Accueil
Nos Bande Dessinées
Nos Mangas
Nos albums
Nos artbooks
Nos dédicaces
Nos dessins à nous :)
Nos sites préférés
Laissez-nous un message !
Nous contacter
Aidons nos librairies indépendantes

Publications BD
Publications Manga
  Administration
Titre : Auteur : Edition :

Séries par ordre alphabétique :
1 -  3 -  A -  B -  C -  D -  E -  F -  G -  H -  I -  J -  K -  L -  M -  N -  O -  P -  Q -  R -  S -  T -  U -  V -  W -  Y -  Z - 

En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
V pour Vendetta Alan Moore (s), David Lloyd (d) PANINI

V pour Vendetta

Chronique du 19/09/10

Intégrale d'une série de 6 volumes parue entre 1989 et 1990 aux éditions Zenda (Glénat). Première édition par Delcourt en 1999.

Evey se regarde dans son miroir. Elle se prépare. Ce soir, elle franchi le pas qui doit la mener à la prostitution. C'est le seul moyen qu'elle a pour gagner suffisamment d'argent pour vivre. Le travail à l'usine ne paie pas assez...
Dehors, elle va chercher son premier client. Manque de bol, il s'agit d'un membre du doigt. Et avec ses collègues, ils s'apprêtent à la coffrer pour délit de classe H. Les ordres sont formels, ils font d'elle ce qu'ils veulent, et après ils la tuent. Mais c'est sans compter l'apparition d'un psychopathe se prenant pour un super-héros. Si son costume de carnaval fait qu'ils le prennent au départ pour un taré sorti de l'asile, ils désenchantent vite lorsqu'une explosion et un nuage de lacrymo plus loin, ne restent plus du doigts que deux membres sur cinq... et plus de traces ni de l'inconnu, ni de la fille.

Alan Moore est un grand scénariste. Tout les amateurs de comics le savent et le clament corps et âme. Seulement voilà, moi qui ne suis pas un grand fan de ce genre, je n'avais pas du coup envie de lire ses histoires, aussi bien soient-elles. D'autant plus que le graphisme des comics me laisse généralement froid... David Lloyd ne m'aura pas fait changer d'avis, mais la lecture étant envisagée dans le cadre de k.bd, je me suis dit que c'était le moment de découvrir un nouveau genre et de m'ouvrir un peu en dehors de mes sentiers battus et rebattus.

J'avais déjà vu le film au cinéma. Je l'avais d'ailleurs trouvé bon. Et pourtant, j'ai cru entendre qu'Alan Moore n'était jamais content des adaptations de ses œuvres. Il me tardait donc un peu de découvrir le contenu du livre et de voir si ma première impression visuelle était si mauvaise, comparativement à l'original.

Pendant la lecture, je me suis plusieurs fois retrouvé confronté à des scènes en me disant " Ah oui, c'est vrai ! Je me rappelle maintenant ! ".
Si au final je trouve de toute façon Natalie Portman beaucoup plus jolie que le personnage d'Evey dans le bouquin, je dois l'avouer, malgré une adaptation plutôt fidèle de l'album, le film ne parvient pas à donner autant de profondeur à cette histoire. C'est très bien, mais c'est quand même différent... moins sombre, moins repoussant, moins politisé.
La fin a d'ailleurs été changée dans le film, ce qui donne du coup un ressenti très différent.

Mais revenons sur le livre plus précisément, récompensé par l'Alph-Art du meilleur album étranger à Angoulême en 1990.
Le monde que nous dépeignent les auteurs est un monde où tout est noir. Nous sommes dans un régime totalitariste et autarcique. L'Angleterre est renfermée sur elle-même. Il n'existe d'ailleurs plus rien autour. Réellement ? Ou est-ce seulement la volonté des dirigeants de fermer les frontières aux yeux de tous pour mieux contrôler la population ?
Le gouvernement domine par la peur.

Alan Moore se sert de V pour Vendetta pour dénoncer un système. Celui que certains pays ont adopté dans l'histoire. Et celui qu'il craint, peut-être, être un système adopté dans un futur plus ou moins proche. L'auteur dresse un portrait de ce gouvernement, évoque ouvertement la haine raciale, l'exclusion, le formatage idéologique (la propagande, par la Voix du Destin entre autre), les expériences génétiques. Il règle aussi le problème des retraites avec une éradication des personnes âgées. C'est dur, c'est cruel... c'est noir !

V pour Vendetta a été réalisé sur plusieurs années, mais on ressent malgré tout un énorme travail dans la construction sur la globalité. Tout est impeccablement ficelé, dès de départ, et jusqu'à la dernière page.

Dans le livre premier, on découvre ce monde obscur dominé par la peur. La narration est brutale, elle prend à la gorge. Il est question de vengeance, on est au cœur de l'action et le rythme est élevé.

Le second livre aborde un côté plus psychologique des choses. On entre dans le détail, on approfondis. On apprends un peu plus l'histoire de V, ce qu'il est et pourquoi il agit. Il y a un véritable chassé-croisé narratif qui est admirablement mis en œuvre. Le texte du tout début traitant de la veuve alors que les images mettent en scène V en parallèle. On s'aperçoit plus tard de toute la finesse de la narration, puisque ce texte s'appliquait tout autant à V à ce moment là.
C'est également dans cette partie que se trouve le passage de la prison. C'est un passage très dur, et tellement poignant. Il arrache des sentiments énormes à la lecture. On est scié, on pleure pour elle à ce moment là.

