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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
1 an - 365 dessins Nicolas Keramidas (s)(d) SOLEIL

1 an - 365 dessins

Chronique du 10/09/11

Cela vous est peut-être déjà arrivé un jour de vous poser un défi, et de vous dire, cette année, je vais faire quelque chose tous les jours, sans en louper un seul !
Si vous avez déjà vécu cette situation, vous savez ô combien c'est difficile de tenir sur une aussi longue distance. D'une part parce que la motivation c'est comme tout : il y a des hauts et des bas. Mais aussi parce qu'il y a des empêchements, des jours où on a pas envie, etc...

Nicolas Keramidas s'y est tenu et nous a livré ses 365 dessins, contenu de son carnet de notes qu'il emmenait avec lui chaque jour qui passait. Et en cela, il faut lui tirer notre chapeau, parce qu'il l'indique dans l'album, c'est quelque chose qui le suivait toujours. Il y pensait tout le temps. Le soir en se couchant il cogitait déjà sur l'idée du lendemain. Pas le droit à la page blanche, c'est un sacré défi ! Et puis plus d'une heure d'investissement en plus du travail quotidien, il faut avoir les nerfs solides.

1 an - 365 dessins relate donc l'année 2009 de Nicolas Keramidas, ses déplacements lors des festivals, ses rushs, ses concerts, ses sorties cinéma, ses rapports familiaux. Nous partageons en quelque sorte son intimité. Pour avoir discuté avec l'intéressé lors d'une rencontre à Angoulême, il tient beaucoup à cet album. Cela se comprend.

Pour la petite histoire, j'ai cherché à me le procurer parce que j'ai la chance de figurer sur la note du 29 janvier 2009, puisque ce jour là, Nicolas Keramidas avait décidé de refaire le portrait des personnes qui venaient le voir en dédicace. Tout en bas à gauche, les yeux tout exorbités de curiosité, c'est moi !



Alors oui, cet album a une saveur particulière, du coup. D'autant que le format, qui sent bon le petit livre de chevet, est vraiment superbe.
Sinon, le contenu était également lisible sur son blog pour ceux qui le suivaient régulièrement. Et j'ai vu qu'il remettait ça cette année en tombant par hasard sur son facebook. Si c'est pas du courage ^^

Espérons pour lui qu'il soit encore édité pour cette nouvelle tentative, et surtout qu'il la mène à terme sans les désagréments de la première fois. Car malheureusement, et c'est le gros bémol, son éditeur lui a annoncé le 1er novembre 2009 que son album allait être publié, mais qu'il devait le boucler en 15 jours...
Alors oui, c'était une chance inespérée. Mais il aura dû tricher pour parvenir à ses fins. Ce qui me paraît à la fois frustrant (pour lui) et très irrespectueux de son travail (de la part de Soleil).

Parviendra-t-il à préserver cette même saveur ?
Courage Nico !

Chronique du 17/09/11

Quand Jérôme a acheté ce bouquin, je me suis dit qu'il ne devait pas présenter un grand intérêt, si ce n'est que la trogne dudit Jérôme se trouve quelque part dedans. Bref, il est resté très longtemps sur les étagères de la bibliothèque, et n'eusse été son format (petit, carré et épais), il serait passé tout à fait inaperçu. Peut-être bien que je ne l'aurais jamais ouvert.

Mais voilà, en ce moment, j'ai besoin de lectures "pas prises de tête" (pas trop sérieuses quoi), et le format justement l'a bien fait ressortir au milieu des BD de Soleil, toutes au même format, toutes avec la même tranche.

Me voilà donc à débuter une lecture que je pensais plutôt s'apparenter au feuilletage. J'ai vite été surprise par l'intérêt que j'y ai porté. On se laisse vite emporter par l'élan créateur de Keramidas. Non il n'y a pas de scénario, ça ressemble plutôt à des pensées du jour illustrées, mais on se met à suivre le quotidien et les essais de l'auteur. Entre des tentatives graphiques différentes, ou des petites aventures quotidiennes, on croirait suivre un blog créé exprès pour le papier. Bref, en fait, il est vachement bien !

Seul bémol, la fin. La découverte au mois d'octobre, d'un petit mot de l'auteur signalant que les derniers mois ne correspondront plus à une réalité mais à un travail speed de 2 semaines... Ca refroidit. On remercie l'auteur pour son honnêteté et on imagine sa frustration à ne pas aller au bout de son engagement, d'autant que, pour autant que je sache, le livre ne s'est pas vraiment vendu. Toujours est-il que ça gâche finalement la fin de la lecture, et que je ne félicite pas l'éditeur sur la façon de faire. Il parait que Keramidas a remis ça, j'espère pour lui qu'il pourra, cette fois, aller au bout de son projet. Si le lecteur ne le partage pas, tant pis, car 1 an - 365 dessins est avant tout un travail personnel, et c'est justement ce qui fait sa qualité. Un auteur, c'est surtout un créateur. Qu'il se fasse plaisir est plus important que le succès de son livre (même si, bien sûr, on lui souhaite qu'il en ait quand la qualité est au rendez-vous).


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1 an - 365 dessins

Année d'édition
2010

3'' Marc-Antoine Mathieu (s)(d) DELCOURT

3 secondes

Chronique du 27/09/11

La première case débute comme un soir de théâtre : noir sur scène.
Puis apparaît alors un minuscule point blanc, comme une petite lumière au bout d'un tunnel. Ce point grossit, puis prend forme. Peu à peu se dessine un décor, se silhouettent des personnages. Le tout zoome sur un homme, plus loin, dans une loge. Son œil bien rond se focalise sur l'écran de son téléphone qui lui annonce un message...
De reflet en reflet, nous voilà baladé de scène en scène tout le long de notre lecture. Autant de miroirs qui nous permettent d'appréhender tous les angles d'une même séquence qui se déroule en 3 petites secondes...

J'ai toujours pensé que les concepts, et surtout dans la bande dessinée, ne donnaient jamais rien de concluant. Je donne souvent en exemple la série Sept ou les auteurs ont 46 pages pour présenter sept personnages et développer un scénario. Très peu d'albums sont parvenus à faire quelque chose de correct sur ce principe.
Ici le concept est totalement différent, puisque l'idée est de nous promener de scène en scène par le biais de reflets et de zooms, dans l'espace d'une poignée de seconde. Le temps y est comme figé mais les angles sont nombreux et chaque revisite d'un lieu nous permet d'affiner notre expertise du scénario, de chercher de nouveaux indices qui nous amèneraient sur la voie de la compréhension.

Croyez-le ou non, mais j'ai trouvé ce concept intéressant, et même particulièrement réussi. Mais nous avons affaire avec quelqu'un qui sait faire, car Marc-Antoine Mathieu n'est pas le premier venu en ce qui concerne la mise en abyme. Déjà avec Les sous-sols du Révolu, il nous avait emmené dans cette toile exposée dans le musée, toujours plus loin, dans un soucis du détail démesuré. Cet album de 3 secondes perpétue cet exercice de style à son paroxysme et nous permet de découvrir l'intrigue par petits bouts.

Une prouesse d'autant plus extraordinaire qu'elle joue sur l'espace et le temps.
L'espace bien évidemment parce qu'on est baladé d'éclat en éclat : les textes sont inversés et notre perception des choses renversée à chaque espace. On est en quête du moindre indice et j'ai trouvé assez amusant de jouer avec ces miroirs.
Le temps, aussi, a une grande importance. Car si la scène semble figée, elle avance inexorablement au fil de l'album. Marc-Antoine Mathieu a joué avec la vitesse de la lumière et s'est servi de voyages plus ou moins longs pour faire avancer plus ou moins vite les choses.

En bref, il vous faudra bien tout regarder d'un bout à l'autre (je parle de regarder, parce que la BD est quasiment muette) pour comprendre et résoudre cette intrigue qui remue presse, politiques, justice et sportifs.
Une lecture qui prend un temps fou pour tout bien décrypter lorsqu'on veut s'en donner la peine, et qui demande une concentration certaine.

Pour approfondir après cette intense enquête, l'éditeur vous propose de visionner le film de l'album en ligne, sur internet, grâce à un code donné dans la bande dessinée. Une démarche intéressante et qui permet de jouer avec le média informatique tant redouté dans le milieu du livre.
Marc-Antoine Mathieu pionnier ?




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3 secondes

Année d'édition
2011

A.L.I.E.E.N. Lewis Trondheim (s)(d) GALLIMARD

Anthologie de Littérature Infantile Extraterrestre Égarée Négligemment

Chronique du 09/07/12

Lewis Trondheim nous l'apprend en préambule, cet album n'est pas de lui !
Un midi (37) d'avril 2003, alors qu'il cherchait un coin sympa pour piqueniquer avec sa petite famille, Lewis est tombé par hasard sur cette bande dessinée. Chose étrange, ni le support ni le contenu ne semblait provenir d'un quelconque esprit terrien. L'évidence lui sautait aux yeux en même temps qu'il contemplait les alentours : l'herbe calcinée formait un cercle parfait ! Et s'il tenait là la preuve d'une existence extra-terrestre ? Le mystère demeure encore aujourd'hui, mais il est de bon droit de remercier les éditions Gallimard d'avoir publié cet O.V.N.I. de la bande dessinée. Car oui, c'en est bel et bien un !

Le secret de Polichinelle n'effraiera personne si je le dévoile sur l'instant, vous vous doutez bien de la réelle identité du mystérieux auteur. Néanmoins, si personne n'est dupe (n'est-ce pas ?), nous sommes en droit de nous poser la question sur l'origine humaine de Lewis Trondheim (et sur ses facultés mentales). Est-ce seulement sa BD qui vient d'une autre planète ?

Lewis Trondheim partage avec nous un album muet sans l'être, entendre par là que le texte dans les bulles se cantonne de toute façon à un langage qu'on ne saurait - du moins je crois - décoder... mais il faudrait que je mette mes meilleurs spécialistes sur la question. Pas de soucis pour autant pour la compréhension. Le récit, simple et efficace, se passe allègrement d'explications.
Un album qui met en scène des personnages aux profils variés et colorés, tous droits sortis de son imagination débordante. Des êtres vivants aux formes étranges (normal pour des extra-terrestres me direz-vous !) et aux mœurs... chirurgicaux. Ne cherchez pas, nous sommes dans un ailleurs lointain. Cependant, il n'est pas impossible d'y trouver quelques références à notre monde à nous : immeubles d'habitation, gadgets électroniques, métiers ou comportements parfois proches des nôtres... J'ai presque parfois l'impression d'une satire de notre réalité poussée à son paroxysme, sans aucune qualité et avec tous les défauts.

Sous le couvert d'un graphisme enfantin et absolument pas réaliste (la marque de fabrique de l'auteur), le monde d'A.L.I.E.E.N. est déjanté et cruel, plein de perversité, mais il n'en demeure pas moins divertissant, et j'irais même jusqu'à dire drôle ! Sûrement mon petit côté sadique :)




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Anthologie de Littérature Infantile Extraterrestre Égarée Négligemment

Année d'édition
2007 (1°ed.Bréal Jeunesse 2004)

Aâma Frederik Peeters (s)(d) GALLIMARD

Tome 1 : " L'odeur de la poussière chaude "

Chronique du 09/02/12

Lorsque Verloc Nim se réveille, couché au centre d'un cratère encore fumant, il ne se rappelle plus de rien. Il ne sait plus son nom, ni où il est, ni d'où il vient. Seule l'image de sa fille, Lilja, semble le rattacher à quelque chose de concret.
Alors qu'il semblait pour le moins perdu, c'est un robot hors catégorie, ressemblant à un singe et dénommé Churchill, qui se porte à son secours et lui remet son carnet de voyage. Ce petit carnet, véritable rareté dans un monde cybernétisé à outrance, il y a consigné les péripéties de ces derniers jours. Verloc se replonge alors corps et (A)âme dans celui-ci pour revisiter l'histoire, son histoire, celle qui l'a amené ici, sur cette planète lointaine d'Ona(ji), l'extirpant de sa misérable existence de moins que rien.

Je vous vois venir avec vos grands sabots : mais ils font quoi sur ce site, ils ont arrêté de lire ? Ils ne publient plus de nouvelles chroniques ? Figurez-vous qu'on manque cruellement de temps en ce moment. La faute à notre (future) maison, en cours d'achèvement. Évidemment, entre le suivi du chantier et les derniers travaux, que nous faisons nous-même, c'est un peu la course. Voilà donc la raison de ce "mutisme"... mais revenons en plutôt à nos histoires de gorilles intergalactiques. Non pas que notre vie soit à ce point inintéressante, mais vous n'êtes pas là pour ça : Aujourd'hui, c'est Frederik Peeters qui commande !

Que nous a-t-il concocté, le brillantissime auteur de Château de sable, Pilules bleues, Lupus, RG, Pachyderme et j'en passe ? Nous voilà parti une nouvelle fois dans la science fiction, et plus précisément dans l'exploration. Mais pour complexifier un peu la donne, elle prend des voies multiples :
Tout d'abord, il y a cette planète, Ona(ji), dont on ne connait rien ou si peu. Les informations sont distillées au fur et à mesure sur ce qui ressemble à une grand champ d'expérimentation. Qui sont ses habitants ? Pourquoi sont-ils si peu nombreux ? Que font-ils ici ? Notre héros ne sait rien et doit tout apprendre sur le tas... comme nous, quoi...
Exploration physique donc, mais aussi mentale, puisque Verloc, devenu amnésique, essaie de recouvrer sa mémoire grâce à son journal intime, qu'il avait eu la bonne idée de commencer quelques jours auparavant. Un jeu de pistes qui permet de replacer les événements dans le bon ordre... mais pas de répondre aux questions.

Ce que je dis là, ce n'est que la surface d'Aâma. Car on ressent à la lecture un récit bien plus complexe. J'ai entendu ça et là que Frederik Peeters ne savait pas trop encore comment il allait enchaîner la suite. Il n'est pourtant pas bien difficile de reconnaître que l'auteur a énormément fouillé les personnages, et qu'il prépare là le terrain pour quelque chose de plus ambitieux.
Verloc Nim lui-même, un rebut de la société qui a tout perdu jusqu'à sombrer dans le shia (une drogue), se voit attribuer un rôle de premier ordre dans l'aventure que lui propose son frère Conrad. Qui est cette mystérieuse enfant ressemblant à s'y méprendre à sa fille Lilja qui vient d'apparaître sur Ona(ji), une planète très éloignée Radiant, où elle est censée être ? Par cette apparition, par sa rencontre avec son frère, Verloc se retrouve confronté à son échec, celui d'avoir perdu le magasin de son père, d'avoir perdu sa femme, sa fille...
Et Conrad dans tout ça ? Pourquoi cache-t-il autant de secrets ? Quelle est sa mission exacte, la vraie, celle qu'il garde précieusement pour lui ?

Graphiquement, Frederik Peeters reprend le chemin de la couleur, qui colle ma foi fort bien à l'exploration spatiale. On a parfois, au détour d'un visage, l'impression de croiser d'autres personnages issus d'autres œuvres. Par exemple, ce Verloc là me fait beaucoup penser à Amasan, l'algérien de Château de sable. Un caractère très différent, mais toujours avec cette ressemblance d'être dépassé par les événements (dans Château de sable en même temps, qui ne l'était pas ?).

Aâma est très certainement un ouvrage d'ouverture, certes copieux, mais qui pose seulement les bases d'un récit ambitieux et pourquoi pas tentaculaire, où chaque chose à sa place et s'entrelace. Il y a un parfum de mystère qui se dégage de cette lecture. Il faudra approfondir pour en percer les multiples secrets, pour découvrir l'histoire véritable qui se cache derrière le voile de l'amnésie.
Il faudra probablement attendre septembre 2012 pour voir la suite de Aâma. Mais pas la fin, si l'on s'en réfère aux propos de l'auteur sur la série, tenus sur son blog :
« Et celle-là risque d'être longue, très longue. »




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Tome 1 : \\" L\\'odeur de la poussière chaude \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " La multitude invisible "

Chronique du 25/10/12

Verloc Nim se réveille. Il sort doucement de sa torpeur nocturne, de ses rêves. La journée de la veille n'a pas été de tout repos. Elle a apporté son lot de surprises et de découvertes. Elle n'a pas ménagé son esprit. Hier soir il a partagé sa couche avec une femme. Il est tout guilleret. La vie est belle finalement, il faut parfois laisser les soucis de côté, profiter de l'instant présent...
Lorsqu'il sort de la chambre, il retrouve Myo en pleurs. Les autres savent pour hier soir...
La journée commence à peine et la réalité reprend déjà ses droits. Il va falloir s'habituer à composer avec toutes les personnalités car sur ona(ji) rien n'est comme ailleurs !

« Écoute, ces gens se sont construit leur propre microsociété pour résister à l'isolement. Tu aurais pu te douter que ça foutrait le bordel !... »

Bien dit Conrad ! Toi au moins tu as toujours la tête sur les épaules !
N'essayons pas de s'imaginer ce qu'il a voulu dire par là, l'heure est au départ : Conrad, son frère, Churchill et Frienko sont sur le point de partir à la recherche du professeur Woland, disparu avec le fameux projet Aâma. Myo et la petite fille feront également parti de l'expédition. Voilà qui devrait un peu calmer la concentration de testostérones.
En route vers l'inconnu et au-delà...


« _ C'est vivant ! Un organisme simple...
_ Certainement une mousse primitive qui apprécie les milieux acides... Elle se nourrit peut-être de soufre.
_ Dites... Arrêtez-moi si je me trompe, mais d'après mes informations, le niveau d'évolution sur ona(ji) correspond à une ère Cambrienne terrestre, non ?
_ C'est ça...
_ Alors peut-on m'expliquer ce que ce machin fout là, dans un monde où la vie n'a jamais quitté le fond des océans ?! »


Avec cette suite d'Aâma, Frederik Peeters nous emmène un peu plus dans les profondeurs de la science fiction. L'occasion pour l'auteur de se faire plaisir en développant une faune et une flore sortie tout droit de son imaginaire débordant, mêlant une base biologique connue de nos cerveaux d'hommes du 21ème siècle (on se refait pas) et une robotisation totalement invisible.
Le projet Aâma prend forme petit à petit, il dévoile juste ce qu'il faut pour aiguiser notre insatiable curiosité. L'ambition du projet, nous ne la connaitrons pas encore ici. Mais nous pouvons d'ors et déjà apprécier son indépendance : les créatures, qu'on croirait sorties d'un livre de sciences naturelles narrant l'ère Paléozoïque (ou du très bon Alpha... directions de Jens Harder), ont pris leur propre liberté d'évolution. Et c'est ça qui est quelque part fascinant : imaginez un développement ultra-rapide, ce qu'il pourrait causer, sur une planète déserte prête à recevoir la vie et sans les périodes de glaciation pour tempérer leur côté toujours plus bestial.
Plus on s'enfonce dans ona(ji) et plus les créatures sont « sophistiquées », plus elles sont dangereuses. On se demande dans quelle direction l'évolution se fera sur cette planète. Sera-t-elle interrompue par on ne sait quel événement majeur ? Donnera-t-elle une civilisation intelligente ? Aboutira-t-elle sur l'homme ? Que sera l'homme vu par Aâma ?

Petit à petit, j'en viens même à me demander si la fille qui ressemble à la fille de Verloc n'est pas le fruit d'Aâma... et si la chercheuse sainte nitouche, Myo, n'en saurait pas un peu plus qu'elle le prétend...


Vous l'aurez compris, Aâma est une série terriblement addictive. Alors qu'on rentre un peu plus dans l'intimité de Verloc Nim, sans pour autant comprendre ce qu'il va lui arriver sur ona(ji) (rappelez-vous : nous lisons son carnet alors que lui-même est devenu amnésique), on a vraiment envie d'en savoir plus encore !

En plus d'affouiller les personnalités en nous dévoilant une partie de leur vécu, Frederik Peeters joue avec les temporalités, imbriquant les récits les uns dans les autres, nous plongeant alternativement entre le passé de Verloc et les différents présents (celui du carnet ; celui où il est seul avec Churchill), par le biais de flashbacks ou de rêves.
La narration n'en souffre absolument pas, ce qui traduit une réelle maîtrise de l'auteur.

Nous ne savons toujours pas combien de tomes pourrait prendre cette série. Frederik Peeters n'est pas un habitué des séries à rallonge, mais il a envie de prendre son temps pour nous raconter son histoire. Le principal problème dans tout ça c'est qu'il nous faudra attendre quelques mois pour connaître la suite... et savoir tempérer notre impatience.

Roaarrr Challenge
- Prix de la série - Angoulême 2013




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Tome 2 : " La multitude invisible "

Année d'édition
2012

Abdallahi Christophe Dabitch (s), Jean-Denis Pendanx (d) FUTUROPOLIS

Tome 1: "Dans l'intimité des terres"

Chronique du 11/06/07

Tombouctou, XIXème siècle. Une ville mythique en plein cœur du Sahara dans laquelle aucun blanc n'entre, cité interdite vers laquelle plusieurs expéditions sont tentées, allant jusqu'à promettre une grande récompense à quiconque en franchira le seuil vivant.
Certains tentent des approches diplomatiques, d'autres marchent en tête d'une armée ... sans succès.
René Caillié, lui, prépare depuis 10 ans ce périple, et souhaite rallier Tombouctou à pied, en explorateur. Pour ce fait, il a appris l'Arabe, et lis chaque jour le Coran. Il se fait maintenant appeler "Abdallahi", le Fils du Prophète et arpente l'Afrique comme un Africain.
Au cours du premier tome, il fera la rencontre d'Arafanba, un esclave affranchi qui s'est décidé à l'aider...

Ce premier volet d'une série de deux tomes nous plonge dans un univers fantastique. Du début à la fin, nos yeux sont éblouis par la qualité du dessin, par la myriade de couleurs, riches et variées, et notre pensée est accaparée par cette histoire prenante et envoûtante.
Nous voyageons, de Kakondy à Djenné, aux côtés d'Abdallahi et d'Arafanba, partageons avec eux leurs joies, leurs peines, et leurs souffrances. Nous sommes subjugués par la richesse du pays, intrigués par les coutumes et la simplicité des peuples, touchés par la dureté de la vie et du climat, et déchirés par l'horreur des cadavres et de l'esclavage.

J'ai eu la chance de découvrir Abdallahi lors d'une exposition, organisée par le festival des Hauts de Garonne de Cenon 2007. La mise en scène, autant sur le point de vue des images et des décors habilement choisis, que par l'ambiance qui régnait dans le lieu, sur un fond sonore alternant des paroles d'Arafanba et des musiques typiques Africaines.
Je me suis aussitôt précipité chez mon libraire, et je ne le regrette pas, Abdallahi est vraiment une référence incontournable de la bande-dessinée.

Chronique du 11/06/07

Cette bande dessinée est un trésor. Son graphisme est époustouflant, entièrement réalisé à la peinture. Pour avoir vu quelques originaux lors d'une exposition à Cenon, c'est encore plus à couper le souffle.
Le scénario pourrait sembler basique, puisqu'il est basé sur l'histoire vraie de René Caillié, qui écrivit Voyage à Tombouctou et à Jenné dans l’intérieur de l’Afrique suite à son voyage. Mais non, il fait rêver. Il nous transporte dans un univers incroyable.
Bref : un poème.


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Tome 1: \\"Dans l\\'intimité des terres\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Traversée d'un désert"

Chronique du 21/06/07

Abdallahi poursuit son chemin et arrive au milieu des esclaves dans la cité de Tombouctou. La ville mythique éblouissante de richesses qui devait s'ouvrir à ses yeux lui apparaît rapidement terne et sans saveur.
Comment faire croire une telle vérité au consulat, lui qui ne vit plus que par le mensonge.

Ce deuxième tome clôt le cycle épique des aventures de René Caillié. La maladie le poursuit et le ronge, la folie le guette, et son ami Arafanba, qui semblait avoir percé son secret depuis longtemps, est parti avant lui.
Mais la force de René, son abnégation à porter sa vérité au monde d'où il vient, le ramènera jusqu'en France, où il peut de nouveau vivre et fonder une famille.
Un second livre dans la lignée du premier, magnifique, haut en couleur, et avec des textes habilement choisis et superbement mis en valeur.

Merci aux auteurs pour ce conte merveilleux.

Chronique du 21/06/07

La suite du premier tome. Série terminée, donc pas contraignant pour les non-collectionneurs.
Pour les commentaires, voir le tome 1.


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Tome 2: \\"Traversée d\\'un désert\\"

Année d'édition
2006

Abélard Régis Hautière (s), Renaud Dillies (d), Christophe Bouchard (c) DARGAUD

Tome 1 : " La danse des petits papiers "

Chronique du 31/10/11

La vie est belle au marais, plus que belle même. Y'a rien de mieux ailleurs !
Les hommes y vivent heureux, sans contrainte, jouant aux cartes jusqu'à pas d'heure, péchant les poissons dans l'eau calme, sirotant quelques bières sur la berge les yeux posés sur l'horizon, des étoiles pleins les yeux.
Abélard est encore un petit poussin alors que les autres ont un peu bourlingué à droite à gauche avant d'arriver ici. Lui, il est né dans le marais, il n'a connu que cet endroit. Il profite du moment présent sans attacher d'importance à autre chose, laissant vagabonder ses pensées au rythme des notes de sa petite guitare. Son chapeau, source de proverbes intarissable, lui délivre chaque fois qu'il le retourne une maxime. D'une naïveté extrême, il ne comprends pas toujours ce que ces adages signifient, ni même les pensées des adultes qui l'accompagnent. Il a des rêves plein la tête et se pose des tas de questions. Un jour, il décide de partir...

« _ Quelle purée de pois... Une chance que tu sois tombé sur nous. Tout seul dans ce brouillard, tu te serais perdu.
_ C'est étrange, le brouillard plus on le regarde de près, moins on le voit. Chez moi, il y en a souvent le matin. Il arrive pendant la nuit sans faire de bruit. Il glisse sur l'eau, il s'étale sur le matais et puis il disparaît. Je me demande d'où il vient.
_ Du ciel. Le brouillard, c'est un nuage qui est tombé par terre.
_ Où est la pluie ?
_ La pluie ? Quelle pluie ?
_ Mon ami Mikhaïl dit que les nuages sont de gros sacs pleins de pluie.
_ Ha Ha Ha ! C'est bien une réflexion de Gadjo ! Les nuages... des sacs de pluie... Ouh ouh ouh ! Comme si on pouvait enfermer la pluie dans un sac !
_ Ben alors... d'où elle vient, la pluie ?
_ Des nuages ! »


Petit garçon deviendra grand.
On peut pas dire qu'Abélard soit très précoce, malin, ambitieux, etc... C'est vraiment la naïveté qui le caractérise le plus. Il ne connaît rien du monde, mais il a envie de le découvrir et de voir de ses propres yeux à quoi il ressemble, bien loin de se douter de tout le mal qui sévit ailleurs et de la bêtise des gens. Pour lui qui a vécu toute son enfance dans un milieu où il fait bon vivre, où tout le monde est adorable et où rien ne compte plus que la tranquillité, affronter le monde relève d'un sacré défi.

« Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles. »

Au début, je me suis demandé où Régis Hautière, le scénariste d'Abélard (mais aussi d'Accords sensibles, De briques & de sang, Pendragon...), voulait nous amener avec ses multiples dictons sortis d'un chapeau comme par enchantement. Ce chapeau m'avait tout l'air d'un artifice, d'un prétexte pour caser plein de métaphores sympathiques. C'est finalement plus que ça, puisqu'il fait office de conscience pour Abélard. Mais ce n'est pas pour autant son seul guide puisque chaque rencontre qu'il fera lui apprendra les choses de la vie (si tant est qu'il puisse les comprendre).

Outre l'aspect « mignon » que le récit développe, fortement appuyé par le graphisme tout en rondeur de Renaud Dillies (à qui l'on doit aussi Betty Blues ou Bulles & nacelle), l'innocence d'Abélard fait le parfait contrepoids à la bêtise humaine. Les situations auxquelles notre protagoniste principal se retrouve confronté auraient de quoi faire fuir la plupart des gens censés, mais lui n'a pas cette vision malsaine et toute faite de la société qu'ont les adultes. Il ne voit pas le mal ou le vice, au contraire, sans le vouloir lui-même, il le dénonce. Et c'est ça qui fait tout le charme de ce personnage alors que d'autres un peu moins naïfs nous auraient juste donné envie de leur mettre des claques.
Ainsi, il se retrouve confronté au racisme, à l'exclusion, à la violence. Et sans jamais rien comprendre des choses il parvient à décontenancer tout le monde (d'ailleurs, on se demande parfois qui est le plus naïf, du coup).

« La race, c'est quand on est pareils mais complètement différents, c'est ça ? »

Et si Abélard n'était pas après tout notre petite voix à nous ? Ne nous aiderait-il pas à dédramatiser un peu les choses qui nous entourent ?

Chronique du 31/10/11

Régis Hautière nous emmène sur les pas d'un jeune aventurier amoureux et naïf. On aime l'âme de ce personnage, aussi pure que celle d'un enfant. Il se fie aux maximes tirées de son chapeau pour prendre ses décisions et son regard innocent tourne en ridicule les aspects les plus laids de l'humanité (pour me prêter au jeu des citations qui plait tant à Lunch : "La race, c'est quand on est pareils mais complètement différents, c'est ça ?").

Pour accompagner cette histoire, Dillies a sorti ses vieux feutres, offrant un trait à la fois plein de rondeurs et de flous, avec une végétation qui complète la dimension onirique du dessin. Lui qui nous habitue à des petites histoires pleines d'innocence, il s'intègre pleinement dans l'univers d'Abélard. Les pinceaux de Bouchard en tons pastels, presque sépias, renforcent cette impression de se promener dans un rêve.

Un très bel album que l'on referme en se demandant bien où Hautière veut nous emmener...


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Tome 1 : \\" La danse des petits papiers \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " Une brève histoire de poussière et de cendre "

Chronique du 09/11/11

Abélard et Gaston poursuivent leur petit bonhomme de chemin ensemble. Malgré leurs différences notables, ils forment un duo attendrissant et complémentaire, le plus ronchon contrebalançant l'extrême naïveté d'Abélard, le jeune poussin apportant un peu de gaieté dans l'univers de cet éternel désabusé qu'est Gaston.
Ils font fi des épreuves et avec abnégation finissent par apprendre l'un de l'autre, par tout simplement s'apprécier, en même temps que nous nous attachons aux deux personnages nous aussi.

_ « Les fruits de l'amitié »... j'aime bien cette expression. Je trouve ça joli.
_ C'est niais, je te dis. L'amitié, c'est du flan. Moi, ma philosophie de la vie, je ne la tire pas d'un chapeau de clown. Je la tire de mon expérience. Et mon expérience, elle me dit que les amis, ce sont des parasites qui sont là quand tout va bien et qui disparaissent au premier coup dur. Mon expérience, elle me dit que, quand tout s'écroule autour de toi, la seule personne sur qui tu peux vraiment compter... c'est toi.


Le tome 2 clôt ce diptyque d'une très belle façon. De manière triste aussi - mais ça nous le sentions venir dès le premier volet et l'intervention de cette diseuse de bonne aventure qui n'avait pas eu le courage de briser les rêves du jeune aventurier - sans pour autant définir dans quel sens le vent tournerait.
Ce qui fait la force de cet album c'est bien entendu l'indéfectible amitié que nous voyons se former sous nos yeux. Ce sont aussi les échecs de ce garçon plein d'espoir qui claquent comme de violents uppercuts dans le foie.
Chose incroyable, tout ce que les auteurs construisent dans le tome 1, et renforcent au début du second volume, est complètement balayé ensuite.
C'est très beau et à la fois tellement décevant. Je parle pas du récit mais au contraire de ces sentiments qui ont été développés et qu'on avait finalement envie de croire jusqu'au bout. La naïveté d'une personne qui est si touchante et qui déstabilise tout le monde tellement la réaction surprend. Et puis toutes ces confrontations avec la rudesse de la vie et des gens, avec la connerie humaine qui, inexorablement – et malheureusement - gagne à la fin...

Oui, Abélard est un album fantastique. Lisez les deux tomes d'une traite, sans vous arrêter : ils sont inséparables ! D'ailleurs, c'est à se demander si l'éditeur n'a pas fait exprès de scinder le récit en deux pour améliorer ses bénéfices, au détriment de la forme. Je dis ça, parce qu'en prime, les deux tomes sont parus la même année, à seulement deux mois d'intervalle... une belle connerie ! J'aurais dû me laisser tenter par l'intégrale qui sort ce mois-ci (oui oui, seulement deux mois après le second opus), même si elle est un peu plus onéreuse, au moins le récit aurait été entier.

Ne finissons pas sur cette note négative : Abélard est magique. Les auteurs parviennent à nous captiver, à faire vagabonder nos esprits vers un ailleurs utopique. On voyage, on est séduits, on est emballés même, et on se pose des questions qu'on ne s'étaient jamais posées.
Et puis... avouons-le, ça décoiffe !

Chronique du 09/11/11

Un tome 2 résolument différent du premier ! En fait, les teintes des couvertures en disent long sur l'ambiance. Autant le tome 1 est innocent et réjouissant, autant le tome 2 est profondément triste. Les couleurs de l'album elles-mêmes évoluent vers quelque chose de plus sombre à mesure qu'on avance dans l'histoire.

En tous cas c'est un album beau et poignant, le genre d'histoires qui vous écrasent le cœur. J'ai eu envie de mettre une rouste à ces mauvais personnages qui font du mal à notre héros, j'ai eu envie de prendre Abélard dans mes bras, j'ai eu envie de le secouer pour l'aider. Décidément on s'attache à ce petit bonhomme au cœur trop pur.

A la réflexion, il y a quelque chose de Disney : les bons d'un côté, les méchants de l'autre. Certains pourraient *peut-être* y trouver un manque de profondeur, moi j'ai juste trouvé une grande simplicité à cette histoire, au sens positif du terme. Une très belle histoire, servie par un dessin d'une grande douceur et des personnages très expressifs (toujours cette qualité dans l'anthropomorphisme), et toujours ces couleurs d'une très grande qualité.

Bref, j'ai a-do-ré !!!


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Tome 2 : \\" Une brève histoire de poussière et de cendre \\"

Année d'édition
2011

Aberzen Marc N'Guessan (s)(d), Christophe Gibelin (c), Delphine Rieu (c-T4) SOLEIL

Tome 1 : " Commencer par mourir "

Chronique du 30/09/13

Hotis est en charge des excavations minières. C'est lui qui dirige les travaux sur le site et qui doit faire face à tous les problèmes.
Alors qu'il discute âprement confort et sécurité avec le propriétaire des lieux, pour qui le rendement pourrait être amélioré, il est appelé à descendre dans les profondeurs pour une surprenante découverte : une paroi lisse au milieu de la roche.
Derrière elle, une salle immense, creusée comme un dôme avec un œuf gigantesque en son centre. C'est là que le mauvais rêve d'Hotis devient réalité, la menace venue du plafond s'extirpant de son cocon millénaire pour fondre sur eux. Les Krékersès étaient libres... l'invasion commençait.

« C'est un grand jour aujourd'hui, nous attendions tous cela depuis tellement longtemps. Ne le dis à personne, hein, mais je crois qu'un nouvel élève va nous arriver. »

Autant le dire tout de suite, cette série n'est pas faite pour ceux qui aiment rester maîtres de la narration.
Vous aurez l'impression, lecteurs, de ne pas comprendre grand chose à cette histoire et croyez-le, c'est bien normal : Marc N'Guessan, son concepteur, a voulu que vous soyez spectateurs.
Aberzen est une série qui se lit jusqu'à la fin. L'auteur délivre les clefs de son intrigue dans les ultimes pages du dernier opus et jubile bien de nous mener en bateau tout du long. Et peut-être qu'à ce moment-là vous vous déciderez même à tout relire depuis le début...

Le premier tome, introductif, est plutôt dense puisqu'il nous invite dans un univers complexe et oscille sans cesse entre deux mondes. Nous sommes, à l'image d'Hotis le protagoniste principal, baladés d'une pyrogemme à l'autre sans n'y rien comprendre... Une histoire de vie et de mort, mais aussi de vie après la mort.

Le scénario ne nous laisse pas une seconde de répit pour respirer, exposant ainsi plusieurs événements qui se passent au même moment mais dans des mondes différent. Ne cherchez pas à recoller les morceaux, c'est encore bien trop tôt. Non, il faut se laisser happer par l'intrigue pour l'apprécier pleinement, car les non-dits sont nombreux, les desseins sont cachés et les enjeux dépassent l'entendement.


L'ambiance graphique de Marc N'Guessan est très agréable. S'il a choisi comme base de créer un peuple anthropomorphique, la présence des monstres envahisseurs lui permet de se faire plaisir tant par leur taille que par leur forme. Seule Bachel semble sortir de ces archétypes avec sa silhouette humaine, bien qu'il soit arrivé quelques bricoles à une partie de son visage.
Le dessin de l'auteur est fait d'une multiplication de petits traits. Une surabondance qui donne du relief à la matière, du simple caillou aux plus impressionnantes créatures, et du caractère aux personnages, disposant d'une grande palette d'expressions.
On pourrait presque sentir la mousse, les pustules (beurk) ou les poils de fourrure. Il faut dire que Christophe Gibelin (à qui l'on doit le très bon scénario des Lumières de l'Amalou) met très bien en valeur les traits du dessinateur, accentuant même ses effets de style par un jeu d'ombres travaillé, la variation entre deux tons ne se faisant pas de manière lisse et plate. Il y a une certaine douceur dans sa mise en couleur.


Une très bonne surprise qui commence à avoir quelques années mais qui reste une très bonne lecture dans le catalogue Soleil.

Chronique du 30/09/13

La première fois que j'ai lu Aberzen, je n'ai pas gardé un souvenir impérissable des trois premiers tomes, mais je m'étais enflammée pour les révélations du quatrième tome. Quelques années plus tard, j'ai oublié l'essentiel de l'intrigue... Voilà l'occasion de reprendre la série de A à Z, avec cette fois un peu plus de concentration, mais sans vraiment me souvenir du final...

Ah oui parce qu'en fait, le grand problème de cette série, c'est qu'il faut allumer son cerveau avant de la lire. Oui oui je sais, c'est du Soleil à l'ancienne, vous non plus vous n'avez pas été habitués... Mais bon, voilà voilà... C'est quand même préférable pour pouvoir suivre l'intrigue qui est somme toute assez complexe.

Les événements se croisent, se chevauchent et noient le lecteur assez rapidement s'il n'est pas assez assidu. Mais c'est finalement pour mieux nous précipiter dans l'univers hors-normes d'Aberzen, dans une histoire d'invasion intergalactique inimaginable (non, vous n'aurez pas pour autant une seule goutte de Space Opéra).

Et oui, le maître-mot d'Aberzen, c'est la surprise. N'Guessan met dès le premier tome les éléments en place pour mener son lectorat par le bout du nez.



Un autre avis : Legof

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 1 : " Commencer par mourir "

Année d'édition
2001

Tome 2 : " Plusieurs noms pour le bleu "

Chronique du 30/09/13

Le second tome est déjà un tournant dans la série puisqu'il détermine un changement de rythme. Les mystères demeurent, s'épaississent même, mais les mondes se rejoignent et permettent d'éviter au lecteur de se lasser d'une certaine ubiquité parfois difficile à ingurgiter.
On cerne un peu mieux l'univers, les spécificités des pyrogemmes, ces œufs étranges qui permettent de basculer d'un monde à l'autre. Marc N'Guessan en profite pour présenter de nouveaux personnages qui densifient un peu plus le scénario tout en ayant un rôle déterminant à jouer.


« Oui ! Nous t'avons menti ! Oui ! Nous t'avons utilisé ! Et alors ?
Tu aurais préféré quoi ? Rester comme nous dans cet endroit maudit où la désolation marchait et rampait sous chaque pierre et chaque bouquet d'herbe ?
As-tu simplement la moindre idée de ce que cela signifiait, d'être là-bas ? Sans pouvoir ni vraiment vivre ni vraiment mourir, sans pouvoir aimer ni procréer ? Ne même plus savoir ce que tu es, qui tu es. Ne plus savoir si seulement tu existes et cela pour l'éternité, Hotis... pour l'éternité !
»

Le retour dans le « monde réel », bien qu'il semble éloigné des préoccupations minières d'Hotis, ne se passe pas sans surprises. Le temps a passé et les monstres ont progressé dans leur invasion. Ils se sont structurés aussi, et bien que les rebelles lancent des assauts désespérés, ils portent aussi les stigmates d'une étrange contagion : bientôt, ils seront eux-même devenus des monstres.

Le second volet d'Aberzen suscite de nouvelles interrogations alors même que nous en apprenons plus sur ces envahisseurs, sur leur but et sur leur expansion.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2 : " Plusieurs noms pour le bleu "

Année d'édition
2002

Tome 3 : " Au-delà des mers sèches "

Chronique du 30/09/13

« Je les au vus, mes frères, je les au vus dix fois, je les ai vus cent fois... cent fois la fin, cent fois le rien.
Ils seront le début et ils seront la fin et le temps suspendu tournera dans leurs mains...
Regardez par le haut, regardez par le bas... toujours ils seront là...
»

Je me souviens avoir rencontré Marc N'Guessan et il m'avait dit que, lors d'une séance de dédicace, un garçon lui avait annoncé ce qu'il pensait du dénouement... après avoir lu seulement les 2 premiers tomes. Il avait vu juste (quelle perspicacité le garçon) et l'auteur, désarçonné, a du coup densifié un peu plus son intrigue. Pour autant, cela ne se sent pas dans la bande dessinée. Il n'y a pas de lourdeur, pas de séquence qui donne l'impression d'avoir été rapportée. Tout se tient admirablement bien.

Oh bien sûr le tome 3 nous apporte encore son lot de nouveaux personnages. Comme pour les livres précédents, ceux-ci s'intègrent parfaitement à l'histoire et en deviennent des pions essentiels. Chacun y est à sa juste place et à son propre rôle à jouer.

L'intrigue se poursuit et a vraiment trouvé son rythme de croisière. On sent un final d'envergure se préciser alors que les événements se succèdent et que les protagonistes tendent à se regrouper.
Mention spéciale au duo N'Guessan / Gibelin qui embellit de belle manière son univers graphique, tant dans la dynamique des cases que dans les postures et l'ambiance. Les scènes aquatiques plus particulièrement encore, de grandes cases un peu hors du temps, qui dégagent une sérénité à toute épreuve, bercée par d'incroyables reflets marbrés.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 3 : " Au-delà des mers sèches "

Année d'édition
2003

Tome 4 : " Un temps par-dessus l'autre "

Chronique du 30/09/13

« Écoutez... ne le prenez pas en mauvaise part mais... en ce qui concerne ces monstres, croyez-moi, nous connaissons la question.
_ Parfait ! Bien ! Nous, nous connaissons la réponse.
»

Nous y sommes. Les morceaux se recollent petit à petit. Les divers protagonistes, tous importants et correctement présentés avec de solides bases de background, tendent à se rassembler pour l'apothéose (et les révélations) finale.

Une conclusion attendue et surprenante, qui défie les lois de la métaphysique et qui nous invite à revenir en arrière sur les événements.
Pour moi, la série forme un tout indissociable et le tome 4 est l'aboutissement (lire le début sans lire la fin est inutile). L'histoire se tient d'un bout à l'autre, elle est complexe mais pas dénuée de sens. Et surtout, j'ai aimé être surpris et berné. Un joli tour de force de la part de Marc N'Guessan.

Mon seul regret réside dans le changement de coloriste sur ce dernier tome, Delphine Rieu remplaçant Christophe Gibelin.
Son travail parvient à tenir la mesure mais souffre de la comparaison avec son prédécesseur : un jeu d'ombres aux dégradés plus lisses alors que Gibelin faisait un gros boulot de nuances qui donnait du caractère aux traits du dessinateur.



La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 4 : " Un temps par-dessus l'autre "

Année d'édition
2005

Actu en patates (L') Martin Vidberg (s)(d) DELCOURT

Tome 1 : " Quinquennat nerveux "

Chronique du 12/05/12

« _ Et donc Madoff payait les intérêts des anciens épargnants avec l'argent des nouveaux. Avec la crise, tout s'est effondré.
_ Ah oui, une vraie arnaque, quoi !
_ C'est surtout immoral : c'est ce type d'affaires qui discrédite la finance...
_ Bon, alors, l'ordre du jour... Ah oui ! Il faudrait emprunter pour rembourser la dette de la France... »



En cette période post-électorale, on peut dire que l'album de Martin Vidberg tombe vraiment à pic
Si Quinquennat nerveux n'est au final qu'une adaptation en livre des notes de blog de son auteur, il nous permet tout de même de nous remémorer tout ce qui a fait l'actualité, politique ou pas, de ces cinq dernières années sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Je ne suis pas au départ un grand amateur de blogs. Je ne suis pas franchement fan de leur publication en album relié non plus. Je trouve que publier des billets sur un blog quotidiennement ne fera pas forcément un bon livre édité. C'est pourtant un concept qui se démocratise depuis déjà quelques temps et qui fonctionne atrocement bien (entendre par là que les ventes sont bonnes). Pour ce faire, Martin Vidberg a rassemblé ses notes, précautionneusement sélectionnées, par thèmes. Et il s'est mis en image dans un futur lointain, dans ses vieux jours, pour nous les présenter, avec beaucoup d'humour et de dérision. Un futur qu'il voit pollué à souhait, probable victime de catastrophes climatiques et de l'incivilité écologique de notre société de consommation.

Est-ce que cet album vaut le coup ?
Pour moi qui ne suit pas le blog du Monde L'actu en patates, j'ai trouvé dans cette lecture une intéressante rétrospective de l'actualité de ces années écoulées. Je ne sais pas si un lecteur assidu du blog en question retrouvera l'intérêt qu'à suscité une note au moment de sa parution. Badelel pourra peut-être en témoigner, elle qui suit avec attention les articles de Martin Vidberg.
Je ne suis pas parvenu à sourire à tous les strips (mais à une bonne majorité tout de même), la faute aux actualités de ces dernières années qui, pour certaines, ne m'ont laissé aucun souvenir. C'est toujours plus savoureux lorsqu'on parvient à se remémorer le fait divers, le dérapage ou l'incident illustré dans l'album. Ce qui me laisse à penser que ces illustrations sont toujours plus piquantes et drôles au moment de leur écriture.

Un album riche en actualité et en rigolade, pas essentiel mais amusant et rafraichissant.
Mention spéciale pour " La machine à gagner les élections ", une succession de gags hilarants sur des prototypes technologiques à l'utilité douteuse et l'efficacité très contestable.




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Tome 1 : \\" Quinquennat nerveux \\"

Année d'édition
2011

Age de bronze (L') Eric Shanower (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Un millier de navires "

Chronique du 29/08/13

La guerre de Troie est un récit à la fois fantastique et légendaire.
J'ai toujours eu une affection particulière pour cette histoire, attribuée à Homère (dans L'iliade et L'odyssée), dont l'historicité est contestée (l'existence même d'Homère l'est par ailleurs).
La guerre de Troie a-t-elle réellement eu lieu ? Il est avéré que la ville de Troie a bien existé, des fouilles attestent d'une certaine véracité mais montrent aussi des incohérences... le mystère subsiste mais le mythe fascine, depuis le 7ème siècle avant J.C. et aujourd'hui encore.
Homère était un aède, c'est à dire un barde. Il était aveugle, ce qui le prédisposait en quelque sorte à la poésie (une qualité propre aux poètes à l'époque) et fit de lui un grand orateur. La guerre de Troie repose certainement sur des faits historiques mais compose aussi avec une dose de fiction. L'art du conte en somme, et c'est aussi ce qui fait son charme.

Au fil des âges, de nombreux auteurs ont contribué à compléter l'histoire de la guerre de Troie (Virgile, Sophocle, Racine, Giraudoux...), évoquant d'autres visions du conflit, densifiant le mythe ou développant la personnalité des protagonistes. De fait, toutes ces œuvres forment une base solide pour un épisode (en partie) fantasmé, et un terreau fertile pour L'âge de bronze d'Eric Shanower.

Le récit homérique est bercé par l'onirisme propre à la mythologie : ce sont les dieux qui font la loi et qui régissent les hommes.
Eric Shanower a pris ici le parti de tenir les dieux à l'écart tout en collant au plus juste à l'histoire de la guerre de Troie. Ils ne sont pas absents pour autant mais il n'apparaissent pas, rendus à la simple expression de prières, de coutumes ou de rêves.
Il en résulte un récit plus crédible qui retranscrit tout de même fidèlement les textes originaux. J'ai apprécié cette version des faits, une vision plus contemporaine qui s'absout de la contrainte divine pour se focaliser davantage sur la psychologie des hommes.

« Et notre fils. Il va grandir si vite et je ne serai pas là pour le regarder. Avant que tu ne t'en aperçoives, ces joues se couvriront de barbe et alors... alors, écoute Pénélope... Si cela arrive... si notre fils devient adulte et que je ne suis pas rentré... tu seras libre. Libre de te défaire des charges de cette maison. Libre d'épouser un autre homme.
_ Non ! Jamais...
_ Chh... Au revoir... femme bien-aimée !
_ Au revoir, Ulysse...
»

Un millier de navires est le premier tome de L'âge de bronze, un ouvrage d'introduction qui nous prépare à la guerre à venir.
Il débute avec Pâris qui redevient le fils du roi Priam (l'élément perturbateur), se poursuit avec l'enlèvement de la belle Hélène à Ménélas (la cause du conflit) et jusqu'à l'arrivée d'Achille, célébré en héros pour mener les Achéens à la victoire. La flotte levée par Agamemnon est impressionnante et file vers Troie avec la bénédiction des dieux et du serment d'Ulysse...


L'âge de bronze est un récit incroyable de la guerre de Troie, d'une agréable cohérence et d'une étonnante douceur. Les personnages sont dépeints avec beaucoup d'humanité, ils sont en proie aux doutes et leurs faiblesses leur donnent du caractère.
Eric Shanower a consacré de nombreuses années à l'élaboration de cette série. Elle est le fruit d'importantes lectures et de recherches sur la région grecque telle qu'elle était dans l'Antiquité, jusque dans le mode vestimentaire de l'époque.
Son travail graphique est également remarquable, un trait juste, fin et riche en détails, qui se passe allègrement de colorisation tout en restant lisible dans les scènes de jour comme de nuit. Les rayons se soleil sont palpables sur les cases " d'extérieur ", les jeux d'ombres sont parfaitement rendus, les postures sont dynamiques et les visages expressifs.

Une attention particulière a été portée dans la construction du récit jusque dans les dialogues et la présentation des personnages.
Il eut été facile de se perdre avec tous ces protagonistes (et d'autant plus si l'on considère que le roi Priam a eu plus de 50 enfants) mais le récit, s'il en présente pléthore, ne s'égare pas dans des complexifications hasardeuses qui nous perdent.
Y'a pas à dire, c'est bien plus facile et agréable à lire (pour un non-initié de l'idiome grec entendons-nous bien) que L'iliade.
Une belle réussite, et primée par ailleurs puisque Eric Shanower a reçu la double distinction meilleur scénariste/dessinateur en 2001 et 2003 aux Eisner Awards pour L'âge de bronze !

Chronique du 29/08/13

Dans l'Âge de Bronze, Eric Shanower propose un récit très classique de la mythique Guerre de Troie. Classique dans le sens où il ne bouleverse en rien le mythe tel qu'il a traversé les âges comme d'autres ont pu le faire plus récemment (je pense en particulier à Herakles ou au Héros). Il s'écarte néanmoins du récit d'Homère en cela que Homère (s'il a bien existé... le débat fait rage à la maison) n'a pas retranscrit la totalité des événements d'une part, et que Shanower a voulu écarter l'aspect fantastique et divin du récit d'autre part. Voilà d'ailleurs une démarche bien intrigante quand on considère que la Guerre de Troie est l'événement « humain » de la mythologie grecque dans lequel les dieux sont le plus présents. Et ma foi, pour l'instant il ne s'en tire pas mal au sortir de ce premier album en jonglant entre les éléments naturels et les bobards d'un beau parleur.

Ce que j'y ai trouvé d'intéressant, c'est justement l'aspect humain. Les colères, les jalousies, la vanité, l'amour... tous les sentiments qui prennent une tournure impersonnelle dans la grande majorité des récits sont ici mis en valeur et intégrés dans une histoire euh... ben humaine quoi. Les grands noms prennent alors vie et on se met à comprendre pourquoi aucun de ces idiots de Troyens ne croyait Cassandre (parce qu'elle avait vraiment tout d'une folle, genre ?), pourquoi cette idiote d'Hélène, fidèle épouse, est allée suivre ce bellâtre de Pâris, comment Achille s'est planqué aux milieu des filles du roi de Skyros...
On y retrouve aussi d'autres mythes entremêlés, tels que ceux de Thésée, des Argonautes ou d'Héraklès, rappelant au passage que tout dans la myhtologie grecque est intimement imbriqué. D'un côté ça donne le vertige et de l'autre ça clarifie vraiment un grand nombre de situations.

D'un autre côté les décors et les usages vestimentaires sont extrêmement travaillés. On ressent dans l'ensemble un gros travail de recherche de la part de l'auteur, et on en sort avec tout simplement l'envie de connaître la suite et de se replonger dans les univers légendaires de l'Antiquité grecque.


D'autres avis : Yvan, Yaneck


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Tome 1 : " Un millier de navires "

Année d'édition
2004

Aigle sans orteils (L') Christian Lax (s)(d) DUPUIS

Chronique du 09/07/12

Le 99ème Tour de France s’est élancé le WE dernier et a vu une nouvelle fois le prologue tomber dans le guidon de Fabian Cancellara. Le suisse égale ainsi le record de 5 victoires en prologue de la grande boucle, détenu par le célèbre Bernard Hinault. Presque 100 années d’histoire, de magnifiques victoires, de grandes désillusions, de sueur et de surprises. On en aura vu des héros, des champions… véritables ou en carton. Mais restons sur une note positive ; c’est une épreuve mythique et qui de tous temps a vu s’affronter des légendes.

L’aigle sans orteils nous rappelle aux premières boucles, celles d’avant la guerre de 14-18. À l’époque les routes n’étaient pas aussi goudronnées, les cols étaient de dangereux sentiers, les premières équipes se formaient à peine et les braves héros portaient le boyau autour du cou, rustinant leur vélo eux-mêmes en cas de crevaison… un autre monde !

Amédée Fario n’a pas toujours aimé le vélo au point d’en faire sa passion. Au départ, alors qu’il fait l’armée, il est missionné pour porter des caisses tout en haut d’une montagne. Ces marchandises servent en fait à la construction d’un observatoire niché au sommet, plus près des étoiles. Amédée se lie rapidement d’amitié avec Camille Peyroulet, Il lui parle d’astronomie et du Tour.
Lorsqu’il quitte l’armée à la fin de son service, Amédée se fait engager par un petit groupe d’hommes chargé d’approvisionner en denrées de tous genres les gens de l’observatoire. Il reprend ainsi du service pour se rapprocher de son vieux copain. Là n’est pas son seul but, puisque chaque commission lui permet de rassembler un peu plus d’argent pour accrocher son rêve : s’acheter son propre vélo et participer à la grande boucle.
Sa vie d’alors alterne entre dures ascensions, par tous les temps, et entraînements.

L’aigle sans orteils est une magnifique histoire d’un homme prêt à tout, et même à risquer sa propre santé, pour accomplir son rêve.
Une histoire teintée de nostalgie. D’une part pour le caractère historique qu’elle revêt, et d’autre part parce que tout amateur du Tour de France a un jour entendu parler des premiers grands champions. Que dire par exemple des idoles de l’auteur : Federico Bahamontes le roi de la montagne, Jacques Anquetil, Louison Bobet et bien d’autres…
Ma jeunesse a été bercée par le Tour. Tous les étés, lorsque j’allais chez le tonton dans les Pyrénées, c’était le rituel du mois de juillet. Je me souviens encore très nettement du règne de Miguel Indurain avec son équipe Banesto, puis de l’envol de la fusée Armstrong, sûrement le plus fort souvenir de vélo que je garde en mémoire, alors qu’il rattrapait puis doublait Ian Ulrich sans que ce dernier ne puisse suivre la cadence. Depuis, il y a eu tellement d’histoires de dopage que le vélo a perdu de sa superbe. On évoque la triche avec tellement de facilité qu’on en occulterait presque le fait que le cyclisme est difficile et ingrat, sans conteste la plus ardue de toutes les disciplines sportives.

J’ai aimé l’histoire de cet homme qui représente le passé, qui a tout donné pour sa passion, pour son rêve. Un homme juste et droit, comme on en fait plus aujourd’hui. Un homme qui inspire le respect et qui transpire la bravoure.
Une belle aventure sur laquelle je n’ai qu’un seul regret, celui d’y trouver une fin si abrupte.

Chronique du 09/07/12

L’aigle sans orteils est une bande dessinée sur le cyclisme. Plus précisément sur le Tour de France. Ceux qui me connaissent savent le peu d’attachement que je porte aux sports et compétitions médiatiques, mais heureusement pour cette BD, on a omis de m’indiquer le sujet. On la faisait pour K.BD, la raison m’a donc semblé suffisante, d’autant que je n’ai pas de temps à perdre dans des préoccupations aussi futiles que celle de se renseigner sur le sujet de la bande dessinée que l’on va lire.
Ah si, je me doutais que ça parlerait de sport, vu que c’était le thème.

En plus, les couvertures de Aire Libre sont toujours aussi engageantes. Donc concrètement je n’aurais sans doute jamais ouvert cette BD en temps normal.

Bon ben heureusement que je ne me suis pas renseignée au préalable, car j’aurais sans doute manqué une lecture fort divertissante aux parfums de nostalgie. Le Tour de France des années 1910 n’a clairement pas la même image de celui qu’on connaît aujourd’hui. Pas de dopage, pas de pompe à fric, pas de caravane. Seulement des hommes qui donnent toutes leurs tripes dans une épreuve au-delà de l’humanité.
Une belle leçon de vie avec en toile de fond le combat que certains (en tous cas certainement pas moi !) sont capables de mener contre leurs propres limites. Le Tour de France ne serait ici qu’un prétexte si l’auteur n’y affirmait pas en préambule sa passion pour ce défi à deux roues.

L’aigle sans orteils est une histoire de caractère et de force d’âme, de lutte contre sa propre faiblesse et contre les terribles forces de Dame Nature et de la Loi de Murphy. Avec un final qui vous plombe un clown.

Le gros plus de cette BD ? Ses couleurs. Elles viennent renforcer le côté rétro de l’ambiance grâce à une savante association des teintes.

Mais bon, si vous deviez me poser la question, je vous répondrais que non ce n’est pas un coup de cœur. C’est en revanche un très bon moment de lecture et de détente.

Roaarrr Challenge
- Prix du Jury Œcuménique 2006


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Année d'édition
2005

Alice au pays des singes Tebo (s), Nicolas Keramidas (d), Nob (c) GLÉNAT

Chronique du 11/11/12

« Mais qu'est-ce que je fiche ici ? »

C'est bien là la première question que se pose Alice du haut de son... arbre ? À peine le temps de se demander comment elle a pu arriver là que des singes l'assaillent et lui font peur : elle tombe dans la vide.
Heureusement, les singes sont taquins mais pas méchants. Ils retiennent Alice avant qu'elle ne se cogne contre le sol. Ouf ! Il était temps...

« Mais... mais... Arrêtez de regarder sous ma jupe, malotrus ! »

Ah mais cette petite Alice là a du caractère. Et si tout le monde la prend ici pour Tarzan (vous savez, le bonhomme de la jungle au cri tonitruant et au slip léopard), elle voudrait surtout rentrer chez elle, au pays des merveilles...

Pour retrouver son chemin, s'ensuivra un véritable parcours du combattant, aux côtés d'Eddy le Mandrill et à la poursuite du wizi jaune (vous vous demandez sûrement quel rapport il y a avec un piaf, c'est juste qu'il aime mâcher l'écorce d'apicète ^^). Une fuite en avant vers l'inconnu et l'aventure avec un tigre « roi de la jungle » (un cousin pas si éloigné de Scar) qui colle aux basques comme un crocodile qui suit à l'oreille le Capitaine Crochet.


Alice au pays des singes est un album jeunesse qui fait du bien, beaucoup de bien ! Les petits comme les grands en sortiront enchantés, des étoiles pleins les yeux.
Tebo (Captain Biceps), Nicolas Keramidas (Luuna, 1 an - 365 dessins) et Nob (Mamette) ne se contentent pas de raconter une histoire banale, ils se jouent des univers Disney (Alice au pays des merveilles, Le livre de la jungle, mais aussi Le roi lion et bien d'autres) et mélangent tout ça avec une grande réussite.
D'ailleurs, on a l'impression avec cette bande dessinée qu'ils sont vraiment sur la même longueur d'onde tellement l'alchimie entre texte, dessin et couleurs fonctionne bien. On savait déjà que Keramidas et Nob étaient amis (pour de vrai dans la vraie vie), ils avaient même réalisés un projet commun (12 mois chrono) dans lequel ils réalisaient un dessin à tour de rôle chaque jour pour former une histoire complète sur un mois.
Tebo complète à merveille ce trio et propose à Keramidas un terrain de jeu à sa mesure, dans lequel il expérimente à chaque nouvelle case.

« _ Derrière moi, Alice... Que je le gun !
_ Que je le quoi ?
_ Que je le flingue ! »


Si le récit de Tebo est débordant d'humour et de fraîcheur, avec des mots et un langage typé « cité » qui font mouche (désolé mon Capitaine), que dire du découpage de Nicolas Keramidas ?
Dès la seconde planche, il donne de la hauteur à son petit personnage dressé sur sa branche avec une case qui n'a rien à envier à l'audace d'un Andreas. S'ensuivent quelques doubles pages magiques où nous devons nous amuser à suivre le cheminement des protagonistes. Certaines ne sont pas sans nous rappeler d'ailleurs Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret. Bref : un délice ludique pour les yeux.

Un scénario surprenant accompagné d'un découpage audacieux, d'un dessin dynamique et de couleurs pleines de vie (mais qui est cette Laurence qui a aidé Nob à la couleur ?). On peut dire que les auteurs ont bien travaillé, et qu'ils nous on gâtés !


Pour conclure en chanson, un petit clin d'œil pour Loïc Clément :

« _ Connais-tu cette chanson ? Celle du poney rose polisson ?
_ Oh ! Je crois bien que non ! Ce poney rose polisson, était-il gentil et mignon ?
_ Ouiii ! C'était un formidable compagnon !
_ Un compagnon à vous ? Wou !
_ À moi, à toi, à vous... À noooous ! Wou ! Wou ! »

Chronique du 11/11/12

Alice au pays des merveilles vous visualisez ? Petite anglaise blonde et de bonne famille, élevée non pas au grain, mais au thé, qui court après les léporidés albinos. Déjà qu'elle a l'air vachement paumé dans son pays des merveilles, alors je vous laisse imaginer le décalage quand elle se retrouve larguée en pleine jungle africaine...
Et bien vous pouvez facilement imaginer qu'Alice au pays des singes est tout simplement tordant, et vous avez raison.

Cruche et naïve, elle n'est clairement pas dans son élément (bien que son comportement évolue au contact de son nouvel ami) et se ferait bien vite bouloter par un serpent, une plante carnivore ou... un tigre jaloux, si Eddy le mandrill (en tous points son contraire) n'était pas là pour lui sauver les fesses. Eddy, son franc-parler, sa gastronomie délicate, sa morale approximative, son gun...
Oui parce que bon, ce n'est pas parce qu'on a quitter le pays des merveilles qu'on est dans une jungle tout à fait normale : les singes parlent, utilisent les outils de la civilisation (lunettes, chapeaux, « guns », livres et chaudrons) et pilotent des avions.

Bref, cette bande dessinée, originellement destinée à la jeunesse, est suffisamment efficace pour être lue à tout âge sans avoir l'impression de lire un livre pour enfant. Il faut dire que le casting laisse rêveur : un scénario de Tebo, des illus' de Nicolas Keramidas, des couleurs de Nob... non vraiment y'a rien à redire.
Du dessin et de la couleur, on retiendra d'ailleurs une technique qui nous vient du dessin animé. Elle consiste à apporter un soin tout particulier au décor et à rester très sobre sur les personnages afin de mieux les faire ressortir (explication donnée par Bertrand Hottin lors de sa visite à Lacanau, soyez jaloux).
A propos de la mise en page, je trouve personnellement que le sens du récit est ici parfaitement maîtrisé. Quelques pages entières, voire quelques doubles pages, n'hésitent pas à rompre avec le rythme très classique des cases lorsque la situation s'y prête, et j'aime la façon dont les auteurs se sont appropriés la notion de séquentiel. Bon certes rien d'innovant, cette BD ne révolutionne pas le genre et d'autres l'ont fait avant eux, mais c'est fait de façon fort à propos.

Une très bonne lecture !


D'autres avis :
Zaelle, David Fournol, Zorg, Album Bordeaux


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Année d'édition
2012

Alim le tanneur Wilfrid Lupano (s), Virginie Augustin (d)(c-T2 à T4), Geneviève Penloup (c-T1 et T2), Dimitri Fogolin (c-T4) DELCOURT

Tome 1: "Le secret des eaux"

Chronique du 16/01/08

Alim et sa petite fille Bul sont des hors-castes. Ils habitent avec le grand-père dans une petite maison non loin de la plage, et vivent du dépeçage des sirènes tueuses qui s'échouent ici en travaillant leurs peaux. Un jour, alors qu'il s'apprêtait à rejoindre les festivités de la cité Jésamethaine en compagnie de Bul, il est appelé pour s'occuper de toute urgence d'une sirène tueuse à évacuer... un poisson bien vieux, qui livrera bientôt un secret qui pourrait ébranler les croyances de tout un peuple...

