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En rouge les commentaires de Lunch et en bleu ceux de Badelel.
Animal'Z Enki Bilal (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 04/04/10

« Le Coup de Sang », c'est ainsi qu'à été nommé le grand bouleversement, le cataclysme, l'apocalypse... ce genre d'événement qui ne laisse derrière lui qu'une poignée de survivants. Ceux qui ont survécu recherchent aujourd'hui ce havre de paix, ce lieu insolite, mystérieux, et secret... cet eldorado légendaire. Quête futile ? Existe-t-il seulement, ce rêve lointain ?

Les albums d'Enki Bilal sont toujours très attendus par les fans comme moi. Critiquer un album de son auteur favori n'est pas évident, comment être objectif ?
Je vais quand même m'y essayer.

Tout d'abord, lorsqu'on aborde une lecture de Bilal, on s'attend à un enchevêtrement politique complexe. Eh bien sachez-le, ce n'est pas le cas ici. Certes les hommes ont des destins croisés, ils ont tous leur passé, leurs défauts, leurs pulsions. Mais il n'y a pas de politique.
On retrouve en revanche ce thème de la guerre et du chaos (ou de la décadence) présent dans la plupart des œuvres de Bilal.

Car Animal'Z est avant tout une œuvre de science-fiction. Et comme toujours lorsque le maître aborde ce genre de défi scénaristique, il nous fait découvrir des choses jusque là inexplorées. C'est ainsi que naissent des concepts tels que l'eau en poudre, à laquelle on doit ajouter de l'eau pour en faire de l'eau, ou encore les hommes-dauphins.
Nous sommes dans un monde futuriste, est-ce la vision de Bilal du monde de demain ?
En tout cas, il nous fait nous poser des questions, à l'heure ou le monde prend conscience des dérèglements climatiques.

Je parlais des hommes-dauphins, il s'agit bien entendu d'expériences génétiques. Tiens, là encore, c'est un thème récurrent chez l'auteur. Dans cet album, le rapport entre l'homme et l'animal est par ailleurs constant.

Mais venons en un peu aux personnages de l'histoire.
Tout tourne autour de ces Animal'Z, et des destins croisés des protagonistes. Ils s'étaient tous plus ou moins perdus de vue après le Coup de Sang, mais voilà qu'un détroit les réunit, car c'est le seul passage vers la « terre promise ».
Les personnages sont presque tous des robots, ils n'ont pas une grande profondeur affective ou spirituelle. Ils sont des produits du passé, et n'ont plus grand chose de réel. Ils semblent synthétiques. Et c'est probablement vraiment le cas, car tous ou presque sont le fruit d'expériences plus ou moins ratées. Quel était le rapport « humains / créatures humanoïdes » dans le passé ? N'y a-t-il justement que les plus transformés qui aient survécus ? La science d'aujourd'hui ne cesse de choquer en proposant des expériences, des clonages... n'est-ce pas là l'un des points de départ de cette bande-dessinée, l'une des accusations portées à la folie des hommes ?
D'ailleurs, en parlant de clonage, je ne me suis rendu compte qu'à la fin que ce n'était pas la peau du zèbre qui était changeante, mais que deux zèbres portaient des personnages différents. Deux hommes qui ne vivent qu'au travers de proverbes. Ils ne sont que citations, ils n'existent que par leur biais. Je trouve ce(s) personnage(s) très périlleux d'un point de vue textuel. Car il n'était pas évident de le(s) faire « parler » sans perdre le lecteur, ou sans en faire trop. Et c'est pourtant réussi.

Au final, mon bémol réside plutôt dans ce que je préfère chez Enki Bilal, à savoir le dessin.
Le style épuré de sa dernière série du Monstre a disparu pour laisser place à un graphisme gris et morne. Certes il reflète bien le lendemain de chaos, ce monde onirique cruel et dangereux, ce récit dans un autre temps, mais tout ce gris peut provoquer une lourdeur incommensurable, envahissante, pesante.
Mais ce qui m'a vraiment gêné au cours de ma lecture, ce sont ces traits de séparation au milieu d'une page lorsque le récit bascule d'une scène à une autre. Ça, c'est très moche... et franchement pas artistique.

