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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Age de bronze (L') Eric Shanower (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Un millier de navires "

Chronique du 29/08/13

La guerre de Troie est un récit à la fois fantastique et légendaire.
J'ai toujours eu une affection particulière pour cette histoire, attribuée à Homère (dans L'iliade et L'odyssée), dont l'historicité est contestée (l'existence même d'Homère l'est par ailleurs).
La guerre de Troie a-t-elle réellement eu lieu ? Il est avéré que la ville de Troie a bien existé, des fouilles attestent d'une certaine véracité mais montrent aussi des incohérences... le mystère subsiste mais le mythe fascine, depuis le 7ème siècle avant J.C. et aujourd'hui encore.
Homère était un aède, c'est à dire un barde. Il était aveugle, ce qui le prédisposait en quelque sorte à la poésie (une qualité propre aux poètes à l'époque) et fit de lui un grand orateur. La guerre de Troie repose certainement sur des faits historiques mais compose aussi avec une dose de fiction. L'art du conte en somme, et c'est aussi ce qui fait son charme.

Au fil des âges, de nombreux auteurs ont contribué à compléter l'histoire de la guerre de Troie (Virgile, Sophocle, Racine, Giraudoux...), évoquant d'autres visions du conflit, densifiant le mythe ou développant la personnalité des protagonistes. De fait, toutes ces œuvres forment une base solide pour un épisode (en partie) fantasmé, et un terreau fertile pour L'âge de bronze d'Eric Shanower.

Le récit homérique est bercé par l'onirisme propre à la mythologie : ce sont les dieux qui font la loi et qui régissent les hommes.
Eric Shanower a pris ici le parti de tenir les dieux à l'écart tout en collant au plus juste à l'histoire de la guerre de Troie. Ils ne sont pas absents pour autant mais il n'apparaissent pas, rendus à la simple expression de prières, de coutumes ou de rêves.
Il en résulte un récit plus crédible qui retranscrit tout de même fidèlement les textes originaux. J'ai apprécié cette version des faits, une vision plus contemporaine qui s'absout de la contrainte divine pour se focaliser davantage sur la psychologie des hommes.

« Et notre fils. Il va grandir si vite et je ne serai pas là pour le regarder. Avant que tu ne t'en aperçoives, ces joues se couvriront de barbe et alors... alors, écoute Pénélope... Si cela arrive... si notre fils devient adulte et que je ne suis pas rentré... tu seras libre. Libre de te défaire des charges de cette maison. Libre d'épouser un autre homme.
_ Non ! Jamais...
_ Chh... Au revoir... femme bien-aimée !
_ Au revoir, Ulysse...
»

Un millier de navires est le premier tome de L'âge de bronze, un ouvrage d'introduction qui nous prépare à la guerre à venir.
Il débute avec Pâris qui redevient le fils du roi Priam (l'élément perturbateur), se poursuit avec l'enlèvement de la belle Hélène à Ménélas (la cause du conflit) et jusqu'à l'arrivée d'Achille, célébré en héros pour mener les Achéens à la victoire. La flotte levée par Agamemnon est impressionnante et file vers Troie avec la bénédiction des dieux et du serment d'Ulysse...


L'âge de bronze est un récit incroyable de la guerre de Troie, d'une agréable cohérence et d'une étonnante douceur. Les personnages sont dépeints avec beaucoup d'humanité, ils sont en proie aux doutes et leurs faiblesses leur donnent du caractère.
Eric Shanower a consacré de nombreuses années à l'élaboration de cette série. Elle est le fruit d'importantes lectures et de recherches sur la région grecque telle qu'elle était dans l'Antiquité, jusque dans le mode vestimentaire de l'époque.
Son travail graphique est également remarquable, un trait juste, fin et riche en détails, qui se passe allègrement de colorisation tout en restant lisible dans les scènes de jour comme de nuit. Les rayons se soleil sont palpables sur les cases " d'extérieur ", les jeux d'ombres sont parfaitement rendus, les postures sont dynamiques et les visages expressifs.

Une attention particulière a été portée dans la construction du récit jusque dans les dialogues et la présentation des personnages.
Il eut été facile de se perdre avec tous ces protagonistes (et d'autant plus si l'on considère que le roi Priam a eu plus de 50 enfants) mais le récit, s'il en présente pléthore, ne s'égare pas dans des complexifications hasardeuses qui nous perdent.
Y'a pas à dire, c'est bien plus facile et agréable à lire (pour un non-initié de l'idiome grec entendons-nous bien) que L'iliade.
Une belle réussite, et primée par ailleurs puisque Eric Shanower a reçu la double distinction meilleur scénariste/dessinateur en 2001 et 2003 aux Eisner Awards pour L'âge de bronze !

Chronique du 29/08/13

Dans l'Âge de Bronze, Eric Shanower propose un récit très classique de la mythique Guerre de Troie. Classique dans le sens où il ne bouleverse en rien le mythe tel qu'il a traversé les âges comme d'autres ont pu le faire plus récemment (je pense en particulier à Herakles ou au Héros). Il s'écarte néanmoins du récit d'Homère en cela que Homère (s'il a bien existé... le débat fait rage à la maison) n'a pas retranscrit la totalité des événements d'une part, et que Shanower a voulu écarter l'aspect fantastique et divin du récit d'autre part. Voilà d'ailleurs une démarche bien intrigante quand on considère que la Guerre de Troie est l'événement « humain » de la mythologie grecque dans lequel les dieux sont le plus présents. Et ma foi, pour l'instant il ne s'en tire pas mal au sortir de ce premier album en jonglant entre les éléments naturels et les bobards d'un beau parleur.

Ce que j'y ai trouvé d'intéressant, c'est justement l'aspect humain. Les colères, les jalousies, la vanité, l'amour... tous les sentiments qui prennent une tournure impersonnelle dans la grande majorité des récits sont ici mis en valeur et intégrés dans une histoire euh... ben humaine quoi. Les grands noms prennent alors vie et on se met à comprendre pourquoi aucun de ces idiots de Troyens ne croyait Cassandre (parce qu'elle avait vraiment tout d'une folle, genre ?), pourquoi cette idiote d'Hélène, fidèle épouse, est allée suivre ce bellâtre de Pâris, comment Achille s'est planqué aux milieu des filles du roi de Skyros...
On y retrouve aussi d'autres mythes entremêlés, tels que ceux de Thésée, des Argonautes ou d'Héraklès, rappelant au passage que tout dans la myhtologie grecque est intimement imbriqué. D'un côté ça donne le vertige et de l'autre ça clarifie vraiment un grand nombre de situations.

D'un autre côté les décors et les usages vestimentaires sont extrêmement travaillés. On ressent dans l'ensemble un gros travail de recherche de la part de l'auteur, et on en sort avec tout simplement l'envie de connaître la suite et de se replonger dans les univers légendaires de l'Antiquité grecque.


D'autres avis : Yvan, Yaneck


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Tome 1 : " Un millier de navires "

Année d'édition
2004

Billy Wild Céka (s), Guillaume Griffon (d) AKILEOS

Version intégrale

Chronique du 12/10/14

Billy Wild est à la croisée des chemins, un mélange des genres décapant qui nous offre un western à l'état brut assorti d'une pointe d'ésotérisme et d'un petit quelque chose de... Romero.
Très vite, le FarWest devient donc le DarkWest, notamment sous l'impulsion de Linus et de ses remèdes miracles. Ce bonhomme tout à fait antipathique, charlatant à ses heures, a pris Billy sous son aile. Il se montre particulièrement tenace, impitoyable et surtout scrupuleux dans ses comptes d'apothicaire...

