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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Melvile Romain Renard (s)(d) LE LOMBARD

L'histoire de Samuel Beauclair

Chronique du 10/10/13

De la rage à l'émerveillement.

« La bande originale de ce livre ainsi que des contenus additionnels sont accessibles gratuitement sur l'Appli iPad Melvile sur Apple Store. »

Super ! Et ceux qui n'ont pas d'iPad ont juste leurs yeux pour pleurer. Quand on parle de réalité augmentée, il faut s'attendre à ce que l'usage d'une tablette soit requise, mais là on est même restreint sur le support. Et c'est bien dommage...

« La bande originale de l'album est également téléchargeable sur iTunes. »

Quand on lit cette deuxième annonce on se dit que tout n'est pas perdu. On déchante vite lorsqu'on essaie de télécharger ladite BO : il faut payer 5,99 €...

Monsieur Renard, messieurs les éditeurs,
Si vous parlez de gratuité pour une application qui inclut des bonus dont la musique qui va bien pour lire la bande dessinée, ne faites pas payer ceux qui cherchent à écouter cette musique parce qu'ils n'ont pas d'iPad !
Si la bande originale est « spécialement conçue pour s'adapter à [notre] rythme de lecture », qu'elle est à ce point faite pour accompagner le récit, pourquoi ne la rendre accessible qu'aux heureux détenteurs de produits Apple ? Les autres n'ont-ils pas droit aux mêmes attentions ?
Je suis très heureux d'avoir pu obtenir cet album en service presse. Je suis un privilégié (je remercie Babelio et les éditions Le Lombard au passage), mais j'estime que le lecteur qui a déboursé pour lire une bande dessinée n'achète pas une lecture avec des options payantes en plus. Pourquoi ne pas avoir glissé un CD bonus directement dans le livre ?
Nous ne sommes pas des pigeons !

Puisque je n'ai pas eu la chance de profiter d'une ambiance sonore adéquate, je ne parlerais pas la musique généreusement enregistrée pour nous lecteurs.
Malgré cette coléreuse entrée en matière, cela ne m'a pas empêché d'apprécier la lecture. Car heureusement, la bande dessinée reste une bande dessinée, et j'avais entre mes mains l'essentiel : du papier, rempli de beaux dessins, et avec une belle histoire.
Et comme je suis pas rancunier, je vais maintenant évoquer les bons côtés de Melvile (et ils sont nombreux).


L'histoire de Samuel Beauclair.

Melvile, c'est l'histoire de Samuel Beauclair.
Ça fait maintenant trois mois qu'il a investi la maison de son père, une grande bâtisse perdue au milieu de rien. Un endroit idéal pour se ressourcer, un lieu paisible au bord d'un lac et en lisière de forêt.
Le père de Sam, Thomas, était un écrivain de renom. Il ne l'a pas vraiment connu en fait, mort alors qu'il n'avait que 7 ans. Hormis quelques anecdotes, c'est au travers de ses livres qu'il le côtoie.
Sam a toujours voulu suivre les pas de son père, alors il est lui-même devenu écrivain. Fort de son premier livre, un succès, il pensait que tout serait simple. Mais la vie ne l'est pas...
Samuel Beauclair n'est plus que l'ombre de lui même. S'il s'est retranché dans la maison de son enfance, c'est qu'il est en proie à un terrible déficit d'inspiration...


C'est dans cet état de dépravation (alcool, nuits sans saveur et levers tardifs, errance et dépression) qu'on rencontre Samuel Beauclair. La panne d'écriture est la plus grande crainte des écrivains et on sent bien dès les premières pages que ce mal est bien profond et que les blessures sont pesantes.
Très rapidement, le malaise viens s'instiller dans sa vie de couple, qu'on perçoit tendue et difficile. Les mots sonnent comme des reproches et la fuite, devenue rituelle, devient un refuge.
Ce besoin de changer d'air, il le trouvera dans cette annonce anodine :
« Recherche ouvrier pour travaux de peinture et rénovation. »
C'est ainsi qu'il fera la rencontre de David et Rachel, le début d'une histoire, de l'amitié à l'amour.


Pour le plaisir des yeux.

La première chose qui frappe en ouvrant Melvile, c'est cette sérénité qui se dégage du graphisme. Les cases sont sublimes et les scènes possèdent un charme tout particulier. Ces paysages, quasi photographiques, mettent en avant un jeu de lumières parfaitement maitrisé. Il fait bon vivre ici, avec ce soleil qui perce les conifères et ces reflets ocres sur le bois de la vieille maison.
Le dessin est très travaillé, avec des couleurs voluptueuses, des visages charismatiques, des expressions qui traduisent bien les sentiments et un cadrage soigné (qui fait beaucoup penser aux films d'animation, mais ce n'est pas étonnant quand on sait qu'il a réalisé des story-boards pour le cinéma) qui nous laisse du temps pour apprécier le voyage visuel.
Quand j'évoque le graphisme, il est un mot qui me revient sans cesse en tête : sensualité. Je trouve que ce mot est celui qui caractérise le mieux cette ambiance où (presque) tout est chaleureux.