Moralité : Animal'Z est un livre très différent de ce que Bilal à proposé jusque là, une bande-dessinée à posséder absolument. Je vous l'avais dit que je ne serais pas objectif :)




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Année d'édition
2009

Julia et Roem Enki Bilal (s)(d) CASTERMAN

Chronique du 16/12/11

Au moment du « Coup de sang », Roem et Merkt faisaient des photographies et de la musique du côté espagnol des Pyrénées. Pourtant, les voilà maintenant à errer sur une route dans le désert de Gobi - lui-même flottant sur la mer Baltique - au bord de la déshydratation. L'un rêve d'un séjour au pôle nord, bien loin de la chaleur ambiante. L'autre aimerait vivre une dernière histoire d'amour, celles avec un grand A, avant de mourir. Ils finissent par stopper leur marche vers nulle part, vaincus par la soif.
C'est finalement Howard Georges Lawrence, aumônier militaire de métier, qui les retrouve inanimés et qui sauve les deux hommes d'une mort certaine.
Un peu plus tard, ils tomberont sur cet immense hôtel à la construction inachevée, peut-être originaire d'Abu Dhabi. Le « Coup de sang » avait tout déréglé, tout mélangé. On pouvait presque sentir la route onduler sous la houle et le ciel gris toucher la terre en cendres. Les communautés étaient trop rares pour être évitées, les refuges convoités. Et cet hôtel là était habité !

Un nouvel album d'Enki Bilal est un peu comme un événement pour moi. J'éprouve toujours une grande joie de découvrir la suite de son œuvre, et avec la très grande objectivité qui caractérise le fan de l'auteur que je suis, je vais tenter de faire une chronique tout à fait objective (Hum, j'ai déjà employé deux fois le qualificatif « objectif »... ah non tiens, trois ^^).

Tout d'abord, Julia & Roem c'est la suite d'Animal'Z sans vraiment l'être.
La suite parce que c'est le même univers développé, avec ce « Coup de sang », véritable cataclysme climatique qui a touché notre Terre, mais aussi avec l'ambiance graphique morne et grise qui traduit ce dérèglement.
Pas la suite parce que rien ne relie les personnages d'Animal'Z à ceux de Julia & Roem. Dans le premier volet de cette série (trilogie ? tétralogie ?) qu'on pourrait allègrement appeler « du Coup de sang », les hommes avaient de nombreux attributs bioniques, s'ils n'étaient pas carrément le fruit d'expériences génétiques douteuses. Ici, nous avons affaire à des hommes et des femmes ni plus ni moins... et c'est déjà pas si mal !
Évidemment, Julia & Roem poursuit son voyage au cœur d'un monde - notre monde - pourri par les effets d'une catastrophe naturelle. Mais Enki Bilal ne pousse pas cette fois (ou en tout cas nettement moins) la réflexion sur nos actes du quotidien et sur les inventions actuelles qui révolutionneront le monde de demain... qui je l'espère, sera moins gris que celui-là.
Stoppons là toutes ces comparaisons, car Julia & Roem est foncièrement différent sur le fond d'Animal'Z !

Car si nous évoluons dans le même univers, il ne s'agit pas du tout de la même thématique !
Roem, Merkt, Julia, Tybb, Lawrence, Parrish... ces noms n'évoquent pas grand chose individuellement mais en les mettant côte à côte, on en vient à en imaginer d'autres : Roméo, Mercutio, Juliette, Tybalt, Laurence, Pâris...
Vous ne rêvez pas : Enki Bilal a voulu revisiter la pièce de jeunesse la plus célèbre du répertoire de Sir William Shakespeare : Roméo et Juliette.
Tout le monde connaît au moins de nom cette pièce de théâtre, la plupart auront en tête le terrible dénouement de cette tragédie. Reste à savoir comment l'auteur s'y prend et vers quelle fin il souhaite nous mener. Toujours est-il que les ingrédients sont là et qu'ils ne demandent qu'à s'émanciper.