Le livre 3, c'est la conclusion, c'est l'apothéose. On ressent tout le long de l'album cette montée en puissance, sans en comprendre le sens. Ce n'est qu'à la fin que nous avons la clef, en même temps qu'Evey.
Chaos, puis anarchie. Détruire pour reconstruire... un monde meilleur ?
En tout cas, c'est le grand nettoyage, il n'en reste rien ! Pas même l'instigateur ? Je ne dirais pas ça :
" Mais il n'y a ni chair, ni sang qu'on ne puisse tuer, sous ce masque. Juste une idée. Les idées sont à l'épreuve des balles. "

Evey, V... et si c'était là la même personne, la même entité ? Peut-être pas au départ, mais elle le devient au fil du temps et de l'album. On reste dans cette optique qu'une idée ne meurt jamais.
Les croisements sont tellement parlants. Ces image du tout début de l'album, ces premières pages, vous vous en souvenez ? Tout est minutieusement pensé. Le scénario est parfaitement huilé.
Quel monde pour demain ? A nous de le construire !

En conclusion, je dirais que l'aisance narrative et le talent d'Alan Moore ne sont plus à prouver, je suis totalement conquis. En revanche, je suis plus mesuré par le dessin de David Lloyd, qui n'a pas réussi à me convaincre. Et pourtant, qu'est-ce qu'il dépeint bien tous ces faciès de personnages : horreur, douleur, tristesse, colère. Tout sauf la joie... si ce n'est sur ce masque que porte V en permanence. Non, le monde de V pour Vendetta ne prête décidément pas à sourire...

Jusqu'où peut-aller la cruauté de l'homme ?

Chronique du 19/09/10

Première approche : le graphisme. La couverture est attrayante, avec son gros plan sur V au lavis, mais il n'y a pas besoin d'aller bien loin -il suffit d'ouvrir l'album- pour comprendre la difficulté. Le choix graphique de David Lloyd est d'exploiter au mieux les ombres associées à des couleurs pâles et délavées pour rendre à l'univers son aspect le plus sombre. Le rendu fonctionne effectivement très bien. On sait qu'on ne va pas lire Oui-Oui, c'est certain ! Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Lloyd maîtrise parfaitement son trait (j'ai quelques fois scotché sur un simple drapé, ou un trait vraiment fort). Mais voilà, faut accrocher au style, et ce n'est pas mon cas. Mais, et c'est là que les auteurs sont très forts, le scénario est tellement prenant, qu'on en oublie les difficultés du dessin.

Advienne que pourra donc : on poursuit. Dès les premières pages on sent qu'ils ont des choses à nous dire. Et effectivement, on se laisse happer par cet univers, cette histoire, cet énergumène, cette pauvre fille paumée. On veut savoir, on veut comprendre et finalement on espère.

L'histoire se présente en trois parties assez évidentes :
- la compréhension du personnage de V à travers ses meurtres et l'enquête policière du gouvernement qui lui court après,
- la compréhension de ce qu'il a vécu à travers l'expérience traumatisante d'Evey
- et enfin, un développement de ses aspirations par la libération du peuple et la destruction du régime en place.

Car n'oublions pas qu'on est avant tout dans la politique. V pour Vendetta est une critique des médias, objets de pouvoir du fascisme politique. C'est une sorte de 1984 de la bande dessinée à la fois post-apocalyptique. Le pouvoir de la propagande sur le cerveau humain, capable de masquer au peuple les pires atrocités que peut commettre un gouvernement. C'est aussi une démonstration de ce que la peur peut faire faire à l'homme.

Alan Moore lui même avoue quelques incohérences, la seule qui m'est apparue est la référence à la Reine Zara dans les premières pages et dont on n'entendra plus jamais parler. C'est-à-dire que quand on lit cette référence, on a un peu tendance à imaginer qu'il s'agit de la reine d'Angleterre, et comme on est à Londres... Et ben la reine Zara s'évapore aussitôt...

En revanche, on apprécie la multitude de détails. Ou plutôt la multitude de V. Le V est partout dans l'histoire du personnage comme dans l'image qu'il donne, et jusque dans les titres des chapitres. Le personnage de V incarne littéralement cette lettre. J'apprécie également le côté tempéré des protagonistes. Les « vilains » de l'histoire ont leurs faiblesses et leurs bons côtés. Les héros ont aussi leurs défauts. V n'est clairement pas un super-héros tout blanc qui se bat contre des méchants super-puissants tout noirs. V est lui-même un personnage tout à fait contestable voire parfois plus impitoyable que ses adversaires, simplement il croit en une cause, et c'est ce qui fait qu'on a envie de croire en lui.

On appréciera encore ce qu'il y a autour de la BD elle-même : les témoignages des auteurs, les illustrations annexes, un bref one-shot... On apprend notamment qu'avant d'être une bande dessinée scénarisée par Alan Moore et illustrée par David Lloyd, c'est une histoire et un univers qu'ils ont créé à deux et dont ils sont autant l'un que l'autre le père légitime.

Roaarrr Challenge
- Alph-Art du meilleur album étranger - Angoulême 1990


Commenter cette BD

V pour Vendetta

Année d'édition
2009 (1°ed.Delcourt 1999)