessin qui me fait irrémédiablement penser à cette image dans Habibi où Dodola est malade, une image à jamais marquée dans ma mémoire... (pensait-il à sa tourista au moment de la dessiner ?).

Pour compléter le tableau, Craig Thompson a vraiment ce coup de crayon qui fait du bien aux yeux. Sa plume et la forme de ses traits traduisent à merveille les arabesques orientales.
On est bien à ses côtés là bas... alors que lui se sent plutôt seul. On ressent vraiment cette profonde mélancolie qui l'accompagne tout au long de son carnet, et la solitude du voyage ne l'arrange pas. Il est évidemment question de sa rupture avec Raina, des liens qu'ils continuent mutuellement d'entretenir et de tout un tas d'autres problèmes conflictuels. C'est compliqué l'Amour... et moi ça m'a donné envie de lire Blankets !
Une tristesse qui détonne avec les superbes illustrations de ce carnet.
D'ailleurs, il dessine superbement les scènes sous la pluie (euh... pas au Maroc rassurez-vous). C'est terne la pluie, c'est pas très visuel non plus. Mais chez lui elle fait vraiment corps avec l'image. Ça me laisse vraiment rêveur.

Rêveur, c'est aussi un peu le cas de son escapade barcelonaise. Il a aussitôt été subjugué par la Sagrada Familia et les créations de Gaudi. Je me suis retrouvé dans ses dessins, ayant fait les mêmes (en moins réussi et sûrement en bien plus de temps que lui). Je partage son avis : ce mec était un génie !


« " Où qu'on soit, il faut s'adapter ", dit-on...
Je pensais qu'avec le Maroc, je partirais pour une aventure exotique, mais il s'avère que je suis juste un type simple, tranquille. Pendant un moment, je suis resté fasciné par un tout petit pinson buvant à une fontaine.
»

Au final Un Américain en balade (paru en 2004 aux États-Unis) est un carnet de voyage (c'est d'ailleurs le titre américain) assez construit. Il y a une réelle continuité, donnée par le rythme des illustrations quotidiennes mais aussi par ces textes qui accompagnent chaque page.
On y découvre un Craig Thompson très campagnard. Le voir évoluer dans un pays étranger avec des coutumes différentes et des plats inhabituels pour lui crée déjà un premier décalage. Ses préférences à contempler la faune et la flore plutôt que les monuments merveilleux crée le second. Et il y a aussi ce malaise chez lui dès qu'il est en ville, avec parfois ce pseudo-sentiment d'agoraphobie.
Un carnet que j'ai trouvé partiellement intéressant selon les lieux visités et qui m'a réellement transporté au Maroc. L'intimité de Craig Thompson étant suffisamment prégnante pour lier le tout et en faire une lecture agréable.

Chronique du 20/01/13

Après avoir lu Blankets et Habibi, difficile de rester de marbre face une telle proposition : une lecture K.BD sur Craig Thompson (non je n'ai pas encore lu Adieu Chunky Rice, mais ce n'est qu'une question de temps) !!!
Bien entendu sur un carnet de voyage, je ne m'attendais pas vraiment à retrouver les ingrédients si séduisants des deux ouvrages précédemment cités, mais j'étais curieuse de découvrir un autre aspect de Craig Thompson.

Hé bien le résultat est plus que satisfaisant !

Non ce n'est pas une histoire, on ne se retrouve donc pas embarqué de la même façon que pour ses autres albums, mais j'ai été surprise d'y retrouver :
- la mélancolie de Blankets,
- le manque de confiance en soi de l'auteur que l'on retrouve également dans Blankets, et même un certain mal-être,
- les décors et l'ambiance de Habibi dans la partie marocaine,
- les dessins au pinceau, les courbes gracieuses et les décors fouillés typiques du style de l'auteur.
Au final c'est bel et bien un bouquin de Craig Thompson que j'ai trouvé là et j'ai pris un immense plaisir à en parcourir les pages. De façon très flagrante, ce voyage qui l'a mené jusqu'aux confins du Maroc a largement contribué au travail qu'il a fourni sur Habibi, et ce dès 2004.

J'ai aimé sa franchise aussi. Bien sûr c'est un carnet de voyage, quelque chose d'assez intime, c'est plutôt fait pour s'y exprimer sans contrainte. Mais ce malaise qui l'imbibe à chaque pas et à chaque rencontre faite au Maroc est un sentiment peu répandu en général, et il donne une image moins idyllique des pays arabes. D'ailleurs le rendu sur Habibi en devient d'autant plus étonnant puisqu'il y transmet précisément une ambiance romanesque qu'il n'a pas apprécié personnellement.
Pourtant, cette même honnêteté est aussi en lien avec ce qui m'a perturbée. D'abord à une échelle très raisonnable (au début ça m'a plutôt fait rire) : Craig Thompson est en chasse ! Il a du mal à se remettre de sa récente rupture avec Raina (qu'il nous présente dans Blankets), ce qu'on est parfaitement en droit de comprendre, mais du coup il cherche des filles. Des jolies, et surtout des célibataires. Au bout d'un moment c'est un poil lourd et ça entache pas mal son côté François-René de Chateaubriand.
Ensuite le final est trop abrupt. Bien sûr on apprécie qu'il avoue les raison de cette fin sans fin (en plein milieu de son périple au final), mais du coup on se retrouve avec 5 pages sans queue ni tête qui essaient d'inventer une conclusion à ce livre. Trop vite terminé : vraiment vraiment dommage !

Deux défauts relativement minimes à côté de tout le plaisir qu'on peut avoir à chaque fois qu'on ouvre un livre de Craig Thompson, le délice qui nous saisit à chacune de ses illustrations et le plaisir de que l'on a à suivre le rythme et la poésie de ses récits.



D'autres avis : Mitchul, OliV'


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Année d'édition
2005

Amour de marmelade (Un) Olivier Supiot (s)(d) GLÉNAT

Chronique du 10/12/11

Lutétia est une ville à deux visages. Il y a d'un côté la cité nouvelle, le symbole du pouvoir et de l'avenir, le fleuron d'une architecture contemporaine où le métal côtoie la pierre. Et de l'autre la vieille ville, le Paris d'un passé lointain, avec ses fantomatiques bas-fonds ravagés par la guerre et submergés par un brouillard incessant, là où vivent les laissés pour compte.
Deux visages, c'est aussi le cas de celui que les journaux appellent Marmelade : un être vert et informe, une créature qu'on dit démoniaque, un assassin recherché pour de nombreux crimes. Lui, clame son innocence et dit s'appeler Louys Cazaviel, chercheur disparu depuis près de six ans et victime de son invention : le Mélakron, une substance aux étonnants pouvoirs régénérants, imputrescible, inoxydable et ininflammable.

Comme souvent lorsqu'on se rend en librairie, il y a les livres qu'on vient chercher parce qu'ils sont dans nos petites listes, parce qu'on avait repéré leur sortie. Et il y a les livres qui nous attirent par leur bel aspect, par leur consistance, leur titre ou leur couverture.
Un amour de Marmelade fait parti de ces derniers. Un beau livre sur tous ces aspects, mais aussi le fruit du travail d'un auteur que les bédéphiles n'auront sans doute pas oublié. Car Olivier Supiot a déjà été récompensé en 2003 par l'Alph-Art du dessin lors du très reconnu festival d'Angoulême, pour son album Le dérisoire, sur un scénario d'Éric Omond. Vous comprendrez donc aisément que la recette fonctionne toujours à merveille, et que l'ambiance dépeinte par Olivier Supiot, cette fois-ci auteur à part entière, sur Un amour de Marmelade est tout simplement sublimée par une couleur directe digne d'un peintre impressionniste.

Le scénario, lui, n'a franchement pas la profondeur de celui du Dérisoire. L'histoire est plutôt correcte mais elle manque un peu de fond. On aurait par exemple aimé en apprendre plus sur Blanche Noyant, l'acolyte de Marmelade. Peut-être aussi aurait-on apprécié aller moins vite, prendre plus de temps pour la contemplation de l'œuvre, pour en apprécier les moindres illustrations et pourquoi pas sur plusieurs tomes, en détaillant des souvenirs ou d'autres péripéties, ce qui aurait eu tendance à vraiment nous assommer sur la conclusion du récit je pense. L'album fait pourtant 120 pages mais on a cette malencontreuse impression que tout va trop vite. Et c'est bien dommage.

C'est dommage car je pense qu'il y avait largement la place pour développer, pour affiner les caractères des personnages et la situation du récit dans ce Paris steampunk ravagé par la guerre.
D'autant plus qu'Olivier Supiot met en scène des protagonistes qui n'ont rien à envier aux super-héros des comics américains. Ils ont chacun leur pouvoirs, à l'image de Marmelade et de son Mélakron qui le rend quasi-indestructible et qui lui permet d'allonger ses membres à la manière de l'homme élastique. Les pouvoirs de Blanche pourraient d'ailleurs être assimilés à ceux de la femme de l'homme élastique, la femme invisible, dans les quatre fantastiques, puisqu'elle peut traverser la matière. Mais on comparera plutôt ses capacités à Shadowcat dans l'univers des X-Men.
Moi qui ne suis pas un grand fan des super-héros en slip et collants, Olivier Supiot parvient à nous captiver avec un personnage comme Marmelade, qui a le même type d'aptitudes mais qui, en plus, a tout simplement la classe d'un gentleman.

Bref, c'est un bon album, il y a dedans de très bonnes choses et c'est superbement dessiné. Je suis juste un peu frustré du manque de profondeur du récit. Car je me serais volontiers plié à une lecture assidue durant de nombreuses années à vivre les trépidantes aventures de Marmelade, le gentleman "assassin" !




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Année d'édition
2011

Ancien Temps (L') Joann Sfar (s)(d), Brigitte Findakly (c) GALLIMARD

Tome 1 : "Le roi n'embrasse pas"

Chronique du 14/03/10

Cassian est un jeune sourcier. Plutôt simple et gaillard, il n'est pas vraiment fait pour ça, et n'a d'yeux que pour la belle Nadège, la meilleure élève du vieux loup. Lorsque celle-ci décide de s'en aller pour Nissa, lui ne pense qu'à la suivre, quitte à affronter le courroux du dieu unique qui ne veux pas qu'on récupère les clefs qui mettront fin à son règne...

Beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à dire sur cet album...
Commençons par le scénario et le fil conducteur qu'il développe. Joann Sfar a voulu créer son univers fantastique à lui, et a donc chercher à se démarquer un peu des autres. S'il reprend allègrement le bestiaire classique, il en détourne l'usage. C'est ainsi qu'une licorne se retrouve avec huit pattes, que les animaux parlent, ou que les sourciers se transforment.
Tout cela basé sur une "inspiration Niçoise" convenue : la ville de "Nissa" comme destination entendue et la reprise de la version grivoise de la chanson "Calant de Vilafraca".

Mais il développe aussi quelques idées fortes et qui ont leur importance dans le récit :
Il y a tout d'abord le dieu unique avec son œil de cyclope, qui a asservi les autres dieux et les a enfermé dans une prison dorée, et qui infantilise ses proies.
Ensuite, l'eau "coule vers le haut". De ce fait, elle est pure lorsqu'elle est de mer et près de la cité papale, et s'empoisonne lorsqu'elle remonte vers sa source. Il n'y a d'ailleurs guère que les sourciers accomplis qui puissent la boire sans craindre son poison.

Mais si ce ne sont ces quelques idées novatrices, l'album m'a profondément déçu.
Et l'une des raisons de cette déception, c'est son discours moralisateur :
L'album pose tout d'abord des questions existentielles sur l'être humain, ce qu'il est et ce qu'il cherche. Il idéalise aussi l'homme pour toutes les femmes... un point de vue quelque peu machiste je trouve.
Il y a aussi la figure du serpent qui sans cesse tente de faire réfléchir Cassian sur telle ou telle chose, voulant le tenter (rapprochement aisé avec le serpent d'Adam et Ève) ou le faire culpabiliser. Chaque acte a ses conséquences, et il faut réfléchir avant d'agir... le choix du héros niais et le discours moralisateur du serpent est presque énervant à force.
Pour finir, la femme aurait dû abandonner ses cornes (ici symbolisées par la Licorne) lors de son mariage. Aimer par amour ou par nécessité ? Les choix de la femme d'un roi...
Je n'irais pas jusqu'à dire que pour Joann Sfar, tromper c'est mourir... mais presque, quand même !

Autre chose, ceci est une bande-dessinée certes, mais à ne pas placer entre toutes les mains. Joann Sfar assume pleinement le caractère adulte de ce livre, avec un langage grossier et de nombreuses allusions salaces, tant par le texte que par les dessins.

Si le caractère moralisateur m'a dérangé, la longueur du récit m'a ennuyé.
140 pages, c'est long ! Je n'ai pas réussi à lire la BD en une seule fois, et je n'aime pas ça du tout.
Mais ce n'est pas tant le nombre de pages qui rend cette lecture ennuyeuse, c'est toutes ces idées jetées qui ralentissent le scénario. On a l'impression qu'on ne sait pas où l'auteur veut aller, qu'il écrit à l'inspiration. Le récit est de ce fait saccadé et en pâtit.
Et il y aura plusieurs tomes en plus...

Quant au dessin, c'est du Sfar, on aime ou on aime pas !

Chronique du 14/03/10

Pour ma part j'ai lu la BD en deux temps. J'en ai découvert le début à Angoulême et ce début m'a beaucoup plu : un cadre original (l'eau qui remonte à sa source, qui est empoisonnée, la magie de la source), des clins d'œil historiques critiques (le dieu unique et sa volonté d'annihiler les autres religions, la papauté et son emprise sur la politique) et des clins d'œil artistiques (la dame à la licorne et une histoire qui n'est pas sans rappeler la traditionnelle dame sans mercie de la littérature anglaise), et des personnages sympatoches (un amoureux transi genre paladin perdu dans un monde pas fait pour lui, une magicienne égocentrique qui se sert des autres puis qui les jette, un narrateur pourri jusqu'à la moelle), etc.