J'ai pour ma part trouvé une certaine ingéniosité au récit alors que l'entrée en matière n'avait pas franchement fait mouche. C'est donc avec l'intérêt grandissant que j'ai dévoré cette lecture. Au fil de l'album, les répliques Shakespeariennes se dessinent, elles naissent dans la bouche des personnages qui ne savent pas vraiment ce qui leur arrive. Chacun joue plus ou moins son rôle, tout en ayant conscience ou non de cette (rigolote) mascarade.

« Sa beauté était suspendue à la face de la nuit comme un riche joyau à l'oreille d'une éthiopienne. Beauté trop précieuse pour la possession, trop exquise pour la Terre... »


Oui mais...
J'ai en revanche toujours autant de mal à accrocher à cette ambiance graphique grise. De même que ces encarts textuels pour faire parler la voix-off de Lawrence : typologie mal choisie probablement.
Bon, certes, c'est pas le meilleur Bilal, j'en conviens. Si vous voulez vraiment découvrir l'auteur, lisez plutôt la Trilogie Nikopol ou les excellents albums issus de sa collaboration avec Pierre Christin : Les phalanges de l'Ordre Noir ou Partie de chasse pour ne citer que ceux-là.
Mais bon, en toute objectivité, j'ai vraiment passé un très bon moment. Ça me donnerait presque envie de lire Roméo & Juliette. Moi qui fait du théâtre, c'est quand même un comble que je ne l'aie pas encore lue cette pièce, au moins pour ma culture générale.




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Année d'édition
2011

Légendes d'aujourd'hui Pierre Christin (s), Enki Bilal (d), Dan Brown (c) Humanoïdes Associés

Tome 1 : " La croisière des oubliés "

Chronique du 23/12/12

Il y a quelque part dans Paris un vieil hôtel particulier, un peu isolé et disparate si on le compare aux grands immeubles voisins et au chantier tout proche. Une bâtisse qui a traversé l'Histoire, elle en a vu des choses : des réunions politiques ou révolutionnaires, des coquettes et des soixante-huitards. En bref des rassemblements de toutes sortes... On lui prête même les plus folles rumeurs comme celle d'avoir été construite sur l'emplacement d'une ancienne demeure alchimiste, avec ses couloirs secrets et ses abîmes dissimulés.
Mais aujourd'hui l'irrationnel restera de côté, car c'est la crème des agents de l'État qui s'y retrouve pour une réunion capitale : RG, SDECE, Ministère des affaires étrangères, DST et quelques autres sont réunis dans l'optique de faire concorder leurs sources, apportées en unique exemplaire, sur l'individu nommé 50/22B.

Bien loin de là, dans la campagne landaise, un village vit de curieux événements... à moins que ce ne soit une hallucination collective ? La poignée d'habitants qui le composent se réveille un matin tous étonnés de voir leur maisons léviter, puis plus tard s'envoler...

Bienvenue dans les Légendes d'aujourd'hui !


La croisière des oubliés est la première œuvre issue de la fructueuse collaboration entre Pierre Christin et Enki Bilal.
Avant ça, Enki Bilal n'avait réalisé que Le bol maudit, projet sur lequel il travaillait dès 1972 pour le compte du journal Pilote (c'est d'ailleurs là qu'il fait la rencontre de Pierre Christin). Le récit sera publié sous le nom de L'appel des étoiles en 1975.
Quant à Pierre Christin, il était déjà rendu célèbre par le succès de Valérian.


Un album qui comporte deux histoire qui, si on est tenté de vouloir les rapprocher, n'ont finalement pas grand chose en commun.
J'ai eu beau chercher un lien entre elles, rien ne permet d'affirmer que les personnages (en particulier les deux « rebelles mystérieux », possiblement 50/22B et la secrétaire) aient eu un quelconque rôle dans la première partie.
Et même sur la forme, nous avons affaire à un traitement franchement différent.