L'histoire est passionnante, tout se base sur une croyance bien vite ébranlée par la découverte d'Alim et Bul. Une croyance qui faisait vivre tout un peuple, et qui pourrait le détruire tout autant.
Imaginez un instant que vous ayez trouvé quelque part la preuve que Jésus n'avait pas ressuscité et qu'il n'était qu'une personne comme les autres ! Que feriez-vous d'une telle découverte ? Et de quel œil serait-elle perçue ?

C'est vraiment une excellente bande-dessinée, que je recommande à tous, les petits comme les grands. Il y a quelque chose de magique et fabuleux dedans.
Les personnages tout d'abord, attachants et attendrissants. Bul en premier lieu évidemment, mais aussi le vieux grand-père que j'adore. Même ce pauvre Soubyr a cette petite étincelle qui fait de lui un bonhomme qu'on apprécie.
Fabuleux, c'est aussi cette narration aux doux aspects de conte. On est subjugués comme Bul lorsque le vieux raconte l'histoire de Jésameth. Et puis encore par le même grand-père lorsqu'il fait sa mise en scène pour délivrer Alim.

Et si ce n'était que ça. Car le graphisme est excellemment bien dosé. Les décors semblent vivants et les couleurs sont chatoyantes et douces. Virginie Augustin a fait ses armes dans l'animation (Disney) et cela se ressent !

Bref : le rendu est superbe, autant pour le dessin et les couleurs, de toute beauté, que dans le contenu, riche et agréable.

Chronique du 16/01/08

Ce premier tome d'Alim le Tanneur nous fait tout de suite entrer dans une ambiance qui nous parait familière, mais qui, à la réflexion, est difficile à situer. Le pays où se déroule l'histoire semble être au confluent de la Perse ancienne, de l'Inde des castes et de la conquête religieuse de mentalité chrétienne avec inquisition et tout et tout (j'hésite à y ajouter une petite influence mahométane ???).

Ce qui séduit vraiment dans ce premier tome, à mon avis, c'est le personnage de Bul, dont le graphisme est simple et innocent, à l'image du caractère de la petite fille. Bul qui reste le fil conducteur de toute la série (au moins jusqu'au tome 3 où nous sommes rendus à ce jour), bien que le titre incite plutôt à croire qu'on relate ici de l'histoire de son père (ce qui n'est pas faux non plus... enfin on reviendra là-dessus pour le tome 3).

Bref, l'impression prédominante et le charme dans ce premier tome -mon petit coup de foudre vous l'aurez compris- c'est cette petite fille simple dont la seule ambition est de profiter de la vie mais qui est bridée par le poids des croyances religieuses de cette société obtuse et celui de sa condition : celle de hors-caste. C'est cet ensemble qui va mener l'histoire là où elle est : la confrontation entre une religion extrémiste qui ne tolère pas qu'on fasse un pas de travers, et la vérité retrouvée dans les entrailles d'une "sirène" qui ne peut que représenter une menace pour l'existence de nos héros.


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Tome 1: \\"Le secret des eaux\\"

Année d'édition
2004

Tome 2: "Le vent de l'exil"

Chronique du 23/02/08

Alim, Bul et le grand-père, fuient l'empire Jesamethain, emportant au loin leur terrible secret.
Mais le redoutable Torq Djihid est à leurs trousses, et suit leur piste, de carnages en soumissions, répandant la parole du prophète.

Plus question de rigoler maintenant, la nuisance de la découverte d'Alim est trop grande pour qu'on le laisse en paix. Les saintes reliques découvertes pourraient remettre en cause le fondement même de la religion Jésamethaine, ce pourquoi les hors-castes sont pourchassés sans relâche, et des massacres perpétués dans le seul but de les retrouver.
Plus rien ne va plus dans l'Empire, et tout cela à cause de cette découverte cruciale. Le temps n'est plus au repos, mais bel et bien à la fuite. Les laisseront-ils tranquilles un jour ?

Des décors plus durs, des sourires plus rares, qu'il paraît loin le temps où la petite Bul jouait sur la plage ! Et pourtant, on retrouve nos personnages préférés, l'insouciance de la petite, la bouille sympathique du pépé, et un Alim tourmenté par le poids du secret.
Deuxième opus réussi pour le duo Virginie Augustin et Wilfrid Lupano... même si... il faut bien l'avouer, je lui trouve une petite pointe de magie en moins.

Chronique du 23/02/08

Ce deuxième tome est radicalement différent du premier. En fuite, Alim, Bul et Pépé se réfugient dans les montagnes du nord, dans un pays qui ressemble étrangement beaucoup énormément au Tibet. Dans cet épisode, c'est de l'action de l'action de l'action, un peu de découverte des coutumes de leur nouvel habitat.

Je parlais dans le premier tome de la conquête religieuse, on en ici un bel exemple.

Ce deuxième tome est indispensable pour la suite des événements, avec le changement de régime et de politique de Brahmalem, le retour de Soubyr etc. On découvre tout cela à un rythme soutenu. Le scénario n'en perd pas pour autant son objectif et reste complètement cohérent. Néanmoins, il ne possède pas le charme particulier du premier épisode.


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Tome 2: \\"Le vent de l\\'exil\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "La terre du prophète pâle"

Chronique du 23/02/08

L'étrange ballon qui transportait nos amis s'effondre après un long périple. Et voilà qu'Alim, Bul et Soubyr atterrissent malgré eux dans un territoire inconnu. Recueilli et rendu au rang d'esclave, Alim a perdu trace de sa fille depuis longtemps. Dix longues années sont passées... et pourtant, de grands changements s'annoncent dans ce pays lointain, et le passé du hors-caste est sur le point de ressurgir !

On est tout d'abord surpris par ce saut dans le temps. Dix ans, c'est long, et nul ne sait ce qu'est devenue la petite Bul, qui a dû bien grandir depuis. Puis il y a la libération d'Alim, l'extension de l'Empire Jésamethain, et ses profonds changements.

Pour ce tome, Virginie Augustin s'occupe de la couleur, même si elle est aidée par Cécile (Il n'y a pas son nom dans la BD). L'ambiance revient dans un climat chaud et des couleurs agréables, après la froideur du tome 2.
Vivement le tome 4 ... franchement, et Bul, évidemment !

Chronique du 23/02/08

Échoué et seul sur le "continent africain" (avec une touche d'Amérique Précolombienne), Alim se retrouve pendant 10 ans prisonnier d'une tribu puis d'un animiste.
Ce qu'il y a de fort dans ce tome 3, c'est, tout au long de l'histoire, le sentiment de l'absence de Bul. Je disais dans le tome 1 que c'était plus le personnage de Bul que celle d'Alim qui constituait la trame de l'histoire, et dans ce tome-ci, ça me parait plus flagrant encore, justement parce qu'elle en est absente : on ne sait pas ce qu'elle est devenue, ce à quoi elle ressemble à présent, ni même si elle est encore en vie et on se pose des questions tout au long du livre. Franchement Lupano a fait fort pour le coup !
Et en aucun cas on ne perd de vue le pays d'origine d'Alim puisque, comme toujours, les conquérants de Brahmalem viennent à nous, sous prétexte de répandre la parole de Jésameth, mettant Alim dans des positions délicates tandis qu'il cherche à ne pas être reconnu.


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Tome 3: \\"La terre du prophète pâle\\"

Année d'édition
2007

Tome 4 : "Là où brûlent les regards"

Chronique du 03/01/11

Alim, maintenant affranchi de son statut d'esclave, accompagne Um'Guz dans sa folle aventure. Celui-ci a promis à Khélob, le nouvel Empereur Jésamethain, de lui montrer l'île du prophète. Car cette île soit-disant regorge de ses statues à l'effigie de Jésameth aussi appelées "géants pâles".

Le quatrième et dernier tome de cette fabuleuse série nous emmène aux confins du nouvel Empire Jésamethain, au-delà de l'infect et dangereux marais Mojah.
Tous les protagonistes principaux sont ici réunis. Alim a pris part au voyage qui pourrait le mener jusqu'à Bul, qu'il recherche toujours après plus de dix ans. Khélob, qui a eu un mal fou à monter l'expédition, a décidé de donner une ultime mission à Torq Djihid et son armée : les mener à l'île du prophète.
Car l'existence même de cette île est une bénédiction pour l'Empereur Jésamethain, lui qui s'est à la fois mis à dos le clergé et l'armée. En la découvrant, il parviendrait alors à mettre tout le monde d'accord sur les bienfaits de ses conquêtes.

Je dois l'avouer, je n'ai jamais retrouvé la magie du premier tome dans la série. Mais cette conclusion apporte son lot de réponses, et conclut admirablement bien l'aventure.
J'ai été touché de voir le devenir de ce pauvre Soubyr, qui a visiblement gagné en maturité. Ému par la foi de Torq Dhihid, de voir cet infatigable barbare vaciller. Surpris par la folie sans cesse grandissante de Khélob. Mais aussi tellement heureux du dénouement.

Finalement, finalement... Khélob n'a-t-il pas raison, malgré tout ?
La foi fait avancer l'homme. En agissant comme il l'a fait, il apporte la paix et la prospérité à son Empire.
Mais quelle cruauté que le mensonge de ce garçon habitué à tuer toute hérésie d'un coup de couteau depuis son plus jeune âge...

Du coup, on en vient à se poser des questions sur le monde tel qu'on le vit. On se remémore l'histoire, les croisades, toutes ces guerres dites saintes. La foi a uni les hommes et a causé tellement de victimes. Ce monde pourrait être le vague souvenir du nôtre.

Je suis malgré tout très déçu de lire la fin d'Alim le tanneur et de savoir que je ne lirais plus ses aventures. Virginie Augustin nous aura fait découvrir de merveilleux paysages tout du long, elle nous aura fait rêver par la douceur de ses couleurs. Là encore, lorsque le crépuscule vient nous envelopper sur la plage, c'est un émerveillement de tous les instants.
Pourtant, j'ai trouvé ce dernier opus inégal dans la colorisation, plus abrupte par moments et notamment à la fin de l'album. La faute peut-être à une mise en couleur à deux mains ?
On a quand même hâte d'apprécier une nouvelle série dessinée de ses mains, et pourquoi pas scénarisée par un aussi talentueux auteur que Wilfrid Lupano ?




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Tome 4 : \\"Là où brûlent les regards\\"

Année d'édition
2009

Alpha Jens Harder (s)(d) l'An 2

Tome 1 : "Directions"

Chronique du 07/01/11

Alpha... directions, c'est le premier volet du récit le plus long de la bande-dessinée : l'histoire de la vie.
Son auteur, Jens Harder, passionné depuis toujours par l'évolution, depuis la création du monde à nos jours, a entrepris un véritable tour de force : illustrer près de 14 milliards d'années en seulement 350 pages. Fort de 2000 dessins, le récit nous propose en moyenne une image tous les 7 millions d'années.
Un pari original, tellement beau, et absolument réussi. Récompensé par le prix de l'Audace lors du festival d'Angoulême 2010.

Sur ce premier tome, vous découvrirez donc le passé de notre planète, du Big-Bang à l'apparition de l'homme.
Cela commence par la création de l'univers, puis de la voie lactée, la naissance du soleil, l'émergence de la terre...
Ce n'est que bien plus tard qu'apparait la vie sous la forme des premières molécules. Celles-ci deviennent de plus en plus complexes pour résister au climat. Elles évoluent jusqu'à créer l'ADN, et forment les premières formes de vie sur terre : les bactéries.

C'est une évolution constante qui se déroule sous nos yeux ébahis. Viennent les premières formes de plantes, et avec elle l'oxygène qui se développe considérablement, aidé par la photosynthèse. Le règne animal prends peu à peu le pas, avec une propension au gigantisme qui se fait de plus en plus pressant.
L'apparition et la disparition des espèces se fait au rythme des ères, souvent interrompues par des phénomènes climatiques meurtriers : glaciations extrêmes ou impacts de météorites ayant des répercutions fortes sur l'écosystème (tsunamis, éruptions volcaniques...).

C'est la théorie du chaos qui me vient bien vite en tête, et cette scène mythique de Jurassic Park : la vie trouve toujours son chemin !
Alpha relate à merveille ce côté magique de la vie : des dents qui poussent pour chasser et se nourrir, des carapaces qui naissent pour se protéger, des branchies qui deviennent poumons, des bras qui deviennent des ailes...

Une histoire riche et complexe, surtout au départ, lorsqu'il est question de l'assemblage des molécules. Mais l'auteur nous explique méthodiquement et simplement, ce qui permet la compréhension même pour ceux qui comme moi sont nuls en chimie.

Côté graphique, Jens Harder alterne les pleines pages, doubles-pages et les enchevêtrements de cases illustrées. Il prends surtout le temps de décrire l'évolution du monde. Dans la première série de double-pages, le Big-bang nous arrive en pleine figure. Pourtant : " Au début y'avait rien ! ", un minuscule point qui ne cessait de grossir pour vite devenir envahissant.

On retrouve par moments des cases qui sortent un peu du contexte. Quelques clins d'œils : notamment à Tintin, Gon, Donald Duck ou Jurassic Park. Mais surtout des images de la vie quotidienne pour accompagner le récit. Des cases exprimant le problème écologique que nous vivons, et qui mettent en opposition directe les dangers des actions des hommes sur ce que la nature à mis des milliers d'années à créer.
À côté de cet aspect dénonciateur, on retrouve aussi parfois confrontés ce que la science a prouvé et les images religieuses associées. Comme par exemple l'arche de Noé, illustrant parfaitement la disparition des dinosaures et les quelques 70% des espèces existantes à la fin du crétacé.

Alpha... directions, c'est surtout le premier livre d'une ambitieuse trilogie. Car Jens Harder ne compte pas s'arrêter là dans son projet.
Le tome 2 abordera l'homme, de son arrivée à nos jours. Et le tome 3 évoquera le futur... j'ai hâte de découvrir ça !
Quel devenir des continents avec la tectonique des plaques ? L'Europe sera-t-elle écrasée par l'Afrique ? L'homme survivrait-il à une nouvelle glaciation ou à la chute d'une météorite ?

En tout cas, je conseille vivement cet album à tous ceux qui cherchent à connaitre, comprendre ou simplement résumer la création du macrocosme.
Une lecture qui peut en revanche prendre du temps. Mais vous n'êtes pas obligé de tout lire d'un coup :)

Chronique du 13/03/11

Du Big Bang à l'apparition de l'homme, Alpha détaille la création de l'univers, de la Terre et de la vie. Véritable encyclopédie qui résume 14 milliards d'années, cette BD tiendrait presque plus du documentaire scientifique. Dans un invraisemblable agencement des cases, elle entremêle informations scientifiques et reproduction d'icônes religieuses, mythologiques et artistique. Elle laisse ainsi aux croyances les plus diverses la possibilité de se rattacher aux évolutions terrestres, là où la science a l'habitude de les exclure. Les clins d'œil à notre monde contemporain (Donald, Tintin, Gon, Godzilla, Jurassic Park...) rapproche au concret de notre quotidien des notions qui paraissent si lointaines et si abstraites.

Dans le même temps, l'auteur adopte un rythme qui permet au lecteur d'appréhender la lenteur de ces évolutions et la multiplicité des "directions" qu'elle auraient pu prendre. Le moins qu'on puisse dire c'est que la lecture d'Alpha est effectivement très longue, en prenant le temps de détailler chaque ère et toutes les étapes de progression. Le vocabulaire spécialisé parfois difficile est compensé par une somme impressionnante d'illustrations, dont le trait et les couleurs (noir, blanc, et une seule couleur qui change à chaque cahier de pages) sont faciles à appréhender.

Régulièrement, une page chronologique redonne une échelle temporelle réaliste. De quoi s'étonner de quelques disparités. Un exemple : en 3 minutes, l'univers aura traversé pas moins de 5 ères différentes. Ailleurs, 2 000 millions d'années sépareront l'apparition des premiers organismes de leur développement en être pluricellulaires.

Un livre audacieux à mettre entre les mains de tous les curieux.

Roaarrr Challenge
- Prix de l'Audace - Angoulême 2010


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Tome 1 : \\"Directions\\"

Année d'édition
2009

Américain en balade (Un) Craig Thompson (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 20/01/13

Craig Thompson, ça vous dit quelque chose ?
C'est l'auteur des célèbres Blankets et Habibi bien entendu ! Deux albums de renom. Le premier, paru en 2004 (2003 en VO), évoquait ses relations amoureuses avec Raina. Le second, édité en 2011, nous envoyait dans le grand Orient, bercé des contes des Mille et Unes Nuits.
Entre les deux ? Un seul livre, en fait un carnet de voyage de l'auteur, alors en tournée promotionnelle de Blankets en Europe. Un récit très intimiste où Craig Thompson se dévoile au jour le jour.

Tout commence avec son arrivée à Paris puis à Lyon. L'auteur nous servira en quelque sorte de guide sur ses trépidantes pérégrinations qui le mèneront dans pas mal d'autres villes françaises, mais aussi à Barcelone, Genève ou encore au Maroc. Un programme haletant qui nous invitera à partager sa vie quotidiennement durant près de deux mois.

Les différentes étapes en France n'ont pas éveillé chez moi un grand engouement. En revanche, j'ai trouvé le voyage au Maroc vraiment incroyable. Craig Thompson nous dresse au travers de ses excursions un tableau du pays à la fois beau et effrayant, où les plus impressionnantes merveilles côtoient une profonde misère.
Un séjour assez long (et qui occupe donc une bonne partie du livre) qui l'emmène de Casablanca à Fez, en passant par le désert. Il y fera quelques rencontres avec d'autres touristes et avec des autochtones. Il se heurtera aux différences entre deux cultures, et notamment religieuses.

« Je ne crois pas en la religion. Musulmans, Chrétiens et Juifs adorent tous le même Dieu. »

D'éducation fondamentaliste rigoureuse et finalement sans religion, Craig Thompson nous fait rire à le crier sur les toits lors de sa visite... un peu téméraire quand même le bougre.

Personnellement, j'ai retrouvé dans ce Maroc-là les prémisses d'Habibi. Les déchets qui s'amoncellent dans les venelles et même jusqu'à la porte du désert. Ces histoires de barrage qu'on lui raconte à Lyon. Ces croquis de palais, sur les vêtements, les habitudes, les commerces, la vie marocaine tout simplement.
Évidemment il tombe malade comme la plupart des touristes. Je vous laisse imaginer le dessin de la journée (illustré de façon très humoristique). Un dessin qui me fait irrémédiablement penser à cette image dans Habibi où Dodola est malade, une image à jamais marquée dans ma mémoire... (pensait-il à sa tourista au moment de la dessiner ?).

Pour compléter le tableau, Craig Thompson a vraiment ce coup de crayon qui fait du bien aux yeux. Sa plume et la forme de ses traits traduisent à merveille les arabesques orientales.
On est bien à ses côtés là bas... alors que lui se sent plutôt seul. On ressent vraiment cette profonde mélancolie qui l'accompagne tout au long de son carnet, et la solitude du voyage ne l'arrange pas. Il est évidemment question de sa rupture avec Raina, des liens qu'ils continuent mutuellement d'entretenir et de tout un tas d'autres problèmes conflictuels. C'est compliqué l'Amour... et moi ça m'a donné envie de lire Blankets !
Une tristesse qui détonne avec les superbes illustrations de ce carnet.
D'ailleurs, il dessine superbement les scènes sous la pluie (euh... pas au Maroc rassurez-vous). C'est terne la pluie, c'est pas très visuel non plus. Mais chez lui elle fait vraiment corps avec l'image. Ça me laisse vraiment rêveur.

Rêveur, c'est aussi un peu le cas de son escapade barcelonaise. Il a aussitôt été subjugué par la Sagrada Familia et les créations de Gaudi. Je me suis retrouvé dans ses dessins, ayant fait les mêmes (en moins réussi et sûrement en bien plus de temps que lui). Je partage son avis : ce mec était un génie !


« " Où qu'on soit, il faut s'adapter ", dit-on...
Je pensais qu'avec le Maroc, je partirais pour une aventure exotique, mais il s'avère que je suis juste un type simple, tranquille. Pendant un moment, je suis resté fasciné par un tout petit pinson buvant à une fontaine.
»

Au final Un Américain en balade (paru en 2004 aux États-Unis) est un carnet de voyage (c'est d'ailleurs le titre américain) assez construit. Il y a une réelle continuité, donnée par le rythme des illustrations quotidiennes mais aussi par ces textes qui accompagnent chaque page.
On y découvre un Craig Thompson très campagnard. Le voir évoluer dans un pays étranger avec des coutumes différentes et des plats inhabituels pour lui crée déjà un premier décalage. Ses préférences à contempler la faune et la flore plutôt que les monuments merveilleux crée le second. Et il y a aussi ce malaise chez lui dès qu'il est en ville, avec parfois ce pseudo-sentiment d'agoraphobie.
Un carnet que j'ai trouvé partiellement intéressant selon les lieux visités et qui m'a réellement transporté au Maroc. L'intimité de Craig Thompson étant suffisamment prégnante pour lier le tout et en faire une lecture agréable.

Chronique du 20/01/13

Après avoir lu Blankets et Habibi, difficile de rester de marbre face une telle proposition : une lecture K.BD sur Craig Thompson (non je n'ai pas encore lu Adieu Chunky Rice, mais ce n'est qu'une question de temps) !!!
Bien entendu sur un carnet de voyage, je ne m'attendais pas vraiment à retrouver les ingrédients si séduisants des deux ouvrages précédemment cités, mais j'étais curieuse de découvrir un autre aspect de Craig Thompson.

Hé bien le résultat est plus que satisfaisant !

Non ce n'est pas une histoire, on ne se retrouve donc pas embarqué de la même façon que pour ses autres albums, mais j'ai été surprise d'y retrouver :
- la mélancolie de Blankets,
- le manque de confiance en soi de l'auteur que l'on retrouve également dans Blankets, et même un certain mal-être,
- les décors et l'ambiance de Habibi dans la partie marocaine,
- les dessins au pinceau, les courbes gracieuses et les décors fouillés typiques du style de l'auteur.
Au final c'est bel et bien un bouquin de Craig Thompson que j'ai trouvé là et j'ai pris un immense plaisir à en parcourir les pages. De façon très flagrante, ce voyage qui l'a mené jusqu'aux confins du Maroc a largement contribué au travail qu'il a fourni sur Habibi, et ce dès 2004.

J'ai aimé sa franchise aussi. Bien sûr c'est un carnet de voyage, quelque chose d'assez intime, c'est plutôt fait pour s'y exprimer sans contrainte. Mais ce malaise qui l'imbibe à chaque pas et à chaque rencontre faite au Maroc est un sentiment peu répandu en général, et il donne une image moins idyllique des pays arabes. D'ailleurs le rendu sur Habibi en devient d'autant plus étonnant puisqu'il y transmet précisément une ambiance romanesque qu'il n'a pas apprécié personnellement.
Pourtant, cette même honnêteté est aussi en lien avec ce qui m'a perturbée. D'abord à une échelle très raisonnable (au début ça m'a plutôt fait rire) : Craig Thompson est en chasse ! Il a du mal à se remettre de sa récente rupture avec Raina (qu'il nous présente dans Blankets), ce qu'on est parfaitement en droit de comprendre, mais du coup il cherche des filles. Des jolies, et surtout des célibataires. Au bout d'un moment c'est un poil lourd et ça entache pas mal son côté François-René de Chateaubriand.
Ensuite le final est trop abrupt. Bien sûr on apprécie qu'il avoue les raison de cette fin sans fin (en plein milieu de son périple au final), mais du coup on se retrouve avec 5 pages sans queue ni tête qui essaient d'inventer une conclusion à ce livre. Trop vite terminé : vraiment vraiment dommage !

Deux défauts relativement minimes à côté de tout le plaisir qu'on peut avoir à chaque fois qu'on ouvre un livre de Craig Thompson, le délice qui nous saisit à chacune de ses illustrations et le plaisir de que l'on a à suivre le rythme et la poésie de ses récits.



D'autres avis : Mitchul, OliV'


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Année d'édition
2005

Amour de marmelade (Un) Olivier Supiot (s)(d) GLÉNAT

Chronique du 10/12/11

Lutétia est une ville à deux visages. Il y a d'un côté la cité nouvelle, le symbole du pouvoir et de l'avenir, le fleuron d'une architecture contemporaine où le métal côtoie la pierre. Et de l'autre la vieille ville, le Paris d'un passé lointain, avec ses fantomatiques bas-fonds ravagés par la guerre et submergés par un brouillard incessant, là où vivent les laissés pour compte.
Deux visages, c'est aussi le cas de celui que les journaux appellent Marmelade : un être vert et informe, une créature qu'on dit démoniaque, un assassin recherché pour de nombreux crimes. Lui, clame son innocence et dit s'appeler Louys Cazaviel, chercheur disparu depuis près de six ans et victime de son invention : le Mélakron, une substance aux étonnants pouvoirs régénérants, imputrescible, inoxydable et ininflammable.

Comme souvent lorsqu'on se rend en librairie, il y a les livres qu'on vient chercher parce qu'ils sont dans nos petites listes, parce qu'on avait repéré leur sortie. Et il y a les livres qui nous attirent par leur bel aspect, par leur consistance, leur titre ou leur couverture.
Un amour de Marmelade fait parti de ces derniers. Un beau livre sur tous ces aspects, mais aussi le fruit du travail d'un auteur que les bédéphiles n'auront sans doute pas oublié. Car Olivier Supiot a déjà été récompensé en 2003 par l'Alph-Art du dessin lors du très reconnu festival d'Angoulême, pour son album Le dérisoire, sur un scénario d'Éric Omond. Vous comprendrez donc aisément que la recette fonctionne toujours à merveille, et que l'ambiance dépeinte par Olivier Supiot, cette fois-ci auteur à part entière, sur Un amour de Marmelade est tout simplement sublimée par une couleur directe digne d'un peintre impressionniste.

Le scénario, lui, n'a franchement pas la profondeur de celui du Dérisoire. L'histoire est plutôt correcte mais elle manque un peu de fond. On aurait par exemple aimé en apprendre plus sur Blanche Noyant, l'acolyte de Marmelade. Peut-être aussi aurait-on apprécié aller moins vite, prendre plus de temps pour la contemplation de l'œuvre, pour en apprécier les moindres illustrations et pourquoi pas sur plusieurs tomes, en détaillant des souvenirs ou d'autres péripéties, ce qui aurait eu tendance à vraiment nous assommer sur la conclusion du récit je pense. L'album fait pourtant 120 pages mais on a cette malencontreuse impression que tout va trop vite. Et c'est bien dommage.

C'est dommage car je pense qu'il y avait largement la place pour développer, pour affiner les caractères des personnages et la situation du récit dans ce Paris steampunk ravagé par la guerre.
D'autant plus qu'Olivier Supiot met en scène des protagonistes qui n'ont rien à envier aux super-héros des comics américains. Ils ont chacun leur pouvoirs, à l'image de Marmelade et de son Mélakron qui le rend quasi-indestructible et qui lui permet d'allonger ses membres à la manière de l'homme élastique. Les pouvoirs de Blanche pourraient d'ailleurs être assimilés à ceux de la femme de l'homme élastique, la femme invisible, dans les quatre fantastiques, puisqu'elle peut traverser la matière. Mais on comparera plutôt ses capacités à Shadowcat dans l'univers des X-Men.
Moi qui ne suis pas un grand fan des super-héros en slip et collants, Olivier Supiot parvient à nous captiver avec un personnage comme Marmelade, qui a le même type d'aptitudes mais qui, en plus, a tout simplement la classe d'un gentleman.

Bref, c'est un bon album, il y a dedans de très bonnes choses et c'est superbement dessiné. Je suis juste un peu frustré du manque de profondeur du récit. Car je me serais volontiers plié à une lecture assidue durant de nombreuses années à vivre les trépidantes aventures de Marmelade, le gentleman "assassin" !




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Année d'édition
2011

Ancien Temps (L') Joann Sfar (s)(d), Brigitte Findakly (c) GALLIMARD

Tome 1 : "Le roi n'embrasse pas"

Chronique du 14/03/10

Cassian est un jeune sourcier. Plutôt simple et gaillard, il n'est pas vraiment fait pour ça, et n'a d'yeux que pour la belle Nadège, la meilleure élève du vieux loup. Lorsque celle-ci décide de s'en aller pour Nissa, lui ne pense qu'à la suivre, quitte à affronter le courroux du dieu unique qui ne veux pas qu'on récupère les clefs qui mettront fin à son règne...

Beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à dire sur cet album...
Commençons par le scénario et le fil conducteur qu'il développe. Joann Sfar a voulu créer son univers fantastique à lui, et a donc chercher à se démarquer un peu des autres. S'il reprend allègrement le bestiaire classique, il en détourne l'usage. C'est ainsi qu'une licorne se retrouve avec huit pattes, que les animaux parlent, ou que les sourciers se transforment.
Tout cela basé sur une "inspiration Niçoise" convenue : la ville de "Nissa" comme destination entendue et la reprise de la version grivoise de la chanson "Calant de Vilafraca".

Mais il développe aussi quelques idées fortes et qui ont leur importance dans le récit :
Il y a tout d'abord le dieu unique avec son œil de cyclope, qui a asservi les autres dieux et les a enfermé dans une prison dorée, et qui infantilise ses proies.
Ensuite, l'eau "coule vers le haut". De ce fait, elle est pure lorsqu'elle est de mer et près de la cité papale, et s'empoisonne lorsqu'elle remonte vers sa source. Il n'y a d'ailleurs guère que les sourciers accomplis qui puissent la boire sans craindre son poison.

Mais si ce ne sont ces quelques idées novatrices, l'album m'a profondément déçu.
Et l'une des raisons de cette déception, c'est son discours moralisateur :
L'album pose tout d'abord des questions existentielles sur l'être humain, ce qu'il est et ce qu'il cherche. Il idéalise aussi l'homme pour toutes les femmes... un point de vue quelque peu machiste je trouve.
Il y a aussi la figure du serpent qui sans cesse tente de faire réfléchir Cassian sur telle ou telle chose, voulant le tenter (rapprochement aisé avec le serpent d'Adam et Ève) ou le faire culpabiliser. Chaque acte a ses conséquences, et il faut réfléchir avant d'agir... le choix du héros niais et le discours moralisateur du serpent est presque énervant à force.
Pour finir, la femme aurait dû abandonner ses cornes (ici symbolisées par la Licorne) lors de son mariage. Aimer par amour ou par nécessité ? Les choix de la femme d'un roi...
Je n'irais pas jusqu'à dire que pour Joann Sfar, tromper c'est mourir... mais presque, quand même !

Autre chose, ceci est une bande-dessinée certes, mais à ne pas placer entre toutes les mains. Joann Sfar assume pleinement le caractère adulte de ce livre, avec un langage grossier et de nombreuses allusions salaces, tant par le texte que par les dessins.

Si le caractère moralisateur m'a dérangé, la longueur du récit m'a ennuyé.
140 pages, c'est long ! Je n'ai pas réussi à lire la BD en une seule fois, et je n'aime pas ça du tout.
Mais ce n'est pas tant le nombre de pages qui rend cette lecture ennuyeuse, c'est toutes ces idées jetées qui ralentissent le scénario. On a l'impression qu'on ne sait pas où l'auteur veut aller, qu'il écrit à l'inspiration. Le récit est de ce fait saccadé et en pâtit.
Et il y aura plusieurs tomes en plus...

Quant au dessin, c'est du Sfar, on aime ou on aime pas !

Chronique du 14/03/10

Pour ma part j'ai lu la BD en deux temps. J'en ai découvert le début à Angoulême et ce début m'a beaucoup plu : un cadre original (l'eau qui remonte à sa source, qui est empoisonnée, la magie de la source), des clins d'œil historiques critiques (le dieu unique et sa volonté d'annihiler les autres religions, la papauté et son emprise sur la politique) et des clins d'œil artistiques (la dame à la licorne et une histoire qui n'est pas sans rappeler la traditionnelle dame sans mercie de la littérature anglaise), et des personnages sympatoches (un amoureux transi genre paladin perdu dans un monde pas fait pour lui, une magicienne égocentrique qui se sert des autres puis qui les jette, un narrateur pourri jusqu'à la moelle), etc.

Ce n'est que quand j'ai pu lire la suite une fois la BD achetée que j'ai un peu déchanté. L'histoire traine en longueur, il n'y a pas de rythme, et même lorsqu'il y a de l'action (un peu), on s'ennuie. C'est Jérôme qui a mit le doigt sur ce qui ne va pas : l'histoire n'est pas construite. Ça fait très mal à l'album qui aurait pu être de grande qualité.


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Tome 1 : \\"Le roi n\\'embrasse pas\\"

Année d'édition
2009

Animal'Z Enki Bilal (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 04/04/10

« Le Coup de Sang », c'est ainsi qu'à été nommé le grand bouleversement, le cataclysme, l'apocalypse... ce genre d'événement qui ne laisse derrière lui qu'une poignée de survivants. Ceux qui ont survécu recherchent aujourd'hui ce havre de paix, ce lieu insolite, mystérieux, et secret... cet eldorado légendaire. Quête futile ? Existe-t-il seulement, ce rêve lointain ?

Les albums d'Enki Bilal sont toujours très attendus par les fans comme moi. Critiquer un album de son auteur favori n'est pas évident, comment être objectif ?
Je vais quand même m'y essayer.

Tout d'abord, lorsqu'on aborde une lecture de Bilal, on s'attend à un enchevêtrement politique complexe. Eh bien sachez-le, ce n'est pas le cas ici. Certes les hommes ont des destins croisés, ils ont tous leur passé, leurs défauts, leurs pulsions. Mais il n'y a pas de politique.
On retrouve en revanche ce thème de la guerre et du chaos (ou de la décadence) présent dans la plupart des œuvres de Bilal.

Car Animal'Z est avant tout une œuvre de science-fiction. Et comme toujours lorsque le maître aborde ce genre de défi scénaristique, il nous fait découvrir des choses jusque là inexplorées. C'est ainsi que naissent des concepts tels que l'eau en poudre, à laquelle on doit ajouter de l'eau pour en faire de l'eau, ou encore les hommes-dauphins.
Nous sommes dans un monde futuriste, est-ce la vision de Bilal du monde de demain ?
En tout cas, il nous fait nous poser des questions, à l'heure ou le monde prend conscience des dérèglements climatiques.

Je parlais des hommes-dauphins, il s'agit bien entendu d'expériences génétiques. Tiens, là encore, c'est un thème récurrent chez l'auteur. Dans cet album, le rapport entre l'homme et l'animal est par ailleurs constant.

Mais venons en un peu aux personnages de l'histoire.
Tout tourne autour de ces Animal'Z, et des destins croisés des protagonistes. Ils s'étaient tous plus ou moins perdus de vue après le Coup de Sang, mais voilà qu'un détroit les réunit, car c'est le seul passage vers la « terre promise ».
Les personnages sont presque tous des robots, ils n'ont pas une grande profondeur affective ou spirituelle. Ils sont des produits du passé, et n'ont plus grand chose de réel. Ils semblent synthétiques. Et c'est probablement vraiment le cas, car tous ou presque sont le fruit d'expériences plus ou moins ratées. Quel était le rapport « humains / créatures humanoïdes » dans le passé ? N'y a-t-il justement que les plus transformés qui aient survécus ? La science d'aujourd'hui ne cesse de choquer en proposant des expériences, des clonages... n'est-ce pas là l'un des points de départ de cette bande-dessinée, l'une des accusations portées à la folie des hommes ?
D'ailleurs, en parlant de clonage, je ne me suis rendu compte qu'à la fin que ce n'était pas la peau du zèbre qui était changeante, mais que deux zèbres portaient des personnages différents. Deux hommes qui ne vivent qu'au travers de proverbes. Ils ne sont que citations, ils n'existent que par leur biais. Je trouve ce(s) personnage(s) très périlleux d'un point de vue textuel. Car il n'était pas évident de le(s) faire « parler » sans perdre le lecteur, ou sans en faire trop. Et c'est pourtant réussi.

Au final, mon bémol réside plutôt dans ce que je préfère chez Enki Bilal, à savoir le dessin.
Le style épuré de sa dernière série du Monstre a disparu pour laisser place à un graphisme gris et morne. Certes il reflète bien le lendemain de chaos, ce monde onirique cruel et dangereux, ce récit dans un autre temps, mais tout ce gris peut provoquer une lourdeur incommensurable, envahissante, pesante.
Mais ce qui m'a vraiment gêné au cours de ma lecture, ce sont ces traits de séparation au milieu d'une page lorsque le récit bascule d'une scène à une autre. Ça, c'est très moche... et franchement pas artistique.

Moralité : Animal'Z est un livre très différent de ce que Bilal à proposé jusque là, une bande-dessinée à posséder absolument. Je vous l'avais dit que je ne serais pas objectif :)




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Année d'édition
2009

Anne Frank au pays du manga Alain Lewkowicz (s), Vincent Bourgeau (d) ARTE

Un voyage en BD documentaire interactive

Chronique du 02/12/12

Préambule : Anne Frank au pays du manga est une bande dessinée numérique. Pour la première fois sur BenDis, il ne s'agit donc pas d'un album de notre bibliothèque personnelle. Un petit écart pour un gros coup de cœur.

L'équipe : Alain Lewkowicz (réalisateur), Vincent Bourgeau (dessinateur), Marc Sainsauve (chef opérateur / photographe), Herminien Ogawa (fixeur / traducteur)
Pour visualiser la BD, c'est ici : http://annefrank.arte.tv/fr/


Anne Frank et son journal intime ont fait le tour du monde en tant que témoignage poignant de la Shoah. Au Japon, Le Journal d'Anne Frank vient d'être adapté en manga. Il n'en faut pas plus à Alain Lewkowicz pour monter une équipe, composée de Vincent Bourgeau (dessinateur) et de Marc Sainsauve (chef opérateur et photographe). Ensemble, ils s'envolent pour le pays du soleil levant, où les attend Hermilien Ogawa, un jeune homme franco-japonais, qui leur servira de guide et de traducteur.
Leur but ? Parvenir enfin à comprendre les japonais... et on peut dire que c'est pas gagné !

En préambule, il faut savoir que beaucoup de japonais ont lu Le Journal d'Anne Frank. Pourtant, après visionnage de ce documentaire, j'ai vraiment peine à le croire... où alors l'ont-ils lu sans en comprendre le contexte ?

En France on a un peu tendance à idéaliser le Japon c'est vrai. Sans pour autant se rendre compte du décalage flagrant entre nos deux cultures. Pour ne faire le parallèle que sur la bande dessinée nous achetons nos livres en prêtant une attention particulière à l'objet. Les japonais achètent des périodiques comme le Jump (3 millions d'exemplaires pour 2 €, et ce n'est pas le seul périodique puisqu'il en existe pour tous les goûts, toutes les tranches d'âge et tous les milieux socio-professionnels) chaque semaine ! Ils avalent du manga, le manga fait partie de leur éducation !
Hermilien le souligne : il y a des mangas sur tout et c'est vrai, nous osons beaucoup moins dans les sujets que nous abordons en occident. C'est ainsi qu'on retrouve chez les libraires des titres chocs comme Mein Kampf et il va sans dire qu'il serait impensable de publier un tel livre chez nous. Les japonais sont curieux de tout et n'ont pas peur des tabous... du moins, c'est ce qui est dit en substance. Dans les faits, la vérité est toute autre...

Certains tabous sont peut-être plus difficiles à se remémorer... par exemple, n'espérez pas trouver de manga sur l'holocauste (eh non, Le Journal d'Anne Frank en manga c'est juste un récit « kawai » finalement) ni sur le massacre de Nankin... en fait, oubliez tout ce que les japonais pourraient être amenés à se reprocher : des crimes de guerre ? Nooooon ! Les japonais sont tous des héros ayant œuvré pour le bien de leur patrie (sisi, ils ont même un mémorial en leur nom) !
La seconde guerre mondiale, pour eux, c'est les bombes atomiques, point. Victimes mais pas coupables...

Si je ne partage pas toujours le point de vue du journaliste français, que je trouve souvent limite dans ses interventions et agaçant dans sa façon de penser (il est persuadé d'avoir toujours raison et a bien du mal à comprendre les japonais), j'ai été en revanche très enthousiasmé par le reportage ainsi réalisé en terres nippones. Il permet de faire le pont entre deux sociétés qui ont évolué très différemment. Hermilien joue par ailleurs un rôle central car, du fait de sa double nationalité, il parvient à recadrer les journalistes et à exprimer le ressenti japonais, tout en comprenant les questionnements occidentaux. J'ai beaucoup aimé cette confrontation de points de vue divergeants, tous les avis ayant pu s'exprimer librement.


Effarant, déboussolant, enthousiasmant, culturellement intéressant et j'ajouterai même ludique et innovant, ce documentaire numérique est une vraie réussite.
La bande dessinée numérique, j'ai l'ai toujours perçue comme une ennemie des livres en général. C'est peut-être une étroitesse d'esprit que de penser ça mais c'est un fait. En même temps, j'attendais peut-être de tomber sur une lecture qui puisse me prouver que ce support avait quelque chose à apporter au 9ème Art, parce que jusqu'à présent la BD numérique se contentait simplement de reproduire à l'écran ce qui pouvait être imprimé dans un album : bof !
Avec Anne Frank au pays du manga, j'ai l'impression que la BD numérique marque un point.
L'ergonomie est rapide à prendre en main, la navigation est fluide et la lecture l'est tout autant, on repère facilement les interactions. Les pages sont animées : les cases, les textes, le son d'ambiance... il y a une alchimie certaine qui nous interpelle. Le support est croisé de photographies, d'interviews vidéos, ce qui donne un ensemble cohérent, absolument complet et très enrichissant.

Le dessin revêt des allures de presse mais il fait aussi l'effort d'intégrer des techniques typiquement japonaises : tramage (bien qu'uniforme), découpages un peu audacieux. Il assimile aussi des « écrans » vidéos nous permettant de cerner un peu plus la culture (ce qui me fait regretter Culture Pub par ailleurs) et les décors nippons.
En bref, une excellente découverte, que je recommande chaudement... et en plus c'est gratuit, alors pourquoi se priver ?



P.S. : Monsieur Lewkowicz, si les japonais m'ont de nombreuses fois fait bondir au plafond (notamment au sujet de leur pitoyable niveau scolaire en histoire, mais ne faisons pas de généralités), vous m'avez passablement énervé... je cite :
« Pourquoi vous avez acheté des mangas et pas des livres ? » (chapitre 4 – p5 – Diaporama « FRÄNK »)
Entendez-vous par là que le manga, et la bande dessinée en général, est de la sous culture ? Ce genre de propos me fait pousser des boutons...
À moins que ce soit le manga que vous considérez comme tel... pensez-vous que les comics américains ou la bande dessinée franco-belge soit « supérieurs » ? Cette phrase malheureuse est idiote !

Chronique du 05/02/14

Plus qu'une BD numérique, Anne Frank au pays du Manga est surtout une BD interactive, et c'est ce qui fait tout son intérêt, particulièrement en tant que BD numérique justement. Je n'ai pas lu la version éditée ensuite sur papier, et bien que j'ai de sérieux doutes quant à sa pertinence, je ne peux pas vraiment me prononcer sur sa qualité. Mais le grand avantage de la version initiale, c'est sans aucun doute la possibilité d'ajouter sans contrainte des vidéos, des enregistrements audio, des diapos, des animations au sein même des cases...

Bref, c'est un format on ne peut plus adapté pour cette lecture qui nous plonge de surcroît dans l'ambiance japonaise grâce à ses bandes son. Et pour mener le principe jusqu'au bout, puisqu'on parle de manga, autant en adopter autant que possible les techniques : le découpage et le tramage, même si on est loin d'égaler les grands maîtres du genre.

Le format oui bon, d'accord, mais qu'en est-il du contenu ? Il me semble (mais ça ne tient sans doute qu'à moi vu les débats enflammés que j'entretiens avec mon collègue sur le sujet) que le principal tient quand même dans le propos. Eh bien j'oserais mettre ici un bémol, puisque la qualité de ce titre est intrinsèquement lié à la possibilité d'ajouter tout un tas de « gadgets ».
Mais quand même.

Enquêtant sur le constat ahurissant que les Japonais peuvent tout mettre dans un manga, preuve en est celui qui est tiré du Journal d'Anne Frank, nos auteurs nous font découvrir la vision japonaise de la Seconde Guerre Mondiale : une vision parfaitement ignare. De là à dévier sur la dénonciation des partis d'extrême droite impérialistes (mais n'en avons nous pas également en France ?), il n'y a qu'un pas que les auteurs n'hésite pas à franchir. Et c'est finalement là que le propos me déçoit : faisant fi de toutes considérations culturelles, Anne Frank au Pays du Manga pointe des aberrations qui n'en sont finalement qu'aux yeux de ceux qui délaissent le patrimoine historique japonais. La vision très européenne du discours rend du coup certaines réflexions et certains passages assommants voire pénibles.
Mais globalement, on découvre énormément de choses, et là encore, le côté interactif de l'ensemble tient toute son importance. Permettant de dépasser les limites de la BD classique, ce titre nous arrose copieusement d'interviews et de témoignages. Il n'hésite pas à distiller quelques traits d'humour au détour d'une case animée. Pourtant je m'interroge : est-ce que ce format laisse vraiment au lecteur le temps de la réflexion que mérite toute œuvre documentaire ?


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Un voyage en BD documentaire interactive

Année d'édition
2012

Anuki Frédéric Maupomé (s), Stéphane Sénégas (d) La Gouttière

Tome 1 : " La guerre des poules "

Chronique du 28/03/12

C'est sur le blog de Mo' que j'ai découvert Anuki. Son avis m'avait alors intrigué. Intrigué parce que la bande dessinée est muette tout d'abord, et qu'elle laisse libre cours à l'imaginaire, mais aussi parce que l'interprétation de l'histoire par son lutin n'avait pas la même saveur que la perception d'un adulte.
Le temps à passé, j'ai fini par tomber sur l'album en librairie, lors d'un festival BD. Je me suis souvenu de la chronique de Mo', des commentaires qui ont suivi, de la bonne impression que tout ça m'avait laissé, et je me suis laissé happé par la tentation. Voilà donc venu mon tour de vous dire ce que j'en pense.

Il est peu évident d'exprimer un récit, des sentiments, de narrer des situations, sans utiliser le moindre mot. Un exercice d'autant plus périlleux qu'il s'adresse à des enfants, ce qui demande encore plus de précision dans les traits, dans le traitement graphique. Le dessin doit absolument rester simple et expressif.
Stéphane Sénégas y parvient parfaitement, posant ses images sur un fond blanc, se permettant même de s'évader des cases par moment. Une sobriété qui assoie d'autant plus la narration et aide vraiment à faire des pauses pour la compréhension des plus petits.

Le récit de Frédéric Maupomé est lui aussi très simple : un petit indien dans un mauvais jour, le genre de jour où rien ne va, où tout dérape. Pour le consoler, on lui offre une insigne en forme d'oiseau. Le garçon joue alors avec, mais évidemment, quand rien ne va... rien ne va ! Les péripéties s'enchaînent alors. Heureusement que le petit homme n'a pas peur des poules :)
Une histoire courte comme tous les albums jeunesse et qui n'oublie pas de véhiculer une morale, pleine de bon sens et de partage.

J'ai beaucoup aimé la valeur didactique du bouquin. J'ai trouvé très sympa qu'un album puisse s'adresser aux enfants et qu'il puisse être lu sans assistance, que l'enfant sache lire ou pas d'ailleurs. Ma fille n'est pas encore en âge, mais j'aimerais vraiment tenter l'expérience, plus tard :)




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Tome 1 : \\" La guerre des poules \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " La Révolte des castors "

Chronique du 22/08/12

Le duo d'auteurs Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas remettent ça avec le tome 2 d'Anuki.
La bande dessinée se passe toujours de texte mais reste toujours aussi intuitive et géniale pour un gamin, qui peut toujours se l'approprier sans aide extérieure. Un trésor d'inventivité que ne se lasseront pas les parents de mettre entre les mains de leurs enfants.

Pour autant, on peut quand même reprocher à Frédéric Maupomé de ne pas suffisamment renouveler sa recette. En effet, on retrouve exactement les mêmes acteurs, si ce n'est que les castors ont remplacé les poules et que le sujet de la course-poursuite n'est plus une insigne donnée en cadeau mais des mûres sur un buisson.
Des querelles d'enfants qui remettent tout de même une nouvelle fois en avant les joies du partage, non sans humour. Les castors ne se laissent pas faire et combinent d'ingéniosité pour rendre la pareille à Anuki, qui les a embêté pendant leurs travaux de construction : œil pour œil, dent pour dent (de castor).

Le dessin de Stéphane Sénégas, toujours aussi didactique, ne souffre d'aucun défaut de lecture. On passe aisément de case en case, ou d'image en image lorsqu'il n'y a pas de cases, à l'aide de pointillés gras indiquant le chemin pris par le petit indien. De même sur les points de vue d'ensemble, le regard d'Anuki est indiqué par le même procédé : tout est fait pour aider à la meilleur compréhension possible.

J'ai beaucoup aimé deux scènes en particulier, contrastant pas mal avec les autres illustrations de l'album, voire même avec le premier.
Il y a tout d'abord ce crayonné page 14, montrant les silhouettes des trois enfants jouant dans la forêt. Un dessin aéré qui marque comme une pause dans le scénario, comme un cliché qui restera des années plus tard le souvenir gravé de cette aventure dans leur mémoire.
Page 25 ensuite, j'ai vu dans ce plan « Anukiavélique » du petit indien comme un air de Shadoks. Il manque peut-être quelques notes de calculs et sûrement quelques bruitages, mais ça a quand même fait appel à ma nostalgie. Évidemment, comme tout bon plan qui se respecte, on était loin de penser qu'il allait fonctionner ^^

Une lecture que j'ai tenté de faire avec ma fille de 10 mois dans les bras. Pas évident... surtout qu'elle trouvait la couverture de l'album très à son goût. Pour avancer, y'a mieux :)

En bref, une recette qui fonctionne à merveille. Un nouveau récit plein de rebondissements et avec une vraie morale qui fait du bien et un humour un brin espiègle qu'on apprécie.


D'autres avis : Mo', Jérôme




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Tome 2 : " La Révolte des castors "

Année d'édition
2012

Arzach Moebius (s)(d) Humanoïdes Associés

Chronique du 17/11/13

Arzach fait partie de ces albums qu'on considère comme incontournables dans le monde de la bande dessinée.
Publié pour la première fois en 1975 dans le magazine Métal Hurlant, puis sous forme reliée en 1976 chez Les humanoïdes associés, Arzach marque tous les esprits, à des années lumière des courants traditionnels.


Première marche.

Inscrit en première partie de l'édition 2011, La déviation est un récit court de 7 planches publié dans Pilote en 1973. Jean Giraud quittera le magazine peu de temps après pour fonder avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet Les humanoïdes associés et Métal Hurlant.
Dans cette histoire, l'auteur se met en abîme en s'imaginant un départ en vacances dantesque, sur la route de l'île de Ré. Un voyage entre le rêve et la réalité.

La forme peut paraître aujourd'hui désuète. Le style graphique, noir et blanc, proche de la gravure, use d'une surabondance de traits et remplit les cases de détails. Le texte est verbeux, tout en majuscules, et condense les propos dans des bulles démesurées. Le tout contribue à une ambiance un peu lourde.

Pour autant, il s'agit d'un récit-clef dans la carrière de celui qui deviendra Moebius.
Jean Giraud (ou Gir) était déjà connu pour Blueberry, mais ne s'était à l'époque pas encore lancé dans la science-fiction. Cette histoire de quelques pages marque un changement : il est question d'identité graphique, le réalisme de Jean Giraud se mélangeant au fantastique du futur Moebius. L'auteur enfonce une première porte vers l'inconnu.


Une petite révolution.

« Quand Arzach fut publié, l'impact public a été étonnant. Ces pages firent l'effet d'une bombe, d'une petite révolution dans le monde de la bande dessinée. Le fait qu'il n'y ait pas le moindre texte dans ces pages a d'abord beaucoup surpris. En outre, l'histoire ne correspondait à aucun des schémas narratifs classiques, du moins dans le domaine de la bande dessinée, car dans la littérature contemporaine, ce genre de cheminement n'a rien d'exceptionnel. »
Moebius, 1991


Ce n'est pas évident de parler d'Arzach tant sa forme est particulière et sa narration non conventionnelle. Si elle reprend pour personnage central un homme chevauchant une espèce de Ptérodactyle, le récit est composé de plusieurs scènes sans véritable lien entre elles. Des séquences qui nous apparaissent comme des étapes à différents moments de la vie de ce protagoniste récurent.

On retrouve dans ces quelques pages une certaine opposition entre le passé (représenté par le dinosaure ailé) et le futur (technologie avancée).
Il est aussi beaucoup question de l'éros et du thanatos, deux thématiques omniprésentes.
La mort, tout d'abord, occupe une place importante : chute brutale, dernier combat, plantes carnivores, non-existence d'une foule sans âme mais belliqueuse... mort qui est également présente dans ce monde post-apocalyptique, déchu. L'univers dépeint est violent et dangereux, il ne laisse pas de place au faux-pas.
Le rapport au sexe est de même prédominant, avec de nombreux symboles phalliques et des appendices généreusement exhibés au fil des cases.

Harzack, Harzac, Arzach, Harzak, Arzak, Harzakc, Harzach, Arrzak...
8 noms différents pour une seule et même œuvre, comme si l'auteur peinait à trouver son identité alors même qu'il écrivait son histoire.
Une construction qui se passe de texte et qui se passe aussi d'explication, axant toute sa puissance évocatrice dans le ressenti et l'interprétation.

Pour asseoir cette force visuelle, l'auteur dit n'avoir pas ménagé sa peine, travaillant avec ardeur la moindre case comme s'il s'agissait d'une illustration.
On ressent cette passion et certaines cases sont vraiment superbes, dans un trait rétro très typé de l'époque, un graphisme qui n'est pas si éloigné d'ailleurs de celui d'Enki Bilal à la même période.


L'œuvre d'une vie.

Cette édition 2011 contient une histoire non muette de 5 planches en fin d'ouvrage. Écrite en 1987, elle fait le rapprochement entre La déviation et Arzach sous la forme d'une fiction.
Le dessin a évolué, il est plus classique et j'ai envie de dire... plus commun. Pas désagréable cependant, il nous invite dans une autre époque...

Arzach a aussi fait l'objet de nouvelles versions (discutées) en 2009 (Arzak - Destination Tassili) et 2010 (Arzak – L'arpenteur). L'une en noir et blanc présentant une page de texte et une page illustrée, l'autre étant une bande dessinée en couleur. Deux suites qui ont ce même but de faire revivre un personnage mythique, et qui resteront malheureusement inachevées à la mort de Jean Giraud.

Volonté d'aller plus loin ? Besoin d'expliquer ?
Il est coutume de dire qu'un artiste ne considère jamais son œuvre achevée tant qu'elle n'est pas parfaite, de même que l'on estime que la perfection n'existe pas.

Arzach demeure une bande dessinée novatrice en son temps et une œuvre fondamentale dans la carrière internationale de Moebius.
Elle est sûrement l'œuvre de sa vie.

Je ne suis pas certain d'être capable d'apprécier cette œuvre à sa juste valeur. N'ayant pas vécu ce moment clef de l'histoire de la BD, j'ai ce sentiment d'être un peu extérieur, de ne pas avoir la culture nécessaire.
Arzach a ouvert de nouveaux horizons et nombreux sont les auteurs qui les ont arpentés depuis. J'ai lu tellement de bande dessinées, qu'elles soient de science-fiction, muettes, déconstruites ou abstraites, que je ne me sens pas à même de considérer le génie de Moebius d'inventer ce qui n'existait alors pas.

Chronique du 17/11/13

Quand on va au concert, on s'attend à voir une première partie, c'est mois souvent le cas en BD. Et pourtant, Arzach contient, en ouverture, une petite histoire parue dans Pilote, La déviation. Malgré un découpage audacieux (surtout à l'époque), un dessin bluffant de richesse et un univers complètement farfelu et satyrique, ces sept pages sont nettement plus longues et ardues à lire que l'histoire d'Arzach elle-même (cela dit, les derniers ajouts de Moebius à Arzach, faisant échos à La Déviation, ce rassemblement prend là toute sa logique).

Au contraire, l'histoire d'Arzach inspire plus qu'elle ne raconte. Dans sa préface, l'auteur avoue « J'avais comme projet d'exprimer le niveau le plus profond de la conscience, à la frange de l'inconscient ». Et en effet, on se laisse réellement bercer par les planches. Déjà visuellement, car elles sont vraiment belles : un dessin très fouillé et des couleurs sublimes (et le dieu de la BD sait qu'à l'époque, les couleurs étaient souvent très très TRÈS moches). Clairement, j'apprécie l'absence de phylactères qui permet réellement de profiter de toute la beauté de ces planches. Et l'histoire pourrait n'avoir ni queue ni tête (c'est d'ailleurs un sentiment prédominant) qu'on s'en moquerait complètement, car l'ambiance nous enveloppe aux dépends de l'intérêt scénaristique.

Finalement, ce qui me perturbe le plus, c'est l'association de la bande dessinée proprement dite avec des interventions plus sporadiques et plus tardives du personnage dont on ne sait plus très bien si elles appartiennent à l'histoire originelle ou non. Les ajouts de 1987, dans un style clairement différent, viennent éclaircir le scénario, mais où commence l'histoire initiale et où se termine-t-elle ?


Un autre avis : Mitchul

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2011 (1°ed.1976)

Aspic - Détectives de l'étrange Thierry Gloris (s), Jacques Lamontagne (d) Quadrants

Tome 1 : "La naine aux ectoplasmes"

Chronique du 19/09/10

SNIKT...
Kathy Wuthering est une médium un peu spéciale. Elle invoque les esprits pour prédire l'avenir a ses clients de la haute société. Sa belle demeure est par ailleurs le parfait exemple de sa réussite professionnelle.
Quand on exerce un tel métier, difficile de ne pas succomber à la tentation d'en savoir plus sur son propre avenir. Et quand l'esprit vous annonce que votre fin est proche, difficile de rester les bras croisés à attendre la dernière heure... SNIKT ?

Aspic est une BD qui s'adresse aux amateurs d'enquêtes mêlées de paranormal. Bon, c'est pas X-Files, mais le ton est parfaitement donné par cette première scène occulte. Imaginez une naine appelant un esprit depuis sa baignoire située en plein milieu d'une pièce remplie de poupées et éclairée simplement par la lueur des bougies : occultisme.
Vient ensuite l'enquête sur la disparition de Cathy Wuthering, notre devineresse extralucide, par le détective Auguste Dupin. L'anglais, flegmatique par excellence, est aussi perspicace que ce bon vieux Sherlock des romans de Conan Doyle. Quant à son associé pour l'affaire l'inspecteur Nimber, c'est tout l'inverse : il débute.
Un troisième larron vient se greffer à ces deux enquêteurs, il s'agit de Mademoiselle Vernet, en stage chez Dupin. Cette dernière apprends le métier, mais elle souffre de ne pas pouvoir pratiquer le terrain. Ses habiles subterfuges provoqueront rapidement des situations cocasses et finalement, c'est elle qui apporte la dose d'humour dans l'histoire.

Vous l'aurez donc compris, Aspic c'est une enquête occulte et pas triste. Il y a de l'action, des rebondissements, des pistes, du spectacle, des sociétés secrètes, de l'humour, du mysticisme, bref : tout pour plaire.

Et si je n'ai pas parlé du dessin jusque là, c'était pour garder le meilleur pour la fin. Car Jacques Lamontagne, qui nous avait déjà régalé sur la série Les druides (quand je repense à Dahud ou à la démone en rouge dans les marais ^^), adopte ici un autre trait mais tout autant réjouissant pour illustrer ce paris du 19ème siècle. Il faut dire que la première page est accrocheuse : elle donne le ton et elle est magnifique ! Et c'est ainsi tout du long :)

« J'ai emprunté ma devise personnelle à Louis XIII... Qui s'y frotte... s'y pique... tel l'Aspic ! »

Chronique du 07/12/10

Aspic est originale dans son concept. Je pourrais difficilement le dévoiler entièrement sans gâcher le retournement de situation du final, mais en gros, nous sommes dans un Sherlock Holmes fantastique. D'ailleurs tout est dans le titre : "détectives de l'étrange". Elle met en scène des personnages expressifs, ironiques, hallucinés et attachants autour d'une enquête intrigante.

Qualité majeure pour une BD de ce type : le scénario ne se contente pas d'essayer de surprendre, il est juste bien mené. Gloris sait où il veut aller et où il veut emmener le lecteur, et c'est bien agréable.

En revanche, elle manque tout à fait d'originalité dans sa construction et dans son découpage. Il me semblait que Quadrants avait une ligne éditoriale plus ambitieuse que la production habituelle de Soleil. Mais force est de constater que cet album s'en détache assez mal. Dommage car les quelques qualités de cette BD l'auraient placée sur le haut de la pile si elle était paru chez Mourad Boudjellal. De Quadrants, j'attends vraiment des choses plus innovantes...

Aspic n'en reste pas moins une bande dessinée tout à fait agréable à lire, un moment de détente plaisant et surprenant.


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Tome 1 : \\"La naine aux ectoplasmes\\"

Année d'édition
2010

Tome 2 : "L'Or du vice"

Chronique du 23/05/11

Suite et fin de ce diptyque dont je vous épargne le résumé, puisque nous reprenons là où le tome 1 s'était arrêté.
L'enquête sur le vol de la montre et la disparition de la médium Kathy Wuthering étant liées, c'est le moment de la confession pour Hugo "Gavroche" Beyle maintenant que son masque est tombé.

Ma première impression sur la qualité de cette série se confirme à la lecture du tome 2. Le scénario ficelé par Thierry Gloris nous embarque toujours dans l'occulte, tout en faisant quelques références à l'Histoire et à certaines légendes (dont la très célèbre pierre philosophale). Les dialogues mélangent toujours le flegme d'Auguste Dupin et la fougue de Flora Vernet. Les situations et l'opposition des personnages nous amène un humour ma foi fort bien dosé.
Et puis c'est sincèrement plaisant de lire un récit bien mené et qui se clôt en deux tomes.

Pour autant, tout laisse présager d'une suite, probablement sous la forme de cycles d'enquêtes de deux tomes. En effet, le titre de la série prend tout son sens sur la toute dernière page... Aspic est le nom d'un duo d'enquêteurs : Hugo et Flora... Moi qui pensait que le personnage d'Hugo serait secondaire, je me suis trompé.
Des réticences se dessinent alors pour moi : quel dommage de se séparer du personnage de Dupin ! Alors oui, cela ne veut pas dire qu'il n'aura pas son rôle à l'avenir, qu'il n'apparaîtra plus par la suite. Mais on imagine tout de même que l'histoire se retrouvera centrée sur Hugo et Flora. Et la place du flegme "so brittish" dans tout ça ?
J'ai peur qu'on perde un peu de cette osmose dans une suite. Nous verrons bien.

Côté graphisme, Jacques Lamontagne était déjà très bon dans le premier opus. On a l'impression dans ce second volet que le rendu visuel est encore meilleur. Difficile à dire si les dessins sont plus fins, une couleur plus pâle semble en tout cas améliorer le rendu final.

En bref, vous pouvez vous procurer les yeux fermés ce premier cycle et prendre un peu de bon temps en le lisant. C'est une enquête de qualité, bien menée et magnifiquement dessinée.
Mes craintes pour la suite de la série, nous verrons bien !




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Tome 2 : \\"L\\'Or du vice\\"

Année d'édition
2011

Aspic - Détectives de l'étrange Thierry Gloris (s), Jacques Lamontagne (d), Lorien Aureyre (c) Quadrants

Tome 3 : " Deux ch'tis Indiens "

Chronique du 16/11/13

« Mesdames, mesdemoiselles, messieurs !! Venez découvrir la face cachée du monde ! Venez contempler les caprices de Dame Nature ! »

Après avoir mis en déroute l'infâme James Moriarty et vaincu l'effroyable Javert, Flora Vernet et Hugo Beyle décident de monter leur propre agence de détectives de l'occulte : Aspic.
C'est ainsi qu'ils essaient de s'émanciper d'Auguste Dupin, qui poursuit de son côté sa collaboration avec l'inspecteur Georges Nimber.
Comme toute société qui débute, les affaires ne sont pas légion et les fins de mois s'avèrent difficiles. Malgré tout, le duo d'apprentis persévère et déniche un contact au sein d'une communauté de forains. C'est là qu'ils font la rencontre de Monsieur Ours-espiègle. L'esprit de son frère, Loup-gris, était enfermé dans un bâton-totem depuis sa mort. Il était en communion avec lui mais depuis quelques jours le lien s'est rompu : Loup-gris à disparu.
Pendant ce temps-là, Dupin et Nimber essaient de suivre la piste d'un tueur en série qui arrache la gorge de ses victimes, les vidant de tout leur sang...


Une recette trop bien huilée.

Ce troisième tome d'Aspic est l'occasion d'un nouveau cycle.
À l'image d'un W.E.S.T. (western) ou d'un Okko (univers médiéval japonais), il est là encore question d'une enquête occulte (19ème) sous la forme d'un nouveau diptyque.
Cette seconde enquête nous conduit au sein d'une caravane de phénomènes de foire, dans laquelle on retrouve avec plaisir les clichés propres à ce genre de communauté, de la femme à barbe au Hercule à peau de léopard. Bien sûr il y a aussi de la divination, en l'occurrence un couple siamois médium.