Ce n'est que quand j'ai pu lire la suite une fois la BD achetée que j'ai un peu déchanté. L'histoire traine en longueur, il n'y a pas de rythme, et même lorsqu'il y a de l'action (un peu), on s'ennuie. C'est Jérôme qui a mit le doigt sur ce qui ne va pas : l'histoire n'est pas construite. Ça fait très mal à l'album qui aurait pu être de grande qualité.


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Tome 1 : \\"Le roi n\\'embrasse pas\\"

Année d'édition
2009

Animal'Z Enki Bilal (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 04/04/10

« Le Coup de Sang », c'est ainsi qu'à été nommé le grand bouleversement, le cataclysme, l'apocalypse... ce genre d'événement qui ne laisse derrière lui qu'une poignée de survivants. Ceux qui ont survécu recherchent aujourd'hui ce havre de paix, ce lieu insolite, mystérieux, et secret... cet eldorado légendaire. Quête futile ? Existe-t-il seulement, ce rêve lointain ?

Les albums d'Enki Bilal sont toujours très attendus par les fans comme moi. Critiquer un album de son auteur favori n'est pas évident, comment être objectif ?
Je vais quand même m'y essayer.

Tout d'abord, lorsqu'on aborde une lecture de Bilal, on s'attend à un enchevêtrement politique complexe. Eh bien sachez-le, ce n'est pas le cas ici. Certes les hommes ont des destins croisés, ils ont tous leur passé, leurs défauts, leurs pulsions. Mais il n'y a pas de politique.
On retrouve en revanche ce thème de la guerre et du chaos (ou de la décadence) présent dans la plupart des œuvres de Bilal.

Car Animal'Z est avant tout une œuvre de science-fiction. Et comme toujours lorsque le maître aborde ce genre de défi scénaristique, il nous fait découvrir des choses jusque là inexplorées. C'est ainsi que naissent des concepts tels que l'eau en poudre, à laquelle on doit ajouter de l'eau pour en faire de l'eau, ou encore les hommes-dauphins.
Nous sommes dans un monde futuriste, est-ce la vision de Bilal du monde de demain ?
En tout cas, il nous fait nous poser des questions, à l'heure ou le monde prend conscience des dérèglements climatiques.

Je parlais des hommes-dauphins, il s'agit bien entendu d'expériences génétiques. Tiens, là encore, c'est un thème récurrent chez l'auteur. Dans cet album, le rapport entre l'homme et l'animal est par ailleurs constant.

Mais venons en un peu aux personnages de l'histoire.
Tout tourne autour de ces Animal'Z, et des destins croisés des protagonistes. Ils s'étaient tous plus ou moins perdus de vue après le Coup de Sang, mais voilà qu'un détroit les réunit, car c'est le seul passage vers la « terre promise ».
Les personnages sont presque tous des robots, ils n'ont pas une grande profondeur affective ou spirituelle. Ils sont des produits du passé, et n'ont plus grand chose de réel. Ils semblent synthétiques. Et c'est probablement vraiment le cas, car tous ou presque sont le fruit d'expériences plus ou moins ratées. Quel était le rapport « humains / créatures humanoïdes » dans le passé ? N'y a-t-il justement que les plus transformés qui aient survécus ? La science d'aujourd'hui ne cesse de choquer en proposant des expériences, des clonages... n'est-ce pas là l'un des points de départ de cette bande-dessinée, l'une des accusations portées à la folie des hommes ?
D'ailleurs, en parlant de clonage, je ne me suis rendu compte qu'à la fin que ce n'était pas la peau du zèbre qui était changeante, mais que deux zèbres portaient des personnages différents. Deux hommes qui ne vivent qu'au travers de proverbes. Ils ne sont que citations, ils n'existent que par leur biais. Je trouve ce(s) personnage(s) très périlleux d'un point de vue textuel. Car il n'était pas évident de le(s) faire « parler » sans perdre le lecteur, ou sans en faire trop. Et c'est pourtant réussi.

Au final, mon bémol réside plutôt dans ce que je préfère chez Enki Bilal, à savoir le dessin.
Le style épuré de sa dernière série du Monstre a disparu pour laisser place à un graphisme gris et morne. Certes il reflète bien le lendemain de chaos, ce monde onirique cruel et dangereux, ce récit dans un autre temps, mais tout ce gris peut provoquer une lourdeur incommensurable, envahissante, pesante.
Mais ce qui m'a vraiment gêné au cours de ma lecture, ce sont ces traits de séparation au milieu d'une page lorsque le récit bascule d'une scène à une autre. Ça, c'est très moche... et franchement pas artistique.

Moralité : Animal'Z est un livre très différent de ce que Bilal à proposé jusque là, une bande-dessinée à posséder absolument. Je vous l'avais dit que je ne serais pas objectif :)




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Année d'édition
2009

Anne Frank au pays du manga Alain Lewkowicz (s), Vincent Bourgeau (d) ARTE

Un voyage en BD documentaire interactive

Chronique du 02/12/12

Préambule : Anne Frank au pays du manga est une bande dessinée numérique. Pour la première fois sur BenDis, il ne s'agit donc pas d'un album de notre bibliothèque personnelle. Un petit écart pour un gros coup de cœur.

L'équipe : Alain Lewkowicz (réalisateur), Vincent Bourgeau (dessinateur), Marc Sainsauve (chef opérateur / photographe), Herminien Ogawa (fixeur / traducteur)
Pour visualiser la BD, c'est ici : http://annefrank.arte.tv/fr/


Anne Frank et son journal intime ont fait le tour du monde en tant que témoignage poignant de la Shoah. Au Japon, Le Journal d'Anne Frank vient d'être adapté en manga. Il n'en faut pas plus à Alain Lewkowicz pour monter une équipe, composée de Vincent Bourgeau (dessinateur) et de Marc Sainsauve (chef opérateur et photographe). Ensemble, ils s'envolent pour le pays du soleil levant, où les attend Hermilien Ogawa, un jeune homme franco-japonais, qui leur servira de guide et de traducteur.
Leur but ? Parvenir enfin à comprendre les japonais... et on peut dire que c'est pas gagné !

En préambule, il faut savoir que beaucoup de japonais ont lu Le Journal d'Anne Frank. Pourtant, après visionnage de ce documentaire, j'ai vraiment peine à le croire... où alors l'ont-ils lu sans en comprendre le contexte ?

En France on a un peu tendance à idéaliser le Japon c'est vrai. Sans pour autant se rendre compte du décalage flagrant entre nos deux cultures. Pour ne faire le parallèle que sur la bande dessinée nous achetons nos livres en prêtant une attention particulière à l'objet. Les japonais achètent des périodiques comme le Jump (3 millions d'exemplaires pour 2 €, et ce n'est pas le seul périodique puisqu'il en existe pour tous les goûts, toutes les tranches d'âge et tous les milieux socio-professionnels) chaque semaine ! Ils avalent du manga, le manga fait partie de leur éducation !
Hermilien le souligne : il y a des mangas sur tout et c'est vrai, nous osons beaucoup moins dans les sujets que nous abordons en occident. C'est ainsi qu'on retrouve chez les libraires des titres chocs comme Mein Kampf et il va sans dire qu'il serait impensable de publier un tel livre chez nous. Les japonais sont curieux de tout et n'ont pas peur des tabous... du moins, c'est ce qui est dit en substance. Dans les faits, la vérité est toute autre...

Certains tabous sont peut-être plus difficiles à se remémorer... par exemple, n'espérez pas trouver de manga sur l'holocauste (eh non, Le Journal d'Anne Frank en manga c'est juste un récit « kawai » finalement) ni sur le massacre de Nankin... en fait, oubliez tout ce que les japonais pourraient être amenés à se reprocher : des crimes de guerre ? Nooooon ! Les japonais sont tous des héros ayant œuvré pour le bien de leur patrie (sisi, ils ont même un mémorial en leur nom) !
La seconde guerre mondiale, pour eux, c'est les bombes atomiques, point. Victimes mais pas coupables...

Si je ne partage pas toujours le point de vue du journaliste français, que je trouve souvent limite dans ses interventions et agaçant dans sa façon de penser (il est persuadé d'avoir toujours raison et a bien du mal à comprendre les japonais), j'ai été en revanche très enthousiasmé par le reportage ainsi réalisé en terres nippones. Il permet de faire le pont entre deux sociétés qui ont évolué très différemment. Hermilien joue par ailleurs un rôle central car, du fait de sa double nationalité, il parvient à recadrer les journalistes et à exprimer le ressenti japonais, tout en comprenant les questionnements occidentaux. J'ai beaucoup aimé cette confrontation de points de vue divergeants, tous les avis ayant pu s'exprimer librement.


Effarant, déboussolant, enthousiasmant, culturellement intéressant et j'ajouterai même ludique et innovant, ce documentaire numérique est une vraie réussite.
La bande dessinée numérique, j'ai l'ai toujours perçue comme une ennemie des livres en général. C'est peut-être une étroitesse d'esprit que de penser ça mais c'est un fait. En même temps, j'attendais peut-être de tomber sur une lecture qui puisse me prouver que ce support avait quelque chose à apporter au 9ème Art, parce que jusqu'à présent la BD numérique se contentait simplement de reproduire à l'écran ce qui pouvait être imprimé dans un album : bof !
Avec Anne Frank au pays du manga, j'ai l'impression que la BD numérique marque un point.
L'ergonomie est rapide à prendre en main, la navigation est fluide et la lecture l'est tout autant, on repère facilement les interactions. Les pages sont animées : les cases, les textes, le son d'ambiance... il y a une alchimie certaine qui nous interpelle. Le support est croisé de photographies, d'interviews vidéos, ce qui donne un ensemble cohérent, absolument complet et très enrichissant.

Le dessin revêt des allures de presse mais il fait aussi l'effort d'intégrer des techniques typiquement japonaises : tramage (bien qu'uniforme), découpages un peu audacieux. Il assimile aussi des « écrans » vidéos nous permettant de cerner un peu plus la culture (ce qui me fait regretter Culture Pub par ailleurs) et les décors nippons.
En bref, une excellente découverte, que je recommande chaudement... et en plus c'est gratuit, alors pourquoi se priver ?



P.S. : Monsieur Lewkowicz, si les japonais m'ont de nombreuses fois fait bondir au plafond (notamment au sujet de leur pitoyable niveau scolaire en histoire, mais ne faisons pas de généralités), vous m'avez passablement énervé... je cite :
« Pourquoi vous avez acheté des mangas et pas des livres ? » (chapitre 4 – p5 – Diaporama « FRÄNK »)
Entendez-vous par là que le manga, et la bande dessinée en général, est de la sous culture ? Ce genre de propos me fait pousser des boutons...
À moins que ce soit le manga que vous considérez comme tel... pensez-vous que les comics américains ou la bande dessinée franco-belge soit « supérieurs » ? Cette phrase malheureuse est idiote !

Chronique du 05/02/14

Plus qu'une BD numérique, Anne Frank au pays du Manga est surtout une BD interactive, et c'est ce qui fait tout son intérêt, particulièrement en tant que BD numérique justement. Je n'ai pas lu la version éditée ensuite sur papier, et bien que j'ai de sérieux doutes quant à sa pertinence, je ne peux pas vraiment me prononcer sur sa qualité. Mais le grand avantage de la version initiale, c'est sans aucun doute la possibilité d'ajouter sans contrainte des vidéos, des enregistrements audio, des diapos, des animations au sein même des cases...

Bref, c'est un format on ne peut plus adapté pour cette lecture qui nous plonge de surcroît dans l'ambiance japonaise grâce à ses bandes son. Et pour mener le principe jusqu'au bout, puisqu'on parle de manga, autant en adopter autant que possible les techniques : le découpage et le tramage, même si on est loin d'égaler les grands maîtres du genre.

Le format oui bon, d'accord, mais qu'en est-il du contenu ? Il me semble (mais ça ne tient sans doute qu'à moi vu les débats enflammés que j'entretiens avec mon collègue sur le sujet) que le principal tient quand même dans le propos. Eh bien j'oserais mettre ici un bémol, puisque la qualité de ce titre est intrinsèquement lié à la possibilité d'ajouter tout un tas de « gadgets ».
Mais quand même.

Enquêtant sur le constat ahurissant que les Japonais peuvent tout mettre dans un manga, preuve en est celui qui est tiré du Journal d'Anne Frank, nos auteurs nous font découvrir la vision japonaise de la Seconde Guerre Mondiale : une vision parfaitement ignare. De là à dévier sur la dénonciation des partis d'extrême droite impérialistes (mais n'en avons nous pas également en France ?), il n'y a qu'un pas que les auteurs n'hésite pas à franchir. Et c'est finalement là que le propos me déçoit : faisant fi de toutes considérations culturelles, Anne Frank au Pays du Manga pointe des aberrations qui n'en sont finalement qu'aux yeux de ceux qui délaissent le patrimoine historique japonais. La vision très européenne du discours rend du coup certaines réflexions et certains passages assommants voire pénibles.
Mais globalement, on découvre énormément de choses, et là encore, le côté interactif de l'ensemble tient toute son importance. Permettant de dépasser les limites de la BD classique, ce titre nous arrose copieusement d'interviews et de témoignages. Il n'hésite pas à distiller quelques traits d'humour au détour d'une case animée. Pourtant je m'interroge : est-ce que ce format laisse vraiment au lecteur le temps de la réflexion que mérite toute œuvre documentaire ?