« Te voilà gamin... content de te voir !
Prêt à changer de vie ?
Alors suis-moi !
 »


Carte noire

J'ouvrais cette chronique sur des références à peine déguisées et elles sont nombreuses et ma foi plutôt bien digérées. On pense évidemment au 7ème Art quand on lit Billy Wild et les musiques de Sergio Leone reviennent régulièrement en tête. Le « Kid » devient grand beaucoup trop vite et apprend tout par la force des choses : brutalement.
La seconde partie de l'histoire nous rappelle à nos bons souvenirs des Sept mercenaires dans un final plutôt jouissif.
Pour continuer sur le cinéma, vous vous rendrez rapidement compte que Billy Wild s'inscrit dans la veine des films de Romero : une société vérolée comme un fruit trop mûr et des protagonistes aussi mauvais morts que vivants.
Un univers glauque au possible à ne pas mettre entre toutes les mains : ça tue, ça gicle et ça déchiquette !

« Tu le connais le 13ème cavalier ?
_Si je ne connais ? Tu plaisantes ? Qui ne connaît pas Billy Wild ? À part les crétins dans ton genre ?
_ Je le tuerai, chef, je le tuerai !
_ Crétin, tu ne peux pas. Une légende, ça ne meurt jamais !
 »


Le dessin très noir de Guillaume Griffon (qui poursuit son trip en solo avec Apocalypse sur Carson City, toujours chez Akileos) est l'habillage parfait pour le récit développé par Céka (Egovox, Lutte majeure). L'ancrage est sauvage et les contours sont gras : une utilisation des noirs particulièrement intense qui rend les ombres omniprésentes et qui renforce un contexte sombre et sans espoir (sinon la mort). Par opposition, le dessinateur use de traits plus fins pour peaufiner les détails, silhouetter les plis des vêtements et affirmer les rides d'expressions. Le corps de Billy Wild est chétif et ses os sont anguleux, laissant un contraste saisissant entre le gamin et la musculature saillante de la plupart de ses ennemis... et ils sont nombreux !


Rencontre fortuite

L'histoire de cette bande dessinée est belle puisqu'elle est, comme souvent, le fruit d'une rencontre. Guillaume Griffon avait suivi une formation dessin à l'école Émile Cohl de Lyon avant de s'envoler pour l'Amérique pour travailler chez Disney. À son retour, alors qu'il se consacre à la communication de l'entreprise familiale (dans le textile), il garde toujours la bande dessinée dans un recoin de sa tête. Il part alors à la grand messe d'Angoulême avec son book sous le bras et s'en va quérir les éditeurs qui voudraient bien de lui. C'est à ce moment-là qu'il fait la connaissance de Céka et que se noue ses premiers contacts avec Akileos.
Quelques années plus tard naissait Billy Wild.

Vous trouverez en fin d'album quelques portraits « wanted » des personnages (la bande des XII) qui recadrent bien l'ambiance, ainsi que de nombreuses illustrations réalisées par d'autres auteurs et qui rendent hommage à Billy Wild à leur façon.


D'autres avis : K.BD, Choco, Livr0ns-n0us, Mo', Mike (iddBD), Yvan

Le blog de Céka.




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Version intégrale

Année d'édition
2009 (1°ed. 2007)

Block 109 Vincent Brugeas (s), Ronan Toulhoat (d) AKILEOS

Chronique du 16/03/13

22 mars 1941 : Adolf Hitler est assassiné d'une balle en pleine tête. Dans les jours qui suivent, de nombreux cadres nazis sont arrêtés et pendus par la Gestapo pour haute trahison.
Avril 1941 : Himmler devient Chancelier et obtient les pleins pouvoirs. Heydrich devient Reichsfürer et dirige l'ensemble de la S.S.
Janvier 1942 : Lancement du programme nucléaire allemand.
Mars 1943 : Création du Nouvel Ordre Teutonique par Himmler pour contrer l'influence grandissante des S.S.
5 juin 1943 : Zytek, ancien officier S.S. jeune et ambitieux, mais totalement méconnu, est nommé, à la surprise générale, Grand Maître du Nouvel Ordre Teutonique (Hochmeister).
Juin 1944 : La première bombe thermonucléaire allemande est opérationnelle.
8 mai 1945 : Opération « nuit noire ». Le feu nucléaire s'abat sur les États-Unis et sur les Îles Britanniques.
Novembre 1947 : Mort accidentelle d'Himmler. Le Hochmeister Zytek est élu, quelques jours plus tard, président du Grand Conseil du IIIe Reich.
1953... la guerre entre les blocs allemands et soviétiques se poursuit sans relâche depuis 9 ans...


Cela ne vous aura pas échappé avec cette introduction (qui relate en quelques lignes le contenu partiel des premières planches de la bande dessinée) Block 109 est une uchronie.
Pour les Vincent Brugeas, Hitler a été assassiné en 1941 et la guerre ne s'est pas arrêtée en 1945... et elle a pris un tout autre visage que l'Histoire de nos manuels scolaires.
Dès les premières cases, nous sommes happés par des événements qui nous dépassent et qui attisent notre curiosité. Nous sommes au cœur de l'Histoire sans y être vraiment, nous la revisitons avec un œil neuf.

Ce qui nous frappe d'emblée, ce sont ces allusions qui sont faites à des événements ou des dates qui sont bien réels. Block 109 aurait pu se contenter de développer un récit totalement nouveau à partir d'un tournant de l'Histoire, mais il fait mieux que ça : il s'accapare de faits ultérieurs et les incorpore à la narration, lui donnant du coup un certain crédit. Un crédit qui vacille tout de même sur une question anodine mais qui me semble si importante : pourquoi diable les allemands auraient-ils réussi à lancer une bombe atomique sur les États-Unis et pas sur la Russie ?
Bien entendu, il s'agit toujours d'une fiction, à laquelle vient se greffer ce virus d'un genre nouveau qui sévit dans le métro, monde souterrain ayant accueilli l'expérience... Un mélange de genres entre le récit de guerre, froid et implacable, et l'ambiance d'un bon Resident Evil.


« Vous pensez que je vais adhérer à ces conneries !! Vous voulez détruire le monde, salopard !
_ Je ne vais pas détruire le monde, Lisa. Je vais l'achever.
»

J'ai beaucoup apprécié cette lecture au récit haletant et rondement mené, qui parvient à nous surprendre à plusieurs reprises et qui nous bouscule sans cesse.
On s'attache à ces hommes qui luttent pour sauver leur peau, qui ne sont là que pour accomplir les ordres sans discuter, du bétail... A contrario on cracherait volontiers à la gueule des crapules qui ne vivent que pour ôter la vie des autres et comploter pour servir leurs intérêts...
Pourtant, on finit par être pris à contrepied. Les personnages qu'on croyaient bons ont aussi leurs faiblesses et certains nous apparaissent vite comme antipathiques... et que dire de Zytek, qu'on taxait allègrement de salaud sanguinaire et assoiffé de pouvoir au départ, et qui devient au fil de l'histoire de plus en plus sympathique à nos yeux.
Un joli tour de force des auteurs.


