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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Habibi Craig Thompson (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 28/12/11

Il était une fois une petite fille dans un village du désert. Son nom, Dodola, était à lui seul une prière pour faire venir la pluie alors que l'eau était une denrée rare dans ce lieu touché par la sécheresse.
La pluie ne vint pas. Les récoltes ternirent. Dodola fut vendue.
C'est un scribe qui l'acheta et qui devint son mari. En plus de lui donner un toit, il lui enseigna l'écriture, le plus précieux des dons.
Ce nouvel épanouissement fut malheureusement de courte durée. Une nuit, un groupe de pillard pénétra dans la propriété. Ils égorgèrent le scribe et enlevèrent Dodola : elle porterait désormais la marque des esclaves... c'est là qu'elle ferait la rencontre de Cham.

Vous l'aurez compris, il n'est nulle question de contes des Mille et Une Nuits ici. Si Habibi () porte indéniablement une touche très orientale, l'esclavage, la prostitution et l'industrialisation noircissent considérablement le tableau. Mais ce n'est pas tout : Habibi relate une histoire ou les sourates du Coran s'entremêlent aux allusions à l'Ancien Testament, où l'écriture prends la part belle pour promouvoir le récit en une formidable histoire d'amour envers et contre tout.


« Dans le quatrième ciel, le Prophète rencontra IDRÎS - le père de l'écriture et des mathématiques.
Au temps d'Idrîs, les hommes oublièrent Dieu, et furent frappés par la sécheresse.
Mais quand Idrîs pria pour leur pardon, Allah leur accorda la pluie. »



Craig Thompson, déjà rendu célèbre par son œuvre majeure Blankets, récidive ici d'une fort belle manière. N'ayez pas peur de cet ouvrage long de 671 pages : l'ouvrir, c'est l'adopter ! Pourquoi ? Parce que le dessin de Craig Thompson est tout simplement somptueux, un véritable enchantement pour les yeux. S'il est empreint d'une extrême précision, qu'il fourmille de détails, ce sont surtout tous ces entrelacs de lettres issues de l'alphabet arabe qui se confondent en de véritables arabesques qui finissent de magnifier le tout.
Alors oui, vous pensez peut-être que j'en rajoute mais je l'affirme bien haut : il n'y a que des synonymes d'émerveillement qui me viennent en tête à l'heure de vous parler de cet album.

Une fois que vous l'aurez ouvert, impossible de ne pas commencer cette histoire et de ne pas finalement s'attacher à cette petite fille et de ce petit garçon qui vont vivre, disons-le, de véritables supplices.
Des vies exécrables certes, incroyables sûrement, mais pas plus difficiles que celles de toutes ces personnes qu'ils croiseront durant le récit et qui crèveront de faim, de soif ou de maladie.


« Nous voici aux derniers jours du monde.
Notre espèce est vouée à s'auto-détruire.
On est déjà trop nombreux. On est horriblement inefficaces, gloutons, gaspilleurs...
... et jetables. Les riches festoient sur nos cadavres. Nous avons empoisonné la terre, et nous avec. »



Habile, Craig Thompson l'est assurément, nous baladant sans cesse entre le franchement affligeant et le tout simplement magique. Habibi c'est l'histoire d'une amitié indéfectible, d'un amour sincère. C'est aussi l'histoire de l'eau, de la survie de toute une population au détriment d'une poignée d'investisseur voulant seulement s'enrichir. C'est l'histoire de la vie enrobée de tout ce qu'elle a de plus cynique, de plus ingrat, avec ses bonnes et ses mauvaises personnes, avec ses hauts et ses bas.
Habibi n'est pas une simple histoire. C'est aussi l'Histoire, la religion, les croyances, les rêves et les désirs. C'est aussi la révolte, la confrontation, la réflexion, le don de soi, l'amour. Un livre d'une intelligence rare et d'une complémentarité exemplaire, dans lequel la moindre lettre a sa signification, son importance.
Je n'en dirais pas plus, Habibi n'est pas un livre qui se raconte mais un livre qui se lit, qui se dévore !
Si vous hésitiez encore, permettez-moi d'ajouter que c'est pour moi la plus belle merveille de l'année. Il n'était pas trop tard pour en parler !

Chronique du 26/01/12

Habibi est une petite (671 pages) perle qui vient se poser sur les débats de société. Alors qu'en 2012, on en est encore à stigmatiser les musulmans, cette BD présente avec poésie (oui avec moi il y a souvent de la poésie ^^) l'esprit de cette culture sans prise de tête, elle explore les thèmes de l'amour (en même temps c'est le titre), de la maternité, de la calligraphie, des 1001 Nuits et des mythes coraniques.

Ne partez pas en courant ; dire qu'elle parle de religion serait exagéré. Mettez en récit la mythologie grecque et on ne parlera pas de religion. Là il s'agit bien de légendes. D'ailleurs ces légendes ne vous seront pas inconnues : Habibi rappelle au passage que Musulmans, Chrétiens et Juïfs se basent sur le même Livre et vénèrent le même dieu.

Au cœur du récit viennent se greffer les mathématiques arabes, à la base même de sa construction chapitrée selon le carré magique, sans parler du chapitre 8 : un carré magique géant. Bref Thompson s'est bien amusé.
Je vous fais peut-être un peu peur là mais rassurez-vous moi non plus je n'aime pas les maths : c'est fait avec beaucoup de subtilité et on s'amuse à décrypter tout ça.
Tant qu'on est dans la construction, on peut être perturbé au départ par la chronologie hasardeuse. Elle suit en fait l'état d'esprit de la narratrice.
En fait, Habibi contient tellement de choses, est tellement érudit, va tellement loin que j'ai eu le sentiment de lire "par le petit bout de la lorgnette".

Et à la fois c'est aussi une lecture détente, telles les 1001 Nuits. Elle dépeint une société traditionnelle dans un monde pourtant contemporain, et joue l’ambiguïté pendant un bon moment, notamment avec un lieu fictionnel.
Le graphisme est époustouflant dans son sens du détail, en particulier des arabesques. Le travail de calligraphie est aussi sublime. Vu le sujet, ça tombe plutôt bien...

Au final, ces quelques 671 pages se dévorent. Lunch a eu la chance de les lire d'une traite, en ce qui me concerne j'ai dû les lire en plusieurs fois et ça ne perd pas de sa saveur.
Pour conclure, la 4e de couverture résume mieux que moi : "un récit onirique, érudit et sensuel à l'atmosphère orientale digne des 1001 Nuits".

Je m'excuse au passage de la qualité de ma prose et de mon augmentation : les conditions de rédaction de cette chronique n'étaient clairement pas optimales.


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Année d'édition
2011