La première partie est étrange, « Lovecraftienne » même ! Très (trop) courte, malheureusement trop téléphonée... on devine vite ce qui va se passer et qui est derrière tout ça. Je dirais qu'elle n'a pas été suffisamment développée pour présenter un intérêt quelconque... et c'est dommage parce que j'aime bien cet univers-là. Il aurait fallu intégrer plus de finesse, des silences pesants, des non-dits, que la tension croissent tout au long de l'histoire. Ces quelques pages ne permettent pas ça.


« Moi j'vous l'dis... c'est encore leur saloperie de camp militaire... D'abord ça a été les barbelés qu'on chassé les lièvres... Et puis leur missels automatiques...
_ Missiles eh, idiot...
_ Bah, missels, missiles, tout ça c'est pas catholique... la preuve, les palombes, elles viennent plus par ici...
»

La seconde partie apporte en revanche ses lettres de noblesse au duo d'auteurs. Une croisière dans le paranormal. Une lutte symbolique contre l'industrialisation et l'armée. Il y a là une belle idée défenseure de la ruralité contre la révolution industrielle (nous sommes en 1975 au début de la 3ème révolution industrielle). On retrouve même une certaine poésie avec ce voyage surprenant. Ce sont des idées qui volent et qui parcourent le pays. Une belle image !


On retrouve dans cet album le dessin des premiers Bilal avec un trait plus gras... en fait la différence notable c'est qu'il y a un trait ! Aujourd'hui on est plutôt dans l'absence de trait, dans l'épure (ce qui n'est pas pour me déplaire par ailleurs, j'adore ce que fait Bilal). Ici ce n'est pas le cas, ce qui rend les propos plus terre à terre, bien ancrés dans l'idéologie de l'époque.
Les bouilles sont un peu caricaturales, presque du dessin de presse. D'ailleurs Enki Bilal dessine des hommes politiques pour Pilote au début de sa carrière, en 1971. Ceci explique peut-être cela.

Je note que mon édition fait état d'une colorisation de Dan Brown (toute ressemblance avec un auteur bien connu serait fortuite), en lieu et place du travail initial de Patricia Bilal. J'aurais été curieux de pouvoir comparer !


Une album qui paraît aujourd'hui un peu vieillot dans son traitement (construction narrative, dessin...) mais qui contre toute attente résiste encore bien au niveau des idées, ce qui ne le rend pas encore tout à fait désuet. Et je dirais même que sa lecture est encore bien plaisante.


D'autres avis : Mo'




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Tome 1 : " La croisière des oubliés "

Année d'édition
2003 (1°ed.Dargaud 1975)

Tome 2 : " Le vaisseau de pierre "

Chronique du 06/01/13

Hôtel de luxe, appartements de standing, thalassothérapie, centre commercial, complexe autoroutier, port de plaisance... le petit village de Tréhoët, village typique et de caractère, est en proie à un grand changement.
Un projet immobilier d'une ampleur extraordinaire qui compte faire de ce trou perdu un nouveau pôle d'attraction balnéaire, profitant d'un panorama jusque là réservé à une poignée de villageois, marins ou fermiers pour la plupart, qui risquent de se retrouver déracinés.
Et que dire du château du vieux, culminant au sommet de la colline ? On a prévu de le démanteler pierre par pierre, pour le reconstruire plus loin dans un parc et en faire une simple attraction touristique.
Une transformation qui menace bien plus que les habitudes de vie d'une petite communauté : emplois, faune, patrimoine... c'est tout un environnement qui risque d'être profondément (et immuablement) chamboulé.

