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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Porcelaine Benjamin Read (s), Chris Wildgoose (d), André May (c), Alexa Rosa (c) DELCOURT

Tome 1 : " Gamine "

Chronique du 29/11/14

Devant le portail d'un manoir qu'on dit habité par un sorcier se regroupe une dizaine de crève-la-faim. Leur meneuse, qui se fait appeler Belle, dicte aux pauvres orphelins la marche à suivre : la gamine devra grimper par-dessus le mur d'enceinte et aller voler de l'argenterie à l'intérieur.

« Maintenant tu entres, ou je t'éventre et je te vends au marché aux cadavres... J'aurai à manger dans les deux cas. Qu'est-ce que ce sera ?
_ J'y vais.
 »

Dehors les ruelles sont noires et les nuits froides. Le couvre-feu tombé c'est la maréchaussée qui veille et sévit face à la maraude...
Dedans, l'épais manteau de neige n'est pas assez dense pour masquer l'intrusion de la fillette. Deux colosses de porcelaine montent la garde et il s'en faut de peu pour que la petite ne se fasse déchiqueter : le sorcier ventripotent n'est pas bien loin et calme d'ardeur de ses fauves. Rapidement pris d'affection pour cette gosse des rues affamée et à la répartie désarçonnante, il l'invite à entrer dans sa demeure aux secrets.


Quant l'appétit va tout va !

Avec sa couverture au style Art déco prononcé (les illustrations de débuts de chapitres, sublimes et épurées, le sont encore plus) et son synopsis ma foi fort alléchant (une sombre histoire d'automates et d'un porcelainier misanthrope), Porcelaine attisait ma curiosité.

L'histoire a ce petit quelque chose qui séduit par l'entremêlement des genres. Le gang de pickpockets place d'emblée le récit dans l'évocation de l'univers d'Oliver Twist. On entre bien vite dans une autre thématique, celle des automates : un mélange de mécanique et de fantastique.

« Vous savez, vous ne semblez pas trop méchant pour un sorcier maléfique.
_ C'est ainsi qu'on m'appelle ? Ha ! Magnifique ! Oh, mon enfant, tu as fait sourire un vieil homme aujourd'hui.
_ Eh bien, ce n'est pas le cas ?
_ Je suis un artificier, et un alchimiste occasionnel, mais je ne suis certainement pas un sorcier.
 »

On apprécie vite, dès son apparition, une certaine bonhomie à l'énigmatique porcelainier reclus dans sa misanthropie. Il fait le pont entre les époques et les genres, il appartient à la fois au passé (le monde extérieur, dans lequel il évolue) et au futur (symbolisé par l'Art déco qui caractérise sa demeure et par les automates qui l'entourent).

« Quand l'appétit va tout va » dit un adage gaulois. Pourtant, passée cette attrayante mise en bouche, la sensation est plus mitigée une fois le livre refermé : intéressant et plaisant certes... mais malheureusement peu surprenant.

On fait souvent au premier tome d'une série le reproche qu'il met en place la suite sans pour autant susciter l'enthousiasme d'une histoire complète. Mais ce n'est pas vraiment le défaut de Porcelaine, qui s'attarde quasi-exclusivement sur deux personnages et qui développe une intrigue complète (sur 80 pages tout de même).
Le grief que je lui porte réside dans sa trop grande rigidité scénaristique : le résumé de l'ouvrage laissait présager un scénario plus exigeant et surtout moins conventionnel. Je regrette surtout l'absence de surprise dans ma lecture (essayez d'interdire un lieu secret à un enfant curieux). Tout est très linéaire... et un peu surfait aussi !


Défauts de langage

Benjamin Read prend bien le temps de tisser une relation « père / fille » entre les deux protagonistes clefs. On comprend la nécessité de créer cette complicité mais le lien est lent à se mettre en place. Les échanges sont ambigus, un jeu de dupes s'installe, les dialogues paraissent un peu superficiels.

Les dialogues, justement, me gênent énormément. Notamment au niveau du lettrage qui codifie la lecture.
L'auteur a souhaité mettre en évidence certains mots (environ un par bulle) qui apparaissent en gras. Cette manie d'accentuer un mot dans chaque phrase dirige notre intonation. Cela pourrait avoir un sens si l'effet de style était appliqué à un seul personnage mais il n'en est rien : tout le monde s'exprime de la même façon, les langages sont de fait lissés et les personnages perdent en caractère... dommage.
Un autre effet de style, moins handicapant cette fois, est utilisé pour marquer le ton qui monte : les bulles sont cerclées d'un épais trait rouge.


Sous le masque de la couleur

La conclusion de l'ouvrage se fait par un cahier de recherches graphiques de quelques pages, dans lequel on apprend entre autre que l'apparence de « l'oncle » est inspirée par le grand Orson Welles.
Le dessin très propre de Chris Wildgoose m'a plu dans l'ensemble, ses traits fins et ses décors qu'on devine ciselés avec méticulosité. Une impression de vide se ressent pourtant dans les grands aplats de couleurs (André May est à la couleur mais c'est Alexa Rosa qui l'a épaulé pour les aplats), peut-être pas suffisamment nuancés et peu aidés par la froideur informatique.
Je me demande ce que les planches non colorisées pourraient donner.


Magnum opus ?

D'une manière générale, j'ai du mal à croire que les auteurs n'aient pas gardé un peu de matière sous le coude. On ne prévoit pas un triptyque si on a rien à développer sur la longueur et leur projet me paraît plus mature que ne le laisse entrevoir ce premier tome.
Après l'opus introductif « Gamine », le second volet s'intitulera « Femme », inscrivant cette trilogie à venir dans une évolution d'âge. Le thème est propice – cette aventure l'illustre bien – à une réflexion sur le cycle de la vie à travers le spectre de la mort. Le Grand-Œuvre de l'Alchimie n'est pas très loin !
À suivre...



Un autre avis : Zaelle

Le blog de Chris Wildgoose.
La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.




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Tome 1 : " Gamine "

Année d'édition
2014