Contrairement au premier diptyque plutôt réussi, j'ai trouvé celui-ci plus conventionnel, la faute en partie à un scénario de Thierry Gloris moins fort en ectoplasmes (il y a bien un ou deux esprits, mais ils n'ont pas une place importante) et en rebondissements.
Les deux enquêtes parallèles sont faites pour se regrouper (on le savait) et la surprise n'est pas de rigueur (la construction narrative est exactement la même). Certes le mécanisme fonctionne bien, mais il conduit à une trame trop prévisible. Dommage.
On attendra tout de même de voir ce que le quatrième tome nous réserve : nous savons maintenant qui est qui, reste à connaître l'épilogue.

L'humour en revanche est toujours au rendez-vous et les répliques piquantes de Flora (qui a gardé son caractère) demeurent toujours aussi savoureuses.

« Cela suffit ! Jamais je ne demanderai l'aumône ! Jamais je ne dépendrai d'un homme ! »


Deux plus un égale moins.

J'ai déjà fait l'éloge sur BenDis du travail de Jacques Lamontagne, qui est généralement de qualité. Pour autant, j'ai trouvé ce troisième tome d'Aspic un ton en dessous de ce à quoi il nous avait habitué.

Je pense que le problème vient surtout du dessin. Certes les décors sont toujours aussi riches en détails mais les traits sont plus gras, les postures moins détaillées et les visages moins expressifs que dans les albums précédents. Même certains cadrages paraissent peu adaptés sur quelques cases. Peut-être est-ce une question de manque de temps, ce qui pourrait expliquer la venue d'une coloriste pour l'épauler alors que le dessinateur a pour habitude de prendre en charge les couleurs lui-même. Lorien Aureyre ne se débrouille pas si mal mais le résultat final est moins beau qu'a l'accoutumée.


Un bonus court mais intéressant.

Le cahier graphique en fin d'ouvrage nous évoque les coulisses de la conception d'Aspic. Il est entre autres question de la création des personnages clef, mais aussi et surtout de ce troisième tome, notamment les hommages rendus aux œuvres cinématographiques que sont Freaks (de Tod Browning) ou Nosferatu (de Friedrich Wilhelm Murneau), le nom de l'un des protagonistes de l'album faisant référence à l'acteur : le comte Max von Schreck.
Quelques pages agrémentées des propos des auteurs qui abordent brièvement leur façon de travailler et les codes qu'ils se sont fixés.
Instructif sans être exhaustif.


Pour conclure :

Un début d'enquête moins prenant que le précédent diptyque mais une lecture occulte qui reste plaisante et qui conserve un sens de l'humour certain et des dialogues de qualité.



Un autre avis : Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 3 : " Deux ch'tis Indiens "

Année d'édition
2013

Asterios Polyp David Mazzucchelli (s)(d) CASTERMAN

Asterios Polyp

Chronique du 12/03/11

_ Ah, donc c'est un question de place. Et si tu devais soudain partir et que tu ne pouvais prendre que trois choses, lesquelles tu choisirais ?
_ Je ne pense pas par trois.


Un soir d'orage comme il y en a tant... menaçant, coléreux. Dans un appartement New-Yorkais, à Manhattan, un homme regarde des vidéos vautré sur son lit. Tout autour de lui n'est que désordre et négligence. Les fenêtres ouvertes laissent rentrer la pluie, les plantes dépérissent, le sol est jonché de détritus, la vaisselle s'entasse dans l'évier... Sur le bureau, les lettres de créance s'amoncellent et le répondeur affiche de nombreux messages non écoutés.
Pourtant, Asterios Polyp est un homme respectable et un architecte reconnu. Lui qui a toujours brillé, comment a-t-il pu en arriver là ?
L'éclair s'abat tout à coup dans un vacarme assourdissant. C'est aussitôt l'alerte : il faut partir, et vite. Alors que le feu consume l'immeuble, Asterios se détourne de son ancienne vie et disparait dans la nuit. Il n'a eu le temps de sauver que trois choses : son briquet, une montre et un couteau suisse...

J'ai souvent soufflé ma fumée aux quatre vents.

Son appartement qui brûle et c'est un peu toute la vie d'Asterios qui part en flammes. Alors qu'il décide de partir le plus loin possible pour refaire sa vie, il est tiraillé entre souvenirs et réalité.
Sans pour autant en parler, Asterios laisse faire son double, le jumeau qu'il n'a jamais eu mais qui lui manque cruellement : Ignazio, sa conscience.

Chacun de nous avait eu des chances égales in utero. Pourquoi étais-je celui qui avait survécu ? Étais-ce un pur hasard ? Ou la faute à quelque médecin ? Ou avais-je pu étouffer ce pauvre diable ?

Notre lecture est donc partagée entre la fuite du héros malgré lui de cette histoire, et son passé. Un passé douloureux, puisque tiraillé par la perte de deux êtres chers. Son frère, mort-né, et sa femme, qu'on suppose partie (et non, je ne vais pas vous raconter tout le livre, petits curieux).

Le personnage en lui-même a quelque chose de fascinant. Un cinquantenaire plein de flegme qui ploie pourtant sous le poids de sa déchéance. Sa fuite en avant lui permet de se poser les bonnes questions, de se recentrer pour mieux rebondir. Les souvenirs qu'il ressasse, le cynisme de ses paroles passées, où cela l'a-t-il mené ? Les regrets, le doute. Il traverse tout cela dans sa maison d'accueil, aux côté de Stiff et Ursula Major.
Une rencontre qui changera sa vie. Des gens atypiques, mais finalement pas plus que lui... Et Jackson, jouant avec Ronny Doug son ami imaginaire, Asterios (Sterio pour les intimes) ne se voit-il pas un peu dans ce petit bonhomme ?

Hautain et parfois méprisant lorsque son passé est évoqué, on se prends peu à peu d'affection pour le personnage. Un charisme certain se dégage de lui, et sa relation avec Hanna est aussi incongrue que la différence de caractère est grande.

_ Tu me trouves stupide ?
_ Hein ? Non ! Absolument pas ! Non !
_ Alors pourquoi tu crois toujours que j'ai tord ?


_ Ah ! Donc il y a des degrés de cruauté acceptables ?
_ Je t'ai épousé, non ?


Pour conclure, Asterios Polyp ce n'est pas seulement le Eisner Award du meilleur album 2010, le Prix Special d'Angoulême et le Prix ACBD de la critique en 2011, c'est aussi la formidable biographie d'un homme qui à l'instar d'une météorite ou de la révolution, rase tout pour tout reprendre à zéro. Une métaphore omniprésente alliée à une introspection permanente.

David Mazzucchelli (en voyant son nom, je me dis que le syndrome de la dualité fait partie intégrante de sa vie) agence des dessins d'une incroyable netteté et qui vont à merveille avec le métier du protagoniste principal. On se perd parfois dans les méandres de son inconscient, et on y trouve de belles images pleines de force, riches et tortueuses. La réalité n'est pas en reste, et certaines pages on les prends pleine face dans la figure, comme ce vaste cratère laissé par une météorite. Des émotions aussi, qui nous émeuvent, comme la construction de cette cabane pour Jackson.

Que serait devenu le frère, s'il avait été à sa place ?

Amour... confiance... respect. Vous enlevez n'importe lequel des trois et tout s'ébranle.

Chaque souvenir, aussi lointain soit-il, a lieu "maintenant", au moment où il apparaît dans l'esprit. Plus on se souvient d'une chose, plus le cerveau a la possibilité d'affiner l'expérience originale, car un souvenir ne se visionne pas, il se recrée.

Chronique du 24/03/11

Asterios Polyp est une BD sur la crise de la cinquantaine et sur le retour à 0. Généralement, la crise de la cinquantaine est perçue de façon assez négative, en particulier par l'entourage de la "victime", mais Asterios Polyp rappelle que c'est un recul nécessaire à la réflexion et à l'amélioration. Finalement, autrefois, les anciens étaient considérés comme les "sages", et autrefois, les anciens n'étaient pas si vieux que ça. Ils l'étaient juste assez pour avoir franchi cette étape qui permet à tout homme de mener une réflexion sur ce qu'il a été, ce qu'il aurait aimé être, sur le sens de la vie et tout et tout.

Asterios est un personnage à l'image de l'univers dans lequel il vit. Un monde d'intellectuels qui se sentent supérieurs et qui pensent pouvoir théoriser le monde en le réduisant en une notion abstraite. Les événements l'amènent à rompre avec son passé et à revenir aux sources. Perdu dans un petit patelin du fin fond des Etats-Unis, il découvre la vie simple du mécano. Il change son mode de vie de fond en comble au point qu'il devient l'extrême opposé de celui qu'il était auparavant.
Il fuit son appartement en flammes avec 3 objets qui le rattachent à ses souvenirs. Au fur et à mesure, il s'en sépare, se détachant ici de ce qu'il a été, mais il est incapable de laisser celui qui le rattache à son ex-femme. Hana est présente tout au long de l'album, elle est presque le cœur de la vie d'Asterios, la seule chose avec laquelle il ne peut pas rompre.

Original au niveau de la construction, l'album attribue à chaque personnage un trait et un police de texte qui lui sont propres. Pour Asterios, le trait pur et droit qui le caractérise souligne l'abstraction, le vide et la rigidité de son existence. Le point de vue tient d'ailleurs toute sa place dans le récit. La perception de chacun est représentée par un style graphique et une couleur qui lui sont propre et qui souligne les divergences, tandis que l'histoire est commentée par un personnage omniprésent et pourtant inexistant...

Finalement, toute l'histoire conduit doucement au final, mais bien que les éléments l'annoncent, la surprise reste de taille sur cette conclusion efficace. Je me prêterai d'ailleurs pour une fois au jeu des citations que Jérôme apprécie tant...
"Oui mais vous savez... Dans l'univers, tout est lié à tout... Et ce qui se passe dans le cosmos est le miroir de notre vie sur terre..."


Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur album (nouveauté) 2010
- Prix de la critique ACBD 2011
- Prix Spécial - Angoulême 2011


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Asterios Polyp

Année d'édition
2010

Astérix René Goscinny (s), Albert Uderzo (d), Jean-Yves Ferri (s-T35), Didier Conrad (d-T35) DARGAUD (1 à 24), Éditions Albert René (25 et +)

Tome 9: "Astérix et les Normands"

Chronique du 23/03/08

Abraracourcix reçoit la visite de son neveu : Goudurix. Son frère le lui a envoyé en vacance avec pour mission de le faire devenir un homme ! Pendant ce temps, les Normands s'apprêtent à envahir la Gaule pour apprendre la seule chose qu'ils ne connaissent pas encore, un sentiment qui leur donnerait, soi-disant, des ailes : la peur !

Astérix est une série que j'affectionne pas mal. Comme pour beaucoup de monde, elle a bercé notre enfance. On pourrait croire qu'avec le temps, elle vieillit, mais pas du tout : Astérix est toujours une série hilarante et agréable à lire.
Ici les Normands débarquent et rencontrent un autre peuple qui ne connaît pas la peur, manque de bol. Ils auraient très bien pu s'entendre et taper sur des Romains ensemble, mais ils ont préféré s'en prendre au neveu d'Abraracourcix, qui lui, est champion de la peur ^^
Qui eut cru qu'Assurancetourix serait la clef de tout ? :)




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Tome 9: \\"Astérix et les Normands\\"

Année d'édition
1983 (1°ed.1966)

Tome 15: "La zizanie"

Chronique du 27/03/08

Jules César, contre qui les sénateurs grognent, doit trouver une solution et souhaite frapper un grand coup en trouvant le moyen d'annihiler le petit village gaulois qu'on connaît bien. Et si la solution s'appelait Tullius Détritus ! Ce fauteur de trouble sèmerait la discorde partout autours de lui, arriverait-il à troubler la quiétude du village armoricain ?

Comment renverser une population soudée par les mots, le fameux Détritus excelle dans l'art de semer la zizanie. Il invente tout un tas de manigances pour arriver à ses fins ... et il n'était pas loin de réussir, sans la ruse, une fois de plus, de l'incontournable Astérix.
J'aime beaucoup cet album, autant par le comique comme toujours présent, par l'ambiance inhabituelle, et par la bagarre générale d'anthologie ^^




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Tome 15: \\"La zizanie\\"

Année d'édition
1990 (1°ed.1970)

Tome 35 : " Astérix chez les Pictes "

Chronique du 01/11/13

Quand j'étais petit, la bibliothèque de mon oncle était un refuge dans lequel j'aimais passer du temps, et je considérais ses quelques bande dessinées comme de précieux trésors que je lisais et relisais avec une grande affection.
Mon oncle n'avait pas spécialement beaucoup d'album mais il suivait deux séries en particulier : Storm (une lecture qui n'était pas vraiment de mon âge mais qui reste bien ancrée dans ma mémoire, je reviendrai probablement un jour ou l'autre sur cette œuvre emblématique de Don Lawrence) et Astérix.

Ma bibliothèque d'aujourd'hui est quelque part orpheline de ces lectures de jeunesse (2 Astérix et 1 Storm, c'est bien peu) et la sortie d'une nouvelle aventure des célèbres gaulois, qui plus est marquant un changement historique du duo d'auteurs, m'a offert l'occasion de soigner ma nostalgie.

Trois versions de ce nouvel album sont parues à sa sortie :
- l’album classique, au coût remarquablement faible de moins de 10 € grâce à un tirage très massif (2 millions d'albums dans le monde) et pourtant déjà en réimpression
- l’album édité par la monnaie de Paris, à seulement 1000 exemplaires, accompagné d'un statère gaulois frappé à l'effigie de Vercingétorix et d'un menhir collector en bronze (celui-là même portant les inscriptions des albums composant la série)
- et la version grand format comprenant les petits secrets de fabrication et les planches crayonnées par Didier Conrad.
C’est cette dernière version que je vous présente ici.


Successeurs tous désignés.

Lorsque les premières rumeurs de succession du duo Goscinny/Uderzo sont tombées, j'étais heureux de savoir le nom de Jean-Yves Ferri (De Gaulle à la plage, Le retour à la terre...) évoqué. Fort d'un sens inné de la répartie, on ne pouvait rêver mieux comme scénariste pour reprendre le flambeau d'une série culte comme Astérix, et surtout si l'on considère les albums post-Goscinny comme ratés.

Pour l’épauler, les éditions Albert René ont mis en place une sélection (ne remplace pas Albert Uderzo qui veut) et c’est Didier Conrad qui est parvenu à mettre tout le monde d’accord.

Les auteurs, qui étaient invités sur RMC le jour de la sortie de l'album, ont déclaré que « ce serait un petit peu bête de refuser […], pour un humoriste c'est une chance d'écrire un Astérix tout simplement » (Ferri), que « si je le fais pas je vais le regretter toute ma vie. Je serai le type qui a refusé de faire Astérix, la honte totale » (Conrad).
C'est donc pour eux une grande fierté d'avoir ainsi été choisis (les deux auteurs sont nés en 1959, année du premier Astérix, coïncidence ?) pour succéder à deux auteurs d'une telle renommée, mais à quel prix ?


Contrôle parental.

On retrouve avec ce nouvel opus d’Astérix le dynamisme et les répliques cinglantes de nos amis gaulois. Les jeux de mots se succèdent, autant dans les noms des personnages que dans les échanges de haute volée, ce qui rappelle à notre mémoire la magie des mots propre à René Goscinny et son don pour nous faire rire.
Cet Astérix-là n'est certes pas le meilleur de tous (il n’est pas du niveau des incontournables que sont Les 12 travaux d’Astérix, La zizanie ou encore Le combat des chefs…) mais il est clairement un ton au-dessus des derniers opus et au moins, le ciel ne leur est pas tombé sur la tête (tout au plus un peu de neige).

On pourra regretter une certaine rigidité dans le scénario qui devait absolument obéir à la tradition. Écarts non tolérés, y compris dans le sacro-saint nombre de planches (45 au premier storyboard, réduit (sic) à 44 ), qui voient ainsi la disparition de quelques cases et quelques jeux de mots supplémentaires (re-sic) heureusement retranscrites dans cette belle édition grand format (ouf).

Le dessin de Didier Conrad est lui aussi un éloge au travail d'Albert Uderzo. Non seulement par son trait, emblématique et fidèle, mais aussi dans le cadrage, scrupuleusement étudié. Le souhait de la maison mère est exaucé : le changement est invisible pour le lecteur.
Le fait est que les nouveaux auteurs, aussi grands soient-ils, ont dû respecter un cahier des charges très strict. Avaient-ils le choix ? Non, Astérix n'est pas Spirou : tout a été maîtrisé de main de fer !

C'est en lisant le making-of (dont le moindre mot est pesé) qu'on se rend vraiment compte de la situation. Maître Uderzo passait derrière chaque planche avec son œil d’expert, décortiquant les traits de Didier Conrad pour déceler le moindre faux pas et le corriger aussitôt.
Albert Uderzo n’a pas fait que passer le flambeau, il a été un guide pesant de son expérience et de ses corrections, apportant autant son aide que ses critiques au nouveau duo. L’histoire ne dit pas si la collaboration fut difficile mais elle a sûrement été éprouvante. Il est d’ailleurs mentionné dans les annexes que les deux derniers mois de confection de l’album ont été un véritable calvaire pour Didier Conrad, rendu à bosser vingt heures par jour pour respecter les délais, évidemment non négociables (une communication aux petits oignons au détriment de la santé des auteurs, on comprend qu’Uderzo ait souhaité mettre fin à cela à son âge).

On comprend donc que l'ombre du vieux maître plane derrière chaque planche. Il est également à l'origine de l'un des personnages (le grand-oncle Mac Atrell) et a aussi participé à la conception graphique de certaines figures (notamment l'énorme AFNOR).
Le dessin de la couverture est également en partie de lui (Obélix en entier ainsi que la tête d’Astérix).

Du côté des innovations/satisfactions (planifiées cependant), on pourra apprécier l'apparition remarquée de Vincent Cassel, incarnant le chef Picte Mac Abbeh. Une caricature plutôt réussie et qui rend l'acteur reconnaissable en quelques traits.
Autre nouveauté plaisante, l'émergence de nombreux Pictogrammes aussi drôles que colorés.

Au sujet de la couleur justement...
Fait étonnant, ce nouvel album fait appel à un véritable studio de bande dessinée comme il en existait dans le bon vieux temps.
Après un dessin à quasi-quatre mains, ce sont pas moins de trois coloristes qui ont travaillé sur cet Astérix chez les Pictes : Thierry Mébarki (aux côtés d'Uderzo depuis 1996), Murielle Leroi et Raphaël Delerue. Peu de place (et de considération ?) leur est accordée dans le making-of malheureusement.


Un travail titanesque.

Je reste admiratif du travail accompli par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, qui ont su satisfaire un lourd protocole et renier leurs acquis pour se conformer au cadre strict des exigences patrimoniales.
Ils ont dû se réapproprier l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo, l’étudier minutieusement, sans omettre un seul détail. Un travail monumental et exemplaire : bravo !

Une balade que j'ai appréciée malgré la faible initiative laissée à ses auteurs, forte en jeux de mots et ponctuée de quelques rires. Une balade qui n’a peut-être pas la saveur nostalgique des premières amours mais elle en a le parfum, et c’est déjà pas mal.

« Les Mac Abbeh se sont alliés aux romains ?!
_ Les Mac abbeh sont des traîtres !
_ Au nom des pictes ventrus, J'exige une explication !
_ Les pictes tachetés sont les alliés de Mac Abbeh !
_ Les pictes blancs sont neutres !
_ Les tachetés sont des vendus !
»


Un autre avis : Snoopy

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 35 : " Astérix chez les Pictes "

Année d'édition
2013

Atalante Didier Crisse (s)(d), Anyk (c) SOLEIL

Tome 1: "Le pacte"

Chronique du 11/11/08

Reniée par son père qui voulait un fils, Atalante est abandonnée puis sauvée par les dieux. Artemis lui offre la vivacité et la robustesse, Aphrodite la beauté et la séduction. Alors qu'Hécate allait à son tour se prononcer, Héra intervient et lui lance une malédiction : si un être vivant venait un jour à posséder la petite, ils encourraient tous deux les foudres divines. C'est alors Hécate qui lui donna le dernier don, la célérité et un caractère qui découragera tout prétendant, afin de la préserver du courroux des dieux. Elle lui fit également don d'un poignard qui revient toujours dans son fourreau.
La petite Atalante est alors remise dans son berceau et livrée à la rivière. C'est alors les êtres de la forêt qui la recueillent et l'élèvent...

Atalante est une histoire basée sur la mythologie grecque. On y retrouve les dieux, mais aussi les héros ! Ainsi nous pouvons voir notre héroïne côtoyer Jason et ses argonautes à la recherche de la Toison d'Or, et bien d'autres références encore.
Je dois avouer que la mythologie est un univers qui me plaît. Et c'est là un point fort. Atalante est mise au défi et doit passer des épreuves pour avoir sa place elle-aussi parmi les héros.

Pour ce qui est du récit en lui-même, Didier Crisse n'a fait que reprendre des éléments qui existent ailleurs : le berceau abandonné à la rivière, les dons à un nouveau né et la malédiction.... Il a ensuite mélangé tout ça dans un univers qui se prête aux épreuves et aux aventures épiques. Ce n'est pas innovent ni extra-ordinaire, mais c'est distrayant.




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Tome 1: \\"Le pacte\\"

Année d'édition
2000

Tome 2: "Nautiliaa"

Chronique du 18/03/09

Les argonautes arpentent les eaux vers la colchide en quête de la toison d'or lorsqu'ils tombent sur une île au milieu de l'océan. Si celle ci semble déserte et n'inspire rien de bon à la petite communauté, ils ont besoin d'eau et de vivres et décident d'y accoster...

Les aventures d'Atalante nous mènent ici vers une île peuplée uniquement de farouches femmes. Aussi, lorsqu'elles demandent à Jason et ses compagnons de les enfanter, ils ne se font pas prier. Mais que cache cette mystérieuse colère de Poséidon qui fit disparaître tous les hommes de l'île ?
Didier Crisse nous fait vivre un crochet dans la quête de la toison d'or. L'album n'apporte pas grand chose si ce n'est qu'il prolonge l'aventure d'un épisode supplémentaire, qui a le mérite d'être divertissant si comme moi on ne s'attend pas à un miracle du 9ème Art.
Angélique, qui s'attendait vraiment à un récit plus poussé sur la mythologie grecque, est plus déçue que moi ^^.




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Tome 2: \\"Nautiliaa\\"

Année d'édition
2002

Atar Gull Fabien Nury (s), Brüno (d), Laurence Croix (c) DARGAUD

" Atar Gull " ou le destin d'un esclave modèle

Chronique du 22/11/11

Le Capitaine Benoît sillonne l'Atlantique comme bon nombre de négriers, se fournissant dans le vivier africain avant de repartir pour Port Royal, capitale de la Jamaïque, véritable plaque tournante esclavagiste.
Le gentilhomme connaît un véritable cauchemar sur son dernier trajet, victime d'une grosse tempête qui laisse son navire démâté et diminué de quelques vaillants marins. Il profite de sa halte sur les côtes pour faire réparer son vaisseau et pour marchander un nouvel arrivage de Petits Namaquas.
Depuis la nuit des temps, les Grands et les Petits Namaquas se font la guerre. Avec l'esclavage grandissant, ils voient en cette pratique une opportunité de se débarrasser de leurs prisonniers en échange de fusils, de poudre et de bijoux.

« 32 nègres, race de Petits Namaquas, sains, vigoureux et bien constitués, de l'âge de 20 à 30 ans. 19 négresses à peu près du même âge, dont deux pleines et une ayant un petit de quelques mois, que le vendeur offre noblement par-dessus le marché. 11 négrillons et négrillonnes de 9 à 12 ans. »

Alors qu'il vérifié sa "cargaison", le sieur Benoît est attiré par ce grand éphèbe musclé - Atar Gull - qui ne fait pas partie du lot. Il finit par se laisser tenter, malgré son prix exorbitant de 100 guinées supplémentaires. Il faut dire que l'argument pèse son pesant d'or : au vu de sa taille et de ses muscles, celui-ci pourra bien être vendu comme "Mandingo" en Jamaïque.
Fier de sa transaction, qui comprend donc près de 66 (ne faisons pas la fine bouche sur les embryons) nègres, le Capitaine repart en mer poursuivre son périple. Mais il se fait bientôt rattraper par un vaisseau pirate : celui du redoutable Brulart !

«_ Ton navire est à moi, désormais, ainsi que ta vie.
_ Mais... je ne vous ai rien fait !
_ Non, rien. Je préfère ça. C'est plus cruel, plus injuste. Si tu m'avais porté grief, ce ne serait qu'un vengeance...
_ Je... Je suis marié, et...
_ Marié ? Tant mieux ! As-tu des enfants, comme tout bon chrétien qui se respecte ?
_ Un f... fils.
_ Parfait ! Je ne me suis pas présenté. Je m'appelle Brulart. Tu ne veux pas savoir quel sort je te réserve ? Moi, j'ai envie que tu saches... Je veux contempler ta face de bourgeois, pendant que tout espoir t'abandonne. »


Les personnages sont tous très bien brossés, et ont tous un côté cruel.
Brulart, lui, n'a rien d'attachant. Il est l'archétype du pirate sans vergogne sur lequel on voudrait faire porter à lui seul tout le fardeau de l'esclavage. Je ne sais pas pourquoi mais j'adore les crapules moi. Celui-là c'est un vrai, un dur, une fripouille de premier ordre. Pas un fanfaron de second plan. Le type de personnage qui fait froid dans le dos rien que d'y penser. Le mal incarné.
Pourtant, il n'est finalement rien en comparaison d'Atar Gull. Cet album évoque le récit de ce noir qui deviendra esclave, qui sera finalement vendu à un propriétaire terrien en Jamaïque et qui se rendra compte que son père a été assassiné par celui-ci, à qui il vouera une haine farouche. Mais pour ce monstre, la vengeance est un plat qui se mange froid. Doué d'un sens inné pour s'intégrer à la société, il deviendra vite le bourreau de Tom Will, à qui il causera la perte.
Tom Will justement, il n'est pas foncièrement mauvais comme maître. Il traite relativement bien ses esclaves (par rapport à d'autres j'entends bien). Mais il reste un négrier, qui comme tous les négriers, n'ont aucune estime dans mon cœur. On en vient pourtant à s'apitoyer sur son sort lorsque s'abattent sur lui toutes ces épreuves malheureuses...

Bref, j'ai vraiment adoré cette lecture, qui laisse derrière nous un goût amer.
Amer parce qu'Atar Gull est le véritable psychopathe de l'histoire. Même si on ne peut pas le blâmer pour tout ce qui lui arrive : la privation de sa liberté, l'assassinat de son père... il tue sans aucune retenue ni pitié tout un tas de gens par pure vengeance. Il se sert de tout le monde à en faire pâlir de respect Machiavel lui-même.
Amer aussi parce que l'album retrace une époque que tout le monde voudrait oublier, par méprise ou par honte. J'habite Bordeaux, qui a été un port négrier par le passé, pourtant ce n'est ici qu'un souvenir que personne n'ose affronter alors que le devoir de mémoire devrait nous inciter à présenter et dénoncer ce trafic qui eut lieu dans le courant du XVIIIème et XIXème siècle (le musée d'Aquitaine ne devrait-il pas au moins en parler ?).

Atar Gull est un bel album, adapté du roman d'Eugene Sue. À l'époque, celui-ci avait fait scandale. Aujourd'hui, si nous ne nous émouvons plus de la même façon pour ces injustices (Atar Gull se voit attribuer un prix pour sa Vertu, hommage à son "dévouement sincère" pour Tom Will), les faits nous interpellent et nous font réagir, réfléchir.
Il n'est donc pas très étonnant de voir que le scénario de la bande dessinée est du fait de Fabien Nury, aussi auteur de Il était une fois en France.
Pour l'accompagner, les dessins sont l'œuvre de Brüno, dans la lignée de ce qu'il avait fait avec son compère Pascal Jousselin sur Les aventures de Michel Swing. Ma parole si tous ses albums sont aussi bons, je m'en vais tous les lire de ce pas !
Trêve de blabla, si ce n'est déjà fait, procurez-vous vite Atar Gull. Ce livre est une tuerie !


EDIT : J'avais fait le reproche à l'éditeur, en l'occurrence Dargaud, de vouloir faire du chiffre en scindant Abélard en deux tomes alors qu'il aurait pu tenir en un seul plus volumineux. Je m'aperçois qu'avec Atar Gull, il aurait pu en être de même et qu'il n'en est rien, que l'album est conforme aux souhaits des auteurs et qu'il se tient en un seul gros one-shot. Je fais donc mon mea culpa sur ce point (par contre je m'interroge toujours sur le fait qu'Abélard soit paru en deux tomes).
Merci à Jérôme de m'avoir ouvert les yeux sur cet état de fait par le biais de sa chronique.

Chronique du 02/06/12

Si le but d'une adaptation est de donner envie de lire l'original, la BD Atar-Güll a fait mouche, mais sans doute pas pour les raisons que l'on pourrait croire. Ce bouquin est sans nul doute intéressant à lire mais il lui manque du temps.

Cette vengeance en bande dessinée manque de sentiments, de descriptions, de ces frissons que l'on aimerais ressentir devant la noirceur des âmes des uns et des autres.
Je suis tombée ici sur un extrait du roman d'Eugène Sue. Ce passage vibrant et terrible en dit bien plus long que les 3 pages de Fabien Nury et de Brüno. Voilà qui nous rassure quelque part sur le génie reconnu de l'auteur initial, mais finalement la lecture de cet extrait m'a surtout permis de mettre des mots sur l'impression que j'avais en refermant la BD. Un sentiment de frustration. Tout va bien trop vite, on ne prend pas le temps d'approfondir le caractère des personnages et le sens de la vengeance d'Atar-Güll semble être occulté par un esprit fou. Même ceux sur lesquels on s'attarde, comme Brulard par exemple, n'ont que peu de profondeur.

Mais tout n'est pas à jeter. Je suis généralement très critique avec les adaptations, et ce pour plusieurs raisons. D'une part si l'auteur initial a choisi tel format plutôt que tel autre, c'est sans doute qu'il l'avait jugé plus adapté (oui bon d'accord, la BD en 1831, c'était pas vraiment au point), et ensuite il faut une sacrée dose de talent pour rendre justice à une œuvre restée dans la postérité (oui bon, là encore, Atar-Güll n'est pas le titre qui vous viendra à l'esprit si on vous dit Eugène Sue). En l'occurrence, je n'ai pas lu le roman au préalable, et cela vaut sans doute mieux pour la BD car j'aurais pu être assassine je pense. Le problème principal de cette adaptation vient surtout du choix de tout résumer en un seul tome.

Par ailleurs, je trouve que finalement, ce trait que je trouvais trop froid et trop rigide avant lecture se prête plutôt pas mal à la vengeance implacable de cet homme.

Bref, une lecture en demi-teinte, plaisante mais pas convaincante. Par contre je vais peut-être essayer de mettre la main sur le roman moi...


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\\" Atar Gull \\" ou le destin d\\'un esclave modèle

Année d'édition
2011

Au bord de l'eau Jean-David Morvan (s), Wang Peng (d) DELCOURT

Volume 1

Chronique du 01/05/08

Sous le règne de Ren-Zong, la capitale chinoise est au cœur d'une grande épidémie meurtrière. Il chargea le grand maréchal Hong-Xin de délivrer un message au maître céleste descendant des Han, afin qu'il viennent à la cour pour officier à la grande cérémonie des libations et qu'il prie l'Empereur d'en haut d'épargner le peuple.
Bien des années plus tard, sous le règne de Zhe-Hong, Gao Qiu est nommé grand maréchal, mais n'en reste pas moins la canaille qu'il a toujours été. Son premier fait sera d'humilier Wang Jin, maître d'arts martiaux et instructeur des huit cent mille gardes impériaux. Celui-ci prendra la fuite pour éviter le déshonneur.

Alors voilà, aujourd'hui, il faisait un temps magnifique, je me suis installé sur la terrasse, ma BD à la main, un beau soleil berçant ma lecture et donnant au couleurs la chaleur qui va bien pour le meilleur des conforts.

D'abord attiré par le dessin tape à l'œil du Dieu Singe de son compatriote, j'ai laissé Angélique se procurer cet album. Mais en le découvrant, j'ai vraiment trouvé son contenu riche et fantastique (contrairement à l'autre).
La technique de dessin employée est peu commune, mais vraiment extraordinaire, avec un jeu de couleur rayonnant et des expressions ultra réalistes.

Au niveau du scénario, tout comme pour le Dieu Singe, il s'agit d'un récit tiré d'un des romans classiques les plus connus de la littérature chinoise. Celui ci évoque la légende des 108 brigands, les hors-la-loi les plus connus de l'Empire, qui se révoltèrent contre les autorités en place.
On pourrait penser perdre le fil avec autant de noms chinois qui se mélangent, mais la construction du livre et l'approche des personnage est intéressante et très bien amenée, je trouve. L'auteur prend bien le temps de détailler et présenter les protagonistes tour à tour, pour une compréhension très bonne.
Si bien qu'à la lecture de la dernière page, il nous tarde vraiment de connaître la suite !

Je vais mettre à cet ouvrage la note maximum, parce que je trouve la qualité du dessin vraiment superbe, et le récit nous donne vraiment envie d'approfondir : j'ai pas levé les yeux du début à la fin :)




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Volume 1

Année d'édition
2008

Aurore Enrique Fernández (s)(d) SOLEIL

Chronique du 01/09/12

Aurore, c'est l'histoire d'une petite communauté vivant au bord de la mer... survivant au bord de la mer pour être tout à fait exact. Depuis quelques temps, la pêche n'est pas très abondante et la terre, trop aride, n'apporte pas suffisamment de pousses pour nourrir le petit monde.
Les temps sont difficiles, et ces gens là en sont venus à penser que les dieux qu'ils prient depuis toujours les ont abandonnés. Peut-être sont-ils lassés d'entendre leurs plaintes. Peut-être souhaiteraient-ils qu'ils prennent en main leur destin !
Aurore, c'est aussi une petite fille de cette communauté. Pour elle aussi ce n'est pas évident. Mais ses parents se battent contre vents et marées.
Aurore, c'est finalement cet événement, arrivé là comme un enchantement... l'Aurore dorée ! Elle tapissait le ciel de sa couleur, merveille de la nature, comme un rayon de soleil dans cette période de disette. Quelques jours plus tard, un ruisseau est apparu, de cette même teinte dorée. Et puis deux membres de la petite communauté, dont Aurore, ont eu la mauvaise idée d'y toucher et se sont aussitôt transformés en pierre...
Depuis ce jour les parents d'Aurore, pleins de courage dans leur grande détresse, remontent à la source de leurs maux pour tenter de percer à jour ce phénomène.

La couverture sur fond rouge, une petite fille toute de rouge vêtue et accompagnée d'un loup noir... autant de choses qui nous fait rapidement penser au Petit chaperon rouge mais il n'en est rien. Enrique Fernández nous imagine une nouvelle fois un conte fantastique sans pour autant faire appel à cette célèbre histoire.
La petite Aurore devra inventer une chanson pour parler de son peuple, pour qu'il retrouve sa sérénité d'antan. Une sorte d'ode aux dieux pour qu'ils sachent qu'on les chante toujours ici bas. Mais avant cela, elle devra appréhender le monde alentour pour mieux comprendre en quoi sa communauté influe sur son environnement immédiat.
Une histoire non sans morale, une peu triste certes, mais qui laisse tout de même entrevoir un échappatoire, un meilleur avenir pour ceux qui y auront cru jusqu'au bout.

Graphiquement, j'ai trouvé que le dessin se rapprochait beaucoup plus du Magicien d'Oz que des derniers travaux de l'auteur, avec un traitement graphique toutefois très différent et une couleur à la fois froide et chaleureuse.
Les personnages font un peu figures de « totems », un trait évidemment exacerbé pour le loup dont la gueule, exagérément longue et carnassière, cache une âme humaine. Un animal qui fait office de pont entre les hommes et les dieux.
Le dessin de la petite fille, Aurore, est quant-à lui un peu étrange. Avec sa grosse fourrure sur le dos et son bâton de pèlerin à peine plus grand qu'elle, elle nous apparaît toute tassée. Parfois gamine, espiègle et perdue, on a aussi cette impression qu'elle est parfois plus mature que la plupart des enfants de son âge.
Dans l'ambiance, on retrouve des thématiques ou des créatures qui pourraient aisément intégrer l'univers d'Hayao Miyazaki, comme ces petits êtres planteurs d'arbres ou le faiseur de rivières.

Si j'ai apprécié la lecture, je reste toutefois un peu sur ma faim, triste plus que déçu par l'épilogue de l'album. Il n'y a malheureusement pas beaucoup d'optimisme qui s'en dégage. Une histoire qui ne se finit pas forcément mal, mais qui aurait peut-être pu prendre une tournure plus joyeuse.

Chronique du 30/07/14

L'univers d'Enrique Fernandez a toujours un quelque chose de mystérieux et Aurore n'échappe pas à la règle. Malgré quelques maladresses dans le récit (j'ai mis un temps pas possible à comprendre le début... c'est fou comme je suis blonde !), je dois admettre que cette BD possède sa petite dose de philosophie et qu'il serait abscons de suivre ce récit sans prendre un minimum de recul.

Aurore est un prétexte, une fable.

A travers la fillette, on croise une foultitude de thématiques. La perte de l'enfant, la compréhension des sentiments, l'amitié, la nécessité de façonner la nature sont sans doute les plus évidents, mais pas forcément les plus intéressants.
Pour ma part, j'ai surtout apprécié la façon dont l'auteur traite un thème nettement moins courant : celui d'avoir à être fier de ce que l'on est quand rien ne joue en votre faveur. Comment faire les louanges d'une race qui ne vit qu'aux dépends de ce qui l'entoure ? L'homme est incapable de survivre dans le monde tel qu'on le lui a donné. Il est obligé d'altérer voire de détruire son environnement pour exister.
De la même façon, l'interrogation posée par Aurore peut être transposée à un cadre plus personnel, et à la confiance en soi.

Au final, le cadre tribal et animiste du récit permet seulement de donner à l'histoire des allures mythologiques et de faire ressortir la valeur allégorique du récit. Bien entendu le trait quasi-géométrique et exagéré d'Enrique Fernandez donne parfaitement corps à cette ambiance primitive. Quant aux couleurs, on ne peut qu'admirer ses ton directs à l'aquarelle qui offrent toujours une telle sensibilité à l'image !


D'autres avis : Yvan, Zaelle, David F.


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Année d'édition
2011

Autoroute du soleil (L') Baru (s)(d) CASTERMAN

L'autoroute du soleil (version intégrale)

Chronique du 16/01/12

Karim Kemal est un jeune homme de 22 ans. Beau mec, d'origine maghrébine, il a la réputation d'adorer les vieilleries des années '50 et surtout d'attirer vers lui les plus belles femmes de la ville. Il court sur lui des tas de rumeurs : il serait gigolo, joueur invétéré, trafiquant de drogue, et serait porteur du virus du sida.
Alexandre Barbiéri, du haut de ses 17 ans, n'est plus tout à fait un gamin mais n'est pas encore vraiment rentré dans l'âge adulte. Complètement fan de Karim, il en fait son idole. Pour la première fois, il ose l'aborder et Karim lui propose de passer la soirée avec lui. Il est aux anges.
Raoul Faurissier, de son côté, est en passe de devenir le candidat officiel de l'Élan National Français - un parti extrémiste poussé par des slogans racistes - pour les élections régionales.
René Loiseau, pour finir, mène une double vie. Lorsqu'il n'est pas dans sa maison à se faire pourrir par sa femme, il en profite pour la tromper, comme à chaque fois qu'il est en déplacement, avec une autre.

Rien ne semble vraiment lier intimement tous ces gens, pourtant... pourtant... il suffit parfois de peu de choses pour que l'engrenage se mette en (auto)route. Reste à savoir si elle mènera au soleil.


Baru a commencé sa carrière artistique dans les années '80, propulsé sur le devant de la scène par Quéquette blues, son premier titre étant d'emblée salué par un Alfred du meilleur premier album en 1985. Il s'illustrera encore de nombreuses fois, à Angoulême et ailleurs, pour ses nombreux albums : Le chemin de l'Amérique, L'enragé... et L'autoroute du soleil !
Un palmarès riche pour ce professeur d'éducation physique de profession (dire que j'en connais qui l'ont eu comme prof, s'ils avaient su, je suis sûr qu'ils auraient fait du sport avec beaucoup plus d'enthousiasme ^^), récompensé par un Grand Boom (Blois) en 2006 et un Grand Prix d'Angoulême en 2010.


L'autoroute du soleil, c'est un road-trip passionnant et haletant. Une force qui réside en partie dans le choix des personnages.
Les quatre protagonistes principaux sont tous très différents, avec un caractère qui leur est propre particulièrement soigné. Ils viennent de tous origines et apportent chacun leur pierre à l'édifice, renforçant du même coup la richesse narrative de l'album.

Il y a d'un côté ceux que je nommerais les pierres angulaires : Karim et Raoul Faurissier, les pièces majeures du récit, ceux que tout oppose. Évidemment, l'un à la belle gueule du fils d'immigré et l'autre est le membre éminent d'un parti d'extrême droite. En plus de ça, ce dernier retrouve le premier en train de se faire sa femme chez lui, alors qu'il vient de subir une claque politique. Il n'en faut pas plus pour attiser sa haine et révéler sa folie meurtrière.
S'ensuit une course poursuite effrénée qui partira de Nancy et qui filera à toute allure vers Marseille, via l'autoroute du soleil.

De l'autre côté, Alexandre et René Loiseau ne sont pas en reste, propulsés à leur insu dans cette grande sarabande. Personnages de premier plan et acteurs sans le vouloir du drame qui se déroule sous leurs yeux, cet épisode de leur vie est aussi pour eux l'occasion de quitter leur routine quotidienne et en quelque sorte, leur malaise. Une chance de s'affirmer pour l'un, de faire chier sa femme pour l'autre. Mais le jeu reste d'un danger permanent, surtout que le docteur Faurissier est un grand psychopathe (probablement bon pour l'asile psychiatrique d'ailleurs).


« _ Ah !... C'est vrai que monsieur a une dent contre les poulets !
_ OUAIS ET ALORS !?
_ Alors, rien... rien...
_ Et je parie que t'aimerais savoir pourquoi !
_ Exact !
_ Eh ben, j'avais 12 ans et j'avais piqué une BD... La vendeuse a appelé les flics. Au commissariat, ils m'ont forcé à bouffer du cochon pour rigoler... jusqu'à ce que je dégueule... Là, ils m'ont mis une branlée et y'en a un qui m'a un peu poussé dans l'escalier... Traumatisme crânien... fracture du poignet...
_ Quelle idée aussi de naître arabe ! »



Immigration, intégration, extrémisme, drogue. Autant de thèmes abordés dans cette série (deux tomes parus en 2002 et ici en édition intégrale) épique et époustouflante. Baru ne se contente pas seulement de raconter une belle histoire, il en profite pour dénoncer ce qui ne lui plaît pas. L'image de la destruction des fourneaux de la Lorraine des aciers est toute une image, tout un symbole : c'est la fin de l'ère industrielle, le démantèlement des usines. Une thématique ouvrière qui est chère à l'auteur et qu'il défend dès qu'il le peut au travers de ses livres.

Un road-trip coup de poing, émouvant et haletant, que j'ai beaucoup apprécié, dans le fond comme dans la forme.
Une œuvre essentielle du 9ème Art que j'engage tout amateur de bande dessinée à découvrir ou a redécouvrir.

Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album français - Angoulême 1996
- Prix des libraires 1996




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L\\'autoroute du soleil (version intégrale)

Année d'édition
2010 (1°ed. 2002)

Aux heures impaires Éric Liberge (s)(d) FUTUROPOLIS

Aux heures impaires

Chronique du 16/12/08

Bastien est malentendant et il doit réaliser un stage dans le cadre de ses études. Alors qu’il a rendez-vous au musée du Louvres avec le responsable de l’établissement, il fait la rencontre de Fu Zhi Ha, gardien de nuit, lui aussi sourd et muet. Une rencontre qui va changer la vie du jeune homme et l’emmener à découvrir le secret des heures impaires.

Ce que j’aime avec Eric Liberge, c’est qu’il se dégage de chacune de ses œuvres un parfum particulier. Ses récits nous transportent à chaque lecture vers un univers qui nous fait perdre tous nos repères, un voyage vers l’inconnu au travers d’un roman graphique comme il en a le secret ; Eric excelle dans ce style où le lecteur est subjugué par des images qui flashent, entremêlant le mystère et l’incongru, où le texte est partie intégrante de l’illustration, on est comme dans un film, on vit vraiment l’action ! Déjà précédemment, j’avais pu lire l’excellent « Tonnerre Rampant » qu’il a sorti chez Soleil, une histoire d’horreur ou les onomatopées fusent comme au cinéma. Nous sommes dans cette lignée là sur « les heures impaires » !

Le sujet abordé ici s’éloigne des sentiers abordés depuis trop longtemps par la bande dessinée franco-belge. Nous n’en attendions pas moins avec l’auteur de « Mardi-gras descendre ». Le dernier ouvrage que j’avais pu lire sur le même thème, dans un tout autre style et sans être fantastique, était « l’orchestre des doigts », un manga d’Osamu Yamamoto. Je suis très heureux de lire quelque chose qui sorte de l’ordinaire sans éprouver le besoin d’aller voir ce qui se fait du côté du Japon. Et avec Eric Liberge, je ne suis jamais déçu.
Et puis il y a ce côté surnaturel et cette petite dose de frisson !

Avant de lire « aux heures impaires », je n’avais jamais vu les musées sous cet œil, je n’avais même pas songé un seul instant à passer une nuit dans un tel établissement, seul à seul avec l’Art, dans le silence et la sérénité. Aujourd’hui j’envierais presque l’auteur d’avoir eu un tel privilège...

Chroniquedu 14/06/2014

Troisième opus du partenariat entre les éditions Futuropolis et le musée du Louvre, Aux heures impaires est le bébé d'Éric Liberge, auteur du célèbre Monsieur Mardi-Gras Descendres. Avec un passif pareil, et sachant que Période Glaciaire avait fortement marqué le paysage à son arrivée, ce titre laissait présager une bonne surprise. La réalité est plus modérée.

Je suis toujours fan de l'ambiance graphique. Le travail des décors, le sens du détail, les ombres... Liberge donne un vrai sens au mot « décor » avec des dessins extrêmement travaillés. Quant aux couleurs, elles participent entièrement à la dynamique des cases (les percussions se révèlent dans la mise en couleur qui devient comme un second dessin qui se superpose au trait) et à l'ambiance fantastique de l'histoire (notamment avec l'usage de teintes vertes).
Au contraire, le dessin des personnages est nettement moins séduisant. Les premières planches y apportent encore un certain soin, mais au fur et à mesure de l'avancée, là où les décors et les couleurs gagnent en profondeur, le dessin des personnages s'appauvrit. D'un autre côté, les portraits liés au souvenir qui possèdent le charme et la simplicité du crayonné et tranchent avec la rigidité qui caractérise les humains sur le reste de l'album.

La particularité de Aux heures impaires, c'est le prétexte du thème du Louvre pour en aborder un autre, plus personnel : celui de la surdité (sans parler du fantastique, largement récurrent chez lui). On sent qu'il connait le sujet, qu'il est concerné par la problématique. On aborde plus la difficulté pour les malentendants de s'intégrer dans la société et dans le monde professionnel, de s'exprimer et de se faire comprendre. Il traduit bien la violence issue de cet isolement qu'on aborde par ailleurs dans L'orchestre des doigts. On ressent une certaine frustration en suivant le héros, son incapacité à faire comprendre son ressenti, même auprès des autres malentendants et plus encore auprès des entendants.
Mais. Mais mais mais... Voilà, Aux heures impaires n'est pas du niveau qu'on pourrait en attendre. L'histoire est somme toute assez convenue. L'idée même de donner vie aux œuvres du Louvre a un côté repompé sur de Crécy, et l'ensemble manque de surprise et de rebondissements. Le gamin frustré et incompris qui s'embrouille avec tout son entourage et se réfugie dans sa nouvelle passion, ce n'est pas une structure particulièrement innovante.
Malgré les possibilités offertes par le sujet de la surdité, les réactions des personnages et les relations humaines manquent de profondeur. L'ensemble est superflu, à peine esquissé.

Le ressenti est au final assez décevant, malgré une accroche plutôt tentante.


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Aux heures impaires

Année d'édition
2008

Aventures de la fin du monde (Les) Vincent Caut (s)(d) 12bis

Chronique du 04/11/12

Il sera achevé le 13e b'ak'tun.
C'est le 4 Ajaw 3 K'ank'in
et il se produira une vue.
C'est la représentation de B'olon-Yokte'
dans une grande « cérémonie d'investiture »


Si vous ne comprenez rien à mon charabia introductif, c'est normal.
Il s'agit en fait d'une traduction d'une inscription retrouvée sur le site de Tortuguero au Mexique. Les chiffres mentionnés ici font référence au fameux calendrier Maya dont tout le monde parle beaucoup en ce moment, et la date de 2012 y est bien associée... Les Mayas semblaient craindre cette fin de 13ème cycle, de là à dire que l'événement majeur dont parlent les Mayas est une fin du monde...
Ça me rappelle une note de Martin Vidberg tiens !


Enfin, tout ça pour vous dire que la fin du monde est un vecteur d'histoires incroyables en cette année 2012. Et justement, puisque c'est pour bientôt, on a décidé de mettre ce thème à l'honneur sur k.bd en décembre. Les Aventures de la fin du monde de Vincent Caut, sont de ces histoires-là.
L'auteur avait d'abord pré-publié ses strips sur un blog avant que la version papier ne voit le jour. Ils ont été effacés depuis.


« L'humanité entière a disparu, mais ma secrétaire est encore là. Quel comble. »

On y retrouve deux héros, seuls et abandonnés, sur une terre quasi désertique. Il n'en reste plus rien si ce n'est de l'herbe ou de la rocaille à perte de vue. Exit la civilisation humaine. Ils sont désœuvrés... ceci dit, ça aurait pu être pire non ?
Pour se consoler, il leur restera toujours un peu d'humour... à défaut d'amour.


« Fin du monde ou pas, techniquement, vous êtes encore ma secrétaire... Alors, soyez gentille, allez me faire un café. »

L'humour, c'est pour moi l'un des points forts de l'album. Pas fin pour un sou, on peut même dire qu'il est gras et bien lourdaud. Enfin moi... perso... c'est justement le type d'humour que j'adore donc ça ne m'a pas gêné et j'ai même beaucoup ri.
Un style qui m'a par moments fait penser au Retour à la terre. Je me dis que Vincent Caut est peut-être fan de cette série et y fait référence sans forcément s'en rendre compte. L'attitude des personnages parfois, certaines expressions physiques aussi, le principe du strip comme mise en scène, et cet humour lourd à la Tip Top (le frère de Manu Larssinet dans Le retour à la Terre).


« _ Adam ! Je m'appelle Adam Tourpin !
_ T... tu t'appelles ADAM ?
_ Et alors ?
_ Moi, c'est ÈVE ! »


Comble des coïncidences, nos deux protagonistes s'appellent Adam et Ève. Évidemment c'était un choix volontaire de Dieu qui a mûrement réfléchi pour sélectionner ceux qui devront reconstruire le monde, « brouillon » et « raté », de demain.
On se demande quand même s'il ne s'est pas trompé sur la marchandise en choisissant deux enfants du 21ème siècle...


« _ La pomme de Newton, c'était moi. La pomme de Guillaume Tell, encore moi. Apple Corp© Magritte, Jacques Chirac, toujours moi. Et maintenant, je suis là pour te guider.
_ Vous êtes donc la pomme d'Adam !
_ Et merde, je regrette déjà de l'avoir choisi... »


L'apparence de Dieu a toujours suscité des débats. Vincent Caut à choisi de ne pas lui donner d'apparence du tout, ou plutôt, il a choisi de le faire s'incarner dans une pomme pour dicter ses volontés à Adam et Ève.
S'il va leur arriver quelques péripéties : déluge, rencontre avec une secte survivante, découverte de la nouvelle faune et flore... l'auteur ne profite pas vraiment du contexte pour critiquer le déclin du monde d'aujourd'hui. Au contraire, les protagonistes tendent à reconstruire un monde à l'image de ce qu'ils ont connu, sans aucune réflexion sur ce qui les a conduit dans pareille situation. C'est un bémol que je trouve à cette bande dessinée : elle ne remet rien en question et laisse parfois circonspect sur certaines orientations. Mais ne perdons pas de vue que le but premier est de nous distraire, et sur ce point : c'est réussi !


« _ ARRÈTE ! NON ! REGARDE, C'EST UNE FAUSSE POMME !
_ Hein ?
_ Mais oui, tu ne vois pas ? Elle a même pas d'étiquette ! »

Chronique du 04/11/12

Il est des lectures dont on n'a rien à dire. Elles sont très bien, mais non géniales. Elles ne soulèvent chez vous aucun émoi, ne vous évoquent aucun engagement ou discours. Mais voilà, elles vous emballent, elles se laissent lire et même apprécier.

Les aventures de la fin du monde est de ces lectures.

La fin du monde est un décor, une situation nouvelle, ni plus ni moins. Point de traumatisme pour les deux survivants. Seulement un boulet et une femme de caractère, perdus sur une terre désolée avec, pour toute compagnie, une pomme (mais pas n'importe laquelle).
Les situations sont absurdes, l'ensemble est drôle. Les personnages (sans yeux) sont universels. Voilà. Rien à en dire de plus.



Un autre avis : David Fournol


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Année d'édition
2012

Aventuriers du dimanche (Les) Jean-Philippe Boudart (s)(d) Manolosanctis

Tome 1 : "Le tour des donjons"

Chronique du 25/09/10

Barbaroxe s'affaire : ce soir, il a rendez-vous avec sa guilde pour explorer un nouveau donjon. Sa copine, qui en a un peu marre de ne le voir que par intermittence, lui propose de venir boire un verre avec elle et ses amis, mais il refuse : l'aventure avant tout ! Et après tout, ce n'est que la septième fois cette semaine...

L'idée de participer à l'opération Masse Critique pour Babelio m'ayant enchanté, je me suis placé sur plusieurs titres. Dont celui-ci qui m'a été donné par Angélique, même si j'étais moins emballé. Et c'est celui pour lequel nous avons été sélectionné. Je remercie donc Babelio pour cette initiative ainsi que l'éditeur, manolosanctis, pour cet envoi gratuit.

Tout d'abord, laissez-moi vous présenter manolosanctis : il s'agit d'une nouvelle maison d'édition, puisqu'elle a été créée en 2009. C'est avant tout une communauté web, puisqu'elle propose à ses membres de découvrir des planches de jeunes auteurs non encore édités. Et voilà qu'elle se met maintenant à sortir en format papier certains albums, plébiscités par les internautes et en accord avec la ligne éditoriale.
C'est donc l'occasion pour de jeunes talents de se faire (re)connaître, et Jean-Philippe Boudart est l'un des heureux élus.

Je vais commencer par parler de l'objet.
L'éditeur nous propose ici un format non standard. Il fallait oser, pour les premiers pas : un format plus petit, un grammage de papier plus épais (150g). Nous sommes aux petits oignons. Et c'est agréable, je ne vous le cache pas.

La couverture est alléchante et le graphisme plutôt original, quoique sombre.
Il y a un petit côté brouillon qu'on retrouve chez Sfar et qui n'est pas repoussant. Il y a dans certains aspects quelques similitudes avec les vieux dessins animés, genre Popeye, ou encore la mascotte d'Angoulême. J'aime bien l'apparence visuelle des protagonistes, mais sur ce point, j'ai un bémol à donner à l'humain, que je trouve un peu hors normes par rapport aux autres personnages. J'ai l'impression qu'il ne colle pas à l'univers.
Du côté teintes, on est dans le sombre tout du long, sauf sur la dernière page, qui là encore, fait un contraste énorme avec le reste. Mais bon, je trouve pas ça si gênant, j'aime bien les couleurs de la dernière page.

C'est du côté narratif que j'ai le plus de reproches à faire. Et non des moindres :
Je n'ai pas saisi l'intérêt d'un tel album. L'histoire n'est qu'un enchevêtrement d'actions qui se suivent et qui sont dénués de substance. On va de péripétie en péripétie sans aucune construction. Y-a-t-il seulement eu un storyboard pour poser une chronologie logique ?
Je pourrais voir là dedans comme une critique du monde du MMORPG type World of Warcraft, où tu n'as plus de vie sociale, où tes seuls copains sont ceux que tu croises virtuellement, où ta nourriture se résume à des chips avec du coca... mais même pas. J'ai plutôt l'impression que l'auteur se joue de cette idée reçue du jeu en réseau, qu'il ne contredit rien et pire, qu'il aime ça.

Ben moi, j'ai pas accroché du tout... et encore moins sur le langage employé dans l'album : aucune majuscule, un vocabulaire exécrable et pire encore, l'un des personnages parle comme l'adolescent moyen écrit sur un tchat ou dans ses sms.
Et ça, c'est le genre de chose qui me fait bondir.

Franchement si vous aimez les BD d'aventures et les jeux de rôles, choisissez plutôt Donjon de Sfar et Trondheim, ou encore Le donjon de Naheulbeuk (bien que pour ce dernier, l'album ne soit pas à la hauteur de la série audio).

Chronique du 25/09/10

Attirée par une couverture alléchante et une première page qui promettait quelques parties de rigolades, j'ai littéralement été déçue par Les aventuriers du dimanche.

L'objet est beau, le trait sympa, les couleurs séduisantes, mais le contenu est nullissime. Peut-être parle-t-il aux joueurs de WoW ? Personnellement je suis assez distante à l'égard de ce type de jeu et je suis restée très hermétique à ce qui aurait dû être drôle. Je pense pourtant très honnêtement qu'il aurait été possible de faire une BD sur les MMORPG qui parle à un public plus étendu (Plus tard... en est d'ailleurs un bon exemple si on est fan des images Paint), mais ce n'est clairement pas le cas de celle-ci. On sent les clins d'œil, mais ça s'arrête là. Voilà, c'est là ma triste conclusion : cette BD est SANS INTÉRÊT.


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Tome 1 : \\"Le tour des donjons\\"

Année d'édition
2010

Azimut Wilfrid Lupano (s), Jean-Baptiste Andreae (d) VENTS D'OUEST

Tome 1 : " Les aventuriers du temps perdu "

Chronique du 16/06/12

Il est des jours comme ça où le quotidien bascule, où un événement aussi rare qu'incongru contrarie à jamais l'avenir.
C'est ce qui arrive à un petit garçon et son papa, vivant au sommet d'un arbre géant. Le père, lui, étudie les oiseaux, et confectionne avec une grande minutie des reproductions de certains d'entre eux. Quant au fils, il feuillète un livre répertoriant des mythes incroyables comme celui du terrifiant arracheur de temps. S'approchant de la fenêtre, il remarque un oiseau ressemblant à s'y méprendre à l'un de ceux que fabrique son père. Oui : il s'agit bien d'une lurette (cela faisait pourtant belle lu... mmm, passons...), un oiseau très très très rare dont on dit que son dernier œuf apporterait la vie éternelle.
Bien des années plus tard, dans le royaume de Ponduche, on témoigne de bouleversements très étranges : Le nord à disparu, affolant les boussoles et désorientant toute la faune.

Wilfrid Lupano, à qui l'on doit l'excellent Alim le Tanneur, nous revient avec une collaboration qui a de quoi mettre l'eau à la bouche. Car Jean-Baptiste Andreae, qui est aussi le dessinateur de La confrérie du crabe et de Mangecœur (deux albums scénarisés par Mathieu Gallié) a un graphisme que j'apprécie vraiment et qui nous plonge à merveille dans les ambiances fantastiques et irréelles.
C'est donc avec beaucoup de gourmandise que je me suis procuré cet album les yeux fermés. Quand je les ai ouverts, c'était pour découvrir une myriade de curiosités, toutes aussi saugrenues (ahah, jeu de mot totalement privé que seuls les lecteurs de l'album pourront comprendre) les unes que les autres.

Car Wilfrid Lupano nous étale ici une extraordinaire faune enchanteresse. Un bestiaire déconcertant et qui a quelque chose de magique. Des Chronoptères qu'il appelle ça, des êtres volants qui ont la particularité d'avoir un rapport avec le temps. La simple lecture d'un court extrait de l'Encyclopédie des Chronoptères, visible dès le deuxième de couverture, vous donne envie d'aller plus loin pour découvrir tout ça :

« La Libellule Mémorantèle :
Si elle vient boire en rase-mottes à la surface de l'eau pendant que vous y admirez votre reflet, ce dernier se retrouve " prisonnier " de l'eau pendant un an. Mystère ! »


Vous l'aurez compris, il s'agit d'un récit qui a rapport avec la temporalité. Avec la vie bien entendu, et la mort également. Du fantastique, des animaux légendaires et nouveaux, une inventivité à couper le souffle et une intrigue aux petits oignons (je vous ai parlé du nord qui avait disparu, il s'agit de l'un des fils rouges de l'album), voilà qui vous ravira probablement. Un tome d'entame qui prends un bel envol et qui nous surprend à chaque nouvelle page. C'est très agréable de pouvoir lire une aventure aussi rafraichissante. Et le trait fin et détaillé de Jean-Baptiste Andreae est peut-être ce qui se fait de mieux pour l'imager, la faire vivre, et pourquoi pas nous faire rêver !




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Tome 1 : \\" Les aventuriers du temps perdu \\"

Année d'édition
2012

Bakemono Jean-Luc Sala (s)(d) LE LOMBARD

Tome 1: "Le serment du Tengu"

Chronique du 08/01/07

Tout commence lorsque le "gentil" Empereur blanc Okura se rend seul devant la forteresse du "méchant" sombre Seigneur Kurai, pour demander un duel à son homologue qui vient de faire assassiner sa femme. Comme toujours, les méchants sont méchants, et le sort du gentil Empereur est vite réglé, au détriment du code d'honneur. Apparaît ensuite le Tengu, le dernier des esprits corbeaux, faisant un dernier serment à l'Empereur, celui de restaurer la dynastie qui vient de tomber.
Pour ce fait, le Tengu part à la recherche de ses futurs disciples....

Encore un album Japonisant me direz-vous, Bakemono sort tout de même un peu du lot de par son graphisme réussi et son histoire qui nous annonce pleins de bonnes choses, sans pour autant être compliquée dès le départ. Le premier tome est celui de la recherche des compagnons de voyage, nous commençons également à percevoir la trame et certaines manipulations qui auront certainement un rôle plus important par la suite.

Chronique du 08/01/07

Ce premier tome met en place les personnages. J'attends l'intrigue et j'espère ne pas être déçue, car je trouve ce début bien prometteur...
L'affrontement entre deux puissances : une blanche et une noire, l'équilibre céleste, le personnage du Tengu qui garde tous ses secrets et sa quête invraisemblable de réunir les filles du défunt empereur qu'on aimerait bien savoir pourquoi il les a planqué et pourquoi il faut maintenant les rassembler, des personnages que tout oppose...
Voilà qui nous laisse dans l'expectative.


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Tome 1: \\"Le serment du Tengu\\"

Année d'édition
2006

Tome 2: "Les héritières d'Okura"

Chronique du 30/05/08

L'Empereur Okura étant mort, une grande cérémonie est organisée en son honneur, suivie du sacre du grand amiral Yoshida. Et déjà les rumeurs s'agitent, quel peut-être le lien entre l'homme-corbeau et la mort de l'Empereur ?
Pendant ce temps, le Tengu, accompagné de Lame et de Jade, se dirigent vers le territoire de Yuki-onna....

Le tome 2 retombe un peu en intensité, alors que le premier avait très rapidement placé l'histoire. Mais elle pose également de précieux indices sur la trame invisible du récit.
Ici, le Tengu cherche à faire échapper ses disciples à leur funeste destin. Il le connaît, et leur inculque les bases du discernement, sous prétexte de code du bushido.
Déjouer le fil du destin est une tâche ardue, faut-il déjà en avoir conscience. Et c'est bien là la principale qualité de cette bande-dessinée. Jean-Luc Sala est parvenu à tisser un récit rythmé par une course poursuite, non pas contre des ennemis menaçants, mais contre la fatalité du destin.
Les êtres du royaume céleste en sont bien conscients, et ils tentent de déjouer le dernier des Tengus. De là à dire quel camp aura le dernier mot... ce qui est écrit peut-il être changé ? Le destin est-il immuable ? Les héros peuvent-ils prendre en main leur propre destinée ?

Chronique du 30/05/08

J'ai été quelque part un peu déçue par ce tome, ce que je n'ai pas manqué de faire savoir à Jean-Luc Sala d'ailleurs. Depuis des plombes, on nous fait miroiter la troisième sœur, une courtisane. On se demande comment vont avoir lieu les retrouvailles et tout. Et puis y'a pas de retrouvailles...
Je me doute bien que l'auteur sait où il va, et étant donné son travail sur Crossfire, je pense qu'on peut lui faire confiance sur la trame de l'histoire, mais j'avoue que je ne m'attendais pas vraiment à ça, et finalement, le scénario n'a pas tant avancé que ça... Peut-être l mise en place des éléments pour le tome 3 ? Suspense.


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Tome 2: \\"Les héritières d\\'Okura\\"

Année d'édition
2008

Banana Fight Frédéric Brrémaud (s), Matthieu Reynès (d) PAQUET

Tome 1: "Le choc des Titans"

Chronique du 01/02/07

J'ai ça dans mon étagère moi ? ... ben ouai, PAQUET nous l'a gracieusement donné lors du festival de Saint Malo 2005. Pour chaque achat, ils donnaient une bande dessinée (des invendus je suppose).