Le second opus de cette trilogie des Légendes d'aujourd'hui s'inscrit toujours dans cette même veine du fantastique. Le fil qui le relie à son prédécesseur est infime, étroitement relié par ce personnage qu'on appelle l'étranger, un individu énigmatique et différent qui n'en reste pas moins un meneur d'hommes et qui véhicule à lui seul le symbole de l'opposition et de la révolte. En dehors de ce protagoniste récurrent, Le vaisseau de pierre peut être considéré comme un véritable one-shot, une histoire à part mais se tournant toujours vers la confrontation. Il est toujours question d'évasion finalement, de croisière... non plus des oubliés, mais contre les promoteurs.

Les noms des patelins (Tréhoët, Tromiliau) sont entièrement fictifs mais on pourrait quand même situer l'histoire quelque part entre Lorient et Concarneau, sur la côté sud de la Bretagne. Une localisation géographique quelque peu trahie par le nom de Manech apparaissant sur un camion de conserveries, un port qui est, quant à lui, bien réel.


« Ben.... vous savez, le château de Tréhoët, c'est pas un endroit comme les autres...
_ Pour ça non...
_ Et puis avec ce temps...
_ D'abord, s'il y a des blessés, comment ça se fait qu'ils sont pas là ?...
_ Bon ! Comme vous voudrez ! Mais j'appelle la préfecture... tout de suite...
_ La préf !? Bon, bon, on y va...
»

Le duo Pierre Christin / Enki Bilal poursuit son aventure dans un ouvrage tout de même plus mature. On pouvait reprocher à La croisière des oubliés de se découper en deux récits plus ou moins courts avec quelques séquences narratives un peu lourdes. Le vaisseau de pierre est bien mieux construit et nous emporte dans l'aventure aux côtés de générations de Bretons attachés à leur territoire.
On se retrouve confronté à l'étrange, au fantastique, avec ce vieil ermite dont on dit qu'il est là depuis des siècles. Il y a ce petit côté Lovecraft qui ressurgit un peu dans l'événement final, comme si un Grand Ancien et sa horde d'êtres venus du fond des océans habitaient en quelque sorte les fondations du château. Les légendes bretonnes s'en trouvent renforcées par son assimilation à l'Ankou (la Mort) et autour du paranormal qui émane du vieil homme.


« … incidents inadmissibles qui se sont produits à Tréhoët alors que toutes les décisions ont été prises dans le cadre légal et qu'il s'agit d'un atout majeur pour le développement de la région...
Il est heureux que ces mauvaises plaisanteries n'aient pas débouché sur des incidents graves, à l'exception de quelques travailleurs étrangers légèrement blessés en raison de leur imprudence... Mais je mets en garde les agitateurs qui s'aviseraient de récidiver... une compagnie de CRS va stationner dans la région de Tromiliau et...
»

Comme dans le premier opus, il y a vraisemblablement deux mondes. Celui des villageois et des « envahisseurs », qui vont voir des phénomènes étranges et qui vont être obligés d'y croire ; et le monde du réel, celui des extérieurs, des médias, des politiques, qui se chargent d'étouffer l'affaire et de la rationaliser. Une antinomie qui nous fait osciller entre l'incongru et la raison.

Un belle aventure qui laisse néanmoins un goût de lutte illusoire contre la fatalité : l'économie plus forte que la révolte ? 37 ans après la parution de cette bande dessinée, on est en droit de lui donner raison...
Je serai cependant très curieux de savoir si, après tout ce temps, les lointains cousins bretons de la Terre de Feu savent enfin jouer du biniou !

Et pour terminer la chronique en musique, sachez que le groupe Tri Yann à réalisé un album intitulé Le vaisseau de pierre en hommage à la bande dessinée. On y retrouve tout le contenu de celle-ci, du fantastique à la lutte, le tout sur des musiques typiquement bretonnes. C'était en 1988, déjà !



« C'est n'importe quoi ! »
Ce sont les premiers mots qui sont sortis de ma bouche en refermant la BD. Mais attention, pas du n'importe quoi fait n'importe comment... Du n'importe quoi très bien amené.
Tout au long de la BD, on se demande où les auteurs veulent bien nous amener et la réponse est tout simplement hallucinée.
Dans un univers tellement contemporain que le profit occulte tout, le fantastique et les croyances populaires réapparaissent pour sauver les hommes et leur patrimoine et font une incursion très inattendue dans un monde très cartésien.

