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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Chronique des Immortels (La) Benjamin Von Eckartsberg (s), Thomas Von Kummant (d) PAQUET

Tome 1: "Au bord du gouffre"

Chronique du 05/02/07

Andrej Delany est de retour dans son village, mais ce qu'il découvre est loin de ce à quoi il s'attendait. Plus âme qui vive, un village désert... ses pas le dirigent vers la demeure où git son fils Marius, enchaîné et à l'agonie. Il ne lui reste qu'à achever ses souffrances, ce que n'avait pas réussi à faire Frédéric, le seul survivant de ce carnage mené par l'inquisition.
Ils cherchaient un hérétique, quelqu'un qui avait pactisé avec Satan. Et pour cela ils ont tué la moitié des villageois, et fait prisonnier l'autre partie.
C'est pour ces rescapés qu'Andrej décide, avec Frédéric, de suivre le chemin des hommes en armure dorée.

Ce scénario n'a rien d'extraordinaire si l'on s'en réfère au fait que c'est une adaptation du célèbre roman fantastique allemand de Wolfgang Hohlbein. Mais pour tous ceux qui ne l'ont pas lu (comme moi), l'histoire est excellente et prenante.
Il y a aussi cette malédiction... mais je n'en dis pas plus :)
Sur le verso on retrouve une phrase qui en dit long et que je trouve très belle:
"Certaines blessures guérissent, d'autres saignent à jamais..."

Quant-au dessin, c'est tout simplement sublime. On a parfois l'impression de regarder un film d'animation. Et tout est fait dans la colorisation pour renforcer l'ambiance glauque de cette bande dessinée.
Chaque case prend vie et on les dévore, vivement la suite !
Pour moi, c'est une révélation.

Chronique du 05/02/07

Une fois franchie la barrière de la couverture (j'ai mis un an à le faire), on découvre encore une fois l'une des dernières perles de Paquet. Si la couverture de cette BD annonce quelque chose de noir, c'est bien qu'elle l'est à l'intérieur, mais il faut bien avouer que le graphisme particulier annoncé passe beaucoup plus facilement une fois qu'on s'est décidé à ouvrir le bouquin.

Concernant le scénario, j'ai le sentiment étrange de tomber à la fois dans un univers connu et quelque chose de totalement nouveau. J'aurais du mal à l'exprimer, je ne puis donc que vous dire une chose : lisez-le !


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Tome 1: \\"Au bord du gouffre\\"

Année d'édition
2005

Tome 2 : " Au bord du gouffre "

Chronique du 14/01/12

Andrej Delany porte en lui une terrible malédiction : La mort lui est refusée, ce qui lui vaut d'être pris en chasse par l'Inquisition. Dans le village de Borsa, dans lequel il est revenu après de longues années d'exil, il ne trouve que des ruines fumantes et des cadavres. Il retrouve aussi son fils à l'agonie duquel il met fin en lui perçant le cœur de son épée. Il fait également la connaissance de Frédéric, qui lui conte les événements et qui semble porter cette même malédiction en lui... ensemble, ils partent sur les traces de l'Inquisition pour tenter de sauver les prisonniers.

L'arrivée de Frédéric dans la vie d'Andrej donne comme un nouveau souffle à son existence après la perte de son fils. Pourtant, il apprend bien vite que le jeune garçon porte aussi en lui cette incroyable capacité de régénération. Don divin ou pacte avec les démons ? Toujours est-il qu'Andrej se pose des questions... s'il considère Frédéric un peu comme le fils qu'il n'a plus, son fils aurait-il survécu s'il lui avait ôté le pieu qui le crucifiait plutôt que de l'achever ? Aurait-il pu lui aussi se régénérer de ses blessures ?
Des questionnements qui le taraudent mais sur lesquels il n'a pas le temps de s'attarder... l'Inquisition n'est jamais très loin...