Graphiquement, l'ambiance dépeinte par Ronan Toulhoat est plutôt agréable.
Le dessin, réaliste, fait certes un peu « rush » et globalement pas fini. D'ailleurs, on reprochera ce choix pour les visages qui deviennent du coup un peu flous et parfois difficile à discerner.
Les traits sont rehaussés par une colorisation sépia et mis en valeur par un découpage propre et efficace qui convient bien au rythme du récit. Le tout nous laisse une impression uniforme plutôt réussie malgré le bémol cité plus haut.


Au cœur de l'idéologie nazie, Block 109 nous invite à partager le quotidien des militaires allemands durant la guerre, il nous fait également réfléchir sur ce qu'elle aurait pu être, dans d'autres circonstances... Une réflexion qui porte également sur les hommes, sur leur capacité à construire ou à détruire, sur le symbolisme de la race aryenne...



Block 109 est un one-shot mais les auteurs ont également publiés, toujours chez Akileos, des récits satellites qui évoquent d'autres lieux pendant cette même guerre. Sans toutefois constituer une suite, ils permettent à ceux qui le souhaitent d'approfondir l'univers inventé par les auteurs :
- Étoile Rouge (2010)
- Opération Soleil de plomb (2011)
- New York 1947 (2011)
- Ritter Germania (2012)
Il est impressionnant de voir la vitesse à laquelle les auteurs développent leur univers !

Je ne sais pas si je lirai ces titres. Block 109 se suffit à lui-même et sa fin ouverte nous laisse maître de l'interprétation que nous en ferons... ce que j'apprécie grandement.


Je remercie Yaneck pour cette lecture.

Chronique du 28/08/13

Bien que l'exercice soit rapidement casse-figure (si j'ose dire), j'ai un attachement particulier pour les uchronies, parce que bien menées, elles apportent toujours de bonnes surprises. Et j'entretiens depuis quelques années une profonde répulsion (due à un raz-le-bol concernant le matraquage médiatique) pour la période concernant la Seconde Guerre Mondiale. Tout pour me faire hésiter pendant des années... Je lis ? Je lis pas ? Je lis ? Je lis pas ?

Bon ben voilà, c'est lu avec un regard assez critique au final, parce que ben l'air de rien, les auteurs ne facilitent pas la tache pour l'entrée en matière. Ou presque.

L'intro est très bien faite, résumant en quelques cases la période entre 1941 et 1953 dans ce monde où la Seconde Guerre Mondiale a oublié de se terminer, puis vient le début de l'histoire elle-même. Et là j'ai rien pipé. J'ai finalement posé le bouquin et j'ai dû survoler à nouveau ce début pour reprendre pied. Mon reproche, c'est le flou des transitions et le manque de netteté des visages qui aurait permis de mieux identifier les personnages. Ah oui puis aussi, je crois que je ne suis pas hyper fan des histoires de guerre en fait...

Pour le reste, je tire mon chapeau. J'ai passé toute ma lecture à me demander où les auteurs voulaient donc nous mener pour tomber littéralement des nues à l'arrivée. D'une façon générale, pas d'incohérence historique, ou en tous cas rien que je n'ai pu relever ; un scénario tiré par les cheveux et relativement inattendu avec des coups de [péripatéticienne] dans tous les sens ; des personnages exécrables ; un dessin rigide à l'image du Reich qu'il décrit et à la fois dynamique et plein de mouvements (oui je sais, c'est peut-être pas très très clair dit comme ça) au cœur de l'action ; des couleurs sépia qui imprègnent l'ambiance sordide ; un grand réalisme dans le trait. L'ensemble doit être, à n'en pas douter, largement influencé par la bande dessinée américaine.



D'autres avis : Mo', Nico


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Année d'édition
2010

Courtney Crumrin Ted Naifeh (s)(d) AKILEOS

Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Chronique du 08/06/13

La plupart des gens aiment à cataloguer un récit dans un style qui va le définir. Une œuvre aura alors son public cible : une tranche d'âge ou un goût prononcé pour un genre bien particulier.
Certaines œuvres, plus rares, savent s'affranchir de ces limites et sont assez intelligentes pour ne pas se laisser cadenasser dans un moule. C'est le cas de Courtney Crumrin.

Courtney est une petite fille en pleine adolescence. Ses parents, fauchés, ont décidé d'emménager dans la maison du grand-oncle Aloysius pour pallier à leurs problèmes financiers. Issue d'un quartier modeste, la petite famille déboule alors dans la grande maison lugubre du vieil homme et tente de se faire une petite place au sein de l'aristocratie environnante de Hillsborough (littéralement « arrondissement de la colline »).

« Nous n'avons pas élevé notre petite fille pour qu'elle se batte.
_ C'est un quartier respectable. Tu veux donner une mauvaise image de nous ?
_ Essaie au moins de t'entendre avec les autres enfants.
_ Ne nous pose pas de problèmes. Ces enfants ont des parents importants.
»

L'adolescence est une période de vie fascinante qui se situe entre l'enfance et l'âge adulte. Il y a cette irrémédiable envie de grandir qui se caractérise souvent par un conflit plus ou moins violent avec les parents. Et puis il y a aussi cette curiosité des choses de la vie, ce besoin de se sentir concerné, de prendre son indépendance.
Courtney se retrouve, avec ce déménagement, chamboulée dans ses repères. Elle est en pleine reconstruction. De plus, l'arrivée dans un quartier riche pour une fille issue de la banlieue ne plaide pas en faveur de son intégration : elle est esseulée, tenue à l'écart par ses camarades de classe. Il faut dire qu'elle habite dans « la maison hantée de la ville », celle qui effraie tout le voisinage : cela n'aide pas !
Mais la jeune fille est curieuse, un tantinet espiègle... et elle n'a peur de rien !


On pourrait faire un quelconque rapprochement avec l'univers d'Harry Potter. Cette envie de parler aux enfants par le biais d'une histoire qui les heurte et les mets mal à l'aise. La préface écrite par l'amie de l'auteur (il faut dire que cette petite fille atypique et courageuse porte le même nom qu'elle et qu'elles semblent toutes deux avoir vécu le même problème d'intégration), elle-même écrivain, l'exprime bien : « Les seuls contes pour enfants qui sont de véritables classiques, intemporels et aimés, sont aussi ceux qui sont subversivement honnêtes sur les horreurs de la vie. Les enfants font face à la réalité à un niveau beaucoup plus basique que les adultes, et ne croient pas aux histoires qui sont trop mignonnes. »

Ted Naifeh n'hésite pas à proposer un album, certes orienté jeunesse, mais surtout mature. Il prend le parti de ne pas choyer son lectorat, de lui montrer des choses flippantes, ce qui donne du caractère à l'album qui en devient aussi savoureux pour les plus jeunes que pour les adultes.


L'approche graphique est également sujette à ambiguïté.
Ted Naifeh déroule son histoire dans de grandes cases fourmillant de détails, entièrement basées sur un jeu d'ombres obtenu à l'ancrage. Dans un style plutôt réaliste (bien que les mains soient crochues à quatre doigts), il associe ses traits secs à de grands aplats noirs pour une immersion totale dans le fantastique. Seul le personnage de Courtney diffère au niveau du code graphique avec sa bouille toute en rondeur, son absence de nez et ses grands yeux ronds. Un visage plus doux dans un monde bestial.
Une histoire qui s'extrait de la couleur pour accéder en quelque sorte à l'intemporalité. Chose qui plaira au férus du noir et blanc mais qui laissera de côté la plupart des enfants.