Comme toujours, le duo Christin/Bilal fonctionne à merveille. Ce scénario n'a certainement pas le côté politique de Partie de Chasse, mais il montre du doigt les pratiques intéressées et insensibles des investisseurs et des décideurs. Le trait de Bilal et ses couleurs, même s'ils n'ont pas encore la personnalité bien marquée qu'on leur trouve aujourd'hui, sont déjà très modernes, surtout quand on sait que la première édition du Vaisseau de Pierre date de 1976.

Les caractères bien trempés des personnages font sourire. On s'amusera devant le vieux Joseph que le passé nazi rendrait franchement antipathique si sa monomanie pour les bombes ne le décrédibilisait pas. On rigolera franchement devant les boutades qui fusent à l'égard du jeune curé, trop moderne pour une religion à l'image si archaïque. On finit par écarquiller les yeux quand on découvre le plan pharaonique et improbable des habitants de ce petit village menacé par un projet hôtelier et touristique.

Un livre indémodable !

D'autres avis : Mo', Champi


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Tome 2 : " Le vaisseau de pierre "

Année d'édition
2003 (1°ed.Dargaud 1976)

Sommeil du monstre (Le) Enki Bilal (s)(d) HUMANO (1&2) / CASTERMAN

Tome 1: "Le sommeil du monstre"

Chronique du 15/03/07

Nike Hatzfeld est né à Sarajevo pendant la guerre. Sa mémoire hors du commun lui permet de se souvenir de son enfance, du temps où il n'avait encore que quelques jours et où le toit de l'hôpital percé d'un trou béant suite à un obus lui offrait une vue sur le ciel et ses étoiles. A ses côtés: Amir et Leyla, deux orphelins tout comme lui. Nike est maintenant adulte, et part à la recherche de son passé, celui des premiers jours, et du futur, celui ou le destin qui lie ces enfants depuis la naissance se nouera de nouveau... dans un présent décadent fait de clones, de conflits et de machineries diaboliques.

Vous ai-je déjà dit que Bilal était mon idole en matière de dessin ? Avec Luis Royo, dans un tout autre style, je suis un grand fan de ses oeuvres, qui ne cessent de s'affiner au cours du temps pour obtenir ce trait fin et éthéré qu'on lui connaît.
Ici le graphisme n'est pour moi pas encore à son paroxysme, si je m'en fie au tome suivant qui est pour moi un aboutissement. Cependant, je n'ai jamais cessé d'apprécier cette succession d'images qui ont toujours été magiques au fil des ans.
Pour en revenir à l'histoire, bien qu'elle ne soit pour moi pas du niveau de la Trilogie Nikopol ou des Phalanges de l'Ordre Noir, elle en garde l'effroyable particularité du style Bilal, qui surprend une fois de plus par son originalité, mêlant toujours avec autant de rythme politique, décadence d'un système véreux, et quête individuelle. Ici Enki Bilal explore les tréfonds de la mémoire de son héros au travers d'une narration semblable à la pensée. On lit ce qu'il vit, au moment où il le vit. On est Nike, et on s'aperçoit du monde qui nous fais face, un monde improbable, futuriste, corrompu, mais qui a toujours besoin de repères.




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Tome 1: \\"Le sommeil du monstre\\"

Année d'édition
1998

Tome 2: "32 Décembre"

Chronique du 24/06/07

Amir a réussi à se sortir des griffres de l'Obscurantis Order, mais qu'en est-il de Sacha, celle qu'il aime plus que tout au monde et que le docteur qui les suit préserve de toute visite ? Peut être est-il temps pour lui de la revoir.
Nike a retrouvé sa Pamela Fisher, mais comment savoir si c'est la Pamela véritable, celle qu'il a tant recherché, ou l'un de ces nombreux clones synthétiques. Il ne tardera pas à le savoir.
Leyla est toujours au Néfoud, et s'apprête à recevoir sur le site de l'Aigle, 10 des personnes les plus éminentes au monde, pour leur divulguer une découverte qui devrait révolutionner l'Histoire....

