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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Mauvais genre Chloé Cruchaudet (s)(d) DELCOURT

Chronique du 06/11/13

Qu'il soit utilisé dans son sens commun, en linguistique, en biologie ou en philosophie, le genre est un moyen d'enfermer un individu ou un type de choses dans un groupe, de catégoriser.
Un mot qui implique en quelque sorte un classement et qui partage aussi l'espèce humaine entre le masculin et le féminin.

Mauvais genre conte l'histoire de Paul Grappe et de sa femme Louise Landy. Leur jeune idylle d'avant guerre doit cesser avec l'appel du front.
Ces tranchées qui sillonnent la terre en un champ de sang et de larmes causent également bien des séquelles dans la chair et dans l'âme. Paul s'enfuit face à l'horreur, il devient déserteur et rentre chérir sa douce. Mais il ne peut sortir de chez lui de peur d'être repris... C'est là que l'idée complice de Louise va le transfigurer à jamais : Paul va se travestir et devenir une femme aux yeux du monde.

Mauvais genre est aussi et avant tout l'adaptation en bande dessinée de La garçonne et l'assassin, un roman paru en mai 2011. Ses auteurs, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, sont tous les deux historiens et directeurs de recherche au CNRS. Danièle Voldman est également spécialisée dans les conséquences des conflits sur les ensembles urbains. On peut alors comprendre ce qui les a mis sur la voie de ce fait divers du Paris des années folles et leur démarche de mettre en avant les troubles d'un homme tourmenté par la guerre.


Libération sexuelle, (r)évolution intellectuelle.

L'une des grandes forces de cette bande dessinée est son incroyable complexité malgré sa fausse simplicité apparente.
Traduisant un fait réel, elle met en scène des personnages de l'Histoire qui, bien que méconnus du grand public, véhiculent un instantané des années 1920.
On y retrouve la guerre bien sûr, ses traumatismes sur les soldats qui marquent toute la vie durant et que nous serions bien incapables de décrire.
Et puis il est surtout question de société. La transformation de cet homme, sa fascination progressive pour la femme qu'il devient et qui l'obsède, ses escapades nocturnes et les dessous du Bois de Boulogne (qu'on imaginait moins perverti même dans notre imaginaire le plus dépravé), sont autant de circonstances aggravantes qui mettent en exergue les choses qui aujourd'hui peuvent être acceptées dans nos mœurs mais qui autrefois étaient inconcevables.

« Il y a les hétérosexuels et les homosexuels, comme il y a les hommes et les femmes. Si on n'est pas l'un, on est l'autre, c'est tout. »

Il est aussi question de maltraitance, de prostitution, de moralité et d'une justice bien différente de celle d'aujourd'hui.
Les thématiques abordées sont nombreuses mais traitées sans superficialité. L'alchimie fonctionne à merveille.

Chloé Cruchaudet nous avait dit en 2009 qu'elle appréciait conter des voyages, du genre de ceux qui ne se passent pas comme prévu. Ses œuvres comptent toujours une part d'histoire vraie, de la vie de Minik aux amazones du Dahomey, et maintenant avec Paul Grappe et Louise Landy.
Mauvais genre fait certes rupture avec les voyages exotiques mais on perçoit dans le ton cette pointe d'ironie et de féminité qui caractérise sa narration... bien sûr, avec une ouverture sur un procès, on pouvait s'attendre à ce que tout ne soit pas un long fleuve tranquille.


Unicité entre le fond et la forme.

Depuis quelques années que nous suivons son travail, chaque nouvel album de Chloé Cruchaudet est un plaisir, d'autant plus qu'elle parvient à se renouveler et à varier sa palette graphique.
Au premier abord, on pense reconnaître dans la forme une certaine influence de Manuele Fior (sur L'entrevue), mais c'est plus subtil que ça :
Après le filtre glaçant de Groenland Manhattan, les aquarelles chaleureuses de l'Afrique d'Ida, voilà maintenant un traitement charbonneux au fusain ponctué de touches colorées savamment diluées, aboutissant sur un rendu proche du noir et blanc.
Ce qui est intéressant dans l'approche de l'auteure, c'est cette constante adéquation entre le choix graphique et les récits qu'elle décrit. Ici les couleurs de l'amour et de la république passent derrière le filtre de la mort, des traumatismes et du passé.