Il existe cependant une version colorisée de la série, campant une ambiance générale sombre, à dominante mauve-rouge. Une apport de couleur qui permettra sûrement aux plus jeunes de mieux appréhender le récit, et qui assoit également l'origine comics de l'œuvre (Naifeh étant Américain).
L'auteur n'a par ailleurs pas de préférence entre les deux éditions. Il trouve que la colorisation réalisée par Warren Wucinich apporte une atmosphère supplémentaire.


Le premier album de Courtney Crumrin peut très bien se lire seul, comme un one-shot, pour ceux qui sont réfractaires aux séries (6 tomes ici et 2 hors-série). Il se compose par ailleurs de plusieurs histoires courtes dont on ressent le découpage. J'ai trouvé qu'il manquait un fil conducteur plus ténu, que le chapitrage coupait un peu le rythme de la narration, bien qu'une certaine continuité soit présente, notamment au niveau de l'initiation de la fillette aux choses de la nuit.

« Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?
Tu crains à mort dans mon rôle. »

D'une façon plus générale, j'ai aimé le personnage central de Courtney, le lien entre l'aspect fantastique du récit et la symbolique de l'adolescence.
Courtney étant une enfant un peu à part, elle trouve un terrain de jeu à sa mesure pour s'évader d'un quotidien morose (école, parents, etc). Elle (s')expose (à) une certaine forme de cruauté qui fait partie intégrante de son expérience, de l'univers sombre qui l'entoure et de la vie, tout simplement.


Pour ceux qui ont aimé Courtney Crumrin, je leur conseille la lecture de Bêtes de somme (et vice-versa). Même public, même genre, mêmes peurs...


D'autres avis : k.bd, iddBD, Mo', Yvan, Nico, Jérôme, Yaneck




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Tome 1 : " Courtney Crumrin et les choses de la nuit "

Année d'édition
2009 (1°ed.2004)

Dans l'abîme du temps Ian Culbard (s)(d) AKILEOS

Chronique du 16/09/13

J'avais à peine 14 ans quand je me suis pour la première fois pris les pieds dans l'univers du jeu de rôle. C'était il y a bien longtemps déjà... Bien entendu, les premiers scénarios sont surtout épiques, à grands renforts de coups d'épées et de magies surpuissantes. Et puis, petit à petit, on en vient à découvrir de nouveaux mondes, nombre d'entre eux étant issus de romans. C'est ainsi qu'est née une certaine délectation pour les œuvres magiques de Tolkien, Gaborit, Zelazny ou encore Lovecraft.

Bien entendu, j'ai avant tout pris un immense plaisir à jouer, sans me soucier vraiment de l'origine des aventures que je vivais. Puis j'en suis venu à m'y intéresser, les dévorant goulument pour certains tant j'ai trouvé leurs auteurs géniaux.
Le mythe de Cthulhu a ceci de passionnant qu'il regorge de créatures insondables, de Grands Anciens à la puissance tentaculaire et à la sapience infinie. Des horreurs indicibles qui datent un peu mais dont le genre est perpétué à travers les âges et qui demeure aujourd'hui encore une lecture marquante.
De nombreux auteurs ont contribué à accroitre la renommée de l'œuvre. Howard Phillips Lovecraft était un pionnier et il entraîna dans sa suite d'autres grands écrivains, célèbres pour avoir prêté leur plume au mythe, comme August Derleth ou Rebert E. Howard.
Maintenant, les nouvelles aventures de Cthulhu ne se lisent plus, elles se vivent... il est de ces petites joies d'être rôliste !


Ian « I.N.J. » Culbard n'en est pas à sa première adaptation des nouvelles de Lovecraft puisqu'il a déjà publié, chez Akileos pour le public français, Les montagnes hallucinées et L'affaire Charles Dexter Ward.
Il a d'ailleurs obtenu pour le premier cité le prix du meilleur roman graphique de la British Fantasy en 2011... un prix pas si surprenant si l'on considère que le romancier August Derleth en est en quelque sorte le parrain spirituel du festival et que la récompense est une statue en ivoire représentant Cthulhu.


« Supposons un instant que je ne rêvais pas.
Supposons que mon amnésie résulte d'un échange diabolique.
Supposons qu'une personnalité secondaire ait pénétré dans des régions inconnues et que ma propre personnalité ait souffert un déplacement.
Où était mon vrai moi les années durant lesquelles un autre retenait mon corps en otage ?
»

Adapter une histoire n'est pas chose aisée. Pour autant, je me retrouve parfaitement dans le style par rapport aux romans originaux. En cela, même si je n'ai pas lu Dans l'abîme du temps, je reconnais un bon travail de fond sur la narration dans cette bande dessinée, jusque dans les dialogues.
Je me suis bien immergé dans le récit, pour suivre cet homme, Nathaniel Wingate Peaslee, dans sa quête intérieure. Victime d'amnésie, il a l'impression d'avoir vécu un profond traumatisme mais des réminiscences de ces années d'oubli lui reviennent dans ses songes... Le plus surprenant, c'est qu'il semble avoir voyagé dans un lieu hors du temps et de l'espace... un mystère !

Pour ceux qui comme moi ont déjà lu des nouvelles de Lovecraft, le fil conducteur est assez classique et aisément prévisible. Cela ne m'a pas foncièrement gêné (bien qu'un peu de surprise eut été appréciable), mais j'avais l'impression de connaître tous les secrets de l'histoire alors que je n'en étais qu'à ses prémisses, lorsque Nathaniel rencontre son médecin. Il restait à peine quelques points d'ombres pour me rassasier, non pas sur le procédé mystique mais sur la civilisation Yithienne en elle-même.
Les amateurs du jeu de rôle (et l'auteur en est un lui-même) ont l'habitude de vivre des scénario plus débridés. Mais ce serait aller au-delà de la simple adaptation.


Côté dessin, je suis plus réticent.
Le trait de Ian Culbard est plutôt gras et raide dans sa partie contemporaine de l'histoire. Les visages manquent d'expressivité, en partie à cause des deux points faisant office d'yeux et de par la rigidité des faciès. Il manquait peut-être un peu du fog londonien et de hachures nerveuses pour accentuer l'obscurantisme de la situation : un brin de folie, tout simplement.
Pour autant, l'auteur a su instiller dans les visions de Nathaniel ou dans les cieux étoilés une atmosphère plus adéquate. Et sur les dernières pages, surtout, alors que le scénario monte en puissance, on retrouve enfin un petit frémissement, fort d'un graphisme plus torturé, marqué par l'abondance de traits, quelques effets de lumière bienvenus et cette impression de grandeur cyclopéenne, enfin.


Une bonne histoire dans laquelle j'ai retrouvé le style Lovecraft. Il manquait un petit brin de folie pour accentuer l'ambiance horrifique.

Chose rare (mais ça m'arrive parfois), j'ai essayé de lire cet album (tiens, je n'ai pas parlé de son petit format sympathique) avec un fond sonore. Je n'avais pas mieux à disposition que la bande originale de Coraline. Un choix plutôt cohérent dans son ambiance générale mais plutôt handicapant sur certaines pistes plus vocales (qu'il vaut mieux zapper même si elles sont courtes).