Au jeu du "J'aime ou j'aime pas", pour cette BD je serais plutôt dans le négatif.
Bon, on a eu pire ... vrai de vrai, on a eu "Murder et Scoty" aussi.
Pour en revenir au scénario, Brrémaud est parti sur la base d'un western pour créer son histoire, un peu décalée.
Un trio de gamins voulant faire comme dans les westerns et devenir les rois de la mauvaise conduite, un gangster recherché du nom de Mariscal qui les prends sous son aile, et un géant bleu... sans compter le prince des enfers en personne qui voit un héritier en Banana (gamin nabot avec des dents en moins).
Pour le dessin, c'est pas trop mon style, les trais simples et les couleurs souvent peu nuancées ne relèvent pas le niveau.

Le résultat vous l'aurez compris, j'aime pas :(

Chronique du 01/02/07

Franchement bof, pas du tout mon style. Mais bon, peut-être le vôtre !


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Tome 1: \\"Le choc des Titans\\"

Année d'édition
2002

Basse Def Jibé (s)(d) Omaké Books

Chronique du 08/08/13

On est geek ou on l'est pas...

La sortie de Basse Def est quasiment passée inaperçue. Pour cause : édité par Omaké Books, spécialiste des jeux vidéos vintage, le livre n'est pas passé par le cursus habituel des libraires.
Un choix un peu surprenant (et regrettable) pour une bande dessinée, qui se prive de fait de la publicité des professionnels et des rayonnages.
Il faut donc obligatoirement passer par l'achat en ligne sur le site de l'éditeur, qui ne manquera cependant pas de vous remercier de l'acquisition par un petit mot plié sous forme d'enveloppe et ponctué d'un smiley : « Cher Jérôme, Merci ! Bonne lecture !! »
Une attention plutôt chaleureuse qui ne remplace certes pas le contact humain mais qui rend l'impression moins froide et distante. J'ai vraiment apprécié !

Avant toute chose je voudrais remercier David, sans qui je serais passé à côté de Basse Def, et qui n'était même pas étonné que ça puisse me plaire... genre je suis un geek et ça se voit.
Merci David, ça me va droit au cœur ;)


Un hommage en 8-bits.

Jibé, que vous avez peut-être découvert avec Sans emploi, a publié son travail sur son blog avant qu'il ne soit édité. Il n'avait pas l'intention de le sortir en livre au départ mais sa rencontre avec Florent Gorges d'Omaké Books a été fructueuse en idées sympas...
Si une partie de la bande dessinée est toujours lisible en ligne (il continue même aujourd'hui avec une seconde histoire : Basse Def Pocket Adventures), vous rateriez quand même beaucoup de l'esthétique du produit fini à ne pas posséder l'album, tant il ressemble à une cartouche NES. Y'a pas a dire : c'est beau ! Le design (d'époque) est résolument génial et on a même droit à une image pixelisée ! À l'heure des consoles qui ne se comptent même plus en nombre de bits, c'est un luxe.


« MORTEEEEEL ! On est dans un jeu ! Dans un jeu !
_ Ah ouais... Quand ils parlaient d'une « expérience immersive », ils se foutaient pas de ma gueule...
_ Regarde Simon comment c'est trop beau !
_ Faut pas exagérer non plus, c'est un jeu NES, quand même...
_ Mais on peut faire ce qu'on veut ! On peut courir ! On peut sauter ! On peut... euh... On peut faire quoi d'autre ?
_ Rien. La manette n'a que deux boutons.
»

À l'intérieur, une succession de strips en pixel-art suivent un même fil conducteur : Sephir... Ludo et Simon Zizi sont enfermés dans un jeu vidéo Nintendo et doivent le terminer pour espérer en sortir.
Un scénario simple et loufoque qui combine le fond à la forme et qui donne une admirable excuse graphique. Certes, la version papier est orpheline des effets animés (en gif) du numérique mais je vous rassure, c'est parfaitement lisible et les dessins ont été réalisés en grand format avant d'être réduits en cases.
Un travail tout en pixel qui n'a rien à envier à la dernière note de Boulet, dans un style quand même très différent.

Le genre comic-strip est parfaitement assumé avec des dialogues très animés et forts en réparties entre les deux compères.
Mais là où Jibé fait très fort, c'est dans l'effet nostalgie.
Basse Def est un hommage aux premiers jeux vidéos (sans se limiter à la seule NES), avec des clins d'œil appuyés sur Mario, Double Dragon, Starwing, Tetris, Out Run, Pong, Street Fighter, Paperboy, etc. Nos deux héros malgré eux visitent tous les genres, du jeu de plateforme au Shoot'em up, en passant par les combats au tour par tour typiques des RPG.
Évidemment, les clichés relatifs à ces jeux d'une autre époque ne sont pas épargnés... portes factices, linéarité, bugs d'affichages sans oublier le must : ces crédits de fin très succincts et qui appellent un RESET de la console pour recommencer la partie. Le bon vieux temps quoi !

« La plupart des portes font juste partie du décor, on peut rentrer nulle part.
_ Faut chercher les portes avec cadenas. Bizarrement, ce sont les seules qu'on peut ouvrir.
»



Il réside quand même un désavantage flagrant lorsqu'on achète en ligne et non en librairie : les défauts de papier ! Là je me retrouve avec un exemplaire avec le bas d'une page déchiré, un petit bout de papier manquant sur un demi-centimètre carré environ, en plein milieu du livre. Pas méchant, pas gênant pour la lecture mais un peu rageant sur un livre neuf...
Ce qui n'enlève rien au plaisir de la découverte. L'album de Jibé est un réel délice pour le vieux gamer que je suis... la cible idéale en somme !
On demanderait bien une suite maintenant...

PRESS START !

Chronique du 08/08/13

Jérôme l'attendait avec impatience, moi avec le brin de scepticisme qui entoure les BD « concept », et finalement il est arrivé avec un petit mot dans un origami, ce qui fait de suite vachement plus craquer (Kawaïïïïïïïïïïïïïïï !!!!).

En terme de présentation, on a un bouquin qui reprend le design d'une boîte de jeux avec tous les petits détails sympa (logo Nintendo pour l'éditeur, vignette d'authenticité, fiche technique, et même la vieille étiquette de prix ! Bref, une boîte de jeu en forme de livre (avec papier glacé quand même).
Dès la 6° planche, on vire au pixel art pour n'en ressortir qu'à 3 planches de la fin, et là, on se régale visuellement. Dès la 2° de couverture, on voit que l'auteur, Jibé, s'est bien amusé et qu'il s'est fait plaisir. Même les textes sont en pixels et les bulles de dialogue des PNJ remontent 20 années en arrière.
Les strips sont drôles, intelligents et bien amenés, et les références, nombreuses, sont très accessibles, même pour moi !

« MAIS BORDEL ! Mais comment fait Mario pour ne pas devenir totalement demeuré quand il explose des blocs avec sa tronche ?
- Peut-être parce qu'il ne frappe pas les blocs avec sa tête mais avec son poing ? »


Les deux persos se vannent constamment, les PNJ sont idiots (les PJ aussi en fait), et les vieux jeux en prennent gentiment pour leur grade. Bref on se marre tout le long.

« Bonsoir aubergiste, comment allez-vous ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Y'a moyen d'avoir une ristourne sur le prix de la chambre ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Ça se passe comment pour le petit déj' ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Et sinon la famille ?
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON]
- Dites les programmeurs se sont pas cassés le cul avec vos dialogues, vous.
- LA NUIT VOUS FERA 10PO [OK] [NON] »


Et en prime on visite un panel assez représentatif des types de jeux trouvables à l'époque sur NES (plateforme, RPG, baston spatiale, baston tout court...)

Alors où le trouver me demanderez-vous, et bien pour une fois : pas chez votre libraire. Il semble que Omaké Books n'est pas distribué, et si vous avez envie de vous laisser tenter, c'est par là que ça se passe.
Sinon vous pouvez aussi passer vos soirées (la lecture du bouquin est bien plus rapide) à relire l'intégralité des strips (mais y'a des inédits dans le livre) publiés par Jibé sur son blog (mais là il gagnera pas de sous dessus). Ça vous permettra au passage d'avoir un aperçu de la suite des aventures des deux abrutis qui font office de héros.


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Année d'édition
2013

Beauté Hubert (s)(c), Kerascoët (d) DUPUIS

Tome 1 : " Désirs exaucés "

Chronique du 05/07/11

Morue n'a décidément rien pour elle.
Laide de naissance, elle est la risée de tous les garçons du village, à part peut-être Pierre. Assignée à toutes les tâches ménagères chez sa marraine, elle s'échine chaque jour à écailler le poisson, ce qui ne manque pas de lui coller une odeur persistante à la peau, d'où son nom...
Un jour, alors qu'elle va chercher du bois dans la forêt, elle fait la rencontre d'une fée, qu'elle délivre d'un mauvais sort. Cette dernière lui demande quel est son vœux le plus cher : la beauté !

Hubert et Kerascoët avaient déjà travaillé ensemble sur Miss pas touche. Là encore, le fonctionnement est similaire. Hubert est en charge du scénario. Kerascoët (qui rappelons-le est un couple d'auteurs) dessine, et Hubert colorise.
Le scénario s'assimile à un conte de fée (un vrai, pas comme Jolies ténèbres). Il y a tous les ingrédients pour : l'héroïne est une pauvre hère sans le sou mais pleine de rêves, il y a un joli prince dans un joli château, et puis il y a cette fée qui exauce les désirs les plus fous...
Mais cette fée là est quelque peu facétieuse, et le souhait escompté n'est pas tout à fait celui demandé.

« _ Hélas, Mab ne peut changer la réalité. Laide tu es née, laide tu resteras. Il aurait fallu que les fées se penchent sur ton berceau, mais tu n'es pas fille de roi.
_ Ah.
_ Mais si Mab ne peut changer ta nature, elle peut en changer la perception.
_ Mais je serais belle ?
_ La beauté tu veux, la beauté tu auras. Tu seras aux yeux des autres l'idée de beauté faite femme. Par cet enchantement, tu éclipseras la plus belle mortelle jamais née. »


Mais ce qui fait de cette bande dessinée un vrai conte, c'est la morale. Et morale il y a !
Car la beauté rend aveugle, et c'est bien là le fil conducteur de notre histoire. C'est fou ce que la perception des gens changent en fonction de ce qu'ils voient. Et cela apporte réellement tout le comique de la situation.
Ah... si seulement Morue avait choisi l'intelligence :)

Côté dessin, je suis charmé.
En fait, c'est cette couverture un peu atypique qui a guidé mon achat. Ce mélange entre le dessin de Kerascoët et les couleurs toutes en contrastes de Hubert. Je suis par ailleurs rassuré sur son talent, moi qui avait été copieusement déçu par sa colorisation de L'île aux cent mille morts.

La fin de l'album marque une étape dans le récit. Un happy-end en soi, mais qui cache de nombreux rebondissements. Voilà qui devrait ravir les amateurs de manipulations en tous genres.

Chronique du 19/11/2014

Si Beauté commence comme dans un conte de fées, si l'esprit des contes hante l'album tout du long, Hubert prend ici le parti de rendre la belle histoire un peu plus crédible sans pour autant se départir du côté fantastique. Et si les fées n'étaient pas si bonnes que ça ? Et si les vœux n'étaient qu'un vil piège pour assujettir toujours plus les humains ? Et si la beauté était un cadeau empoisonné ?

Dans un univers féérique peuplé de preux chevaliers, de belles dames et de loyaux sujets, où les princes et les princesses reçoivent un don des fées à leur naissance, Hubert met à l'épreuve l'humain. La jalousie des femmes, la convoitise des hommes, la cruauté, la folie ne sont que quelques uns des traits qui se dessinent chez les autres. L'héroïne n'a rien à leur envier. De fragile, humble et innocente, elle devient capricieuse, exigeante, ambitieuse, égoïste et insensible.

Mais le miroir garde deux visages. Ce que les autres voient ne correspond pas à ce qu'est réellement l'héroïne et le bicéphale Kerascoët évoque cette subtilité à merveille, variant les représentations. Tantôt sublime aux yeux des autres, tantôt laide qu'elle est, Kerascoët joue à merveille la double identité de Beauté, la sublimant encore aux moments opportuns.

Pour donner la réplique à ce Janus en jupons, un joli choix de personnages s'offre à nous :
- Pierre l'amoureux loyal. Il l'aime pour ce qu'elle est réellement et tente de la sauver de la folie des autres.
- Claudine, princesse sans charme. Intelligente, cultivée avec un caractère bien trempé, elle est le pendant de Beauté, paysanne idiote et sans éducation.
- La fée Mab, perverse, trompeuse et mauvaise. Elle manipule Beauté, lui fait miroiter une destinée fabuleuse et l'amène ainsi à concevoir son propre malheur.
- Des foules incalculables mais non moins prestigieuses d'admirateurs. Du simple paysan au plus grand des rois, tous tombent sous les flèches de Cupidon (ou plutôt de Mab dans ce cas précis).
- À leurs côtés, des foules incalculables de femmes jalouses. De la simple paysanne à la plus grande des reines, toutes sombrent dans la rancœur.

Sans aller jusqu'au spoil, la série prend de la consistance au fur et à mesure des trois tomes.


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Tome 1 : " Désirs exaucés "

Année d'édition
2011

Belette (La) Didier Comès (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 09/12/13

Lorsqu'il est tombé sur cette vieille bâtisse dans la campagne ardennaise, Gérald a de suite sauté sur l'occasion. L'affaire était bonne alors peu importe le manque de luminosité et les vieux meubles, ils prendront le temps de s'organiser dans leur nouvelle vie et d'aménager les lieux à leur convenance.
Anne, sa femme, n'est pas du même avis. Elle ne se sent pas à l'aise dans cette maison rustique. Elle a toujours vécu en ville. Le bâtiment, le climat, les voisins : tout lui semble hostile. Il faut dire qu'à Amercoeur, la vie n'est pas aussi paisible qu'elle y paraît...


Un scénario glaçant.

La belette est le premier album de Didier Comès que je lis. C'est une joie parce que j'ai visité l'exposition qui lui était consacrée l'an passé à Angoulême (certes exigüe et peu mise en valeur) et son dessin à l'encre entièrement fait de nuances de blancs et de noirs m'avait alors captivé.
Dans La belette, l'auteur dépeint un milieu rural qui lui est cher, un ancrage local qui lui permet aussi de mieux mettre en opposition les paradoxes d'une époque.

« J'ai appris, mon fils, que vous étiez au service de la concurrence !
_ La concurrence ! ... Qu'entendez-vous par là ?
_ La télévision ! … Nos églises se vident, notre pouvoir diminue... Nous étions les gardiens du troupeau, nous sommes devenus des figurants ! Cette menteuse détourne l'homme des vraies valeurs ! Il ne croit plus qu'aux insanités qu'elle montre : le sexe... la violence...
»

L'arrivée de la télévision perçue, ici par la voix du curé du village, comme diabolique. Un plaidoyer risible mais qui reflète bien le conservatisme des anciennes générations (nous compris) par rapport à tout ce qu'elles ne connaissent pas.
Cette confrontation idéologique n'est pas la seule présente dans La belette, car il est aussi question d'ostracisme vis à vis de l'étranger, ces gens venus de la grande ville pour les envahir. Le fait que Gérald soit réalisateur de télévision ne plaide pas en leur faveur...
Le village d'Amercoeur est également le centre d'un conflit plus ancien opposant fortement le paganisme et le christianisme.
Un contexte particulier qui va amener le curé dans une farouche campagne propagandiste pour tenter de convertir de nouveaux fidèles...

Le tout concours à poser de solides bases à l'histoire.
Anne et Gérald, accompagnés de leur fils autiste Pierre, vont avoir toutes les peines du monde à s'intégrer à la vie locale. Si Gérald ne fait aucun effort pour y parvenir, sa femme, enceinte d'un second enfant, va beaucoup évoluer au fil du récit : rejet, émancipation, acceptation, naissance et renaissance. De même pour Pierre qui, bien que peu présent dans l'album, va être un personnage-clef.
Voyeurisme, pression... la famille va subir tout un tas de tensions ayant pour unique but de les faire quitter le village. Le scénario connaît une véritable montée en puissance qui ne manquera pas de nous saisir par son effroyable final.
À l'image d'Un léger bruit dans le moteur, les villageois ont des tares qui ne donnent pas envie qu'on les sauve...


Mise en abîme.

On dit souvent qu'une œuvre reste très personnelle, intime.
Didier Comès (Dieter Hermann Comès) est né en 1942 dans un village au nord de la Belgique (Sourbrodt) pendant l'occupation allemande. Son père pratiquant l'allemand et sa mère le français, il se définit lui-même comme un « bâtard de deux cultures ».
La belette est un écho fort à sa propre histoire, mettant en scène le milieu rural drapé dans son hiver glacial et campant une ambiance glaçante. Une mise en abîme qui se poursuit jusque dans le personnage d'Hermann Koch (dit « Le boche » ou le Schleu), un officier allemand ayant officié dans la région en 1944 qui, blessé, a été recueilli et soigné par un villageois, le seul qui ait bien voulu devenir son ami. Le temps a passé, Théophile est parti avant lui, mais Hermann n'a jamais été accepté par la communauté...


Dame Nature veille sur nous.

La belette est un bel album qui n'est pas seulement le reflet d'une époque. Certes, le préambule fait sourire le lecteur d'aujourd'hui mais il suffirait de remplacer le mot « télévision » par un autre pour replacer l'intrigue dans l'actualité. La succession des événements tend à rendre la lecture prenante, teintée d'ésotérisme et de non-dits.
Bien qu'elle soit triste, l'histoire de La belette nous laisse un mince espoir, celui qu'un jour que les hommes vivent en paix.

Chronique du 09/12/13

Dès les premières pages, l'ambiance est au malaise. Les personnages principaux n'inspirent pas exactement la sympathie, les voisins sont franchement flippants et les événements guère plus rassurants. Un couple de citadins débarque dans un petit village du fond des Ardennes. Lui est réalisateur pour la télévision, elle est enceinte, et leur fils adolescent qui les accompagne est autiste. Clairement, de tous, c'est le seul personnage d'emblée attachant par son innocence.

Le dessin de Comès ne laisse pas indifférent, à la fois très caractéristique de ces années-là et à la limite de l'expérimentation graphique. Il fait se rencontrer des visages aseptisés et des visages burinés. Il révèle également une subtile utilisation des aplats de noir et une grande maîtrise de la nature et des paysages.

Subtil mélange entre fantastique et divin, La belette est, à l'heure où la télévision débarque avec ses gros sabots et s'insinue dans tous les foyers, une ode à une relation saine et innocente entre l'homme et la nature, une ode au cycle de la vie. Il ne s'agit pas de condamner les effets de la pollution comme c'est souvent le cas lorsqu'on parle de nature, mais de revenir à l'essence de l'humanité.
L'ambiance et la thématique ne sont pas sans rappeler les Légendes d'aujourd'hui de Christin et Bilal, avec un retour aux traditions ancestrales et une dénonciation des pratiques capitalistes. A cela vient s'ajouter un message d'ouverture à l'autre et à la différence. Le regret, le pardon et l'amitié ont ici toute leur place.

Mais qu'on ne s'y trompe pas, La belette n'a rien de niais, bien au contraire, car ses pages révèlent une véritable hécatombe et la noirceur de certains personnages.


Un autre avis : Legof, Mitchul, Mo'

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2012 (1°ed.1983)

Beowulf Santiago García (s), David Rubín (d) CASTERMAN

Chronique du 14/09/14

Le projet de Santiago García aurait pu rester aux oubliettes après avoir essuyé un premier échec. C'était 10 ans plus tôt, aux côtés du dessinateur Javier Olivares. Ce dernier, qui n'est pas rancunier, écrit en postface son plaisir de voir l'œuvre chère à son ami aboutir enfin. Ce renouveau, Santiago García le doit à sa ténacité mais aussi à sa rencontre fortuite avec David Rubín.

Ainsi, après avoir dépoussiéré le mythe d'Hercules, le dessinateur espagnol continue sur sa lancée avec un autre héros de l'antiquité : Beowulf !


Quand l'imaginaire rencontre la réalité

Cette fois, contrairement au Héros, la véritable histoire est retranscrite et ce n'est donc pas par hasard si la traduction de Seamus Heaney, réputée pour la fidélité de son rythme issu du vieil-anglais, a été choisie comme fil conducteur.
Pas d'écart ou d'interprétation possible donc, le poème majeur de la littérature anglo-saxonne est suivi à la lettre, dans tout ce qu'il a de plus épique.

Les légendes m'ont toujours passionnées, j'aime cette part de mystère qui les entoure et d'autant plus quand il est difficile de discerner le vrai du faux. Celle de Beowulf n'échappe pas à la règle et de nombreuses citations se sont avérés véritables. La date d'écriture est sujette à controverses mais les faits sont là : les noms employés ont existé et certains événements cités ont réellement eu lieu, ce qui ancre mieux encore la fiction dans la réalité et entretient le doute.
Grendel le monstre mangeur d'hommes, sa mère vengeresse, le terrible dragon... bien sûr ces êtres fantastiques font partie du folklore mais ils servent à glorifier les hauts faits de héros plus tangibles.

« Dis-moi, barde... chanteras-tu ma chanson, un jour ?
_ Sire, votre chanson sera la plus belle de toutes !
_ Je suis flatté de tes paroles, mais qu'en sais-tu ?
_ Sire, vos exploits sont dignes de ceux des plus grands héros. J'ai déjà composé le début. Voulez-vous l'entendre ?
_ NON ! Je n'aime pas les chansons incomplètes, et à celle-ci, il manque l'essentiel... Il lui manque la fin.
 »


Frustration

J'aime les légendes. Pour autant je n'ai pas retrouvé cette fibre de passion dans ma lecture. La narration n'a pas su me captiver. Les dessins n'ont pas su m'immerger dans l'ambiance.

Je reproche au récit d'être trop surréaliste et pas assez terre à terre. Peut-être dégage-t-il trop de testostérone ? Bien sûr que les légendes doivent avoir un brin de fantaisie mais je n'ai pas eu l'impression de vivre le récit épique que Beowulf est sensé porter. J'aurais apprécié plus de douceur dans le rythme. Tout va très vite, trop vite.

Le traitement graphique m'a aussi dérangé, avec ses couleurs rouge-sang et des traits trop gras ou caricaturaux, comme toujours très typés comics chez Rubín.
L'auteur, qui au passage fait une infidélité à son éditeur français privilégié (Rackham) au moins le temps d'un album, m'avait fait bonne impression sur Le héros. Beowulf m'a en revanche beaucoup déçu... dommage !


D'autres avis plus enjoués : David Fournol, Fab Silver, PaKa

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2014

Bêtes de somme Evan Dorkin (s), Jill Thompson (d) Delcourt

Chronique du 16/08/12

Bêtes de somme (Beasts of Burden en version originale) est une série un peu particulière dans le paysage du comics. Alors que les fans des fascicules sont plutôt portés sur des super héros aux super pouvoirs, c'est une bande de chiens, et un chat, qui leur vole la vedette. Le postulat de départ est tout simple : cette brigade animalière va devenir au fil des histoires la gardienne de Sommers Hill, en proie à des événements surnaturels récurrents.
Les humains auraient pu se douter de quelque chose, faire appel à « la tueuse » Buffy, ou encore à SOS fantômes... il n'en est rien, ils ne voient rien venir, ils ne savent pas interpréter les signes... s'ils savaient !
Heureusement pour eux, leurs amours canins veillent sur eux (et le chat aussi, même s'il est sans-famille).

Tout au long des 8 petites mésaventures qui leur arrivent dans ce premier opus, la petite équipe subit des attaques qu'elle n'aurait jamais imaginées. Ils ont parfois un peu peur, reculent devant le danger, mais tels leurs homologues en collants, ils finissent par s'accrocher et faire face à leur torpeur pour sauver les gens qui les entourent. Et c'est même pas pour la gloire en plus !

Contre toute attente, mes personnages favoris ne sont pas des chiens, mais des chats, et même pas des personnages principaux qui plus est : Dymphna la chatte noire, un peu maligne et sournoise ; et Charlot-la-carapate, un petit chat noir et blanc plutôt doué pour disparaître quand on a besoin de lui. Sûrement mon côté espiègle qui ressort là.
Heureusement, les chiens ont aussi Carl, un Carlin un peu fanfaron qui n'hésite pas à tacler gentiment ses amis d'une petite pique bien placée et à qui l'on doit ce qui sont certainement les meilleures répliques de cette série.

« Une grenouille. Une grenouille géante. Que Saint-Fido me renifle l'arrière-train, c'est une grenouille géante ! »

Si la première nouvelle est plutôt courte, plus on avance dans notre lecture et plus elles s'épaississent, plus les personnages prennent de la profondeur, plus la série prend de la consistance.
On comprend finalement quand on nous explique que la première nouvelle est une demande spécifique et extraordinaire, et que vu l'engouement des gens, ils aient décidé d'en faire une seconde, puis une troisième et une quatrième, avant de se lancer dans une véritable série.
On ressent vraiment cette progression dans ce recueil. Les premières histoires sont plus sobres. Plus on découvre et plus on sombre dans l'horreur, peut-être un peu attendrie par l'aquarelle, malgré l'utilisation de teintes glacées lorsque la tension monte. Nous ne sommes tout de même pas dans l'horreur absolue, celle qui terrifie. Le récit vise en même temps un public adolescent, si l'on en croit le prix décerné aux Will Eisner Awards.

Attardons-nous un peu sur les couleurs de Jill Thompson, une artiste peu singulière si l'on en croit ses quelques explications dans les bonus en fin d'album. Ses dessins à l'aquarelle, même si je les trouve un peu tendres pour des récits horrifiques, sont tout simplement superbes. Elle travaille la couleur quasiment directement, à peine a-t-elle esquissé un dessin propre mais sans ombres auparavant, sans trop de fioritures. Elle ne réalise même pas de storyboard (celui d'Evan Dorkin est entièrement écrit, hormis quelques croquis explicatifs ça et là) ou quand elle en fait un, ce qui arrive de temps en temps, elle ne le respecte pas vraiment.
Elle travaille donc tout en spontanéité, qualité qu'elle apprécie vraiment dans l'aquarelle, sa prise rapide ne laissant pas le temps pour s'acharner à retravailler le dessin.

Au final, Bêtes de somme est une lecture des plus agréables et un peu grinçante, à lire au coin du feu le soir avant de se coucher, et à relire sous un beau soleil pour en apprécier dignement les couleurs.

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure publication ados 2010




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Année d'édition
2012

Bêtises de Xinophixerox (Les) Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Chronique du 21/12/12

Xinophixerox est un petit démon aux allures sympathiques. Tellement sympathiques qu'on pourrait croire qu'il est mignon, qu'on peut le caresser, ou pourquoi pas jouer avec lui.
Mais Xinophixerox a de grands projets, et il compte bien les mettre en pratique pour se faire une place dans le panthéon des grands démons, qui le considèrent tous comme un être ridicule, idiot et insignifiant.
Le petit diable deviendra grand... et ça risque d'en surprendre plus d'un !

Xinophixerox, voilà un nom peu singulier pour un démon. Ne vous amusez pas à l'écrire trop vite, à moins d'être aussi expérimenté que moi, vous vous emmêleriez les pinceaux. Xinoquoi ? Bon, passons !
Non mais sérieusement, je l'adore ce petit nom moi. Et avec un titre comme celui-là on s'attend peut-être à un contenu guilleret, gentillet, tout ça. Mais ce serait tout de même mal connaître Tony Sandoval et ses récits toujours surprenants et surnaturels. Pour le coup, je me demande quand même s'il n'a pas lu trop de romans d'H.P.Lovecraft et qu'il n'est pas atteint d'un syndrome de Tentaculophilie exacerbée.

Car sous les airs tous mignons de cette ridicule créature aux aspects d'un cachalot volant dans les airs grâce à ses petites ailes de chauve-souris se cache un monstre d'une noirceur insondable.
On parle de bêtise mais il tue quand même des gens à tour de bras (inutile d'essayer de vous attacher à un personnage à part bien sûr Xinophixerox lui-même, vous seriez déçus), avec l'aide de son machiavélique plan totalement sournois et imprévisible.
Lui-même ne se rend peut-être pas bien compte de qu'il fait. C'est un jeune démon, un moins que rien et là haut, personne ne le croit capable de rien. Peut-être se dit-il qu'il va faire une bêtise, comme un enfant, sans savoir tout le mal qu'il va causer. Et puis ensuite, voyant qu'il gagne en estime, il va s'enorgueillir de sa réussite, aussi dégueulasse soit-elle (ce qui est complètement injuste, mais les démons sont réputés pour être injustes) !
Bref, j'ai beaucoup aimé ces bêtises d'enfant démon, confrontant l'innocence et la monstruosité.

Côté dessin, c'est du très très bon Tony Sandoval. Il nous dépeint des paysages magnifiques, levant dans le ciel d'obscurs nuages de Lavis annonçant comme la fin du monde pour tous ces pauvres hères sous le joug de Xinophixerox (allez, encore quelques uns et vous saurez le prononcer sans postillonner).

C'est peut-être l'album que j'ai préféré parmi les sorties de l'année de l'auteur, malgré un bon Doomboy. Je le classe dans le haut de la pile, avec Le cadavre et le sofa.
Une histoire onirique dont seul Tony Sandoval a le secret :)




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Année d'édition
2011

Flipbook

Chronique du 21/12/12

Un petit flipbook était donné à l'achat de la bande dessinée (enfin donné est un bien grand mot, n'oublions pas que la BD en elle-même coûte 20 €).
C'est toujours amusant un flipbook, si bien qu'à la fin les pages sont vite un peu cornées, parce qu'on aime bien se refaire le film de l'histoire plusieurs fois pour bien voir toutes les séquences.

Ça n'apporte pas grand chose de plus à l'histoire, mais c'est rigolo :)
L'occasion de voir Xinophixerox une fois de plus à l'action.




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Flipbook

Année d'édition
2011

Bibite à Bon Dieu (La) Guillaume Bouzard (s)(d) Requins Marteaux

Chronique du 28/04/13

Bourg-Saint-Guillaume est un petit village de campagne où il fait bon vivre. Les paroissiens, encore attristés par le départ de leur précédent curé, le Père Lucas, hospitalisé pour une attaque, attendent leur nouveau guide. C'est ainsi qu'arrive Père Guillaume, qui s'efforcera de prendre soin et de bien veiller sur toutes les âmes qui composent la bourgade et auxquelles le Père Lucas était tant attaché.
Il est bien loin de se douter à ce moment là qu'il recevra très vite la visite de cette souillon qui lui confessera ses rêves érotiques... ni même de l'effet que peut avoir un beau curé sur la libido de ces demoiselles délaissées par leur mari.


Je ne suis pas un fervent amateur du genre, mais je dois bien avouer que j'ai été attiré par la savoureuse chronique de Choco sur cet album. Le synopsis de départ est somme toutes plutôt attrayant : un curé qui débarque dans un village où les femmes sont prêtes à tout pour lui faire perdre son innocence. Le tout raconté avec beaucoup d'humour. Car c'est là l'un des points forts de la bande dessinée de Guillaume (encore un ?) Bouzard : c'est frais et c'est très drôle.


« Et arrête avec ces histoires de péchés, de ceci, de cela ! Fais plutôt plaisir à ces femmes !
_ Faire plaisir à ces femmes ? Que voulez-vous dire Seigneur ?
_ Tu le sais très bien ce que je veux dire ! Les femmes de Bourg-Saint-Guillaume ont besoin d'amour ! Je me suis laissé dire que Dieu était amour non ? C'est quand même pas moi qui l'ai inventé ! Et qui est le représentant de Dieu sur terre ?
_ Moi ?
_ Bingo !
»

La scène de dialogue avec le Christ est assez cocasse (faut dire que c'est pas commun de pouvoir dialoguer avec un crucifix). L'histoire ne s'étend pas plus sur les conversations que peut avoir un prêtre avec son Dieu, toujours est-il que cette intervention divine met à mal les états d'âme du petit curé de campagne, qui devient quasiment du jour au lendemain un coureur de jupons (mais avec l'appui de Jésus, forcément, ça change tout) !

« Hey Curé !
Dites donc, je trouve que vous êtes resté longtemps avec ma femme !
Ça va bien que vous êtes curé ! Sinon, j'aimerai pas beaucoup ça !
»

Avouons-le franchement, le scénario n'est pas non plus exceptionnel (mais y'a franchement pire question porno, y'a qu'à voir un ou deux films pour s'en rendre compte), mais tout est dans l'ironie de la soutane et les dialogue savoureux.
Pour les illustrer, nous avons droit à un graphisme gros nez et des dessins assez minimalistes. On dira qu'on va droit au but sans s'embarrasser de circonvolutions, le tout légèrement rehaussé par de simples aplats sépia pour le jeu d'ombres.

Un petit moment de plaisir (le livre se lit assez vite) initié par la collection BD-Cul des Requins Marteaux. Une collection « interdit(e) aux puceaux de moins de 18 ans » qui se lit dans un format poche et qui a vu naître les désirs érotiques de Bastien Vivès, Nine Antico, Hugues Micol, Morgan Navarro et Aude Picault.



D'autres avis : Choco, PaKa, David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Billy Brouillard Guillaume Bianco (s)(d) SOLEIL

Tome 1 : "Le don de trouble vue"

Chronique du 22/07/10

Billy Brouillard est un petit garçon pas comme les autres. S'il aime faire des bêtises et apprécie particulièrement embêter sa petite sœur, il aime surtout s'inventer des histoires qui font peur. Mais alors qu'un jour il retrouve son chat tout raide dans le jardin, il en vient alors à se poser tout un tas de questions sur la Mort, et laisse allègrement vagabonder son esprit fertile en histoires morbides...

Pour avoir rencontré Guillaume Bianco lors d'un festival, j'ai pu apprendre que cet album était un peu autobiographique. Car oui, Guillaume était un peu comme ce garçon, et surtout, il avait une petite sœur qui, bien qu'elle ne s'appelait pas Jeanne mais Anne, avait droit à son lot quotidien de crises d'angoisse.
Et il avait réellement un chat qui s'appelait Tarzan, point de départ de ce récit.
Cette bande-dessinée, c'est un peu un recueil d'histoires qu'il a en tête depuis toujours, un projet personnel auquel il ne pensait pas forcément donner suite. Mais voilà, il en a eu l'occasion par le biais de la collection Métamorphose dirigée par Barbara Canepa, alors il ne fallait pas s'en priver. Car Billy Brouillard est un petit ovni dans cette grande boite qu'est Soleil, et pas loin de l'être également si on compare ce qui se fait ailleurs.

Oui, car Billy Brouillard est plutôt original dans son genre.
Déjà, même si le thème de la mort est maintenant un sujet récurent et qui passionne, il n'en est pas moins délicat à aborder. Et de même traité de façons très variées selon les auteurs.
Ici, Guillaume Bianco a décidé de voir la mort par les yeux d'un petit garçon à l'imagination débordante. Tim Burton n'a qu'à bien se tenir, c'est assurément un thème qui lui est cher et qui lui plairait probablement. Mais rendons à César ce qui lui appartient, Guillaume Bianco a déclaré que le cinéaste n'était pas son inspiration, mais celui là même qui a inspiré Tim Burton dans ses œuvres (et dont j'ai oublié le nom).

Nous avons donc droit à une succession d'histoires, d'enquêtes, de poèmes, de bestiaires, le tout alternant entre la vie réelle que subit notre jeune héros et la vie imaginaire qu'il s'invente chaque jour. Le petit bonhomme suit son chemin, vagabonde au gré de ses pensées en quête de la solution. Mais qu'est-ce que la Mort au juste ? Et pourquoi fait-elle aussi peur ?

En dehors de ça, j'ai trouvé la lecture difficile. Le rythme décousu qui est donné par l'enchaînement des genres et des histoires y est peut-être pour quelque chose. Même si au final, je ne peux qu'admettre que le tout est cohérent, réfléchi et bien construit.
Reste pour moi une grande interrogation : est-ce réellement un livre pour enfant ?
Certes pour le thème, les idées, le côté dégoûtant qui plaît aux enfants... tout ça, oui. Mais en tant qu'adulte, je me demande aussi si ce livre n'est pas un peu en dehors de leur portée, avec tous ces mots alambiqués, ces questions existentielles, etc...

À votre avis, Guillaume Bianco est-il parvenu à se mettre dans la peau du petit garçon qu'il a été autrefois ? Quel public cet album a-t-il conquis ? Et le liriez-vous à vos enfants ?

Chronique du 22/07/10

La construction de Billy Brouillard est très particulière. Plus qu'une BD, c'est plutôt une encyclopédie du petit monde mystérieux et imaginaire du jeune garçon dénommé Billy Brouillard. La trame de l'histoire est d'une parfaite simplicité, et pourtant, il y a quand même 142 pages ! C'est que cette histoire n'est finalement que le prétexte à développer l'univers farfelu de Billy, via des bestiaires détaillés sur les caractéristiques de telle ou telle créature, ou via des extraits de la Gazette du Bizarre. Malheureusement, la construction "documentaire" a pour conséquence directe l'interruption de la lecture : difficile de tout lire d'un trait ! Mais impossible de ne pas passer un bon moment !

L'autre particularité de Billy Brouillard, c'est son graphisme qui lui donne véritablement toute son identité, le dessin à lui seul marque l'esprit de la BD : à la fois sombre et innocent. Le trait rond ne vient pas gêner l'aspect vieillot de l'ensemble (foultitude de décorations, tenues vestimentaires et coiffures, maisons, teintes sépia, pages faussement jaunies, etc.), il lui donne au contraire un charme tout enfantin. Après tout, ne sommes nous pas dans l'esprit du petit Billy ?

A noter la couverture qui ne laisse pas indifférent. A elle seule, elle met directement dans le bain, avec un aspect "livre ancien".

Une ola à la collection Métamorphose dirigée par Barbara Canepa et Clotilde Vu qui vient mettre un bon coup de pied dans la fantasy poussiéreuse de Soleil.


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Tome 1 : \\"Le don de trouble vue\\"

Année d'édition
2008

Billy Wild Céka (s), Guillaume Griffon (d) AKILEOS

Version intégrale

Chronique du 12/10/14

Billy Wild est à la croisée des chemins, un mélange des genres décapant qui nous offre un western à l'état brut assorti d'une pointe d'ésotérisme et d'un petit quelque chose de... Romero.
Très vite, le FarWest devient donc le DarkWest, notamment sous l'impulsion de Linus et de ses remèdes miracles. Ce bonhomme tout à fait antipathique, charlatant à ses heures, a pris Billy sous son aile. Il se montre particulièrement tenace, impitoyable et surtout scrupuleux dans ses comptes d'apothicaire...

« Te voilà gamin... content de te voir !
Prêt à changer de vie ?
Alors suis-moi !
 »


Carte noire

J'ouvrais cette chronique sur des références à peine déguisées et elles sont nombreuses et ma foi plutôt bien digérées. On pense évidemment au 7ème Art quand on lit Billy Wild et les musiques de Sergio Leone reviennent régulièrement en tête. Le « Kid » devient grand beaucoup trop vite et apprend tout par la force des choses : brutalement.
La seconde partie de l'histoire nous rappelle à nos bons souvenirs des Sept mercenaires dans un final plutôt jouissif.
Pour continuer sur le cinéma, vous vous rendrez rapidement compte que Billy Wild s'inscrit dans la veine des films de Romero : une société vérolée comme un fruit trop mûr et des protagonistes aussi mauvais morts que vivants.
Un univers glauque au possible à ne pas mettre entre toutes les mains : ça tue, ça gicle et ça déchiquette !

« Tu le connais le 13ème cavalier ?
_Si je ne connais ? Tu plaisantes ? Qui ne connaît pas Billy Wild ? À part les crétins dans ton genre ?
_ Je le tuerai, chef, je le tuerai !
_ Crétin, tu ne peux pas. Une légende, ça ne meurt jamais !
 »


Le dessin très noir de Guillaume Griffon (qui poursuit son trip en solo avec Apocalypse sur Carson City, toujours chez Akileos) est l'habillage parfait pour le récit développé par Céka (Egovox, Lutte majeure). L'ancrage est sauvage et les contours sont gras : une utilisation des noirs particulièrement intense qui rend les ombres omniprésentes et qui renforce un contexte sombre et sans espoir (sinon la mort). Par opposition, le dessinateur use de traits plus fins pour peaufiner les détails, silhouetter les plis des vêtements et affirmer les rides d'expressions. Le corps de Billy Wild est chétif et ses os sont anguleux, laissant un contraste saisissant entre le gamin et la musculature saillante de la plupart de ses ennemis... et ils sont nombreux !


Rencontre fortuite

L'histoire de cette bande dessinée est belle puisqu'elle est, comme souvent, le fruit d'une rencontre. Guillaume Griffon avait suivi une formation dessin à l'école Émile Cohl de Lyon avant de s'envoler pour l'Amérique pour travailler chez Disney. À son retour, alors qu'il se consacre à la communication de l'entreprise familiale (dans le textile), il garde toujours la bande dessinée dans un recoin de sa tête. Il part alors à la grand messe d'Angoulême avec son book sous le bras et s'en va quérir les éditeurs qui voudraient bien de lui. C'est à ce moment-là qu'il fait la connaissance de Céka et que se noue ses premiers contacts avec Akileos.
Quelques années plus tard naissait Billy Wild.

Vous trouverez en fin d'album quelques portraits « wanted » des personnages (la bande des XII) qui recadrent bien l'ambiance, ainsi que de nombreuses illustrations réalisées par d'autres auteurs et qui rendent hommage à Billy Wild à leur façon.


D'autres avis : K.BD, Choco, Livr0ns-n0us, Mo', Mike (iddBD), Yvan

Le blog de Céka.




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Version intégrale

Année d'édition
2009 (1°ed. 2007)

Black Lung Chris Wright (s)(d) Cambourakis

Chronique du 12/11/13

Black Lung (Poumon noir, miam) fait partie de ces bande dessinées qui m'ont aussitôt tapées dans l'œil. Un livre à la couverture attrayante et au dessin éloigné des stéréotypes, oscillant entre le graphisme enfantin de Lewis Trondheim ou de Jason et la gravure de Drew Weing.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'auteur remercie ce dernier en préambule (Drew Weing avait également remercié son ami Chris Wright à la fin de son livre). Car là encore, il est question de marins, de voyage contre vents et marées, de piraterie et de personnages pas tout à fait à leur place.


« Les fables poussent autour de lui comme la ronce : gigantesque, des points gros comme des jambons, des bottes hérissées de clous, le braquemard en tire-bouchon, a tué un homme de ses ongles. Déracine les arbres et les réverbères pour s'en servir de fléaux, tire des carrioles longues comme la ville, fume des cigares de deux pieds de long, porte un tonneau de rhum à la ceinture, avale quatre kilos d'huitres en casse-croûte. Mais il suffit à mes hommes de le voir tel qu'il est en réalité et c'est la débandade. »

Black Lung centre surtout son histoire sur deux personnages :
Le premier, Mose, est une véritable force de la nature. Chef d'un gang rival, Towart s'essaie à tous les stratagèmes pour l'écarter de son chemin. Un nouvel espoir naît lorsqu'il fait la rencontre d'Outwater, un marin qui lui propose de l'emmener faire un tour en mer.
Le second personnage est un gandin du beau quartier, un éducateur répondant au nom d'Isaac. Une malheureuse poursuite qui le mène dans un bar mal famé et le voilà pris à parti dans une rixe entre deux clans.
C'est ainsi que les deux hommes, que rien ne prédisposaient à se croiser, sont embarqués à bord de La main pour un voyage sans retour.


Narration erratique

Révélé aux States par un recueil d'histoires courtes (Inkweed), Chris Wright n'en est encore qu'à ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée. C'est finalement ce manque de maturité que je vais reprocher à sa narration.

En fait, j'ai vraiment éprouvé de grosses difficultés pour entrer dans le récit à ma première lecture. Mais ce bouquin dégage quelque chose de tellement puissant qu'il m'a poussé à l'entreprendre une seconde fois.
C'est à ce moment-là que j'ai mis le doigt sur ce qui m'avait gêné.

Tout d'abord, il y a cette différence de tons entre les milieux sociaux dans lesquels évoluent les protagonistes : les gangs sont issus d'un quartier miséreux et carnassier, ils complotent et bastonnent, échangent crument dans un langage volontiers rustaud.
Et puis on passe du coq à l'âne ou plutôt du coq à l'érudit puisque le personnage principal est un lettré, un bourgeois enseignant du Shakespeare à ses élèves, idiome soutenu de circonstance.
Deux mondes qui n'ont pas grand chose à voir l'un avec l'autre mais qui se retrouvent réunis. Bien sûr, ce décalage de genres s'efface dès lors que l'aventure marine débute, mais c'est au départ un point d'opposition très fort à chaque changement de scène.

Seconde difficulté, ces ellipses narratives qui prennent d'une case à l'autre sans crier gare, sans même un texte annonçant un saut de temporalité. Fait d'autant plus gênant que les cases s'enchaînent à un rythme plutôt chronophotographique, fortes d'un texte conséquent.

Et puis, parfois, il y a aussi des textes qui se superposent à des scènes qui n'ont rien à voir l'un envers l'autre, souvent pour illustrer un fait extérieur pendant un monologue un peu long.

Sur la fin aussi, on retrouve quelques planches où l'auteur s'essaie à une construction plus expérimentale. Le problème est qu'elles sont plus difficilement compréhensibles, l'ordre séquentiel devenant un peu obscur...

Un ensemble narratif qui rend le fil du récit plus pénible à suivre, souffrant de trop grandes approximations dans sa construction. Pourtant, ma deuxième lecture lui a donné un second souffle et j'ai vraiment apprécié le contenu.


Des personnages forts comme atout majeur.

Le synopsis en lui-même ne s'illustre pas par son originalité. Des marins enrôlés de force, la vie de pirate ou encore la présence d'un érudit apprécié du capitaine (Brahm) sur une bateau sont autant de sujets maintes fois abordés dans la bande dessinée. On pense instantanément à En mer (Mose est frappé de la même blessure que le héros de En mer) ou à Loup des mers.
Le parallèle avec ces deux œuvres est ténu. Il est une nouvelle fois question d'un croisement entre la littérature et l'infinité de la mer : on vit la rencontre entre un capitaine force de la nature et un lettré qui s'émancipe du bourgeois présomptueux qu'il était devenu au début du récit.
La narration est moins bien réussie que sur l'adaptation de Loup des mers mais ne rend pas l'histoire inintéressante pour autant. Notamment grâce à des personnages fascinants dans leurs traumatismes :

« Jericho Sweany est une misérable créature incapable de la moindre maîtrise de soi. Tous les démons le jalousent. »
Même s'imaginer la pire crapule qui soit ne suffit pas pour rendre compte de sa psychopathie. Présenté comme syphilitique et véritable électron libre, il collectionne les langues de ses victimes qu'il s'empresse de mutiler de la plus odieuse façon. Retors, impossible à comprendre et à cerner, il est habité par la folie, ce qui le rend dangereux et imprévisible.
Dit comme ça je suis persuadé que vous n'avez pas envie de le rencontrer.

« Il est venu ME voir avec son idée ! Il m'a enrôlé MOI parce que je suis le roi de la découpe. Le seul à pouvoir offenser suffisamment Dieu.
_ Pose cette bouteille.
_ Comme si le meurtre pouvait l'offenser. Dieu nous assassine dès notre premier souffle. Il nous assassine dans la morve et l'eau du ventre de nos mères. On est mort dans le foutre de nos pères. J'offre à Dieu ce qu'il veut. Si je suis là, c'est la faute de Brahm. Je suis un putain de moine.
»


Outwater est lui aussi un personnage intéressant, aussi bon marin qu'il est un assassin, sournois et habile. Un gars capable de s'extirper des pires situations, un mec dangereux mais qui n'a qu'une parole. Il vit au jour le jour, fort de son expérience et de son vécu, avec un passé tourmenté et de lourdes séquelles à porter.

Mose, Isaac, Sweany, Outwater, Brahm... c'est l'une des grands forces de ce livre d'avoir su développer une panoplie de protagonistes disposant chacun d'un background fouillé.


Noir comme le charbon.

J'ai vaguement abordé le sujet au début de ma chronique, le dessin de Chris Wright est une grande réussite, bercé par de multiples influences. On retrouve ce côté bonhomme et cet aspect lourdeau propre au héros de Drew Weing.
Les personnages sont massifs et ont tous des gueules couturées : la tronche de l'emploi. Pour les représenter, l'auteur a préféré user d'un mélange entre caricature et anthropomorphisme : des visages déformés uniquement rehaussés par des bandeaux, cicatrices ou quelques poils hirsutes. Isaac fait bande à part avec ses simili-oreilles de lapin, coiffure chic qui va petit à petit s'estomper pour se fondre en une touffe de circonstance.

Le dessin dégage un côté crade mais il est beau dans cette apparat de souillon.
J'aime ce trait qui rend toute sa laideur aux personnages et au récit, et qui permet en même temps d'être parfaitement lisible. Parce qu'un graphisme plus réaliste aurait rendu le propos gerbant tant les scènes sont parfois atroces, pleines d'ignominies et de sévices : ça tranche à pleines gorges, ça vomit les tripes et ça mutile dans tous les sens.

Black Lung est un récit dur, noir, malsain et sans espoir.
C'est aussi un récit fort et prenant. À conseiller aux âmes non sensibles.



D'autres avis : David Fournol, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Blackface Banjo Frantz Duchazeau (s)(d) Sarbacane

Chronique du 27/12/13

Une histoire de coon...

Blackface Banjo n'est ni plus ni moins que l'histoire d'un noir américain, probablement venu d'Afrique comme tous les noirs américains : « Il nous vient tout droit de son Afrique natale où il fut grand sorcier reconnu dans tout le pays !! »

Ce noir à la démarche claudicante ne manque pas d'allure, marchant tant bien que mal sur une jambe de bois en s'aidant de sa canne. Son pantalon écossais, sa veste en queue de pie et son haut de forme visé sur la tête complètent son excentrique tenue qui ne tarde pas d'attirer l'attention... des hommes de loi évidemment, des passants hautains assurément, des bonimenteurs curieux en supplément.

Et puisque le ridicule ne tue pas (au pire il ridiculise), Blackface – c'est le nom de scène qu'on lui assigne – se donne en spectacle pour gagner les quelques dollars qui le sortiront un temps de la mendicité.

La démarche extravagante et les extraordinaires pirouettes de Blackface le font remarquer par un irlandais qui ne tarde pas à l'engager dans sa troupe. L'apothicaire se sert de ses spectacles de rues, appelés Minstrel shows, pour vendre ses produits miraculeux à base d'eau et d'un dé de pisse d'opossum (pour le goût), prétendant que les artistes montant sur scène tirent de cet élixir leurs incroyables dons...

« T'sais, chuis d'origine irlandaise, je sais c'que c'est tout ce merdier !
_ Non, tu ne sais pas. Moi, chuis foncé. Toi, t'es blanc.
»


Minstrel shows

L'œuvre de Frantz Duchazeau (Les jumeaux de Conoco station, Le rêve de Meteor Slim, Lomax) ne cesse d'explorer les contours d'une époque à la fois triste et pleine de talents.
L'auteur remonte cette fois dans le temps jusqu'au 19ème siècle, durant ces années où fleurissaient aux États-Unis les Minstrel shows, spectacles destinés aux blancs, typiques du racisme anti-noirs, et qui mêlait théâtre, danse, musique et intermèdes comique... dans le but affirmé de se moquer. Pour se faire, les acteurs (blancs) se grimaient et incarnaient les stéréotypes noirs qu'ils vomissaient. Cette parodie avait un nom : le « Blackface ».
À cette époque, le terme coon désignait une personne noire.

Il est amusant de constater comment Frantz Duchazeau parvient à ironiser les situations, renversant avec beaucoup de justesse les idioties des hommes. Le personnage de Blackface incarne à lui seul tous les échelons d'une farce qui le dépasse : acteur Blackface et coon, profiteur et rebelle, il s'extirpe de la misère pécuniaire pour sombrer dans la misère de l'âme... Quelle vie ?!


Poésie artistique

Non content de nous avoir emballé avec ses précédents albums, Frantz Duchazeau relance la musique avec Blackface Banjo.
Moins sonore, le titre ne nous fait pas vibrer de la même façon. Il n'en demeure pas moins prenant, la faute à cette poésie ambiante qui se dégage des cases, à cette façon originale de faire parler les personnages par le dessin.
C'est ainsi que l'histoire parvient à se passer des mots sur de multiples séquences où l'exercice visuel prévaut : paroles et pensées s'expriment par des bulles dessinées qui enrichissent la narration sans l'alourdir et qui assoient l'expressivité graphique.


Entre bêtise et aventure humaine, Blackface Banjo nous narre la vie d'un noir qui se sort de la rue grâce à son entrain et sa débrouillardise.
Un album un peu moins emballant que Le rêve de Meteor Slim, qui reste pour moi la grande œuvre de Duchazeau, mais qui est une belle sortie de cette année 2013.



D'autres avis : Zaelle, David Fournol, FabSilver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Blacksad Juan Diaz Canales (s), Juanjo Guarnido (d) DARGAUD

Tome 1: "Quelque part entre les ombres"

Chronique du 29/12/06

Blacksad est l'une des premières bandes-dessinées que je me suis offerte. C'est surtout son aspect graphique qui m'a attiré.
La qualité des dessins est excellente, et l'histoire prenante.
Un polar imagé, dans lequel chaque protagoniste a un physique 'animal'.
Dans ce tome, John blacksad enquête sur le meurtre d'une ancienne petite amie ... il devra faire face aux hommes de main du tueur, des serpents et des rhinocéros !

Chronique du 29/12/06

Et bien voilà qui commence mal. Je n'ai pas commencé Blacksad dans l'ordre. Donc ça, pour moi, c'est le tome 2 :P Je ne parlerai donc pas de première impression ici. Pour ça, faudra attendre "Arctic Nation"
Toujours est-il que Diaz Canales a bien fait dans la continuité du tome 2 : un bon polar dans une ambiance années 50 rendue original par l'aspect de ses protagonistes. Guarnido a toujours un aussi bon coup de pinceau... On en redemande !


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Tome 1: \\"Quelque part entre les ombres\\"

Année d'édition
2000

Tome 2: "Arctic-Nation"

Chronique du 29/12/06

Des meurtres sous une idéologie raciste, l'enlèvement d'une orpheline associé à une bande noire nommée « black claws » ... voilà qui annonce la "couleur" de ce second volet.
Blacksad devra faire face à un fléau récurent de notre quotidien contre les blancs revendicateur ... quel meilleur animal que l'ours polaire pour les représenter :)

Chronique du 29/12/06

EXCELLENT ! C'est quoi cette nouvelle BD ? Trop fort le graphisme ! Et puis cette façon d'aborder le racisme... avec des bestioles, c'est géant !

Tel fut mon discours lorsque je tins pour la première fois ce chef d'œuvre de la bande dessinée dans mes modestes mains en 2003 (merci mou ^^). Bref, une première impression... impressionnante.

Non en fait je mens, ce n'est pas vrai du tout. Je l'ai lu comme j'ai toujours lu les bds et comme je les lis toujours : "Ah tiens, c'est sympa ça !", mes vraies impressions viennent toujours après :)

N'empêche que Blacksad, c'est excellent.

Roaarrr Challenge
- Prix du public - Angoulême 2004


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Tome 2: \\"Arctic-Nation\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Ame rouge"

Chronique du 29/12/06

John Blacksad est de retour dans une sinistre affaire. Le secret de la bombe atomique, une crapule ayant du remord, des fous idéologistes, des flics ripoux, ... et une écrivain dont il n'arrivera pas, une fois de plus, à éviter d'entacher de sa malchance amoureuse.
Pour ma part, j'ai trouvé ce dernier volume un peu moins prenant que les deux précédents. Cependant, je ne me lasserais pas de contempler ce magnifique tirage de tête. Pour l'anecdote, j'avais eu celui d'Arctic Nation entre les mains, mais il était malheureusement déjà vendu, je m'étais alors juré d'acquérir celui du tome 3, voilà chose faite. Le rendu est exceptionnel, et le papier d'une grande qualité, pour une bande dessinée plus grande de format. On retrouve à l'intérieur un offset numéroté signé, et à la fin de l'ouvrage un long dossier d'étude sur la réalisation de Blacksad.

Chronique du 29/12/06

Holà, voilà qui confirme une tendance lancée dans le tome 2... la politique. On se retrouve ici en pleine "chasse aux sorcières". Les Etats-Unis "envahis" par les "cocos" dans les années 60, les procès expéditifs sur simple dénonciation et tout et tout, ça vous dit quelque chose ? Ben on y est.
Bref un thème tout choisi pour relancer notre John Blacksad dans une enquête glauque... et dans ses souvenirs !

Et surtout de quoi nous replonger dans les palpitantes aventures de notre matou préféré sur un tirage de tête, certes attendu, certes très cher (m'en fiche c'est Jérôme qu'a payé ^^) mais d'une qualité à couper le souffle !

Roaarrr Challenge
- Prix de la série - Angoulême 2006


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Tome 3: \\"Ame rouge\\"

Année d'édition
2006

Tome 4 : "L'Enfer, le silence"

Chronique du 11/01/11

Nouvelle Orléan, dans un night club Jazzy. Weekly et Blacksad attendent leur rendez-vous, un certain Junior Harper. Mais celui-ci est en retard.
Weekly en profite pour se rincer l'œil, il faut dire que le spectacle est tout à fait inconvenant. Mais Blacksad s'inquiète : cela fait longtemps que leur rencard, un ancien détenu, aurait dû arriver. Il décide alors de faire un saut à l'Ebony Lounge pour leur poser des questions, et envoie son compère journaliste du côté de chez Junior pour voir ce qui le retient...

Le détective privé John Blacksad reprend du service, avec son désormais inséparable Weekly (pour mon plus grand plaisir, j'adore ce personnage).
Cette fois, c'est lui qui a décroché ce boulot, mais l'affaire est loin d'être une partie de plaisir, contrairement aux apparences premières. Le patron d'une grande maison de disque, Faust Lachapelle, s'inquiète pour l'un de ses musiciens : Sebastian Fletcher. Ce dernier, accroc à la drogue, est introuvable. Et il se fait un sang d'ancre pour lui.
Évidemment, rien ne se passe comme prévu et l'histoire est plus plus complexe qu'il n'y paraît.

La drogue, la maladie, l'argent, le secret, la corruption, le meurtre... des maux qui font bien souvent le quotidien de notre détective privé. Cette fois encore il ne réchappera pas à ces vices. Et je dois bien avouer que le milieu de la Nouvelle Orléan m'a totalement séduit. J'aurais bien volontiers mis un petit album de Jazz en fond musical pour coller plus encore à l'ambiance.

Le graphisme de Juanjo Guarnido nous aide pour beaucoup à rentrer dans ce scénario quelque peu torturé de son compère Diaz Canales ou les enquêtes croisées de Weekly et de Blacksad se croisent avec des flashbacks servant à présenter les divers protagonistes.
Guarnido nous ébloui une fois de plus par la qualité de son dessin et de son travail sur les personnages, les décors riches mais aussi sur les ombres. Le rendu graphique autour du diner avec le fils Lachapelle sous un arbre et le jeu de lumière qui lui est associé est vraiment admirable.

Me concernant, je suis enchanté. Blacksad est l'une des rares bande dessinées qui me fasse aimer le polar. Et je suis heureux que l'album soit aussi réussi, après la petite déception que j'avais eu sur le tome 3.
D'ailleurs, je me rends compte en écrivant cette chronique de la pauvreté des trois précédentes... il faudra que je reprenne tout cela à l'occasion.

It's a long long lane
That has no turning
And it's a fire that always keeps
On burning...

Mister devil down below
Pitchfork in his hand
That's where you're gonna go
Do you understand ?

'Cos the devil's
Gonna get you
The devils
Gonna get you

Yeah the devil's gonna get you
Man, as sure as you's born !

Chronique du 11/01/11

Díaz Canales et Guarnido nous ont habitué à une série engagée dans les problématiques politiques et sociétales de l'Amérique des années 50. Blacksad a toujours été une BD pleine de rythme, un coup de cœur, un truc énorme. Tout ce que n'est pas ce tome 4.
En voulant jouer avec la chronologie Díaz Canales noie le lecteur. J'ai passé mon temps à me demander si on était avant ou après la scène précédente et comment on se situait par rapport à la scène d'encore avant. Bref, le récit n'apporte ni souplesse dans la lecture, ni rythme dans le déroulement.
On sent à la relecture que la mise en page a été agencée pour régler ces problèmes de temporalité, malheureusement, c'est un échec. Même en relisant, j'ai failli sortir une feuille de papier pour noter l'ordre des scènes.
Et puis quid du racisme ou de la chasse au sorcières ? Bon, ça parle de musique, de drogue, on reste dans l'univers sombre de Blacksad, mais pas d'engagement, rien. Ce détail ne m'aurait sans doute pas gênée si la BD avait tenu la route. Après tout, le tome 1 non plus n'était pas dans les phénomènes de société. Mais bon, vu qu'on se perd dans la lecture, on essaie de se raccrocher à autre chose...
Un petit plus quand même au niveau du scénario : une petite référence (ou pas ?) à la jeunesse de John Blacksad, juste de quoi interroger le lecteur.

Cela dit, l'album reste au moins une valeur sûre au niveau du dessin. Guarnido a multiplié ses traits, ce qui aurait tendance a altérer la clarté de la case, mais qui aurait aussi tendance à approfondir le côté sombre de l'ambiance. Les couleurs sont toujours très belles, avec des dégradés de nuances sur les scènes d'ambiance. Bref, là-dessus, je reste enthousiaste, malheureusement ça ne rattrape pas le défaut du scénario.

Je n'aurais jamais cru être aussi négative sur une série qui a provoqué chez moi un tel engouement, mais voilà, ma note sur cet album fait drastiquement chuter la moyenne...


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Tome 4 : \\"L\\'Enfer, le silence\\"

Année d'édition
2010

Blast Manu Larcenet (s)(d) DARGAUD

Tome 1 : "Grasse carcasse"

Chronique du 27/12/09

Polza Mancini est gros. Il pèse lourd. Pire qu'un cheval de trait. Pire qu'un char d'assaut. Et pourtant, parfois, il vole !
Celui qui s'appelle Polza, de Pomni Leninskie Zavety parce que son père était communiste, a fait beaucoup de mal à une certaine Carole Oudinot, maintenant sous coma artificiel. Il est aujourd'hui en garde à vue, et doit expliquer aux policiers les raisons de son geste. Le bonhomme ne nie rien, mais il est hors de question d'aller droit au but : la fin, ils la connaissent tous. Ils veulent les raisons, alors il racontera tout depuis le début, et à sa façon. Tout a commencé avec le Blast !

Qu'est-ce que le Blast ? C'est un choc, quelque chose qui lui est tombé dessus une fois alors qu'il était saoul, après avoir appris quelques heures plus tôt que son père allait mourir. Son esprit s'ouvrait, ses sens devenaient exacerbés, il était léger... léger malgré son poids démesuré. Il voyait l'invisible ! Et il voyait ces géants de pierre, les Moaïs de l'île de Pâques. Il savait même les façonner.
Le Blast nous amène également les seules touches de couleur dans cet album monochrome, sous des dessins enfantins. Mais est-il réel ce Blast ? Est-ce dans sa tête, un syndrome provoqué lorsqu'il est en transe ? Un alibi peut-être ? Et si ce n'était qu'un instant d'ivresse, de perte de contrôle, et que dans cet instant précis où il croit frapper la pierre pour lui donner vie, il ne faisait que la massacrer ? Et si la fameuse Carole était entre la vie et la mort aujourd'hui à cause d'un Blast ? Et si un jour on retrouvait le sympathique Bojan mort dans cette forêt ?

Manu Larcenet nous livre là un album de 200 pages qui se boit comme du petit lait. On ne sent pas sa lourdeur. Lui aussi, il vole. Et nous volons avec lui pour découvrir l'histoire de ce bonhomme à l'apparence sympathique mais qui cache certainement une cruauté indiscernable. Qu'a-t-il fait à Carole ? Qui est cette Carole ? Nous n'en saurons rien, il faudra attendre la suite. Nous suivons avec un intérêt toujours grandissant une histoire rondement menée, celle de Polza, ou du moins celle qu'il veut bien nous livrer, celle d'un homme qui quitte tout, qui abandonne sa vie d'avant, uniquement pour retrouver la sensation de cet instant "magique". On se prend d'affection, un peu. Le personnage est attachant.

Bref, Blast est pour moi une très agréable découverte, auréolée du Prix des libraires 2010. Un œuvre personnelle de Manu Larcenet et qui laisse pantois. Une lecture qui fait un peu rêver et beaucoup réfléchir.

Chronique du 24/04/10

Blast c'est plein de choses : la folie d'un homme, une dénonciation de la société, la confrontation de la folie à la rigueur administrative... Blast c'est aussi un superbe album rempli d'illus vraiment frappantes, évocatrices et remplies de sensations. Mais pour moi, Blast s'arrête là. J'ai trouvé l'album long, et si le talent de narrateur de Larcenet n'est pas à remettre en cause, je n'ai pas réussi à rentrer dedans, et ce malgré deux lectures (persuadée que j'avais fait fausse route avec ma première impression). Quelqu'un qui rentrera dedans prendra sans doute un grand « blast », mais pour moi la baffe reste strictement graphique. La relecture n'a malheureusement pas amélioré ma première impression, j'aperçois la lueur de ce qui doit être un chef d'œuvre, mais je dois me balader avec une lampe de poche pour éclairer un soleil...