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Un voyage en BD documentaire interactive

Année d'édition
2012

Anuki Frédéric Maupomé (s), Stéphane Sénégas (d) La Gouttière

Tome 1 : " La guerre des poules "

Chronique du 28/03/12

C'est sur le blog de Mo' que j'ai découvert Anuki. Son avis m'avait alors intrigué. Intrigué parce que la bande dessinée est muette tout d'abord, et qu'elle laisse libre cours à l'imaginaire, mais aussi parce que l'interprétation de l'histoire par son lutin n'avait pas la même saveur que la perception d'un adulte.
Le temps à passé, j'ai fini par tomber sur l'album en librairie, lors d'un festival BD. Je me suis souvenu de la chronique de Mo', des commentaires qui ont suivi, de la bonne impression que tout ça m'avait laissé, et je me suis laissé happé par la tentation. Voilà donc venu mon tour de vous dire ce que j'en pense.

Il est peu évident d'exprimer un récit, des sentiments, de narrer des situations, sans utiliser le moindre mot. Un exercice d'autant plus périlleux qu'il s'adresse à des enfants, ce qui demande encore plus de précision dans les traits, dans le traitement graphique. Le dessin doit absolument rester simple et expressif.
Stéphane Sénégas y parvient parfaitement, posant ses images sur un fond blanc, se permettant même de s'évader des cases par moment. Une sobriété qui assoie d'autant plus la narration et aide vraiment à faire des pauses pour la compréhension des plus petits.

Le récit de Frédéric Maupomé est lui aussi très simple : un petit indien dans un mauvais jour, le genre de jour où rien ne va, où tout dérape. Pour le consoler, on lui offre une insigne en forme d'oiseau. Le garçon joue alors avec, mais évidemment, quand rien ne va... rien ne va ! Les péripéties s'enchaînent alors. Heureusement que le petit homme n'a pas peur des poules :)
Une histoire courte comme tous les albums jeunesse et qui n'oublie pas de véhiculer une morale, pleine de bon sens et de partage.

J'ai beaucoup aimé la valeur didactique du bouquin. J'ai trouvé très sympa qu'un album puisse s'adresser aux enfants et qu'il puisse être lu sans assistance, que l'enfant sache lire ou pas d'ailleurs. Ma fille n'est pas encore en âge, mais j'aimerais vraiment tenter l'expérience, plus tard :)




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Tome 1 : \\" La guerre des poules \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " La Révolte des castors "

Chronique du 22/08/12

Le duo d'auteurs Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas remettent ça avec le tome 2 d'Anuki.
La bande dessinée se passe toujours de texte mais reste toujours aussi intuitive et géniale pour un gamin, qui peut toujours se l'approprier sans aide extérieure. Un trésor d'inventivité que ne se lasseront pas les parents de mettre entre les mains de leurs enfants.

Pour autant, on peut quand même reprocher à Frédéric Maupomé de ne pas suffisamment renouveler sa recette. En effet, on retrouve exactement les mêmes acteurs, si ce n'est que les castors ont remplacé les poules et que le sujet de la course-poursuite n'est plus une insigne donnée en cadeau mais des mûres sur un buisson.
Des querelles d'enfants qui remettent tout de même une nouvelle fois en avant les joies du partage, non sans humour. Les castors ne se laissent pas faire et combinent d'ingéniosité pour rendre la pareille à Anuki, qui les a embêté pendant leurs travaux de construction : œil pour œil, dent pour dent (de castor).

Le dessin de Stéphane Sénégas, toujours aussi didactique, ne souffre d'aucun défaut de lecture. On passe aisément de case en case, ou d'image en image lorsqu'il n'y a pas de cases, à l'aide de pointillés gras indiquant le chemin pris par le petit indien. De même sur les points de vue d'ensemble, le regard d'Anuki est indiqué par le même procédé : tout est fait pour aider à la meilleur compréhension possible.

J'ai beaucoup aimé deux scènes en particulier, contrastant pas mal avec les autres illustrations de l'album, voire même avec le premier.
Il y a tout d'abord ce crayonné page 14, montrant les silhouettes des trois enfants jouant dans la forêt. Un dessin aéré qui marque comme une pause dans le scénario, comme un cliché qui restera des années plus tard le souvenir gravé de cette aventure dans leur mémoire.
Page 25 ensuite, j'ai vu dans ce plan « Anukiavélique » du petit indien comme un air de Shadoks. Il manque peut-être quelques notes de calculs et sûrement quelques bruitages, mais ça a quand même fait appel à ma nostalgie. Évidemment, comme tout bon plan qui se respecte, on était loin de penser qu'il allait fonctionner ^^

Une lecture que j'ai tenté de faire avec ma fille de 10 mois dans les bras. Pas évident... surtout qu'elle trouvait la couverture de l'album très à son goût. Pour avancer, y'a mieux :)

En bref, une recette qui fonctionne à merveille. Un nouveau récit plein de rebondissements et avec une vraie morale qui fait du bien et un humour un brin espiègle qu'on apprécie.


D'autres avis : Mo', Jérôme




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Tome 2 : " La Révolte des castors "

Année d'édition
2012

Arzach Moebius (s)(d) Humanoïdes Associés

Chronique du 17/11/13

Arzach fait partie de ces albums qu'on considère comme incontournables dans le monde de la bande dessinée.
Publié pour la première fois en 1975 dans le magazine Métal Hurlant, puis sous forme reliée en 1976 chez Les humanoïdes associés, Arzach marque tous les esprits, à des années lumière des courants traditionnels.


Première marche.

Inscrit en première partie de l'édition 2011, La déviation est un récit court de 7 planches publié dans Pilote en 1973. Jean Giraud quittera le magazine peu de temps après pour fonder avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet Les humanoïdes associés et Métal Hurlant.
Dans cette histoire, l'auteur se met en abîme en s'imaginant un départ en vacances dantesque, sur la route de l'île de Ré. Un voyage entre le rêve et la réalité.

La forme peut paraître aujourd'hui désuète. Le style graphique, noir et blanc, proche de la gravure, use d'une surabondance de traits et remplit les cases de détails. Le texte est verbeux, tout en majuscules, et condense les propos dans des bulles démesurées. Le tout contribue à une ambiance un peu lourde.

Pour autant, il s'agit d'un récit-clef dans la carrière de celui qui deviendra Moebius.
Jean Giraud (ou Gir) était déjà connu pour Blueberry, mais ne s'était à l'époque pas encore lancé dans la science-fiction. Cette histoire de quelques pages marque un changement : il est question d'identité graphique, le réalisme de Jean Giraud se mélangeant au fantastique du futur Moebius. L'auteur enfonce une première porte vers l'inconnu.


Une petite révolution.

« Quand Arzach fut publié, l'impact public a été étonnant. Ces pages firent l'effet d'une bombe, d'une petite révolution dans le monde de la bande dessinée. Le fait qu'il n'y ait pas le moindre texte dans ces pages a d'abord beaucoup surpris. En outre, l'histoire ne correspondait à aucun des schémas narratifs classiques, du moins dans le domaine de la bande dessinée, car dans la littérature contemporaine, ce genre de cheminement n'a rien d'exceptionnel. »
Moebius, 1991


Ce n'est pas évident de parler d'Arzach tant sa forme est particulière et sa narration non conventionnelle. Si elle reprend pour personnage central un homme chevauchant une espèce de Ptérodactyle, le récit est composé de plusieurs scènes sans véritable lien entre elles. Des séquences qui nous apparaissent comme des étapes à différents moments de la vie de ce protagoniste récurent.

On retrouve dans ces quelques pages une certaine opposition entre le passé (représenté par le dinosaure ailé) et le futur (technologie avancée).
Il est aussi beaucoup question de l'éros et du thanatos, deux thématiques omniprésentes.
La mort, tout d'abord, occupe une place importante : chute brutale, dernier combat, plantes carnivores, non-existence d'une foule sans âme mais belliqueuse... mort qui est également présente dans ce monde post-apocalyptique, déchu. L'univers dépeint est violent et dangereux, il ne laisse pas de place au faux-pas.
Le rapport au sexe est de même prédominant, avec de nombreux symboles phalliques et des appendices généreusement exhibés au fil des cases.

Harzack, Harzac, Arzach, Harzak, Arzak, Harzakc, Harzach, Arrzak...
8 noms différents pour une seule et même œuvre, comme si l'auteur peinait à trouver son identité alors même qu'il écrivait son histoire.
Une construction qui se passe de texte et qui se passe aussi d'explication, axant toute sa puissance évocatrice dans le ressenti et l'interprétation.

Pour asseoir cette force visuelle, l'auteur dit n'avoir pas ménagé sa peine, travaillant avec ardeur la moindre case comme s'il s'agissait d'une illustration.
On ressent cette passion et certaines cases sont vraiment superbes, dans un trait rétro très typé de l'époque, un graphisme qui n'est pas si éloigné d'ailleurs de celui d'Enki Bilal à la même période.


L'œuvre d'une vie.

Cette édition 2011 contient une histoire non muette de 5 planches en fin d'ouvrage. Écrite en 1987, elle fait le rapprochement entre La déviation et Arzach sous la forme d'une fiction.
Le dessin a évolué, il est plus classique et j'ai envie de dire... plus commun. Pas désagréable cependant, il nous invite dans une autre époque...

Arzach a aussi fait l'objet de nouvelles versions (discutées) en 2009 (Arzak - Destination Tassili) et 2010 (Arzak – L'arpenteur). L'une en noir et blanc présentant une page de texte et une page illustrée, l'autre étant une bande dessinée en couleur. Deux suites qui ont ce même but de faire revivre un personnage mythique, et qui resteront malheureusement inachevées à la mort de Jean Giraud.

Volonté d'aller plus loin ? Besoin d'expliquer ?
Il est coutume de dire qu'un artiste ne considère jamais son œuvre achevée tant qu'elle n'est pas parfaite, de même que l'on estime que la perfection n'existe pas.

Arzach demeure une bande dessinée novatrice en son temps et une œuvre fondamentale dans la carrière internationale de Moebius.
Elle est sûrement l'œuvre de sa vie.

Je ne suis pas certain d'être capable d'apprécier cette œuvre à sa juste valeur. N'ayant pas vécu ce moment clef de l'histoire de la BD, j'ai ce sentiment d'être un peu extérieur, de ne pas avoir la culture nécessaire.
Arzach a ouvert de nouveaux horizons et nombreux sont les auteurs qui les ont arpentés depuis. J'ai lu tellement de bande dessinées, qu'elles soient de science-fiction, muettes, déconstruites ou abstraites, que je ne me sens pas à même de considérer le génie de Moebius d'inventer ce qui n'existait alors pas.

Chronique du 17/11/13

Quand on va au concert, on s'attend à voir une première partie, c'est mois souvent le cas en BD. Et pourtant, Arzach contient, en ouverture, une petite histoire parue dans Pilote, La déviation. Malgré un découpage audacieux (surtout à l'époque), un dessin bluffant de richesse et un univers complètement farfelu et satyrique, ces sept pages sont nettement plus longues et ardues à lire que l'histoire d'Arzach elle-même (cela dit, les derniers ajouts de Moebius à Arzach, faisant échos à La Déviation, ce rassemblement prend là toute sa logique).

Au contraire, l'histoire d'Arzach inspire plus qu'elle ne raconte. Dans sa préface, l'auteur avoue « J'avais comme projet d'exprimer le niveau le plus profond de la conscience, à la frange de l'inconscient ». Et en effet, on se laisse réellement bercer par les planches. Déjà visuellement, car elles sont vraiment belles : un dessin très fouillé et des couleurs sublimes (et le dieu de la BD sait qu'à l'époque, les couleurs étaient souvent très très TRÈS moches). Clairement, j'apprécie l'absence de phylactères qui permet réellement de profiter de toute la beauté de ces planches. Et l'histoire pourrait n'avoir ni queue ni tête (c'est d'ailleurs un sentiment prédominant) qu'on s'en moquerait complètement, car l'ambiance nous enveloppe aux dépends de l'intérêt scénaristique.

Finalement, ce qui me perturbe le plus, c'est l'association de la bande dessinée proprement dite avec des interventions plus sporadiques et plus tardives du personnage dont on ne sait plus très bien si elles appartiennent à l'histoire originelle ou non. Les ajouts de 1987, dans un style clairement différent, viennent éclaircir le scénario, mais où commence l'histoire initiale et où se termine-t-elle ?


Un autre avis : Mitchul

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2011 (1°ed.1976)

Aspic - Détectives de l'étrange Thierry Gloris (s), Jacques Lamontagne (d) Quadrants

Tome 1 : "La naine aux ectoplasmes"

Chronique du 19/09/10

SNIKT...
Kathy Wuthering est une médium un peu spéciale. Elle invoque les esprits pour prédire l'avenir a ses clients de la haute société. Sa belle demeure est par ailleurs le parfait exemple de sa réussite professionnelle.
Quand on exerce un tel métier, difficile de ne pas succomber à la tentation d'en savoir plus sur son propre avenir. Et quand l'esprit vous annonce que votre fin est proche, difficile de rester les bras croisés à attendre la dernière heure... SNIKT ?

Aspic est une BD qui s'adresse aux amateurs d'enquêtes mêlées de paranormal. Bon, c'est pas X-Files, mais le ton est parfaitement donné par cette première scène occulte. Imaginez une naine appelant un esprit depuis sa baignoire située en plein milieu d'une pièce remplie de poupées et éclairée simplement par la lueur des bougies : occultisme.
Vient ensuite l'enquête sur la disparition de Cathy Wuthering, notre devineresse extralucide, par le détective Auguste Dupin. L'anglais, flegmatique par excellence, est aussi perspicace que ce bon vieux Sherlock des romans de Conan Doyle. Quant à son associé pour l'affaire l'inspecteur Nimber, c'est tout l'inverse : il débute.
Un troisième larron vient se greffer à ces deux enquêteurs, il s'agit de Mademoiselle Vernet, en stage chez Dupin. Cette dernière apprends le métier, mais elle souffre de ne pas pouvoir pratiquer le terrain. Ses habiles subterfuges provoqueront rapidement des situations cocasses et finalement, c'est elle qui apporte la dose d'humour dans l'histoire.

