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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Souvenirs de l'Empire de l'Atome Thierry Smolderen (s), Alexandre Clérisse (d) DARGAUD

Chronique du 10/03/13

L'Empire de l'Atome, facétie jubilatoire de Gibbon Zelbub, est à des années lumières de l'Empire des Étoiles, réunifié par Zarth Arn, autrefois à la solde du Dépeupleur. Le lien entre ces deux mondes si éloignés est le fruit d'une incroyable connexion télépathique dont le principal intéressé se nomme Paul, écrivain de science-fiction...
Vous ne comprenez pas grand chose à ce synopsis ? C'est normal ! Il n'est pas simple de résumer un tel ouvrage... essayons donc en premier lieu de vous le présenter dans sa forme la plus visuelle.

Le premier contact que le lecteur entretient avec ce livre est presque charnel. Il y a tout d'abord un regard vers une couverture qui nous attire. Vive et colorée, très stylisée, dans une ambiance presque spatiale et intemporelle. On est forcés de se rapprocher pour en capter toute son essence, la toucher pour sentir sa texture de grains fins, ses incrustations de vernis sélectif doré. On tourne la page et là, cette colorisation très rétro s'engouffre dans nos rétines alertes, remontant à notre cerveau un irrémédiable effet coup de foudre.
Dessins et couleurs font corps jusque dans la typo, la maquette de l'album est sublime, et seulement pour 20 € ?
On aurait presque envie de se dire que c'est trop beau pour être vrai, et que le scénario va forcément gâcher tout ce plaisir de l'œil... L'album de Thierry Smolderen (Ghost money) et Alexandre Clérisse (Trompe la mort) n'est pas seulement graphique, c'est également un récit solidement mené, à la croisée des genres entre la science-fiction et le style atome, symbolisé par Jijé et représentant un courant des années 40-50.
Les souvenirs de l'Empire de l'Atome ne cesseront de mettre en exergue de vibrants hommages : à la littérature, au cinéma, à divers articles de journaux, à l'atome, à Franquin... Un joyeux mélange qui ravira le lecteur, qu'il ait les références ou pas.


« Ce jour-là, quelque chose avait transpercé le cosmos, et mélangé les cartes de sa propre destinée... irrémédiablement...
... Si bien qu'il était devenu impossible de savoir dans quel ordre son histoire, pour faire sens, devait être racontée.
»

L'histoire que nous narre Thierry Smolderen n'est pas simple et n'est pas non plus racontée simplement. L'auteur nous balade dans la vie de Paul de manière anarchique et ordonnée à la fois. Rien n'est raconté de manière chronologique mais chaque séquence amène la suivante de façon très fluide. On pourrait rapprocher l'exercice à Pulp Fiction, si l'on devait le comparer avec le cinéma.
Pour complexifier la donne, il y a deux temporalités distinctes : les années 50-60 de la vie de Paul, et la connexion télépathique qu'il entretient avec Zarth Arn (dont la vie est illustrée en noir et blanc) dans un futur relativement lointain de 121 000 ans .

Et c'est là un point clef dans l'histoire, le personnage de Paul est absolument fascinant. Depuis l'âge de 14 ans, il est atteint d'une sorte d'obsession et dessine des cartes, des centaines de cartes :

« Ces cartes décrivent un monde imaginaire. Paul s'y réfugie pour se distraire. Cela n'a jamais empiété sur son travail...
_ Un monde ?!!
_ Le mot est faible ! L'Empire couvre des centaines de systèmes planétaires, et domine la galaxie, sous une forme ou une autre, depuis près de cent mille ans.
»


Un trouble mental pour certains (le psychiatre qui le suit en tirera un article existant réellement appelé Le divan à réaction), une aubaine pour d'autres, qui voient en Paul un formidable outil publicitaire.
C'est ainsi qu'apparaît le personnage de Gibbons Zelbub dont le nom est à lui seul un hommage au Zorglub de Franquin. Un bonhomme retord et ambitieux prêt à tout pour assouvir ses fantasmes monomaniaques et construire son propre Empire, force de psychotropes et d'hypnoses.


Vous l'aurez compris, Les souvenirs de l'Empire de l'Atome est un récit complet, riche et hautement hallucinogène, doux mélange entre science-fiction et réalité.
C'est pour moi un véritable coup de cœur (j'en ferais volontiers l'un des favoris pour le Grand Prix de la Critique), non seulement graphique mais aussi par son histoire et ses nombreuses références devant lesquelles, il est vrai, je me suis senti bien petit...



D'autres avis : Nico, PaKa, OliV', David Fournol




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Année d'édition
2013