Histoire vraie sensuelle et débridée, la vie de Paul Grappe est encore étonnante un siècle plus tard. Le roman a aussitôt tapé dans l'œil de Chloé Cruchaudet qui n'a pas tardé à l'adapter en bande dessinée... pour notre plus grande joie.

Paru en septembre 2013, Mauvais genre a rapidement été salué par le Prix Landerneau et le Prix coup de cœur de Saint-Malo.

Chronique du 06/11/13

Le problème dans le fait que c'est Lunch qui achète les BD, c'est que ça donne des trucs du genre :
« Tiens, j'ai ramené le dernier Cruchaudet, c'est une histoire de travesti !
- ... »
Ce genre de scène arrive très régulièrement sur diverses bandes dessinées de divers sujets, et souvent, quand c'est le cas, je suis finalement agréablement surprise. Autant dire que c'est aussi le cas pour celle-ci. Mais dans son cas, il faut admettre qu'au-delà du thème qui paraît plutôt saugrenu, c'est avant tout « le dernier Cruchaudet ». Oui, Chloé Cruchaudet, celle-là même que nous avons découvert avec enthousiasme sur Groënland Manhattan et suivie avec engouement sur Ida.

Pour aller plus loin que « c'est une histoire de travesti », l'auteure nous emmène, comme elle l'avait fait avec son premier titre, sur les traces obscures de l'histoire. Eh oui, en fait elle retrace ici l'histoire véridique d'un couple pendant la Première Guerre Mondiale, et s'inspire pour cela du livre La garçonne et l'assassin écrit par deux historiens, Fabrice Virgili et Danièle Voldman.

Sur fond de procès (dont nous ne découvrirons l'objet qu'à la fin), on suit les péripéties abracadabrantes de ce couple, Paul et Louise, et on comprend petit à petit les tenants et les aboutissants de cette histoire hors du commun. Ou comment Paul, macho viril par nature, devient au fur et à mesure une femme extravertie (et invertie aussi un peu d'ailleurs).
Ce qui est souvent gênant avec les biographies, c'est leur côté rigide. Point de cela ici. Cette histoire est tellement inattendue qu'on refermerait le livre, persuadé qu'il s'agit là d'une fiction pure.

A travers ce tableau, Chloé Cruchaudet ne dépeint pas seulement la vie d'un travesti, elle montre aussi la société française du début du XX° siècle, l'horreur de la guerre, la difficile vie de couple... Bref, une bande dessinée très complète telle que Chloé Cruchaudet sait si bien les faire tout en nous surprenant par sa thématique et ses situations rocambolesques.

Côté dessin, elle se rapproche pas mal du style utilisé dans Ida, mais ici avec un traitement des couleurs encore différent de ses deux premiers titres. Un mélange de lavis et de fusain entretient une ambiance « noir et blanc » très en accord avec le décor à la fois historique et sombre des quartiers populaires du siècle passé. Pourtant, on devine les couleurs. Le rouge fait régulièrement son apparition et vient rompre les dégradés de gris. D'autres couleurs viennent teinter plus discrètement l'ensemble, de sorte que la monotonie du gris ne se fait jamais sentir. Là encore, c'est une belle réussite, même si l'on serait tenté de regretter les couleurs éclatantes (mais peu appropriées ici, il faut l'admettre) d'Ida.


D'autres avis :
Une lecture commune que nous partageons aujourd'hui avec tout un tas de gens très bien, et que vous pouvez lire par ici :
Marion, Mo', Moka, Noukette, Jérôme

Et puis aussi chez David Fournol

La présentation de l'album sur le site de l'éditeur.

Roaarrr Challenge
- Prix de la critique ACBD 2014
- Prix des lecteurs k.bd 2014
- Prix du Public - Angoulême 2014


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Année d'édition
2013