Vous l'aurez donc compris, Aspic c'est une enquête occulte et pas triste. Il y a de l'action, des rebondissements, des pistes, du spectacle, des sociétés secrètes, de l'humour, du mysticisme, bref : tout pour plaire.

Et si je n'ai pas parlé du dessin jusque là, c'était pour garder le meilleur pour la fin. Car Jacques Lamontagne, qui nous avait déjà régalé sur la série Les druides (quand je repense à Dahud ou à la démone en rouge dans les marais ^^), adopte ici un autre trait mais tout autant réjouissant pour illustrer ce paris du 19ème siècle. Il faut dire que la première page est accrocheuse : elle donne le ton et elle est magnifique ! Et c'est ainsi tout du long :)

« J'ai emprunté ma devise personnelle à Louis XIII... Qui s'y frotte... s'y pique... tel l'Aspic ! »

Chronique du 07/12/10

Aspic est originale dans son concept. Je pourrais difficilement le dévoiler entièrement sans gâcher le retournement de situation du final, mais en gros, nous sommes dans un Sherlock Holmes fantastique. D'ailleurs tout est dans le titre : "détectives de l'étrange". Elle met en scène des personnages expressifs, ironiques, hallucinés et attachants autour d'une enquête intrigante.

Qualité majeure pour une BD de ce type : le scénario ne se contente pas d'essayer de surprendre, il est juste bien mené. Gloris sait où il veut aller et où il veut emmener le lecteur, et c'est bien agréable.

En revanche, elle manque tout à fait d'originalité dans sa construction et dans son découpage. Il me semblait que Quadrants avait une ligne éditoriale plus ambitieuse que la production habituelle de Soleil. Mais force est de constater que cet album s'en détache assez mal. Dommage car les quelques qualités de cette BD l'auraient placée sur le haut de la pile si elle était paru chez Mourad Boudjellal. De Quadrants, j'attends vraiment des choses plus innovantes...

Aspic n'en reste pas moins une bande dessinée tout à fait agréable à lire, un moment de détente plaisant et surprenant.


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Tome 1 : \\"La naine aux ectoplasmes\\"

Année d'édition
2010

Tome 2 : "L'Or du vice"

Chronique du 23/05/11

Suite et fin de ce diptyque dont je vous épargne le résumé, puisque nous reprenons là où le tome 1 s'était arrêté.
L'enquête sur le vol de la montre et la disparition de la médium Kathy Wuthering étant liées, c'est le moment de la confession pour Hugo "Gavroche" Beyle maintenant que son masque est tombé.

Ma première impression sur la qualité de cette série se confirme à la lecture du tome 2. Le scénario ficelé par Thierry Gloris nous embarque toujours dans l'occulte, tout en faisant quelques références à l'Histoire et à certaines légendes (dont la très célèbre pierre philosophale). Les dialogues mélangent toujours le flegme d'Auguste Dupin et la fougue de Flora Vernet. Les situations et l'opposition des personnages nous amène un humour ma foi fort bien dosé.
Et puis c'est sincèrement plaisant de lire un récit bien mené et qui se clôt en deux tomes.

Pour autant, tout laisse présager d'une suite, probablement sous la forme de cycles d'enquêtes de deux tomes. En effet, le titre de la série prend tout son sens sur la toute dernière page... Aspic est le nom d'un duo d'enquêteurs : Hugo et Flora... Moi qui pensait que le personnage d'Hugo serait secondaire, je me suis trompé.
Des réticences se dessinent alors pour moi : quel dommage de se séparer du personnage de Dupin ! Alors oui, cela ne veut pas dire qu'il n'aura pas son rôle à l'avenir, qu'il n'apparaîtra plus par la suite. Mais on imagine tout de même que l'histoire se retrouvera centrée sur Hugo et Flora. Et la place du flegme "so brittish" dans tout ça ?
J'ai peur qu'on perde un peu de cette osmose dans une suite. Nous verrons bien.

Côté graphisme, Jacques Lamontagne était déjà très bon dans le premier opus. On a l'impression dans ce second volet que le rendu visuel est encore meilleur. Difficile à dire si les dessins sont plus fins, une couleur plus pâle semble en tout cas améliorer le rendu final.

En bref, vous pouvez vous procurer les yeux fermés ce premier cycle et prendre un peu de bon temps en le lisant. C'est une enquête de qualité, bien menée et magnifiquement dessinée.
Mes craintes pour la suite de la série, nous verrons bien !




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Tome 2 : \\"L\\'Or du vice\\"

Année d'édition
2011

Aspic - Détectives de l'étrange Thierry Gloris (s), Jacques Lamontagne (d), Lorien Aureyre (c) Quadrants

Tome 3 : " Deux ch'tis Indiens "

Chronique du 16/11/13

« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs !! Venez découvrir la face cachée du monde ! Venez contempler les caprices de Dame Nature ! »

Après avoir mis en déroute l'infâme James Moriarty et vaincu l'effroyable Javert, Flora Vernet et Hugo Beyle décident de monter leur propre agence de détectives de l'occulte : Aspic.
C'est ainsi qu'ils essaient de s'émanciper d'Auguste Dupin, qui poursuit de son côté sa collaboration avec l'inspecteur Georges Nimber.
Comme toute société qui débute, les affaires ne sont pas légion et les fins de mois s'avèrent difficiles. Malgré tout, le duo d'apprentis persévère et déniche un contact au sein d'une communauté de forains. C'est là qu'ils font la rencontre de Monsieur Ours-espiègle. L'esprit de son frère, Loup-gris, était enfermé dans un bâton-totem depuis sa mort. Il était en communion avec lui mais depuis quelques jours le lien s'est rompu : Loup-gris à disparu.
Pendant ce temps-là, Dupin et Nimber essaient de suivre la piste d'un tueur en série qui arrache la gorge de ses victimes, les vidant de tout leur sang...


Une recette trop bien huilée.

Ce troisième tome d'Aspic est l'occasion d'un nouveau cycle.
À l'image d'un W.E.S.T. (western) ou d'un Okko (univers médiéval japonais), il est là encore question d'une enquête occulte (19ème) sous la forme d'un nouveau diptyque.
Cette seconde enquête nous conduit au sein d'une caravane de phénomènes de foire, dans laquelle on retrouve avec plaisir les clichés propres à ce genre de communauté, de la femme à barbe au Hercule à peau de léopard. Bien sûr il y a aussi de la divination, en l'occurrence un couple siamois médium.

Contrairement au premier diptyque plutôt réussi, j'ai trouvé celui-ci plus conventionnel, la faute en partie à un scénario de Thierry Gloris moins fort en ectoplasmes (il y a bien un ou deux esprits, mais ils n'ont pas une place importante) et en rebondissements.
Les deux enquêtes parallèles sont faites pour se regrouper (on le savait) et la surprise n'est pas de rigueur (la construction narrative est exactement la même). Certes le mécanisme fonctionne bien, mais il conduit à une trame trop prévisible. Dommage.
On attendra tout de même de voir ce que le quatrième tome nous réserve : nous savons maintenant qui est qui, reste à connaître l'épilogue.

L'humour en revanche est toujours au rendez-vous et les répliques piquantes de Flora (qui a gardé son caractère) demeurent toujours aussi savoureuses.

« Cela suffit ! Jamais je ne demanderai l'aumône ! Jamais je ne dépendrai d'un homme ! »


Deux plus un égale moins.

J'ai déjà fait l'éloge sur BenDis du travail de Jacques Lamontagne, qui est généralement de qualité. Pour autant, j'ai trouvé ce troisième tome d'Aspic un ton en dessous de ce à quoi il nous avait habitué.

Je pense que le problème vient surtout du dessin. Certes les décors sont toujours aussi riches en détails mais les traits sont plus gras, les postures moins détaillées et les visages moins expressifs que dans les albums précédents. Même certains cadrages paraissent peu adaptés sur quelques cases. Peut-être est-ce une question de manque de temps, ce qui pourrait expliquer la venue d'une coloriste pour l'épauler alors que le dessinateur a pour habitude de prendre en charge les couleurs lui-même. Lorien Aureyre ne se débrouille pas si mal mais le résultat final est moins beau qu'a l'accoutumée.


Un bonus court mais intéressant.

Le cahier graphique en fin d'ouvrage nous évoque les coulisses de la conception d'Aspic. Il est entre autres question de la création des personnages clef, mais aussi et surtout de ce troisième tome, notamment les hommages rendus aux œuvres cinématographiques que sont Freaks (de Tod Browning) ou Nosferatu (de Friedrich Wilhelm Murneau), le nom de l'un des protagonistes de l'album faisant référence à l'acteur : le comte Max von Schreck.
Quelques pages agrémentées des propos des auteurs qui abordent brièvement leur façon de travailler et les codes qu'ils se sont fixés.
Instructif sans être exhaustif.


Pour conclure :

Un début d'enquête moins prenant que le précédent diptyque mais une lecture occulte qui reste plaisante et qui conserve un sens de l'humour certain et des dialogues de qualité.



Un autre avis : Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 3 : " Deux ch'tis Indiens "

Année d'édition
2013

Asterios Polyp David Mazzucchelli (s)(d) CASTERMAN

Asterios Polyp

Chronique du 12/03/11

_ Ah, donc c'est un question de place. Et si tu devais soudain partir et que tu ne pouvais prendre que trois choses, lesquelles tu choisirais ?
_ Je ne pense pas par trois.


Un soir d'orage comme il y en a tant... menaçant, coléreux. Dans un appartement New-Yorkais, à Manhattan, un homme regarde des vidéos vautré sur son lit. Tout autour de lui n'est que désordre et négligence. Les fenêtres ouvertes laissent rentrer la pluie, les plantes dépérissent, le sol est jonché de détritus, la vaisselle s'entasse dans l'évier... Sur le bureau, les lettres de créance s'amoncellent et le répondeur affiche de nombreux messages non écoutés.
Pourtant, Asterios Polyp est un homme respectable et un architecte reconnu. Lui qui a toujours brillé, comment a-t-il pu en arriver là ?
L'éclair s'abat tout à coup dans un vacarme assourdissant. C'est aussitôt l'alerte : il faut partir, et vite. Alors que le feu consume l'immeuble, Asterios se détourne de son ancienne vie et disparait dans la nuit. Il n'a eu le temps de sauver que trois choses : son briquet, une montre et un couteau suisse...

J'ai souvent soufflé ma fumée aux quatre vents.

Son appartement qui brûle et c'est un peu toute la vie d'Asterios qui part en flammes. Alors qu'il décide de partir le plus loin possible pour refaire sa vie, il est tiraillé entre souvenirs et réalité.
Sans pour autant en parler, Asterios laisse faire son double, le jumeau qu'il n'a jamais eu mais qui lui manque cruellement : Ignazio, sa conscience.

Chacun de nous avait eu des chances égales in utero. Pourquoi étais-je celui qui avait survécu ? Étais-ce un pur hasard ? Ou la faute à quelque médecin ? Ou avais-je pu étouffer ce pauvre diable ?

Notre lecture est donc partagée entre la fuite du héros malgré lui de cette histoire, et son passé. Un passé douloureux, puisque tiraillé par la perte de deux êtres chers. Son frère, mort-né, et sa femme, qu'on suppose partie (et non, je ne vais pas vous raconter tout le livre, petits curieux).

Le personnage en lui-même a quelque chose de fascinant. Un cinquantenaire plein de flegme qui ploie pourtant sous le poids de sa déchéance. Sa fuite en avant lui permet de se poser les bonnes questions, de se recentrer pour mieux rebondir. Les souvenirs qu'il ressasse, le cynisme de ses paroles passées, où cela l'a-t-il mené ? Les regrets, le doute. Il traverse tout cela dans sa maison d'accueil, aux côté de Stiff et Ursula Major.
Une rencontre qui changera sa vie. Des gens atypiques, mais finalement pas plus que lui... Et Jackson, jouant avec Ronny Doug son ami imaginaire, Asterios (Sterio pour les intimes) ne se voit-il pas un peu dans ce petit bonhomme ?

Hautain et parfois méprisant lorsque son passé est évoqué, on se prends peu à peu d'affection pour le personnage. Un charisme certain se dégage de lui, et sa relation avec Hanna est aussi incongrue que la différence de caractère est grande.

_ Tu me trouves stupide ?
_ Hein ? Non ! Absolument pas ! Non !
_ Alors pourquoi tu crois toujours que j'ai tord ?


_ Ah ! Donc il y a des degrés de cruauté acceptables ?
_ Je t'ai épousé, non ?


Pour conclure, Asterios Polyp ce n'est pas seulement le Eisner Award du meilleur album 2010, le Prix Special d'Angoulême et le Prix ACBD de la critique en 2011, c'est aussi la formidable biographie d'un homme qui à l'instar d'une météorite ou de la révolution, rase tout pour tout reprendre à zéro. Une métaphore omniprésente alliée à une introspection permanente.

David Mazzucchelli (en voyant son nom, je me dis que le syndrome de la dualité fait partie intégrante de sa vie) agence des dessins d'une incroyable netteté et qui vont à merveille avec le métier du protagoniste principal. On se perd parfois dans les méandres de son inconscient, et on y trouve de belles images pleines de force, riches et tortueuses. La réalité n'est pas en reste, et certaines pages on les prends pleine face dans la figure, comme ce vaste cratère laissé par une météorite. Des émotions aussi, qui nous émeuvent, comme la construction de cette cabane pour Jackson.

Que serait devenu le frère, s'il avait été à sa place ?

Amour... confiance... respect. Vous enlevez n'importe lequel des trois et tout s'ébranle.