L'histoire suit son cours, et le machiavélisme d'Optus Warhole n'a pas de limite. Les clones se multiplient, et l'omnipotence de Warhole est de plus en plus persistante. Il manipule les gens comme des pions sur un échiquier, Nike en fera lui aussi les frais.

J'ai l'impression qu'Enki Bilal aime le personnage tortueux de Holeraw. Quelqu'un qui est relativement différent de son créateur. Quand Warhole nourrit l'ombre et la décadence, et affirme son Art de manière brutale et morbide, son anagramme joue avec les couleurs et impose une vision artistique et déguisée du massacre.
Un second tome qui pose finalement plus d'interrogations que ne divulgue de réponses. Nous attendons la suite avec impatience, et nous savons qu'avec Enki Bilal, la patience est une vertu.




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Tome 2: \\"32 Décembre\\"

Année d'édition
2003

Tome 3: "Rendez-vous à Paris"

Chronique du 24/06/07

Amir et Sacha se sont mariés, peut être par peur d'être de nouveau séparés.
Leyla, depuis la disparition mystérieuse des 10 spectateurs du site de l'Aigle, tout comme les proches des disparus, a des visions. Elle voit Nike encore en vie, lui souriant, mais comment le retrouver ?
Nike quant-à-lui, se lance à la recherche de Leyla et semble se réveiller avec un nouveau compagnon, une greffe de Warhole lui parlant dans sa tête. Mais, est-ce l'original, ou est-il devenu lui-même un clone croyant être le véritable Nike Hatzfeld ?

Le titre annoncé de "Rendez-vous à Paris" aurait pu être "la révolte des clones", tant la rivalité entre Warhole et Holeraw est omniprésente. Mais qui du maître ou de l'élève prendra le dessus, dans cette lutte à la manipulation.
Le rendez-vous évoqué, lui, reste toujours en suspens... quatre ?
On perd un peu le fil dans ce troisième tome, aucune avancée de réponse, et même si on sent le dénouement proche, on a l'impression que ce tome n'est pas fini, il y manque quelque chose ... mais c'est peut être normal, compte tenu que cela devait être une trilogie, mais qu'un découpage a dû être apporté tant le dernier volume était volumineux. Nous nous lassons un peu d'attendre...




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Tome 3: \\"Rendez-vous à Paris\\"

Année d'édition
2006

Tome 4: "Quatre ?"

Chronique du 09/07/07

Holeraw (s')expose Warhole dans un défi médiatique, revendiquant sa suprématie sur celui qui fut son "créateur". Mais ce dernier n'a pas dit son dernier mot et prépare son retour fracassant. Et il compte bien une fois de plus arriver à ses fins, devant un Nike (dés)orienté par le bijou olfactif qu'il lui a donné, à la recherche d'Amir et Leyla.

Nous touchons enfin le dénouement de la série, qui est pour le moins surprenant. Contre toute attente, c'est celui que l'on attendait le moins qui nous surprend le plus, avec une touche finale déconcertante.
On ne sait plus trop qui est le gentil et qui est le méchant ... mais dans ce monde futuriste où la mort peut être une oeuvre d'Art, y-a-t-il vraiment des bons et des mauvais ? Ou une simple confrontation de personnes ayant chacun leurs intérêts propres !
J'ai au départ été étonné, stupéfait (déçu ?) de la conclusion, mais à bien y réfléchir, il y a une question que je ne me cesse de me poser, et qui me fait aimer ce genre de touche:
" Enki Bilal a-t-il pensé au dénouement dès le début, ou l'a-t-il seulement inventé sur la fin ? "
Je n'en dit pas plus, au cas ou mes mots auraient donné envie aux lecteurs d'ouvrir le livre.




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Tome 4: \\"Quatre ?\\"

Année d'édition
2007