Chronique du 16/09/13

Deux mauvais points d'emblée pour cet album : la grande majorité des adaptations sont mauvaises et je ne suis pas une inconditionnelle de Lovecraft. Autant dire que je n'attendais pas vraiment cette lecture avec une grande impatience. Jusqu'à l'arrivée de l'album en question.
Soyons honnête, le travail éditorial est bluffant ! Une belle couverture, une excellente qualité de papier, bien épais et bien mat. Au passage, mes félicitations à Akiléos !!! Quand on voit un livre pareil, difficile de se retenir !

Quant au livre lui-même, je reste plus mesurée. Quelques rares planches vraiment sublimes, des couleurs vraiment chouettes tout à fait adaptées à l'ambiance, une adaptation globalement cohérente (ça normalement, c'est plutôt un compliment de ma part)...
Bon mais cela dit, je ne sors pas non plus enchantée. La faute à Lovecraft ou à celle de Culbard ? Allez savoir, je n'irai pas non plus lire l'œuvre originale (et même je vous autorise à me lapider pour ces propos). Je trouve l'ensemble à la fois lent (pas d'action, pas de flip, rien que le témoignage obscur d'une victime quelconque) et trop rapide (pas le temps de vraiment comprendre ce que ce Nathaniel essaie de nous expliquer). Quant au dessin (vraiment sauvé par les couleurs et la qualité du papier), je le trouve inadapté à l'univers sombre de HP Lovecraft.

A me lire, vous allez vous dire que c'est un navet ? Non, c'est quand même une lecture qui passe pas mal. Par contre, clairement, ce n'est pas le chef d'œuvre du siècle.

D'autres avis : Champi, Choco, Mo'


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Année d'édition
2013

Herakles Édouard Cour (s)(d) AKILEOS

Tome 1

Chronique du 29/09/12

Les douze travaux d'Hercule, ça parle à tout le monde. Mais il n'est pas évident de se les remémorer vraiment. Quels sont-ils vraiment ?
Alors oui, bien sûr, on se souvient aussi des douze travaux d'Astérix. On est parfois tenté des les rapprocher, de les confondre.
Édouard Cour nous permet de remettre un peu nos idées en place, mais pas seulement : car il nous fait revisiter ce pan de la mythologie grecque avec beaucoup d'humour et de talent... Ce qui, pour un premier album, n'est pas donné à tout le monde !

La première image d'Hercule (Herakles en Grec) qui nous vient à l'esprit, c'est celle d'un homme, peut-être un peu plus grand que la moyenne ; mais surtout très fort, plutôt bien bâti et sacrément intelligent. Un bel éphèbe doté de tous les talents en somme, quoi de plus normal pour un demi-dieu, fils de Zeus et de l'une de ses conquêtes humaines. Édouard Cour se joue de la légende, illustrant le magnifique héros en une brute épaisse, tout juste douée pour réfléchir avec son estomac et son gourdin. Un rustre qui abat les épreuves comme un déménageur se jouerait d'un carton et que la mémoire collective aurait converti en mythe.

« Comprends que ça me casse les orkis. C'est pas comme si j'avais rien fait... »

Un album très plaisant à lire et ce pour plusieurs raisons :
D'une part, il y a ce rapport avec la mythologie dont je raffole. Hercule fait partie de ces héros qui passionnent. Mais il ne s'agit pas pour l'auteur de seulement nous raconter l'histoire de ce demi-dieu, il la fait vivre avec une véritable passion qu'il nous transmet comme un virus. Il nous illustre ce colosse en nous déformant l'image qu'on a de lui. Et ceci sans que ça n'entache la légende. Une petite facétie que l'auteur se permet de renforcer avec un humour digne de René Goscinny.

« Ça, c'était juste pour remettre les clepsydres à l'heure… »

Le personnage d'Hercule n'est par ailleurs pas le seul qui soit intéressant. Linos, ancien musicien reconverti en « ange-gardien », est une véritable réussite. À la fois bonne et mauvaise conscience, il est en quelque sorte là tel une ombre pour accompagner le héros ancien, ou pour le hanter diraient certains.

D'autre part, le graphisme de l'album est tout à fait remarquable. Ces traits fins auréolés de somptueux aplats au crayon, ces couleurs ocres/rouge absolument fantastiques, ce rythme donné par des mouvements et qui nous fait penser à un certain Christophe Blain, ce lettrage « à la grecque » nullement illisible et qui contribue à nous enfoncer dans l'ambiance... tout est réussi là-dedans. Il n'y a rien à jeter.

Un album vif, dynamique et efficace qui, bien plus qu'une entame, nous plonge dans un univers mythique raconté avec beaucoup d'humour. Étant donné le rythme soutenu, il y a fort à parier que la conclusion sera apportée dans un diptyque. Et si c'était l'un des indispensables de l'année ?

Chronique du 29/09/12

A l'époque où j'ai commencé à m'intéresser à la bande dessinée, Didier Crisse sortait Atalante (comme beaucoup, j'ai commencé par du Soleil, rien d'incroyable là-dedans). Je m'étais alors fait cette réflexion que « chouette, dans la BD, ils abordent même la mythologie grecque ». Il faut savoir qu'étant ado, la mythologie grecque, c'était mon dada... euh, mon centaure, au point que je me suis même mise à l'apprentissage du grec ancien. Aussi fus-je moyennement enchantée par le contenu scénaristique de l'ensemble, mais toujours emballée à l'idée que « chouette, dans la BD, ils abordent même la mythologie grecque », Didier Crisse est devenu mon idole.
Le recul des années n'a pas fait beaucoup de bien à l'image que j'avais de cette série (ni de cet auteur), et aujourd'hui, je la qualifierais de remarquablement passable.
Alors quand Jérôme m'a ramené Herakles, je suis restée un peu sceptique. Jusqu'à l'examen de la première page (mon scepticisme ne fut pas long, notez). Et là, voyez-vous, ma réaction est proportionnellement inverse à celle qui fut inspirée par le titre précédemment cité.

HERAKLES EST ABSOLUMENT GENIALE !

Voilà, c'est dit. En l'état actuel des choses, c'est mon coup de cœur 2012.
C'est drôle, c'est cultivé et réfléchi, c'est pertinent, c'est graphiquement super chouette, c'est profondément idiot, c'est génial. Voilà. Et le mec est bien calé en grec aussi.

Donc Herakles, Hercule de son nom latin, s'est vu imposer 12 travaux qu'il doit réussir afin d'accéder à l'immortalité. Il est ainsi réputé pour être un monstre de puissance. Ce qui va souvent de paire avec un cerveau ridiculement petit, car la légende embellie souvent la réalité. Donc Herakles est une brute épaisse, et un sombre imbécile au grand cœur, ça c'est acté. De fait, la légende en prend un coup. Mais c'est fait dans les règles, et c'est ça qui est beau. Edouard Cour (c'est l'auteur), ne se contente pas de récupérer l'un des mythes les plus connus au monde. Il l'a étudié, dépiauté, digéré, puis rendu avec beaucoup de savoir tout en le gardant dans son intégralité.

Ainsi on tombe parfois sur une vulgarité gardée dans la langue des Hellènes et accompagnée d'une note de bas de page « traductrice ». Par exemple page 39 « Comprends bien que ça me casse les orkis » renvoie à la note suivante «Traduction évidente » (c'est l'une de mes préférées).