Chaque souvenir, aussi lointain soit-il, a lieu "maintenant", au moment où il apparaît dans l'esprit. Plus on se souvient d'une chose, plus le cerveau a la possibilité d'affiner l'expérience originale, car un souvenir ne se visionne pas, il se recrée.

Chronique du 24/03/11

Asterios Polyp est une BD sur la crise de la cinquantaine et sur le retour à 0. Généralement, la crise de la cinquantaine est perçue de façon assez négative, en particulier par l'entourage de la "victime", mais Asterios Polyp rappelle que c'est un recul nécessaire à la réflexion et à l'amélioration. Finalement, autrefois, les anciens étaient considérés comme les "sages", et autrefois, les anciens n'étaient pas si vieux que ça. Ils l'étaient juste assez pour avoir franchi cette étape qui permet à tout homme de mener une réflexion sur ce qu'il a été, ce qu'il aurait aimé être, sur le sens de la vie et tout et tout.

Asterios est un personnage à l'image de l'univers dans lequel il vit. Un monde d'intellectuels qui se sentent supérieurs et qui pensent pouvoir théoriser le monde en le réduisant en une notion abstraite. Les événements l'amènent à rompre avec son passé et à revenir aux sources. Perdu dans un petit patelin du fin fond des Etats-Unis, il découvre la vie simple du mécano. Il change son mode de vie de fond en comble au point qu'il devient l'extrême opposé de celui qu'il était auparavant.
Il fuit son appartement en flammes avec 3 objets qui le rattachent à ses souvenirs. Au fur et à mesure, il s'en sépare, se détachant ici de ce qu'il a été, mais il est incapable de laisser celui qui le rattache à son ex-femme. Hana est présente tout au long de l'album, elle est presque le cœur de la vie d'Asterios, la seule chose avec laquelle il ne peut pas rompre.

Original au niveau de la construction, l'album attribue à chaque personnage un trait et un police de texte qui lui sont propres. Pour Asterios, le trait pur et droit qui le caractérise souligne l'abstraction, le vide et la rigidité de son existence. Le point de vue tient d'ailleurs toute sa place dans le récit. La perception de chacun est représentée par un style graphique et une couleur qui lui sont propre et qui souligne les divergences, tandis que l'histoire est commentée par un personnage omniprésent et pourtant inexistant...

Finalement, toute l'histoire conduit doucement au final, mais bien que les éléments l'annoncent, la surprise reste de taille sur cette conclusion efficace. Je me prêterai d'ailleurs pour une fois au jeu des citations que Jérôme apprécie tant...
"Oui mais vous savez... Dans l'univers, tout est lié à tout... Et ce qui se passe dans le cosmos est le miroir de notre vie sur terre..."


Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur album (nouveauté) 2010
- Prix de la critique ACBD 2011
- Prix Spécial - Angoulême 2011


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Asterios Polyp

Année d'édition
2010

Astérix René Goscinny (s), Albert Uderzo (d), Jean-Yves Ferri (s-T35), Didier Conrad (d-T35) DARGAUD (1 à 24), Éditions Albert René (25 et +)

Tome 9: "Astérix et les Normands"

Chronique du 23/03/08

Abraracourcix reçoit la visite de son neveu : Goudurix. Son frère le lui a envoyé en vacance avec pour mission de le faire devenir un homme ! Pendant ce temps, les Normands s'apprêtent à envahir la Gaule pour apprendre la seule chose qu'ils ne connaissent pas encore, un sentiment qui leur donnerait, soi-disant, des ailes : la peur !

Astérix est une série que j'affectionne pas mal. Comme pour beaucoup de monde, elle a bercé notre enfance. On pourrait croire qu'avec le temps, elle vieillit, mais pas du tout : Astérix est toujours une série hilarante et agréable à lire.
Ici les Normands débarquent et rencontrent un autre peuple qui ne connaît pas la peur, manque de bol. Ils auraient très bien pu s'entendre et taper sur des Romains ensemble, mais ils ont préféré s'en prendre au neveu d'Abraracourcix, qui lui, est champion de la peur ^^
Qui eut cru qu'Assurancetourix serait la clef de tout ? :)




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Tome 9: \\"Astérix et les Normands\\"

Année d'édition
1983 (1°ed.1966)

Tome 15: "La zizanie"

Chronique du 27/03/08

Jules César, contre qui les sénateurs grognent, doit trouver une solution et souhaite frapper un grand coup en trouvant le moyen d'annihiler le petit village gaulois qu'on connaît bien. Et si la solution s'appelait Tullius Détritus ! Ce fauteur de trouble sèmerait la discorde partout autours de lui, arriverait-il à troubler la quiétude du village armoricain ?

Comment renverser une population soudée par les mots, le fameux Détritus excelle dans l'art de semer la zizanie. Il invente tout un tas de manigances pour arriver à ses fins ... et il n'était pas loin de réussir, sans la ruse, une fois de plus, de l'incontournable Astérix.
J'aime beaucoup cet album, autant par le comique comme toujours présent, par l'ambiance inhabituelle, et par la bagarre générale d'anthologie ^^




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Tome 15: \\"La zizanie\\"

Année d'édition
1990 (1°ed.1970)

Tome 35 : " Astérix chez les Pictes "

Chronique du 01/11/13

Quand j'étais petit, la bibliothèque de mon oncle était un refuge dans lequel j'aimais passer du temps, et je considérais ses quelques bande dessinées comme de précieux trésors que je lisais et relisais avec une grande affection.
Mon oncle n'avait pas spécialement beaucoup d'album mais il suivait deux séries en particulier : Storm (une lecture qui n'était pas vraiment de mon âge mais qui reste bien ancrée dans ma mémoire, je reviendrai probablement un jour ou l'autre sur cette œuvre emblématique de Don Lawrence) et Astérix.

Ma bibliothèque d'aujourd'hui est quelque part orpheline de ces lectures de jeunesse (2 Astérix et 1 Storm, c'est bien peu) et la sortie d'une nouvelle aventure des célèbres gaulois, qui plus est marquant un changement historique du duo d'auteurs, m'a offert l'occasion de soigner ma nostalgie.

Trois versions de ce nouvel album sont parues à sa sortie :
- l’album classique, au coût remarquablement faible de moins de 10 € grâce à un tirage très massif (2 millions d'albums dans le monde) et pourtant déjà en réimpression
- l’album édité par la monnaie de Paris, à seulement 1000 exemplaires, accompagné d'un statère gaulois frappé à l'effigie de Vercingétorix et d'un menhir collector en bronze (celui-là même portant les inscriptions des albums composant la série)
- et la version grand format comprenant les petits secrets de fabrication et les planches crayonnées par Didier Conrad.
C’est cette dernière version que je vous présente ici.


Successeurs tous désignés.

Lorsque les premières rumeurs de succession du duo Goscinny/Uderzo sont tombées, j'étais heureux de savoir le nom de Jean-Yves Ferri (De Gaulle à la plage, Le retour à la terre...) évoqué. Fort d'un sens inné de la répartie, on ne pouvait rêver mieux comme scénariste pour reprendre le flambeau d'une série culte comme Astérix, et surtout si l'on considère les albums post-Goscinny comme ratés.

Pour l’épauler, les éditions Albert René ont mis en place une sélection (ne remplace pas Albert Uderzo qui veut) et c’est Didier Conrad qui est parvenu à mettre tout le monde d’accord.

Les auteurs, qui étaient invités sur RMC le jour de la sortie de l'album, ont déclaré que « ce serait un petit peu bête de refuser […], pour un humoriste c'est une chance d'écrire un Astérix tout simplement » (Ferri), que « si je le fais pas je vais le regretter toute ma vie. Je serai le type qui a refusé de faire Astérix, la honte totale » (Conrad).
C'est donc pour eux une grande fierté d'avoir ainsi été choisis (les deux auteurs sont nés en 1959, année du premier Astérix, coïncidence ?) pour succéder à deux auteurs d'une telle renommée, mais à quel prix ?


Contrôle parental.

On retrouve avec ce nouvel opus d’Astérix le dynamisme et les répliques cinglantes de nos amis gaulois. Les jeux de mots se succèdent, autant dans les noms des personnages que dans les échanges de haute volée, ce qui rappelle à notre mémoire la magie des mots propre à René Goscinny et son don pour nous faire rire.
Cet Astérix-là n'est certes pas le meilleur de tous (il n’est pas du niveau des incontournables que sont Les 12 travaux d’Astérix, La zizanie ou encore Le combat des chefs…) mais il est clairement un ton au-dessus des derniers opus et au moins, le ciel ne leur est pas tombé sur la tête (tout au plus un peu de neige).

On pourra regretter une certaine rigidité dans le scénario qui devait absolument obéir à la tradition. Écarts non tolérés, y compris dans le sacro-saint nombre de planches (45 au premier storyboard, réduit (sic) à 44 ), qui voient ainsi la disparition de quelques cases et quelques jeux de mots supplémentaires (re-sic) heureusement retranscrites dans cette belle édition grand format (ouf).

Le dessin de Didier Conrad est lui aussi un éloge au travail d'Albert Uderzo. Non seulement par son trait, emblématique et fidèle, mais aussi dans le cadrage, scrupuleusement étudié. Le souhait de la maison mère est exaucé : le changement est invisible pour le lecteur.
Le fait est que les nouveaux auteurs, aussi grands soient-ils, ont dû respecter un cahier des charges très strict. Avaient-ils le choix ? Non, Astérix n'est pas Spirou : tout a été maîtrisé de main de fer !

C'est en lisant le making-of (dont le moindre mot est pesé) qu'on se rend vraiment compte de la situation. Maître Uderzo passait derrière chaque planche avec son œil d’expert, décortiquant les traits de Didier Conrad pour déceler le moindre faux pas et le corriger aussitôt.
Albert Uderzo n’a pas fait que passer le flambeau, il a été un guide pesant de son expérience et de ses corrections, apportant autant son aide que ses critiques au nouveau duo. L’histoire ne dit pas si la collaboration fut difficile mais elle a sûrement été éprouvante. Il est d’ailleurs mentionné dans les annexes que les deux derniers mois de confection de l’album ont été un véritable calvaire pour Didier Conrad, rendu à bosser vingt heures par jour pour respecter les délais, évidemment non négociables (une communication aux petits oignons au détriment de la santé des auteurs, on comprend qu’Uderzo ait souhaité mettre fin à cela à son âge).

On comprend donc que l'ombre du vieux maître plane derrière chaque planche. Il est également à l'origine de l'un des personnages (le grand-oncle Mac Atrell) et a aussi participé à la conception graphique de certaines figures (notamment l'énorme AFNOR).
Le dessin de la couverture est également en partie de lui (Obélix en entier ainsi que la tête d’Astérix).

Du côté des innovations/satisfactions (planifiées cependant), on pourra apprécier l'apparition remarquée de Vincent Cassel, incarnant le chef Picte Mac Abbeh. Une caricature plutôt réussie et qui rend l'acteur reconnaissable en quelques traits.
Autre nouveauté plaisante, l'émergence de nombreux Pictogrammes aussi drôles que colorés.

Au sujet de la couleur justement...
Fait étonnant, ce nouvel album fait appel à un véritable studio de bande dessinée comme il en existait dans le bon vieux temps.
Après un dessin à quasi-quatre mains, ce sont pas moins de trois coloristes qui ont travaillé sur cet Astérix chez les Pictes : Thierry Mébarki (aux côtés d'Uderzo depuis 1996), Murielle Leroi et Raphaël Delerue. Peu de place (et de considération ?) leur est accordée dans le making-of malheureusement.


Un travail titanesque.

Je reste admiratif du travail accompli par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, qui ont su satisfaire un lourd protocole et renier leurs acquis pour se conformer au cadre strict des exigences patrimoniales.
Ils ont dû se réapproprier l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo, l’étudier minutieusement, sans omettre un seul détail. Un travail monumental et exemplaire : bravo !

Une balade que j'ai appréciée malgré la faible initiative laissée à ses auteurs, forte en jeux de mots et ponctuée de quelques rires. Une balade qui n’a peut-être pas la saveur nostalgique des premières amours mais elle en a le parfum, et c’est déjà pas mal.

« Les Mac Abbeh se sont alliés aux romains ?!
_ Les Mac abbeh sont des traîtres !
_ Au nom des pictes ventrus, J'exige une explication !
_ Les pictes tachetés sont les alliés de Mac Abbeh !
_ Les pictes blancs sont neutres !
_ Les tachetés sont des vendus !
»


Un autre avis : Snoopy

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 35 : " Astérix chez les Pictes "

Année d'édition
2013

Atalante Didier Crisse (s)(d), Anyk (c) SOLEIL

Tome 1: "Le pacte"

Chronique du 11/11/08

Reniée par son père qui voulait un fils, Atalante est abandonnée puis sauvée par les dieux. Artemis lui offre la vivacité et la robustesse, Aphrodite la beauté et la séduction. Alors qu'Hécate allait à son tour se prononcer, Héra intervient et lui lance une malédiction : si un être vivant venait un jour à posséder la petite, ils encourraient tous deux les foudres divines. C'est alors Hécate qui lui donna le dernier don, la célérité et un caractère qui découragera tout prétendant, afin de la préserver du courroux des dieux. Elle lui fit également don d'un poignard qui revient toujours dans son fourreau.
La petite Atalante est alors remise dans son berceau et livrée à la rivière. C'est alors les êtres de la forêt qui la recueillent et l'élèvent...

Atalante est une histoire basée sur la mythologie grecque. On y retrouve les dieux, mais aussi les héros ! Ainsi nous pouvons voir notre héroïne côtoyer Jason et ses argonautes à la recherche de la Toison d'Or, et bien d'autres références encore.
Je dois avouer que la mythologie est un univers qui me plaît. Et c'est là un point fort. Atalante est mise au défi et doit passer des épreuves pour avoir sa place elle-aussi parmi les héros.