Roaarrr Challenge
- Prix des libraires 2010


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Tome 1 : \\"Grasse carcasse\\"

Année d'édition
2009

Tome 2 : " L'apocalypse selon Saint Jacky "

Chronique du 01/12/12

Polza Mancini est obèse. Ça c'est pour la partie visible du bonhomme, l'apparence, ce qu'on remarque en premier, ce qui frappe d'emblée, qui écœure...
Polza Mancini a aussi fait beaucoup de mal à Carole Oudinot. C'est un fait, on le sait, la pauvre fille est dans le coma et même pire puisqu'elle vient de mourir des suites de ses blessures...
Le reste est bien difficile à déterminer. On aurait bien aimé interroger la victime mais bon... la police ne faisant pas dans les discussions nécromantiques il faudra se contenter de Polza, de son témoignage...
Les enquêteurs devront s'armer de patience et faire preuve de discernement pour faire le tri entre mensonges et vérités, pour traduire les non-dits.
Polza Mancini raconte sa version de l'histoire, ses errements. Il prend tout son temps, il s'en délecte même ! L'individu est dangereux, ça on le sait. Menteur aussi à ses heures... et terriblement marqué par un passé douloureux... Il faut dire que le personnage n'est pas gâté : renfermement, obésité, scarification, drogue, alcool, troubles psychotiques, peur de la mort mais aussi refoulement de la mort d'autrui (comme celle de son frère, qu'il a tué dans un accident de voiture), mensonges... quelle belle panoplie !

Dans ce deuxième opus, on commence à cerner un peu mieux son passé, on apprivoise son comportement. Sans le comprendre pourtant, qui pourrait comprendre ça ? Il totalise à lui seul plus de tares que plusieurs individus même pas lambdas !
On assiste ici, au travers du récit de Polza, à sa transformation ! D'homme prisonnier du carcan de son obésité, il devient petit à petit libre et autonome. Finalement, les géants de Rapa Nui et Polza Mancini sont une seule et même personne : elles sont ce qu'il voudrait être, il sait comment les façonner dans le premier opus, il a amorcé sa transformation dans le second. Il trouve dans ces statues une personnification de lui-même !

Manu Larcenet nous livre ici un second tome très alléchant. On a l'impression d'être en quelque sorte des voyeurs, on viole l'intimité du personnage de Polza, on découvre petit à petit toutes ses facettes... des plus attachantes aux plus sordides.
Si Blast possède une telle force, c'est aussi parce que cette série est une œuvre très personnelle de Manu Larcenet. Cette façon de s'échapper de Polza, de vouloir vivre la vie à fond, d'esquiver la réalité des choses, je pense que tous ces sentiments, ces petites frustrations, dominent en quelque sorte chez l'auteur. Et il en parle très librement ! Il y a d'autres bricoles qui me font penser ça : l'attachement aux livres, la bonne ambiance des concerts...
Je me souviens d'ailleurs d'une interview à ce sujet... je n'ai pas réussi à remettre la main dessus (il y parlait de drogue et de la condition de clochard, c'était très intéressant) mais j'en ai trouvée une autre qui exprime tout de même cet aspect autobiographique (sans l'être évidemment) et l'engouement qu'il parvient à nous transmettre à chaque page.

Le sujet est dur, il ne nous épargne pas.
Manu Larcenet en profite aussi pour évoquer un fait de société qu'il avait déjà en partie abordé dans Le combat ordinaire : les médicaments, l'anxiété. N'oublions pas que la France est n°1 des antidépresseurs ^^

« L'armoire à pharmacie de la première maison vide que j'ai occupée regorgeait de merveilles...
… anxiolytiques, antidépresseurs, barbituriques, hypnotiques... et bien d'autres dont j'ignorais la fonction mais qui étaient si appétissants.
Dans presque toutes les maisons que j'ai habitées sans y être invité, j'ai pu vérifier l'omniprésence de ces médicaments du mal-être...
C'est étrange qu'ils soient l'apanage des sociétés dont la priorité n'est plus la survie.
À croire que l'angoisse naît du confort.
Bref, je me suis fait ma fête ! »



Et puis Blast ne serait pas aussi puissant sans un dessin qui l'est tout autant. Graphiquement, Manu Larcenet se fait plaisir et nous fait plaisir. C'est grandiose, sûrement ce qu'il a fait de plus abouti de toute sa carrière d'artiste, avec un noir et blanc à la fois sombre et contemplatif... et quelques touches de couleur apparaissent par moments. Pas seulement les blasts non : ces dessins de ses enfants qui deviennent dans ses mains de véritables œuvres d'Art, en surépaisseur de ses traits, laissant entrevoir une petite lueur d'espoir dans un monde (celui de Polza) qui n'en a plus vraiment.
La couleur apparaît aussi ailleurs, sur ces quelques planches ressassant le passé, douloureux... un passé en couleurs alors que la vie est terne ? On utilise habituellement le procédé inverse... peut-être est-ce là nécessaire de rappeler que l'enfance de Polza avait encore un parfum d'innocence et une certaine chaleur... c'était il y a tellement longtemps !



D'autres avis : Yvan, PaKa, David Fournol, Choco, Mo', Yaneck




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Tome 2 : " L'apocalypse selon Saint Jacky "

Année d'édition
2011

Tome 3 : " La tête la première "

Chronique du 06/12/12

Après l'apocalypse, on avait bien du mal à s'imaginer ce que serait la vie de Polza Mancini. Il avait quelques options, quelque part entre assistant trafiquant et future victime d'un psychopathe. Finalement, il choisi de reprendre sa vie d'errance... comme au bon vieux temps d'avant Saint Jacky !

« Au vu de mes récentes mésaventures, je décidai de rester mobile.
Pour ce faire, j'établis une sorte de « code de sécurité »...
Ne jamais passer plus de deux nuits au même endroit.
Prendre tout ce qui peut servir immédiatement : argent, médicaments, outils, vêtements...
Ne jamais allumer la lumière ni dormi à l'étage. Ne jamais défaire son sac.
Toujours laisser une issue déverrouillée et facile d'accès, en cas de retour des occupants légitimes ou d'arrivée de la police. »


Les enquêteurs approfondissent l'enquête, soucieux de recouper toutes les informations qu'ils ont en leur possession avec l'histoire racontée par Polza. Celui-ci poursuit son récit, l'édulcorant toujours à son rythme, lent, précautionneux du moindre détail. On est promenés dans ses pérégrinations verbales, accrochés à ses dires sans savoir s'ils sont véridiques... vu le bonhomme, qui lui-même se qualifiait il y a peu de menteur, on a du mal à le croire... mais il y met tellement d'embellissement et de détails qu'on ne peut que vouloir y croire... d'autant plus que les sources des policiers corroborent son argumentation.
Il n'y a pas à dire : s'il ment, il le fait merveilleusement bien, avec une méticulosité d'une incroyable finesse !

Cette fois Polza nous raconte l'après Saint Jacky, son séjour à l'hôpital et sa rencontre avec cette mystérieuse Carole Oudinot. Ça y est, on va enfin savoir qui est cette fille dont on sait d'emblée qu'elle va mourir... mais n'allons pas trop vite, ce serait sauter bien des étapes !


Le cantonnier est mort. Il s'est pendu dans sa maison, mise sous scellé par la police le temps de l'enquête. C'est en substance ce qu'apprend Polza au détour d'une supérette de village, dans laquelle il refaisait son stock d'alcool (on se refait pas). En bon gentleman squatteur, c'était là une belle occasion de passer la nuit au chaud dans la chaumière désormais sans vie dudit cantonnier... et de découvrir une série de peintures...

« Uniquement des portraits. Des dizaines de portraits grimaçants, douloureux, magnifiques.
J'étais parmi eux comme en famille. S'il y a une universalité de la souffrance, le cantonnier qui les a peints a su la cerner puis la révéler.
Cette prouesse ne semblait malheureusement pas lui avoir apporté le repos de l'âme... »


La découverte de ces œuvres marque un tournant dans la vie de baroudeur de Polza : il va ainsi prendre conscience de son but refoulé, ou tout du moins donner une nouvelle dimension à son errance. Ce faisant, il réalise sa propre thérapie intérieure.
Il pense se rendre compte que sa fuite en avant n'a finalement comme seul but que de mourir plus vite, et ainsi mettre un terme à sa douloureuse expérience sur terre. Changement de mentalité et de conduite : il fait maintenant face à la mort, il la nargue... mais elle refuse de le cueillir... il se dit alors qu'il est peut-être en quelque sorte immortel.
La folie de l'homme marque encore un point.
On peut d'ailleurs opposer cette réflexion intérieure à son séjour en hôpital psychiatrique. Il est forcé de rester le temps de se refaire une santé (une scarification qui a mal tournée, une de plus). Refus de se livrer aux analyses médicales, déni de mal-être : il refuse l'aide des médecins (on n'est jamais mieux servi que par soi-même après tout).

L'empathie qu'on pourrait encore avoir pour le bonhomme aurait dû être largement entachée, depuis le temps. Pourtant Manu Larcenet fait souffler sur nos jugements le chaud et le froid... D'un côté il y a les preuves accablantes l'affublant de criminel, et de l'autre sa version de l'histoire dans laquelle il n'est pas forcément l'auteur des crimes qu'on lui attribue. Il y assiste à chaque fois, mais il s'en dédouane. Les explications sont tellement bien présentées qu'on a presque envie de le croire. Ne restent alors que des troubles du comportement et des délits mineurs : vol, prise de stupéfiants, squat, incendie...
Comble d'un attachement, Polza se fait salement amocher dans ce volume, victime d'un viol (oui oui, ça n'arrive pas qu'aux filles, il y a des salauds partout...) avec violence des plus horribles qui soit. Là, on le plaint carrément, on fermerait presque les yeux tellement c'est moche mais on a aussi envie de tourner les pages pour savoir la suite...
On reste donc toujours partagé entre le dégout de l'être qu'il inspire (et les faits qui l'accablent, même si c'est toujours un peu informel pour l'instant, mais je suis sûr qu'on y reviendra en détail dans le(s) prochain(s) tome(s) ; d'aucuns disent que le 4ème sera le dernier mais rien n'est moins sûr) et l'attachement au récit qu'il raconte.
Polza aurait-il pioché dans son entourage la carte du trouble dissociatif de l'identité ?

Heureusement, il y a ce tableau verdoyant dans l'œuvre du cantonnier (et en couleur s'il vous plaît)... et cette petite vie nouvelle et paisible à la campagne entre un schizophrène sympa et une pure beauté.
La vie ne vaut d'être vécue sans amou(ouh ouh ouh)r !

D'autres avis : PaKa, Yvan, David Fournol, Yaneck, Mo'




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Tome 3 : " La tête la première "

Année d'édition
2012

Bleu du ciel (Le) Kara (s)(d) SOLEIL

Tome 1: "Dame Lucifer"

Chronique du 01/09/07

Dame Lilith est une vieille vampire plutôt atypique et maladroite qui ne craint plus les rayons du soleil comme le veulent les croyances persistantes. Accompagnée de Tristan, son jeune suivant, ils partent accueillir Dame Lucifer, sainte patrone des Enfer, et sa suivante Salomé, car à l'approche de l'an 2000 doit avoir lieu le grand cataclysme plus connu sous le nom d'apocalypse.
Dame Lilith annonce alors à la démone qu'elle est arrivée trop tôt de 3 ans, à cause d'une erreur de calendrier humain, et lui propose d'attendre à ses côtés la date fatidique, tout en lui permettant de découvrir un peu plus le monde qu'elle devra anéantir.

Je connaissais déjà le travail de Kara depuis la lecture de son premier succès "Le miroir des Alices". On reconnais dès le premier coup d'oeil que "Le bleu du ciel" est l'oeuvre de la même personne.
Si le graphisme, la couleur et la mise en page ne varient pas beaucoup et traduisent le même effet (plutôt réussis par ailleurs), l'histoire, elle, gagne en compréhension. Il n'était en effet pas aisé de suivre le fil de l'histoire contée dans sa première série. Ici, même si la narration évoque une philosophie commune, les personnages ont un but simple, même s'ils cachent certainement bien des secrets. Des personnages qu'il est agréable de rencontrer et de voir évoluer au sein de cet univers, qui n'est certainement pas prêt de nous avoir livré toutes ses surprises.

Chronique du 01/09/07

On attend un peu Kara au tournant avec ce nouvel album tant il est vrai que Le miroir des Alices est déroutant.
Et Le bleu du ciel ne déçoit pas. Son graphisme époustoufflant est toujours au rendez-vous et son sénario gagne énormément en clarté. En tous cas, dans ce tome 1, il parvient à la fois à nous surprendre (comme il l'avait si bien fait dans Le miroir des Alices) et à maintenir un scénario compréhensible. J'attends la suite :)


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Tome 1: \\"Dame Lucifer\\"

Année d'édition
2007

Block 109 Vincent Brugeas (s), Ronan Toulhoat (d) AKILEOS

Chronique du 16/03/13

22 mars 1941 : Adolf Hitler est assassiné d'une balle en pleine tête. Dans les jours qui suivent, de nombreux cadres nazis sont arrêtés et pendus par la Gestapo pour haute trahison.
Avril 1941 : Himmler devient Chancelier et obtient les pleins pouvoirs. Heydrich devient Reichsfürer et dirige l'ensemble de la S.S.
Janvier 1942 : Lancement du programme nucléaire allemand.
Mars 1943 : Création du Nouvel Ordre Teutonique par Himmler pour contrer l'influence grandissante des S.S.
5 juin 1943 : Zytek, ancien officier S.S. jeune et ambitieux, mais totalement méconnu, est nommé, à la surprise générale, Grand Maître du Nouvel Ordre Teutonique (Hochmeister).
Juin 1944 : La première bombe thermonucléaire allemande est opérationnelle.
8 mai 1945 : Opération « nuit noire ». Le feu nucléaire s'abat sur les États-Unis et sur les Îles Britanniques.
Novembre 1947 : Mort accidentelle d'Himmler. Le Hochmeister Zytek est élu, quelques jours plus tard, président du Grand Conseil du IIIe Reich.
1953... la guerre entre les blocs allemands et soviétiques se poursuit sans relâche depuis 9 ans...


Cela ne vous aura pas échappé avec cette introduction (qui relate en quelques lignes le contenu partiel des premières planches de la bande dessinée) Block 109 est une uchronie.
Pour les Vincent Brugeas, Hitler a été assassiné en 1941 et la guerre ne s'est pas arrêtée en 1945... et elle a pris un tout autre visage que l'Histoire de nos manuels scolaires.
Dès les premières cases, nous sommes happés par des événements qui nous dépassent et qui attisent notre curiosité. Nous sommes au cœur de l'Histoire sans y être vraiment, nous la revisitons avec un œil neuf.

Ce qui nous frappe d'emblée, ce sont ces allusions qui sont faites à des événements ou des dates qui sont bien réels. Block 109 aurait pu se contenter de développer un récit totalement nouveau à partir d'un tournant de l'Histoire, mais il fait mieux que ça : il s'accapare de faits ultérieurs et les incorpore à la narration, lui donnant du coup un certain crédit. Un crédit qui vacille tout de même sur une question anodine mais qui me semble si importante : pourquoi diable les allemands auraient-ils réussi à lancer une bombe atomique sur les États-Unis et pas sur la Russie ?
Bien entendu, il s'agit toujours d'une fiction, à laquelle vient se greffer ce virus d'un genre nouveau qui sévit dans le métro, monde souterrain ayant accueilli l'expérience... Un mélange de genres entre le récit de guerre, froid et implacable, et l'ambiance d'un bon Resident Evil.


« Vous pensez que je vais adhérer à ces conneries !! Vous voulez détruire le monde, salopard !
_ Je ne vais pas détruire le monde, Lisa. Je vais l'achever.
»

J'ai beaucoup apprécié cette lecture au récit haletant et rondement mené, qui parvient à nous surprendre à plusieurs reprises et qui nous bouscule sans cesse.
On s'attache à ces hommes qui luttent pour sauver leur peau, qui ne sont là que pour accomplir les ordres sans discuter, du bétail... A contrario on cracherait volontiers à la gueule des crapules qui ne vivent que pour ôter la vie des autres et comploter pour servir leurs intérêts...
Pourtant, on finit par être pris à contrepied. Les personnages qu'on croyaient bons ont aussi leurs faiblesses et certains nous apparaissent vite comme antipathiques... et que dire de Zytek, qu'on taxait allègrement de salaud sanguinaire et assoiffé de pouvoir au départ, et qui devient au fil de l'histoire de plus en plus sympathique à nos yeux.
Un joli tour de force des auteurs.


Graphiquement, l'ambiance dépeinte par Ronan Toulhoat est plutôt agréable.
Le dessin, réaliste, fait certes un peu « rush » et globalement pas fini. D'ailleurs, on reprochera ce choix pour les visages qui deviennent du coup un peu flous et parfois difficile à discerner.
Les traits sont rehaussés par une colorisation sépia et mis en valeur par un découpage propre et efficace qui convient bien au rythme du récit. Le tout nous laisse une impression uniforme plutôt réussie malgré le bémol cité plus haut.


Au cœur de l'idéologie nazie, Block 109 nous invite à partager le quotidien des militaires allemands durant la guerre, il nous fait également réfléchir sur ce qu'elle aurait pu être, dans d'autres circonstances... Une réflexion qui porte également sur les hommes, sur leur capacité à construire ou à détruire, sur le symbolisme de la race aryenne...



Block 109 est un one-shot mais les auteurs ont également publiés, toujours chez Akileos, des récits satellites qui évoquent d'autres lieux pendant cette même guerre. Sans toutefois constituer une suite, ils permettent à ceux qui le souhaitent d'approfondir l'univers inventé par les auteurs :
- Étoile Rouge (2010)
- Opération Soleil de plomb (2011)
- New York 1947 (2011)
- Ritter Germania (2012)
Il est impressionnant de voir la vitesse à laquelle les auteurs développent leur univers !

Je ne sais pas si je lirai ces titres. Block 109 se suffit à lui-même et sa fin ouverte nous laisse maître de l'interprétation que nous en ferons... ce que j'apprécie grandement.


Je remercie Yaneck pour cette lecture.

Chronique du 28/08/13

Bien que l'exercice soit rapidement casse-figure (si j'ose dire), j'ai un attachement particulier pour les uchronies, parce que bien menées, elles apportent toujours de bonnes surprises. Et j'entretiens depuis quelques années une profonde répulsion (due à un raz-le-bol concernant le matraquage médiatique) pour la période concernant la Seconde Guerre Mondiale. Tout pour me faire hésiter pendant des années... Je lis ? Je lis pas ? Je lis ? Je lis pas ?

Bon ben voilà, c'est lu avec un regard assez critique au final, parce que ben l'air de rien, les auteurs ne facilitent pas la tache pour l'entrée en matière. Ou presque.

L'intro est très bien faite, résumant en quelques cases la période entre 1941 et 1953 dans ce monde où la Seconde Guerre Mondiale a oublié de se terminer, puis vient le début de l'histoire elle-même. Et là j'ai rien pipé. J'ai finalement posé le bouquin et j'ai dû survoler à nouveau ce début pour reprendre pied. Mon reproche, c'est le flou des transitions et le manque de netteté des visages qui aurait permis de mieux identifier les personnages. Ah oui puis aussi, je crois que je ne suis pas hyper fan des histoires de guerre en fait...

Pour le reste, je tire mon chapeau. J'ai passé toute ma lecture à me demander où les auteurs voulaient donc nous mener pour tomber littéralement des nues à l'arrivée. D'une façon générale, pas d'incohérence historique, ou en tous cas rien que je n'ai pu relever ; un scénario tiré par les cheveux et relativement inattendu avec des coups de [péripatéticienne] dans tous les sens ; des personnages exécrables ; un dessin rigide à l'image du Reich qu'il décrit et à la fois dynamique et plein de mouvements (oui je sais, c'est peut-être pas très très clair dit comme ça) au cœur de l'action ; des couleurs sépia qui imprègnent l'ambiance sordide ; un grand réalisme dans le trait. L'ensemble doit être, à n'en pas douter, largement influencé par la bande dessinée américaine.



D'autres avis : Mo', Nico


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Année d'édition
2010

Bookhunter Jason Shiga (s)(d) Cambourakis

Chronique du 14/04/13

Imaginez un monde, très américain, où voler un livre est un délit grave, puni par la loi. Où dans le microcosme des bibliothèques sévit une police, une sorte de force d'intervention spéciale, chargée par tous les moyens possibles de retrouver les criminels, de les prendre en chasse, de les coffrer. Une brigade de choc menée par l'agent Bay et qui compte parmi elle de nombreux spécialistes dont les métiers sont aussi complexes et obscurs que dans un remake des Experts.
Bienvenue dans Bookhunter !


« Qu'est-ce que ça dit ?
_ Du point de vue judiciaire, ce conduit est sec comme un os. Un poil, c'est tout ce que j'ai pu trouver. C'est un cil noir, provenant de la partie interne du sourcil gauche. La section ovoïde suggère un spécimen féminin. Je vais demander une analyse complète au labo pour déterminer le type racial et un régime possible.
»

Je continue mon exploration de l'univers Shiga avec ce Bookhunter, le premier livre paru en France de l'auteur.
Ce que j'adore chez lui, c'est son approche originale du médium BD. Paradoxalement, mis à part l'extraordinaire (surtout dans sa forme) Vanille ou chocolat, ses autres titres parus dans l'hexagone ne jouent pas avec l'album en tant qu'objet. Et du coup, je suis moins enjoué.

Le récit comporte pourtant sa part d'originalité. Une police des bibliothèques, franchement, c'est un concept excellent et très frais. D'autant que le livre est un véritable satire des Experts (vous savez, la série TV... capables d'après un poil de cul de retrouver le seul magasin ouvert un dimanche matin vendant la marque de PQ dont s'est servi le criminel juste avant de commettre son méfait)...
Jason Shiga use des mêmes artifices pour raconter son histoire à lui, s'appropriant un langage scientifique qui m'a quelque peu déboussolé au départ, des rebondissements rebondissants et des scènes d'action haletantes. Une enquête un peu folle et vécue à 2000 à l'heure en somme.
Ceci étant dit, j'ai été plus rapide que les enquêteurs pour en trouver l'issue. Il me manquait bien quelques clef évidemment, mais à la moitié du livre j'avais déjà de forts soupçons... qui se sont avérés justifiés.

« La femme que vous recherchez est une relieuse de type caucasien, entre 32 et 40 ans. Elle vit seule, ou peut-être avec une sœur plus jeune.
Elle est timide, intelligente et a peut-être un léger défaut d'élocution, un bégaiement.
Elle a souffert d'énurésie pendant son enfance.
»

Si je suis déçu ?
Oui, car j'en attends plus de Jason Shiga. J'aimerais que ses livres plus expérimentaux arrivent aussi en France.
Déçu aussi parce que son graphisme n'évolue pas : ses personnages ont toujours ces mêmes têtes rondes et minimalistes. Évidemment, je savais dans quoi je m'embarquait quand j'ai acheté le livre donc je n'ai pas d'excuse... mais je rêvais d'un peu plus de nouveauté.
D'ailleurs je serais assez curieux de lire un jour un album scénarisé par Jason Shiga et dessiné par un autre... Il s'agit là encore d'un doux songe car l'auteur, que nous avons entendu en conférence à Angoulême, disait qu'il était individualiste et n'envisageait pas de travailler avec quelqu'un.
Mais l'histoire, elle, m'a plutôt apporté de la satisfaction. Certes je ne l'ai pas trouvé si surprenante que ça mais j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre l'enquête aux côté de cette police dont je trouve l'existence aussi géniale qu'originale.
Du plaisir, on ressent bien aussi celui que Jason Shiga a eu en écrivant cet album. Il a en effet travaillé en tant que bibliothécaire à Oakland et maîtrise donc bien son sujet. D'ailleurs, le jargon du milieu pourra peut-être rebuter celui qui ne le fréquente pas. Personnellement je connais un peu la Dewey (ma femme est dans la partie ^^) mais c'est pas forcément le cas de tout le monde, et il y a du coup des subtilités qui pourraient lui échapper.

Une note spéciale à cette très chouette réédition de l'album, façon livre ancien, que j'ai entre les mains. Une maquette qui donne envie d'aller plus loin, bravo !



D'autres avis : k.bd, Mo', David, Yaneck




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Année d'édition
2011 (1°ed2008)

Brigada Enrique Fernández (s)(d) AME

Tome 1

Chronique du 08/12/13

Il est des fléaux bien difficiles à cerner. Le Voirandeer est de ceux-là.
Entouré d'un brouillard aussi énigmatique que malfaisant, le monstre détruit tout sur son passage, ne laissant derrière lui que du sang, des ruines et des légendes...
Combien de Daurin ont péri au combat, sonnant les cloches de son héroïque assaut contre une bête aussi terrifiante qu'invisible ?

Perpétuelle lutte s'immisçant au cœur de l'indissoluble conflit qui perdure entre les nains et les elfes noirs. Deux peuples farouchement opposés depuis toujours et qui essaient tant bien que mal de dominer les terres des hommes opprimés et désemparés.
Le dernier espoir d'un lendemain meilleur repose sur les frêles (mais machiavéliques) épaules des sœurs, des sorcières élevées au rang de divinités respectées et dictant leur grand plan du haut de leur inébranlable tour. À moins que le salut ne vienne de la Brigade de Macson, une équipée naine composée de repris de justice à qui il a été accordé une seconde chance... Menée par Irvo, Capitaine sorti de sa retraite pour faire renaître un semblant de discipline en son sein, elle brave le brouillard et ses dangers au jour le jour...


Auto-édition : une solution ?

Brigada est la nouvelle série d'Enrique Fernández, celui-là même qui nous a récemment enchanté avec ses Contes de l'ère du Cobra.
L'auteur espagnol s'est ici lancé dans un défi d'envergure puisqu'il a décidé d'auto-éditer son livre par le biais d'un financement participatif.
L'opération, débutée le 4 juillet 2012 et achevée 40 jours plus tard, a été un franc succès, recueillant 50000 € sur les 36000 € escomptés pour que naisse le projet. Une somme suffisamment conséquente pour que l'offre soit étoffée : format de la bande dessinée et du making-of plus large, 1000 impressions supplémentaires (4000 au total)... et bien entendu une bonne chose pour que le tome 2 voit le jour.

Auteur et éditeur sont deux métiers distincts. L'idée de passer outre les maillons de la chaîne du livre est tentante si l'on considère les déboires actuels du milieu, mais porter plusieurs casquettes différentes complique également la tâche.
Car un éditeur n'est pas seulement là pour porter un projet, il aide également l'auteur (du moins normalement mais c'est peut-être moins le cas aujourd'hui avec la multiplication des publications) et l'accompagne dans son travail. Brigada n'a pas eu ce suivi et de fait son scénario souffre de quelques lourdeurs. Un éditeur aurait pu recadrer les choses et aiguiller l'auteur vers une entame simplifiée. Car le début de l'histoire est très touffu, présentant un univers aussi riche que complexe et de multiples personnages. Le tout concours à une mise en place tardive de la trame générale, le temps de bien ordonner les choses.

En plus de ces fonctions à la fois créatrices et éditoriales, Enrique Fernández se charge lui-même de la diffusion et de la distribution de ses albums. Bien entendu, la campagne de financement lui a donné une bonne base de souscripteurs, mais il doit aussi faire les démarches auprès des libraires s'il souhaite écouler son stock et dégager des bénéfices... et bien sûr prendre en charge l'envoi des commandes.
Tout un programme ! Heureusement, Enrique Fernández peut jouir de sa notoriété acquise sur ses précédents livres pour s'extirper d'un projet complexe et financièrement aléatoire.


Un classique et du potentiel.

Pour qui s'embarque dans l'aventure, le nouveau conte d'Enrique Fernández s'inscrit dans la pure veine de la Fantasy. Un monde dépeignant des êtres classiques du genre (nains, elfes, sorcières) mais aussi des monstres imaginaires (Voirandeer) et bien sûr : de la magie. Les peuples légendaires possèdent surtout des dons (lire dans les veines de la terre pour les nains ; communiquer avec la nature pour les elfes... là encore c'est classique) mais c'est sans doute le brouillard qui intrigue le plus avec sa capacité à corrompre les animaux pour les transformer en bêtes féroces, à dissiper les talents inhérents aux races, à peu à peu annihiler toute cohésion et capacité de jugement d'un groupe.
Des effets qu'on pourrait rapprocher à ceux du Veill dans La Geste des chevaliers Dragons (Tome 3 : Le pays de non-vie).
Reste à voir si Brigada saura développer un souffle épique !


Apothéose graphique.

S'il est une chose constante dans le travail de l'auteur espagnol, c'est bien sa patte graphique incontestablement éblouissante. Reconnaissable entre tous, son style s'affirme d'album en album et nous enchante à chacune de ses productions.
L'univers graphique développé dans Brigada est assez proche des Contes de l'ère du Cobra, moins d'artifices mais plus lumineux, avec un traitement flouté supplémentaire donnant au brouillard un caractère vaporeux qui lui va bien.



Entretien avec Enrique Fernández.

Puisque j'ai eu la chance d'échanger quelques mots avec l'auteur et de lui poser quelques questions...

Lunch : J'ai vu que tu avais pu contacter des libraires pour qu'ils mettent en rayon ton album. Ils étaient très heureux de le mettre bien en avant à la librairie Album à Bordeaux en tout cas. Et c'est une très bonne chose pour la promotion de ton travail.

Enrique Fernández : La question des librairies est très compliquée. Il y a beaucoup de libraires qui ne veulent pas acheter d'exemplaires, car je ne travaille pas comme un distributeur qui peut reprendre les excédents. Je fais une vente complète pour les libraires, sans chance de retourner l'excédent. Et comme ça il n'y a pas beaucoup de gens qui veulent se risquer, malheureusement. Même si je fais des packs de 5 livres !

Lunch : En plus de devoir endosser plusieurs casquettes (auteur, éditeur, distributeur...), c'est compliqué de financer un tel projet.
Je me posais la question de savoir si ton retour sur investissement était bon. Tu as pu commencer à en tirer des bénéfices ? C'est en bonne voie pour le tome 2 ? Tu prévois combien de tomes d'ailleurs ?

Enrique Fernández : Je suis très heureux d'avoir fait ce projet, mais en ce moment je dois encore travailler pour améliorer toutes les erreurs. Il y en a beaucoup ! Et la campagne pour le deuxième numéro sera mieux faite.
Économiquement, oui, ça marche, mais pas pour se dédier complètement à cette affaire. Je fais d'autres travaux en parallèle.
La série comporte trois tomes pour commencer, mais on sait jamais comment ça va marcher. Ça dépend de la campagne du tome 2. On va voir...

Lunch : Trois tomes donc, c'est une belle aventure en tout cas.
Sinon, quand tu parles d'erreurs, tu fais référence à quoi en particulier ?

Enrique Fernández : Il y a eu des erreurs de choix surtout pour le mode d'envoi. J'ai choisi une compagnie de transport qui a fait ce qu'elle a voulu avec la plupart de mes envois. Et en plus, elle ne veut pas admettre qu'elle est responsable de ces erreurs. Pour la prochaine fois, je vais faire confiance à une autre compagnie qui va se porter garante du début à la fin sur ce point. Mais c'est l'une des questions les plus difficiles a traiter, car il n'y a pas de bon prix et faire un prix unique pour tous les pays est compliqué, parce qu'il faut que le client qui vient d'acheter le livre ne soit pas déçu, c'est très difficile.

Lunch : J'ai pour ma part trouvé que ce tome introductif était très complexe, imbriquant beaucoup de personnages qui ont tous un rôle à jouer. C'est pas évident de traiter autant de choses en même temps. Le second tome sera plus axé sur l'aventure j'imagine, maintenant que tout est en place ?

Enrique Fernández : Quand j'ai commencé a écrire le premier tome, il était encore plus complexe, car il était plus destructif sur la question narrative. J'ai choisi une approche plus aimable pour ne pas aller trop loin mais sans me laisser porter par une narration trop évidente. Car mon intention est de décrire un univers qui est complexe, ce qui est le cas aussi pour les protagonistes.

Lunch : C'est quelque chose que tu tenais absolument à faire, un livre seul de A à Z, sans filet et sans passer par un éditeur ?

Enrique Fernández : C'est une chose que j'étais tenté de faire depuis longtemps, pendant que je travaillais sur d'autres albums, mais le problème était de financer le tout. Avec le crowdfunding, cette question a été solutionnée.

Lunch : En parlant d'édition, AME est un acronyme ? Un choix qui a une signification particulière ?

Enrique Fernández : Ame vient d'Amelia, ma fille. Elle est née l'année durant laquelle je me suis lancé dans cette folie d'auto-édition, et sa naissance m'a donné la force pour travailler avec plus de motivation, pour faire quelque chose différent. Aussi, "AME" signifie "pluie" en japonais, et il y a aussi une relation avec ma fille et d'autres choses personnelles.

Lunch : C'est très joli AME. Pour toutes les significations que tu as énumérées et puis aussi pour ce que ce mot veut dire en français.
Autre question : David Chauvel est quelqu'un d'important pour toi. C'est lui qui t'offre la saga du Magicien d'Oz à tes débuts dans la BD et aujourd'hui, il suit toujours tes travaux de près. Il était encore là pour Brigada. Il t'as dit que tu étais fou quand tu lui a annoncé ce projet ?

Enrique Fernández : Haha ! C'est un très bon ami, et il m'a beaucoup aidé pendant toutes ces années. Même pour Brigada il m'a sauvé sur certaines questions. Il comprend (je crois) mon point de vue sur la question de l'auto-édition, et il m'a seulement demandé de lui expliquer mon expérience quand elle sera finie. Bonne affaire, non ?

Lunch : Les journées sont courtes en ce moment j'imagine, entre la promotion de Brigada #1, la préparation du tome 2 et aussi tes projets en parallèle ?

Enrique Fernández : Oui, trop courtes ! J'ai commencé d'autres travaux qui ont une échéance plus déterminante, et j'ai du laisser un peu à part la préparation du tome 2. J'espère pouvoir lancer la campagne au commencement de l'année prochaine au plus tard.

Lunch : Merci pour tes réponses Enrique et pour tout ce temps que tu m'accordes alors que tu es très occupé. Muchas gracias también por tu francés !



Un autre avis : Fab Silver

Le blog d'Enrique Fernández.




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Tome 1

Année d'édition
2013

Bulles & Nacelle Renaud Dillies (s)(d), Christophe Bouchard (c) DARGAUD

Bulles & Nacelle

Chronique du 12/12/09

Une petite souris en mal d'inspiration, le syndrome d'un écrivain face à sa page blanche, en proie à la solitude la plus profonde.

Bulles & Nacelle met en image, d'une très belle manière, ce que tout auteur appréhende le plus : l'effroyable manque d'inspiration !
Outre le dessin que je trouve vraiment magnifique, des traits simples, et ronds mais torturés, incroyablement mis en valeur par une couleur vraiment agréable, je suis un peu resté sur ma faim par ce scénario. En effet, nous parlons quand même de solitude et de manque d'inspiration, et je ne suis pas certain que ce soit un sujet exceptionnel et avec un fond assez riche pour en faire un album. Cela dit, l'auteur s'en sort bien, il invente une histoire, il met en scène des personnages au traits animaux, un carnaval, des rêveries et des oiseaux.

Pour ce qui est de la présentation, je trouve également un peu dommage ce découpage un peu trop linéaire. Six cases carrées par page, toujours, et sans variation, si ce n'est parfois une image qui prends toute la page (mais qui rentre dans les cases quand même, comme quand il y a plusieurs télévisions les unes sur les autres pour former une image plus grande).

Pour être franc, si à la première idée j'ai été attiré par ce livre par ses couleurs et son dessin, mais aussi par le débat qui a été fait sur son sujet par les chroniqueurs de Raging Bulle et qui m'a vraiment donné envie, je suis sincèrement resté sur ma faim car je m'attendais à mieux.




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Bulles & Nacelle

Année d'édition
2009

Cadavre et le sofa (Le) Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Le cadavre et le sofa

Chronique du 07/12/10

C'est les vacances. Mais depuis quelques temps, les autres enfants, d'habitude si turbulents, restent cloitrés chez eux. Peut-être la faute à ce tragique événement, depuis que Christian a disparu...
Alors Polo reste la plupart du temps dehors, à flâner... à regarder les choses incongrues comme ce robinet qui ferme mal et qui déverse ses goutes régulièrement sur le sol. C'est là qu'il fait la rencontre de Sophie...

Tony Sandoval, je l'ai découvert avec Nocturno. J'avais bien aimé le premier album. Un peu moins le second. J'ai ensuite été très déçu par Un regard par-dessus l'épaule, dont le scénario n'était heureusement pas de lui.
Son dessin est très atypique. Je dois avouer que j'ai préféré celui encore plus en rondeur du présent album, pourtant antérieur. C'est peut-être dû au récit, un poil plus tendre que Nocturno ?

Car Le cadavre est le sofa est une histoire d'amour. En fait, c'est un peu plus que ça, c'est une amourette d'été, passagère, furtive et forte. C'est la saveur de la découverte, c'est aussi le frisson de la première fois et l'insouciance de l'adolescence.
Les personnages sont tantôt troublants ou attachants. On se prends d'affection pour eux.

Mais ce n'est pas que ça... oh non, ce serait bien trop simple ! Il y a bien ce sofa, mais il y a aussi ce cadavre ! Un cadre certes un peu glauque pour une amourette. Il y a quelque chose d'étrange, d'ambigu, qui plane autour de chaque scène.

Bien sûr, on trouve des explications à la fin. C'est le dénouement. On fait le parallèle entre les angoisses du garçon et ses cauchemars. Les peurs d'un gamin qui se cherche encore. Cette sortie de l'enfance vers l'âge adulte imagée...
Mais il reste encore un petit quelque chose de fantastique qu'on ne saurait expliqué... et si la frontière entre le rêve et la réalité était plus étroite qu'il n'y paraît ?

En bref, j'ai été charmé par le dessin de l'auteur, qui m'a (re)conquis, plein de tendresse et de poésie. Et j'ai également été surpris par la teneur du scénario, mêlant les genres, osant les choses.
À ne pas mettre dans les mains des plus jeunes, mais... à découvrir :)




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Le cadavre et le sofa

Année d'édition
2007

Cadavre exquis Pénélope Bagieu (s)(d) GALLIMARD

Cadavre exquis

Chronique du 04/01/11

Zoé, hôtesse d'accueil sur le salon de l'auto, fait ce boulot à plein temps alors que ses collègues font des études et ambitionnent une autre vie. Sa vie à elle, justement, ne va pas très fort. Son copain la considère presque comme un objet, et son boulot, elle le déteste. Être payée pour présenter des voitures ou des marques de fromages et se faire prendre en photo par des pervers a ce petit côté abject qui a tendance à la faire craquer.
Heureusement, elle fait la rencontre de Thomas !

Je l'avoue, après avoir lu Joséphine du même auteur, je me suis dit "plus jamais" ! Mais seulement voilà, Angélique a eu le nouvel album de Pénélope Bagieu à Noël et vu qu'il est nominé dans la sélection officielle d'Angoulême 2011, j'ai voulu comprendre pourquoi.
Vous auriez dû me voir en ouvrant la BD, avec cet air presque dédaigneux. Moi qui me disais au fil des premières pages "Bah oui, la fille est mal dans sa peau, évidemment que tu lis un Bagieu, tu t'attendais à quoi ?". Et pourtant, de page en page et de péripétie en péripétie, j'ai finalement apprécié la lecture.

Vous l'aurez compris, Cadavre exquis, ça commence un peu comme Joséphine, mais ça marche nettement mieux !
Tout d'abord, le récit fonctionne. Il est cohérent et il est pleins de surprises. Il y a quelques rebondissements qui laissent pantois, pas question de laisser le lecteur s'endormir (même moi, un mec... incroyable ^^).
On est un peu touché par cette amourette qui commence, et puis il y a cette routine qui s'installe, et puis ce besoin d'espace de notre héroïne. La page 81 vient alors comme une bouffée d'oxygène. Pleine page sur le monde extérieur après deux mois d'enfermement.
Et puis la vie suit son cours, de découverte en chamboulement, jusqu'à cette dernière page qui nous surprend encore.
Le titre de Cadavre exquis n'est pas usurpé, mais ne comptez pas sur moi pour tout vous révéler.

Comme quoi, parfois, les lectures peuvent réserver bien des surprises.
C'est pas la BD de l'année, mais j'ai passé un bon moment malgré tout, et contre toute attente ^^




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Cadavre exquis

Année d'édition
2010

Cerebus Dave Sim (s)(d) Vertige Graphic

Tome 2 : "High Society"

Chronique du 04/12/10

Après avoir quitté Palnu où il avait gagné la confiance de Lord Julius et pas mal d'argent, Cerebus arrive à Iest, la plus importante cité d'Estarcion. Là, il décide de mettre pour quelques temps de côté sa vie barbare et s'installe à l'Hôtel Régence dans la ville haute. Il est loin de se douter à ce moment là des péripéties qui l'attendent et qui le mêleront aux hautes fonctions politiques et aux arcanes du pouvoir.

J'ai découvert cet album lors d'un Raging Bulles, et j'ai tout de suite été saisi par la qualité du graphisme et par les multiples libertés de mise en page de l'auteur. Les critiques des chroniqueurs n'ont fait que conforter ma première impression : j'ai acheté l'album, je l'ai lu, et je suis maintenant à même de faire ma présentation à mon tour.

Tout d'abord, il faut savoir que le personnage de Cerebus est né de l'autre côté de l'atlantique 1977. Créée par le Canadien Dave Sim, la série s'est terminée en 2004 et comporte près de 16 volumes, dont le premier fait environ 500 pages. Je vous laisse faire le calcul, c'est énorme... et c'est d'autant plus impressionnant quand on sait que l'auteur a dû l'éditer lui-même. On parle de plus de 6000 pages, mais n'ayant que le tome 2 dans les mains, je n'ai pas pu les compter toutes.

Le tome 2 me direz-vous ? En effet, High Society n'est pas le premier tome. Vous vous demandez sûrement pourquoi Vertige Graphic a commencé sur le second opus, qui recueille les épisodes 26 à 50, et non sur le premier. Tout simplement parce qu'auparavant, Dave Sim se cherche, tout autant graphiquement que narrativement. Il essaie des choses, il tente plusieurs pistes. L'arrive à l'Hôtel Régence est la clef de cette série : Dave Sim a trouvé quelque chose à raconter et il va s'y coller tout du long.
Ne vous en faites pas, quelques pages en début d'album sont là pour expliquer rapidement ce qu'on a manqué. Et l'ensemble se lit très bien sans pour autant avoir lu les épisodes dans la version US.

Mais alors, on parle de politique tout le long ?
Oui, c'est un peu l'idée. Cet oryctérope (un cochon de terre Africain) abandonne son style très Conan le Barbare pour se frotter au gratin des politiciens. Mais rassurez-vous, il a un caractère bien trempé le porc terreux ! Pas de le temps de s'ennuyer... et puis si, il y a quand même un peu de baston ! Un elfe aussi, et puis un Cafard de lune, Elrod, des magouilles, de la corruption, des manipulations, des guerres, des élections, une chèvre...
De l'humour ? Oui et non, c'est spécial, mais il y en a. Par exemple, j'adore le personnage de Lord Julius, probablement l'un de mes préférés. Il est sensé être le personne le plus influent d'Estarcion, mais il se comporte souvent en véritable guignol, et ses tirades n'ont parfois ni queue ni tête. Mais on a toujours cette impression du personnage rusé qui arrive toujours à ses fins et qui est omniprésent.
Il y a aussi Cafard de Lune, le petit joujou d'Astoria. Ce type est une parodie du super héros, doté d'une personnalité multiple, qui se la raconte à chacune de ses sorties. C'est à mourir de rire.

Côté découpage, puisque Dave Sim n'a pas la contrainte d'un éditeur, il se tente à des choses vraiment surprenantes. Les cases ne sont jamais dans un format classique, elles servent le récit et jouent avec lui. Même l'orientation des pages peut changer, d'ailleurs les derniers chapitres se lisent sur le côté. Mais Dave Sim fait plus fort encore, puisque dans les ultimes pages, alors que Cerebus a un peu trop bu, il nous donne le tournis en nous faisant manipuler l'album dans tous les sens pour suivre le fil du scénario. J'adore ! On a vraiment cette impression que le monde ne tourne pas très droit du coup :)
Le lettrage est lui aussi très soigné, surtout dans les titres et onomatopées.

Parfois aussi, cette ligne éditoriale manquante fait commettre à l'auteur quelques erreurs. Des choses illisibles comme le règlement de ce jeu de carte page 45. Mais rien de bien grave en somme... et puis le texte, comment dire... c'est qu'il y a a lire !
Comme le disait Guillaume Trouillard lors du Raging Bulles : " C'est le meilleur ratio prix / temps de lecture de toute la bande dessinée. " Je ne peux que lui donner raison : vous en aurez pour votre argent !

Bref, j'étais emballé, j'ai pas été déçu, j'ai vraiment adoré.
Que dire de plus si ce n'est qu'il est dans la sélection patrimoine du festival d'Angoulême 2011 ? Alors, vous lisez quoi dans les prochains jours vous ?



Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur album (matériel réédition) 1994


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Tome 2 : \\"High Society\\"

Année d'édition
2010

Chaabi Richard Marazano (s), Xavier Delaporte (d), Isabelle Cochet (c) FUTUROPOLIS

Tome 1: "La révolte"

Chronique du 18/05/08

Inde, de nos jours : Les Pindharis viennent de subir un revers dans le nord. Ce groupe de révolutionnaires armés venait de perdre son meneur, Chaabi. Lui qui représentait à lui seul le symbole de la révolte, lui qui était le porteur de tous les espoirs, était aujourd'hui mort. Mayome est là pour narrer son histoire, l'histoire d'un héros pour tout un peuple.

Chaabi n'est pas le genre d'histoire dont je raffole généralement. Il s'agit là de raconter l'histoire des hommes qui vont composer les rangs des Pindharis, et de comprendre pourquoi ils ont rejoint Chaabi dans sa lutte.
Le premier tome nous dépeint les plus fidèles, et commence le récit du meneur. Alors qu'il était tout jeune, ses parents, en manque d'argent, l'ont vendu à une mine, loin de se douter de ce qu'il arriverait à leur fils (ils pensaient qu'il étudierait et qu'il ne suivrait pas le même chemin qu'eux initialement).

Le travail de bagne commençait, sous une chaleur de plomb. Certains enfants mouraient sous la difficulté du travail qu'ils devaient fournir sans relâche, c'était ni plus ni moins que de l'esclavage. Puis ils parvinrent à s'enfuir, le début de la révolte.

J'ai trouvé la narration longue, j'ai mis du temps à rentrer dedans (forcément, quand on accroche pas, c'est plus difficile).
Le dessin ne me plaît pas particulièrement non plus, mais il a l'avantage de s'adapter à la rudesse du récit.
Je n'ai pas vraiment aimé, mais chacun ses goûts, heureusement :)

Chronique du 18/05/08

Cette BD est difficile à aborder et difficile à appréhender. Tout le long, on parle d'un type sans en parler. Il semble avoir quelque chose de divin et d'insaisissable, ce qui rend la BD elle-même insaisissable. Un regret, car elle a sans doute beaucoup à nous apprendre.


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Tome 1: \\"La révolte\\"

Année d'édition
2007

Championzé Aurélien Ducoudray (s), Eddy Vaccaro (d) FUTUROPOLIS

Championzé

Chronique du 29/03/10

M'Barick Amadou Fall, dit Siki « le rusé » est un jeune garçon originaire de Saint-Louis du Sénagal. Lorsque Elaine et Freda, deux hollandaises, découvrent le petit Siki lors d'un voyage, elles sont amusées par son habileté et par son franc parler, et trouvent que son apparition serait du plus bel effet dans leur troupe de théâtre. Elles le ramènent donc en France, où il découvre la boxe...

Battling Siki, aujourd'hui, tout le monde à oublié son nom. Et pourtant, ce boxeur fut champion du monde Français en 1922, juste après le grand et célèbre Georges Carpentier, qu'il a battu pour le titre. Mais ses titres lui ont été retirés... par racisme ?

Il ne reste dans l'histoire pas grand chose de la vie de ce boxeur, et pourtant, les auteurs de Championzé se sont lancés dans ce défi de conter son histoire. Une BD qui aurait pu être plombée par la dureté du racisme qui, à l'époque, était monnaie courante. Mais non, ils évitent l'écueil de belle manière et nous offrent une lecture agréable avec une thématique délicate décriée avec légèreté.

Le dessin d'Aurélien Ducoudray est lui aussi très léger, tout en crayonné. Personnellement, c'est une technique que j'apprécie beaucoup.

Je ne suis pas très versé dans les récits historiques, pas plus que dans la boxe, et pourtant, à la fin de ma lecture, j'ai refermé le livre plutôt satisfait. Ce n'est pas la BD de l'année, mais c'est agréable et enrichissant, alors pourquoi s'en priver ?




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Championzé

Année d'édition
2010

Chaque Chose Julien Neel (s)(d) GALLIMARD

Chaque Chose

Chronique du 16/12/08

C’est l’histoire de Julien Neel et de son père.
Aujourd’hui Julien s’en va rendre visite à son père souffrant. Un voyage vers l’hôpital dans lequel il rencontrera sa belle-mère et se confrontera à son passé.
C’est souvent lorsqu’on traverse des moments difficiles qu’on s’accroche le plus au passé. La narration nous transporte aux côtés de l’auteur dans un chassé-croisé entre ses visites auprès de son père au quotidien et des vacances avec lui lorsqu’il était enfant. Le récit nous plonge dans son enfance au cours d’une véritable introspection, un partage avec les lecteurs, une histoire intimiste où passé et présent s’entremêlent. On passe d’une page à l’autre de la réalité aux souvenirs, sans aucune brutalité, le plus naturellement du monde, tout comme il l’avait fait avec Lou ! Les transitions sont douces et la lecture agréable, tantôt triste ou tournée à la dérision, elle parvient à nous faire sourire malgré le contexte délicat.

Le dessin du « père de Lou ! » est très différent de celui qu’on lui connaît. On voit que Julien Neel a voulu s’éloigner un peu des sentiers habituels pour ce livre, qui ne s’adresse pas au même public, un trait plus fouillé qui exprime mieux les sentiments qui ont dû le traverser durant sa conception.

A découvrir absolument !

Chronique du 29/10/11

Chaque chose porte bien son titre. Il relate de ces petits riens qui ont toute leur importance et qui vous forgent pour la vie. Dans ce livre, Julien Neel se livre avec pudeur alors que, devenu père, il redevient un fils. Il aborde ses souvenirs d'enfance et les liens qu'il a tissé avec son propre père, lui rendant ainsi hommage.

L'histoire est simple, intime et émouvante, relatant de faits graves, mais le ton reste narquois, l'humour subtil et doux. Une petite mise en abyme avec l'élaboration de l'album que l'on tient dans les mains est un clin d'œil amusant qui replace l'histoire dans la réalité. La construction du récit en particulier (une fusion des séquences enfance/âge adulte) est séduisante et permet d'alterner le passé et le présent avec originalité, tout en montrant à quel point l'expérience actuelle replonge l'auteur/narrateur dans ses souvenirs. Neel a d'ailleurs réutilisé cette technique dans le tome 4 de Lou!.

Le trait de l'auteur garde un côté naïf, innocent et attractif mais la multiplication des traits d'ombres ajoute une certaine gravité à l'ensemble, en particulier sur les scènes contemporaines, rappelant ainsi que Chaque chose est destiné à un public adulte.


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Chaque Chose

Année d'édition
2006

Chasse au trésor (La) Michel Plessix (s), Loïc Jouannigot (d) DARGAUD

Une aventure de la famille Passiflore

Chronique du 30/11/14

Chaque soir ou presque, juste avant de monter se coucher, la pièce commune des Passiflore se transforme en salon de lecture pour les enfants. L'histoire du jour fait voyager les lapinots par delà les mers aux côtés du Capitaine Maldemer à bord de la Bernique hurlante !

« Vous savez, les enfants, que nous avons eu un ancêtre pirate ? », glisse innocemment Onésime, leur père, à la fin du livre. La légende de Patèle Passiflore était née.

Le lendemain, Onésime propose justement une balade dans l'anse de Miséricorde, le lieu-même de la retraite de celui qui se faisait appeler l'impitoyable cycliste des 7 mers...


Quand la fiction déborde dans la réalité.

J'aime ces récits qui, par un peu de magie et un brin de malice, mélangent subtilement la réalité et la fiction. Le père, farceur dans l'âme, a souhaité faire vivre une belle aventure à ses enfants, les invitant sans les prévenir à suivre un amusant jeu de piste. Une histoire lue la veille et quelques similitudes plus tard, le message trouvé dans une bouteille éveille la curiosité des marmots !
Au même moment malheureusement, Tante Zinia crie au vol, obligeant Onésime à laisser les enfants seuls quelques instants. C'est alors qu'ils prennent les devants, n'écoutant que leur soif d'aventure... les voilà partis en quête du trésor de Patèle Passiflore !

« Pour qui l'trésor ?.
C'est pour les Passiflore !
Et pourquoi donc, alors ?
Pas'qu'y sont les plus forts !
Pas'qu'y sont les plus forts !
 »

Le père n'a rien laissé au hasard et a bien pensé tout le trajet. C'est donc une balade agréable que nous faisons aux côtés des enfants lapins tout au long de ces 38 planches.


Gare au putois !

L'histoire nous invite dans un conte pour enfants aux codes bien respectés : le quotidien est chamboulé par l'élément déclencheur « père taquin » qui entraîne une balade, elle-même mise en abyme par l'élément déclencheur « tante éplorée » qui laisse les enfants seuls face à de nombreuses péripéties... et face au danger !

Cette menace, extrinsèque aux facéties du père, prend la forme d'un putois qui flaire en ces lapins en quête de trésor la bonne combine pour gagner de l'argent facile... et se rassasier.
Évidemment, c'est le moyen idéal de placer une morale dans le récit : il ne faut pas se fier aux inconnus (quand bien même ils paraissent gentils... et surtout s'ils paraissent gentils) !

C'est bien connu, les putois sont odorants et mangent des lapins.
Chez nous cette Chasse au trésor était notre lecture du soir. À trois ans, la puce est déjà habituée aux bandes dessinées et connaît très bien L'ours Barnabé, qu'elle nous réclame assidûment.
Elle a eu très peur du putois dès sa première apparition, quand bien même il n'avait pas encore sorti les crocs (comme quoi, elle, on lui fait pas, elle sait déjà qu'il faut pas faire confiance). Alors quand il devient vraiment méchant c'est un peu délicat. Heureusement (bim bam boum) tout rentre dans l'ordre : l'histoire lui a plu et nous aussi !


Une histoire au long cours...

La famille Passiflore est au départ une série de livres pour enfants née en 1987 et qui a su traverser les âges. Pas seulement sur support papier d'ailleurs mais aussi à la télévision, s'exportant même jusqu'aux États-Unis sous le nom de Beechwood Bunny Tales.
Son auteure, Geneviève Huriet, s'est entourée de Loïc Jouannigot pour les illustrations de ses livres. C'est ainsi que ce dernier a également adapté en 2012 et 2013 les premières aventures de ces lapinots en bande dessinée.
Contrairement aux précédents opus, La chasse au trésor n'est pas une adaptation mais un récit inédit imaginé par l'auteur du Vent dans les sables : Michel Plessix. Loïc Jouannigot peut ainsi poursuivre son travail d'illustrations, tout en douces aquarelles (et dont le rendu est très proche du travail de Plessix), sous la plume d'un nouveau conteur d'histoires (Geneviève Huriet, née en 1927, n'est plus toute jeune). La famille Passiflore a encore de beaux jours devant elle !

Que ceux qui n'ont jamais rien lu de la saga se rassurent, La chasse au trésor est parfaitement compréhensible et auto-conclusive.


D'autres avis : Fab Silver, Jérôme

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Une aventure de la famille Passiflore

Année d'édition
2014

Chasseur d'éclairs (Le) Kenny Ruiz (s)(d) PAQUET

Tome 1: "Espérance"

Chronique du 03/02/07

Dans un monde post-apocalyptique dans lequel la pluie ne cesse de tomber, les hommes se prêtent à rêver. Le rêve d'un monde meilleur porté par celui que la prophétie nomme "le chasseur d'éclair" et incarné par Kain. Il porte en lui l'espoir de tout un peuple, on dit qu'il ne craint pas la foudre, et doit affronter l'orage au sommet d'une tour dans une lointaine cité, elle serait une machine électrique construite par les anciens qui rendrait la lumière sur la terre. Mais certaines personnes ne souhaitent pas que s'accomplisse la légende....

Cette bande dessinée, bien que ce ne soit pas le genre que je préfère, a un scénario très bien ficelé et qui préserve encore toutes ses intrigues. On ne peut que compatire avec ce peuple vivant quotidiennement les afres des intempéries, et la tristesse qu'elles apportent.
Un dessin qui colle bien avec le thème de cette série très grise. Et des personnages plus ou moins attachants ou détestables selon. Pluhie, la fille de Kain, aveugle de naissance et Otto, photographe noir de peau faisant preuve d'un enthousiasme débordant, prouvent par leur tempérament qu'il ne faut pas se laisser abattre dans ce monde si rude.
L'espoir est-il réel ou tristement illusoire ? On attend la suite de cette histoire qui promet pas mal de bonnes choses.

Chronique du 03/02/07

BD découverte à un stand Paquet de qualité lors de Quai des Bulles (Saint Malo) 2005.
Dessin sympa, intrigue... qui intrigue, un contexte peu habituel, des personnages attachants... J'ai résolu de passer à la suite
Je ne regrette pas du tout la découverte de cette bande dessinée. Le plus étrange, c'est que je l'avais achetée pour l'anniversaire de mon père au départ, et je m'étais pris Pendragon. Là-dessus, je découvre qu'en fait, Jérôme avait déjà acheté et fait dédicacé Pendragon alors j'ai inversé.
Tant mieux ! Je préfère largement le Chasseur d'Eclairs au final !


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Tome 1: \\"Espérance\\"

Année d'édition
2003

Tome 2: "Responsabilité"

Chronique du 03/02/07

Kain et son groupe poursuivent leur chemin vers la machine sacrée et s'apprêtent à traverser les tunnels pour se rendre dans la ville. Mais que cache l'obscurité de ce dédale ? Et quel est le but du mystérieux Gabriel qui veut contrer son avancée ?

Un second tome dans la continuité du premier. On sens le mythe fragile, le héros ne sachant parfois plus trop où il en est. Mais les événements le poussent à avancer. Dieu réel ou simples coïncidences, les propos de ceux qui croient en lui et de ceux qui tentent de le déstabiliser s'opposent. On a hâte de savoir qui aura le mot de la fin ... et quel mot ?

Chronique du 03/02/07

Dans ce tome-ci, on s'empêtre dans des situations plus ou moins incontrôlées par les héros. Kain découvre la vanité des espoirs etc. etc.
Malgré tout ça, j'ai le sentiment que ce tome-ci ne vaut pas le précédent.


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Tome 2: \\"Responsabilité\\"

Année d'édition
2005

Tome 3: "Vérité"

Chronique du 04/02/07

Kain est prisonnier de Gabriel, et ce dernier lui fait part de l'histoire telle qu'il l'a vécue. Pendant ce temps, en ville, la rébellion menée par Guenièvre, Otto et Attila se prépare. Plus loin encore, le maître qui lit dans les étoiles est sur le point d'annoncer une nouvelle prophétie....

L'épilogue de cette série nous livre ici ses derniers secrets, le tout dans une superbe mise en scène. On sent la tension monter au fil de la lecture en même temps que la fièvre nous gagne.
Même si on pressent comment cela va se terminer, on ne peut remettre en cause le talent avec lequel l'histoire est apportée.
"Cruel est le monde quand il est privé de lumière."

Chronique du 04/02/07

Aaah, le dénouement ! Plus d'un an que je l'attendais et je ne suis pas déçue. Après avoir perdu l'espoir, Kain fait en sorte que les autres le retrouvent, sans pour autant donner l'impression d'un final à la Walt Disney.
Cette bande dessinée aura distillé tout le long une certaine philosophie sur les superstitions et l'espoir.


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Tome 3: \\"Vérité\\"

Année d'édition
2007

Château de sable Pierre Oscar Lévy (s), Frederik Peeters (d) ATRABILE

Château de sable

Chronique du 23/01/11

Sur une plage déserte, un homme se réveille. Alors qu'il range ses affaires, une jeune fille arrive sur les lieux, se dévêt et se jette à l'eau. Pourtant charmé par cette vision matinale, l'homme décide de reprendre le sentier qui mène hors de la crique.
Quelques temps plus tard, alors qu'il est à peine 8h, une famille arrive à son tour et découvre ce pauvre Kabyle allongé à même le sol...

J'éprouve les plus grandes difficultés à aborder cet album sans en dévoiler le contenu. Je ne voudrais absolument pas gâcher tout plaisir de lecture à ceux qui liraient cette chronique avant d'avoir lu la bande dessinée. Et il n'est vraiment pas évident de parler du scénario sans spoiler.
Mon a priori sur le dessin "ligne claire" de Frederik Peeters a très vite été balayé par la géniale ambiance qui règne dans ce livre. Une atmosphère oppressante et étouffante qu'on devine dès le début et qui nous prends à la gorge jusqu'à la fin. On est dans un huis-clos impressionnant et contre lequel on ne peut rien. On est dans le paranormal, plongés dans la 4ème dimension.

Les théories les plus folles s'échafaudent tout au long de l'histoire. L'écrivain de science-fiction bloqué sur la plage nous aide à remettre de l'ordre dans nos cerveaux. A-t-il trouvé dans l'une de ces abracadabrantes idées celle qui est à l'origine de tous leurs maux ?
Les personnages sont confrontés à une vitesse incroyable à des événements qu'ils n'ont pas le temps d'appréhender. Le surnaturel l'emporte rapidement sur la raison. Les traits se déforment, mieux encore, ils se métamorphosent ! Les mentalités évoluent, les sentiments aussi : assurance, crainte, peur, renoncement...

J'aime les fins ouvertes, j'aime lorsqu'une histoire ne se termine pas à la dernière page. J'ai aimé Château de sable et toutes les questions qu'il apporte sans jamais donner de réponse. Certes, certains événements nous orientent un peu dans une direction plutôt que dans une autre, comme ces coups de feux tirés d'on ne sais où et qui laissent présager d'une expérience. Mais nous n'en saurons pas plus.
J'ai hâte de pouvoir en discuter avec tous ceux qui auront lu cet album et qui se posent, comme moi, tout un tas de questions.

On comprend en tout cas pourquoi cet album fait parti de la sélection officielle du festival d'Angoulême 2011. Sa place n'y est absolument pas usurpée.
Merci aux auteurs pour ce savoureux moment !




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Château de sable

Année d'édition
2010

Château des étoiles (Le) Alex Alice (s)(d) Rue de Sèvres

Tome 1 : " 1869 : La conquête de l'espace "

Chronique du 20/09/14

Je me souviens encore de cette grande affiche sur le stand des éditions Rue de Sèvres, c'était lors du festival d'Angoulême 2014...
La couverture, déjà bien alléchante à l'époque, attirait le regard de milliers de visiteurs... moi compris.
La petite maison d'édition rattachée à L'école des loisirs a de l'ambition (en atteste son positionnement dans « la grande bulle éditeurs » du festival) : qualité plutôt que quantité ! Elle s'attache néanmoins à grandir vite et bien. Zep avait inscrit avec Une histoire d'hommes la première ligne d'un catalogue qui ne cesse de croître depuis 2013.
C'est aujourd'hui au tour d'Alex Alice de conquérir l'espace et d'envoyer notre esprit vagabonder dans les étoiles...


Mise en orbite programmée

Rue de Sèvres a bien fait les choses et on se rend compte avec Le château des étoiles que l'éditeur a mis le paquet question communication.
Alors que l'album cartonné doit paraître dans les prochains jours – précisément le 24 septembre – le titre a fait parler de lui tout au long de sa conception et la parution par épisodes sous la forme de gazettes n'y est pas étrangère.
Ces journaux, relatant l'histoire par tranches d'une vingtaine de pages, permettait aux amateurs (de bande dessinée ?) de découvrir une aventure sous une forme plus insolite, d'appréhender non seulement un récit sous un œil différent mais aussi d'apprécier une narration qui se doit d'être percutante.
Une contrainte de fabrication donc mais qui place l'intrigue sous un rythme soutenu car il est impératif dans ce cas de tenir le lecteur en éveil et de lui donner l'envie de poursuivre. C'est une véritable force qui se retrouve dans l'album « intégral » puisqu'il n'y a pas de temps mort.

Si je devais regretter un défaut dans ce rouage communicatif, c'est que les libraires spécialisés BD n'aient pas été destinataires des gazettes. L'école des loisirs et son étiquette « pour enfants » a vraisemblablement orienté les achalandages vers des libraires jeunesse, habitués à leur réseau de diffusion.

L'album relié ne devrait toutefois pas souffrir du même mal et je peux vous dire, pour l'avoir tenu en main, que la maquette fait plaisir à voir.
Les amateurs de beau livre ne seront pas déçus avec sa couverture toilée et ses incrustations de vernis sélectif. L'objet fait envie et on sait combien l'accroche est importante sur les étals des libraires surchargés de titres.

Pour les inconditionnels d'Alex Alice, une édition grand format et avec des pages additionnelles de bonus paraîtra le même jour en tirage unique.