Page 50, Édouard Cour s'est amusé à glisser une phrase non traduite. Globalement on en saisit l'esprit très facilement, et on saisit aussi pourquoi elle a été mise en grec (le jeune public, tout ça...), mais comme on est entre nous, et que par curiosité, on aime toujours savoir de quoi il retourne réellement, une bonne demi-heure de traduction pour cette malheureuse phrase (mes années de grec sont très très loin) m'a permis d'en dégager (en toute humilité hein, y'a sans doute meilleure traduction) l'essence suivante « Va-t'en aux corbeaux, trou du cul de biche ». « Va-t'en aux corbeaux » étant la version civilisée helléniste de « Va te faire voir chez les Grecs ».

Et en fin d'ouvrage, l'auteur nous livre généreusement une carte des périples du héros (au sens propre du terme, une fois n'est pas coutume) et le passé des différents protagonistes par ordre de rencontre dans le livre.

Bref, un bijou pour se cultiver en se marrant.

Et finalement, cet Herakles est quand même super attachant, n'eusse-ce été cette méchante malédiction jetée par Héra qui en fait aussi un gros psychopathe. La carrure toute pataude du bonhomme et sa spontanéité n'y sont sans doute pas pour rien !


D'autres avis : David Fournol, Jérôme, Yvan


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Tome 1

Année d'édition
2012

Tome 2

Chronique du 26/04/14

Initialement prévue en deux tomes, la saga d'Herakles contée par Édouard Cour se parachèvera dans un troisième opus. Non que le rythme, soutenu et incisif, soit revu à la baisse (les travaux sont abattus à une vitesse folle, le cap est bel et bien maintenu) mais il y avait trop a dire finalement...
Le mythe d'Hercule n'est pas seulement lié aux douze travaux : cette volonté d'affronter des épreuves surhumaines qui sont soumises par son pire ennemi (Eurystée) « pour la Gloire d'Hera » interroge. Pour quelle raison se laisse-t-il (mal)mener de la sorte ? Jusqu'à quel point est-il capable d'endurer la colère d'Héra ?
Ceux qui connaissent la légende savent qu'il n'a rien demandé sinon de naître et de vivre. Pourquoi eut-il fallu qu'il ait un destin aussi tourmenté ? C'est pour toutes ces raisons qu'un triptyque est nécessaire.


Missions complètes !

« Tu es un Dieu...
... et je ne suis qu'un petit roi de rien du tout.
»

En achevant ses douze travaux, Alcide obtient le Graal suprême : la déconfiture d'Eurystée.
Si ces épreuves n'ont pas été de tout repos, elles paraissent presque trop faciles pour un héros tel qu'Herakles. Même une (ou deux) descente(s) en Enfer ne l'effraie pas.

Avec ce second volet de ses aventures, c'est l'assurance de poursuivre dans cette vision du mythe avec le même enthousiasme et les mêmes promesses :
Le dessin d'Edouard Cour est toujours aussi vif avec cette force de mouvement incroyable. Dans la continuité du premier tome, je n'ai pas grand chose à ajouter que je n'aurais déjà dit.
Quant au scénario, il se poursuit tambour battant. Les épreuves se succèdent et paraissent de plus en plus ardues (du moins pour le commun des mortels). Nous n'avons pas le temps de rêvasser et Herakles non plus.
Pourtant on ressent un changement de rythme en fin d'album : Alcide a accompli ses hauts faits. Est-il devenu un demi-dieu pour autant ou l'a-t-il au fond de lui toujours été ? Qu'est-ce que ça change à sa vie ? Une cassure qui laisse entrevoir un troisième tome plus orienté sur le personnage et sa quête intérieure (sur ses règlements de comptes ?) que sur ses démonstrations de force.


Le ciel lui est tombé sur la tête

Au-delà de la seule confirmation, Édouard Cour s'essaie aussi à de nouveaux effets narratifs.

Tout le monde le sait, les gaulois avaient peur que le ciel ne leur tombe sur la tête. Que cela soit dit : pas Herakles !
À l'occasion d'une rencontre avec le grand Atlas, lui qui soutient la voûte céleste de son imposante stature, l'auteur expérimente de nouvelles formes de narration. C'est ainsi que le poids du ciel inversera notre « gravité de lecture ». Je dois avouer que j'ai trouvé ça un peu déconcertant...

Il en va de même lors du passage d'Alcide en Hadès. Après un premier choc avec une succession de plans en noir et blanc (le gris de l'orichalque sûrement, comprenne qui pourra, j'ai trouvé cette entrée en matière fort à propos), l'auteur instaure un joyeux bordel séquentiel avec des cases longilignes se suivant dans un ordre chaotique (entendre par là qu'il faut tourner le bouquin dans tous les sens) soulignant le malaise du héros foulant la terre des morts.
Un passage qui n'a pas manqué de me rappeler l'excellent travail de Dave Sim sur Cerebus (l'oryctérope n'était pas confus mais bourré) mais que j'aurais néanmoins trouvé plus réussi si les textes avaient été dans le même sens que les dessins.
Pour finir sur l'Enfer, le travail très noir sur noir d'Edouard Cour est assez remarquable avec des personnages tels que Perséphone, Hadès ou encore le Cerbère qui se retrouvent de fait valorisés dans leur apparence. Des planches qu'il faut cependant contempler avec une lumière adéquate (idéalement l'éclairage solaire mais sûrement pas une mauvaise lumière artificielle) pour en apprécier les détails.

Le ciel est-il tombé sur la tête d'Édouard Cour ?
En tout cas il ne se contente pas de raconter une histoire dans la facilité : il expérimente le medium livre et se l'approprie. Gageons que c'est de bonne augure pour la suite !



D'autres avis : Fab Silver (avec une interview croisant l'univers BD et musical de l'auteur), Yaneck

Le site de l'auteur.




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Tome 2

Année d'édition
2014

Nao de Brown (Le) Glyn Dillon (s)(d) AKILEOS

Chronique du 22/03/13

Nao Brown est un petit bout de femme tout ce qu'il paraît de plus sympathique. En apparence, une métisse partagée entre l'origine japonaise de son père absent et la nationalité anglaise de sa mère protectrice. Jolie avec ce petit sourire à craquer, enjouée par le monde ludique qu'elle aime arpenter, elle aurait de quoi faire craquer tous les hommes et profiter d'un bonheur bien mérité. Mais derrière le teint de la réalité se cache un mal bien profond... grinçant, malin, limite glaçant...

« Cette photo représente pour moi lourdeur et... tristesse. Comme eux, je peux voir la petite fille rigolote qui porte les lunettes de soleil de sa mère... mais ce qui se passait derrière ces lunettes est une autre histoire.
Les lunettes n'étaient qu'un façade.
Cette photo encadrée est le premier élément de « preuve » que je leur permets de voir. C'est un Rubicon qu'ils traversent sans le savoir.
Je suis sûre que pour eux, je suis cette mignonne métisse anglo-japonaise, un peu « bohème »... je suis la « copine exotique. »
Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale.
»

Nao a un TOC, autrement dit un Trouble Obsessionnel Compulsif. Mais pas de ceux qu'on remarque et qui font rire ceux qui s'en aperçoivent. Non, le sien est bien plus pernicieux, il sévit là où le regard s'arrête, il se cantonne aux limites de sa pensée : elle voit le mal partout, elle ressasse dans sa tête des pulsions morbides, tue les gens qu'elle croise à longueur de journée. Seule la méditation lui permet de reprendre contrôle, mais la barrière lui paraît si infime que sa vie s'en trouve complexifiée : Nao se sent dangereuse !