Pour ce qui est du récit en lui-même, Didier Crisse n'a fait que reprendre des éléments qui existent ailleurs : le berceau abandonné à la rivière, les dons à un nouveau né et la malédiction.... Il a ensuite mélangé tout ça dans un univers qui se prête aux épreuves et aux aventures épiques. Ce n'est pas innovent ni extra-ordinaire, mais c'est distrayant.




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Tome 1: \\"Le pacte\\"

Année d'édition
2000

Tome 2: "Nautiliaa"

Chronique du 18/03/09

Les argonautes arpentent les eaux vers la colchide en quête de la toison d'or lorsqu'ils tombent sur une île au milieu de l'océan. Si celle ci semble déserte et n'inspire rien de bon à la petite communauté, ils ont besoin d'eau et de vivres et décident d'y accoster...

Les aventures d'Atalante nous mènent ici vers une île peuplée uniquement de farouches femmes. Aussi, lorsqu'elles demandent à Jason et ses compagnons de les enfanter, ils ne se font pas prier. Mais que cache cette mystérieuse colère de Poséidon qui fit disparaître tous les hommes de l'île ?
Didier Crisse nous fait vivre un crochet dans la quête de la toison d'or. L'album n'apporte pas grand chose si ce n'est qu'il prolonge l'aventure d'un épisode supplémentaire, qui a le mérite d'être divertissant si comme moi on ne s'attend pas à un miracle du 9ème Art.
Angélique, qui s'attendait vraiment à un récit plus poussé sur la mythologie grecque, est plus déçue que moi ^^.




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Tome 2: \\"Nautiliaa\\"

Année d'édition
2002

Atar Gull Fabien Nury (s), Brüno (d), Laurence Croix (c) DARGAUD

" Atar Gull " ou le destin d'un esclave modèle

Chronique du 22/11/11

Le Capitaine Benoît sillonne l'Atlantique comme bon nombre de négriers, se fournissant dans le vivier africain avant de repartir pour Port Royal, capitale de la Jamaïque, véritable plaque tournante esclavagiste.
Le gentilhomme connaît un véritable cauchemar sur son dernier trajet, victime d'une grosse tempête qui laisse son navire démâté et diminué de quelques vaillants marins. Il profite de sa halte sur les côtes pour faire réparer son vaisseau et pour marchander un nouvel arrivage de Petits Namaquas.
Depuis la nuit des temps, les Grands et les Petits Namaquas se font la guerre. Avec l'esclavage grandissant, ils voient en cette pratique une opportunité de se débarrasser de leurs prisonniers en échange de fusils, de poudre et de bijoux.

« 32 nègres, race de Petits Namaquas, sains, vigoureux et bien constitués, de l'âge de 20 à 30 ans. 19 négresses à peu près du même âge, dont deux pleines et une ayant un petit de quelques mois, que le vendeur offre noblement par-dessus le marché. 11 négrillons et négrillonnes de 9 à 12 ans. »

Alors qu'il vérifié sa "cargaison", le sieur Benoît est attiré par ce grand éphèbe musclé - Atar Gull - qui ne fait pas partie du lot. Il finit par se laisser tenter, malgré son prix exorbitant de 100 guinées supplémentaires. Il faut dire que l'argument pèse son pesant d'or : au vu de sa taille et de ses muscles, celui-ci pourra bien être vendu comme "Mandingo" en Jamaïque.
Fier de sa transaction, qui comprend donc près de 66 (ne faisons pas la fine bouche sur les embryons) nègres, le Capitaine repart en mer poursuivre son périple. Mais il se fait bientôt rattraper par un vaisseau pirate : celui du redoutable Brulart !

«_ Ton navire est à moi, désormais, ainsi que ta vie.
_ Mais... je ne vous ai rien fait !
_ Non, rien. Je préfère ça. C'est plus cruel, plus injuste. Si tu m'avais porté grief, ce ne serait qu'un vengeance...
_ Je... Je suis marié, et...
_ Marié ? Tant mieux ! As-tu des enfants, comme tout bon chrétien qui se respecte ?
_ Un f... fils.
_ Parfait ! Je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Brulart. Tu ne veux pas savoir quel sort je te réserve ? Moi, j'ai envie que tu saches... Je veux contempler ta face de bourgeois, pendant que tout espoir t'abandonne. »


Les personnages sont tous très bien brossés, et ont tous un côté cruel.
Brulart, lui, n'a rien d'attachant. Il est l'archétype du pirate sans vergogne sur lequel on voudrait faire porter à lui seul tout le fardeau de l'esclavage. Je ne sais pas pourquoi mais j'adore les crapules moi. Celui-là c'est un vrai, un dur, une fripouille de premier ordre. Pas un fanfaron de second plan. Le type de personnage qui fait froid dans le dos rien que d'y penser. Le mal incarné.
Pourtant, il n'est finalement rien en comparaison d'Atar Gull. Cet album évoque le récit de ce noir qui deviendra esclave, qui sera finalement vendu à un propriétaire terrien en Jamaïque et qui se rendra compte que son père a été assassiné par celui-ci, à qui il vouera une haine farouche. Mais pour ce monstre, la vengeance est un plat qui se mange froid. Doué d'un sens inné pour s'intégrer à la société, il deviendra vite le bourreau de Tom Will, à qui il causera la perte.
Tom Will justement, il n'est pas foncièrement mauvais comme maître. Il traite relativement bien ses esclaves (par rapport à d'autres j'entends bien). Mais il reste un négrier, qui comme tous les négriers, n'ont aucune estime dans mon cœur. On en vient pourtant à s'apitoyer sur son sort lorsque s'abattent sur lui toutes ces épreuves malheureuses...

Bref, j'ai vraiment adoré cette lecture, qui laisse derrière nous un goût amer.
Amer parce qu'Atar Gull est le véritable psychopathe de l'histoire. Même si on ne peut pas le blâmer pour tout ce qui lui arrive : la privation de sa liberté, l'assassinat de son père... il tue sans aucune retenue ni pitié tout un tas de gens par pure vengeance. Il se sert de tout le monde à en faire pâlir de respect Machiavel lui-même.
Amer aussi parce que l'album retrace une époque que tout le monde voudrait oublier, par méprise ou par honte. J'habite Bordeaux, qui a été un port négrier par le passé, pourtant ce n'est ici qu'un souvenir que personne n'ose affronter alors que le devoir de mémoire devrait nous inciter à présenter et dénoncer ce trafic qui eut lieu dans le courant du XVIIIème et XIXème siècle (le musée d'Aquitaine ne devrait-il pas au moins en parler ?).

Atar Gull est un bel album, adapté du roman d'Eugene Sue. À l'époque, celui-ci avait fait scandale. Aujourd'hui, si nous ne nous émouvons plus de la même façon pour ces injustices (Atar Gull se voit attribuer un prix pour sa Vertu, hommage à son "dévouement sincère" pour Tom Will), les faits nous interpellent et nous font réagir, réfléchir.
Il n'est donc pas très étonnant de voir que le scénario de la bande dessinée est du fait de Fabien Nury, aussi auteur de Il était une fois en France.
Pour l'accompagner, les dessins sont l'œuvre de Brüno, dans la lignée de ce qu'il avait fait avec son compère Pascal Jousselin sur Les aventures de Michel Swing. Ma parole si tous ses albums sont aussi bons, je m'en vais tous les lire de ce pas !
Trêve de blabla, si ce n'est déjà fait, procurez-vous vite Atar Gull. Ce livre est une tuerie !


EDIT : J'avais fait le reproche à l'éditeur, en l'occurrence Dargaud, de vouloir faire du chiffre en scindant Abélard en deux tomes alors qu'il aurait pu tenir en un seul plus volumineux. Je m'aperçois qu'avec Atar Gull, il aurait pu en être de même et qu'il n'en est rien, que l'album est conforme aux souhaits des auteurs et qu'il se tient en un seul gros one-shot. Je fais donc mon mea culpa sur ce point (par contre je m'interroge toujours sur le fait qu'Abélard soit paru en deux tomes).
Merci à Jérôme de m'avoir ouvert les yeux sur cet état de fait par le biais de sa chronique.

Chronique du 02/06/12

Si le but d'une adaptation est de donner envie de lire l'original, la BD Atar-Güll a fait mouche, mais sans doute pas pour les raisons que l'on pourrait croire. Ce bouquin est sans nul doute intéressant à lire mais il lui manque du temps.

Cette vengeance en bande dessinée manque de sentiments, de descriptions, de ces frissons que l'on aimerais ressentir devant la noirceur des âmes des uns et des autres.
Je suis tombée ici sur un extrait du roman d'Eugène Sue. Ce passage vibrant et terrible en dit bien plus long que les 3 pages de Fabien Nury et de Brüno. Voilà qui nous rassure quelque part sur le génie reconnu de l'auteur initial, mais finalement la lecture de cet extrait m'a surtout permis de mettre des mots sur l'impression que j'avais en refermant la BD. Un sentiment de frustration. Tout va bien trop vite, on ne prend pas le temps d'approfondir le caractère des personnages et le sens de la vengeance d'Atar-Güll semble être occulté par un esprit fou. Même ceux sur lesquels on s'attarde, comme Brulard par exemple, n'ont que peu de profondeur.

Mais tout n'est pas à jeter. Je suis généralement très critique avec les adaptations, et ce pour plusieurs raisons. D'une part si l'auteur initial a choisi tel format plutôt que tel autre, c'est sans doute qu'il l'avait jugé plus adapté (oui bon d'accord, la BD en 1831, c'était pas vraiment au point), et ensuite il faut une sacrée dose de talent pour rendre justice à une œuvre restée dans la postérité (oui bon, là encore, Atar-Güll n'est pas le titre qui vous viendra à l'esprit si on vous dit Eugène Sue). En l'occurrence, je n'ai pas lu le roman au préalable, et cela vaut sans doute mieux pour la BD car j'aurais pu être assassine je pense. Le problème principal de cette adaptation vient surtout du choix de tout résumer en un seul tome.

Par ailleurs, je trouve que finalement, ce trait que je trouvais trop froid et trop rigide avant lecture se prête plutôt pas mal à la vengeance implacable de cet homme.

Bref, une lecture en demi-teinte, plaisante mais pas convaincante. Par contre je vais peut-être essayer de mettre la main sur le roman moi...


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\\" Atar Gull \\" ou le destin d\\'un esclave modèle

Année d'édition
2011

Au bord de l'eau Jean-David Morvan (s), Wang Peng (d) DELCOURT

Volume 1

Chronique du 01/05/08

Sous le règne de Ren-Zong, la capitale chinoise est au cœur d'une grande épidémie meurtrière. Il chargea le grand maréchal Hong-Xin de délivrer un message au maître céleste descendant des Han, afin qu'il viennent à la cour pour officier à la grande cérémonie des libations et qu'il prie l'Empereur d'en haut d'épargner le peuple.
Bien des années plus tard, sous le règne de Zhe-Hong, Gao Qiu est nommé grand maréchal, mais n'en reste pas moins la canaille qu'il a toujours été. Son premier fait sera d'humilier Wang Jin, maître d'arts martiaux et instructeur des huit cent mille gardes impériaux. Celui-ci prendra la fuite pour éviter le déshonneur.

Alors voilà, aujourd'hui, il faisait un temps magnifique, je me suis installé sur la terrasse, ma BD à la main, un beau soleil berçant ma lecture et donnant au couleurs la chaleur qui va bien pour le meilleur des conforts.

D'abord attiré par le dessin tape à l'œil du Dieu Singe de son compatriote, j'ai laissé Angélique se procurer cet album. Mais en le découvrant, j'ai vraiment trouvé son contenu riche et fantastique (contrairement à l'autre).
La technique de dessin employée est peu commune, mais vraiment extraordinaire, avec un jeu de couleur rayonnant et des expressions ultra réalistes.

Au niveau du scénario, tout comme pour le Dieu Singe, il s'agit d'un récit tiré d'un des romans classiques les plus connus de la littérature chinoise. Celui ci évoque la légende des 108 brigands, les hors-la-loi les plus connus de l'Empire, qui se révoltèrent contre les autorités en place.
On pourrait penser perdre le fil avec autant de noms chinois qui se mélangent, mais la construction du livre et l'approche des personnage est intéressante et très bien amenée, je trouve. L'auteur prend bien le temps de détailler et présenter les protagonistes tour à tour, pour une compréhension très bonne.
Si bien qu'à la lecture de la dernière page, il nous tarde vraiment de connaître la suite !

Je vais mettre à cet ouvrage la note maximum, parce que je trouve la qualité du dessin vraiment superbe, et le récit nous donne vraiment envie d'approfondir : j'ai pas levé les yeux du début à la fin :)




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Volume 1

Année d'édition
2008

Aurore Enrique Fernández (s)(d) SOLEIL

Chronique du 01/09/12

Aurore, c'est l'histoire d'une petite communauté vivant au bord de la mer... survivant au bord de la mer pour être tout à fait exact. Depuis quelques temps, la pêche n'est pas très abondante et la terre, trop aride, n'apporte pas suffisamment de pousses pour nourrir le petit monde.
Les temps sont difficiles, et ces gens là en sont venus à penser que les dieux qu'ils prient depuis toujours les ont abandonnés. Peut-être sont-ils lassés d'entendre leurs plaintes. Peut-être souhaiteraient-ils qu'ils prennent en main leur destin !
Aurore, c'est aussi une petite fille de cette communauté. Pour elle aussi ce n'est pas évident. Mais ses parents se battent contre vents et marées.
Aurore, c'est finalement cet événement, arrivé là comme un enchantement... l'Aurore dorée ! Elle tapissait le ciel de sa couleur, merveille de la nature, comme un rayon de soleil dans cette période de disette. Quelques jours plus tard, un ruisseau est apparu, de cette même teinte dorée. Et puis deux membres de la petite communauté, dont Aurore, ont eu la mauvaise idée d'y toucher et se sont aussitôt transformés en pierre...
Depuis ce jour les parents d'Aurore, pleins de courage dans leur grande détresse, remontent à la source de leurs maux pour tenter de percer à jour ce phénomène.