Un récit très complet.

On le sait bien, le beau trait ne fait pas tout.
Mais Romain Renard fait preuve d'une justesse remarquable : son album est complet et son propos touchant. Il y est question d'amour et de reconstruction.
J'avais peur en lisant le synopsis de lire une histoire creuse comme on en croise souvent lorsqu'il est question du syndrome de la page blanche. Mais il n'en est rien !
La reconstruction est vraiment au centre du récit, le renouveau d'un homme qu'on apprend à connaître au fil des pages.
Le personnage de Sam Beauclair est particulièrement intéressant et l'auteur joue avec nos ressentis en entretenant une grande ambivalence dans la perception qu'on peut avoir de lui. On a cette impression qu'il est menteur mais on a pourtant envie de le croire sincère. Peut-être parce que son histoire est axée sur la beauté de cette idylle naissante et dont la complicité est si bien traduite.
Beau gosse, Sam a ce petit quelque chose qui plaît aux filles, assurément. Ce gars-là est charismatique en tous points. Énigmatique, il parle peu de sa vie en général et de sa femme en particulier. Il instaure ainsi un malaise : coureur, salaud, fuyant ses responsabilités... et pourtant attentionné, sympathique, malheureux...
Le contraste est puissant entre la joie palpable de ses journées d'apprenti peintre et la conflictuelle tension, glaciale, du retour à la maison.
On le déteste vraiment par moments et on l'apprécie malgré tout.
Et puis on est un peu surpris par la tournure des événements, emballés par les sentiments et par les événements circonstanciels.

« C'est qui, cette Rachel ?
_ Eh bien... c'est la sœur du gars chez qui je travaille. Elle est sympa.
_ Elle est jolie ?
_ Elle est jeune.
_ Ça recommence, hein ? C'est ça ? Ça recommence ? Tu viens ici pour essayer d'oublier tes horreurs mais ça recommence. Je me trompe ?
_ Non, Sarah. Il n'y a rien qui recommence. Il n'y aura plus rien, et tu le sais bien.
»

Le poids des mots, le ton est dur, lourd de sens.
Les mots claquent et sont parfaitement pesés. Romain Renard nous immerge dans son récit fort bien construit, très mature. Il se développe de belle façon, n'omet pas de détails et parvient même à nous surprendre.
Le rythme du récit, plutôt lent, laisse beaucoup de place à la contemplation. C'est très agréable.


« Je suis un monstre. »

Bien sûr, il est aussi question de filiation, de la difficulté de trouver sa voie et de s'émanciper, de devenir autre chose de que le fils de son père. Cette thématique, qu'on peut retrouver dans un album comme Daytripper dont le rapport filial est très proche, est omniprésente en toile de fond.
J'ai beaucoup aimé ce rapport à la bête, la part de légende qu'implique cette sombre histoire racontée par son paternel lors d'un camping sauvage et qui témoignerait de la fondation même de Melvile. Un récit-clef qui a une grande incidence psychologique sur le personnage de Sam, tout s'imbrique : rapport au père, rapport à la femme, rapport au mal-être...


Pour conclure.

Melvile est un beau roman graphique, très complet, qui campe une ambiance chaleureuse et se joue de nos sentiments : un subtil mélange entre les angoisses et le bonheur, qui cultive le malaise et qui pourtant parle d'amour avec une sensualité accrue.
Ne retenons que le livre.

Chronique du 28/03/14

La première chose qui ressort de Melvile, c'est son ambiance. Un malaise s'installe dès les premières planches, un malaise aussi sensible dans la narration que dans l'ambiance graphique. Les couleurs, des teintes sépias rougeoyantes, implantent l'histoire dans un été caniculaire, où le soleil de plomb nous pèse autant que les rapports étranges entre Samuel Beauclair et sa femme enceinte Sarah.

Car impossible de se défaire de ce sentiment qu'il se passe quelque chose de louche entre les deux époux. Ils sont distants : lui dort dans le canapé, elle ne quitte jamais la maison et ne s'adresse à lui que pour lui faire des reproches.

En parallèle, c'est le rapport même de Samuel à la paternité qui est ici remis en jeu. Entre la figure de son propre père et la perspective de cet enfant (on découvrira plus tard tout ce qui peut peser sur Samuel concernant la grossesse de Sarah), le tout ponctué d'une jolie légende, notre homme se pose bien des interrogations. Et encore derrière, il doit toujours poser le problème du deuil. Car à bien y regarder, Melvile est une fable, une histoire métaphorique, un prétexte pour aborder ces questions-là.

Finalement, la révélation vient comme un coup derrière la nuque, toute l'histoire, toutes les attitudes, tous les interrogations prennent soudain sens.

Le dessin a quelque chose d'époustouflant malgré les maladresses dans les attitudes des personnages. Les crayonnés, en particulier les décors ne laissent pas indifférent et plongent le lecteur dans l'Amérique profonde (le Canada ?)




Un autre avis : Cristie

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.


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L'histoire de Samuel Beauclair

Année d'édition
2013