Glyn Dillon nous offre avec Le Nao de Brown une histoire à plusieurs facettes, belle et intelligente.
On se retrouve confronté à cette fille que l'auteur sait d'emblée nous rendre attachante. On a envie de l'aimer et, il est vrai, de l'aider. On partage sa souffrance. On aime la voir heureuse...
Au gré de cette tranche de vie livrée dans le livre, essentielle dans sa (re)construction personnelle, on erre au cœur de ses amourettes, deux en particulier.

Oh il y a bien sûr Steeve, son ami d'enfance, propriétaire d'un magasin de jouets atypiques (ils ont l'air vraiment chouettes ces Ichi). Il aime Nao en secret... enfin ça crève les yeux et Nao en pince sûrement aussi un peu pour lui, mais ils sont tous les deux aussi courageux l'un que l'autre.
Et puis il y a ce gros barbu de Gregory, un peu bourru d'apparence mais qui cache une âme sensible pleine de poésie derrière une épaisse carapace.

Deux rencontres qui vont finalement changer le cours de la petite vie de Nao, bien épaulée par son amie Tara qui l'héberge suite à sa séparation avec son ex.

La vie est faite de belles histoires...
C'est d'ailleurs aussi le cas de ce conte, dont la figure de Pictor (a priori inventée de toute pièce par l'auteur) a tant de points communs avec Nao. On ressent les troubles familiaux de l'enfance, la construction d'un espace vital, d'un retranchement en somme, d'une carapace... s'ensuit la période tumultueuse du conflit, une première expérience, puis une seconde... et là : le renouveau ! L'homme à tête de Rien se défait de sa gangue et devient un homme.


Glyn Dillon nous offre un récit intimiste et très touchant, emprunt de sérénité, de spiritualité, de spontanéité et de chaleur, rehaussée par la douceur de ses aquarelles.
On a cette étrange sensation, pesante tout au long de notre lecture, que ce bout de femme attachant peut aussi être terriblement cruel, que tout peut déraper à tout moment. Une lecture à deux visages, oscillant entre un possible bonheur et un inéluctable malheur.
Au final, on est comme sur un fil à chercher le bon équilibre, la bonne personne, les bons moteurs, les bons remèdes, les bonnes questions... C'est peut-être ça l'important dans une vie finalement... une question d'équilibre.

« L'expérience n'est pas le problème, c'est l'attachement qu'on y apporte. »


Encore une belle réussite pour Akileos, petite maison d'édition certes, mais qui multiplie les belles choses du 9ème Art.

Chronique du 18/08/13

Il m'a fallu 2 lectures et les explications de Jérôme pour entrer dans Le Nao de Brown (mais je n'ai toujours rien compris à l'histoire intermédiaire) ce qui me fait dire qu'un état d'esprit détendu est nécessaire pour cette lecture à laquelle il est inutile de chercher un sens ou un rebondissement. Mais quand on est dedans, on se laisse bercer par la tendresse qui s'en dégage ou oppresser par les moments de difficulté psychologique de Nao. En un mot, c'est une lecture touchante.

En revanche, je n'ai eu aucune difficulté à me laisser envahir par l'univers graphique tout simplement parfait. Les personnages sont d'une grande finesse et d'une grande expressivité, les aquarelles sont d'une grande douceur. Chaque case transpire une grande maîtrise et les couleurs accompagnent à merveille l'état d'esprit de l'héroïne.


D'autres avis : Mo', David, Yvan, David Fournol, BOBD

Roaarrr Challenge
- Prix spécial du jury - Angoulême 2013


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Année d'édition
2012

Queen & Country Greg Rucka (s), Collectif (d) AKILEOS

Intégrale T1

Chronique du 10/09/13

Lorsque Yvan nous a récemment fait l'éloge de Queen & Country, il nous a parlé de la meilleure série d'espionnage qu'il ait eu l'occasion de lire. Avec une présentation aussi dithyrambique il est parvenu à capter notre attention. Notre libraire a achevé de nous convaincre, prétextant qu'elle ne connaissait pas suffisamment les romans d'espionnage pour tenir la comparaison mais que du point de vue cinéma et bande dessinée mélangés, Queen & Country était ce qui se faisait de mieux.
Greg Rucka le Tom Clancy de la BD ?

Queen & Country nous amène à côtoyer les locaux du S.I.S. (Secret Intelligence Service), c'est à dire le service en charge de la sécurité de la Grande Bretagne. Les « vigies » du MI-6, au nombre de 3, sont investies de missions coordonnées par leur supérieur direct Paul Crocker. Ils œuvrent de concert pour le pays et pour les beaux yeux de Sa Majesté. Des copains de James Bond en somme.
Parmi ces vigies figurent Tom Wallace (le chef de section), Tara Chace (une femme dangereuse) et Ed Wittering (le bleu).
On pourrait aisément tenter de faire un rapprochement avec les scénarios de Ian Fleming, mais là où James Bond est un héros charismatique mêlé a des aventures centrées sur sa personne, Queen & Country développe surtout des intrigues politiques qui s'imbriquent aux menaces extérieures. Nous sommes sans cesse baladés entre les missions (d'espionnage, d'infiltration et pourquoi pas diplomatiques) et les scènes au quartier général, le cœur même des conspirations.
Et ce n'est pas tout, car en plus de ça, Queen & Country met sur un piédestal ses héros, à la fois chair à canon et terriblement humains. C'est peut-être même le point fort de la série : les agents secrets sont faits de sang et de larmes. Ils ont un cœur, une âme et des remords.

La construction des personnages se fait au même rythme que le récit progresse. Les missions s'enchaînent et nous apprenons d'eux, non pas en revisitant leur passé mais en vivant leur quotidien, suffisamment riche pour tenir en haleine. Nul besoin de connaître ce qu'ils ont été, on vit avec leurs actes et leurs angoisses. Les scènes d'action, prenantes, alternent avec les crispations des manœuvres en coulisses et les moments plus calmes et psychologiques. Une alchimie qui fonctionne bien.

« Et dire que c'est pour ça que j'ai quitté le régiment.
_ Allez, avoue, Ed, ça t'excite de te rouler dans la boue.
_ C'est bon pour le teint, pas vrai ? Non pas que tu en aies besoin... vu que tu es le plus beau spécimen de tous les services secrets.
_ C'est ça, la boue, la sueur et la merde mettent les filles en valeur.
_ Pour moi, oui.
_ C'est comme ça que tu parlais à tes potes du S.A.S. ?
_ J'l'aurais fait... si j'en avais pincé pour l'un d'eux.
»


Pour remplir son devoir, Greg Rucka a pensé à plusieurs dessinateurs. Ils sont 4 dans cette intégrale 1 :
Steve Rolston (partie 1 – Opération : Broken Ground) a un dessin assez simple. Plus clair et sans usage de noirs intenses, il permet une identification rapide des personnages, mais je trouve que son trait à aussi tendance à adoucir leur caractère, à lisser leur personnalité.
Le dessin de Brian Hurtt (partie 2 – Opération : Morningstar) est plus fin. Plus réaliste aussi ! Il donne une vraie identité aux personnages et en particulier à Tara Chace qui est elle-même en quête de repères. C'est incontestablement le style auquel j'ai le plus adhéré dans cette intégrale 1.
Pour finir, Leandro Fernandez (partie 3 – Opération : Krystal Ball) adopte un style plus typé comic-books avec des visages allongés et des allures plus sombres. Certes, ce graphisme colle parfaitement à l'ambiance et renforce le côté manipulateur des dirigeants (c'est de la politique tout de même), mais je l'ai trouvé finalement moins convainquant... Et puis ça m'a dérangé de voir Tara Chace avec d'aussi gros seins alors qu'elle passait plutôt pour une fille jolie mais d'un aspect plus militaire... Les gros seins c'est quand même un peu encombrant pour les missions d'infiltration à la dure, n'est pas Lara Croft qui veut !