Sur la route de l'Ether

« Ça fait plus de deux mille ans qu'on a eu l'idée de l'éther, et depuis Socrate personne ne l'a jamais trouvé !
_ Socrate n'est jamais monté jusqu'à 11000 mètres !
 »

Le jeune Séraphin vit avec son père Archibald, éminent ingénieur, dans l'une des villes minières les plus importantes de France (Courrières). Nous sommes en 1869, à l'aube de la guerre franco-prussienne...
Un an tout juste après la disparition de Claire, la mère de Séraphin, dans un vol expérimental en ballon, ils reçoivent une lettre d'un mystérieux expéditeur, lequel offre un emploi à Archibald tout en prétendant avoir récupéré le carnet de bord de sa femme.
L'aventure les mènera en Bavière, sur les traces de l'Éther... une escapade dangereuse, ponctuée d'escarmouches et d'espionnage.

« Peu importe ce que je crois. C'est possible, et la politique... est l'art des possibles ! »

En ancrant son récit dans la grande Histoire, Alex Alice donne de la crédibilité à sa fiction. La Prusse de Bismarck lui apporte tout ce dont il pouvait désirer avec un contexte politique fort et tendu, mais aussi par la promiscuité technologique du moment, chère à Jules Verne et Gustave Eiffel. Le métal et la vapeur, deux atouts majeurs d'un style steampunk qui séduit encore de nos jours.
Le point de bascule fictionnel, l'Éther, devient alors tangible. À l'époque, l'espace était inconnu et la révolution industrielle ouvrait la science des possibles. Le rêve d'une énergie infinie qui pourrait remplacer les exploitations de charbon est bien prégnant. Jumelé à l'avant-gardisme de Jules Verne (le voyage en ballon, la conquête spatiale), Le château des étoiles s'imprègne d'autant plus de l'esprit des Voyages extraordinaires.

« Voyez-vous, la vérité que nous enseignent les mythes n'est pas que les dragons existent... mais qu'ils peuvent être vaincus. »


Alex Alice

L'auteur du Troisième testament (avec Xavier Dorison) et de Siegfried (en solo) avait l'envie d'une bande dessinée tout public. C'est en 2008 que le projet du Château des étoiles a commencé à germer dans sa tête mais il avait des travaux à terminer avant de pouvoir se mettre à l'œuvre. Cela ne l'empêche pas de se documenter et de réaliser quelques dessins préparatoires en prévision de cette nouvelle série.
La rencontre avec Rue de Sèvres a été déterminante dans son avènement car leurs souhaits trouvaient de nombreux points d'entente, notamment dans la parution des gazettes.

Pour ce projet, l'auteur s'est échiné en détails à l'aquarelle. Les dessins sont impeccables et soignés, nous n'en attendions pas moins de lui. Je suis néanmoins plus réservé quand à la pâleur des couleurs qui auraient gagné à être un peu plus vives. Le rendu reste plaisant mais c'est un bémol dommageable au regard de la qualité de l'album dans son ensemble.

Qu'à cela ne tienne, Le château des étoiles mérite tout de même l'intérêt que la large campagne de communication lui porte. Le récit, typé jeunesse, possède suffisamment d'intrigues et de matière pour capter l'attention des adultes. Alex Alice souhaitait une série tout public : il y est parvenu !
Rendez-vous en 2015 pour un second tome conclusif !



D'autres avis : Mo', Yaneck (gazette #1)

Le site consacré au Château des étoiles.
Le blog d'Alex Alice.




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Tome 1 : " 1869 : La conquête de l'espace "

Année d'édition
2014

Château l'Attente Linda Medley (s)(d) Cà et là

Tome 1

Chronique du 09/12/07

Il était une fois un merveilleux château, le château l'Attente. Tout commença lorsque le Roi décida de partir à la rencontre de sorcières afin de leur demander de réaliser un miracle : donner à sa Reine un bébé, elle pour qui enfanter était impossible. Puis vint la malédiction, Rackham Ciconius, Dame Jaine Solander, Sire Chess... le début d'une longue histoire !

Les événements se succèdent sous la forme d'un conte, bercé par toutes les histoires que nous connaissons et qui sont ici mélangées. Ce livre est un grand 'melting pot'. Vous pourrez y croiser l'histoire de la Belle au bois dormant, rencontrer les trois petits cochons, et encore tout un tas de références que nul ne peut ignorer.
Ici l'auteur prend le temps de décrire les protagonistes, de les mettre en scène et d'expliquer le passé de chacun, qu'il soit un personnage principal ou secondaire.

Je trouve le concept très interessant, à défaut d'être innovant, et la narration très bien faite. J'ai eu longtemps l'impression de jouer à "Il était une fois", un petit jeu de société dans lequel chaque joueur doit raconter une histoire avec les cartes clefs qu'il a en main, pour parvenir à SA fin... bien entendu, tout le monde pars dans sa direction, ce qui rend l'histoire un peu folle, tout en restant cohérente.

Je suis tout de même un peu déçu au final, car je trouve que le 'roman' s'essouffle au fur et à mesure, avec l'histoire du couvent des Sollicitines de sœur Paix, qui est bien trop longue à mon goût.

Note toute particulière au format de l'ouvrage, que je trouve absolument génial, ainsi que la pagination et les chapitres ouvragés, qui ne sont pas sans rappeler le "roman" dans toute sa splendeur.

Linda Medley est passé par le Comics avant de se lancer dans cette histoire un peu folle, et prévisionne même de sortir un second tome pour l'année 2009.
Il existe un site pour cet album, que vous pourrez visiter à cette adresse : http://www.chateaulattente.com/
Notez qu'il est cité dans la sélection officielle d'Angoulême 2008, aux côtés du manga "Death Note" ou du génialissime "Trois Ombres" de Cyril Pedrosa, et que l'album a d'ors et déjà été auréolé de l'Eisner Award de la meilleure nouvelle série en 1998.

Chronique du 09/12/07

Le coup de foudre dans la librairie. Jérôme l'a eu aussi (le coup de foudre).
Alors forcément... On l'a acheté ! ^^

Le support à lui tout seul est surprenant : un livre de contes. Et puis on commence à rentrer dedans : un conte, la belle au bois dormant. Et puis tout part en vrille et ça devient délirant tout en restant poétique comme un conte. Mais jamais tout à fait sérieux. Seul regret, l'histoire de Sœur Paix traine un peu en longueur avec des niveaux métadiégétiques (héhé, j'ai rentré mon mot qui pète tout... j'ai passé une demi heure à le chercher ! Merci Marion, merci Yacine) un peu lourds. Juste pour me la péter un peu plus, un niveau métadiégétique, c'est l'intégration d'un récit dans un récit (beaucoup de bruit pour pas grand chose). Mais bon, un couvent de bonnes sœurs barbues, c'est pas courant ! :)

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure nouvelle série 1998


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Tome 1

Année d'édition
2007

Château l'Attente Linda Medley (s)(d) DELCOURT

Tome 2



Chronique du 19/10/2014

Un format livre de conte identique avec un dos toilé : on aurait pu croire que le rachat des droits de Château l'Attente par Delcourt aurait finalement des répercussions moins importantes qu'on ne l'aurait cru... Ou pas.

Dans une bibliothèque, déjà, ça fait tache. L'édition de Çà et Là avait un dos en simili cuir et un beau travail de lettrage sur la couverture, sans parler des couleurs bien plus vives que celles toutes fades de la version Delcourt. De la même manière, les pages de chapitres sont d'un ennui mortel. Finalement, on va pas les féliciter chez Delcourt. Mais bon, on le sait : chez Çà et Là, l'objet « livre » reste au cœur des préoccupations, et s'il faut y mettre les moyens pour lui donner toute sa dimension, on fonce. C'est une grande force chez cet éditeur, et nous ne serons pas surpris de constater que Delcourt ne tient pas la comparaison. Notons toutefois que ces défauts s'estompent sur l'addendum. Car en fait, tout ça ce n'est pas le pire.

Le pire, c'est que pour parfaire le coup médiatique du rachat des droits de Château l'Attente, ils se sont empressés de publier le tome 2... inachevé. Comme ça, double rentrée d'argent : on fait un tome 2 bis. Autant la présentation peut à peu près s'envisager, autant cette coupure est particulièrement malvenue et désagréable et ce d'autant plus si on prend en compte les considérations financières : 20€ le tome 2.1 de 380 pages c'est très raisonnable, mais ça l'est beaucoup moins quand on y ajoute les 11,50€ nécessaires à la fin de l'histoire (pour seulement 87 pages cette fois). Au final, dans cette histoire, c'est tout bénef' pour Guy Delcourt, ça l'est beaucoup moins pour le lecteur !

Qu'en est-il du contenu ? Hé bien lui par contre est toujours aussi bon. Peut-être même meilleur que le premier puisqu'on ne se perd plus dans les textes imbriqués (les niveaux métadiégétiques donc) mais qu'on se concentre bel et bien sur le moment présent. Finalement le défaut du premier volume tenait sans doute à la présentation des personnages, mais rien sur l'ouvrage n'indiquait alors qu'il ne s'agissait que d'un premier opus. En revanche, on reste dans ce même esprit de conte décalé. Lynda Medley prend toujours les situations à contre-pied avec toujours autant de talent et de douceur, et ne trahit en rien ses promesses. Le dessin aussi s'améliore. Plus fin, il donne aux personnages des traits plus définis.


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Tome 2

Année d'édition
2011

Chevaliers d'Émeraude (Les) Anne Robillard (s), Tiburce Oger (d) Casterman & Michel Lafon

Tome 1 : " Les enfants magiques "

Chronique du 28/09/11

Alors que le sorcier Asbeth livre sa prophétie au sombre seigneur d'Irianeth, le mage Élund livre au Roi d'Émeraude que l'ennemi va à nouveau tenter d'envahir le royaume.
Dans le passé, le magicien de cristal était venu en aide du Roi Jabe, mais cette fois les circonstances sont différentes : il faudra rechercher les jeunes enfants aux pouvoirs magiques de par le continent pour qu'ils deviennent les chevaliers qui sauveront le monde de demain.

Peut-être connaissez-vous déjà le cycle des Chevaliers d'Émeraude, un roman fantasy fleuve d'Anne Robillard.
Anne Robillard, c'est encore elle qui est à l'origine de cette bande dessinée. Mais il ne s'agit pas d'une adaptation de l'un de ses romans, c'est au contraire une histoire originale qui se passerait avant le récit des romans, une genèse en quelque sorte, qui aborderait la recherche et l'éducation de ces chevaliers aux pouvoirs d'exception.
Pour ce faire, Robert Lafon s'est associée aux éditions Casterman, plus habitués à l'univers de la BD. L'auteure a choisi de composer avec Tiburce Oger pour mettre en image son univers, peut-être inspirée par son travail déjà fantastique sur La forêt.

Côté récit, je n'ai pas trouvé que le genre ait été renouvelé. J'oserai même ajouter : malheureusement. L'intrigue du méchant envahisseur qui va tenter (et probablement rater) d'anéantir le gentil royaume voisin n'est pas révolutionnaire. Ça viendra peut-être dans le tome suivant... Après tout, si le roman a du succès, il doit bien y avoir une raison !
Je ne sais pas si Anne Robillard s'est faite aider pour le storyboard, en tout cas je le trouve haché. Il y a cette impression qui me prend à la lecture que tout va trop vite dans le récit. On aurait cru une adaptation, comme si l'album d'un classique 46 pages devait intégrer le volume tout entier d'un tome de roman. Pourtant, ce n'est pas le cas. Je trouve dommage que l'auteure n'ai pas souhaiter prendre le temps de présenter l'intrigue et les personnage plus en profondeur. Car tout ça manque cruellement de relief et de consistance, c'est regrettable.

A contrario, le dessin de Tiburce Oger est enchanteur, fourmille de détails et sent bon la fantasy. Sa couleur donne de la magie au récit et en met plein les mirettes. C'est une réelle satisfaction pour moi, mais je n'en doutais pas une seule seconde après ce qu'il avait fait sur La forêt.

L'avenir nous dira si la série mérite qu'on la suive. En attendant, je reste tout de même un peu déçu et m'en vais glorifier de ce pas cette bonne vieille Quête de l'Oiseau du Temps !




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Tome 1 : \\" Les enfants magiques \\"

Année d'édition
2011

Tome 2 : " L'épreuve du Magicien "

Chronique du 12/09/12

Les enfants prodiges ont bien grandi et sont capables de véritables prouesses. Leurs dons magiques se sont considérablement accrus et leurs aptitudes physiques également. Mais il y a encore une chose qui leur fait défaut pour être à la hauteur de la prophétie qui les attend, et le vieux magicien Élund le sait bien : il n'ont encore jamais fait face au danger en situation. Avec l'aide de son ami Mori, Mage du Béryl, ils vont mettre les Chevaliers à l'épreuve en libérant une créature entièrement magique : un élémental de glace !

Je n'avais été que moyennement enjoué à la lecture du tome 1 des Chevaliers d'Émeraude, mais je suis quelqu'un de courageux : après un premier opus clairement introductif, le scénario allait sûrement se lancer par la suite.
Que nenni ! Peste soit mon optimisme, je suis une nouvelle fois déçu. Mais ici point d'excuse : l'histoire AURAIT DÛ se mettre en bonne marche !

Anne Robillard sait sûrement écrire des romans. Sa bibliographie parle d'elle-même : la série des Chevaliers d'Émeraude connaît un fort succès et se vend comme des petits pains. Mais la bande dessinée ce n'est pas du roman !
Je fais les mêmes reproches à ces réalisateurs qui pensent qu'on peut facilement adapter un roman en film. J'ai été critique sur les adaptations du Seigneur des anneaux par Peter Jackson (sur un autre média, mais dans le même sens) bien que je reconnaisse qu'il s'en soit bien tiré, mais que dire par exemple des Harry Potter ? Prenons Goblet of Fire : dans le roman, on ressent bien l'influence des saisons qui passent sans que l'énigme de l'œuf ne trouve de solution. Mais dans un film, d'une durée finalement très courte, cette attente quasi-angoissante est tout simplement inexistante !
Réduire l'intérêt d'un roman à un 46 pages de bande dessinée est une ineptie. Le découpage est haché, le contenu est bâclé. Tout va trop vite, la lecture en est saccadée.
Même s'il s'agit d'une genèse des romans, d'une quête initiatique et originale, la bande dessinée n'obéit pas aux mêmes codes narratifs que Diable !

D'accord, le découpage est - selon moi - mauvais. Mais une bande dessinée ne se résume pas qu'à ça. Malheureusement, le scénario est lui aussi toujours aussi plat. Peut-être que je ne maîtrise pas suffisamment l'univers du roman pour bien apprécier le contenu je le reconnais. Avec des références sur le devenir de ces héros, l'histoire en est peut-être plus palpitante. Mais pour quelqu'un qui comme moi ne connaît pas la série... ce n'est pas le cas. Sauf que ce préquelle en bande dessinée se veut tout de même tout public.
Cet album-là manque pour moi cruellement de relief et de surprise. Tout va toujours trop vite et il n'y a que trop peu de place pour le discernement. Le manque flagrant d'intrigue plus aboutie que la simple péripétie rend le tout bien triste.

Pour couronner le tout, j'ai également été très embêté par le graphisme tout au long de la lecture, et ce dès le début...
J'avais pourtant apprécié le travail de Tiburce Oger dans le tome 1. En comparant les deux albums, ils restent dans la même veine et je retrouve aujourd'hui dans le premier opus ce même malaise latent, sans que je parvienne vraiment à trouver mes mots pour l'identifier clairement.
C'est très difficile pour moi de dire si ce sont les traits qui sont flous, mal esquissés, ou si c'est la couleur qui les rend si complexes à interpréter.
Les contours des visages me paraissent flous et changeants, les gestes mal assurés...
Pourtant, certaines planches pleine page sont réellement fantastiques !
Je me dit que c'est peut-être du fait des couleurs, avec ces ombres très tranchées, ces contrastes forts entre les éclats lumineux mis juste à côté de tons très sombres et soutenus. Une alternance peut-être trop généreusement dosée et qui a nui à ma lecture.

Pour tempérer mes propos, j'ai rouvert le livre le lendemain pour approfondir mon analyse. Je reconnais que l'apport d'une clarté naturelle est indéniable et que la lumière artificielle de ma lecture de la veille avait assombri mes dires. Je maintiens tout de même mon avis sur le fait que je trouve les contrastes trop forts et le dessin plus brouillon que dans le tome 1, notamment au niveau des visages moins affinés.

Je me faisais une joie de découvrir le talent de Tiburce Oger en tant que dessinateur mais je suis très déçu d'avoir tenté sa découverte sur Les Chevaliers d'émeraude... sic !
Inutile de vous dire qu'une suite est d'ors et déjà en préparation... Je ne suis pas certain d'avoir envie de la découvrir, et ce même si je n'ai pas pour habitude de laisser mes séries en suspens.




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Tome 2 : " L'épreuve du Magicien "

Année d'édition
2012

Chimichanga Eric Powell (s)(d), Dave Stewart (c) DELCOURT

Chronique du 15/09/13

Fort de son succès sur The Goon, Eric Powell reçut un jour un coup de téléphone d'une chaîne de télévision pour enfants, lui demandant s'il avait des idées pour un dessin animé.
Ni une ni deux, l'auteur américain propose un premier projet, refusé, puis un second (Chimichanga, l'appellation d'un burrito sud-américain)... refusé lui aussi. Visiblement les idées du bonhomme ne plaisaient pas, trop "barrées" selon eux.
Mais Eric Powell a aussi des enfants, et ceux-ci témoignaient bien plus d'intérêt pour Chimichanga que pour ses dessins pour The Goon. Il a donc décidé de travailler son histoire pour la bande dessinée.

Chimichanga est donc un récit pour enfants un peu barré, avec un monstre gentil (et pas très fin), des "artistes" jaloux, de vrais méchants capitalistes et une bonne dose d'humour "pipi-caca".
Atypique en tous points.


« Ceci est l'incroyable chèvre borgne à deux yeux ! Elle sait dire la bonne aventure !
_ À d'autres ! Les chèvres savent dire que "BÈÈH" !
_ Et un borgne à deux mirettes, c'est aussi bidon qu'une mèche sur l’œil ! Allez, on met les bouts.
»

L'histoire prend place au sein d'un cirque décadent, au bord de la faillite. Il faut dire que ses phénomènes de foire ne sont pas des plus attractifs, de la chèvre divinatrice à « Randy ! L'homme de 70 kg qui a la force d'un homme de 75 kg ! ». Alors quand la petite Lula ramène un vrai monstre au sein de la communauté, c'est peut-être le coup de pouce du destin tant espéré qui leur permettrait d'échapper à leur triste sort : la fabrique de bouillabaisse en boîte.

Pour parler franc, je m'attendais à une lecture un peu plus... enthousiasmante. J'ai été déçu, entre autres, par ces freaks qui n'ont rien d'exceptionnel. Par l'héroïne de cette histoire surtout, Lula, une petite fille un peu ronde avec une belle barbe et une moustache en guidon (le concept de la femme à barbe miniaturisé). Un visage qui nous évoque dans sa forme celui de William Rockwood (pourtant bien plus charismatique) et qui, hormis quelques attitudes exagérées, porte le masque de l'inexpressivité... sic !

Je retiendrai plutôt le côté décalé de l'album, très critique par exemple sur l'industrie pharmaceutique.

« C'est pourtant vrai ! Cette potion guérit les pires accès de flatulence ! J'en souffre depuis mon plus jeune âge, et une simple gorgée m'en a guérie !
_ Admettons que ce soit vrai. En quoi cela pourrait-il nous intéresser ?
_ P-parce que vous fabriquez des médicaments, pardi ! Guérir les maladies, c'est votre bizness.
_ Les soigner, madame, pas les guérir. Nous avons des stocks à écouler, et vous nous proposez un produit qui éradiquerait une de leurs raisons d'être ! Prenons par exemple la gamme Champistop. 137 produits qui soulagent provisoirement les malheureux en proie aux mycoses. Et se vendent comme des petits pains. Imaginons que nous mettions sur le marché une pilule-miracle qui immunise le public payant contre les mycoses. Que ferions-nous de nos 137 dérivés de Champistop si plus personne n'en avait besoin ?
»

Humour, dérision, irrationnel. Le scénario d'Eric Powell est réellement barré. Peut-être trop...
Et même la colorisation de Dave Stewart, moins douce que sur Daytripper, m'a paru un ton en dessous de sa précédente prestation.



D'autres avis (plus enjoués) : Choco, David F., Mo', Zaelle


La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Année d'édition
2013

Chronique des Immortels (La) Benjamin Von Eckartsberg (s), Thomas Von Kummant (d) PAQUET

Tome 1: "Au bord du gouffre"

Chronique du 05/02/07

Andrej Delany est de retour dans son village, mais ce qu'il découvre est loin de ce à quoi il s'attendait. Plus âme qui vive, un village désert... ses pas le dirigent vers la demeure où git son fils Marius, enchaîné et à l'agonie. Il ne lui reste qu'à achever ses souffrances, ce que n'avait pas réussi à faire Frédéric, le seul survivant de ce carnage mené par l'inquisition.
Ils cherchaient un hérétique, quelqu'un qui avait pactisé avec Satan. Et pour cela ils ont tué la moitié des villageois, et fait prisonnier l'autre partie.
C'est pour ces rescapés qu'Andrej décide, avec Frédéric, de suivre le chemin des hommes en armure dorée.

Ce scénario n'a rien d'extraordinaire si l'on s'en réfère au fait que c'est une adaptation du célèbre roman fantastique allemand de Wolfgang Hohlbein. Mais pour tous ceux qui ne l'ont pas lu (comme moi), l'histoire est excellente et prenante.
Il y a aussi cette malédiction... mais je n'en dis pas plus :)
Sur le verso on retrouve une phrase qui en dit long et que je trouve très belle:
"Certaines blessures guérissent, d'autres saignent à jamais..."

Quant-au dessin, c'est tout simplement sublime. On a parfois l'impression de regarder un film d'animation. Et tout est fait dans la colorisation pour renforcer l'ambiance glauque de cette bande dessinée.
Chaque case prend vie et on les dévore, vivement la suite !
Pour moi, c'est une révélation.

Chronique du 05/02/07

Une fois franchie la barrière de la couverture (j'ai mis un an à le faire), on découvre encore une fois l'une des dernières perles de Paquet. Si la couverture de cette BD annonce quelque chose de noir, c'est bien qu'elle l'est à l'intérieur, mais il faut bien avouer que le graphisme particulier annoncé passe beaucoup plus facilement une fois qu'on s'est décidé à ouvrir le bouquin.

Concernant le scénario, j'ai le sentiment étrange de tomber à la fois dans un univers connu et quelque chose de totalement nouveau. J'aurais du mal à l'exprimer, je ne puis donc que vous dire une chose : lisez-le !


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Tome 1: \\"Au bord du gouffre\\"

Année d'édition
2005

Tome 2 : " Au bord du gouffre "

Chronique du 14/01/12

Andrej Delany porte en lui une terrible malédiction : La mort lui est refusée, ce qui lui vaut d'être pris en chasse par l'Inquisition. Dans le village de Borsa, dans lequel il est revenu après de longues années d'exil, il ne trouve que des ruines fumantes et des cadavres. Il retrouve aussi son fils à l'agonie duquel il met fin en lui perçant le cœur de son épée. Il fait également la connaissance de Frédéric, qui lui conte les événements et qui semble porter cette même malédiction en lui... ensemble, ils partent sur les traces de l'Inquisition pour tenter de sauver les prisonniers.

L'arrivée de Frédéric dans la vie d'Andrej donne comme un nouveau souffle à son existence après la perte de son fils. Pourtant, il apprend bien vite que le jeune garçon porte aussi en lui cette incroyable capacité de régénération. Don divin ou pacte avec les démons ? Toujours est-il qu'Andrej se pose des questions... s'il considère Frédéric un peu comme le fils qu'il n'a plus, son fils aurait-il survécu s'il lui avait ôté le pieu qui le crucifiait plutôt que de l'achever ? Aurait-il pu lui aussi se régénérer de ses blessures ?
Des questionnements qui le taraudent mais sur lesquels il n'a pas le temps de s'attarder... l'Inquisition n'est jamais très loin...

Le second volet de cette saga nous emmène dans la cité de Constanta. Une ville portuaire fortifiée et bien gardée, qui retient prisonniers les survivants de Borsa, dont la mère de Frédéric. La totalité de l'album s'y déroule, une ville qui est en quelque sorte l'antre de l'Inquisition. Un cadre idéal pour développer le côté épique du récit, pour accentuer le caractère oppressif de la traque, du jeu du chat et de la souris.
Nous sommes par ailleurs nous aussi pris entre deux feux. L'action d'un côté, haletante, captivante. Et les interrogations de l'autre : quel est le secret de cette régénération des Delany ? Qui est ce Malthus qui semble lui aussi immortel (ou chanceux) ? Que cache l'Inquisition derrière le masque de la sorcellerie ?

Si le récit est bien mené, je suis tout de même déçu de sa très faible longueur : 33 planches seulement, la fin de l'album ne contenant qu'une série d'illustrations (très jolies hein, là n'est pas le propos, mais j'y reviendrais). La chronique des immortels étant à la base un best-seller de Wolfgang Hohlbein *, on s'attend tout de même à ce que le scénario soit un minimum étoffé. Or, les auteurs ne sortent que des micro-bd, ce qui est d'autant plus rageant étant donné le délai entre les parutions (le tome 1 était sorti en 2005).
Personnellement, ce tome 2 m'aura en tout cas donné l'eau à la bouche, et je me dit que le roman doit vraiment valoir le coup (pour peu que je me décide à lire un roman, ce qui est rarement le cas).

Heureusement, on pourra se consoler sur l'immense qualité artistique de ce génie de l'illustration qu'est Thomas Von Kummant, qui maîtrise l'outil informatique à merveille.
On regrettera peut-être de voir que le traitement graphique est différent entre les deux volumes : les traits sont moins marqués et s'effacent au profit de couleurs plus vives. Mais il est tout pardonné tant le rendu est remarquable et, à mon avis, encore plus somptueux.

Les bonus de l'album (les pages non remplies par le récit donc...) nous permettent de prolonger notre voyage graphique au cœur d'une galerie d'illustrations réalisées par d'autres auteurs, venus porter leur regard sur La chronique des immortels. Toutes sont vraiment magnifiques. On peut par ailleurs en admirer une de Tony Sandoval, et même une autre de Benjamin Von Eckartsberg, le scénariste (comme quoi il n'est pas en reste au niveau du dessin lui non plus).
Vient ensuite un portfolio d'illustrations réalisées par Thomas Von Kummant pour la sortie du tome 11 du roman de La chronique des immortels, série qui fêtait également ses 10 ans. Inutile de vous dire que ça vaut le coup d'œil !

Oui mais voilà, on aimerait bien un peu plus d'histoire, quitte à voir des images...


* Le roman " Au bord du gouffre " n'est que le premier tome de La chronique des immortels. Ce premier roman est ici découpé en plusieurs parties dans l'adaptation en bande dessinée.




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Tome 2 : \\" Au bord du gouffre \\"

Année d'édition
2010

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle (s)(d)(c), Lucie Firoud (c) DELCOURT

Chronique du 17/02/13

Jérusalem. Cité antique et sacrée.
Berceau de multiples religions, la ville s'est construite autour de l'esplanade des mosquées, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Chaque année des milliers de touristes viennent y contempler les vestiges de civilisations croisées au fil des siècles : Temple de Salomon, détruit puis reconstruit, agrandi sous Hérode, de nouveau détruit, remplacé par le dôme du rocher, musulman, puis chrétien, puis de nouveau musulman...
Jérusalem a toujours été un point central aux trois grandes religions, qui ont toutes une histoire commune faite de guerres et de prières. Aujourd'hui encore elle est un haut lieu de pèlerinage et de convoitises... chaque religion s'accordant à dire que c'est également ici que débutera le Jugement Dernier.

Une ville que l'histoire n'a pas épargnée et qui aujourd'hui encore fait couler beaucoup d'encre.
Capitale des Palestiniens pour la communauté internationale, capitale des Israéliens pour le peuple juif... une occupation dénoncée mais finalement tolérée...


« Et vous faites quoi dans cette partie de la ville ?
_ Oh, moi, pour le moment je m'occupe des enfants. Ma compagne, elle, travaille pour Médecins Sans Frontières.
_ Il y a toujours des frontières !
»

La situation en Israël/Palestine est très difficile à appréhender. Nous avions abordé un début de réflexion dans notre avis de Faire le mur. Cette fois nous nous embarquons avec Guy Delisle qui, après Shenzhen en 2001, Pyongyang en 2003 et ses Chroniques birmanes en 2007, témoigne ici de son séjour dans la ville sainte entre 2008 et 2009. Il y accompagne une nouvelle fois sa femme lors d'un voyage humanitaire pour Médecins Sans Frontières.


« Quel drôle d'endroit, me suis-je dit, où la vue d'un homme armé en pleine rue ne provoque aucun mouvement de panique. »

Guy Delisle nous offre une vision qui s'inscrit complètement dans la découverte. Au jour le jour il partage avec nous ses errances du quotidien, qui l'amènent à côtoyer des gens de divers horizons, à visiter des merveilles architecturales et à voir tant d'incongruités ! Il est effarant de constater le nombre de personnes qui se baladent armés, des fusils exhibés de manière ostentatoire à tous les coins de rues. Une sensation étrange d'insécurité permanente. Et pourtant les gens vivent ici comme si de rien était...

« J'te jure, quand on voit le spectacle qu'offre la religion dans le coin, ça donne pas trop envie d'être croyant.
Ah, merci mon Dieu de m'avoir fait athée.
»

Juifs, Chrétiens, Musulmans, Arméniens, Orthodoxes, (bons) Samaritains (aux oreilles pointues), Juifs messianiques (ils sont rigolos ceux-là aussi)... Jérusalem est une terre ultra religieuse où chaque croyance à une place mais où personne n'a réellement sa place. À chacun son quartier. Chacun chez soi. Tout n'est finalement que reproches et déni de l'autre alors qu'une telle pluralité pourrait être d'une force incroyable.
Jérusalem est très atypique, à la fois ville mêlant des cultures très différentes et ville frontière. Plus on s'éloigne dans Israël, à Tel-Aviv par exemple, et plus les gens vivent différemment, loin des obsessions religieuses. On respirerait presque, sur la plage à contempler le ciel, ses oiseaux... et ses avions de chasse...


« Tout ça parce qu'ils ont voté pour les mauvais gars !
Avant 2007, on entrait et on sortait facilement. Écœurés de voir le Fatah au point mort avec les accords de paix pendant que les colonies poussent comme des champignons, les gazaouis ont voté pour le Hamas.
Pas de chance pour eux, c'est un parti considéré comme terroriste par les USA et Israël. Du coup, on les a enfermés. Ils ont le droit de voter démocratiquement, mais ils doivent voter démocratiquement pour le parti qu'Israël a choisi. En gros, ils sont passés de l'occupation israélienne au blocus international.
»

En décembre 2009 éclatait l'opération plomb durci, plus communément appelée Guerre de Gaza par les médias même s'il s'agissait plutôt d'un assaut unilatéral... Un bombardement massif suivi d'une charge terrestre dans l'optique de détruire les infrastructures du Hamas et les galeries souterraines qu'ils auraient construites pour sortir de leur enfermement.
Un raid qui dura plusieurs jours, d'une virulence incroyable et évidemment condamnée par la communauté internationale. Des dommages collatéraux obligatoires et des milliers de victimes... pourtant le blocus était strict : aucun journaliste et aucune ONG n'avaient le droit de rentrer dans Gaza...

Une guerre toute proche pour Guy Delisle, resté à Jérusalem, mais en même temps un conflit tellement lointain... un étrange ressenti : être dans un pays en guerre sans pour autant avoir la sensation qu'elle se passe à une centaine de kilomètres seulement.


En décrivant ce qu'il voit au jour le jour, l'auteur dénonce, même si c'est passivement, les exactions commises par les israéliens sur le peuple palestinien. On lit très clairement les difficultés du quotidien de ces victimes de la colonisation (construction de colonies, expropriations, enfermement). Tout est fait pour restreindre le périmètre de leur liberté : au début ça commence par des blocs de béton posés à même les routes pour empêcher les véhicules de passer, puis ça finit fatalement par l'extension du mur et la mise en place de points de contrôle. L'utilisation du mot « camp » me fait toujours autant penser à une autre guerre et je ne pourrais jamais comprendre les agissements des israéliens.


« Ils ont juste dit : " Ah non, pas celui qui fait des bandes dessinées ! "
_ Ils seraient pas en train de me confondre avec Joe Sacco ?
»

Guy Delisle fait des voyages-reportages comme il sait les faire, avec une bonne dose d'humour et de légèreté pour un thème qui ne l'est pas du tout (ni drôle ni léger). Il décrit superbement Jérusalem dans un dessin suffisamment explicite pour être beau, suffisamment cartoonesque (surtout dans le traitement des visages) pour tempérer le propos. C'est ce savant mélange si précieux qui nous permet aussi d'ingérer ces quelques mois de vécu en « Palestine occupée » et de souffler par intermittence devant son sens de la répartie salvateur.

Encore une fois un album sur le sujet qui, s'il part sans a priori de départ dans une ville dont il ne connaît rien, revient avec un avis plutôt pro-Palestinien.
Un très bon album qui selon moi ne méritait cependant pas un Fauve d'Or (les critiques encensaient plutôt Habibi et Portugal, et je les rejoins).
Selon une communication récente de Delcourt, les ventes des Chroniques de Jérusalem auraient tout de même triplées (160000 ex) en 2012 suite à cette consécration. Un prix qui a au moins le mérite d'alerter (et de sensibiliser ?) le lecteur sur un conflit important et complexe. C'est tout le mal qu'on lui souhaite !


Chroniques de Jérusalem nous servira de portail sur k.bd pour tenter de comprendre un peu mieux ce conflit. Un mois de mars très axé proche-orient en perspective !

Chronique du 17/02/13

Que sait le commun des mortels du conflit israélo-palestinien ? Quasiment rien. Les infos tournent à la télé, on nous assomme de nouvelles dont on ne comprend rien et qui ne sont jamais expliquée.

Quand un Occidental aussi mal informé se rend sur place pour un an, qu'est-ce que ça donne ? Ça donne Chroniques de Jérusalem. Ça donne la découverte d'un univers tellement burlesque qu'on ne peut croire qu'un tel endroit puisse exister. Ça donne la découverte de situations tellement révoltantes qu'on ne peut comprendre que la communauté internationale laisse faire. Et comme c'est écrit par Guy Delisle, ça donne en même temps un bouquin hilarant.

Si Guy Delisle ne révolutionne pas son propre style avec Chroniques de Jérusalem, il met cette fois le doigt sur un conflit qui nous concerne d'autant plus qu'il est aux portes de l'Europe et qu'il dure depuis plus de 60 ans. Venu dans le cadre du travail de sa compagne qui bosse chez Médecins Sans Frontières, il montre une Ville Sainte aux mille religions où se côtoient juifs laïques, juifs ultra-orthodoxes, musulmans, chrétiens catholiques, chrétiens orthodoxes...
Il montre aussi le quotidien des Arabes qui habitent Jérusalem et les conditions de vie de ceux qui habitent en Cisjordanie. A travers le regard du gars qui n'y connait rien et son cynisme habituel, il décrit une géopolitique du minuscule qui offre les premières clefs de compréhension sur ce qui se passe dans le pays.

Mais si Chroniques de Jérusalem est une très bonne BD, il n'en reste pas moins que le Fauve d'Or lui a été attribué un peu trop légèrement à mon goût (Habibi aurait dû l'avoir de toutes façons :P ), mais c'est une très bonne BD quand même.


D'autres avis : Mo', OliV', Yvan, David Fournol, Yaneck

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Prix du meilleur album - Angoulême 2012


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Année d'édition
2011

CIA - Le cycle de la peur Jean-Luc Sala (s), Phil Castaza (d), Pascal Nino (c) SOLEIL

Tome 1 : "Le jour des fantômes"

Chronique du 04/10/10

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les états-unis essaient tous les stratagèmes pour se prémunir de nouvelles catastrophes. Ainsi, la CIA emploie des scénaristes Hollywoodiens afin d'écrire les pires scenarii, remis au goût du jour chaque année pour leurs procédures d'urgence.
Seulement voilà, un jour, Phil Edwards se rend compte que le scénario catastrophe qu'il a écrit pour la CIA est en train de se produire...

L'idée a germé dans la tête de Jean-Luc Sala depuis ce tristement célèbre 11 septembre, simplement en lisant une coupure de presse dans son atelier : et si les scénarios des films d'Hollywood influençaient les terroristes pour leurs actions ? C'est le constat de départ de cet album, et l'auteur a mis plusieurs années avant de la ressortir des cartons pour se lancer dans l'aventure avec Phil Castaza.

Pour avoir rencontré les deux compères lors d'une séance de dédicace, ils s'entendent plutôt bien :
« J'ai toujours envie de dessiner les albums dont j'écris le scénario, mais... pas pour celui-là. » Il est vrai que Jean-Luc Sala n'hésite pas à se lâcher, laissant à ce pauvre Phil Castaza la difficile tâche d'illustrer les tanks blindés, les hélicoptères, les avions, drones et autres joyeusetés.
« Des fois il me dit : là ce serait bien d'avoir deux hélicoptères sur cette case... pourquoi deux je lui réponds. On négocie et on arrive quand même à s'entendre. ».

CIA est donc une série catastrophe ! Il y a de l'action, des explosions et des morts. C'est n'est pas non plus un remake de Cross Fire, c'est plus sérieux et surtout politisé.
En revanche, puisque c'est un album estampillé Sala, nous avons quand même le droit à ce satané Cliffhanger. Et on est dans l'obligation d'attendre le prochain tome pour connaître l'issue de la scène finale.

Et une chose que j'ai remarquée : il n'y a pas de temporalité précise... alors, est-ce le scénario de demain que les auteurs nous ont réalisé ? L'avenir nous le dira... mais franchement, j'espère pas !




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Tome 1 : \\"Le jour des fantômes\\"

Année d'édition
2010

Tome 2 : " L'heure des loups "

Chronique du 30/09/11

Alors que le président agonise et vit ses dernières heures suite à la forte radiation qu'il a subie, la C.I.A. s'évertue à sauver l'un des auteurs hollywoodiens de ce fameux scénario catastrophe. Ce dernier, justement poursuivi par des hommes armés, a du mal à comprendre ce qu'il lui arrive. La clef de l'histoire réside peut-être dans son témoignage, car le scénario qu'il avait co-écrit pour le N.I.C. est bel et bien en train de se produire...

Le récit reprend là où il s'était arrêté - en pleine course poursuite - et défile à une allure folle. Les catastrophes s'enchaînent, et le pire dans tout ça, c'est que ce fichu scénario écrit il y a deux ans est totalement introuvable : les fichiers ont été effacés, y compris ceux de sécurité 4, pourtant consultables par une poignée de personnes.
Les soupçons pèsent de plus en plus, l'étau se resserre mais les événements semblent inarrêtables et les traîtres se dévoilent peu à peu...
Les État-Unis commencent à s'enflammer de l'intérieur et perdent la main sur le monde !

Jean-Luc Sala nous a concocté une affaire d'espionnage et de terrorisme qui dépasse l'entendement. Un scénario catastrophe particulièrement huilé qui en ferait presque pâlir Tom Clancy, avec un brin de cynisme bien dosé comme il sait si bien le faire.
Avec CIA - le cycle de la peur, l'auteur nous montre comme il manie bien le genre Hollywoodien. On pourrait largement en faire un excellent blockbuster, avec un président charismatique et particulièrement patriotique (ce qui a tendance à m'énerver dans les films américains d'ailleurs) et des acteurs renommés en affiche... pourquoi pas Bruce Willis dans le rôle d'Alan Blackwell, Colin Farrell incarnant Jason Holt, ou encore Antonio Banderas ou Pierce Brosnan pour le président ?
Bref, le scénario n'a rien à envier au genre. Quand on sait qu'Hollywood a pris une option sur Cross Fire, il n'est pas improbable d'envisager pareille chose pour C.I.A.

Côté graphique, j'ai été un peu déçu par l'entrée en matière de Phil Castaza. Les premières planches sont brutes et plus grossières. Au fil de l'album le style s'affine, jusqu'aux dernières pages où le récit s'emballe et où visiblement Jean-Luc Sala est parvenu à gagner la négociation sur le nombre d'hélicoptères. Là on sent bien que le dessinateur a vraiment travaillé son dessin et y a mis tout son cœur. C'est riche en détails, c'est plus vivant et expressif. Je trouve même que ça a de la classe, et d'autant plus avec cette armada offensive déployée.

J'attends la suite bien sûr, et je serais curieux de voir un jour une adaptation au cinéma... on peut toujours rêver :)

Chronique du 30/09/11

Plus facile de se faire une idée de la série après ce deuxième tome... Succinctement, mon impression reste positive mais mitigée.

Sala semble nous avoir pondu un scénario pas piqué des hannetons, genre un truc que lui seul pourrait sortir tellement il est tordu. Le rythme de l'action est bien distillé. Il n'y en a ni trop, ni pas assez... Et selon son habitude, Sala nous mène par le bout du nez. Mon regret : dans Cross Fire, les informations un peu spécifiques et inconnues du grand public sont disséminées au sein même de l'histoire avec beaucoup d'intelligence et de discrétion. Ici, l'auteur a préféré privilégier les astérisques. Du coup, il y en a partout, et on croule sous les informations brutes. Ça donne un sentiment de densité mal équilibré, et en même temps, ça permet de garder ce rythme soutenu tout à fait typique des scénarios catastrophes.

Comme dit Jérôme : Sala semble écrire ses scénarios BD comme il écrirait le scénario d'un film genre blockbuster. Ça tient la route de façon assez improbable (en tous cas de façon plus plausible que la grande majorité des blockbusters du cinéma hollywoodien), mais finalement, la BD n'est pas si éloignée du cinéma...

Pour aborder la question du dessin, quoique le style de Castaza corresponde peu à mes goûts personnels, il est difficile de ne pas admettre que celui-ci s'adapte on ne peut mieux au genre de cette BD assez "virile".

Ma conclusion reste tout de même que, avec ses qualités et ses défauts, CIA n'est pas à la hauteur de Cross Fire, qui reste pour moi une référence d'excellente qualité parmi les titres de Jean-Luc Sala.


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Tome 2 : \\" L\\'heure des loups \\"

Année d'édition
2011

Cinq mille kilomètres par seconde Manuele Fior (s)(d) ATRABILE

Cinq mille kilomètres par seconde

Chronique du 20/02/11

Une mère et sa fille emménagent dans leur nouvel appartement. Lucia ne prends pas vraiment part au déménagement et préfère s'isoler dans sa chambre, fenêtre ouverte sur la cour pour ne pas étouffer sous la chaleur accablante de l'été.
En face, Piero et Nicola, les meilleurs amis du monde, épient la scène, cachés derrière le store. C'est qu'elle est belle la nouvelle voisine !

Ce qui marque le plus dans cette bande dessinée, et qui attire le regard du premier coup d'œil, c'est la couleur. La couverture, dans le ton du premier chapitre, est chaleureuse dans ces tons jaunes qui rappellent l'été et qui sentent bon le souvenir de vacance et les premiers amours.
La couleur, elle alterne tout au long de l'histoire. Mieux encore, elle fait partie intégrante de l'histoire. Elle suit le récit, elle s'impose tout simplement. Le jaune éclatant de l'Italie, le mauve des longues nuits de Norvège, l'ocre du désert Égyptien, jusqu'au gris des derniers instants.

Mais Cinq mille kilomètres par seconde, c'est quand même un peu plus que ça. Ce qui n'aura pas échappé au grand jury d'Angoulême, qui a décidé d'auréoler Manuele Fior, l'auteur de ce livre, du Fauve d'Or du meilleur album 2011.

Mais alors, qu'est-ce qui peut bien se cacher derrière ce qui semble être au premier abord une simple histoire d'amour et qui ferait de cet album le meilleur de l'année, devant Omni-Visibilis, Asterios Polyp ou Quai d'Orsay ?
La réponse se trouve sûrement dans le traitement du récit, dans ce chassé croisé entre trois personnages qui se sont connus adolescents et qui vivent leur vie, ensemble et séparés à la fois. On les voit vieillir, évoluer, s'éloigner et se rapprocher. La vie est parfois facétieuse...

Ce qui fait la force de Cinq mille kilomètres par seconde, c'est surtout cette sensibilité qui se dégage de Lucia et Piero (personnellement, j'ai été moins touché par Nicola). Une sensibilité qui transpire tout autant dans la narration que dans le dessin, sublimé par ces couleurs directes absolument magiques.

On les plains, on les aime, on les détestent parfois aussi. La vie aurait pu être toute autre pour eux. L'importance des choix détermine le chemin qu'on prend et les routes qu'on croise. La technologie permet de s'affranchir de la distance mais la barrière demeure. On peut être proche et tellement loin... comme le dit l'adage : loin des yeux loin du cœur... c'est tellement vrai ! Qui n'a jamais pu vérifier ça ?

L'émotion, voilà ce que suscite cette bande dessinée et que n'a pas les autres. À chacune ses qualités. Le jury aura tranché. Et vous ?

Chronique du 11/04/11

Cinq mille kilomètres par seconde est un album basé sur les sensations. Ceci explique sans doute que la façon de travailler de l'auteur aie pu être possible. Ou bien est-ce la façon de travailler de l'auteur qui fait que le livre dégage tant de sensations ?
Car Manuele Fior ne travaille pas comme la plupart des auteurs BD. Il ne prépare pas son découpage et son storyboard avant d'attaquer la réalisation des planches. Il fait ses planches directement, quitte à rajouter un chapitre ou à en enlever un autre.

Bref, le résultat donne un effet inédit. L'album parle d'amour, ces amours simples des gens simples, celles qui ne sont pas belles et immortelles mais les amours frustrées ou déçues. Et il le fait avec beaucoup de poésie et de douceur.

Des sensations soulignées par un travail des couleurs original et vivant : teintes jaunes pour la douce chaleur de l'Italie, teintes bleues pour le froid d'Oslo, teintes brunes pour l'étouffante d'Assouan. Là encore, tout est dans le ressenti : on y est tout simplement.

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Angoulême 2011


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Cinq mille kilomètres par seconde

Année d'édition
2010

Cinquième évangile (Le) Jean-Luc Istin (s), Thimothée Montaigne (d), Élodie Jacquemoire (c) SOLEIL

Tome 1: "La Main de Fatima"

Chronique du 10/01/09

Automne 1174, ville de Acre, Terre Sainte : le seigneur Milon de Plancy, Régent du royaume de Jérusalem, est assassiné alors qu'il était en voyage dans la cité.
Guillaume de Tyr, l'archidiacre de Jérusalem et bientôt archevêque, tente de trouver le véritable assassin. Bien que l'affaire soit profitable à beaucoup et en particulier au Comte de Tripoli pour l'accession à la régence en attendant que Baudoin IV soit en âge, les yeux de la victime ont été crevés comme pour punir quelqu'un d'une chose qu'il n'aurait pas dû voir.
Alors qu'il rentre aux côtés du futur Roi dont il est le précepteur, ce dernier souhaite également lever le mystère qui plane sur les disparitions de jeunes filles arabes portant toutes le même symbole sur l'avant bras : la Main de Fatima.

Le cinquième évangile est une formidable histoire, mêlant récit historique et fiction. Tout d'abord il y a le lieu de l'action : la Terre Sainte, et dans une période troublée. Le Roi Amaury 1er est mort et son fils Baudoin IV n'est pas en âge de régner. Miles de Plancy prends la régence mais n'est pas aimé et commet de nombreuses erreurs. La Terre Sainte est le théâtre de nombreuses guerres de pouvoir entre les Templiers et Saladin le Sultan d'Égypte, entre autres.

Puis il y a l'intrigue, où la mort de Milon de Plancy a été mise en scène et qui vient se superposer avec les mystérieuses disparitions.
Un scénario riche donc, et qui permet de laisser planer une intrigue permanente sur la lecture.

De plus, j'aime beaucoup le dessin de Thimothée Montaigne qui nous enchante par la finesse de ses traits, le tout parfaitement colorisé par Élodie Jacquemoire qui donne à l'ouvrage une lueur précieuse et une saveur particulière.

Chronique du 10/01/09

Il y a eu la mode du celtique, maintenant c'est la mode de l'occulte hérétique. Soleil sait se contenter de modes. Mais pour manier avec virtuosité ce dernier genre, il faut être sacrément calé sur les textes. Cela dit, Istin évite l'écueil en n'en disant point trop sur les classiques de la religion. Après bon... un archevêque et un roitelet au grand cœur, ce n'était certes pas monnaie courante à l'époque alors ça dénature un peu le côté historique de l'ensemble.

Bon, en sa faveur, cette BD se laisse lire avec aisance, et les illustrations de Montaigne sont quand même très belles.


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Tome 1: \\"La Main de Fatima\\"

Année d'édition
2008

Cités obscures (Les) Benoît Peeters (s), François Schuiten (d) CASTERMAN

Tome 2 : "La fièvre d'Urbicande"

Chronique du 21/08/11

Eugen Robick dispose d'une fonction importante dans la cité d'Urbicande. En tant qu'Urbatecte, il est assigné au développement architectural de la ville. C'est lui qui dessine le moindre bâtiment, qui silhouette la moindre artère. Dans le soucis de créer une unité dont l'équilibre serait parfait, il prie le Rapporteur et les Commissaires, les plus grandes instances d'Urbicande, de mettre en œuvre la construction nécessaire de ce troisième pont reliant les deux rives. Sans lui la cité serait privée de symétrie et se retrouverait disgracieuse.
Ce soucis d'équilibre et du détail, Eugen va devoir le repenser entièrement avec l'avènement d'un cube étrange. Un objet insolite découvert lors d'une fouille et qui ne cesse de croitre, prenant très vite une proportion démesurée. Une révolution pour Eugèn et pour Urbicande.

Les Cités Obscures sont l'œuvre de deux hommes : Benoît Peeters au scénario, et François Schuiten au dessin. À eux deux, ils vont créer une série majeure de la bande dessinée, avec l'architecture comme principale contrainte. Chaque album visite une ville différente, avec sa propre ligne architecturale et politique. Bien qu'évoluant dans le même monde, elles sont toutes très différentes, ce qui donne une succession de one-shots aux aspects sans cesse renouvelés.
Pour le collaborateur d'architecte que je suis, bien entendu, cette série à un attrait tout particulier.

Si le premier album est Les murailles de Samaris, La fièvre d'Urbicande est celui qui a donné à la série toute sa notoriété, grâce à son Alfred du meilleur album lors du festival d'Angoulême en 1985.
François Schuiten a également été honoré du Grand Prix d'Angoulême en 2002, récompensant l'ensemble de son œuvre.

La fièvre d'Urbicande est pour moi un album fabuleux. Tout comme Eugen, l'Urbatecte de cette histoire, j'aime l'équilibre et la symétrie. Je trouve pour ma part les édifices modernes souvent disgracieux, surtout quand les fenêtres ne sont pas alignées, toutes ces petites choses. J'aime travailler dans la pierre, dans l'ancien, là où l'ordonnance prime.
De ce fait j'ai été très curieux de la façon dont Eugen allait réagir au développement du cube, qui obligeait évidemment à tout repenser dans l'architecture de la cité. Et encore, heureusement que c'était un cube, imaginez un instant qu'il ait été question d'une sphère... beurk ^^
Un album qui développe tout autant l'aspect science que fiction. Et qui implique aussi une dimension politique. Ce qui n'est pas pour me déplaire évidemment.

Le traitement graphique de François Schuiten est à la hauteur de l'événement. De grands bâtiments aux proportions antiques, des décors minutieux, un soucis du détail remarquable. Tout cela mis à côté d'un noir et blanc de rigueur. Je ne sais pas pourquoi, mais je préfère lire du noir et blanc sur un récit traitant à la fois du passé (architecture démesurée des époques Égyptiennes ou Grecques) et du futur (science-fiction).
Personnellement, et même si je ne connais pas la sélection officielle d'Angoulême en 1985, je trouve que l'album mérite amplement son Alfred (d'autres ont eu cette distinction sans pour autant faire l'unanimité).

Un grand œuvre !



Roaarrr Challenge
- Alfred du meilleur album - Angoulême 1985


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Tome 2 : \\"La fièvre d\\'Urbicande\\"

Année d'édition
2009 (1°ed.1985)

Coeur de papier Bruno Enna (s), Giovanni Rigano (d), Studio Blinq (c) SOLEIL

Tome 1 : "Le Salon"

Chronique du 05/04/10

La vie de Kriss a commencé lorsqu'il avait 11 ans. La vie d'avant, il ne s'en souvient pas... où ne veut plus s'en souvenir... traumatisme d'un passé tragique. Quand ils reviennent à la surface, les souvenirs sont douloureux et imprécis.
Il est enfin arrivé. Son chauffeur le dépose devant sa nouvelle maison : le pensionnat. Le jardin est empli de ronces, c'est un véritable parcours du combattant pour parvenir à la porte sans trop d'égratignures. Là, une fille du nom de Rosamelia lui ouvre. Il est arrivé dans la maison de la nuit...

Je n'avais pas prévu d'acheter quoi que ce soit chez mon libraire ce jour là, ayant déjà une coquette somme de 215 € environ à payer pour le carton de BD que j'avais reçu le week-end précédent. Mais lorsque je suis tombé par hasard sur cet album en fouillant dans les bacs, j'ai eu le coup de foudre.
Le premier contact avec une bande-dessinée est toujours la couverture. Celle-ci, en plus d'être jolie et au parfum ancien témoignant d'un certain mystère, est d'une texture comme on n'en fait plus. Celle des vieux livres qu'on ne trouve plus que dans les greniers, les vieux almanachs, ce genre de choses. Sur la couverture, un dessin sordide ressemblant à une vieille gravure, et des bouches qui vomissent des bras tenant trois garçons et un cœur de papier.

Passé le premier contact, on ouvre le livre, conscient d'entrer dans un monde onirique et lointain. On sait qu'on y dénichera quelque secret en approfondissant bien...
Une préface nous prévient : « ceci n'est pas une lecture pour enfant ». Quand on est enfant, c'est le genre d'avertissement qui nous donne toujours envie d'en savoir plus, d'aller plus loin. Aujourd'hui, encore, je suis bien curieux, et j'ai envie de me laisser tenter par l'aventure.
Ce fut donc mon acquisition de la journée. Le précieux, ramené à la maison pour quelques 230 €... « ça fait cher le livre » me lance la libraire en plaisantant. Elle a bien raison, mais je suis bien impatient d'en percer les secrets.

Eh bien, sachez que je ne suis pas déçu du voyage. Ces ronces envahissants, cette maison dont on ne ressort pas, cet escalier doré qu'il ne faut surtout pas gravir, cette horloge dont le cœur bat et donne le ton à tous les pensionnaires... et bien des surprises encore.
Notre ami Kriss n'est pas au bout de ses peines !

Pour tout vous dire, j'ai adoré et j'ai dévoré. C'est sombre, c'est noir, c'est onirique. Un conte pour enfant, vous l'aurez bien deviné, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Le thème de la mort est omniprésent, lourd de sens, et pourtant familier. Pas de poésie ? Pas sûr.

Le dessin est chargé de détails, fouillé, fourni. Chaque page est un délice, et le découpage des cases est aussi saugrenu que le contenu. Les espaces sont comblés par de petits décors, ça fourmille, ça grouille dans tous les sens. On voulait de l'ambiance, on est servis !

La fin du volume dresse le portrait de Shua, l'un des autres pensionnaires, en quelques pages manuscrites. Il s'agit de son passé jusqu'à son arrivée dans la maison de la nuit. On imagine que le prochain tome fera de même avec Mortimer... et le troisième pour la véritable histoire de Kriss ?

Et devinez quoi ? C'est édité chez Soleil figurez-vous ! Collection Métamorphose évidemment, mais quand même, ça fait plaisir de voir cette maison d'édition de diversifier autant, et dans le bon sens.




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Tome 1 : \\"Le Salon\\"

Année d'édition
2010

Coeur de pierre Séverine Gauthier (s), Jérémie Almanza (d) DELCOURT

Chronique du 26/07/13

Il y a des fois comme ça où tout ne se passe pas comme prévu.
Lorsque Mo' nous a proposé cette lecture commune nous nous sommes engagés sur cette date du 26 juillet mais voilà, d'imprévus en contretemps, nous avons dû attendre le soir pour rejoindre notre comparse dans cette chronique de Cœur de pierre.
C'est donc avec une joie sans aucune retenue (yataaa !) que nous partageons (enfin ?) notre avis.


Cœur de pierre c'est donc l'histoire de 2... non 3 petits enfants de 8... non de 10 ans !
À cet âge-là le quotidien est plutôt simple et heureux, on est choyés par les parents et insouciants des tracas de la vie.
Pour un petit garçon cependant, les petits bonheurs se comptent sur les doigts d'une main. Le pauvre est né avec un cœur de pierre, battant si faiblement qu'on ne l'entendait pas, un cœur si dur qu'il ne suscite aucune émotion, aucun sentiment.
Ce garçon au cœur si lourd à porter fait un jour la rencontre d'une fillette qui, elle, incarnait la légèreté de l'enfance. Guillerette en toute circonstance, elle disposait d'un artichaut à la place du cœur.
Le troisième enfant ? Son cœur était en or, si précieux qu'il ne devait pas sortir mais à cet âge-là, et surtout quand on est secrètement amoureux, c'est trop tentant de braver les interdits !


Séverine Gauthier (Mon arbre, Garance) et Jérémie Almanza (Eco) ne sont pas inconnus sur BenDis... ! Et ce n'est pas la première fois non plus qu'ils travaillent ensemble puisqu'ils avaient sorti en 2008 l'album Aristide broie du noir. Deux auteurs qui ont toujours su façonner des livres attrayants, avec de belles histoires et de belles illustrations. Cœur de pierre ne déroge pas à la règle : un livre empreint de poésie, dans l'image comme dans les mots.

« Elle ouvrit sa poitrine et en sortit son cœur.
Et tandis qu'il battait dans le creux de sa main,
Elle fut étonnée de n'avoir pas plus peur
Au moment de l'offrir pour toujours à quelqu'un.
»

La poésie, on la retrouve partout, jusque dans la métaphore finale.
Cœur de pierre est une histoire qu'on devrait toujours raconter à voix haute. Rythmée par les mots, elle est un délice pour les oreilles.
Avec tout ce que je raconte de beau, vous pourriez croire que la puce qui était sur mes genoux allait adorer l'écouter jusqu'au bout hein ? Mais c'était sans compter sa concentration aléatoire et sa capacité à voir Totoro partout : Jérémie Almanza est sans aucun doute fan de Miyazaki lui aussi et il n'a pas résisté à la tentation de placer un Chibi-Totoro sur le panneau de bus... un clin d'œil apprécié à la maison et si on va fouiller un peu plus loin, on pourrait trouver une certaine ressemblance entre les créatures de l'album et le bestiaire du maître de l'animation japonaise (noiraudes, kodamas).


Cœur de pierre est une bien belle histoire, une bande dessinée en « voix off » pour les petits mais aussi pour les grands.

Chronique du 26/07/2013

On se souvient du dessin si onirique de Jérémie Almanza dans Eco, ou encore du scénario si poétique de Séverine Gauthier dans Garance ou Mon Arbre. Ils avaient fait une tentative assez prometteuse ensemble avec Aristide broie du noir, et les voilà à nouveau ensemble pour notre plus grand plaisir. Cœur de pierre réunie une fois de plus les grandes qualités de ces deux auteurs, chacun dans leur domaine.

On reste dans un univers enfantin et très métaphorique, abordant cette fois la thématique des sentiments. Si les rimes rendent peut-être le texte un peu trop artificiel, l'histoire n'en est pas moins belle, touchante, intelligente et pleine d'émotions. En alternant des espaces sombres et des espaces colorés, Jérémie Almanza y associe son dessin aux accents gothiques, où l'aquarelle côtoie le crayonné, où les moments de gaieté côtoient des moments plus difficiles. L'ambiance graphique donne véritablement vie aux sentiments exprimés par les mots.

Bref, un mariage véritablement réussi !


C'est un peu court me direz-vous ? (Normal vous répondrais-je). Éh bien vous n'avez qu'à aller voir l'avis (indispensable) de Mo' sur la question, puisqu'on a décidé de lire cet album tous ensemble !


D'autres avis encore : Yvan, Zaelle, Christie, Jérôme, Marion, Moka, Noukette

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Année d'édition
2013

Colibri Guillaume Trouillard (s)(d) La Cerise

Colibri

Chronique du 02/05/08

Un son dans la forêt, un tempo se distingue : un homme joue de la batterie jusqu'à l'épuisement. Aussitôt tombé, une équipe de nettoyage débarquer pour assainir la zone. Il ne reste rien.

Une entrée en scène un peu brutale, mais Colibri est un véritable bijou, une critique de la société poussée à son paroxysme. On y trouve une société aseptisée, formatée, et dans laquelle tout le monde doit être dans un moule. Une civilisation archi-développée à pris le pas sur la nature, confinée à quelques arbres dans un building au milieu de la cité. Un monde dans lequel les gens ont besoin d'avoir pour exister, dans lequel les slogans conditionnent et montrent la façon dont on doit vivre, dans lequel les poissons sont panés... un monde où tout doit aller très vite.
Les mots eux-mêmes deviennent inutiles, en attestent ces quelques cases, page 19, qui ne vont qu'à l'essentiel : 3 cases qui montrent la même image de la ville. Sur la première, des conversations futiles, remplacées par des voyelles dans la seconde, puis plus rien sur la troisième, les traits eux-mêmes s'en trouvant affectés.

Guillaume Trouillard condamne par le biais de ce livre les abus de l'homme, de l'abrutissement à la déforestation, et nous rappelle qu'en continuant ainsi, il ne restera plus rien, en atteste ce petit message visible sur un panneau d'expression libre anodin :
"La forêt précède l'homme, le désert le suit."

Je n'adhère par particulièrement au dessin irrégulier et tremblant, mais Guillaume Trouillard parvient ici à donner un vrai regard critique sur la société d'aujourd'hui, et il le fait très bien !




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Colibri

Année d'édition
2007

Combat Ordinaire (Le) Manu Larcenet (s)(d), Patrice Larcenet (c) DARGAUD

Tome 1 : "Le combat ordinaire"

Chronique du 17/07/10

C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales et d'un chat pénible...
C'est ainsi qu'est présenté l'album sur le 4ème de couverture. Et pourtant, sous ce résumé bien succinct se cache un récit bien plus complexe qu'il ne veut bien le faire croire.

Le combat ordinaire, ça veut dire quoi, déjà ?
Peut-être la lutte que mène Marco contre son quotidien, contre lui-même.
Car le héros de cette histoire souffre de crises d'angoisse et bien qu'étant depuis plusieurs années suivi par un psychologue, cela ne lui passe pas. Pourtant, un jour il décide de tout plaquer : son psy, son boulot...
Ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi. Autrefois il avait quitté sa ville, sa famille et ses amis. Cette fois il renoue un peu avec elle et rend visite à ses vieux démons.

Le côté psychanalyse est omniprésent dans l'album. Lorsqu'il rencontre le vieux dans sa campagne de Chazay, lorsqu'il dialogue avec son frère, avec ses parents, avec sa compagne...
Les hommes changent, les soucis demeurent.

J'ai connu le travail de Manu Larcenet par le Retour à la terre, puis par Blast. Tous de très bons albums, mais si l'on doit comparer, le Combat ordinaire se rapproche bien plus de la noirceur de Blast. Ici c'est la psychologie de l'être humain qui est mise en avant par le personnage de Marco, par ses questions sur lui et sur son environnement. On apprends du poids des mots, du silence qui suit... Côté dessin en revanche, même si le trait est plus dur que pour le Retour à la terre, on se rapproche plus de ce style graphique.

J'ai vraiment adoré l'album. Tous ses tabous, ses non dits, ses silences, sa force. Les personnages sont attachants ou dégoutants. On les aime et on les détestent.
Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant de lire ce bijou ?



Roaarrr Challenge
- Prix du meilleur album - Angoulême 2004


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Tome 1 : \\"Le combat ordinaire\\"

Année d'édition
2003

Tome 2 : " Les quantités négligeables "

Chronique du 16/09/11

L'arrivée d'Émilie dans sa vie lui apporte beaucoup. Marco s'est depuis repris en main, il retrouve chaque jour de plus en plus goût à la photographie, il rend régulièrement visite à ses parents, à son frère...
La photo, il décide de ne plus jamais faire d'expositions sur les guerres, mais plutôt que redécouvrir sa passion sous un angle neuf, en donnant vie aux ouvriers de l'atelier 22. Un lieu important pour lui, car son père y a travaillé toute sa vie et il connaît chaque personne là bas... des gens qui bossent dur chaque jour pour une vie de misère, pour un job qui risque de disparaître...

Après un tome 1 prometteur, Manu Larcenet nous enfonce de plus en plus dans le quotidien de cet homme qui essaie tous les jours de lutter corps et âme contre tous ses démons : son travail, sa famille, les psy, ses collègues, les moyens de transports... il y en a tant !
Pour s'en sortir, on peut dire qu'Émilie chamboule pas mal de choses dans sa vie. On voit bien qu'il a grandi le Marco, qu'il murit à son contact... on voit bien aussi qu'il a besoin de son épaule...