Le second volet de cette saga nous emmène dans la cité de Constanta. Une ville portuaire fortifiée et bien gardée, qui retient prisonniers les survivants de Borsa, dont la mère de Frédéric. La totalité de l'album s'y déroule, une ville qui est en quelque sorte l'antre de l'Inquisition. Un cadre idéal pour développer le côté épique du récit, pour accentuer le caractère oppressif de la traque, du jeu du chat et de la souris.
Nous sommes par ailleurs nous aussi pris entre deux feux. L'action d'un côté, haletante, captivante. Et les interrogations de l'autre : quel est le secret de cette régénération des Delany ? Qui est ce Malthus qui semble lui aussi immortel (ou chanceux) ? Que cache l'Inquisition derrière le masque de la sorcellerie ?

Si le récit est bien mené, je suis tout de même déçu de sa très faible longueur : 33 planches seulement, la fin de l'album ne contenant qu'une série d'illustrations (très jolies hein, là n'est pas le propos, mais j'y reviendrais). La chronique des immortels étant à la base un best-seller de Wolfgang Hohlbein *, on s'attend tout de même à ce que le scénario soit un minimum étoffé. Or, les auteurs ne sortent que des micro-bd, ce qui est d'autant plus rageant étant donné le délai entre les parutions (le tome 1 était sorti en 2005).
Personnellement, ce tome 2 m'aura en tout cas donné l'eau à la bouche, et je me dit que le roman doit vraiment valoir le coup (pour peu que je me décide à lire un roman, ce qui est rarement le cas).

Heureusement, on pourra se consoler sur l'immense qualité artistique de ce génie de l'illustration qu'est Thomas Von Kummant, qui maîtrise l'outil informatique à merveille.
On regrettera peut-être de voir que le traitement graphique est différent entre les deux volumes : les traits sont moins marqués et s'effacent au profit de couleurs plus vives. Mais il est tout pardonné tant le rendu est remarquable et, à mon avis, encore plus somptueux.

Les bonus de l'album (les pages non remplies par le récit donc...) nous permettent de prolonger notre voyage graphique au cœur d'une galerie d'illustrations réalisées par d'autres auteurs, venus porter leur regard sur La chronique des immortels. Toutes sont vraiment magnifiques. On peut par ailleurs en admirer une de Tony Sandoval, et même une autre de Benjamin Von Eckartsberg, le scénariste (comme quoi il n'est pas en reste au niveau du dessin lui non plus).
Vient ensuite un portfolio d'illustrations réalisées par Thomas Von Kummant pour la sortie du tome 11 du roman de La chronique des immortels, série qui fêtait également ses 10 ans. Inutile de vous dire que ça vaut le coup d'œil !

Oui mais voilà, on aimerait bien un peu plus d'histoire, quitte à voir des images...


* Le roman " Au bord du gouffre " n'est que le premier tome de La chronique des immortels. Ce premier roman est ici découpé en plusieurs parties dans l'adaptation en bande dessinée.




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Tome 2 : \\" Au bord du gouffre \\"

Année d'édition
2010

Chroniques de Jérusalem Guy Delisle (s)(d)(c), Lucie Firoud (c) DELCOURT

Chronique du 17/02/13

Jérusalem. Cité antique et sacrée.
Berceau de multiples religions, la ville s'est construite autour de l'esplanade des mosquées, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Chaque année des milliers de touristes viennent y contempler les vestiges de civilisations croisées au fil des siècles : Temple de Salomon, détruit puis reconstruit, agrandi sous Hérode, de nouveau détruit, remplacé par le dôme du rocher, musulman, puis chrétien, puis de nouveau musulman...
Jérusalem a toujours été un point central aux trois grandes religions, qui ont toutes une histoire commune faite de guerres et de prières. Aujourd'hui encore elle est un haut lieu de pèlerinage et de convoitises... chaque religion s'accordant à dire que c'est également ici que débutera le Jugement Dernier.

Une ville que l'histoire n'a pas épargnée et qui aujourd'hui encore fait couler beaucoup d'encre.
Capitale des Palestiniens pour la communauté internationale, capitale des Israéliens pour le peuple juif... une occupation dénoncée mais finalement tolérée...