Stan Sakai fait également une brève apparition, avec son style cartoonesque bien reconnaissable. Sur quelques pages, il présente une histoire courte sur la mafia russe qui se situe quelque part entre deux chapitres de l'Opération : Broken Ground.

Des styles graphiques très différents pour chaque histoire qui n'ont comme seul point d'accord que le traitement du noir et blanc. Les dessinateurs successifs s'approprient les personnages et les redessinent complètement, ce qui a pas mal complexifié ma lecture... J'ai éprouvé beaucoup de difficultés à chaque début de partie pour retrouver mes marques, je comparais et essayais tant bien que mal de remettre les bons rôles sur les bonnes têtes. Et c'était pour moi un aspect très pénible.


Vous l'aurez compris, le changement graphique permanent m'a un peu perturbé, mais ce qui est fort sur Queen & Country, c'est surtout le scénario, porté par ses rivalités entre bureaux fédéraux et ses personnages qui prennent de plus en plus d'envergure.
On est un peu comme dans une série TV américaine : les premiers épisodes posent le décor et plus on avance, plus on rentre dans l'intimité du récit. Les protagonistes prennent du poids et donnent envie de les suivre. L'intégrale 2 n'est pas très loin.

Chronique du 10/09/13

Yvan nous a vendu Queen & Country comme l'une des meilleures séries d'espionnage. Notre libraire Magali a plussoyé en arguant qu'en littérature comme au cinéma, c'était sans doute ce qui se faisait de mieux. Voilà l'enjeu quand même !
Ou pas, peut-être qu'en fait, c'est juste que le niveau moyen du genre n'est pas très élevé ?

Je suis taquine ! Queen & Country est un excellent divertissement. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on voit du pays. Y'a un peu d'action mais pas trop non plus. Un peu de psychologie mais pas trop non plus. Du sentiment, enfin... à peine. Un bon mélange à bonne dose qui rend addict et qui fait qu'on ne lâche plus sa petite intégrale et qu'on attaque la seconde dans la foulée.

Le soucis – et le système des intégrales accentue vraiment ce défaut – c'est le changement d'illustrateur à chaque épisode, avec un style très différent à chaque fois. Lunch l'avait trouvé vraiment dérangeant. Pour ma part ça ne m'a pas vraiment gêné au premier changement car le premier style (Steve Rolston) est vraiment amorphe et neurasthénique. Le deuxième graphisme (Bryan Hurtt) au contraire est bien en accord avec l'esprit de la série, alors quitter son style pour adopter un genre Lara Croft (mensurations 140-35-100) avec des pifs et des mentons carrés à la Batman (Leandro Fernandez), c'est passé moyen en travers de la gorge sur la troisième histoire (et encore, dans l'intégrale 2 on passe la seconde justement).
Ce qui a dû passer beaucoup plus inaperçu avec une édition originale en fascicules devient vraiment agressif en alignant les histoires les unes derrière les autres.

Bref, un changement de style graphique dommageable sur une série de très très bonne valeur avec une héroïne au caractère bien trempé et pourtant un peu sensible, des directeurs antipathiques, un boss tête brûlée, une secrétaire cynique... Des personnages bien définis qui nous trimballent sur les plus gros conflits de la décennie 2000.

Dommage aussi pour les boulettes de l'éditeur un peu trop nombreuses sur la fin du bouquin avec des tirets de césure au milieu des mots pas « césurés » (euh suis-je claire là ?). Une déception car Akiléos nous a habitué à un travail plus propre...


D'autres avis : Zaelle, Yaneck

Roaarrr Challenge
- Will Eisner Award - Meilleur nouvelle série 2002 (Opération : Broken Ground)


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Intégrale T1

Année d'édition
2012

Intégrale T2

Chronique du 10/09/13

La seconde intégrale repart sur les mêmes bases laissées par les précédentes histoires, c'est à dire un terreau fertile pour de nouvelles missions et de nouvelles conspirations.
Les services secrets essaient tous de tirer parti des investigations des autres, piétinant leurs platebandes lorsqu'ils n'échangent pas de bons procédés (le S.I.S. et la C.I.A. s'apprécient un peu, on ne peut pas en dire autant du M.I.5). Et puis les personnages sont mis à mal par Greg Rucka, qui n'hésite pas à les tordre sous la pression, à les persécuter jusque dans leurs tripes.

Au niveau de l'aboutissement, c'est de mieux en mieux : plus on avance et plus la série prend de la consistance.

Côté dessin en revanche, j'y retrouve les mêmes travers. Cette fois cependant, j'ai surtout été décontenancé par la première performance, celle de John Alexander (partie 4 – Opération : Blackwall). À grands renforts de noirs, portant des traits aux allures d'esquisses, la lisibilité des personnages en prend encore un bon coup. Un dessin que je rapprocherais un peu au travail d'Eddie Campbell dans From Hell. On finit par s'y faire, ce n'est pas non plus désagréable, c'est juste cette alternance qui est préjudiciable.
Après ça, le dessin de Carla Speed McNeil (partie 5 – Opération : Storm Front) apparaît presque comme trop simple, avec ses fonds légèrement charbonneux pour le rehausser. Il reste cependant bien que plus expressif que le travail de Steve Rolston sur le premier album.
Pour finir, Mike Hawthorne (partie 6 – Opération : Dandelion) marque la série de son empreinte. Son trait est propre et il joue admirablement avec les contrastes fait de blancs et de grands aplats noirs. Mon préféré !

« Il est un peu tôt pour arpenter les remparts, non ?
_ Vous êtes donc au courant.
_ S'il y a bien une chose qui ne peut pas être gardée ici, c'est un secret.
_ Une des premières choses que j'ai l'intention de changer. Un déjeuner interminable.
_ Il m'arrive de manger, à l'occasion.
_ Et moi qui pensais que vous ne vous nourrissiez que d'arrogance et d'amertume.
_ Le tout arrosé des larmes de mes ennemis.
_ Vous devez être à sec.
_ Au contraire, je crains de me noyer. Si vous voulez bien m'excuser, Sir Frances, J'ai beaucoup de travail.
»


J'ai particulièrement apprécié cette dernière histoire, qui met un grand coup de pied à l'organisation et à la hiérarchie, à grands renforts de manipulations subtiles et de doubles jeux habiles.
On regrette déjà que le rideau se ferme...
En attendant la prochaine intégrale (pourquoi pas bientôt puisque la série compte déjà 2 histoires d'avance) je crois que je vais me lancer dans les hors séries déclassifiés.


Un autre avis : Yvan




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Intégrale T2

Année d'édition
2013