La couverture sur fond rouge, une petite fille toute de rouge vêtue et accompagnée d'un loup noir... autant de choses qui nous fait rapidement penser au Petit chaperon rouge mais il n'en est rien. Enrique Fernández nous imagine une nouvelle fois un conte fantastique sans pour autant faire appel à cette célèbre histoire.
La petite Aurore devra inventer une chanson pour parler de son peuple, pour qu'il retrouve sa sérénité d'antan. Une sorte d'ode aux dieux pour qu'ils sachent qu'on les chante toujours ici bas. Mais avant cela, elle devra appréhender le monde alentour pour mieux comprendre en quoi sa communauté influe sur son environnement immédiat.
Une histoire non sans morale, une peu triste certes, mais qui laisse tout de même entrevoir un échappatoire, un meilleur avenir pour ceux qui y auront cru jusqu'au bout.

Graphiquement, j'ai trouvé que le dessin se rapprochait beaucoup plus du Magicien d'Oz que des derniers travaux de l'auteur, avec un traitement graphique toutefois très différent et une couleur à la fois froide et chaleureuse.
Les personnages font un peu figures de « totems », un trait évidemment exacerbé pour le loup dont la gueule, exagérément longue et carnassière, cache une âme humaine. Un animal qui fait office de pont entre les hommes et les dieux.
Le dessin de la petite fille, Aurore, est quant-à lui un peu étrange. Avec sa grosse fourrure sur le dos et son bâton de pèlerin à peine plus grand qu'elle, elle nous apparaît toute tassée. Parfois gamine, espiègle et perdue, on a aussi cette impression qu'elle est parfois plus mature que la plupart des enfants de son âge.
Dans l'ambiance, on retrouve des thématiques ou des créatures qui pourraient aisément intégrer l'univers d'Hayao Miyazaki, comme ces petits êtres planteurs d'arbres ou le faiseur de rivières.

Si j'ai apprécié la lecture, je reste toutefois un peu sur ma faim, triste plus que déçu par l'épilogue de l'album. Il n'y a malheureusement pas beaucoup d'optimisme qui s'en dégage. Une histoire qui ne se finit pas forcément mal, mais qui aurait peut-être pu prendre une tournure plus joyeuse.

Chronique du 30/07/14

L'univers d'Enrique Fernandez a toujours un quelque chose de mystérieux et Aurore n'échappe pas à la règle. Malgré quelques maladresses dans le récit (j'ai mis un temps pas possible à comprendre le début... c'est fou comme je suis blonde !), je dois admettre que cette BD possède sa petite dose de philosophie et qu'il serait abscons de suivre ce récit sans prendre un minimum de recul.

Aurore est un prétexte, une fable.

A travers la fillette, on croise une foultitude de thématiques. La perte de l'enfant, la compréhension des sentiments, l'amitié, la nécessité de façonner la nature sont sans doute les plus évidents, mais pas forcément les plus intéressants.
Pour ma part, j'ai surtout apprécié la façon dont l'auteur traite un thème nettement moins courant : celui d'avoir à être fier de ce que l'on est quand rien ne joue en votre faveur. Comment faire les louanges d'une race qui ne vit qu'aux dépends de ce qui l'entoure ? L'homme est incapable de survivre dans le monde tel qu'on le lui a donné. Il est obligé d'altérer voire de détruire son environnement pour exister.
De la même façon, l'interrogation posée par Aurore peut être transposée à un cadre plus personnel, et à la confiance en soi.

Au final, le cadre tribal et animiste du récit permet seulement de donner à l'histoire des allures mythologiques et de faire ressortir la valeur allégorique du récit. Bien entendu le trait quasi-géométrique et exagéré d'Enrique Fernandez donne parfaitement corps à cette ambiance primitive. Quant aux couleurs, on ne peut qu'admirer ses ton directs à l'aquarelle qui offrent toujours une telle sensibilité à l'image !


D'autres avis : Yvan, Zaelle, David F.


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Année d'édition
2011

Autoroute du soleil (L') Baru (s)(d) CASTERMAN

L'autoroute du soleil (version intégrale)

Chronique du 16/01/12

Karim Kemal est un jeune homme de 22 ans. Beau mec, d'origine maghrébine, il a la réputation d'adorer les vieilleries des années '50 et surtout d'attirer vers lui les plus belles femmes de la ville. Il court sur lui des tas de rumeurs : il serait gigolo, joueur invétéré, trafiquant de drogue, et serait porteur du virus du sida.
Alexandre Barbiéri, du haut de ses 17 ans, n'est plus tout à fait un gamin mais n'est pas encore vraiment rentré dans l'âge adulte. Complètement fan de Karim, il en fait son idole. Pour la première fois, il ose l'aborder et Karim lui propose de passer la soirée avec lui. Il est aux anges.
Raoul Faurissier, de son côté, est en passe de devenir le candidat officiel de l'Élan National Français - un parti extrémiste poussé par des slogans racistes - pour les élections régionales.
René Loiseau, pour finir, mène une double vie. Lorsqu'il n'est pas dans sa maison à se faire pourrir par sa femme, il en profite pour la tromper, comme à chaque fois qu'il est en déplacement, avec une autre.

Rien ne semble vraiment lier intimement tous ces gens, pourtant... pourtant... il suffit parfois de peu de choses pour que l'engrenage se mette en (auto)route. Reste à savoir si elle mènera au soleil.


Baru a commencé sa carrière artistique dans les années '80, propulsé sur le devant de la scène par Quéquette blues, son premier titre étant d'emblée salué par un Alfred du meilleur premier album en 1985. Il s'illustrera encore de nombreuses fois, à Angoulême et ailleurs, pour ses nombreux albums : Le chemin de l'Amérique, L'enragé... et L'autoroute du soleil !
Un palmarès riche pour ce professeur d'éducation physique de profession (dire que j'en connais qui l'ont eu comme prof, s'ils avaient su, je suis sûr qu'ils auraient fait du sport avec beaucoup plus d'enthousiasme ^^), récompensé par un Grand Boom (Blois) en 2006 et un Grand Prix d'Angoulême en 2010.


L'autoroute du soleil, c'est un road-trip passionnant et haletant. Une force qui réside en partie dans le choix des personnages.
Les quatre protagonistes principaux sont tous très différents, avec un caractère qui leur est propre particulièrement soigné. Ils viennent de tous origines et apportent chacun leur pierre à l'édifice, renforçant du même coup la richesse narrative de l'album.

Il y a d'un côté ceux que je nommerais les pierres angulaires : Karim et Raoul Faurissier, les pièces majeures du récit, ceux que tout oppose. Évidemment, l'un à la belle gueule du fils d'immigré et l'autre est le membre éminent d'un parti d'extrême droite. En plus de ça, ce dernier retrouve le premier en train de se faire sa femme chez lui, alors qu'il vient de subir une claque politique. Il n'en faut pas plus pour attiser sa haine et révéler sa folie meurtrière.
S'ensuit une course poursuite effrénée qui partira de Nancy et qui filera à toute allure vers Marseille, via l'autoroute du soleil.

De l'autre côté, Alexandre et René Loiseau ne sont pas en reste, propulsés à leur insu dans cette grande sarabande. Personnages de premier plan et acteurs sans le vouloir du drame qui se déroule sous leurs yeux, cet épisode de leur vie est aussi pour eux l'occasion de quitter leur routine quotidienne et en quelque sorte, leur malaise. Une chance de s'affirmer pour l'un, de faire chier sa femme pour l'autre. Mais le jeu reste d'un danger permanent, surtout que le docteur Faurissier est un grand psychopathe (probablement bon pour l'asile psychiatrique d'ailleurs).


« _ Ah !... C'est vrai que monsieur a une dent contre les poulets !
_ OUAIS ET ALORS !?
_ Alors, rien... rien...
_ Et je parie que t'aimerais savoir pourquoi !
_ Exact !
_ Eh ben, j'avais 12 ans et j'avais piqué une BD... La vendeuse a appelé les flics. Au commissariat, ils m'ont forcé à bouffer du cochon pour rigoler... jusqu'à ce que je dégueule... Là, ils m'ont mis une branlée et y'en a un qui m'a un peu poussé dans l'escalier... Traumatisme crânien... fracture du poignet...
_ Quelle idée aussi de naître arabe ! »



Immigration, intégration, extrémisme, drogue. Autant de thèmes abordés dans cette série (deux tomes parus en 2002 et ici en édition intégrale) épique et époustouflante. Baru ne se contente pas seulement de raconter une belle histoire, il en profite pour dénoncer ce qui ne lui plaît pas. L'image de la destruction des fourneaux de la Lorraine des aciers est toute une image, tout un symbole : c'est la fin de l'ère industrielle, le démantèlement des usines. Une thématique ouvrière qui est chère à l'auteur et qu'il défend dès qu'il le peut au travers de ses livres.

Un road-trip coup de poing, émouvant et haletant, que j'ai beaucoup apprécié, dans le fond comme dans la forme.
Une œuvre essentielle du 9ème Art que j'engage tout amateur de bande dessinée à découvrir ou a redécouvrir.

Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album français - Angoulême 1996
- Prix des libraires 1996




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L\\'autoroute du soleil (version intégrale)

Année d'édition
2010 (1°ed. 2002)

Aux heures impaires Éric Liberge (s)(d) FUTUROPOLIS

Aux heures impaires

Chronique du 16/12/08

Bastien est malentendant et il doit réaliser un stage dans le cadre de ses études. Alors qu’il a rendez-vous au musée du Louvres avec le responsable de l’établissement, il fait la rencontre de Fu Zhi Ha, gardien de nuit, lui aussi sourd et muet. Une rencontre qui va changer la vie du jeune homme et l’emmener à découvrir le secret des heures impaires.

Ce que j’aime avec Eric Liberge, c’est qu’il se dégage de chacune de ses œuvres un parfum particulier. Ses récits nous transportent à chaque lecture vers un univers qui nous fait perdre tous nos repères, un voyage vers l’inconnu au travers d’un roman graphique comme il en a le secret ; Eric excelle dans ce style où le lecteur est subjugué par des images qui flashent, entremêlant le mystère et l’incongru, où le texte est partie intégrante de l’illustration, on est comme dans un film, on vit vraiment l’action ! Déjà précédemment, j’avais pu lire l’excellent « Tonnerre Rampant » qu’il a sorti chez Soleil, une histoire d’horreur ou les onomatopées fusent comme au cinéma. Nous sommes dans cette lignée là sur « les heures impaires » !

Le sujet abordé ici s’éloigne des sentiers abordés depuis trop longtemps par la bande dessinée franco-belge. Nous n’en attendions pas moins avec l’auteur de « Mardi-gras descendre ». Le dernier ouvrage que j’avais pu lire sur le même thème, dans un tout autre style et sans être fantastique, était « l’orchestre des doigts », un manga d’Osamu Yamamoto. Je suis très heureux de lire quelque chose qui sorte de l’ordinaire sans éprouver le besoin d’aller voir ce qui se fait du côté du Japon. Et avec Eric Liberge, je ne suis jamais déçu.
Et puis il y a ce côté surnaturel et cette petite dose de frisson !

Avant de lire « aux heures impaires », je n’avais jamais vu les musées sous cet œil, je n’avais même pas songé un seul instant à passer une nuit dans un tel établissement, seul à seul avec l’Art, dans le silence et la sérénité. Aujourd’hui j’envierais presque l’auteur d’avoir eu un tel privilège...

Chroniquedu 14/06/2014

Troisième opus du partenariat entre les éditions Futuropolis et le musée du Louvre, Aux heures impaires est le bébé d'Éric Liberge, auteur du célèbre Monsieur Mardi-Gras Descendres. Avec un passif pareil, et sachant que Période Glaciaire avait fortement marqué le paysage à son arrivée, ce titre laissait présager une bonne surprise. La réalité est plus modérée.

Je suis toujours fan de l'ambiance graphique. Le travail des décors, le sens du détail, les ombres... Liberge donne un vrai sens au mot « décor » avec des dessins extrêmement travaillés. Quant aux couleurs, elles participent entièrement à la dynamique des cases (les percussions se révèlent dans la mise en couleur qui devient comme un second dessin qui se superpose au trait) et à l'ambiance fantastique de l'histoire (notamment avec l'usage de teintes vertes).
Au contraire, le dessin des personnages est nettement moins séduisant. Les premières planches y apportent encore un certain soin, mais au fur et à mesure de l'avancée, là où les décors et les couleurs gagnent en profondeur, le dessin des personnages s'appauvrit. D'un autre côté, les portraits liés au souvenir qui possèdent le charme et la simplicité du crayonné et tranchent avec la rigidité qui caractérise les humains sur le reste de l'album.

La particularité de Aux heures impaires, c'est le prétexte du thème du Louvre pour en aborder un autre, plus personnel : celui de la surdité (sans parler du fantastique, largement récurrent chez lui). On sent qu'il connait le sujet, qu'il est concerné par la problématique. On aborde plus la difficulté pour les malentendants de s'intégrer dans la société et dans le monde professionnel, de s'exprimer et de se faire comprendre. Il traduit bien la violence issue de cet isolement qu'on aborde par ailleurs dans L'orchestre des doigts. On ressent une certaine frustration en suivant le héros, son incapacité à faire comprendre son ressenti, même auprès des autres malentendants et plus encore auprès des entendants.
Mais. Mais mais mais... Voilà, Aux heures impaires n'est pas du niveau qu'on pourrait en attendre. L'histoire est somme toute assez convenue. L'idée même de donner vie aux œuvres du Louvre a un côté repompé sur de Crécy, et l'ensemble manque de surprise et de rebondissements. Le gamin frustré et incompris qui s'embrouille avec tout son entourage et se réfugie dans sa nouvelle passion, ce n'est pas une structure particulièrement innovante.
Malgré les possibilités offertes par le sujet de la surdité, les réactions des personnages et les relations humaines manquent de profondeur. L'ensemble est superflu, à peine esquissé.