« Et vous faites quoi dans cette partie de la ville ?
_ Oh, moi, pour le moment je m'occupe des enfants. Ma compagne, elle, travaille pour Médecins Sans Frontières.
_ Il y a toujours des frontières !
»

La situation en Israël/Palestine est très difficile à appréhender. Nous avions abordé un début de réflexion dans notre avis de Faire le mur. Cette fois nous nous embarquons avec Guy Delisle qui, après Shenzhen en 2001, Pyongyang en 2003 et ses Chroniques birmanes en 2007, témoigne ici de son séjour dans la ville sainte entre 2008 et 2009. Il y accompagne une nouvelle fois sa femme lors d'un voyage humanitaire pour Médecins Sans Frontières.


« Quel drôle d'endroit, me suis-je dit, où la vue d'un homme armé en pleine rue ne provoque aucun mouvement de panique. »

Guy Delisle nous offre une vision qui s'inscrit complètement dans la découverte. Au jour le jour il partage avec nous ses errances du quotidien, qui l'amènent à côtoyer des gens de divers horizons, à visiter des merveilles architecturales et à voir tant d'incongruités ! Il est effarant de constater le nombre de personnes qui se baladent armés, des fusils exhibés de manière ostentatoire à tous les coins de rues. Une sensation étrange d'insécurité permanente. Et pourtant les gens vivent ici comme si de rien était...

« J'te jure, quand on voit le spectacle qu'offre la religion dans le coin, ça donne pas trop envie d'être croyant.
Ah, merci mon Dieu de m'avoir fait athée.
»

Juifs, Chrétiens, Musulmans, Arméniens, Orthodoxes, (bons) Samaritains (aux oreilles pointues), Juifs messianiques (ils sont rigolos ceux-là aussi)... Jérusalem est une terre ultra religieuse où chaque croyance à une place mais où personne n'a réellement sa place. À chacun son quartier. Chacun chez soi. Tout n'est finalement que reproches et déni de l'autre alors qu'une telle pluralité pourrait être d'une force incroyable.
Jérusalem est très atypique, à la fois ville mêlant des cultures très différentes et ville frontière. Plus on s'éloigne dans Israël, à Tel-Aviv par exemple, et plus les gens vivent différemment, loin des obsessions religieuses. On respirerait presque, sur la plage à contempler le ciel, ses oiseaux... et ses avions de chasse...


« Tout ça parce qu'ils ont voté pour les mauvais gars !
Avant 2007, on entrait et on sortait facilement. Écœurés de voir le Fatah au point mort avec les accords de paix pendant que les colonies poussent comme des champignons, les gazaouis ont voté pour le Hamas.
Pas de chance pour eux, c'est un parti considéré comme terroriste par les USA et Israël. Du coup, on les a enfermés. Ils ont le droit de voter démocratiquement, mais ils doivent voter démocratiquement pour le parti qu'Israël a choisi. En gros, ils sont passés de l'occupation israélienne au blocus international.
»

En décembre 2009 éclatait l'opération plomb durci, plus communément appelée Guerre de Gaza par les médias même s'il s'agissait plutôt d'un assaut unilatéral... Un bombardement massif suivi d'une charge terrestre dans l'optique de détruire les infrastructures du Hamas et les galeries souterraines qu'ils auraient construites pour sortir de leur enfermement.
Un raid qui dura plusieurs jours, d'une virulence incroyable et évidemment condamnée par la communauté internationale. Des dommages collatéraux obligatoires et des milliers de victimes... pourtant le blocus était strict : aucun journaliste et aucune ONG n'avaient le droit de rentrer dans Gaza...

Une guerre toute proche pour Guy Delisle, resté à Jérusalem, mais en même temps un conflit tellement lointain... un étrange ressenti : être dans un pays en guerre sans pour autant avoir la sensation qu'elle se passe à une centaine de kilomètres seulement.