Manu Larcenet est très fort, il parvient à nous emmener du rire aux larmes en une page, en une case. L'art et la manière de plomber l'ambiance en un temps record, puis petit à petit, alors qu'on retrouve le goût des choses, qu'on sourit aux petits bonheurs de la vie, voilà qu'on est de nouveau sous le choc d'une triste nouvelle.
La vie est rude, et c'est aussi le cas de ces ouvriers de l'atelier 22 pour qui Marco consacre une exposition. L'occasion de renouer avec le passé, mais aussi de rencontrer de grands artistes... ce qui permet aussi de se rendre compte que les personnes qu'on croit au-dessus parce qu'elles font des choses merveilleuses peuvent être aussi talentueuses que connes ^^

« J'ai souvent confondu l'artiste et son œuvre...
Ce n'est que grâce à la psychanalyse, par étapes successives, que j'ai vaguement pu dissocier les deux : on peut être un grand artiste et un sale con...
On peut faire des choses très belles en étant soi-même assez moche. On peut saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n'en jamais faire partie...
C'est étrange : Comment peut-on être à ce point dépassé par ce qu'on fait ?
Mais si l'œuvre est meilleure que l'artiste, pourquoi ne l'améliore-t-elle pas ?
La main frôle le divin quand les pieds pataugent dans la médiocrité...
Que l'on préfère l'un ou l'autre, le messager et le message ne se fondent peut-être jamais...
Mon boucher est un bonhomme abominable, mais son jambon sec est un pur moment de bonheur... L'art et la charcuterie... »


Ça vous est jamais arrivé vous ? Savoir garder la distance entre l'œuvre et son auteur est une chose primordiale si l'on veut continuer à aimer ce qu'on a toujours apprécié. Certains ne savent pas le faire... je trouve ça dommage. Mais ça met toujours un claque quand on s'en aperçoit...

Manu Larcenet fait encore un travail magnifique sur cet album. La série se poursuit avec la même excellence. On est ravis et on est soufflés... on est heureux mais tristes aussi ! On dit que la vie est une succession d'épreuves. Diable qu'elle défile vite, il en faut du courage pour la regarder bien en face !



Roaarrr Challenge
- Prix du jury Œcuménique 2005
- Prix Tournesol 2005


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Tome 2 : \\" Les quantités négligeables \\"

Année d'édition
2004

Come Prima Alfred (s)(d)(c), Maxime Derouen (c) DELCOURT

Chronique du 24/01/14

Comme avant...

« Si tu avais su que je venais, j'imagine que t'aurais filé...
J'ai pas voulu prendre le risque.
 »

Come Prima (comme autrefois) raconte l'histoire d'un jeune homme, Giovanni, venu en France pour retrouver son frère Fabio, qu'il n'avait plus revu depuis 10 ans.
Fabio, c'est l'aîné, celui sur qui les espoirs de la famille étaient fondés mais qui éprouvait un viscéral désir d'ailleurs. Il a fui l'Italie et sa région natale, abandonné les siens, jusqu'à renier son origine pour vivre au plus près la grande aventure, sa grande aventure...
Cet affranchissement acquis au mépris de son père, il ne le regrette pas. Alors voir son frère rappliquer expressément pour lui ne lui inspire pas mieux que de la colère, d'autant plus que Giovanni n'est pas venu seul... il porte avec lui les cendres du paternel...

Comme un uppercut dans le foie, cette révélation nocturne met en branle les convictions de liberté que Fabio s'étaient forgées depuis tant d'années. Les soucis qui s'accumulent le tourmentent tout autant que la venue de son frère, qui l'attend pour ramener ce qu'il reste de leur père en Italie...
Entre déchirement et renouement.


Des personnages touchants

Giovanni et Fabio sont tous les deux très différents.
Le premier est nostalgique de son enfance et voue une admiration sans borne au frère que Fabio est resté dans sa mémoire : fort et fier, l'aîné exemplaire. C'est un rêve un peu fou qu'il essaie de mener tant bien que mal en renouant avec le passé, en voulant faire revenir le grand frère à la maison...
Fabio est plus âgé de quelques années, plus mur et aguerri d'une expérience qu'il a acquise de lui-même. Il porte en lui une certaine rage de la vie dont il dit profiter et qui s'exprime par un caractère sec et revanchard. S'il dit ne jamais rien regretter, on le sent souffrir de n'avoir jamais ressenti le besoin familial de le voir revenir. Trop fier pour faire le premier pas, trop lâche pour retourner au pays...

Giovanni comme Fabio ont leurs forces et leurs faiblesses, leurs jardins secrets... et dans leur différence, ils parviennent à nous toucher vraiment.
Ce road-trip qui va les faire traverser la frontière vers le pays natal à bord d'une vieille Fiat 500 va permettre de souder de nouveau la fratrie et de renouer des liens rompus depuis trop longtemps. Sentiments à fleur de peau pour un voyage teinté de souvenirs, parfois virulents, parfois nostalgiques, mais de moins en moins flous.


Dualité graphique

Pour accompagner ce beau voyage, Alfred met en scène son récit sous deux éclairages graphiques différents.

Le présent y est narré avec un trait fin et assumé, fait de formes simples et de lignes claires : contrairement à Je ne mourrai pas gibier, les ombres inquiétantes et les hachures nerveuses n'ont pas leur place ici.
On reconnaît bien ces gueules déformées par les expressions si caractéristiques au style de l'auteur. Mais c'est surtout la mise en couleur qui donne toute sa noblesse aux ambiances, de l'orange crépusculaire à l'indigo lunaire, de l'ocre des champs au vert des prairies.

Que l'on aime ou pas le dessin d'Alfred (on peut lui reprocher un trait un peu figé par moments, des corps un peu trapus ou des décors citadins un peu légers ; il est en revanche très bon lorsqu'il s'agit de croquer les paysages de campagne et la beauté du monde), il parvient à manier les styles et à les accorder aux circonstances, des ombres diffuses de la nuit noire aux déformations oniriques de l'alcool, en passant par ces silhouettes découpées sous un ciel pluvieux.

C'est surtout par son graphisme sur les événements du passé qu'Alfred subjugue, changeant complètement sa technique pour donner un caractère d'inspiration minimaliste (courant né aux États-unis dans les années 60, justement l'époque référence dans Come Prima) à ses scènes. Des séquences aux tons éclatants qui s'absolvent des traits et qui forment merveilleusement bien les contours par l'addition du rouge et du bleu sur un fond jaune pâle.
Comme autant de tableaux lumineux des souvenirs, ces cases marquent par la beauté et la poésie tout ce qu'elles représentent.


Travail d'auteur

Plus discret depuis quelques années, Alfred est parti se ressourcer 3 ans en Italie, à Venise plus exactement.
C'est là qu'il a puisé l'inspiration qui a fait de Come Prima non seulement un titre pour son album (repris d'un classique de la chanson italienne dont l'interprétation la plus connue en France est signée par Dalida) mais surtout une histoire d'italiens, de racines. Des racines qu'il n'oublie pas ni ne renie en axant son périple à mi-chemin entre la France et la grande botte.

Avec Come Prima, Alfred renoue avec l'œuvre d'auteur, une voie qu'il n'avait plus arpentée depuis près de 15 ans (Home sweet home ; Le chant du coq), si l'on excepte bien entendu les adaptations de Guillaume Guéraud (Je ne mourrai pas gibier) et de Roland Topor (Café panique).

On est heureux de le retrouver dans ce road-trip mêlant sentiments et couleurs, et également heureux de le voir revenir à Bordeaux après son périple vénitien. Alfred sera d'ailleurs le chef d'orchestre de la manifestation Regard 9 (du 19 mai au 1er juin 2014), pour laquelle il aura carte blanche et nous fera découvrir l'Italie par le biais d'expositions, de performances et de rencontres.



D'autres avis : Mo', Yvan, David Fournol, Jérôme, Noukette

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de l'auteur.

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Angoulême 2014




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Année d'édition
2013

Comédie sentimentale pornographique Jimmy Beaulieu (s)(d) DELCOURT

Comédie sentimentale pornographique

Chronique du 22/04/11

Ah, je vous vois bien avec vos grands yeux tout curieux, vous vous attendez à quoi ?
Eh bien non ! Comédie sentimentale pornographique n'a rien d'un livre obscène !
C'est juste une histoire entre adultes consentants à la sexualité débridée.

Tout commence avec ce type, Louis, qui veut faire de la bande dessinée.
Pour parvenir à ses fins, il décide de réaliser un film. Un gros navet, forcément, mais que les gens iront quand même voir parce qu'ils aiment les navets (Le théorème du mouton ? Le pire, c'est que c'est vrai ^^)
Et grâce à ce film il deviendra riche et s'achètera un hôtel dans le grand nord.

L'hôtel, c'est celui de tous les fantasmes. Là où les vacances de deux couples s'emballent et deviennent endiablées.
Une grande bâtisse construite par un architecte soi-disant fou du nom de Massicotte. Et il faut bien l'avouer, il faut être un brin tordu pour construire un hôtel dans un lieu aussi reculé.
Il n'en demeure pas moins que l'endroit est romantique à souhait pour les tourtereaux et qu'il regorge de surprises, comme cette salle de théâtre ou encore cette partie cachée derrière les murs.

Bref, c'est l'histoire croisée de plusieurs personnes, toutes liées intimement finalement.
Annie qui recherche l'amour perdu (Corrine) et qui finit dans le lit de la boulangère.
Martin Gariépy, l'écrivain, qui fantasme sur Annie mais qui ne voit pas Simone (la meilleure amie d'Annie).
Corrine et Louis (fans de Gariépy), Muriel et Léonce, Corrine et Muriel... autant de destins croisés.

La scène du piano c'est pour moi le summum du romantisme. C'en est touchant. Le mec qui veut faire le beau, la fille toute amoureuse. Puis inversement de situation.
L'idée de la "vue interchangeable", avec le décors des plus grandes villes du monde et la séance photo érotique qui s'ensuit.
Des scènes aussi drôles que touchantes, romantiques et originales, il y en a tout un tas dans cet album.
Alors oui, on peut dire qu'on finit par tomber sous le charme, nous aussi... mais sans jamais déborder dans le grivois.

Sur la fin, on se demande même où est la limite entre la réalité et la fiction, ce qui s'est vraiment passé et les événements fantasmés... mais ça, ne comptez pas sur moi pour vous gâcher la surprise.
Lisez-le, tout simplement !
Comme ça vous profiterez en prime du langage québecois comme on l'aime de ce côté de l'Atlantique, dans la finesse qu'on lui connait :
Arh ! C'est poche, mais 'faut vraiment que j'parte !

Eh oui, comme je ne fais rien à l'endroit, c'est en conclusion que je vous présente l'auteur, Jimmy Beaulieu, un canadien donc !
Mais pas n'importe lequel, car vous le connaissez tous, puisqu'il a travaillé avec Régis Loisel et Jean-Louis Tripp sur Magasin Général.

Une petite dernière pour conclure ?
_ La lune est pleine, basse, énorme et magnifique. Il est question que je voie tous tes orifices à cette lumière.
_ Comme c'est bien dit...

Bon, celle là était peut-être un peu grivoise. Mais de bonne guerre :)

Pour ma part, j'ai trouvé ça drôle, frais, et reposant. Pas vous ?




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Comédie sentimentale pornographique

Année d'édition
2011

Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) Sarah Glidden (s)(d) Steinkis

Chronique du 24/02/13

Je me souviens au moment de la sortie de l'album, David Fournol était venu chez moi et m'en avait vanté les mérites : un livre très intéressant et très instructif sur la situation en Israël.
À l'heure où je m'intéresse, et il en est de même sur k.bd, au conflit israélo-palestinien, ce livre qui fait état du voyage de l'auteure en terre israélienne se dresse comme un témoignage important.
Elle qui partait là bas avec des convictions pour la cause palestinienne, elle nous invite à partager la vision israélienne du conflit, ce qui fait un peu de ce titre quelque chose de précieux.


« Je n'aime pas la poésie.
_ Je crois que tu n'aimes pas la poésie sioniste
»

De confession juive (non pratiquante), Sarah Glidden a pourtant toujours été du côté des Palestiniens, qu'elle considère comme opprimés.
Un jour elle saisit l'occasion donnée par le Taglit (l'état d'Israël offre un séjour tous frais payés à tous les juifs du monde pour découvrir « leur » pays) de se rendre en Israël pour constater d'elle même les faits et ainsi renforcer son opinion sur le sujet.
Elle sait qu'elle va subir une sorte d'endoctrinement pour la cause israélienne, mais elle s'est préparée et elle est plus que jamais motivée.

Elle partira ainsi pour deux mois avec une amie, juive elle aussi.


« Pourquoi raser les maisons des gens ? Et continuer à construire des colonies ? Ça ne fait qu'empirer les choses !
_ Écoute, je suis ce qu'on appelle un Israélien de gauche, mais c'est plus compliqué que tu ne le crois. Personne ne rase des maisons pour le plaisir. Et puis, tu ne vis pas ici. Quel est le problème ?
_ Pff, c'est assez confus... Je suis juive donc ça veut dire que je suis censée soutenir Israël quoi qu'il arrive, n'est-ce pas ? Mais pour certaines personnes, soutenir les Palestiniens, ça veut dire que je ne suis plus pour Israël. D'un autre côté sur le plan politique, je suis de gauche, progressiste. Et quand on est progressiste, on est censé être anti-Israël... Toute sympathie pour Israël signifie qu'on ne soutient plus les Palestiniens. Tu vois ? Je suis coincée ?
_ Intéressant... mais je ne comprends pas comment on peut être à la fois « progressiste » et « anti » quelque chose !
_ Oui... c'est bien vu, en effet.
»

Tout au long de son séjour, Sarah Glidden va être confrontée à une vision idyllique d'Israël. On lui montrera l'histoire des premiers colons, loués en héros. Ils visiteront le plateau du Golan, présentant cette conquête israélienne comme une protection contre la Syrie. Escapade à Tel-Aviv, baignade dans la Mer Morte... Jérusalem...
Je dis idyllique parce que j'ai lu d'autres livres sur le sujet et que je pense connaître un peu la situation sur place. Et il se trouve que le Taglit se garde bien d'emmener ses hôtes en Cisjordanie, à Gaza et même à Jérusalem-Est : interdiction de dépasser les drapeaux israéliens, c'est dangereux ! Bon... elle a bravé le danger un cours instant et il ne lui est rien arrivé !
Mis à part le mur, où ils passent tout près à un moment donné (et il n'était pas envisagé de le traverser), il n'est pas question d'aborder profondément le sujet de la Palestine. Évidemment, cela limite les interactions avec les palestiniens... ainsi, pas de confrontation de points de vues.
Il n'en demeure pas moins que petit à petit, au fil de ses rencontres, Sarah Glidden va être de plus en plus en proie au doute.


« Tout le monde dit des Israéliens qu'ils sont trop durs. Mais on ne s'habitue jamais au terrorisme. Le matin, on monte dans sa voiture, on allume la radio, on écoute la chanson qui passe. Et alors on sait : s'il y a eu un attentat, ce n'est pas une chanson gaie.
Quand nos enfants ont dix-huit ans, nous les envoyons à l'armée. Ce n'est pas normal et ce n'est pas facile. Vous pensez que ça me plaît ? Aucune mère au monde ne souhaite envoyer ses enfants à l'armée.
Mais nous sommes fiers d'eux. En Israël, dans chaque personne il y a un soldat, c'est vrai. Mais dans chaque soldat, il y a aussi une personne.
Et nous faisons peut-être des erreurs. Nous faisons peut-être des choix qui vous déplaisent mais nous aimons ce pays. Il y a des problèmes, certes, mais nous ne demandons qu'à les résoudre.
»

Ce genre de discours sur Israël, Sarah Glidden en a entendu quelques uns. Ils représentent forcément le point de vue unilatéral des Israéliens.
Pourtant, ces gens qu'elle a rencontré durant son voyage ont toujours semblé francs dans leurs paroles. Le guide lui-même, qui éludait volontiers les sujets qui n'avaient pas de raison d'être dans le Taglit, savait reconnaître qu'un film était propagandiste quand on lui demandait son avis. Un exemple parmi tant d'autres, et aussi la raison pour laquelle la vision de l'auteure s'est trouvée chamboulée par cette cascade de rencontres profondément humaines.
Petit à petit la carapace qu'elle s'était forgée s'égrène et finit par tomber.
Et si... et s'ils avaient raison, eux aussi ?


« Je ne sais pas. Tu vas me prendre pour une folle. Je croyais savoir ce que je pensais de ce pays et me voilà complètement paumée.
Je sais que parfois les Palestiniens ont tort. Mais... j'ai toujours cru qu'Israël avait encore plus tord en monopolisant le pouvoir.
Et maintenant tous ces gens qui me disent qu'ici c'est chez moi ? Mais peut-être que je ne le veux pas !
Si je suis venue ici... c'est que je voulais être sûre que c'était bien Israël le méchant, je crois. Je voulais savoir que je pouvais faire une crois dessus pour de bon.
Mais je ne sais plus. Je ne suis plus sûre de rien. Je vois bien pourquoi Israël a fait certaines choses. Vous êtes des gens bons. Du moins, certains d'entre vous.
Ou alors c'est juste que je suis victime de bourrage de crâne comme tout le monde me l'avait dit.
»


Sarah Glidden a voulu faire ce voyage pour s'assurer de sa vision du conflit. Elle a découvert l'autre côté des checkpoints, un pays qui a ses raisons de faire la guerre et qui les revendiquent, pour se protéger.
Cela ne leur donne pas raison pour tout (et les palestiniens aussi ne sont pas exempts de tous reproches), mais ce regard israélien a le mérite d'établir un contrepoids au regard palestinien.

Pour passer son message, Sarah Glidden nous propose des dessins dans la veine réaliste, mais j'ai trouvé son travail, notamment sur les visages, assez minimaliste. Le trait manque de dynamisme et les personnages, plutôt statiques, manquent d'expressivité.
Pour les accompagner : des couleurs à l'aquarelle qui, bien que plutôt sombres, donnent un peu de vivacité à ces silhouettes figées. Elles donnent aussi au cadre un côté attrayant, tout autant que le Taglit montre de belles choses.

Le plus important vous le comprendrez, ce n'est pas le traitement graphique, mais le sujet en lui-même. Car Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) nous propose un regard différent sur le conflit. Les avis pro-israéliens ne sont pas si nombreux (et celui-ci est particulier dans le sens où le protagoniste principal n'est pas pro-israélien), il eut été dommage de passer à côté de celui-ci. C'est intéressant de voir comment le Taglit est endoctrineur en somme. À tord ou à raison... ça je vous laisse en juger. Le point de vue à le mérite d'exister.

Chronique du 24/02/13

Parmi la foultitude de BD sorties sur le sujet du conflit israélo-arabe en 2011, il y a Comment Comprendre Israël en 60 jours (ou moins). L'intérêt principal de cette BD est d'offrir un point de vue différent de ce qu'on trouve par ailleurs, et de montrer l'envers du décor.

Sarah Glidden est juive, Américaine et pro-palestienne, ce qui donne un sacré mélange. Partie en Israël pour confirmer de ses yeux ce qu'elle sait déjà, la voilà bien perturbée quand elle découvre sur place que la réalité n'est pas aussi simple qu'il y paraît, et que dans le vrai monde, rien n'est tout noir ou tout blanc. Si Sarah n'excuse pas pour autant les actions des Israéliens ni ne condamne les Palestiniens, elle apprend bien malgré elle la situation de l'intérieur.

On peut, comme moi, n'apprécier que moyennement le ton très didactique ou les dessins de qualité relativement passables, mais le propos donne à cette BD tout son sens, d'autant plus que l'auteure tient un discours plutôt éloigné de ses propres convictions de départ.

Le bouquin de Sarah Glidden est le seul parmi toutes mes lectures BD sur le sujet, non pas à défendre le point de vue israélien, mais du moins à l'expliquer.



D'autres avis : David, David Fournol, Mo', OliV'


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Année d'édition
2011

Confrérie du crabe (La) Mathieu Gallié (s) Jean-Baptiste Andreae (d) DELCOURT

Tome 1 : "Première partie"

Chronique du 01/04/11

Maël est alité. Devant lui, quatre autres enfants lui parlent et lui expliquent la situation.
Ils se trouvent dans un hôpital pour enfants, et s'ils sont là, c'est parce qu'ils ont des crabes à l'intérieur de leur corps... des crabes qu'il faut absolument extraire avant qu'ils ne dévorent tout !
Mais Maël reste muet. Son crabe à lui, il l'a dans la tête. Il lui bouffe le cerveau, lentement mais sûrement. L'opération est pour le lendemain... illusion d'enfant, ou réalité lugubre ?

Cela faisait déjà quelques temps que j'étais tenté par une histoire d'Andreae, et plus particulièrement par une histoire du duo Andreae – Gallié.
Jean-Baptiste Andreae, j'aime beaucoup son approche graphique, un dessin possédant une véritable force et une identité qui lui est propre. Avec ce petit côté mystérieux donné par ce jeu d'ombre et de lumière, par ces colorisations sombres ou lunaires.
Mathieu Gallié a toujours su lui donner des scénarios à la mesure de son talent. Leur collaboration a donné naissance à plusieurs albums, dont Wendigo et Mangecœur.
Ce dernier, je l'ai souvent feuilleté, et j'ai hésité plusieurs fois à me le procurer. C'est finalement leur dernier en date, la confrérie du crabe, qui a atterri dans notre bibliothèque.

Dans cet album, on est pris dès le départ dans cette vision des choses qui est celle de Bernardino. C'est lui qui raconte, qui explique ce que sont les crabes et ce qu'ils font là. Le garçon a la jambe de bois en sait quelque chose, par expérience. Mais nous, lecteur, nous sommes plutôt dans la peau de ce jeune Maël finalement : on ne sait pas si le pseudo-chef de cette auto-proclamée confrérie fabule ou s'il dit vrai. Après tout, être alité dans un hôpital lorsqu'on est malade, n'est-ce pas tout à fait normal ?

Seulement voilà, on se retrouve bien vite plongé dans un monde parallèle où les questions s'enchaînent. Un monde qui ressemble à s'y méprendre à une vision ténébreuse de l'hôpital en question, mêlant des succubes, vampires et loups garous.
Rêve ou réalité ? Est-ce l'esprit qui vagabonde durant l'opération cruciale ? Ou... Bernardino avait-il raison ? Sur ce premier tome, difficile de dire si c'est le thème de la mort, de l'esprit dans le coma, ou de la maladie qui est abordé. Je mettrais tout de même une petite pièce sur la seconde hypothèse.
Pour la réponse, il faudra patienter. Toujours est-il que la forme, elle, est on ne peux plus fantastique !




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Tome 1 : \\"Première partie\\"

Année d'édition
2007

Tome 2 : " Deuxième partie "

Chronique du 09/10/11

La course poursuite continue. Celle de ces cinq gamins perdus dans les méandres de cet hôpital sordide en quête de vérité : pourquoi ont-ils retrouvé leur santé ? Que font-ils ici ? Sont-ils morts ou vivants ? Qui sont ces créatures qui les poursuivent, ces vampires, succubes et autres savants fous ?
Une situation dont ils essaient de s'extirper tant bien que mal et d'en comprendre les moindres rouages...

Le second opus de La confrérie du crabe nous amène jusque dans l'antre de la mort elle-même. Mais est-ce vraiment la mort qui se présente devant ces enfants ? Sont-ils dans un mauvais rêve, dans le coma ? Où est-ce la réalité qui dépasse la fiction ?
Ce n'est en tout cas pas dans cet album que nous trouverons les réponses à nos questions, il faudra attendre le troisième et dernier tome de la série.

Mathieu Gallié nous ballade dans un monde onirique où les chirurgiens sensés extirper les crabes qui dévorent le corps humain ont des méthodes toutes plus folles et uns que les autres. Certains vampirisent, d'autres sont de véritables savants fous... il paraît que les gamins s'en sortent parfois... parfois. Dans le cas contraire ils sont placés au rebut, privés d'une partie d'eux même qui les empêche de trouver le repos : la confrérie du crabe !
Difficile de discerner où s'arrête le songe et où commence la vérité.
Et qui est donc cette petite fille aux pouvoirs étonnants, ramenée à la vie par un éclair foudroyant à l'image d'un certain Frankenstein ?

Un voyage dans le fantastique toujours illustré de main de maître par Jean-Baptiste Andreae, dont le dessin réaliste des cadavres tout juste éclairé par une lueur lunaire rend crédible une histoire horrifique abracadabrante.

Cinq garçons paumés, une fille au visage de porcelaine tout autant énigmatique que flippante, des médecins macabres, des enfants morts à n'en plus finir, des secrets bien gardés... à quoi peuvent-ils bien servir ces crabes qu'ils retirent ?
La réponse se trouvera peut-être de l'autre côté de cette étendue d'eau longeant le cimetière... à suivre !




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Tome 2 : \\" Deuxième partie \\"

Année d'édition
2008

Conjuration d'Opale (la) Éric Corbeyran (s), Nicolas Hamm (s), Grun (d) DARGAUD

Tome 1: "Le Serment"

Chronique du 23/09/07

« J'ai sauvé trois vies... donnez-m'en trois autres...
Voici trois opales... vos fils seront l'autre.... »


Trois personnes sont les seules rescapées d'un naufrage, apportant à son bord des épices et la peste noire. Par chance, ils font la rencontre d'un mystérieux personnage, se faisant appeler Nostradamus. Ce dernier les guérit de leur maladie alors qu'ils étaient voués à une mort certaine, et leur remet à chacun une pierre d'opale, leur faisant prêter un étrange serment.
Un siècle plus tard, alors que La Rochelle est assiégée par les hommes du Cardinal de Richelieu, la prophétie de Michel de Nostre-Dame est sur le point de se produire, et les opales depuis longtemps séparées, sont à nouveau réunies....

Éric Corbeyran et Nicolas Hamm nous embarquent rapidement dans leur univers mystique du 17ème siècle. Il ne nous faut pas bien longtemps pour se laisser transporter par l'histoire intrigante de nos trois héros qui, même s'ils ne se sont jamais rencontrés auparavant, sont tous les détenteurs d'une pierre d'opale. On ne peut que féliciter le scénario de son mystère, de son intérêt, de sa rapidité à nous mettre à l'aise et de regrouper les trois protagonistes : Walaya, une jeune femme noire partie à la recherche du trésor de son défunt père, Erik, un jeune soldat fort et fougueux de l'armée des Huguenots, et Joachim, médecin et confident de Richelieu.
Le dessin est lui aussi tout à fait superbe, soigneux et fin, les attitudes des personnages sont très bien rendues, et les couleurs sont complémentaires.
Je note également le travail qui a été fourni pour que les villes dessinées soient telles qu'elles étaient à l'époque.

Une bonne bande-dessinée, et on attend la suite avec impatience !




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Tome 1: \\"Le Serment\\"

Année d'édition
2005

Tome 2: "La Loge"

Chronique du 23/09/07

Si le trio cherche encore ses repères, il semblerait que ceux qui les poursuivent soient très bien informés et organisés. A moins que ce ne soient les opales en elles-mêmes qui attirent le malheur à ceux qui les portent ?
Mais trouver la clef d'un mystère est bien difficile quand on ne sais où chercher. Alors il faut partir du seul indice concret : la pierre !

L'histoire poursuit son petit bonhomme de chemin et nous amène à Anvers pour étudier les pierres d'opale. Elle nous permet de découvrir un peu plus ceux qui pourchassent nos trois héros : "Ars Magna", un groupe portant des masques et semblant trempé dans un épais ésotérisme. Eux aussi semblent vouloir rassembler les écrits de Nostradamus....
Un scénario toujours haletant et plein de rebondissements nous enchante tout en parcourant les pages dessinées de main de maître par Grun.
Vivement la suite !




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Tome 2: \\"La Loge\\"

Année d'édition
2006

Tome 3: "Les gemmes"

Chronique du 25/11/07

La Loge tient enfin les opales ! Il est maintenant temps de réunir les textes de Nostradamus, et d'en finir une fois pour toute avec les conjurés, maintenant que Joachim est mort. Le trio brisé, Erik et Walaya sont maintenant seuls pour faire face à leurs invisibles ennemis... à moins que la roue du destin ne tourne une fois de plus en leur faveur ?

Un excellent tome 3 qui tient toutes ses promesses et nous tient en haleine d'un bout à l'autre, de par ses revirements de situation déconcertants et son action permanente. On aime le jeu stratégique auquel s'adonne tour à tour chaque parti, les bastons d'Erik, la finesse des mots employés dans les dialogues, la petite pincée de magie... et la beauté des décors, toujours :)

J'attends avec hâte le 4ème tome, qui devrait conclure la série, d'après ce que m'a dit Grun en personne lors du festival de Blois !

Chronique du 25/11/07

Ce tome-ci est riche en rebondissements.
Ce tome ne me parait pas faire avancer véritablement l'intrigue, mais plutôt à remettre les choses à leur place. Pour tout recasser sur la dernière page de façon complètement incongrue ! Monsieur Corbeyran, comme à son habitude, sait nous faire attendre. Nous attendrons donc le prochain tome avec impatience !

Et l'illus de la couverture est super belle :)


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Tome 3: \\"Les gemmes\\"

Année d'édition
2007

Tome 4: "Les ordonnances"

Chronique du 17/03/09

Casbah d'Essaouira, hiver 1555, la Loge accueille de nouveaux membres et les initie au rituel qui scellera leur acceptation dans Ars Magna. Parmi eux un certain Michel de Nostre-Dame. Il en faisait donc parti... lui aussi ?

Le début du tome 4, dernier de la série, nous plonge dans le passé, et nous initie à la vérité. On est entré dans la phase des révélations, et ce n'est que le début. S'ensuivront encore bien d'autres explications, pour ceux qui aiment les dénouements, ils vont être servis. Pour ceux qui aiment bien rester au moins un peu dans le flou et trouver des raisonnements plausibles, c'est raté parce que le duo Éric Corbeyran/Nicolas Hamm nous dévoile tout, et sans concessions.
Personnellement, j'aime bien quand une histoire me scotche, quand les révélations sont fracassantes et qu'elles laissent pantois sur le fauteuil à la fin de la lecture. Et là... je suis un peu déçu :
Certes on a nos réponses, même si je ne suis pas partisan de tout expliquer dans le moindre détail, ce qui casse un peu notre imagination débordante qui aurait à coup sûr encore cherché longtemps la réponse aux énigmes de la série. Certes l'énigme des opales était magnifique et inventive : "il fallait y penser". Mais "tout ça pour ça" !
Je ne dirais rien sur le contenu, je ne veux pas gâcher la lecture d'une bande-dessinée qui, même si je suis moins enjoué sur le final (2-3 pages en fin de volume rien de plus, sur 4 tomes c'est rien), est excellente en tous points !
Mais quand même... allez passons !

Grun va enfin pouvoir consacrer tout son talent à une autre série dans un tout autre univers. Et je suis certain qu'il attendait ce moment avec impatience. Nous aurons bien sûr hâte de contempler à nouveau son trait magique dans son prochain projet !

Chronique du 17/03/09

Quatrième et dernier tome de la série, c'est celui qui doit tout nous révéler. Peut-être un poil moins dynamique que les précédents tomes, les révélations y sont beaucoup plus nombreuses. Sauf que la révélation finale est tellement floue que j'ai pas compris grand chose. Ou plutôt, ce que j'en ai compris me mettrait sacrément les boules à apprendre si j'étais le héros : avoir mis ma vie en jeu pour une telle évidence ! Je relirai la série en suivant un de ces quatre matins.
En tous cas, pas mal d'informations ici, et de façon pas toujours très naturelle, je trouve.


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Tome 4: \\"Les ordonnances\\"

Année d'édition
2009

Contes de l'ère du cobra (Les) Enrique Fernández (s)(d) GLÉNAT

Tome 1 : " Les amants "

Chronique du 28/08/12

« Bienvenue dans mon modeste théâtre.
Aujourd'hui, en ce cinquième anniversaire de la nuit des feux, permettez que je caresse vos âmes avec mon histoire, une histoire tissée des fils de cent autres histoires... »


Enrique Fernández a toujours aimé les contes. Dès ses premiers pas dans la bande dessinée, c'est avec David Chauvel qu'il se lance dans l'adaptation du roman de Frank Baum : Le magicien d'Oz. Son trait d'alors a quelque chose de féérique, en dehors des sentiers battus.
Les contes, il se les approprie petit à petit, il en fait presque son crédo. Il signe avec L'île sans sourire son second (si je ne m'abuse) album solo. L'an passé, il nous faisait vivre une fable initiatique et porteuse d'espoir avec Aurore...

Le voilà qui poursuit sa route dans le monde de la bande dessinée avec une nouveau conte, qui s'assoit entre la magie d'Aladin et la cruauté du Baron de Münchhausen. Dessins et couleurs nous transportent vers l'orient, l'Inde et Les mille et une nuits, le berceau de tous les rêves, des légendes, des serpents, des belles femmes...
Un monde dans lequel personne ne s'en sort indemne, dans lequel tout être, aussi bienveillant soit-il, possède une face sombre.

Enrique Fernández est un dessinateur que j'admire vraiment, capable de m'ôter les mots de la bouche avec son traitement graphique si particulier. Il parvient à chaque fois à faire quelque chose de sensiblement différent, et pourtant toujours aussi reconnaissable.
Il faut dire que ce monsieur vient de l'animation, tout comme d'autres grands noms de la bande dessinée que j'adore : Juanjo Guarnido, Virginie Augustin... On ressent vraiment cette patte là dans l'approche de la couleur. C'était flagrant dans L'île sans sourire, ça l'est d'autant plus dans ces Contes de l'ère du Cobra, dont le traitement est vraiment proche de celui d'Aladin de Disney.
Une colorisation en net décalage par rapport à celle employée dans Aurore, paru seulement 4 mois plus tôt (décembre 2011 pour Aurore et avril 2012 pour Les contes de l'ère du Cobra). Deux techniques tout à fait différentes et que l'auteur a sûrement dû employer de front.

Le récit m'a franchement enthousiasmé au départ, puis j'ai fini par le trouver un peu long, surtout sur la deuxième partie. Il faut dire que l'intrigue débute merveilleusement bien. L'auteur prend le contrepied parfait du beau prince qui part délivrer sa promise. Ça dégénère, la situation devient inextricable, on se demande comment ça va évoluer, c'est épineux et très plaisant.
Pourtant, j'ai trouvé que la seconde partie, avec l'arrivée du comédien nain, acolyte de notre virevoltant Irvi, était trèèèèèès longue, et pas si riche en rebondissement que la première moitié de l'album. Changement de rythme donc, dommage. Mais nous en aurons sûrement pour nos mirettes dans le second et dernier opus. Avec je l'espère une montée en puissance du début à la fin.

Ceci étant dit, j'ai beaucoup aimé cet album malgré tout, et je trouve que l'entrée en matière est plus agréable et va plus dans le fond des choses que dans Beauté.
Bref, si vous aviez aimé cet album de Fabien Velhmann et Kerascoët, si vous aimez tout simplement les belles histoires, foncez sur Les contes de l'ère du Cobra : vous ne serez pas déçus !


D'autres avis : David F., Zaelle




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Tome 1 : " Les amants "

Année d'édition
2012

Tome 2 : " Révolution "

Chronique du 27/04/13

« Comme je vous le narrais, notre pays traversait là des temps bien obscurs. Si obscurs qu'une simple et infime étincelle pouvait provoquer un puissant brasier. Un feu si intense qu'il mettrait fin pour toujours à cet Empire plongé dans les ténèbres.
Maluuk généra l'étincelle. Irvi souffla l'air qui la transforma en flamme.
Laissez-moi vous raconter maintenant comment cette flamme devint un puissant feu...
»


Après seulement quelques mois d'attente (le premier tome était paru en avril 2012, et le second à peine 5 mois plus tard) Enrique Fernández met fin à ces magnifiques contes (oniriques) de l'ère du Cobra.
Ainsi le lecteur par l'album alléché n'eut pas à attendre trop longtemps pour se plonger dans la conclusion du diptyque.
Une pause courte fort appréciable, et surtout une césure bien amenée dans le rythme de la narration, qui ne donne pas la désagréable impression que l'histoire aurait pu tenir dans un seul tome plus volumineux : le premier tome posait les bases de la romance et décrivait les personnages qui entraient véritablement en scène dans le second, sur une pétillante conclusion.

J'attendais celle-ci depuis longtemps mais, comme souvent, je fais trop traîner mes lectures... Qu'à cela ne tienne, j'ai relu intégralement l'histoire pour mieux m'imprégner de sa féérie. Et j'y ai pris beaucoup de plaisir tant l'auteur nous livre un travail impeccable.
Cette seconde lecture m'a par ailleurs permis de remarquer certains détails qui m'avaient échappé, comme cet exercice de style auquel Enrique Fernández s'est prêté sur les premières planches du tome 1. Elles présentaient une fluidité et un dynamisme incroyables, renforcés par ce découpage qui rendait la succession des cases si vivante : il y avait une continuité entre les cases, notamment les 3 premières de la page 5 et l'envol d'Irvi au-dessus de la cité en page 6.
Une dynamique que l'auteur a rapidement laissé tomber tant ce devait représenter un travail de folie. Il a cependant préservé notre délice intact à grand renfort d'artifices éblouissants : la mise en couleur de cette série est absolument fantastique !


« Notre devise est " seulement pour les plus grands, seulement pour les grandes occasions ", votre altesse. Notre caravane offre ses services uniquement aux clients les plus remarquables, et nous proposons des représentations sur mesure, fondées sur leurs propres exploits.
_ Hum... Humm... Soit, soit... Cela fait longtemps que nous n'avons eu la visite d'une troupe comme la vôtre. Quels sont vos talents ?
_ Notre plus grand talent est de transformer notre client en personnage principal de sa propre histoire. Et, qui mieux que votre altesse pour jouer son propre rôle ?
_ Moi, jouer un rôle dans la pièce ?
_ Mais pas n'importe lequel ! Le rôle principal : celui du héros !
»

Avec ce tome 2, Enrique Fernández clôt son récit dans une magistrale vengeance théâtrale. Une fin prenante oscillant entre le conte et le théâtre, dans un bouquet final explosif.
Je suis vraiment fan de cet auteur, et je dois l'avouer, Les contes de l'ère du Cobra est son œuvre que je trouve la plus aboutie, tant narrativement que graphiquement.
Maintenant, il ne me reste plus qu'à attendre (avec impatience) la sortie de Brigada, son prochain livre !



L'avis de Zaelle

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 2 : " Révolution "

Année d'édition
2012

Contes inachevés de david watts (Les) Christopher (s)(d) La comédie illustrée

Tome 7: "Vespérale"

Chronique du 20/01/07

« Tiens, qu'est-ce que c'est que cet ouvrage dans ma bibliothèque ?
Bien, le dessin à l'air sympathique ... »
C'est comme ça que je suis tombé sur cette série. Angélique avait rangé ses livres avec les miens, mais cette bande dessinée, peut être de par son format fin, m'avait échappé jusque là. Ce n'est pas le genre de BD que je lis habituellement. Ces séries dites "d'auteur" sont souvent hors-normes, c'est aussi le cas de celle-ci, mais je lui ai trouvé une saveur toute particulière.
D'une part, les dessins sont simples et très agréables, et d'autre part, les textes sont tout bonnement géniaux.
Résultat: j'ai vraiment adoré.

Davis Watts décrit dans ses aventures, composées de petites scènes avec des protagonistes récurrents, le monde dans lequel il évolue, avec sa pollution, ses rencontres improbables, et ses idées révolutionnaires.
Je conseille vivement la lecture de cette série.

Chronique du 20/01/07

Ah tiens, je viens d'apprendre que ma BD était un tome 7 ! Il ne me reste plus qu'à acheter les autres tomes En tout cas, rien de gênant puisqu'il s'agit d'une série de saynètes qui ont peut-être un rapport les unes entre les autres vu que ce sont les mêmes personnages mais bon...
A une époque, je m'amusais à essayer de les remettre dans l'ordre ^^

J'ai découvert cette BD du temps du salon d'Artigues. Auteur trop sympa, sobre et pas prise de tête. Je me rappelle qu'on avait passé une demi-heure à faire un petit concours de dessin devant sa table avec Marion et Lucie... Le bon vieux temps... Je n'avais même pas encore commencé mes premières collections de BD et je découvrais tout juste cet univers...

J'ai repéré d'autres BD du même auteur depuis, qui ont toutes l'air plus chouettes les unes que les autres, encore faut-il que je me décide à les acheter...


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Tome 7: \\"Vespérale\\"

Année d'édition
1996

Corto Maltese Hugo Pratt (s)(d) CASTERMAN

Tome 1 : "La ballade de la mer salée"

Chronique du 04/12/10

Alors que le Capitaine Raspoutine et son équipage fait cap sur Kaiserine pour y rencontrer un certain Von Speeke, son catamaran croise une chaloupe voguant paisiblement sur l'océan Pacifique après la tempête.
Dedans, deux jeunes gens : un garçon appelé Caïn et une fille du nom de Pandora.
Peu après, Raspoutine découvre ce bon Corto Maltese, ligoté à une planche de bois. Il décide de le sortir de ce mauvais pas, bien que l'occasion soit tentante de le laisser crever.

Oui je sais, j'ai honte, c'est le premier Corto Maltese que je lis. Et pour une première, on peut dire que j'ai été gâté, puisque mon album de La ballade de la mer salée est une édition anniversaire parue pour les 40 ans de Corto. En effet, Hugo Pratt imagine ce personnage en 1967 (pour une première édition française en 1975) et Casterman a décidé de marquer cette date par la sortie d'un livre de toute beauté, dans le format des planches originales. Autant vous le dire, ce n'est pas pratique à lire. Mais c'est un très bel objet ^^
À l'intérieur, il y a en plus de la BD une quinzaine de pages documentées pour continuer à parler de Corto Maltese à la fin de l'ouvrage.
Un album qui a reçu le prix de la Meilleure œuvre réaliste étrangère à Angoulême en 1976.

J'ai toujours vu Corto comme un grand voyageur, un marin très charismatique et charmeur. Mais j'ai été très surpris en le voyant affublé du titre de pirate (oui, j'étais peut-être un peu inculte sur le coup). Mais on oublie bien vite ce terme tellement il compte peu. Car Corto est avant tout un gentlemen, charismatique et charmeur. Et plutôt intelligent qui plus est.
Ce qui me plait le plus chez lui je crois, c'est ce côté sarcastique en toute circonstance et ses répliques de haute volée. Et puis il faut dire qu'il a plutôt la classe, comme marin !

" _ Ce que vous avez de mieux à faire, toi et Caïn, c'est de rester près de moi. Je porte bonheur.
_ Et vous pensez que vous allez toujours continuer à avoir de la chance aussi effrontément ?
_ Bien sûr ma chère... Quand j'étais petit, je me suis aperçu que je n'avais pas de ligne de chance, alors avec le rasoir de mon père... Zac, je m'en suis fait une comme je voulais. "


La classe, c'est exactement tout ce que n'a pas Raspoutine, son meilleur ennemi. J'adore le duo qu'ils forment tous les deux, fait de gentilles disputes. Ils veulent en permanence se tuer mais s'entendent finalement plutôt mal, euh... bien ! Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

" _ Hé, Corto, mais où étais-tu passé ? Maudit bâtard !
_ Ah ! Parce que toi, ton père tu l'as peut-être connu ? ... J'ai été me promener ! "


Ce sont là les deux personnages principaux évidemment. Mais il y a pleins de protagonistes secondaires qui ont tout autant de charisme et qui mériteraient qu'on parle d'eux : le lieutenant Slütter par exemple, Pandora aussi (plus que son frère Caïn je trouve, un petit effronté), et même le moine bien qu'on ne voit jamais son visage.

L'intrigue en elle même imbrique tout le monde dans un scénario complexe. Au travers de cette guerre de 14 qui arrive jusqu'aux îles les plus reculées du Pacifique se déroule une petite réunion de famille inattendue. Appelons ça comme ça. Les rouages de l'aventure sont intéressants et captivent le lecteur que je suis d'un bout à l'autre.
On peut donc dire que je suis enchanté par ce classique de la bande dessinée :)
Seul petit bémol quand même, histoire de pas être objectif à 100% : J'ai trouvé l'histoire un peu longue. Elle fait près de 170 pages je crois, c'est long, c'est très long !

Je termine sur le dessin :
Je me faisais la réflexion, c'est incroyable comme Hugo Pratt parvient à dessiner un navire simplement en posant quelques aplats de noir. De même, les décors derrière les personnages mêlent de gros traits à quelques détails plus minutieux. Mais on cerne toujours de suite là où on est et ce qui est représenté : une salle des machines, des chaudières...
Les visages ont eux aussi quelque chose de très particulier. Ils sont détaillés et flous à la fois. Pourtant, s'ils sont toujours différents dans le dessin, on parvient toujours à savoir à qui on a affaire. Le dessin des personnages est assez éloigné l'un de l'autre pour qu'on ne confonde personne.
Autant de choses qui font du dessin d'Hugo Pratt un ovni de la bande dessinée, inimitable et tellement génial.

Allez, d'autres citations pour la route :

" _ En deux mots tu me conseilles de fuir !?! Goujat ! ... Cette île est à moi ! Le moine meurt mais ne s'enfuit pas !
_ D'accord, alors, meurs !
_ Le moine fuit mais ne meurt pas !
_ Dame, il y aurait bien une solution... meurs à moitié. Et rends-toi à moitié...
_ Ah, Corto, Corto, Corto... ce que j'aime le plus en toi, c'est cette capacité que tu as de ne jamais perdre de vue le côté amusant des choses ! "


" _ Écoute Cranio : Voici un "38" avec lequel le moine aussi peut mourir !
_ Tu sais ce qui me déplaît en toi, Raspoutine ? ... Presque tout ! "

Chronique du 14/12/10

Corto Maltese est tout un symbole dans notre famille. Mon père, à la fois marin (d'eau douce :P ) et bédéphile, l'a élevé au rang d'idole, et c'est devenu une sorte de divinité chez nous. C'est d'ailleurs à cause du Paternel que j'associe immanquablement Corto à un vers de Baudelaire. Dites "Corto Maltese", et je vous répondrai "Homme libre toujours tu chériras la mer". Avec une telle ambiance familiale, comment se fait-il que j'ai attendu d'avoir 20 ou 25 ans pour lire un Corto ? Le mystère reste entier. Toujours est-il que lorsque j'ai fini par m'y mettre, je les ai lu sans les apprécier outre mesure, je l'admets.

Si comme moi, vous avez lu des Corto sans en apprécier la saveur, suivez mon conseil : lisez La ballade de la mer salée, car le héros de Hugo Pratt prend toute sa dimension et son intérêt dans cet album. On commence généralement une série au tome 1, on devrait donc toujours commencer les Corto Maltese par La ballade de la mer salée. D'ailleurs, l'histoire elle-même n'est pas "corto-centrée" comme le sont les autres albums. Il n'y a pas véritablement de personnage principal, mais plutôt plusieurs protagonistes qui se retrouvent embarqués dans les rouages de la piraterie et de l'histoire mondiale. En fait, après renseignement, il semblerait que cet album n'ait pas été écrit dans l'idée de créer la série des Corto Maltese. Au contraire, la série se serait développée à partir de l'un des personnages de l'album.

D'ailleurs, on sent bien qu'il s'agit là du tout premier. Les visages des personnages, encore hésitants au départ, s'affinent au fur et à mesure qu'on avance dans la BD pour adopter finalement les traits que nous leur connaissons depuis. Les caractères, eux, sont déjà bien cernés. Corto est placide, réfléchi, cynique et doué d'un grand sens pratique. Raspoutine est l'homme ambigu que l'on connait : immoral, insensible, cupide et crapuleux mais attachant et indispensable. Au final, cet album qui contient somme toute un nombre assez conséquent de pages se laisse dévorer sans autre forme de procès.

Mais laissez-moi vous parler de l'objet qui vaut, à lui tout seul, le détour. Car notre Ballade de la mer salée est une édition spéciale parue en 2007 pour fêter les 40 ans de la première apparition de Corto Maltese le 10 juillet 1967 et le 120° anniversaire fictif du marin le plus célèbre de la bande dessinée. La couverture est toilée et très esthétique avec un Corto à l'aquarelle. Le format correspond à celui des planches originales de Hugo Pratt. Le papier est épais. Un courrier du neveu de Caïn Grovesnore sur papier à lettre glissé dans le livre. Le format à lui tout seul aurait suffit à en faire un objet de belle qualité : le fait qu'il s'adapte à la taille originale des planches permet de véritablement apprécier le talent de Hugo Pratt. Son dessin est déjà réputé (à raison !) pour sa qualité. Mais là, il devient soudainement sublime, laissant se dévoiler la beauté, la précision, l'expression et l'intelligence des aplats de noirs.

Je suis en revanche plus mesurée sur la lettre du neveu de Caïn Grovesnore qui introduit l'histoire comme étant un fait réel basé sur des documents bien réels. La démarche manque d'originalité et de naturel, et c'est mon regret, car il faut bien admettre qu'elle apporte aussi des éléments nouveaux à l'affaire si on prend la peine de la lire après lecture de l'album.

Roaarrr Challenge
- Meilleure œvre réaliste étrangère - Angoulême 1976


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Tome 1 : \\"La ballade de la mer salée\\"

Année d'édition
2007 (1°ed.1975)

Tome 2 : " Sous le signe du Capricorne "

Chronique du 16/06/2013

Après l'incroyable Balade de la mer salée, Hugo Pratt reprend ses plumes pour nous gratifier de nouvelles histoires de Corto Maltese.
Cette suite, nous la devons à la rencontre de l'auteur italien avec le rédacteur en chef de l'hebdomadaire Pif Gadget lors d'un festival en Toscane, qui lui propose alors de publier en France.
C'est ainsi que voient le jour en 1970 ces 6 histoires du marin maltais, qui devient alors le personnage principal d'une série qui portera désormais son nom. Et il aura encore fallu attendre quelques années avant que l'album ne soit publié dans un recueil broché.

Bien que le titre soit placé Sous le signe du Capricorne, ces aventures de Corto Maltese se situent plutôt au niveau de l'équateur (Guyane hollandaise et française, nord du Brésil).
On y retrouve un Corto tantôt justicier, tantôt rebelle, chasseur de trésors ou de civilisations perdues.


« Oh... oui... oui... J'ai connu ta mère par une peinture d'Ingrès. Elle était célèbre ta mère. La fiancée de Gibraltar, une gitane très connue... Oui... oui... puis elle alla à Malte avec un marin de Cornouailles.
_ Fantastique, j'ai l'impression de me trouver avec une vielle tante et de regarder l'album de famille.
»

Hugo Pratt a trouvé son héros. Il faut dire que ce dernier ne manque pas de prestance. L'auteur prend bien soin de préserver son charisme et si l'on en apprend un peu plus sur sa personne et ses origines, ce n'est jamais de sa bouche. Il aime cultiver le secret qui l'entoure et nous, nous aimons cet élégant marin qui donne toujours l'impression d'avoir un temps d'avance, de tout savoir et de tout déjouer. Pourtant, il reste impulsif et imprévisible, allant même jusqu'à foncer tête baissée vers le danger alors qu'il sait très bien qu'il ne devrait pas.
De tous, il est peut-être pour moi le personnage de bande dessinée le plus fascinant, aventurier rebelle cynique et charmeur.

Si j'aime toujours autant le charisme de Corto, j'ai trouvé ses histoires un peu plus poussives cette fois.
La narration, toujours aussi volubile, n'est pas parvenue à me transcender autant que pour La balade de la mer salée. Je soupçonne le fait que le récit soit découpé en 6 chapitres d'être à l'origine de cette impression car même si les péripéties se déroulent sous le même ciel, elles peinent à trouver le liant et la richesse du premier opus. Il y a bien des personnages récurrents (comme le jeune garçon ou le professeur) et la chronologie qui est proche, mais le fil conducteur paraît infime.
Au cours d'une chasse au trésor digne des meilleurs récits de piraterie, l'apparition de Raspoutine nous apparaît toujours aussi délicieuse en réparties mais ne relève pas cette amère impression de longueur.
Et pourtant j'ai aimé ces histoires séparément, ces premières pistes vers le continent perdu de Mû, ces captivantes aventures qui sentent bon l'air marin, le rhum et la bagarre. Je regrette seulement qu'elles ne forment pas un tout plus consistant.


Je n'en ai pas parlé, mais Pratt reste Pratt : un génie du noir et blanc
Un style fait de noirs intenses et de traits justes qui me fascine toujours autant.

Chronique du 16/06/2013

Sous le signe du Capricorne... Voici un volume bien déroutant des aventure du très fameux Corto Maltese. Il ressemble plus à un recueil d'histoires qu'à un récit complet. Les trois histoires qui se succèdent au long des six chapitres sont bel et bien chronologiquement cohérentes les unes avec les autres, liées par les événements et les personnages et situées géographiquement entre l'Équateur et le Tropique du Capricorne (Guyanes Hollandaise, Française et Brésilienne). Néanmoins elles sont distinctes par leurs intrigues, leurs lieux et les objectifs de Corto.
Qu'à cela ne tienne, le dessin de Hugo Pratt ne déroge bien sûr pas à sa réputation : entre un trait hachuré à la fois fourni, succins et rapide et des aplats d'un noir épais, le noir et blanc du Vénitien garde une saveur intemporelle qui offre à la jungle toute sa densité et à la mer toute sa sérénité. Quant aux personnages, leur caractère passe dans l'intensité de leur regard.
On savoure toujours le cynisme jubilatoire et le côté "immoral mais quand-même" du célèbre pirate. Toujours ambigu, il prend les situations de haut avant qu'elles ne se retournent contre lui, il prétend n'avoir que l'argent pour morale mais le sacrifie sur l'autel du cœur, il prône la prudence mais fonce dans le tas... Inutile de préciser que son rapport à la gent féminine n'est pas moins obscur ! Une fois n'est pas coutume, je me plierai au jeu des citations de Lunch tant Corto reste inimitable.

« Incroyable !... Mais... Je gagne avec cinq as.
- Ce n'est pas possible, il y a seulement quatre as dans un jeu de cartes.
- En effet, de toute ma vie de joueur je n'ai jamais vu une partie pareille... »


« Cette dynamite suffira... Tu savais qu'un tzigane m'a dit que lorsque je mourrai tous ceux qui seront autour de moi mourront aussi ? »

Petit bonus dans cette épopée sud-américaine : on découvre ses origines (pour peu que vous découvriez ses aventures dans le sens original d'écriture), mais bon... pas de sa bouche, faudrait pas rêver non plus.

« Fantastique, j'ai l'impression de me trouver avec une vieille tante et de regarder l'album de famille. »



Un autre avis : Yaneck

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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Tome 2 : " Sous le signe du Capricorne "

Année d'édition
2011 (1°ed. Publicness 1971)

Couleur de peau : miel Jung Sik Jun (s)(d) Quadrants

Tome 1

Chronique du 09/02/08

Jung Sik Jun est un petit enfant coréen, qui a été abandonné, et élevé dans un orphelinat, en attente d'une adoption. Nombre de Coréens subissent le même sort, certains partent pour les États-Unis], la France, ou la Suède, pour lui : ce sera la Belgique, en Wallonie...

Ce livre est en fait l'histoire autobiographique de l'enfance de Jung, qu'il décrit ici de manière décalée, en restant toujours positif et en imposant une dimension humoristique qui n'était pas évidente au vue de son adoption.
L'auteur a voulu nous dire ce qu'il pensait de son pays d'origine, des adoptions massives de Coréens dues au régime politique du pays, tout en gardant le sourire et en relatant son enfance loin du peuple qui l'a vu naître.

C'est un livre poignant et très intéressant, expliquant très pédagogiquement la situation de la Corée, ou encore plus sommairement le fonctionnement de la Belgique. On rit beaucoup tout en partageant l'intimité de l'auteur. C'est voulu, et c'est très bien fait.

L'auteur de Kwaidan change de style, autant narratif que dans le dessin, et nous surprend agréablement, avec cette BD au petit format sympathique.
On aime ou on aime pas, et on est très surpris de trouver ce livre chez Soleil, dans une nouvelle collection "Quadrants" nommée "Astrolabe". Mais peu importe : Couleur de peau miel est réellement une superbe bande-dessinée.

Chronique du 09/02/08

Couleur de peau : miel a quelque chose de déroutant. On a l'habitude de suivre Jung dans des histoires fantastiques japonisantes, et on le retrouve dans une autobiographie aux antipodes de ce que l'on connait de lui.

Déroutante aussi, car elle aborde des sujets plutôt difficiles avec un profond détachement alors qu'elles ont été vécues par l'auteur lui-même. "Profond détachement"... Le terme est même léger, il n'hésite pas à être sarcastique avec son propre passé.

Intéressant par ailleurs de découvrir des univers peu connus : la Corée du Sud de l'après-Guerre de Corée et l'expérience de l'adoption.


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Tome 1

Année d'édition
2007

Tome 2

Chronique du 23/02/10

Jung a maintenant 14 ans, il entre dans l'adolescence... une période difficile : en plus de devoir gérer les problèmes auxquels sont confrontés tous les enfants de son âge, il doit aussi trouver les réponses qu'il occulte depuis toujours...

Le tome deux repart là où le premier avait prit fin. Certains trouvent ce second opus plus gris, moins prenant, mais je préfère considérer le travail dans son intégralité... et ce même si je les ai lus avec quelques mois d'écart.
Certes, la dérision est toujours là, et sans elle on serait probablement noyé. Jung parvient à nous conter une période plus délicate, plus conflictuelle, tout en gardant la même pédagogie.

On se rend compte à quel point un adopté peut avoir des questionnements aux antipodes de ce qu'on a vécu, mais en plus de ceux qu'on a tous connus. Et il est très difficile de se mettre à leur place car on ne le sera jamais.
C'est en tout cas un très bel hommage à tous les adoptés et à tous les parents, qui ont adopté également.
Personnellement, même si je ne suis pas dans ce cas de figure, j'ai été très touché par ce double-album autobiographique de l'auteur. C'est quelqu'un que j'apprécie de part son dessin et son travail, et que j'ai également rencontré à plusieurs reprises lors de séances de dédicaces, avec sa femme Jee-Yun qui scénarise la plupart de ses albums. Et c'est vrai que ce n'est pas une question qui nous vient à l'esprit quand on lui parle, ses origines, toutes ces choses... je ne suis pas certain de lui en parler un jour, mais en tout cas j'espère qu'un jour il franchira le cap, et qu'il parviendra à renouer avec ses origines, et à retourner en Corée.

Au passage, j'ai beaucoup aimé le travail de son ami Raoul en page 90. Inspiration Dali, c'est certain, mais quelle imagination :)



Roaarrr Challenge
- Prix Région Centre - BD Boom 2008


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Tome 2

Année d'édition
2008

Courtney Crumrin Ted Naifeh (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Chronique du 08/06/13

La plupart des gens aiment à cataloguer un récit dans un style qui va le définir. Une œuvre aura alors son public cible : une tranche d'âge ou un goût prononcé pour un genre bien particulier.
Certaines œuvres, plus rares, savent s'affranchir de ces limites et sont assez intelligentes pour ne pas se laisser cadenasser dans un moule. C'est le cas de Courtney Crumrin.

Courtney est une petite fille en pleine adolescence. Ses parents, fauchés, ont décidé d'emménager dans la maison du grand-oncle Aloysius pour pallier à leurs problèmes financiers. Issue d'un quartier modeste, la petite famille déboule alors dans la grande maison lugubre du vieil homme et tente de se faire une petite place au sein de l'aristocratie environnante de Hillsborough (littéralement « arrondissement de la colline »).

« Nous n'avons pas élevé notre petite fille pour qu'elle se batte.
_ C'est un quartier respectable. Tu veux donner une mauvaise image de nous ?
_ Essaie au moins de t'entendre avec les autres enfants.
_ Ne nous pose pas de problèmes. Ces enfants ont des parents importants.
»

L'adolescence est une période de vie fascinante qui se situe entre l'enfance et l'âge adulte. Il y a cette irrémédiable envie de grandir qui se caractérise souvent par un conflit plus ou moins violent avec les parents. Et puis il y a aussi cette curiosité des choses de la vie, ce besoin de se sentir concerné, de prendre son indépendance.
Courtney se retrouve, avec ce déménagement, chamboulée dans ses repères. Elle est en pleine reconstruction. De plus, l'arrivée dans un quartier riche pour une fille issue de la banlieue ne plaide pas en faveur de son intégration : elle est esseulée, tenue à l'écart par ses camarades de classe. Il faut dire qu'elle habite dans « la maison hantée de la ville », celle qui effraie tout le voisinage : cela n'aide pas !
Mais la jeune fille est curieuse, un tantinet espiègle... et elle n'a peur de rien !


On pourrait faire un quelconque rapprochement avec l'univers d'Harry Potter. Cette envie de parler aux enfants par le biais d'une histoire qui les heurte et les mets mal à l'aise. La préface écrite par l'amie de l'auteur (il faut dire que cette petite fille atypique et courageuse porte le même nom qu'elle et qu'elles semblent toutes deux avoir vécu le même problème d'intégration), elle-même écrivain, l'exprime bien : « Les seuls contes pour enfants qui sont de véritables classiques, intemporels et aimés, sont aussi ceux qui sont subversivement honnêtes sur les horreurs de la vie. Les enfants font face à la réalité à un niveau beaucoup plus basique que les adultes, et ne croient pas aux histoires qui sont trop mignonnes. »

Ted Naifeh n'hésite pas à proposer un album, certes orienté jeunesse, mais surtout mature. Il prend le parti de ne pas choyer son lectorat, de lui montrer des choses flippantes, ce qui donne du caractère à l'album qui en devient aussi savoureux pour les plus jeunes que pour les adultes.


L'approche graphique est également sujette à ambiguïté.
Ted Naifeh déroule son histoire dans de grandes cases fourmillant de détails, entièrement basées sur un jeu d'ombres obtenu à l'ancrage. Dans un style plutôt réaliste (bien que les mains soient crochues à quatre doigts), il associe ses traits secs à de grands aplats noirs pour une immersion totale dans le fantastique. Seul le personnage de Courtney diffère au niveau du code graphique avec sa bouille toute en rondeur, son absence de nez et ses grands yeux ronds. Un visage plus doux dans un monde bestial.
Une histoire qui s'extrait de la couleur pour accéder en quelque sorte à l'intemporalité. Chose qui plaira au férus du noir et blanc mais qui laissera de côté la plupart des enfants.

Il existe cependant une version colorisée de la série, campant une ambiance générale sombre, à dominante mauve-rouge. Une apport de couleur qui permettra sûrement aux plus jeunes de mieux appréhender le récit, et qui assoit également l'origine comics de l'œuvre (Naifeh étant Américain).
L'auteur n'a par ailleurs pas de préférence entre les deux éditions. Il trouve que la colorisation réalisée par Warren Wucinich apporte une atmosphère supplémentaire.


Le premier album de Courtney Crumrin peut très bien se lire seul, comme un one-shot, pour ceux qui sont réfractaires aux séries (6 tomes ici et 2 hors-série). Il se compose par ailleurs de plusieurs histoires courtes dont on ressent le découpage. J'ai trouvé qu'il manquait un fil conducteur plus ténu, que le chapitrage coupait un peu le rythme de la narration, bien qu'une certaine continuité soit présente, notamment au niveau de l'initiation de la fillette aux choses de la nuit.

« Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
Tu crains à mort dans mon rôle. »

D'une façon plus générale, j'ai aimé le personnage central de Courtney, le lien entre l'aspect fantastique du récit et la symbolique de l'adolescence.
Courtney étant une enfant un peu à part, elle trouve un terrain de jeu à sa mesure pour s'évader d'un quotidien morose (école, parents, etc). Elle (s')expose (à) une certaine forme de cruauté qui fait partie intégrante de son expérience, de l'univers sombre qui l'entoure et de la vie, tout simplement.


Pour ceux qui ont aimé Courtney Crumrin, je leur conseille la lecture de Bêtes de somme (et vice-versa). Même public, même genre, mêmes peurs...


D'autres avis : k.bd, iddBD, Mo', Yvan, Nico, Jérôme, Yaneck




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Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Année d'édition
2009 (1°ed.2004)

Cross Fire Jean-Luc Sala (s), Pierre-Mony Chan (d) SOLEIL

Tome 1 : "Opération Judas"

Chronique du 23/03/10

Oak Island - Nova Scotia - Canada.
Luigi et Sofia sont envoyés en mission par Monsignore Marchesi sur un site archéologique. Il s'agit de trouver les reliques avant les personnes qui semblent les chercher, afin de les dater. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu, et les prétendus ouvriers semblent bien plus équipés que prévu.
À la suite de cet échec, il est convenu de faire appel à un spécialiste pour protéger Sofia, un dénommé Angelo, fils d'une vieille connaissance du Cardinal...

L'intrigue, le dessin, les personnages, l'humour, l'infiltration et le mystère... cet album a vraiment tout pour plaire. Sur un fond inspiré de James Bond (il y a même le vieux "Kyu" et ses gadgets), Jean-Luc Sala pose les fondations d'un scénario occulte avec ce service secret qui existe dans l'unique but d'éradiquer les preuves qui remettraient en cause le principe même de la religion chrétienne.
Mais le Cardinal Marchesi, à la tête du Cabinet Noir, est peut-être trop curieux... et c'est un bien vilain défaut à ce qu'il paraît !

Personnellement, tout ce qui est occulte, avec des reliques, des templiers, tout ça, j'aime bien, de manière générale. Et si en plus de ça on a de l'humour bien comme il faut, alors on va pas se plaindre.
Sacré bonhomme que cet Angelo, dont les répliques décapantes animent chaque page. Et le duo avec la belle Sofia n'en est que plus piquant.

Eh bien, il ne reste plus qu'à découvrir la suite.

