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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Sharaz-De Sergio Toppi (s)(d) Mosquito

Version intégrale

Chronique du 11/10/14

Un nouvel album de Sergio Toppi, Chapungo, paraît ce mois d'octobre en librairie et évoque trois nouvelles aventures outre-atlantique. Un album traduit en langue française à titre posthume (l'auteur nous a quitté en 2012) mais des histoires vieilles de plusieurs dizaines d'années tout de même (1976, 1978 et 1985).
Mosquito, éditeur fidèle de Sergio Toppi, poursuit ainsi son travail de fond, élargissant une nouvelle fois le catalogue propre à l'œuvre monumentale de l'auteur italien.

Ce n'est pas Chapungo que je vais aborder néanmoins, mais Sharaz-De, l'un des titres clefs du maestro, si ce n'est le plus emblématique...


Les contes de Mille et Une Nuits revisités

La vie de Sharaz-De fait écho à celle de Shéhérazade, qui nous narre chaque nuit une nouvelle histoire et dont le récit se croise avec mille autres.
Prisonnière volontaire du Roi Shahriyar, son existence est à chaque lever de soleil remise en cause. C'est son talent de conteuse qui lui permet de gagner le sursis jusqu'à la prochaine nuit, jusqu'à une nouvelle histoire, où elle devra une nouvelle fois séduire le Roi et ainsi gagner sa grâce.
« Et c'est ce qu'il advint. »

On peut évidemment se poser la question sur les intentions de la jeune femme : pourquoi vouloir se jouer de la mort auprès d'un tyran alors qu'elle mène une vie paisible avec son père, loin du pouvoir, de ses enjeux et de ses colères ?
Les destins, souvent funestes, tissés par les histoires de Sharaz-De ne sont cependant que prétextes pour illustrer la folie du Roi et sont d'une certaine manière une pénitence à sa vie nocturne.
Il ne fait pas bon être trop bon ou trop heureux, car l'avidité ou la jalousie attire bien vite les êtres mal-pensants et les mauvais esprits. La mort se dessine au fil de chaque récit et nous rappelle sans cesse au choix de Sharaz-De, se plaçant elle-même sous l'épée de Damoclès comme pour mieux montrer à Shahriyar son erreur.


Toppi : raconteur d'histoires

Sharaz-De est une raconteuse d'histoires. Chacune d'entre-elles est une mise en abyme de sa propre vie et met parfois en scène des personnages qui vont eux-même narrer un récit. Pour reprendre un terme utilisé par Badelel (dans Château l'Attente), nous sommes dans une imbrication de récits métadiégétiques et Sergio Toppi, par la voix de la jeune femme, en est le chef d'orchestre.

« Tu as fait une bonne affaire avec moi, maître. Par ma bouche, tu entendras des histoires merveilleuses, comme jamais tu n'aurais pu imaginer. Dans ton existence banale, elles seront le piment vigoureux accompagnant un mets insipide. Écoute-moi donc. »

Ses planches font la part belle aux illustrations pleines et multi-scènes qui s'offrent en délice pour nos yeux. L'auteur transalpin est passé maître dans ces compositions complexes dans lesquelles chaque case prend corps l'une avec l'autre pour former une séquence narrative et visuelle qui prend tout son sens.
Plus incroyable encore est son approche graphique qui, forte d'une surabondance de traits, parvient à se libérer du carcan de papier sur lequel elle s'étale pour former des textures qui rendent le dessin vivant. Une surabondance qui ne nuit jamais à la lisibilité et qui apporte au contraire un rendu saisissant et unique où l'usage du blanc devient primordial.

La plupart des récits formant Sharaz-De sont en noir et blanc. Quelques histoires sont cependant en couleur (J'ai attendu mille ans et Le trésor de Yasid). Si la première est plus une colorisation venant par-dessus le dessin de Toppi, renforçant ses textures et ce dessin proche de la nature, la seconde paraît plus abstraite et plus sauvage dans son traitement.

Je pensais au départ être dérouté par le style très brut de l'auteur et je ne me suis mis que tardivement à la lecture de l'un de ses ouvrages. Je peux dire aujourd'hui que je suis inconditionnellement fan de son travail et de l'ambiance qu'il dépeint, avec un trait très stylisé et reconnaissable entre tous. J'aime aussi ces mises en couleur dans tout ce qu'elles apportent d'onirique et dans leur aspect jeté. J'y retrouve une certaine spontanéité et un certain écho à l'âpreté des histoires.


Sharaz-De se compose en deux temps.
Les dix premières histoires sont le fruit de la commande d'une revue milanaise (Alter Alter) en 1979. Un livre fut ensuite édité en Italie mais il n'y eut pas de suite à cette parution.
Les éditions Mosquito, quand elles ont publié la traduction française en 2000, ont trouvé ça dommage et ont suggéré à l'auteur de poursuivre son travail, ce qu'il a donc fait dans une deuxième commande, sortie directement dans la langue de Voltaire en 2005.
Un bond dans le temps long de 25 ans, comme pour mieux marquer par cette œuvre l'empreinte d'une carrière exceptionnelle, de son renouveau très remarqué dans l'histoire de la bande dessinée italienne et jusqu'à sa presque fin de vie...

« La lune se couche et déjà, aux portes de ton royaume, les pillards montent sur leurs chevaux, heureux de ce jour qui leur apportera un riche butin et pour moi la mort ! Ainsi bien des histoires du temps passé ne parviendront pas à tes oreilles...
Mais le roi voulut que Sharaz-De vive encore et avec elle ses histoires. C'est ce qu'il advint.
 »



D'autres avis : K.BD, Mo', Nico, Yvan, Fab Silver

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.
Le site consacré à Sergio Toppi par son éditeur français Mosquito.




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Année d'édition
2013 (1°ed. 2000)