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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Inès Loïc Dauvillier (s), Jérôme D'Aviau (d) Drugstore

Inès

Chronique du 27/08/10

J'ai pour habitude de commencer mes chronique par un bref résumé. Mais pour être franc, je sais pas trop comment aborder le sujet, alors je vais me passer de ce traditionnel début.
Inès, c'est une bande-dessinée traitant des violences conjugales.
Comme ça, on est directement dans le vif du sujet.

J'ai mis beaucoup de temps à ouvrir cet album. Et pourtant, un petit peu à l'image de "Je ne mourrai pas gibier" d'Alfred, j'ai dévoré page après page sans déscotcher du bouquin. On est pris corps et âme à cette histoire orchestrée par Loïc Dauvillier. On a mal pour cette femme, on prie pour elle...

La femme a une peur bleue de son mari. Elle s'enferme tout autant physiquement que mentalement sur elle même. Elle s'isole, elle ne pense même pas à fuir. Et quand elle se décide à le faire, elle devient lâche. On est dans la peur, le non-dit et l'isolement.
Je ne sais comment on peut en arriver là. C'est le syndrome type de la femme battue qui est retranscrit ici. Celle qui n'ose pas parler de peur de tout perdre. Celle qui préfère prendre les coups plutôt que de se retrouver sans rien. Une victime des mots surtout, des mots retords, des mots malins, et qui font peut-être (sûrement) plus mal que les coups.
« Dis-toi bien que si tu me quittes, tu ne sera plus rien ! Plus personne te sautera ! »

Le texte est accompagné du dessin brut de Jérôme D'Aviau. Un dessin en noir & blanc, souvent plus noir que blanc. Il nous isole avec l'héroïne malgré elle, nous rappelant la noirceur de ses pensées : elle ne peux plus rien discerner dans une telle obscurité, coincée non pas physiquement, mais bien mentalement.
Son seul rayon de soleil, c'est sa petite Inès.
Et Inès, c'est le seul personnage de l'histoire à avoir finalement un nom. Comme si les autres n'avaient pas autant d'importance...

J'en viens du coup à me demander pourquoi. Et je pense que la réponse tient dans la conclusion, car c'est elle qui va subir toutes les conséquences de ces violences. C'est elle qui devra vivre avec ces blessures toute sa vie, avec ce qu'elle a vu, avec ce qu'elle a vécu, et avec ce manque...

Je n'en dirais pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture.
C'est un sujet difficile certes, mais c'est un album à lire absolument. Et il ne laissera personne indifférent !

Chronique du 03/10/10

Loïc Dauvillier est un personnage des plus atypiques, mais en le rencontrant, on aurait peine à croire qu'il est l'auteur de scénarii tels que Ce qu'il en reste, Comment je me suis fait suicider, Nous n'irons plus ensemble au canal Saint Martin ou... Inès. Des bandes dessinées aux thématiques graves et violentes. Des thématiques qui plombent oserai-je dire, et qui nous montrent la détresse humaine sans fard.

Dans Inès, la violence conjugale est à l'honneur, et derrière elle, la violence des rapports humains, l'aveuglement ou la lâcheté de l'entourage, les drames familiaux. C'est une bande dessinée qui culpabilise, en abordant une situation à laquelle nous pouvons tous être confrontés sans pour autant savoir comment réagir. Aspect introduit par le jeune couple de voisins et l'ami de la famille, mais aussi par l'anonymat des personnages. Deux prénoms en tout et pour tout dans l'album : Franck, l'ami de la famille, et Inès, dont on n'apprend qu'à la fin à qui appartient le prénom.

Les auteurs instaurent une ambiance de profond malaise. D'Aviau use ici de contrastes clairs-obscurs saisissants, d'ombres envahissantes travaillées par de grandes lignes. Les pensées de la mère semblent dégouliner de leur "bulle" de courts traits noirs. Le scénario est basé sur de longs silences, des regards, des non-dits. Tout le long de l'histoire on suit le personnage de la mère, et on se persuade qu'elle est le personnage central de l'histoire, la fameuse "Inès" indiquée sur le titre. Quant à "la petite", elle est présente en spectatrice tout le long, comme sur la couverture du livre, elle se cache derrière l'histoire de sa mère. On ne sait pas ce qu'elle pense de la situation, on ne sait pas ce qu'elle en comprend. Comme dans la réalité en fin de compte, on ne pense aux enfants que quand il ne reste plus qu'eux. Et après avoir installé le malaise d'une situation conjugale et familiale dramatique, on finit sur un autre malaise : que va devenir cette enfant, sans parent et après avoir vu ce qu'elle a vu ?


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Inès

Année d'édition
2009

Trop grand vide d'Alphonse Tabouret (Le) Sibylline (s), Jérôme D'Aviau (d) ANKAMA

Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret

Chronique du 13/09/11

« Il était un matin de cette fois-là.
Au milieu d'une forêt tendre, dans une clairière de rien, un tout petit machin se réveille mais ne se souvient pas.
Ni de ce qu'il fait là, ni de ce qu'il a dormi, ni de ce dont il a envie. »


Alphonse Tabouret, puisque c'est ainsi que le grand Monsieur l'a appelé, est né de la dernière pluie. Le Monsieur lui a appris plein de choses indispensables : chasser les papillons, dessiner sur un caillou, jongler avec des pierres... Mais quand celui-ci lui demande si Alphonse a quelque chose à partager, le petit bonhomme perd tous ses moyens et dit qu'il ne connaît rien.
Le grand Monsieur s'en va déçu, c'est ainsi que commence Le trop grand vide d'Alphonse Tabouret. Ce denier pars alors à la recherche de quoi combler sa solitude.

Alphonse Tabouret est un album magnifique et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord parce que le scénario de Sibylline, construit sous la forme d'une aventure simple au gré de rencontres du petit bonhomme, rassemble les jeunes et les moins jeunes. Il n'y a pas forcément de message à en retenir, mais on ressent une certaine satisfaction en déroulant les pages les unes après les autres, en voyant ce garçon plein de vie s'émerveiller de chaque chose aussi futile soit elle. Les enfants découvriront sans aucun doute l'album avec le même engouement, d'autant que les textes sont mignons à croquer, tout comme le sont les images.

Les images, j'y viens, parce que là aussi, elles rassemblent les petits et les grands. Jérôme D'Aviau, aussi l'auteur d'Inès, à déjà collaboré avec Sibylline et Capucine sur Nous n'irons plus ensemble au canal Saint-Martin ou encore Premières fois. Ce n'est donc pas un coup d'essai pour ce trio d'auteurs, et il y en aura probablement d'autres encore. C'est en revanche à chaque fois dans un style différent, et ici le graphisme se veut aussi simple que l'histoire tout en s'étalant lui aussi sur plusieurs niveaux de lecture.
Chaque dessin est un régal pour les yeux et mobilise notre attention de longues secondes. Car les personnages vivent réellement dans chacune des cases. Si l'on peut parler de cases, car la construction de l'album évoque plutôt le roman graphique, avec les textes en didascalies et les petites têtes expressives des personnages devant pour mettre en avant celui qui parle.

Pour finir, il est important de parler également de Capucine, à qui l'on doit le lettrage de l'album (qui sent bon la calligraphie scolaire) mais aussi, et ce n'est pas rien, le nom d'Alphonse Tabouret. Et si c'était elle, le grand Monsieur ?

Un album magnifique pour petits et grands, où l'émerveillement nous prend à chaque instant, à chaque recoin de dessin, sur chacun des textes.




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Le trop grand vide d\\'Alphonse Tabouret

Année d'édition
2010