Chronique du 23/03/10

J'ai acheté cette BD car nous devions recevoir Jean-Luc Sala à la bibliothèque. Je connaissais Bakémono mais pas Cross Fire à l'époque, et je voulais savoir ce que ça valait avant de le faire acheter en double à la bibliothèque, d'autant que je restais sceptique, rapport à l'éditeur...

Pour le coup je n'ai pas été déçue, et j'estime que le scénario est bien mieux ficelé que pour Bakémono. L'occulte n'était pas encore tout à fait à la mode à l'époque, et associé à de l'action digne d'un James Bond (qui a réellement inspiré le scénariste) et à un humour décapant, cette BD est tout à fait digne d'intérêt, même pour ceux qui sont passionnés de gros lolos ! On est épaté par la maîtrise de Sala quant au sujet biblique (on le croirait pas, comme ça, en le croisant) et par sa culture, mais aussi par son sens du scénario.

Et n'enlevons rien à Pierre-Mony Chan... Si Jean-Luc Sala a fait appel à lui alors que lui-même maîtrise le dessin, ce n'est sans doute pas un hasard. Les mimiques des personnages, d'Angelo en particulier, sont très éloquentes (grosse inspiration manga à n'en pas douter), le mouvement assiste assez bien le rythme du scénario... petite (mais pas trop grosse) déception sur les couleurs tout de même.


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Tome 1 : \\"Opération Judas\\"

Année d'édition
2004

Tome 2 : "Au service secret de sa Sainteté"

Chronique du 23/03/10

Monsignore Marchesi, Sofia et Angelo se retrouvent devant les fameuses fouilles archéologiques que leur avait indiqué leur mystérieux informateur. Quel terrible secret cachent-elles pour que des homme surentrainés y soient envoyés ainsi ?

A megghia parola è chidda chi nun si dici.*
C'est ce qu'Angelo dit à Sofia en voulant sortir le grand jeu pour l'impressionner. Mais il en faut plus que ça pour ce faire, assurément, et cette dernière ne manque pas de le remballer une fois de plus, avec son mordant habituel. Je trouve le passage tellement drôle que je ne peux m'empêcher d'en parler.

Ah, bien entendu, ce n'est pas le seul trait d'humour de l'album. Mais je le trouve néanmoins un petit ton en dessous du premier opus. On apprend cependant des choses, beaucoup de choses. Et il reste encore tant de mystères à découvrir !
En bref, Cross Fire adopte un scénario rondement mené par Jean-Luc Sala, qui fait plaisir au lecteur en lui donnant de quoi manger, sans pour autant dévoiler tous ses secrets. La technique est payante, on veut connaitre la suite absolument ! J'ai quand même un reproche à lui faire : ces conclusions en cliffhanger à la fin des albums me font bouillir. Autant c'est monnaie courante sur un manga, autant là, sur une BD qui met deux ans à paraître, ça peut être très très long !

* La meilleure parole est celle qu'on ne dit pas.

Chronique du 23/03/10

Une correction par rapport au tome 1 : les couleurs fonctionnent beaucoup mieux.

Suite du premier tome. Les pièces se mettent en place, des nouveaux personnages, de nouvelles factions : les intérêts des uns et des autres se dessinent et certains qu'on croyait hostiles ne le sont pas forcément. Toujours cette association décapante occulte/action/humour, avec quelques clins d'œil genre Télétubbies ou Star Wars.


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Tome 2 : \\"Au service secret de sa Sainteté\\"

Année d'édition
2006

Tome 3 : " Mourir et laisser vivre "

Chronique du 12/11/11

Le Vatican, été 1939.
Un caveau vient d'être exhumé sous la basilique Saint-Pierre. La légende dit que l'apôtre est enterré quelque part sous cette basilique, sans que jamais personne n'ait pu vérifier cette hypothèse. Deux hommes pénètrent alors dans le saint des saints pour accéder aux fouilles à l'aide d'un laisser-passer. Ils sont à la recherche de manuscrits anti-canoniques qui pourraient tomber en de mauvaises mains...
Un flashback nécessaire à la compréhension de l'histoire pour ouvrir ce tome 3, repoussant encore de quelques minutes notre envie de savoir si Angelo s'en est tiré où s'il est bel et bien mort (voir fin du tome précédent).
Un flashback qui nous remet aussi dans le contexte de l'intrigue, développant le sujet de Saint-Pierre, de Judas et du Graal.

Ne comptez pas sur moi pour vous dire à quelle sauce sont mangés les héros de l'histoire, de Marchesi à Angelo. Toujours est-il que Jean-Luc Sala maltraite ses protagonistes c'est certain. Pourtant, nous ne sommes pas dans une série larmoyante, bien au contraire. On ne s'attardera donc pas trop sur leur sort n'est-ce pas ? Vous êtes inquiets ? Tsss...

Si la recette Cross Fire se poursuit, à grand renforts de coups de feu, de tatane et de piques sarcastiques, j'ai tout de même trouvé ce troisième opus plus poussif. La faute aux nombreuses justifications du monde occulte. Nous sommes dans l'enquête pure (ou presque). Le temps est à la réflexion, et non à l'action. Du coup les évocations des textes bibliques se recoupent, s'entremêlent. Et nous, on essaie de s'accrocher pour pas se faire complètement larguer. Bref, une lecture qui demande une concentration assidue et ma foi une bonne dose de recherche et de relecture des précédents tomes si on veut approfondir et bien tout saisir.

Un scénario volubile difficile à avaler. J'espère que la suite sera plus mouvementée... en tout cas maintenant on commence à cerner les enjeux et les forces en présence.
Cette série est une véritable hérésie. Jean-Luc Sala serait-il en quelque sorte un Simon de Samarie ?




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Tome 3 : \\" Mourir et laisser vivre \\"

Année d'édition
2008

D Alain Ayroles (s), Bruno Maïorana (d), Thierry Leprévost (c) DELCOURT

Tome 1: "Lord Faureston"

Chronique du 30/05/09

Le capitaine Richard Drake est une légende vivante. Régulièrement parti pour des expéditions dans des pays sauvages, son apparition lors d'une soirée londonienne ne passe pas inaperçue, lui que certains croyaient mort tellement cela faisait longtemps qu'il n'avait été vu.
Peu après son arrivée, il fait la rencontre d'une femme au caractère bien trempé qui ne le laissera pas indifférent. Mais il se fait voler la vedette par un certain Lord Faureston, un beau dandy ténébreux.
Plus tard dans la soirée, alors qu'il suit un valet prenant la poudre d'escampette, il le retrouve sur le point d'enfoncer un pieu dans le cœur de la charmante Catherine Lacombe.

Nous voilà plongé dans un univers fétiche des auteurs, puisque les deux angoumoisins envisageaient déjà depuis longtemps de faire une histoire sur les vampires qu'ils chérissent tant.
Et je dois avouer que la bande-dessinée a tout pour plaire !

Tout d'abord, l'histoire se déroule dans l'Angleterre victorienne, au milieu des dandy et de leurs discussions hautement philosophiques, ou farfelues selon, dans lesquelles ils se complaisent toujours à se montrer avec des remarques acerbes, piquantes, bien placées.
Et moi les piques, j'adore ça ! Déjà, j'avais beaucoup aimé "le portrait de Dorian Gray", dans le même esprit mais sans les vampires... (et en roman, accessoirement, ce qui n'est pas tout à fait la même chose qu'une bande-dessinée).

Le vampire ensuite, celui là est bien gratiné. A la fois élégant et immonde, attentionné et cruel, distingué et fourbe.
Il ne recule devant rien pour parvenir à ses fins, mais on a pourtant l'impression qu'il n'est pas satisfait de sa condition et qu'il se rattache au monde civilisé comme il le peut, qu'il essaie tant bien que mal de s'y trouver des repères, sans toutefois y parvenir, rappelé régulièrement à l'ordre par ses pulsions ancestrales.

Bien loin de Buffy contre les vampires, on trouve quand même notre "chasseur" sous le couvert de Mister Jones, scribe dans une banque lorsqu'il ne traque pas ses démons. C'est lui qui va initier notre brute amoureuse aux dangers de ces bêtes de la nuit.

Le dessin de Bruno Maïorana est plus que reconnaissable, dans la lignée de notre cher Garulfo. On retrouve bien là ses traits si caractéristiques, associés à la couleur de Thierry Leprévost une fois encore. L'univers change mais les traits restent et se marient parfaitement à la nouvelle œuvre. On apprécie tout particulièrement les alternances entre l'ombre (les scènes de traque, de frisson, les enterrements,...) et la lumière (qui consiste à conter fleurette la plupart du temps, ce qui est très divertissant).

Bref, on a hâte de lire la suite !




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Tome 1: \\"Lord Faureston\\"

Année d'édition
2009

Dans l'abîme du temps Ian Culbard (s)(d) AKILEOS

Chronique du 16/09/13

J'avais à peine 14 ans quand je me suis pour la première fois pris les pieds dans l'univers du jeu de rôle. C'était il y a bien longtemps déjà... Bien entendu, les premiers scénarios sont surtout épiques, à grands renforts de coups d'épées et de magies surpuissantes. Et puis, petit à petit, on en vient à découvrir de nouveaux mondes, nombre d'entre eux étant issus de romans. C'est ainsi qu'est née une certaine délectation pour les œuvres magiques de Tolkien, Gaborit, Zelazny ou encore Lovecraft.

Bien entendu, j'ai avant tout pris un immense plaisir à jouer, sans me soucier vraiment de l'origine des aventures que je vivais. Puis j'en suis venu à m'y intéresser, les dévorant goulument pour certains tant j'ai trouvé leurs auteurs géniaux.
Le mythe de Cthulhu a ceci de passionnant qu'il regorge de créatures insondables, de Grands Anciens à la puissance tentaculaire et à la sapience infinie. Des horreurs indicibles qui datent un peu mais dont le genre est perpétué à travers les âges et qui demeure aujourd'hui encore une lecture marquante.
De nombreux auteurs ont contribué à accroitre la renommée de l'œuvre. Howard Phillips Lovecraft était un pionnier et il entraîna dans sa suite d'autres grands écrivains, célèbres pour avoir prêté leur plume au mythe, comme August Derleth ou Rebert E. Howard.
Maintenant, les nouvelles aventures de Cthulhu ne se lisent plus, elles se vivent... il est de ces petites joies d'être rôliste !


Ian « I.N.J. » Culbard n'en est pas à sa première adaptation des nouvelles de Lovecraft puisqu'il a déjà publié, chez Akileos pour le public français, Les montagnes hallucinées et L'affaire Charles Dexter Ward.
Il a d'ailleurs obtenu pour le premier cité le prix du meilleur roman graphique de la British Fantasy en 2011... un prix pas si surprenant si l'on considère que le romancier August Derleth en est en quelque sorte le parrain spirituel du festival et que la récompense est une statue en ivoire représentant Cthulhu.


« Supposons un instant que je ne rêvais pas.
Supposons que mon amnésie résulte d'un échange diabolique.
Supposons qu'une personnalité secondaire ait pénétré dans des régions inconnues et que ma propre personnalité ait souffert un déplacement.
Où était mon vrai moi les années durant lesquelles un autre retenait mon corps en otage ?
»

Adapter une histoire n'est pas chose aisée. Pour autant, je me retrouve parfaitement dans le style par rapport aux romans originaux. En cela, même si je n'ai pas lu Dans l'abîme du temps, je reconnais un bon travail de fond sur la narration dans cette bande dessinée, jusque dans les dialogues.
Je me suis bien immergé dans le récit, pour suivre cet homme, Nathaniel Wingate Peaslee, dans sa quête intérieure. Victime d'amnésie, il a l'impression d'avoir vécu un profond traumatisme mais des réminiscences de ces années d'oubli lui reviennent dans ses songes... Le plus surprenant, c'est qu'il semble avoir voyagé dans un lieu hors du temps et de l'espace... un mystère !

Pour ceux qui comme moi ont déjà lu des nouvelles de Lovecraft, le fil conducteur est assez classique et aisément prévisible. Cela ne m'a pas foncièrement gêné (bien qu'un peu de surprise eut été appréciable), mais j'avais l'impression de connaître tous les secrets de l'histoire alors que je n'en étais qu'à ses prémisses, lorsque Nathaniel rencontre son médecin. Il restait à peine quelques points d'ombres pour me rassasier, non pas sur le procédé mystique mais sur la civilisation Yithienne en elle-même.
Les amateurs du jeu de rôle (et l'auteur en est un lui-même) ont l'habitude de vivre des scénario plus débridés. Mais ce serait aller au-delà de la simple adaptation.


Côté dessin, je suis plus réticent.
Le trait de Ian Culbard est plutôt gras et raide dans sa partie contemporaine de l'histoire. Les visages manquent d'expressivité, en partie à cause des deux points faisant office d'yeux et de par la rigidité des faciès. Il manquait peut-être un peu du fog londonien et de hachures nerveuses pour accentuer l'obscurantisme de la situation : un brin de folie, tout simplement.
Pour autant, l'auteur a su instiller dans les visions de Nathaniel ou dans les cieux étoilés une atmosphère plus adéquate. Et sur les dernières pages, surtout, alors que le scénario monte en puissance, on retrouve enfin un petit frémissement, fort d'un graphisme plus torturé, marqué par l'abondance de traits, quelques effets de lumière bienvenus et cette impression de grandeur cyclopéenne, enfin.


Une bonne histoire dans laquelle j'ai retrouvé le style Lovecraft. Il manquait un petit brin de folie pour accentuer l'ambiance horrifique.

Chose rare (mais ça m'arrive parfois), j'ai essayé de lire cet album (tiens, je n'ai pas parlé de son petit format sympathique) avec un fond sonore. Je n'avais pas mieux à disposition que la bande originale de Coraline. Un choix plutôt cohérent dans son ambiance générale mais plutôt handicapant sur certaines pistes plus vocales (qu'il vaut mieux zapper même si elles sont courtes).

Chronique du 16/09/13

Deux mauvais points d'emblée pour cet album : la grande majorité des adaptations sont mauvaises et je ne suis pas une inconditionnelle de Lovecraft. Autant dire que je n'attendais pas vraiment cette lecture avec une grande impatience. Jusqu'à l'arrivée de l'album en question.
Soyons honnête, le travail éditorial est bluffant ! Une belle couverture, une excellente qualité de papier, bien épais et bien mat. Au passage, mes félicitations à Akiléos !!! Quand on voit un livre pareil, difficile de se retenir !

Quant au livre lui-même, je reste plus mesurée. Quelques rares planches vraiment sublimes, des couleurs vraiment chouettes tout à fait adaptées à l'ambiance, une adaptation globalement cohérente (ça normalement, c'est plutôt un compliment de ma part)...
Bon mais cela dit, je ne sors pas non plus enchantée. La faute à Lovecraft ou à celle de Culbard ? Allez savoir, je n'irai pas non plus lire l'œuvre originale (et même je vous autorise à me lapider pour ces propos). Je trouve l'ensemble à la fois lent (pas d'action, pas de flip, rien que le témoignage obscur d'une victime quelconque) et trop rapide (pas le temps de vraiment comprendre ce que ce Nathaniel essaie de nous expliquer). Quant au dessin (vraiment sauvé par les couleurs et la qualité du papier), je le trouve inadapté à l'univers sombre de HP Lovecraft.

A me lire, vous allez vous dire que c'est un navet ? Non, c'est quand même une lecture qui passe pas mal. Par contre, clairement, ce n'est pas le chef d'œuvre du siècle.

D'autres avis : Champi, Choco, Mo'


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Année d'édition
2013

Daytripper Fábio Moon (s)(d), Gabriel Bá (s)(d), Dave Stewart (c) Vertigo

Au jour le jour

Chronique du 19/08/12

Brás de Oliva Domingos est un petit miracle. Né dans les ténèbres d'une panne d'électricité générale de la ville, sa maman, prise de désespoir de ne pas entendre son enfant pleurer, s'est mise à chantonner. Le gamin, que personne ne voyait ni n'entendait, lui a alors répondu. Le courant est alors revenu.
Enfant, cette histoire lui donnait l'étoffe d'un super-héros. Adulte, le petit miracle avait besoin d'autre chose, cherchant au fond de lui à se frayer son chemin dans la vie, à trouver son identité... la sienne, pas celle du fils de son père, écrivain brésilien connu et reconnu.

Daytripper nous fait voyager au gré des époques et nous fait partager le quotidien de Brás, journaliste pour le compte des rubriques nécrologiques.
Un métier qu'il n'aime pas et qui pèse lourd sur sa conscience, torturée par le fait qu'il prendra le même chemin un jour ou l'autre.

« Je voulais écrire sur la vie, Jorge, et regarde-moi...
... tout ce que j'écris, c'est la mort. »


Comme dans le film Un jour sans fin, l'histoire est un éternel recommencement. Sauf qu'il ne s'agit pas de recommencer la même journée jusqu'à en trouver la clef, mais de mourir à chaque période clef de sa vie, peut-être pour mieux la comprendre... ou au contraire nous faire prendre conscience que nous ne sommes rien face à la fatalité, et que c'est l'ami Jorge qui détient la voix de la raison :
« La vie est belle, mon pote. »

L'album se présente sous la forme de dix chapitres illustrant à chaque fois une période charnière de la vie de Brás, dans un ordre anarchiquement logique. La syntaxe peut surprendre, mais c'est tout à fait ça : il n'y a pas de chronologie, on peut suivre Brás lorsqu'il a 32 ans et l'instant d'après le retrouver à 21 ans, pour ensuite revenir sur ses 28 ans. Un joyeux mélange qui n'altère jamais la compréhension et qui, malgré les fins toutes plus tragiques les unes que les autres, nous laisse à espérer que la vie continue !
Une vie faite de multiples autres vies, des vies où il aurait pu mourir autrement et à tout instant.
Si la fin du premier chapitre nous souffle complètement, on repars aussitôt avec une nouvelle vie, une nouvelle mort. Au fur et à mesure que le récit avance, on sent que la fin est un peu présente partout, mais on ressent aussi un certain optimisme au-delà du voile de la tristesse.

Des chroniques nécrologiques concluent chaque fin de chapitre, mettant en abîme la mort qu'aurait pu vivre Brás. Des écrits souvent touchants, comme une ode à la mort et une façon pour les proches de pouvoir franchir le cap douloureux de la perte d'un être cher. Je ne me souviens pas avoir lu un jour des avis de décès aussi bien écrits, voire même écrits tout court. Une attention qui rend d'autant plus humain le personnage de Brás au travers de la délicate tâche qu'il accompli dans son journal et qui le fait se questionner quotidiennement.

Ce succulent roman graphique, nous le devons à deux jumeaux : Fábio Moon et Gabriel Bá.
L'album est épais, copieux, donne envie de l'ouvrir et de le découvrir.
Il faut dire aussi que sa réussite n'est pas seulement narrative. Car graphiquement, c'est une merveille !
Les illustrations de chapitres, signées de Gabriel Bá, sont un véritable régal d'ingéniosité. Les plans se superposent, présentant l'histoire à venir avec foultitude de détails et de minutie. Les ombres parlent autant que les dessins...
Les planches de l'album ne sont pas en reste. Je me suis plu dans ce Daytripper là ! Tous ces personnages qui se croisent et se recroisent, à divers moments de la vie, à divers moments de la mort. Ils vieillissent, évoluent. La roue du temps avance et eux aussi. C'est fidèlement retranscrit sur le papier, avec une émotion qui passe au-delà des cases et qui nous envahit. Le tout accompagné d'une couleur imprégnée de justesse de Dave Stewart. Elle nous laisse un peu rêveur, elle est pleine de lueurs, de jeux d'ombres et oserais-je dire : d'optimisme.

« _ Tu ne crois pas qu'il serait temps d'arrêter de fumer ?
_ Non. Ça fait partie de ce que je suis. Tout comme l'écriture. Marrant. Deux addictions... deux passions que j'ai toujours partagées avec ton grand-père. Avant, j'y voyais une malédiction. Maintenant, plutôt un héritage. »


Amour, amitié, famille, transmission, peur et acceptation de la mort, peur et acceptation de la vie ?
La sagesse vient, dit-on, avec l'âge...
Dans notre société, urbanisée à outrance, la mort fait peur et revêt souvent un caractère de tristesse. Dans certains pays, on la célèbre aussi comme une fête. Un sujet qui me dépasse et me fascine à la fois.
Nous avons tous un Brás qui sommeille en nous...

Je me dois de remercier mes amis de k.bd de m'avoir ouvert les yeux sur ce petit chef d'œuvre.

Chronique du 19/08/12

Daytripper a une démarche très particulière. Le concept en lui-même est assez étrange puisque le personnage meurt à la fin de chaque chapitre, et qu'il ne suit aucune chronologie raisonnée a priori. Et puis c'est la première fois que j'ouvre une BD brésilienne.

Mais c'est une BD qui a de la profondeur, qui a des choses à dire, et qui bouleverse les codes pour servir son propos. Elle parle de la vie, de ses évolutions, de ses accidents. Elle parle de la famille, de l'amour, de l'amitié, de tout ce qui nous préoccupe au quotidien.

Ces morts sont (presque) toutes psychologiques, elles reflètent chacune une évolution dans la vie de Brás de Oliva Domingos. A chacune de ces étapes de la vie, Brás perd un morceau de lui-même. Le plus curieux étant que l'ordre chronologique n'étant pas respecté, on se demande toujours si celle-là c'est la bonne ou pas... Je ne vais pas spoiler, je vous laisse le plaisir de le découvrir.

Brás rédige la rubrique nécrologique dans un journal. Son boulot consiste à parler de la mort des autres, mais chacune de ses morts est ponctuée par une rubrique nécrologique, montrant à quel point on ne peut réduire la vie des gens à quelques lignes au risque de perdre tout le fond de ce qu'ils étaient.

Ce héros du quotidien ne peut laisser indifférent. C'est un homme normal, qui vit une vie des plus normale, il appartient à notre monde. Mais il questionne sur la vie, sur ce qu'on est, sur ce qu'on veut, sur ceux qu'on aime. Toutefois, je me rend compte qu'elle a vraiment bouleversée certaines personnes, là où elle m'a seulement touchée.



D'autres avis : Jérôme, Yvan, David Fournol, David, Zaelle, OliV', Mo', Zorg

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleure série limitée 2011
- Prix k.bd 2013


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Au jour le jour

Année d'édition
2012

De Cape et de Crocs Alain Ayroles (s), Jean-Luc Masbou (d) DELCOURT

Tome 1 : "Le secret du Janissaire"

Chronique du 02/11/10

Les rues de la Sérénissime sont le théâtre de nombreux spectacles à la nuit tombée. Commedia Dell'Arte sur une piazetta bondée, saltimbanques non loin de là sur le bord d'un rio, les scènes se succèdent et les passants affluent.
Don Lope de Villalobos y Sangrin et Armand Raynal de Maupertuis, deux gentilshommes fauchés, profitent des divertissements avant de rentrer. Mais alors qu'ils recomptent le contenu de leur maigre bourse et s'apprêtent à laisser de côté leur doux rêve de repas à l'auberge, ils entendent gémir une âme en peine. Ni une ni deux, les voilà partis à l'assaut d'une chébèque pour délivrer le fils de ce malheureux monsieur.

Ah, quel plaisir que de relire cette merveilleuse série.
Mais quelle magie peut bien faire le succès d'une telle bande-dessinée ? Je vais vous donner le secret : deux personnages fort charismatiques, l'un à face de loup, l'autre de renard. Des scènes qui sentent bon la cape et l'épée. Des répliques millimétrées, avec des rimes qui laissent pantois. Du mouvement, des couleurs, des rebondissements, de la musique. L'ensemble à une saveur particulièrement alléchante et sent bon l'aventure !

Ce qui est assez surprenant au départ, c'est de voir ces deux compères sous les traits d'animaux, alors que tous les autres personnages ressemblent à des hommes. Il y a aussi l'apparition d'Eusèbe, le petit lapin blanc, un peu plus tard dans l'album. Mais personne d'autre. Sûrement une particularité souhaitée par les auteurs pour distinguer les véritables héros. Car ils ne souffrent pas de cette différence dans les dialogues.

On retrouve un peu cette magie qu'on lisait autrefois dans Astérix. Quand tout part en vrille dans le village ; quand les romains tombent sous les coups des gaulois ; quand le navire des pirates rencontre ces mêmes gaulois. Dans les répliques aussi, il y a un peu de cette folie.

Humour, dérision, revirements. Si vous aimez l'action, vous ne pourrez pas ne pas aimer De Cape et de Crocs.




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Tome 1 : \\"Le secret du Janissaire\\"

Année d'édition
1995

Dérisoire (Le) Éric Omond (s), Olivier Supiot (d) GLÉNAT

Le Dérisoire

Chronique du 27/04/08

Un capitaine bossu, écrasé par le poids du métal de son navire en décrépitude. Un bateau inachevé, avec des fantômes comme unique équipage. Il aura fallu la venue de la belle Constance pour égayer la monotonie du marin, l'emmener loin de ses ombres quotidiennes, dans son monde onirique....

Après la lecture de ce poème, on ne peut que rester perplexe devant la beauté, non seulement du scénario étincelant, mais aussi de ce merveilleux coup de pinceau.
Une histoire envoutante et déconcertante, qui peut se découvrir ou se rêver, au gré du lecteur. Une fable exquise, comme l'est tout autant Constance, une inconnue qui s'approprie le lieu, qui s'approprie l'histoire, mais dont on ne sait rien. Elle joue avec le Capitaine, lui donne un rôle qu'il n'a jamais eu, l'éveille à la vie, le guide... mais vers quel destin ?

À noter que l'album a reçu l'Alph-Art du dessin lors du festival d'Angoulême 2003.




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Le Dérisoire

Année d'édition
2002

Dernier des Mohicans (Le) Catmalou (s), Cromwell (s)(d) SOLEIL

Le dernier des Mohicans

Chronique du 23/10/10

L'histoire se passe en 1757, dans ces contrées sauvages que l'on nomme avidement le nouveau monde. Le territoire, âprement défendu par de multiples tribus indiennes, est la proie des français et des anglais qui se le disputent.
John Greenwood était le plus rapide à la course. C'est la raison pour laquelle on l'a envoyé porter au plus vite le message de détresse : il devait prévenir le général Webb, il devait quérir les renforts. Mais c'était sans compter la ruse de Magua...

Le dernier des Mohicans, ce célébrissime roman de James Fenimore Cooper. Il en aura fallu du temps avant qu'il soit adapté en bande-dessinée. C'est Cromwell qui a été choisi pour ce faire. Choisi est un bien grand mot, car c'est lors d'une discussion avec Clotilde Vu, directrice éditoriale de la collection Noctambule, que l'idée est née. Elle a proposé une liste d'œuvres parmi lesquelles figurait Le dernier des Mohicans, et Cromwell s'est alors dit « c'est pour moi ! ».
Si Catmalou est pour moi une énigme (premier scénario visiblement), Cromwell est en revanche bien connu dans le monde de la BD, du fait de ses œuvres souvent décapantes (Anita Bomba, Minettos Desperados, etc...).

Sur cet album, Cromwell affine encore son dessin. Les peintures, parce qu'il s'agit bien de peintures, chose de plus en plus rare en bande-dessinée depuis l'éclosion de l'informatique, sont de toute beauté. Comment ne pas tomber sous le charme de ces indiens hauts en couleur, de ces paysages subjuguants, de ces visages criants d'expressivité ?

Le scénario, librement inspiré du roman de James Fenimore Cooper, est en revanche plus difficile à suivre. La faute à un nombre de page qui, bien que conséquent, ne suffit pas à éviter l'écueil de l'adaptation littéraire. Cela fait bien longtemps que j'ai lu l'œuvre originale, et j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire, à me remémorer qui était qui, quelles étaient les factions en jeu, etc... On y parviens, finalement, grâce à de longs textes séparés des illustrations pour ne pas gâcher la beauté du dessin. Mais ce n'est pas non plus idéal.

Un peu déçu sur la forme du récit donc, mais grandement satisfait par les planches de Cromwell. Ça sent bon le roman graphique.
Rien que ça, ça vaut le coup d'œil !




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Le dernier des Mohicans

Année d'édition
2010

Derniers jours d'un immortel (Les) Fabien Vehlmann (s), Gwen de Bonneval (d) FUTUROPOLIS

Les derniers jours d'un immortel

Chronique du 16/01/11

Elijah est un policier très réputé. Alors qu'il enquête sur le meurtre d'un écho, il est mandaté pour une autre affaire, d'une importance capitale. Pour la satisfaire, il va devoir créer lui-même un écho, un double de sa personne, bien conscient que cela affectera sa mémoire et occultera certains de ces souvenirs les plus anciens.

Les derniers jours d'un immortel, c'est le nouvel album de ce très grand scénariste qu'est Fabien Vehlmann. Moi qui avait adoré Jolies Ténèbres, dessiné par Kerascoët, j'ai voulu prolonger la découverte de l'auteur avec un autre de ses titres, lui aussi nominé pour la sélection officielle d'Angoulême en 2011. Les années se suivent et se ressemblent. Mais un jour viendra probablement où ce prolixe scénariste de talent sera récompensé par un prix lors du festival référence en France.

Car du talent ce monsieur n'en manque pas. Ses récits sont toujours surprenants et innovants. Là encore, on est plongé dans une histoire étonnante qui ne laisse pas indifférent. Mais rassurez-vous, vous qui n'avez pas aimé Jolies Ténèbres, le sujet et le ton sont totalement différents.
Cette fois, nous voilà plongé dans la science-fiction, dans une enquête épineuse aux côtés d'un policier immortel.

Le monde décrit par Vehlmann n'a pas grand chose à voir avec celui qu'on connait. Le scénario fourmille d'idées. La plus fantasque d'entre elles se nomme "écho". Les échos sont des sortes de clones que chaque homme peut créer de façon à se dupliquer. Cela leur permet d'être à plusieurs endroits à la fois. Ces échos sont des entités véritables, même si elles sont aussi une partie de l'être premier, celui qui les a engendrés. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais c'est une idée qui m'a beaucoup plu et qui remet en cause pas mal de questions existentielles, et notamment l'immortalité, la notion de vie et de mort. D'autres innovations gravitent autour de ça : les funérailles par exemple, moment choisi par un immortel pour mettre volontairement fin à ses jours.

Dans ce monde là, d'autres formes de vie extra-terrestres existent et se côtoient, la téléportation est monnaie courante, et il est même possible de changer de forme à sa guise. Les naissances sont contrôlées, la technologie s'est considérablement développée et les hommes sont capables de dominer les éléments.

Mais au-delà de l'enquête, c'est le personnage d'Elijah qui reste le plus intéressant : un immortel tellement différent des autres. C'est un homme apprécié pour sa perspicacité et son implication dans son travail, mais il est aussi quelqu'un de réfléchi et de très introverti. Alors que tout le monde ne cesse de créer des échos à outrance, ou de se transformer pour changer son apparence, lui recherche la stabilité et la mémoire. C'est cet attachement à la mémoire qui fait sa grande particularité, car il ne souhaite pas perdre (en créant des échos) les souvenirs qui le rattachent aux personnes qui lui sont chères, alors qu'il voit autour de lui des gens évoluer et peu à peu oublier.
Un homme qui privilégie la communication avec ses échos et le devoir de mémoire.

Le dessin de Gwen de Bonneval, à qui l'on doit entre autre Vierge froide et autres racontars ou Messire Guillaume, est simple et direct. Le trait est efficace et la colorisation absente. Mais en a-t-on réellement besoin sur ce récit ? Je ne crois pas.
J'ai beaucoup aimé la danse d'Elijah en page 19, la civilisation a vraiment évolué en ces temps indéfinis :)

Je suis heureux d'avoir pu lire, grâce à la sélection officielle d'Angoulême, ce nouvel album de Vehlmann. Je ne sais pas s'il sera distingué d'un prix lors du festival, mais il mérite d'être lu : un bel album !




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Les derniers jours d\\'un immortel

Année d'édition
2010

Deus Christophe Bec (s), Stéphane Betbeder (s), Paolo Mottura (d) SOLEIL

Tome 1: "L'Homme Nouveau"

Chronique du 06/07/08

Venise, 17ème siècle. La ville est ravagée par une pandémie de peste bubonique... la dernière cité à renfermer ce fléau. Elle est en quarantaine, nul ne peut en sortir, la maladie ne quittera pas cette cité tombeau.
Pourtant, un bateau vient s'y échouer. Tout le monde est mort à bord, semble-t-il par cette même peste. Tout le monde, sauf un être humanoïde étrange qui semble lui résister. Il détient sûrement dans son sang le secret du vaccin qui les sauvera tous, d'autre pensent qu'il apporterait avec lui le secret de l'immortalité... tous s'entendent à lui accorder le plus grand intérêt !

Venise, l'une des plus belles et mystérieuses cités du monde, ici représentée dans son côté le plus sordide.
Mais quel étonnant choix de la part de Soleil que de sortir une bande-dessinée sur un tel thème, un savant mélange d'occultisme, de secret, de médecine et de religion.
Les décors sont fouillés, le dessin propre (bien que les visages avec d'aussi longs nez me posent quelques problèmes personnellement), et les couleurs d'un pastel très en phase avec l'ambiance.

Les personnages sont très intéressant. On lit facilement les luttes de pouvoir, et les enjeux de la science avec l'importance de cette découverte, que tout le monde souhaite s'accaparer pour des raisons qui leurs sont propres.
Il y a même de l'humour par moments, avec le couple de "ramasseurs de cadavres" à la verve comique.

Bref, une bonne note, pour du soleil ;)




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Tome 1: \\"L\\'Homme Nouveau\\"

Année d'édition
2008

Diagnostics Diego Agrimbau (s), Lucas Varela (d) Tanibis

Chronique du 25/06/14

La plupart des livres s'articule autour d'un même récit et/ou d'un même protagoniste. Diagnostics est différent dans le sens où il n'y a pas une mais six histoires et parce que le « personnage principal » n'est pas à proprement dire « incarné » : il s'agit de la maladie.

L'album, organisé à la manière d'un répertoire, propose un chapitrage par onglets bien que ceux-ci ne sortent pas des planches.
Six maladies que Diego Agrimbau (Le dégoût) a choisi de nous présenter, toutes liées à ce fascinant organe qu'est le cerveau : l'agnosie qui déforme et fait perdre pied à la réalité, la claustrophobie qui panique, la synesthésie qui perçoit ce que l'œil ne voit pas, l'aphasie qui trouble la compréhension, l'akinétopsie qui décompose les mouvements et la prosopagnosie qui empêche toute identification d'un visage.

« Quelque chose m'enferme encore, je le sens.
La claustrophobie est toujours là, intacte.
J'ai pu me délivrer de mon histoire... mais pas de mon récit.
»

Des maladies peu connues, si on exclue la claustrophobie et éventuellement la synesthésie qu'on peut assimiler aux dons « surnaturels » développés par les profilers dans certaines séries (qui ne se rappelle pas de Samantha Waters ?) que l'auteur argentin nous invite à partager au travers de la vision des gens qui les subissent.
Les histoires sont courtes et vraiment bien ficelées, comme quoi on peut faire d'excellents récits en huit pages (et même six pour l'aphasie) tout en gardant une même unité sur un recueil de bande dessinée.


Expérimentation visuelle et narrative

Lucas Varela, lui aussi argentin, accompagne Diego Agrimbau avec brio au dessin. Il est véritablement bluffant dans le sens graphique dont il fait preuve, renouvelant son approche artistique au gré des histoires.
Il est dans l'expérimentation et recherche constamment à associer le scénario à l'art séquentiel. C'est ainsi que les six types de maladies sont décrites par six traitements différents :
- agnosie et déconstruction visuelle, où l'immatériel devient tangible au fur et à mesure du remède administré avec les effets secondaires lumineusement retranscrits : on ressent la progression et la régression en quelques pages ;
- claustrophobie et enfermement dans les cases : Lucas Varela joue avec le média BD, s'essaie à des formes de narration en déformant les perspectives ;
- synesthésie avec une bichromie teintée de rouge et des onomatopées qui claquent et qui s'emmêlent, appuyée par un ancrage plus prégnant en adéquation à l'ambiance polar ;
- aphasie et ces pensées qui assaillent le lecteur de toute part : les mots se lisent mais ne sortent pas des bouches, le décors devient le support-même de la narration : l'auteur fait preuve d'une grande inventivité et d'un sens du cadrage qui prend tout son sens ;
- akinétopsie et troubles du mouvement rendus par des effets de décompositions graphiques : le ralenti devient tangible ;
- prosopagnosie avec des visages identiques et lisses en forme de smiley.

Son traitement graphique est toujours parfaitement adapté au sujet qu'il aborde. Il fait corps au récit. Chapeau !


Un livre à part

Il est difficile de dissocier le fond et la forme de Diagnostics. Les auteurs maîtrisent tous les deux leur sujet. Les histoires abordent toutes des maladies qui bien qu'elles touchent l'esprit sont vraiment différentes. Ces récits sont courts mais demeurent parfaitement lisibles et construits. Ils nous apprennent en même temps qu'ils nous mettent à l'épreuve. Et ils se renouvellent avec énergie !
Une telle osmose récit/dessin nous rend admiratifs : les auteurs parviennent à nous immerger dans leur travail et on s'émerveille de voir que ça fonctionne.

Pour chercher les clefs de cette réussite, il faut sûrement se rendre du côté d'Angoulême où les auteurs ont été liés le temps d'une résidence, de juillet à octobre 2011.
Lucas Varela y-a d'ailleurs tellement pris goût qu'il a renouvelé son bail jusqu'en mai 2014.

Des « poupées de papier » (paperdolls) se glissent entre chaque chapitre : la « patiente » sur la page de droite et divers vêtements et accessoires lui faisant face. Difficile cependant de jouer avec sans défigurer le livre à coups de ciseaux.

Chronique du 25/06/14


Dans la nouvelle vague de BD argentine ascendant expérimentale, je vous présente Diagnostics. Bébé conçu par Diego Agrimbau et Lucas Varela, nous avons là le témoignage d'une parfaite collaboration entre un scénariste et son illustrateur, où l'idée de l'un ne peut prendre forme que grâce à une entente profonde avec l'autre.

Diagnostics nous propose de découvrir les pathologies neuronales à travers le medium de la bande dessinée... Ou plutôt non, la bande dessinée par le biais de pathologies neuronales, ce qui pousse le concept un tout petit peu plus loin en fait. Car quoique ces maladies existent réellement et sont déjà réellement handicapantes pour ceux qui en souffrent, le problème est poussé à son paroxysme. Vues de l'intérieur, ces maladies rendent notre environnement complètement abracadabrant et donnent aux récits un ton complètement absurde.

Aux récits oui, car il s'agit en fait de 6 historiettes (historietas ahahah... hum...), retraçant le destin terrible de 6 malades, 6 héroïnes qui vivent toutes dans un univers complètement déformé.
- Eva souffre d'agnosie : son cerveau est incapable d'interpréter ce que perçoivent ses sens
- Soledad est claustrophobe... Est-il réellement besoin d'expliquer ? Mais dans le cas de Soledad, l'espace clôt qui la fait souffrir n'est autre que le récit de sa propre vie
- Lola est synesthésique : elle voit les bruits
- Miranda est aphasique : elle ne comprend plus ce qu'elle entend
- La créatrice de Miku (elle n'a pas de nom elle, c'est ballot) souffre d'akinétopsie : elle ne perçoit pas le mouvement
- Olivia est prise de prosopagnosie : impossible de reconnaître les visages.

Poussées à l'extrême, parfois intégrée à une histoire fantastique, toutes ces maladies, vues de l'intérieur, permettent de comprendre la difficulté de ces malades à simplement vivre le quotidien.

Elles sont surtout prétexte à explorer l'art séquentiel et ses possibilités. Les auteurs déconstruisent complètement le récit et le découpage, décortiquent les langages et jouent avec les codes du genre. Le plus incroyable est sans doute que, pour une BD expérimentale, elle reste vraiment accessible (enfin à ne pas mettre dans les mains de lecteurs trop dilettantes quand même...).


D'autres avis : Champi, David F., PaKa

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le blog de Diego Agrimbau.
Le blog de Lucas Varela.


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Année d'édition
2013

Dieu en personne Marc-Antoine Mathieu (s)(d) DELCOURT

Dieu en personne

Chronique du 11/04/11

" _ Oui... bon... alors, cette identité ?
_ Dieu.
_ Dieu. Di-eu. Comme ça se prononce, j'imagine. Prénom ?
_ Dieu.
_ Oui, j'ai compris, mais Dieu comment ?
_ Dieu Dieu. Mais en général on m'appelle Dieu tout court. "


Tout commence lors de ce recensement. Un lieu sans nom, mais qui nous fait obligatoirement penser à Ellis Island, accueille un mystérieux personnage. Parmi les milliers de personnes qui se présentent, l'un d'eux dit s'appeler Dieu. Au début personne ne le croit bien entendu. Et puis peu à peu, cela prend tout son sens. Toute son ampleur aussi. Car un phénomène comme celui là est évidemment remarquable et remarqué.
Dieu est venu voir le monde qu'il a créé !

" _ Évidemment... c'était une question idiote. Et quelle est la raison de votre présence ?
_ Ah ! Vous les hommes et votre raison ! Vous êtes-vous déjà interrogé sur la raison des questions ? La raison a-t-elle une raison d'exister ? ... Pourquoi faudrait-il que les choses n'aient plus de pourquoi ?
_ Pourquoi pas ?
_ Ce n'est pas une raison. "


Vous l'aurez compris, inutile de lui demander pourquoi il se trouve ici.
Marc-Antoine Mathieu, scénographe de formation, a pris pour habitude d'innover et de surprendre pour chacun de ses albums. La scénographie c'est l'art d'agencer l'espace. On peut dire que la bande dessinée est un support comme un autre pour ses expérimentations : la case absente, la lecture à double sens... ce ne sont pas les idées visuelles qui manquent.
Seulement voilà, Dieu en personne est un album tout à fait différent. L'auteur a choisi de donner du relief à un personnage, déclinant ce qui peut lui arriver sous toutes ses formes : procès, image, merchandising, étude, recherche, etc... Il ne s'agit pas de la même mise en scène, mais ça reste une mise en lumière d'un homme qui, pourtant, n'a pas de visage.

Vaste programme que de confronter le tout-puissant au monde d'aujourd'hui.
Cela donne souvent le droit à des scènes pour le moins loufoques. Et les texte de Marc-Antoine Mathieu sont en ce sens un véritable régal, tout en finesse et en jeux de mots.

" _ Alors ? Dieu acteur ? Dieu Spectateur ? Un piètre metteur en scène ! Dans ce monde imparfait, pourquoi Dieu n'agit-il pas ? Pourquoi ne change-t-il pas les choses ?
_ Notre client ne peut pas accepter que nous ne puissions pas trouver par nous-même les solutions à nos problèmes... N'oublions pas qu'il nous a créés... notre échec serait son échec.
_ Allons bon. Dieu joue aussi aux échecs ? "


Dieu au théâtre de l'absurde, dans une monochromie parfaite pour jouer le jeu de l'ombre et de la lumière. Ce qui rend le côté scénique mais qui donne aussi un penchant intemporel à l'œuvre. Le rapport au passé (recensement, vêtements, appareils électroniques, etc...) est par ailleurs tout aussi important que les allusions au futur (technologie, intelligence artificielle, etc...) dans l'album, ce qui nous laisse planer entre deux époques.

Un album qui m'a ouvert l'appétit sur un auteur atypique que j'ai envie de découvrir plus.

Chronique du 25/09/12

Au début je pensais introduire cette note par un truc du genre : « Si Dieu s'incarnait sur Terre aujourd'hui, comment serait-il accueilli ? ». Mais en fait non, Dieu en Personne, ce n'est pas vraiment ça. Ce serait plutôt un truc du genre « Comment faire apparaître le ridicule de notre civilisation avec philosophie ? En utilisant l'image de Dieu ». Il s'agit bien là d'une critique de l'hypermédiatisation, car un tel événement – Dieu sur Terre - créerait invariablement des conflits de croyance. Là ils ne sont nullement effleurés, et tout le scénario est construit sur la base d'une société éminemment athée comme la nôtre.
Un avis qui n'a pas changé par contre : c'est fait avec énormément d'intelligence ! Poussée jusqu'au bout de son concept, cette BD amène à réfléchir sur notre société autant que sur certaines questions théologiques concernant l'existence de Dieu, son omnipotence, son universalité (le fait qu'on ne voie jamais Dieu de face est-il en lien avec l'interdit de représentation de Dieu chez les Musulmans ?), etc.

Évidemment, c'est du Marc-Antoine Mathieu, on ressent donc bien souvent le travail de scénographie dans la mise en page (et un petit clin d'œil au Philémon de Fred p.89). Là encore, rien à redire, c'est du beau travail !

Mais alors pourquoi, alors que Dieu en Personne a toutes les qualités requises pour être une excellente BD, pourquoi sa lecture m'a parue si ardue et m'a si peu emballée ? C'est comme s'il manquait une âme à cette BD (et elle traite de Dieu ? C'est un comble...). Elle est froide et manque d'émotion. Elle parle au cerveau, mais non au cœur, et du coup, ça fait flop...

Roaarrr Challenge
- Prix Nouvelle République - BD Boom 2009
- Prix de la critique ACBD 2010


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Dieu en personne

Année d'édition
2009

Dieu Singe (Le) Jean-David Morvan (s), Jian Yi (d) DELCOURT

Tome 1

Chronique du 18/04/08

L'histoire de Sun Wukong, un singe enfanté par les éléments, possédant le don de l'intelligence, et des capacités impressionnantes. Il s'imposa rapidement au sein de la communauté des singes, et s'appropria le rôle de roi. Mais il rêvait d'immortalité, et partit à l'aventure....

Adaptation d'un des plus grands romans chinois (tiré d'un fait réel paraît-il, mais très édulcoré) où un homme part à la recherche de l'immortalité, cette magnifique bande-dessinée aux dessins somptueux, aux décors riches et aux couleurs flamboyantes, est une véritable réussite selon moi, même si l'originalité fait un peu défaut. En effet, cette histoire à été visitée plusieurs fois déjà, notamment par Akira Toriyama et sa série Dragon Ball. Si ça peut vous rassurer, la bande-dessinée se démarque de l'œuvre du célébrissime mangaka, avec une narration épique et un dessin très typé.

On sent vraiment dans le dessin l'inspiration chinoise. Il sort du lot. Et on espère que la suite sera de la même qualité ... après tout, il n'y a pas de raison :)

Bon, j'ai presque parlé que du dessin ... il en étoufferait presque le scénario !




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Tome 1

Année d'édition
2008

Docteur Radar Noël Simsolo (s), Frédéric Bézian (d) GLÉNAT

Tueur de savants

Chronique du 02/03/14

1920. Paris. Gare de l'est.
Le professeur Gontran Saint-Clair s'apprête à partir en voyage pour rencontrer l'un de ses homologues, Ludwig Lang, afin de partager le fruit de leurs recherches respectives. Mais son voyage tourne mal et il ne verra jamais l'Allemagne.
Les journaux relatent la mort de l'éminent personnage qui travaillait sur la grande idée de la conquête spatiale. Mais pas un ne mentionne les étranges disparitions de deux autres savants, Aristide Vernon et Bruno Vaillant. Pas un, pas même les inspecteurs de police, ne fait la corrélation entre ces événements tragiques... à l'exception de Ferdinand Straub, as de l'aviation française de réputation et gentleman détective à ses heures...

« J'ai beaucoup de fortune et trop de loisirs, comme vous, mais au lieu de spéculer en bourse et d'entretenir des actrices, moi, je lutte contre le mal ! C'est mon plaisir ! »

Et le petit plaisir de Ferdinand Straub l'amène tout droit sur les traces d'un dangereux criminel : le Docteur Radar !


Le rythme comme locomotive

En plaçant l'incident déclencheur en tout début d'album (la mort d'un savant : la goutte de trop), les auteurs ont d'emblée inscrit leur récit dans le feu de l'action. Dès lors Ferdinand Straub, en qui on voit un héros des temps modernes, insouciant et réfléchi à la fois, ne cesse d'avancer de péripétie en péripétie et se confronte immanquablement au même écueil nommé Radar. Le « docteur » aux multiples visages ne manque pas d'atouts et d'acolytes pour mettre à mal toutes les ruses de Straub, gardant toujours un temps d'avance sur ses poursuivants. Mon esprit me met ainsi sur la voie d'un Fantômas, ennemi retors par excellence, à qui le Docteur Radar n'a rien à envier, et surtout par l'Art du déguisement ! Un parallèle qui peut être poussé jusque dans l'écriture, quasi-automatique, qui emprunte celle des romans éponymes du début du 20ème siècle.

Cette narration à rebondissements ne s'essouffle jamais et, quand bien même les événements sont prévisibles, là n'est pas l'essentiel. Certes, les pistes menant à la résolution de l'enquête sont naturelles. Certes, l'identité du Docteur Radar tombe au bout de quelques pages (ou du moins une identité). Certes on sait comment une scène va se terminer avant même qu'elle ne commence. Ce n'est pas important : ce qui compte avant tout est le rythme qui, lui, ne connaît pas de ralentissement. Tout va à 200 à l'heure, le train file droit et ne saurait être entravé par une quelconque hésitation.
Pour aller dans le sens de ce cap à maintenir, un personnage comme Pascin est inestimable : artiste bulgare aussi talentueux qu'il est débauché, il répond toujours présent lorsqu'il est question de recadrer l'enquête, de remettre son ami Straub sur les bons rails. Et pour ce faire il n'hésite pas à utiliser son immense (et insoupçonné) réseau de connaissances... sinon crapuleuses, disons plutôt nocturnes.


Service réciproque

Autant on pourrait dire que le dessin sert à merveille le scénario, annoncer le contraire serait tout aussi justifié.
Le trait de Frédéric Bézian est explosif et nerveux. Un graphisme aux antipodes d'une ligne structurée : les perspectives sont déformées et les personnages semblent croqués sur le vif. Un travail qui va dans le sens du rythme imposé par le récit et qui renforce cette impression de vitesse.
On pourrait croire que cette méthode rendrait la lisibilité des scènes et des visages aléatoire mais il n'en est rien. L'auteur a su donner corps à chacun de ses personnages, leur insufflant vie au travers de mines aisément identifiables. Ils possèdent ainsi chacun leur propre trait physique : corpulence, moustache, chevelure... ils sont uniques et reconnaissables.

Et que dire de l'immense qualité de la colorisation qui crée des atmosphères et qui immerge dans l'histoire !
Le jeu d'ombres et de lumières mis en avant par Frédéric Bézian est incroyable : la scénographie des cases, augmentée par des décors aux motifs riches et variés, ne s'étale jamais sur une palette complète, utilisant seulement une teinte dominante en plus du noir de l'ancrage et une simple touche d'une autre couleur qui apporte tout le sublime de ce mode de travail.
J'aime particulièrement ces bleu nuit qui se fondent dans les ambiances nocturnes ou encore ces jaunes qui éclairent à merveille les rues de la ville.


Une collaboration efficace

Noël Simsolo est avant tout versé dans le 7ème Art : acteur, réalisateur (surtout de courts-métrages) et scénariste à la fois ; mais a aussi prouvé par divers essais et romans qu'il savait bien écrire.
Son seul passage dans le 9ème Art avant celui-ci, Ne touchez à rien, datait de 2004 . Frédéric Bézian était également de la partie pour l'épauler au dessin.

J'ai aimé découvrir le fruit de leur travail collaboratif. Le graphisme de Frédéric Bézian est un régal et l'efficacité du scénario apporte une dimension de plaisir supplémentaire.

S'il faut un bémol pour contrebalancer toutes ces qualités, j'ai quelques fois buté sur la typographie manuscrite italique qui, bien que capitale, m'a donné quelques soucis de décryptage.

Cet album-là appelle à une suite, avec un final propre aux films d'André Hunebelle (à défaut d'avoir lus les romans originaux). Il semblerait pour autant qu'elle ne soit pas prévue, autant chez l'éditeur que du côté des auteurs, renforçant l'hommage au genre.

À noter qu'il existe également un tirage luxe en noir et blanc de cet album, édité à seulement 1000 exemplaires. Je trouve néanmoins dommage de se priver de la couleur.



D'autres avis : David Fournol, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

CHronique du 03/11/14

Dans ce polar des années 1920, Noël Simsolo et Frédéric Bézian renouent avec le polar classique et jouent avec ses codes. Meurtre dans le train, vols de documents, femmes fatales, créatures de cirque, lieux de débauche, courses poursuites, pièges, police inefficace... tout y est. A mi-chemin entre Adèle Blanc-Sec et Fantômas, les auteurs reviennent non seulement aux racines mais en plus ils en accentuent les éléments :
- le gentleman détective n'a qu'à donner son nom pour qu'on lui ouvre toutes les portes ;
- le commissaire est complètement largué ;
- le coupable change 26 fois d'identité, sa méchanceté ne connait pas de limite et son mobile est parfaitement débile.
Tout y est grandiloquent et exagéré !

Et tout va à cent à l'heure. Pas de temps pour la réflexion, il faut agir vite et dans la précipitation. Un rythme soutenu par un dessin hachuré au pinceau où le mouvement se poursuit dans le traitement des ombres. L'intrigue va si vite qu'on se sent oppressé.

Ce clin d'œil excessif au policier des années 1920 aurait pu trouver tout son intérêt en y incrustant un brin de nostalgie, mais tout est si vif que les exagérations m'ont plus agacée qu'amusée. Ce qui est bien dommage à mon goût, car les éléments sont parfaitement maîtrisés et Simsolo se les approprie avec beaucoup d'intelligence. Cette rapidité est pourtant un enjeu tout-à-fait assumé par le scénariste : en témoigne le dessin de Bézian, parfaitement mis au service de ce rythme précipité.
Restent ces planches presque monochromes qui instillent des ambiances différentes à chaque scène et font ressortir quelques éléments judicieux : un cahier, un rai de lumière, une flaque de sang...


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Tueur de savants

Année d'édition
2014

Donjon Zénith Lewis Trondheim (s)(d)(c-T1), Joann Sfar (s)(d), Walter (c-T2) DELCOURT

Tome 1 : "Cœur de canard"

Chronique du 22/12/10

Quelque part dans l'une des plus hautes tours du donjon, le maître des lieux reçoit la visite de deux créatures encapuchonnées. Ces étranges personnages à l'aspect plus que sinistre souhaitent acheter l'édifice. Mais ils sont bien vite éconduits vers la sortie la plus proche. Ce n'est pas encore aujourd'hui que le donjon changera de propriétaire !
Seulement voilà, les types à la cagoule rouge ne comptent pas laisser les choses se passer ainsi. Pour contrecarrer leurs plans, le Gardien souhaite faire appel à un barbare pour mener l'enquête. Sauf que parfois, le destin est bien facétieux. Et c'est ainsi que le canard dénommé Herbert se retrouve mêlé à une incroyable histoire.

Autant le dire tout de suite, le travail du duo Sfar / Trondheim est totalement jouissif pour l'amateur de jeu de rôle que je suis. Même si je ne suis pas un fervent partisan du "porte - monstre - trésor" qui fait la saveur du célèbre Donjons & Dragons que cette BD parodie, je suis vraiment enchanté par le scénario. Il nous ballade sur un ton totalement humoristique dans les méandres du donjon par excellence. Et qui plus est, les auteurs n'en oublient pas pour autant d'orchestrer une crise pour le maître des lieux, embellissant par la même le contenu de la bande-dessinée.

Les personnages sont drôles, les répliques le sont tout autant. On ne s'ennuie pas et on rigole allègrement. Pas de réflexion, c'est une lecture qui rentre dans le cadre de l'amusement seul, et qui n'est pas du tout à prendre au sérieux.

Donjon, c'est aussi un projet incroyable. Puisque de nombreux albums complètent cette série. Tout d'abord il y a la série Zénith, dont cet album est le premier tome, et qui correspond à l'âge d'or du donjon. Potron-Minet retrace la création du donjon tandis que Crépuscule relate sa déchéance. Viennent ensuite se greffer Donjon Monster et Donjon Parade.
À chaque fois c'est le même duo qui mène le scénario, mais pour le dessin, cela varie au fil des albums. Rassurez-vous lecteurs, ce tome 1 de Zénith se suffit à lui-même. Alors s'il ne vous plaît pas, vous n'aurez pas à acheter les suivants.

Pour moi, c'est quand même la plus incontournable des séries abordant l'univers du jeu de rôle. Et c'est autrement mieux que le Donjon de Naheulbeuk (je parle de la BD, parce que les pistes audio, ça c'est autre chose ^^).

« _ Le géant est toujours vivant et depuis des années il doit être à la recherche de son œil. Et comme il voit ce que voit son œil, il connaît ton visage.
_ Peuh... Je n'ai rien à craindre... Le cerveau d'un géant pèse le même poids que son œil. Ha ha ha...
_ Ne ris pas, Alcibiade... Ça lui fait un cerveau de 30 kilos !!!! »


« _ C'est bien ce que je pensais : un berbouche évolutif. Je vais lui injecter des petits bonshommes qui feront sortir le berbouche. L'embêtant c'est qu'après les petits bonhommes voudront rester dedans. Alors ensuite, je mets des fourmis bonhommivores pour nettoyer tout ça.
_ Et les fourmis ? ... Il faut s'en débarrasser aussi, non ?
_ C'est pour ça que j'ai apporté un fourmilier... »


Herbert et Marvin à bord d'un éléphant :
« _ Tu as vu ? ... Ces créatures ne sont que de vulgaires automates... Normalement ils se déplacent seuls mais j'ai réussi à prendre les commandes de celui-là.
_ Comment as-tu deviné que c'étaient des machines ?
_ Voyons, Herbert, un animal avec une queue devant et une queue derrière, ça n'existe pas. »

Chronique du 10/01/11

Dans tout bon « Porte Monstre Trésor », il y a un donjon pour contenir les portes, les monstres et les trésors. On suit généralement le héros infatigable en quête d'or ou de princesses, mais derrière tout ça, il y a un véritable business. Eh oui ! Avec tous ces « héros infatigables » il faut bien contenter tout le monde. Les monstres ne se trouvent pas à tous les coins de rue, et faut constituer un trésor suffisamment conséquent pour attirer les héros. Donjon est spécialisé dans les quêtes ultra-dangereuses avec plein de trésors à la clef, une sorte de parc d'attraction pour barbares en manque de baston.

Bref, c'est une BD complètement décalée et abracadabrante qui joue avec les codes de l'heroic fantasy. Elle dépeint des héros effrayants et pourtant tellement risibles. Melvin est un monstre de puissance repoussant et terrifiant, et pourtant végétarien avec un code d'honneur stupide. De son côté, le personnage de Herbert fait figure de clown. Canard gaffeur qui n'avait rien demandé et héros malgré lui, il pointe du doigt toute la dérision des univers du PMT.

L'originalité du concept n'a d'égal que sa simplicité, qui permet à Donjon de passer les années sans prendre une ride.
Indémodable, la série s'inspire originellement des jeux de rôle les plus classiques (inutile de préciser qu'elle possède d'ailleurs son propre JdR). Pourtant, plus de 10 ans après et 33 tomes plus tard, elle reste d'actualité. Impossible de ne pas penser aux MMORPG tels que WOW, avec leurs incontournables quêtes et donjons. « Donjon », un mot entré dans le vocabulaire des joueurs pour désigner un lieu clôt où se trouve une quête à résoudre...


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Tome 1 : \\"CÅur de canard\\"

Année d'édition
1998

Tome 2 : " Le roi de la bagarre "

Chronique du 17/11/11

Maintenant au donjon en tant qu'employé, Herbert apprends la dure loi du métier. C'est ainsi qu'il se voit confier la tâche de garder quelques menus objets... trésors qu'il se fait systématiquement prendre du fait de sa faiblesse.
Alors qu'il se fait convoquer une nouvelle fois par le gardien, celui-ci l'envoie à Zautamauxime - le village des lapins qui n'aiment pas les étrangers - rejoindre Marvin, afin qu'il le présente à celui qui deviendra son maître le temps de son entraînement. À son retour, il connaîtra les arts martiaux !

Lewis Trondheim et Joann Sfar sont de retour quelques mois seulement après le premier opus de Donjon Zénith. Ce duo d'auteurs prolixes développe l'univers de la saga, et par le biais de cette nouvelle aventure en profitent pour affiner un peu le portrait de ses personnages principaux.
Ainsi nous en apprenons un peu sur le passé de ce brave (façon de parler) Herbert - et sur les précédents porteurs de l'épée magique (dont certains sont de classe Cthulhuesque, il est de bon ton de le signaler) qui ne veut toujours pas se laisser dégainer. Marvin se voit également gratifié de son tout puissant Tong Deum, jugez du peu :

« Les champignons des pieds mêlés aux sucs corrosifs du dragon venaient à bout des meilleurs armures.
Et ceux qui n'étaient pas brûlés par le feu gastrique s'enfuirent en attendant que quelqu'un fasse un peu d'air, car l'haleine du dragon était une infection... »


Sacré Marvin ! Pour sûr avec un aussi chouette pouvoir, tes ennemis irons pourrir en enfer pour l'éternité.
Et du coup, je suis bien heureux d'avoir échappé à l'odeur le temps d'une dédicace...

Je reste cependant un peu moins emballé que lors du premier tome. Bon, certes, je suis tatillon : Donjon est toujours excellent, plein de rythme et débordant d'humour. Les auteurs nous prouvent d'ailleurs que leur esprit est toujours aussi tordu, n'hésitant pas à développer de nouveaux concepts comme le combat à la plume (qui tue) ou encore l'épée-fouet à deux lames. Mais que voulez-vous, je suis peut-être nostalgique des tentacules futurs/ex-maîtres du monde ?




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Tome 2 : \\" Le roi de la bagarre \\"

Année d'édition
1998

Doomboy Tony Sandoval (s)(d) PAQUET

Chronique du 26/10/11

D est un adolescent à la mèche rebelle. Amateur de Métal avec ses potes Spaghetti et Sepelium et guitariste moyen à ses heures, il semble plutôt désabusé alors qu'ils vont ensemble voir le concert de ce fameux Trevor que tout le monde adore.
Alors qu'il coupe par son raccourci habituel en rentrant chez lui le soir, le vent, farceur, s'emmêle dans ses pieds et le déstabilise... le premier d'une longue série de phénomènes climatiques étranges. À peine rentré à la maison, sa mère lui apprend le décès de sa copine Anny.

Doomboy est l'un des deux derniers des albums de Tony Sandoval de ce mois de septembre 2011, avec Les échos invisibles qui paraissait exactement en même temps. S'il est uniquement scénariste sur le second, il est bien auteur à part entière sur Doomboy, avec une thématique toujours commune, et chère à Tony Sandoval, qu'est la mort.
Déjà dans ses albums précédent, que ce soit Le cadavre et le Sofa ou Nocturno, elle était bien présente.
Mais Doomboy c'est aussi et surtout un récit qui nous amène dans le monde du Métal. D'ailleurs, il s'intègre dans le même univers que Nocturno puisqu'il est question, lors d'une discussion anecdotique entre adolescent, du légendaire Seck - qui rappelons-le, jouait de la guitare comme un dieu avec ses six doigts.
L'intérêt de cet album réside dans la transformation de son héros, qui devient au fil du récit le fameux Doomboy. Ainsi ce petit guitariste de troisième zone se retrouve transcendé par son amour perdu et laisse exploser toute sa rage et sa passion dans sa guitare, le seul moyen qu'il a pour s'exprimer.

Pour développer son récit, Tony Sandoval se sert de nombreux éléments fantastiques qui viennent déborder dans la réalité, comme il l'avait fait sur Nocturno. Si bien qu'on se demande parfois si tout cela est bien vrai, quelle part de vérité se cache dans un nuage ou chez cette petite fille vendeuse d'étoiles (et de rêve ?).
Une histoire Rock'n'roll pleine de mélancolie, d'évasion et de détresse. La musique a cela de bon qu'elle permet d'extérioriser ce qu'on a de plus profondément coincé dans le cœur. Quoi de plus expressif que les traits de Tony Sandoval pour exprimer cette explosion de sentiments ?

Si le récit développe un message fort, j'ai aussi trouvé qu'il s'éparpillait parfois plus que nécessaire.
Le personnage de Spaghetti par exemple - mais où va-t-il chercher ses noms ? - une grande baraque à muscles fan de Métal, est homosexuel. On a l'impression que l'auteur souhaite dire quelque chose (que l'homosexualité touche tout le monde ?) mais il ne donne pas suffisamment de profondeur à son personnage. De même, c'est une certaine Mina qui vient raconter l'histoire pour mieux servir la sienne. Mais j'ai trouvé que ses interventions cassaient bien souvent le rythme de la narration, alors que les sessions musicales de Doomboy, illustrées magnifiquement par ces vibrations qui sortaient des tripes sur tonalité d'orages, suffisaient à elles-mêmes.

Je ne voudrais pas rester sur une mauvaise note pour clore cette chronique, alors que j'adore le travail de Tony Sandoval et qu'il y a des choses tellement bonnes dans cet album. Alors laissons Doomboy s'exprimer un peu :
_ Tu te rappelles d'Anny ? Ben c'était ma meuf. Ben elle est morte. C'est arrivé il y a genre quatre mois, alors je souffre un peu moins maintenant. C'est juste que de temps en temps j'ai pas envie de causer.

OK D, c'est pigé ! Je me tais moi aussi du coup, juste le temps de vous dire que si vous avez aimé Nocturno, foncez sur Doomboy, vous devriez accrocher aussi !




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Année d'édition
2011

Druides (Les) Jean-Luc Istin (s), Thierry Jigourel (s), Jacques Lamontagne (d) SOLEIL

Tome 1: "Le mystère des Oghams"

Chronique du 20/01/09

Dans une époque où les druides ne sont plus qu'une petite communauté, vivant leur dernier souffle, vaincus par