Le ressenti est au final assez décevant, malgré une accroche plutôt tentante.


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Aux heures impaires

Année d'édition
2008

Aventures de la fin du monde (Les) Vincent Caut (s)(d) 12bis

Chronique du 04/11/12

Il sera achevé le 13e b'ak'tun.
C'est le 4 Ajaw 3 K'ank'in
et il se produira une vue.
C'est la représentation de B'olon-Yokte'
dans une grande « cérémonie d'investiture »


Si vous ne comprenez rien à mon charabia introductif, c'est normal.
Il s'agit en fait d'une traduction d'une inscription retrouvée sur le site de Tortuguero au Mexique. Les chiffres mentionnés ici font référence au fameux calendrier Maya dont tout le monde parle beaucoup en ce moment, et la date de 2012 y est bien associée... Les Mayas semblaient craindre cette fin de 13ème cycle, de là à dire que l'événement majeur dont parlent les Mayas est une fin du monde...
Ça me rappelle une note de Martin Vidberg tiens !


Enfin, tout ça pour vous dire que la fin du monde est un vecteur d'histoires incroyables en cette année 2012. Et justement, puisque c'est pour bientôt, on a décidé de mettre ce thème à l'honneur sur k.bd en décembre. Les Aventures de la fin du monde de Vincent Caut, sont de ces histoires-là.
L'auteur avait d'abord pré-publié ses strips sur un blog avant que la version papier ne voit le jour. Ils ont été effacés depuis.


« L'humanité entière a disparu, mais ma secrétaire est encore là. Quel comble. »

On y retrouve deux héros, seuls et abandonnés, sur une terre quasi désertique. Il n'en reste plus rien si ce n'est de l'herbe ou de la rocaille à perte de vue. Exit la civilisation humaine. Ils sont désœuvrés... ceci dit, ça aurait pu être pire non ?
Pour se consoler, il leur restera toujours un peu d'humour... à défaut d'amour.


« Fin du monde ou pas, techniquement, vous êtes encore ma secrétaire... Alors, soyez gentille, allez me faire un café. »

L'humour, c'est pour moi l'un des points forts de l'album. Pas fin pour un sou, on peut même dire qu'il est gras et bien lourdaud. Enfin moi... perso... c'est justement le type d'humour que j'adore donc ça ne m'a pas gêné et j'ai même beaucoup ri.
Un style qui m'a par moments fait penser au Retour à la terre. Je me dis que Vincent Caut est peut-être fan de cette série et y fait référence sans forcément s'en rendre compte. L'attitude des personnages parfois, certaines expressions physiques aussi, le principe du strip comme mise en scène, et cet humour lourd à la Tip Top (le frère de Manu Larssinet dans Le retour à la Terre).


« _ Adam ! Je m'appelle Adam Tourpin !
_ T... tu t'appelles ADAM ?
_ Et alors ?
_ Moi, c'est ÈVE ! »


Comble des coïncidences, nos deux protagonistes s'appellent Adam et Ève. Évidemment c'était un choix volontaire de Dieu qui a mûrement réfléchi pour sélectionner ceux qui devront reconstruire le monde, « brouillon » et « raté », de demain.
On se demande quand même s'il ne s'est pas trompé sur la marchandise en choisissant deux enfants du 21ème siècle...


« _ La pomme de Newton, c'était moi. La pomme de Guillaume Tell, encore moi. Apple Corp© Magritte, Jacques Chirac, toujours moi. Et maintenant, je suis là pour te guider.
_ Vous êtes donc la pomme d'Adam !
_ Et merde, je regrette déjà de l'avoir choisi... »


L'apparence de Dieu a toujours suscité des débats. Vincent Caut à choisi de ne pas lui donner d'apparence du tout, ou plutôt, il a choisi de le faire s'incarner dans une pomme pour dicter ses volontés à Adam et Ève.
S'il va leur arriver quelques péripéties : déluge, rencontre avec une secte survivante, découverte de la nouvelle faune et flore... l'auteur ne profite pas vraiment du contexte pour critiquer le déclin du monde d'aujourd'hui. Au contraire, les protagonistes tendent à reconstruire un monde à l'image de ce qu'ils ont connu, sans aucune réflexion sur ce qui les a conduit dans pareille situation. C'est un bémol que je trouve à cette bande dessinée : elle ne remet rien en question et laisse parfois circonspect sur certaines orientations. Mais ne perdons pas de vue que le but premier est de nous distraire, et sur ce point : c'est réussi !


« _ ARRÈTE ! NON ! REGARDE, C'EST UNE FAUSSE POMME !
_ Hein ?
_ Mais oui, tu ne vois pas ? Elle a même pas d'étiquette ! »

Chronique du 04/11/12

Il est des lectures dont on n'a rien à dire. Elles sont très bien, mais non géniales. Elles ne soulèvent chez vous aucun émoi, ne vous évoquent aucun engagement ou discours. Mais voilà, elles vous emballent, elles se laissent lire et même apprécier.

Les aventures de la fin du monde est de ces lectures.

La fin du monde est un décor, une situation nouvelle, ni plus ni moins. Point de traumatisme pour les deux survivants. Seulement un boulet et une femme de caractère, perdus sur une terre désolée avec, pour toute compagnie, une pomme (mais pas n'importe laquelle).
Les situations sont absurdes, l'ensemble est drôle. Les personnages (sans yeux) sont universels. Voilà. Rien à en dire de plus.



Un autre avis : David Fournol


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Année d'édition
2012

Aventuriers du dimanche (Les) Jean-Philippe Boudart (s)(d) Manolosanctis

Tome 1 : "Le tour des donjons"

Chronique du 25/09/10

Barbaroxe s'affaire : ce soir, il a rendez-vous avec sa guilde pour explorer un nouveau donjon. Sa copine, qui en a un peu marre de ne le voir que par intermittence, lui propose de venir boire un verre avec elle et ses amis, mais il refuse : l'aventure avant tout ! Et après tout, ce n'est que la septième fois cette semaine...

L'idée de participer à l'opération Masse Critique pour Babelio m'ayant enchanté, je me suis placé sur plusieurs titres. Dont celui-ci qui m'a été donné par Angélique, même si j'étais moins emballé. Et c'est celui pour lequel nous avons été sélectionné. Je remercie donc Babelio pour cette initiative ainsi que l'éditeur, manolosanctis, pour cet envoi gratuit.

Tout d'abord, laissez-moi vous présenter manolosanctis : il s'agit d'une nouvelle maison d'édition, puisqu'elle a été créée en 2009. C'est avant tout une communauté web, puisqu'elle propose à ses membres de découvrir des planches de jeunes auteurs non encore édités. Et voilà qu'elle se met maintenant à sortir en format papier certains albums, plébiscités par les internautes et en accord avec la ligne éditoriale.
C'est donc l'occasion pour de jeunes talents de se faire (re)connaître, et Jean-Philippe Boudart est l'un des heureux élus.

Je vais commencer par parler de l'objet.
L'éditeur nous propose ici un format non standard. Il fallait oser, pour les premiers pas : un format plus petit, un grammage de papier plus épais (150g). Nous sommes aux petits oignons. Et c'est agréable, je ne vous le cache pas.

La couverture est alléchante et le graphisme plutôt original, quoique sombre.
Il y a un petit côté brouillon qu'on retrouve chez Sfar et qui n'est pas repoussant. Il y a dans certains aspects quelques similitudes avec les vieux dessins animés, genre Popeye, ou encore la mascotte d'Angoulême. J'aime bien l'apparence visuelle des protagonistes, mais sur ce point, j'ai un bémol à donner à l'humain, que je trouve un peu hors normes par rapport aux autres personnages. J'ai l'impression qu'il ne colle pas à l'univers.
Du côté teintes, on est dans le sombre tout du long, sauf sur la dernière page, qui là encore, fait un contraste énorme avec le reste. Mais bon, je trouve pas ça si gênant, j'aime bien les couleurs de la dernière page.

C'est du côté narratif que j'ai le plus de reproches à faire. Et non des moindres :
Je n'ai pas saisi l'intérêt d'un tel album. L'histoire n'est qu'un enchevêtrement d'actions qui se suivent et qui sont dénués de substance. On va de péripétie en péripétie sans aucune construction. Y-a-t-il seulement eu un storyboard pour poser une chronologie logique ?
Je pourrais voir là dedans comme une critique du monde du MMORPG type World of Warcraft, où tu n'as plus de vie sociale, où tes seuls copains sont ceux que tu croises virtuellement, où ta nourriture se résume à des chips avec du coca... mais même pas. J'ai plutôt l'impression que l'auteur se joue de cette idée reçue du jeu en réseau, qu'il ne contredit rien et pire, qu'il aime ça.

Ben moi, j'ai pas accroché du tout... et encore moins sur le langage employé dans l'album : aucune majuscule, un vocabulaire exécrable et pire encore, l'un des personnages parle comme l'adolescent moyen écrit sur un tchat ou dans ses sms.
Et ça, c'est le genre de chose qui me fait bondir.

Franchement si vous aimez les BD d'aventures et les jeux de rôles, choisissez plutôt Donjon de Sfar et Trondheim, ou encore Le donjon de Naheulbeuk (bien que pour ce dernier, l'album ne soit pas à la hauteur de la série audio).

Chronique du 25/09/10

Attirée par une couverture alléchante et une première page qui promettait quelques parties de rigolades, j'ai littéralement été déçue par Les aventuriers du dimanche.

L'objet est beau, le trait sympa, les couleurs séduisantes, mais le contenu est nullissime. Peut-être parle-t-il aux joueurs de WoW ? Personnellement je suis assez distante à l'égard de ce type de jeu et je suis restée très hermétique à ce qui aurait dû être drôle. Je pense pourtant très honnêtement qu'il aurait été possible de faire une BD sur les MMORPG qui parle à un public plus étendu (Plus tard... en est d'ailleurs un bon exemple si on est fan des images Paint), mais ce n'est clairement pas le cas de celle-ci. On sent les clins d'œil, mais ça s'arrête là. Voilà, c'est là ma triste conclusion : cette BD est SANS INTÉRÊT.


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Tome 1 : \\"Le tour des donjons\\"

Année d'édition
2010

Azimut Wilfrid Lupano (s), Jean-Baptiste Andreae (d) VENTS D'OUEST

Tome 1 : " Les aventuriers du temps perdu "

Chronique du 16/06/12

Il est des jours comme ça où le quotidien bascule, où un événement aussi rare qu'incongru contrarie à jamais l'avenir.
C'est ce qui arrive à un petit garçon et son papa, vivant au sommet d'un arbre géant. Le père, lui, étudie les oiseaux, et confectionne avec une grande minutie des reproductions de certains d'entre eux. Quant au fils, il feuillète un livre répertoriant des mythes incroyables comme celui du terrifiant arracheur de temps. S'approchant de la fenêtre, il remarque un oiseau ressemblant à s'y méprendre à l'un de ceux que fabrique son père. Oui : il s'agit bien d'une lurette (cela faisait pourtant belle lu... mmm, passons...), un oiseau très très très rare dont on dit que son dernier œuf apporterait la vie éternelle.
Bien des années plus tard, dans le royaume de Ponduche, on témoigne de bouleversements très étranges : Le nord à disparu, affolant les boussoles et désorientant toute la faune.

Wilfrid Lupano, à qui l'on doit l'excellent Alim le Tanneur, nous revient avec une collaboration qui a de quoi mettre l'eau à la bouche. Car Jean-Baptiste Andreae, qui est aussi le dessinateur de La confrérie du crabe et de Mangecœur (deux albums scénarisés par Mathieu Gallié) a un graphisme que j'apprécie vraiment et qui nous plonge à merveille dans les ambiances fantastiques et irréelles.
C'est donc avec beaucoup de gourmandise que je me suis procuré cet album les yeux fermés. Quand je les ai ouverts, c'était pour découvrir une myriade de curiosités, toutes aussi saugrenues (ahah, jeu de mot totalement privé que seuls les lecteurs de l'album pourront comprendre) les unes que les autres.

Car Wilfrid Lupano nous étale ici une extraordinaire faune enchanteresse. Un bestiaire déconcertant et qui a quelque chose de magique. Des Chronoptères qu'il appelle ça, des êtres volants qui ont la particularité d'avoir un rapport avec le temps. La simple lecture d'un court extrait de l'Encyclopédie des Chronoptères, visible dès le deuxième de couverture, vous donne envie d'aller plus loin pour découvrir tout ça :

« La Libellule Mémorantèle :
Si elle vient boire en rase-mottes à la surface de l'eau pendant que vous y admirez votre reflet, ce dernier se retrouve " prisonnier " de l'eau pendant un an. Mystère ! »


Vous l'aurez compris, il s'agit d'un récit qui a rapport avec la temporalité. Avec la vie bien entendu, et la mort également. Du fantastique, des animaux légendaires et nouveaux, une inventivité à couper le souffle et une intrigue aux petits oignons (je vous ai parlé du nord qui avait disparu, il s'agit de l'un des fils rouges de l'album), voilà qui vous ravira probablement. Un tome d'entame qui prends un bel envol et qui nous surprend à chaque nouvelle page. C'est très agréable de pouvoir lire une aventure aussi rafraichissante. Et le trait fin et détaillé de Jean-Baptiste Andreae est peut-être ce qui se fait de mieux pour l'imager, la faire vivre, et pourquoi pas nous faire rêver !




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Tome 1 : \\" Les aventuriers du temps perdu \\"

Année d'édition
2012