En décrivant ce qu'il voit au jour le jour, l'auteur dénonce, même si c'est passivement, les exactions commises par les israéliens sur le peuple palestinien. On lit très clairement les difficultés du quotidien de ces victimes de la colonisation (construction de colonies, expropriations, enfermement). Tout est fait pour restreindre le périmètre de leur liberté : au début ça commence par des blocs de béton posés à même les routes pour empêcher les véhicules de passer, puis ça finit fatalement par l'extension du mur et la mise en place de points de contrôle. L'utilisation du mot « camp » me fait toujours autant penser à une autre guerre et je ne pourrais jamais comprendre les agissements des israéliens.


« Ils ont juste dit : " Ah non, pas celui qui fait des bandes dessinées ! "
_ Ils seraient pas en train de me confondre avec Joe Sacco ?
»

Guy Delisle fait des voyages-reportages comme il sait les faire, avec une bonne dose d'humour et de légèreté pour un thème qui ne l'est pas du tout (ni drôle ni léger). Il décrit superbement Jérusalem dans un dessin suffisamment explicite pour être beau, suffisamment cartoonesque (surtout dans le traitement des visages) pour tempérer le propos. C'est ce savant mélange si précieux qui nous permet aussi d'ingérer ces quelques mois de vécu en « Palestine occupée » et de souffler par intermittence devant son sens de la répartie salvateur.

Encore une fois un album sur le sujet qui, s'il part sans a priori de départ dans une ville dont il ne connaît rien, revient avec un avis plutôt pro-Palestinien.
Un très bon album qui selon moi ne méritait cependant pas un Fauve d'Or (les critiques encensaient plutôt Habibi et Portugal, et je les rejoins).
Selon une communication récente de Delcourt, les ventes des Chroniques de Jérusalem auraient tout de même triplées (160000 ex) en 2012 suite à cette consécration. Un prix qui a au moins le mérite d'alerter (et de sensibiliser ?) le lecteur sur un conflit important et complexe. C'est tout le mal qu'on lui souhaite !


Chroniques de Jérusalem nous servira de portail sur k.bd pour tenter de comprendre un peu mieux ce conflit. Un mois de mars très axé proche-orient en perspective !

Chronique du 17/02/13

Que sait le commun des mortels du conflit israélo-palestinien ? Quasiment rien. Les infos tournent à la télé, on nous assomme de nouvelles dont on ne comprend rien et qui ne sont jamais expliquée.

Quand un Occidental aussi mal informé se rend sur place pour un an, qu'est-ce que ça donne ? Ça donne Chroniques de Jérusalem. Ça donne la découverte d'un univers tellement burlesque qu'on ne peut croire qu'un tel endroit puisse exister. Ça donne la découverte de situations tellement révoltantes qu'on ne peut comprendre que la communauté internationale laisse faire. Et comme c'est écrit par Guy Delisle, ça donne en même temps un bouquin hilarant.

Si Guy Delisle ne révolutionne pas son propre style avec Chroniques de Jérusalem, il met cette fois le doigt sur un conflit qui nous concerne d'autant plus qu'il est aux portes de l'Europe et qu'il dure depuis plus de 60 ans. Venu dans le cadre du travail de sa compagne qui bosse chez Médecins Sans Frontières, il montre une Ville Sainte aux mille religions où se côtoient juifs laïques, juifs ultra-orthodoxes, musulmans, chrétiens catholiques, chrétiens orthodoxes...
Il montre aussi le quotidien des Arabes qui habitent Jérusalem et les conditions de vie de ceux qui habitent en Cisjordanie. A travers le regard du gars qui n'y connait rien et son cynisme habituel, il décrit une géopolitique du minuscule qui offre les premières clefs de compréhension sur ce qui se passe dans le pays.

Mais si Chroniques de Jérusalem est une très bonne BD, il n'en reste pas moins que le Fauve d'Or lui a été attribué un peu trop légèrement à mon goût (Habibi aurait dû l'avoir de toutes façons :P ), mais c'est une très bonne BD quand même.


D'autres avis : Mo', OliV', Yvan, David Fournol, Yaneck

Roaarrr Challenge
- Fauve d'or - Prix du meilleur album - Angoulême 2012


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Année d'édition
2011